Seiryuu : Merci beaucoup pour ton commentaire ! :D c'est super de te voir aussi fidèle, et ça me touche beaucoup ^^ Eh oui, sous ses airs heureux j'avais envie de donner à Yasuhara un peu plus de profondeur. Les choses n'ont pas été faciles pour lui non plus après tout... Et Jun Fubuki... eh bien tu n'as pas fini de la voir et de t'interroger sur elle XD J'espère d'ailleurs que ce chapitre, en particulier la fin, répondra à tes interrogations (même s'il en soulèvera de nouvelles), mais pour l'instant je ne dis rien ;) pas de spoil ! Ceci dit, encore merci pour ta fidélité, et j'espère que cette suite te plaira :D

Bonjour à tous ! Encore une fois j'ai mis beaucoup de temps à écrire la suite... je m'en excuse. En plus de la fatigue et du travail, il s'avère que j'ai eu une grosse panne d'inspiration qui m'a poussée à me lancer dans d'autres projets d'écriture et à laisser celui-ci de côté (temporairement bien sûr). Ceci dit, et comme j'ai pour principe de toujours terminer une fiction, me revoilà ! Et il faut dire qu'en période d'Halloween, c'est plus facile de raconter des histoires de fantômes XD Bref ! j'espère que ces longues périodes entre chaque publication ne vous découragent pas et que l'histoire vous plait toujours autant :)

En ce qui concerne ce chapitre, je dégaine l'alerte /!/ SCÈNE DE SEXE /!/ (c'est à la toute fin du chapitre). Ceux qui ont lu "La Ville des Maudits" connaissent mon penchant pour l'implicite et la poésie mais... pas ici XD Si tous les détails n'y sont pas forcément, j'ai quand même franchi un palier dans l'explicite (les fanfic ont fini par corrompre mon esprit pur). Donc je vous laisse apprécier ;)

Là-dessus, je vous souhaite un joyeux Halloween ainsi qu'une bonne lecture !


OCCULTIC FAKE

VII.

ÂME

Principe transcendant à l'homme.

En religion : principe spirituel de création divine, transcendant à l'homme auquel il est uni pendant la vie terrestre comme foyer de sa vie religieuse.

Octobre **** : Anonyme

« J'étais férue de sciences à l'époque, à tel point que je m'entretenais souvent avec ma prof de biologie lorsque j'étais au lycée. Tout m'intéressait, en particulier ce que l'on n'avait pas encore découvert, et qui résistait aux protocoles expérimentaux qu'on nous enseignait à l'école. Je me souviens de cette conversation que nous avons eue un jour, alors que nous nous entretenions sur mes choix d'orientation. C'était à propos de l'existence de l'âme, de ce qu'il pouvait y avoir après la mort. Ma prof m'a alors dit que sa sœur était une éminente neurologiste, auteur de plusieurs traités applaudis par la communauté scientifique. Elle me dit qu'elle était arrivée à ce constat : les émotions sont le fruit de substances hormonales et neurologiques produites par notre corps. Mais ces études l'ont amenée à penser que notre caractère n'était pas seulement le résultats de facteurs biologiques ou mémoriels, qu'il y avait autre chose. Quelque chose que la science ne pouvait pas évaluer, identifier ou quantifier et qui, selon elle, résistait à la dégradation du corps. La question que je me suis alors posée, et que je me pose toujours est celle-ci : que devient l'âme – si c'est ainsi qu'on peut l'appeler – après la mort ? »


CHAPITRE 6

Ce dont on se souvient sans se rappeler

C'était la première fois qu'il venait à la faculté de psychologie. Autant celle de Londres n'avait plus aucun secret pour lui, autant celle de Tokyo gardaient des mystères qui lui faisaient ressentir une excitation de gamin face à l'inconnu. Mais avec son portail en arc brisé, son immense horloge et ses façades de briques si caractéristiques du style anglo-saxon qui avait constitué son univers jusqu'à ses dix-sept ans, l'université de Tokyo avait aussi quelque chose de familier, de vivant, et qui lui fit regretter de ne pas l'avoir davantage côtoyée, six ans plus tôt.

– La salle de conférence s'il vous plait ?

– Quatrième étage, salle 410 », lui répondit une secrétaire rondouillarde au sourire jovial. « C'est pour la conférence de Fubuki-san ? »

– Oui.

– Votre nom ?

– Shibuya Kazuya.

Les yeux perdus dans cet univers étrange dont seuls les membres les plus qualifiés de l'administration peuvent comprendre les codes, la secrétaire se tut un instant avant de relever brusquement la tête.

– Mais vous faites partie des intervenants ?!

– En effet.

– Alors un premier entretien aura lieu en laboratoire. C'est au cinquième, bureau de monsieur Sakamoto. Il y aura aussi son étudiant, Yasuhara-san.

– Très bien, merci beaucoup.

– Je vous en prie.

Le battement de cils et le rougissement discret de la dame lui laissèrent croire qu'il lui avait fait de l'effet. C'était flatteur, mais les regards à la dérobée et les sourires enjôleurs le fatiguaient. Il voulait du concret. Quelque chose de plus fort, et qui lui fasse enfin dépasser le stade des amours non dits, des sentiments d'adolescentes ou de vieilles rombières – selon sur qui il tombait – qui rêvent au bord de leur fenêtre. À son âge il serait temps… il ne voulait même pas penser à sa vie sexuelle aussi déserte et triste qu'un terrain vague en plein hiver.

– Naru !

La voix de Yasuhara le sortit de ses pensées et lui fit réaliser que ses mains comme sa mâchoire s'étaient crispées.

– Pile à l'heure », lança-t-il tandis que son collègue et assistant temporaire finissait de gravir les escaliers.

– Désolé pour ce matin… » marmonna ce dernier dans un souffle.

– Ton rendez-vous d'hier soir ?

– Pardon ?

– Tu ne dînais pas avec quelqu'un hier soir ?

Yasuhara le fixa d'un œil vague avant de percuter.

– Ah oui ! Non… ce n'est pas ce que tu crois. J'étais avec Mai.

– Ah.

Le goût d'amertume, chaque fois que son nom revenait, il avait fini par s'y faire.

– Elle va bien ?

– Très bien.

– Et son copain ? Nishimachin…

– Nishimura.

– C'est ça.

– Comme un charme.

Il n'enviait pas ce Nishimura. Les relations amoureuses de Mai étaient bien le cadet de ses soucis, mais il devait admettre qu'il se sentait vexé qu'elle l'ait devancé sur ce point là. Peut-être parce que dans sa tête, Mai était toujours une gamine survoltée, maigrichonne et naïve.

– Tu ne l'as pas revue depuis ? » demanda Yasuhara.

– Qui ça ?

– Mai.

Il haussa les épaules.

– Non. Et j'ai cessé de la contacter quand elle a menacé de porter plainte pour harcèlement.

– Tu n'as vraiment pas fait preuve de tact sur ce coup-là…

– J'ai besoin d'une assistante, et je préfère que ce soit Mai.

– Pourquoi ?

– Parce qu'elle est la seule à avoir trouvé un système de classement efficace pour mes dossiers.

– Et ?

– Elle fait bien le thé.

– C'est tout ?

– C'est tout.

Yasuhara le regardait avec un dépit exagéré.

– Cela dit, je suis surpris que tu ne m'aies pas parlé d'elle plus tôt », siffla-t-il.

– C'est elle qui ne voulais pas.

– Pourquoi tant de haine ?

– Parce que tu as fait n'importe quoi.

Cette fois l'ombre qu'il lisait dans les yeux de son assistant n'était pas feinte, et Naru y perçut comme de l'animosité.

– Le monde n'a pas arrêté de tourner en ton absence », dit-il lentement. « Et Mai ne t'a pas attendu pour refaire sa vie et t'oublier. »

Mai avait refait sa vie, parfait, très bien. Elle l'avait oublié, quoi de plus normal en six ans ? Après tout, c'est long six ans, très long. Surtout à cet âge, et les changements qu'il avait vus en elle n'avaient fait que le lui confirmer. Alors pourquoi se sentait-il aussi touché ?

– Est-ce qu'elle a vraiment… cherché à m'oublier ?

Il ne savait même pas pourquoi il posait cette question. Pourquoi ça lui importait tellement… alors que Mai n'avait jamais été plus qu'une bonne connaissance pour lui.

Le regard de Yasuhara s'était encore assombri.

– Oui », souffla-t-il. « Elle a tout fait pour ça. »


Osa-kun avait su être convaincant, puisque les travaux commencèrent dès la fin de matinée. Une entreprise de plombiers investit l'appartement du huitième étage une heure après son départ et pompa pendant les deux heures suivantes l'eau qui s'y était écoulée. Le bruit des réparations avait quelque chose de rassurant après le silence étourdissant des murs abandonnés.

Mes lunettes sur le nez et mes écouteurs sur les oreilles, j'essayai d'oublier mon rêve et de me plonger dans mes révisions.

Sato. Kuji et Junko Sato. Un couple sans histoire, parti du jour au lendemain sans laisser de trace. Un couple sans enfant…

Dans ce cas d'où venait la petite fille ?

Je n'avais pas voulu l'inquiéter avec ça, mais lorsque nous étions entrés dans l'appartement avec Osamu, je l'avais vue de nouveau. Elle était accroupie dans le recoin de la chambre, le visage caché par ses longs cheveux noirs. J'avais seulement eu le temps d'apercevoir l'eau ruisseler sur son ciré et gouter de ses cheveux avant qu'elle ne disparaisse, comme si notre venue l'avait dérangée.

Une petite fille hantait l'appartement des Sato. Un enfant qu'ils auraient eu sans rien dire à personne ? À moins que la hantise ne date des précédents propriétaires, ce qui expliquerait la fuite du couple…

En ressassant ces questions, je me rendis compte que j'avais écrit la même phrase cinq fois de suite et me redressai sur mon siège en me massant les tempes.

Cette histoire commençait sérieusement à mettre à mal mes études… sans parler de mon sommeil. Au-dessus, les travaux se poursuivaient et émettaient un ronronnement continu qui ne fit qu'accentuer mon mal de crâne. Grâce à eux, les phénomènes devraient se calmer pendant quelques semaines, peut-être quelques mois, mais la hantise ne s'arrêterait pas pour autant.

Confuse, je repensai aux propos que m'avait tenu Yasuhara. Le fantôme n'était sans doute pas lié à Yoshimi et Ikuko… elles n'étaient là que depuis six mois, et son attachement à l'appartement du dessus semblait trop fort, mais s'il s'en prenait à elles ? Mon crayon me tomba soudain des mains. Ikuko et la fille au ciré avaient la même taille, la même corpulence… donc sans doute le même âge. Était-il possible que l'esprit suive la petite ? Non seulement les enfants étaient plus sensibles à l'invisible, mais dans ce cas précis, les deux fillettes étaient très semblables. Et Yoshimi dans tout ça ? Je l'avais sentie anxieuse ces derniers temps, comme si quelque chose l'oppressait. Était-ce là le fruit de la hantise ?

Sans que je ne m'en rende compte, ma respiration s'était accélérée et mes mains étaient devenues moites. J'avais besoin d'aide. Désir ou pas de revenir vers le paranormal, la vie d'une mère et de sa fille était peut-être en danger et ça, je ne pouvais pas passer à côté. En tentant de contrôler ma respiration, j'allai sur le site de l'université et jetai un œil au programme des conférences. Celle de Jun Fubuki avait lieu dans l'après-midi. Au sein de la faculté de psychologie. Une médium, une vraie, bien plus expérimentée que moi, et qui saurait réellement quoi faire, voilà ce qu'il me fallait. Pour une fois en accord avec moi-même, je rejetai mes cheveux en arrière et remballai mes affaires pour les ranger dans mon sac. Il me restait une heure avant la conférence, de quoi acheter un sandwich.


Il l'avait tout de suite vue. La complicité qui était née entre eux.

Jun Fubuki était arrivée peu après, et son regard s'était presque immédiatement arrêté sur Naru. Ils avaient échangé un sourire et s'étaient serré la main pendant que, lui, faisait les présentations. Rien de plus, mais il ne pouvait remarquer les regards qu'ils s'adressaient depuis le début de la pré-conférence.

Yasuhara avait beau apprécier et admirer Naru, il supportait de moins en moins son égo. Encore si ce n'était que ça… mais chaque fois que Mai arrivait dans la conversation, le chasseur de fantômes lui signifiait son indifférence, son mépris. Il voulait Mai comme assistante parce qu'elle triait bien les dossiers et faisait correctement infuser le thé… rien de plus. Pas un mot de tendresse, pas un regard nostalgique, pas un sourire. Les souvenirs de Naru perdus, Mai n'était devenu pour lui qu'une place vide. Un coup porté à ses ambitions, parce que monsieur n'avait pas obtenu l'assistante qu'il voulait.

Pour Osamu qui avait vu souffrir la jeune femme comme personne et qui la voyait encore souffrir, le constat était écœurant. La vérité, c'est qu'il aurait voulu qu'elle l'oublie pour de vrai, qu'elle ne fasse plus attention à lui. Quitte à aimer et être heureuse avec Nishimura, peu lui importait, mais qu'elle libère son esprit et son cœur de cet homme qui, lui, avait tout oublié de leur histoire.

– Bien », lança le professeur Sakamoto. « L'heure avance, je pense que nous avons dit le principal. »

– De toute façon la conférence est prête », enchaina Fubuki. « Le plus intéressant viendra avec les débats. »

C'était ce qu'elle préférait. Le contact avec les gens, la discussion, quitte à être remise en question, et c'était peut-être aussi ce qui rendait ses conférences aussi passionnantes. Grâce à elles, Osamu avait repris goût pour le paranormal et la parapsychologie à une période où il commençait lui aussi à s'en lasser, faute de moyens et de résultats.

Malgré ses grands airs, Jun était en effet une personne accessible, très ouverte, et même assez drôle. En parallèle, elle fournissait toujours un travail impeccable et s'impliquait corps et âme – c'était le cas de le dire – dans ce qu'elle faisait. Son aura mystérieuse et noble opérait une véritable attraction sur tous ceux qu'elle côtoyait, si bien qu'au fond, Osamu n'était pas surpris que même Naru soit tombé sous son charme.

Satisfait de l'entretien, son professeur et directeur de recherches se leva et leur serra successivement la main avant de les inviter à le suivre en salle de conférence. La notoriété de Jun avait fait son travail puisque les visiteurs y étaient beaucoup plus nombreux que d'ordinaire, et se bousculaient même à l'entrée de l'amphithéâtre. Leur entrée fut remarquée, et tous les quatre se dirigèrent vers leur place. Les présentations seraient faites par Sakamoto, ensuite viendrait son tour, puis celui de Jun, et Naru clôturerait la conférence. Beau programme en somme. Mai ne savait pas ce qu'elle manquait.


Je ne m'étais pas attendue à autant de monde, et regrettai presque mon initiative en arrivant devant l'amphithéâtre. Mais bon… quitte à être venue, autant aller jusqu'au bout !

Je m'apprêtai à entrer à mon tour lorsqu'une voix familière résonna derrière mon dos.

Qu'est-ce que tu fais là ? » me demanda Takashi en me délivrant un grand sourire.

J'essayai, de mon côté, de rendre le mien le moins crispé possible.

Je… Je viens soutenir Yasuhara », mentis-je. « C'est sa première conférence. Et toi ? »

La curiosité. Je n'ai pas cours à cette heure-ci, donc c'était l'occasion. Mais toi tu n'es pas censée participer à un séminaire ?

Pas grave, je rattraperai…

Un peu embarrassée, je le laissai me prendre la main et nous frayer un chemin à travers la foule. Toutes les places étaient prises, à l'exception de quelques chaises, alignées tout au fond de la salle. Nous nous plaçâmes à l'extrémité, les yeux rivés sur Jun Fubuki qui se trouvait au centre des intervenants. Elle était comme sur la photo. Sérieuse, mûre, très belle dans son costume mauve. L'austérité de son chignon détonnait avec son rouge à lèvre carmin. Il se dégageait de sa personne un air de femme fatale, à la fois charmante et réservée, assurée de chacune de ses expression et chacun de ses gestes. Trois intervenants se tenaient à ses côtés : Yasuhara, parfaitement détendu malgré la foule, un homme en costume brun, aux cheveux gris et aux lunettes rondes que je devinais être son directeur de recherches, et…

La vision de son visage me provoqua un sursaut qui faillit me faire tomber de ma chaise.

Ça ne va pas ? » s'inquiéta Takashi.

Un léger hoquet. Ça va passer.

Je ne l'avais pas revu depuis nos retrouvailles, pour peu qu'on puisse les qualifier ainsi. Il avait toujours son costume noir, sa chemise entièrement boutonnée et son regard perçant, qui scrutait le public avec une placidité méthodique. Sa peau était toujours aussi pâle et ses cheveux noirs étaient toujours coiffés comme lorsqu'il avait dix-sept ans. Je ne pus cependant m'empêcher de remarquer ce qui m'avait alors échappé ce jour-là, quand la colère et l'indignation m'avaient empêchée de le regarder droit dans les yeux. Son visage s'était émacié. Ses traits semblaient plus matures, plus affirmés, son port moins rigide, tout en étant plus assuré. Comme toujours, son visage ne reflétait aucune expression particulière, mais même de loin, on pouvait le deviner plus… éclairé. Plus apaisé. Son regard semblait moins sombre aussi, comme si tout ce qui l'avait longtemps tourmenté s'était envolé avec la maladie.

Mes poings se serrèrent et je déglutis en découvrant que je ne l'avais pas lâché des yeux depuis les cinq dernières minutes, malgré la main de Takashi qui tenait la mienne.

Je le trouvais… beau. Vraiment. Malgré tout, malgré moi, je découvris qu'Oliver Davis me faisait toujours autant d'effet, et me recroquevillai de honte et de dépit.

Pourquoi fallait-il que ça arrive maintenant ?


La conférence fut à la fois un succès et un plaisir.

Yasuhara avait bien présenté ses recherches, son intervention à lui avait éveillé l'intérêt du public, et quant à Fubuki, elle avait été brillante. Elle avait répondu à chaque question avec un panache remarquable et une intelligence qui déstabilisait la plupart des sceptiques. C'est donc avec le sourire qu'ils mirent fin à l'intervention et invitèrent le public à partager le pot qui avait été organisé pour l'occasion.

Tout en suivant ses collègues, Naru regarda sa montre et vit que deux heures et demi s'étaient écoulées. Jamais ses conférences n'avait durées aussi longtemps… Il fallait croire qu'il devait tout leur succès à la médium. Celle-ci avançait devant lui et discutait tranquillement avec Yasuhara de leurs prochaines expériences. Il profita de sa position pour admirer sa démarche féline, sa silhouette raffinée, tout en finesse et en courbes dans son tailleur qui lui seyait parfaitement.

Son regard fut soudain attiré par une jeune femme qui se frayait un chemin dans la foule et retint Yasuhara par le bras. Il devait s'agir d'une de ses connaissances, car le jeune homme la salua d'un grand sourire et la présenta immédiatement à Fubuki. Naru plissa les yeux en détaillant son jean, ses baskets et sa chemise, son teint pâle et ses cheveux bruns négligemment coiffés, mais dont la longueur lui rendait un semblant d'allure. Où avait-il déjà vu cette bouche, ce nez retroussé et ces grands yeux bruns ?

Quand l'évidence lui sauta aux yeux, elle s'était déjà éloignée et se frayait un chemin vers la sortie tout en enfilant sa veste.

– Mai !

Son appel fit retourner tous ceux qui se trouvaient autour de lui sauf l'intéressée. En leur délivrant un léger salut, Naru s'éloigna et accéléra le pas pour la rattraper.

– Mai !


Il m'avait semblé l'entendre crier mon nom, mais je n'osai pas le croire, et encore moins le vérifier. Ma requête auprès de Fubuki-san exécutée, seule la sortie m'importait. Sortir et m'éloigner de tout cela, de lui surtout. C'était tout ce qui m'importait.

Takashi était resté en espérant avoir un autographe de la médium. J'étais seule lorsqu'il dit mon nom pour la seconde fois.

Mai…

Naru se trouvait juste derrière moi. Je ne pouvais pas faire semblant de ne pas l'entendre. Plusieurs options me traversèrent donc l'esprit : faire volte-face et lui dire de se mêler de ses oignons avant de partir, en claquant la porte si possible, continuer de l'ignorer, lui faire comprendre par un regard acerbe que je ne voulais pas lui parler… Je ne choisis aucune des trois. Pour une raison stupide combinant à la fois ma naïveté et ma faiblesse d'esprit, je me retournai et le jaugeai du regard en attendant qu'il me dise ce qu'il avait à me dire.

Ça faisait longtemps », marmonna-t-il. « Comment vas-tu? »


Il n'avait en réalité rien trouvé de mieux. À sa seconde interpellation, Mai s'était arrêtée net et s'était tournée vers lui avec une rigidité presque robotique, le visage ferme, animé d'une expression de colère et de lassitude à peine contenue. Naru se fit la réflexion que si elle avait le pouvoir de jeter des éclairs avec ses yeux, elle l'aurait déjà pulvérisé, et ce depuis longtemps.

– Ça faisait longtemps… comment vas-tu ?

– Bien et toi ?

Sa voix était calme, beaucoup plus que la dernière fois. Elle ne prendrait sans doute pas le risque de lui sauter à la gorge cette fois-ci.

– Bien merci. Qu'est-ce que tu fais là ?

– Je suis venue accompagner Takashi. Et comme c'était la première conférence d'Osa-kun, je tenais également à le soutenir.

Elle parla vite, sans nuance, comme si elle avait appris son texte par cœur. Naru nota les cernes sous ses yeux, la maigreur dans ses traits, et réalisa qu'elle avait changé plus encore qu'il ne l'avait cru. Où était la Mai joyeuse, survoltée et toujours enthousiaste qu'il avait côtoyée pendant un an ?

– Ça t'a plu ? » demanda-t-il.

– C'était intéressant. Je vois que tu as repris tes recherches.

– En effet.

– Parfait.

– Tu ne veux pas t'y remettre hein ?

Son regard se durcit davantage tandis que ses traits se crispaient. Il crut qu'il l'avait de nouveau mise en colère, mais Mai se contenta d'agiter négligemment la tête tout en levant les mains.

– Pas maintenant. J'ai d'autres chats à fouetter.

– Yasuhara m'a dit que tu travaillais dur…

– Justement. Je ne veux pas perdre mon temps à chasser les fantômes.

– Dans ce cas quel était l'intérêt de rencontrer Jun Fubuki ?

Après les présentations, Mai avait en effet parlé plusieurs minutes avec la médium, et Naru l'avait même vue lui remettre un petit papier.

– Ça ne te regarde pas », lâcha-t-elle sèchement.

– Tu as des soucis ? Si tu as besoin d'aide tu peux m'en parler tu sais.

– Ça ne te ressemble pas d'écouter les autres.

– Ça fait pourtant partie de mon métier.

Sans lui répondre, elle le scruta un moment, le menton levé et les yeux plissés.

– Je n'ai pas besoin de ton aide », dit-elle finalement. « Et si ça fait partie de ton manège pour me reprendre comme assistante, tu peux tout de suite oublier. »

Il déglutit. Comment avait-elle gagné ce ton aussi acerbe ? Et ce petit sourire ironique, ça ne lui ressemblait tellement pas ?…

– Qu'est-ce qui t'a changée à ce point ? » ne put-il s'empêcher de murmurer.

Le regard de Mai se voila soudain d'une indicible tristesse et elle baissa la tête.

– La vie… », susurra-t-elle avant de se diriger vers la porte, sans même se retourner.

Naru la laissa partir.

Quelqu'un de plus attentionné l'aurait peut-être rattrapée pour lui proposer un café, essayer de la décharger de tout ce qu'elle semblait contenir au fond d'elle-même, mais pas lui. Les pleurs, les confidences, ce n'était pas son truc, et voir Mai pleurer l'embarrasserait plus qu'autre chose. Alors pourquoi se sentait-il aussi coupable ? Pourquoi avait-il le cœur aussi serré et les mains moites ?

Pourquoi n'arrivait-il pas à se débarrasser du sentiment que lui seul parviendrait à la faire sourire de nouveau ?


Les larmes roulèrent de mes yeux avant même que je ne récupère mon vélo. Elles roulaient encore quand je dévalai la piste cyclable et accélérai jusque chez moi sans prendre garde ni aux piétons, ni aux feux rouges. Je voulais seulement rentrer, retrouver mon chez-moi, me terrer sous ma couette et pleurer tant que je voulais sans que personne ne me regarde ou me juge.

Je le détestais. Je le détestais tellement.

Je détestais le regard qu'il m'avait lancé, presque emprunt de pitié. Ça ne lui ressemblait tellement pas… ou du moins si. Ça lui ressemblait. Ce regard, c'était celui du Naru que j'avais aimé là-bas, très loin, dans cette ville que je n'osais plus nommer. C'était celui du Naru qui m'avait tenue dans ses bras, qui m'avait désirée et embrassée. Pas celui du génie narcissique qu'il était redevenu, et que je m'étais plue à mépriser pendant les deux derniers mois.

Bon sang ce que je pouvais me détester d'être aussi faible…

À peine ma porte ouverte, mon chat se glissa dans l'interstice pour se frotter contre mes jambes. Je le laissai me suivre, avant de tourner la clé dans la serrure, et n'eus même pas la force d'enlever mes chaussures. Je me laissai simplement glisser contre le mur, face au miroir qui jouxtait l'armoire, et restai là, à fixer mon visage déformé par la tristesse et l'amertume, ces traits que je ne reconnaissais plus depuis mon retour d'Angleterre.

Naru avait raison. Comment est-ce que j'avais pu changer à ce point ? Pourquoi n'arrivai-je pas à me reconstruire, retrouver la Mai si joyeuse et vivante que j'étais à seize ans ?

La réponse se dilua dans mes sanglots, et je pleurai jusqu'à ce que la lumière décline totalement, et plonge mon appartement dans l'obscurité.

Alors, dans le silence et la nuit, mon chat sur les genoux, et la tête renversée en arrière, je m'endormis lentement, à même le sol.

Si de cette manière je pouvais partir pour toujours… m'endormir et ne plus jamais me réveiller…

Qu'en penses-tu Eugène ?


Lin l'avait brièvement appelé pour savoir comment s'était passée la conférence. Une affaire familiale l'avait poussé à retourner à Hong Kong, non sans faire promettre à son élève de ne rien faire d'imprudent. Naru avait juré, rassuré de savoir que son mentor n'avait pas totalement coupé les ponts avec ses racines. Il avait tellement sacrifié pour lui et son frère. Lui surtout…

Que ce soit Lin, ses parents, Emily… il ne savait même plus comment leur montrer sa gratitude, puisque sans leur présence, leur soutien, il ne serait probablement plus là.

Même Masako était venue… Elle aussi avait été là. Elle aussi avait souffert en silence, pendant que lui se bornait à la rejeter. Elle était venue pour attendre son réveil, l'accompagner jusqu'à la guérison, et il ne l'avait même pas remerciée. Naru se souvint des regards de la jeune femme qui se posaient doucement sur lui, quand elle croyait qu'il ne la voyait pas. La tristesse, l'amertume qu'il lisait alors dans ses yeux n'avait plus de nom, et c'était ce même regard que lui avait lancé Mai juste avant de partir. Ce n'était tout de même pas son coma qui l'avait plongée dans cet état ? Avant l'accident, ils ne s'étaient après tout plus revus depuis trois ans, même pas échangé un mail ou un appel. Naru avait coupé les ponts depuis longtemps, et Mai savait pertinemment pourquoi il l'avait fait. Cela aurait été ridicule de le regretter pendant six ans. À moins que…

Naru saisit son portable et sélectionna le nom de Lin dans le répertoire. Il ne s'écoula pas deux sonneries avant que le Chinois réponde.

– Un problème Naru ?

– Je voulais juste te demander quelque chose.

– Je t'écoute.

– Est-ce que Mai est venue à Londres pendant que j'étais malade ?

Sa question fut suivie d'un bref silence et il put entendre Lin inspirer.

– Non. Pas que je sache.

– Et avant alors ?

– Pourquoi tu demandes ça ?

– Simple question.

– Non… » murmura Lin. « Elle n'est pas venue… »

– Je vois. Pardon de t'avoir dérangé.

C'était ridicule. Pourquoi serait-elle venue après tout ? Elle ne parlait pas un seul mot d'anglais. Et puis les autres, que ce soit Yasuhara, Takigawa ou même Matsuzaki, l'auraient su. Il se posait trop de questions.

En posant son téléphone sur l'une des étagères de la bibliothèque, Naru rejoignit sa cuisine et fit chauffer de l'eau dans la bouilloire. Le jour tombait lentement, et la ville s'illuminait à mesure que la nuit avançait. Les feuilles des arbres s'étaient colorées de rouge, d'orange et de cuivre et couvraient les routes d'un tapi de feu. Avec l'arrivée du froid et de la pluie, l'automne s'était définitivement installé.

Naru terminait tout juste de faire infuser son thé – il avait fini par apprendre à force de les rater – lorsque la sonnerie de son appartement retentit. Un client peut-être. Il avait fait relier la sonnerie de son bureau à celle de son appartement.

Malgré la fatigue qui lui faisait ravaler toute envie de se mettre au travail, il décrocha et porta l'interphone à son oreille.

– Kazuya Shibuya.

Une voix douce, fleurie étrangement familière résonna alors à l'autre bout du fil.

– Bonsoir Shibuya-san. C'est Fubuki Jun. Pouvez-vous m'ouvrir s'il-vous plait ?

– Entendu.

Peu importe ce que voulait la médium, la revoir ne lui était absolument pas déplaisant. Naru attendit donc qu'elle frappe à sa porte, et ouvrit lentement.

– Que me vaut le plaisir ?

– J'aurais aimé discuter avec vous, entre professionnels.

– La foule vous gêne ? » demanda-t-il en la laissant entrer.

– Plus que vous ne l'imaginez.

Elle posa une bouteille sur la table et enleva son manteau pour révéler une élégante robe noire dont le décolleté révélait la naissance de sa poitrine sans être pour autant vulgaire.

– C'est de la bière irlandaise », dit-elle en montrant la bouteille.

Naru détacha à regret les yeux de sa silhouette pour consulter l'étiquette. De la Hilden Brewery.

– Ou est-ce que vous avez trouvé ça ?

– Au marché noir.

– C'est une blague ?

– Évidemment.

Elle s'assit et plaça l'une de ses mains sous son menton tout en penchant légèrement la tête, les yeux levés vers lui.

– C'est une petite boutique spécialisée dans les produits occidentaux. Le Royaume Uni est la thématique du mois.

– Ça explique tout… vous savez qu'on ne trouve ça qu'en Irlande du Nord ?

– Connaisseur à ce que je vois.

– J'ai eu l'occasion de visiter le coin. Quoi qu'il en soit, c'est un bon choix.

– J'ai hésité avec du whisky », confessa-t-elle. « Mais j'avais peur que vous ne teniez pas l'alcool fort. »

Il sourit.

– J'ai l'air d'un gamin à ce point ?

– Non… vous avez l'air d'un homme trop sérieux pour se laisser aller à la boisson.

Tout en plaçant deux verres sur la table, il s'assit en face d'elle et décapsula la bouteille.

– Bien sûr c'est moins romantique », murmura-t-elle. « Mais il vaut mieux boire quelque chose que nous apprécions tous les deux plutôt que de rentrer dans les clichés. »

– Comment savez-vous que j'aime la Hilden Brewery ?

– Je sais beaucoup de chose sur vous Kazuya.

C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom et son regard se revêtit d'une lueur de malice.

– Et que savez-vous ? » demanda Naru en avalant une première gorgée.

– Je sais que Shibuya Kazuya n'est pas votre vrai nom. Que vous nous venez de loin, et que ces dernières années n'ont pas été faciles pour vous.

Naru sentit son sourire s'estomper. Médium ou pas, Jun avait visiblement eu accès à des informations sur lui dont personne à part ses proches ne connaissaient l'existence.

– Quelles sont vos sources ?

– Ne soyez pas si méfiant », sourit-elle en buvant à son tour. « Je vous connaissais de réputation depuis de nombreuses années. C'est grâce à vous que j'ai assumé mon don et que j'ai décidé de m'en servir pour aider les autres. »

– Depuis quand ?

– Depuis que l'expérience avec votre jumeau a été médiatisée. Vous savez ? Celle où vous avez réussi à projeter un bloc de béton à travers un plateau télé.

– Je vois parfaitement de quelle expérience vous parlez.

– Quant à ce qu'il vous est arrivé, c'est Hara Masako qui m'en a parlé.

– Masako ? Vous la connaissez ?

– En tant que médium nous communiquons régulièrement. Je lui dois beaucoup.

– Je vois.

– Elle ne vous en veut pas.

Son regard était devenu très tendre et son sourire rassurant, si bien que Naru eu l'impression de se confier à une vieille amie.

– Est-ce que… est-ce qu'elle vous a dit comment c'était arrivé ? » balbutia-t-il.

Elle agita la tête.

– Masako m'a seulement dit que c'était à vous seul de vous en souvenir.

– Le problème, c'est que j'ai constamment l'impression que tout le monde en sait plus que moi… », soupira-t-il. « C'est comme si je m'étais perdu dans un tunnel tout noir et que les autres me regardait avancer en titubant sans me montrer la voie à suivre. »

– Parce que vous montrer cette voie reviendrait peut-être à vous détruire. Vous avez oublié à cause de la maladie, mais peut-être qu'il y a aussi un traumatisme là-dessous. C'est à vous de reconnaître ce dernier et de trouver les outils pour le vaincre.

– Je reconnais bien là la médium.

– Vous avez besoin d'aide Oliver, ça se voit sur votre visage.

– C'est juste que… » Il hésita, et inspira longuement avant de reprendre. « Je me demande parfois si j'ai vraiment envie de me souvenir. »

– De quoi avez-vous peur à ce point ?

– Des ténèbres.

– Vous en êtes sorti.

– Mais elles me poursuivent. Je… je fais des cauchemars. Toutes les nuits.

Sans qu'il ne s'en rende compte, Jun Fubuki avait quitté sa chaise et s'était lentement approchée. Au moment où il sentit la douleur lui traverser le crâne, elle s'agenouilla en face de lui et lui prit les mains.

– Quels cauchemars ?

– Je rêve de celui qui me tire dessus.

Sa voix n'était plus qu'un gémissement. Il la reconnaissait à peine.

– Et qu'est devenu cet individu ?

– On m'a dit qu'il était mort.

– Alors vous n'avez plus rien à craindre.

Jun Fubuki avait touché juste. Là où ça faisait mal, mais ses mains autour des siennes étaient douces et chaudes, sa peau sentait si bon. Il sentait ses longs cheveux effleurer son visage et son souffle caresser sa joue. Alors, faute de parler davantage et de se perdre dans un passé dont il ne voulait rien savoir, Naru fit ce qu'il aurait dû faire il y a déjà très longtemps. Ce que sa fierté mêlée à la peur lui avait interdit pour juste se satisfaire de l'effet qu'il produisait autour de lui. En se laissant glisser de sa chaise pour s'agenouiller aussi, il plongea les yeux dans ceux de la médium et posa doucement ses lèvres sur les siennes. Son rouge à lèvres carmin avait un goût de réglisse, et sa langue de vanille. Il ne sut ou mettre ses mains, alors elle les prit délicatement et les posa sur ses seins.

– Tu as peur ? » susurra-t-elle.

La vision de sa poitrine le fit frémir et il l'allongea sur le sol en l'embrassant à pleine bouche.

– Un peu… » admit-il. « C'est la première fois… »

– Ne t'inquiète pas », dit-elle en le retournant de sorte et se trouver au-dessus de lui. « Je peux t'apprendre. »

Et lentement, tandis qu'il laissait ses mains parcourir ses courbes et découvrir son corps, elle retira sa chemise, mit à nu son torse et ses épaules. Sa robe à elle glissa au sol et dévoila ses sous-vêtements en soie sur une peau aussi blanche et lisse que celle d'une statue de marbre.

Il la regarda les retirer devant lui, offrir son intimité à ses yeux, sa bouche et ses mains. Il se laissa faire lorsqu'elle retira ses propres vêtements, lorsqu'elle laissa son regard glisser sur son corps sans défense et sans artifice. Sur tout ce qu'il était de plus vrai et de plus vulnérable.

Il la laissa faire lorsqu'elle fit glisser son sexe entre ses lèvres et gémit en tentant de retenir un plaisir à chaque seconde plus fort. Lorsqu'elle le guida entre ses cuisses et commença à onduler sur son torse ruisselant de sueur. Puis ce fut elle qui le laissa faire. Qui le laissa la mettre de nouveau sur le dos, s'insérer plus profond et plus fort dans son corps jusqu'à la jouissance finale.

Naru contint un cri tandis que le plaisir envahissait chaque parcelle de son corps et de son esprit pour le laisser haletant, épuisé contre Jun.

– Seul un homme bien vivant peut faire ça », murmura-t-elle à son oreille, tout en l'enlaçant.

C'était vrai, rarement il avait ressenti un tel état d'appartenance et de plénitude. Peut-être jamais. Mais tandis que Jun se redressait et l'entrainait dans sa chambre pour l'embrasser de nouveau, tandis que leurs corps roulaient entre les draps, et que Jun s'abandonnait à ses mains néophytes et à son désir pour commencer à jouir à son tour, Naru réalisa qu'il avait déjà vu, vécu ça, quelque part, il y a longtemps. Les sensations qui l'avaient presque fait crier, il les sentait là, imprimées quelque part dans son corps et prêtes à ressurgir. Les courbes de Jun, de son ventre, de sa poitrine et de ses cuisses, il les avait déjà vues, sur quelqu'un d'autre. Quelqu'un de moins expert, moins sensuel, mais dont l'amour s'était accroché à lui et avait imprégné sa peau comme un tatouage.

En secouant la tête, Naru déglutit et passa sa main libre sur son front.

Quand avait-il déjà vécu ça ?

Qui m'a aimé à ce point-là ?


Review ? :3