Bonjour à tous ! L'inspiration est miraculeusement revenue, donc... allez ! Ce chapitre marque vraiment une grosse accélération dans l'intrigue et vous allez voir, c'est assez violent, donc accrochez vous bien ! À la base il devait être un peu plus long, mais j'ai décidé de le couper, sinon il aurait juste été interminable. Cela veut dire que, si l'inspiration daigne rester (et ma saloperie de rhume m'accorder du répit), la suite arrivera très bientôt :)

D'ici là n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, à commentez, bref, à me donnez un peu de motivation et me montrez que vous accrocher toujours (si vous accrochez). Je sais que c'est chiant, mais c'est ultra important (en plus là il pleut, il fait froid, j'ai la grippe, allez, svp, venez me réchauffer le cœur avec vos commentaires ! ^^ Non je n'insiste pas...)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


OCCULTIC FAKE

XII.

Nous vivions chichement, et nous n'étions pas heureux. Mon mari ne m'avait jamais vraiment regardée, et pour cause, moi je me sentais comme une ombre, un être invisible, dont il n'était même pas digne de noter la présence.

Un matin, en me levant, je me rendis compte que l'odeur du thé m'était devenue insupportable. Parce qu'il s'en faisait infusé tous les matins, et que cela restait l'un de ses rares plaisirs. Ce matin-là, je vomis pour la première fois, puis j'ai emmené le linge au lavomatique, j'ai acheté du café pour masquer l'odeur du thé, j'ai fait quelques courses aussi pour le repas du soir. Je suis allée chercher le linge, je l'ai étendu à la fenêtre, je l'ai repassé, je l'ai plié, et en refermant l'armoire, j'ai constaté que le soleil se couchait déjà. Voilà ma vie.

Ce jour-là, j'ai croisé mon reflet dans le miroir, et j'ai réalisé que ma jeunesse était passée. Que ma vie filait entre mes doigts comme une pelote de laine dont je voyais déjà le bout, et je me suis mise à pleurer.

Kuji m'a demandé ce que j'avais en rentrant, je lui ai dit que ce n'était rien. Nous nous sommes couchés, nous ne nous sommes pas touchés et le lendemain, j'ai vomi de nouveau en sentant l'odeur du thé.


Chapitre 11.

Ce qu'il y a sur le toit

Inspirer.

Expirer.

Inspirer…

Expirer…

In...spi...rer…

Ex… pirer…

Pour peut-être la millième fois, je me répétai ces mots pour réguler ma respiration, sans effet notoire. Il était 3h50 du matin, je m'étais réveillée vers 1h10. Mes yeux, habitués à l'obscurité, s'aventurèrent sur le plafond dont j'avais déjà compté les aspérités huit fois, puis longèrent le mur jusqu'à la fenêtre, et la faible lueur d'un lampadaire qu'on devinait à travers les volets. Dans la pièce d'à-côté, j'entendis les ronflements sonores de Bô-san. Un, deux, trois, quatre… plus rien. Et de nouveau, un, deux, trois… Comment Ayako faisait-elle pour les supporter ? Les pauvres m'avaient attendue jusqu'à 23 heures, le temps de m'assurer que tout irait bien pour Iku-chan, et que John me ramène chez eux. Je n'avais même pas eu la présence d'esprit de ramener mes affaires, et Ayako m'avait prêté l'un de ses pyjamas (beaucoup trop sexy à mon goût), ainsi qu'une brosse à dents. Je comptai de nouveau. Dix minutes s'étaient écoulées depuis que les ronflements avaient cessés. Le silence était alors d'une profondeur assommante et pourtant, à l'intérieur de mon crâne, ça n'arrêtait pas de hurler. Le regard de Jun, la manière dont ses lèvres avaient brusquement capturé celles de Naru, comme pour me signifier que c'était bien à elle qu'il appartenait. Et lui qui s'était laissé faire… Je l'aurais giflé si je n'avais pas jugé que l'indifférence était encore la meilleure des armes contre cette harpie.

Jun avait prétexté la situation elle-même pour justifier sa présence. Évidemment, Naru l'avait prévenue, donc elle savait déjà que nous étions à l'hôpital. Lorsqu'elle nous dit cependant vouloir vérifier l'état d'Ikuko, je le lui interdis aussitôt. Hors de question que la petite et sa mère aient le moindre contact avec elle. « Elle se repose », avais-je siffler d'un ton qui ne laissait pas de place à la discussion. « Un prêtre a déjà vérifié son état et l'a bénie pour la nuit. »

Dans ce cas nous devrions nous concentrer sur l'appartement hanté », suggéra-t-elle avec un sourire trop jovial pour être sincère.

N'est-ce pas ce que vous auriez dû faire depuis le début ?

Ma petite pique lui fit froncer un sourcil, mais son sourire s'agrandit avant que je ne puisse savourer la trace d'un quelconque désarroi.

Tu as raison Mai », dit-elle en s'inclinant. « J'ai manqué de prudence et de professionnalisme en envoyant Oliver là-bas. »

Mes poings se serrèrent en entendant le véritable prénom de Naru. Elle l'avait fait exprès.

« Mais je te promets de me rattraper », poursuivit-elle. Et son sourire me fit tout à coup très peur. Il y avait aussi quelque chose de malsain dans son regard. On aurait dit une vipère prête à dévorer sa proie…

Réalisant que ma respiration s'était de nouveau bloquée et que ma nuque s'était raidie de colère, je fermai les yeux et pris une longue inspiration. Quels que soient les projets de cette femme, il fallait que je m'arrange pour lui mettre des bâtons dans les roues jusqu'à ce que l'affaire soit résolue. L'état de Naru, encore très pâle, m'avait fourni l'excuse parfaite pour la tenir éloignée de l'appartement, du moins jusqu'à demain. Quitte à se servir de lui comme un pantin, autant qu'elle s'en occupe un peu ! Lui avait simplement acquiescé, la main sur la tempe, et avait accepté que Jun le reconduise chez lui. J'avais alors réalisé que la maladie l'avait beaucoup plus affaibli qu'il ne le laissait paraître, et que cela expliquait peut-être son manque de volonté, de lucidité surtout. Soutenu par Jun, le dos légèrement courbé et les paupières à demi closes par la fatigue, Naru n'était plus que l'ombre de lui-même, et je l'avais laissé s'éloigner, partir avec elle, sans une parole. Lui non plus ne m'avait plus adressé un mot, pas même un regard. Et c'est cette vision terrible, celle de sa silhouette chancelante, de ses épaules un peu trop frêles, entourées par le bras d'une menteuse et d'une manipulatrice qui me hantait encore et me faisaient compter les minutes jusqu'au matin.


La vérité n'est parfois pas bonne à apprendre. Osamu ne l'avait jamais aussi bien compris. Les yeux gonflés de sommeil, tout en avalant d'un trait son huitième café de la soirée, il fit défiler l'un des nombreux articles concernant les disparitions d'enfants qui avaient sévi dans les quartiers de Shibuya et d'Ikebukuro, quatre ans plus tôt. Leur nombre était effrayant, et presque à chaque fois, Sakamoto était intervenu dans l'affaire. Grâce à un ami journaliste, il avait obtenu l'accès à des informations normalement inaccessibles au grand public via les archives de la police. Le simple fait de les consulter grâce à un mot de passe volé le mettait dans l'illégalité la plus totale, mais il s'en moquait. Ce qu'il avait appris confirmait les soupçons de Mai. Pire encore.

Revenant sur ses notes, le jeune homme nota les informations sur l'enfant disparu, le cinquième et dernier de la série, et consulta une nouvelle fois la date. Elle coïncidait avec le début des recherches de Sakamoto sur la parapsychologie. Quant à Jun, c'est cette affaire qui l'avait fait connaître du grand public. Depuis, plus aucun enlèvement. Mais avant celui-ci, il y en avait eu cinq, avec en tête de liste celui de la petite Mitsuko Kawai, alors âgée de sept ans. Les autorités avaient soupçonné un dégénéré qui trainait souvent autour des squares pour enfants et qui avaient déjà fait deux tentatives. Il avait avoué avoir enlevé Mitsuko, mais assurait qu'elle s'était enfuie avant qu'il n'ait pu lui faire quoi que ce soit. Or Mitsuko était morte. Donc soit c'est lui qui l'avait tuée, soit quelqu'un d'autre s'en était chargé. Mais le plus étrange restait la manière dont Sakamoto était intervenu sur l'affaire. Ce n'était pas sa première, puisqu'il participait fréquemment aux interrogatoires des individus que l'on soupçonnait psychotiques afin d'établir un diagnostique, mais cette fois, il ne s'était pas contenté d'écouter et de livrer ses notes en bon expert silencieux.

Comme s'il avait besoin de le voir et de le lire encore et encore pour s'assurer de sa réalité, Osamu parcourut une nouvelle fois le rapport du regard. Celui qui détruirait probablement son avenir et ses recherches.

Le 29 août, seulement trois jours après la disparition de Mitsuko, Sakamoto avait proposé à la police les services d'une médium. Elle se faisait appeler Jun, et exerçait discrètement depuis plusieurs années, lors de séances privées où elle aidait les personnes endeuillées à contacter leurs morts pour leur faire un dernier adieu. Sakamoto avait été convaincu de son don en se soumettant lui-même à une séance. Jun aurait alors été capable de contacter sa fille décédée, et de lui fournir des informations que personne à part lui n'aurait pu savoir, et ce sans commettre la moindre erreur malgré les pièges qu'il lui tendait. Le chercheur en psychologie avait été subjugué, et dès lors obsédé par la question suivante : une médium compétente pourrait-elle retrouver un corps disparu ? Peut-être même sauver une personne enlevée avant que celle-ci ne soit tuée ? La police avait émis de sérieux doutes sur la fiabilité de la méthode, mais Sakamoto avait défendu le projet en soutenant qu'il ne s'agissait là que d'une expérience et que, puisqu'aucune piste fiable n'étaient encore en étude, ils n'avaient rien à perdre à consulter Jun, d'autant que la vie d'une petite fille était en jeu. La police donna son accord sans conviction. Une semaine plus tard, les chaussures, les vêtements, et des cheveux de Mitsuko furent retrouvés enterrés en forêt, mais aucun corps ne fut découvert. Armée d'un pendule, Jun indiqua un lac qui se trouvait deux kilomètres plus loin. Il fut consciencieusement fouillé, mais encore une fois, aucun corps ne fut découvert. Quant aux indications de Jun, elles avaient été trop floues pour leur accorder du crédit. Affirmant d'abord que Mitsuko était en vie et qu'elle la retrouverait, elle avait ensuite sombré dans un silence inexplicable avant de revenir sur son propos pour déclarer que la petite était bel et bien morte, et que son corps se trouvait dans la forêt d'Aokigahara. C'est effectivement là-bas qu'il fut trouvé, mais aucune reconnaissance ne fut apportée à la médium, dont les déclarations furent passées sous silence. Trois autres enlèvements suivirent le premier, et se soldèrent à chaque fois par un échec soit l'enfant était retrouvé mort, soit il n'était pas retrouvé du tout, jusqu'à ce que Jun parvienne à sauver le cinquième de la liste. La disparition s'était produite une dizaine de mois après celle de Mitsuko Kawai. L'enfant fut retrouvé dans une cave, en plein cœur de Shibuya, aux côtés du corps pendu de son ravisseur. On supposa que le suicidé était responsable des autres enlèvements, et avait fini par craquer sous le poids de la culpabilité. Personne ne semblait le connaître, il n'était pas de nationalité japonaise… On l'identifia plus tard comme un émigré coréen sans en apprendre davantage sur ses origines. L'histoire de cet home était un mystère absolu. Quant à ses motivations, personnes ne les connaitraient jamais. Jun avait tenté de les percer à jour lors d'une séance mais avait fait un malaise. Comme six mois plus tard, plus aucun enlèvement n'avait été signalé, on jugea l'affaire close.

À priori, Jun et Sakamoto avaient seulement cherché à prouver qu'un médium pouvait intervenir de manière efficace dans une enquête policière. Leurs résultats avaient ouvert les yeux du public et provoqué l'engouement général pour les dons parapsychologiques, mais que penser de cette première affaire ? Malgré la fatigue qui le faisait dangereusement osciller sur sa chaise, Osamu se redressa et rassembla ses mains sous son menton. Jun n'avait pas été capable de retrouver le corps de Mitsuko Kawai. Pourquoi ? Peut-être qu'elle ne maitrisait pas encore ses dons… mais dans ce cas, Sakamoto ne lui aurait pas voué une confiance aussi aveugle. Un autre détail le chiffonnait par ailleurs. Selon le rapport, « Jun » n'était qu'un pseudonyme. La jeune femme avait en effet souhaité rester anonyme pour ne pas faire parler d'elle dans le quartier. Mais dans ce cas, s'appelait-elle réellement Jun Fubuki ?

En se mordant la lèvre, le jeune homme accéda une nouvelle fois à la base de données qu'il avait piratée et fouilla les rapports. Impossible que la police travaille avec une inconnue. Son nom devait au moins être répertorié quelque part.

– Ah ! » s'exclama-t-il en trouvant un fichier qui s'apparentait à une fiche d'identité.

La photo représentait bien Jun, mais très différente de ce qu'elle était aujourd'hui. Sans maquillage et les cheveux mal coiffés, elle ressemblait à une modeste femme au foyer, peu sûre d'elle et presque honteuse d'être photographiée. À côté figuraient sa date, son lieu de naissance, et son… Osamu retint un hoquet.

– C'est pas vrai…

L'adresse concordait également.

Les mains tremblantes, il se redressa brusquement et consulta sa montre. 4H25. Il ne pouvait rien faire à cette heure-ci… mais s'il ne tentait rien, Mai et Naru seraient en danger.


Eh meeeeeeeerde…

Mon téléphone s'était déchargé pendant la nuit et j'avais oublié mon chargeur. Fichue moi. Mon insomnie était finalement passée vers 5h du matin et m'avait laissée tellement épuisée que Bô-san et Ayako n'avaient pas eu le courage de me réveiller. Le geste était louable, mais le fait est qu'il était dix heures, et que Jun et Naru étaient certainement déjà sur place.

« Merde, merde, merde… » marmonnai-je en enfilant mon jean à la hâte. Sans mon vélo, je n'y serai pas avant une bonne demi-heure…

Tu es sûre que tu ne veux pas manger quelque chose ? » lança Bô-san depuis la cuisine, une tasse de café à la main.

Pas le temps… mais je vous revaudrai ça, promis !

Là n'est pas la question…

T'inquiète, j'ai l'habitude ! » tentai-je de le rassurer. « Et puis le temps presse ! »

Ne fais rien d'imprudent surtout…

Promis !

Je lui fis mon plus beau sourire avant d'ouvrir la porte à la volée et de la claquer derrière moi. Le métro n'était pas loin, et la foule moins dense à cette heure-ci. Par réflexe, je sortis mon portable et fixai l'écran demeuré noir. C'était bien ma veine.

Faites qu'ils n'aient encore rien entrepris… que je puisse arrêter cette femme à temps », pensai-je en courant aussi vite que mon endurance me le permettait.


10h30 et toujours aucun signe. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de laisser ses messages sans réponses. Est-ce qu'elle lui en voulait ?

En vérifiant pour la treizième fois son portable depuis le début de la matinée, Naru se gratta la tête et jeta un œil dans la rue, au cas où elle arriverait. Jun lui avait pourtant dit qu'elle était partie avec John la veille au soir… vu que lui ne s'en souvenait pas.

Il ne se souvenait pas de grand-chose, à vrai dire, jusqu'à son réveil entre les bras de Jun. La vision de Yoshimi au chevet de sa fille, les odeurs nauséabondes d'hôpital et de maladie, cette étreinte qui l'avait rendu si nostalgique… tout se brouillait encore dans sa tête et quand il y pensait, il avait la nausée.

– Ça va bientôt faire une heure… » maugréa-t-il. « Qu'est-ce qu'elle fiche bon sang ?! »

Sans son matériel, continuer l'enquête n'était même pas envisageable, et comme tout était chez elle… Son portable vibra soudain et il faillit le faire tomber, avant de constater qu'il ne s'agissait que d'un sms de Jun.

« Yoshimi en a presque terminé. Tout se passe bien pour l'instant. »

Yoshimi et Ikuko avaient débarqué dix minutes plut tôt. La petite semblait pleinement rétablie, et en l'absence de nouvelles, les deux femmes n'avaient eu d'autre choix que d'appeler un taxi pour rentrer chez elles.

– Allez rapidement chercher vos affaires et descendez m'attendre sur le parking », leur avait-il dit en les voyant. « Surtout ne vous quittez pas. Yoshimi-san, ne lâchez pas Ikuko-chan des yeux et appelez-moi au moindre problème. Je vous conduis chez moi dès que possible. »

Jun s'était proposée de les accompagner, trop frileuse à l'idée de les laisser seules dans l'immeuble, et Naru n'avait pu que saluer sa décision. La médium lui semblait cependant étrange depuis leur réveil. Anxieuse, presque impatiente. Peut-être que l'enquête l'inquiétait plus qu'elle ne le laissait paraître… Finalement, et sur bien des points, Jun était aussi secrète que lui… Il consultait une nouvelle fois l'écran de son portable lorsqu'une silhouette fit irruption au coin de la rue et se précipita vers lui.

– Pas trop tôt !


Rien que son petit regard hautain suffit à me mettre sur les nerfs.

Pas trop tôt ! » lança-t-il en croisant les bras.

J'avais dû courir l'équivalent d'un marathon, et réalisai que mon t-shirt était trempé sous ma veste.

Désolée… » marmonnai-je en esquissant une grimace qui se voulait être un sourire. « … panne de réveil… »

Il me lança un regard en biais pour me signifier qu'il n'était pas dupe.

Et mes messages ? Tu les as pas vus ou quoi ?

J'ai plus de batterie…

Envolée en tout cas sa petite faiblesse de la veille, et dans mon état, c'est moi qui me sentais misérable.

Du nouveau pour l'enquête ? » tentai-je en reprenant mon souffle.

On t'attendait justement.

Tu veux dire que vous n'avez pas encore commencé ?

Je viens de te dire qu'on t'attendait.

Ça j'avais du mal à le croire. Lui m'attendre ? Le roi des narcissiques ?

Depuis quand tu prends la peine d'attendre les autres toi ? » rétorquai-je.

Je veux juste m'éviter une de tes tirades interminables sur la morale, l'esprit d'équipe et j'en passe.

À d'autre ouais ! Dis plutôt que t'as oublié les clés !

L'un de ses sourcils se fronça et il arbora une mine boudeuse tout en croisant les bras. Je venais de réaliser pour ma part qu'ayant récupéré mes clés la veille, il lui avait été impossible d'entrer dans l'immeuble. Autrement dit, je m'étais fait du souci pour rien, et les avais en plus fait poireauter plus d'une heure devant ma porte. Le comble du bonheur.

Allez tiens gros malin », me moquai-je en lui tendant mon trousseau. « Mais au fait… » Je balayai les alentours du regard. « Où est Jun ? »

Avec Yoshimi et Ikuko. Elles viennent de rentrer de l'hôpital et veulent juste récupérer quelques affaires. Jun est montée avec elles histoire de s'assurer que tout se passe bien. »

Je crus m'étouffer avec ma propre salive et réalisai que ma respiration s'était bloquée dans ma poitrine.

Elles sont… toutes seules… avec Jun ?! » bredouillai-je.

Oui, où est le problème ?

Je ne pris même pas le temps de lui expliquer. Lui arrachant mon trousseau des mains, je me précipitai vers la porte et l'ouvris à la volée avant de me jeter dans les escaliers. Pas questions de laisser cette folle entreprendre quoi que ce soit !


La porte s'était refermée avant qu'il ne puisse la rattraper et une fois encore, Naru se retrouvait dehors comme un idiot.

– MAI !

La colère lui fit grincer des dents, et sans pouvoir davantage se contrôler, il frappa la porte du pied. Être mis ainsi de côté le mettait hors de lui… chose rare… Mais plus encore, il ne pouvait s'expliquer la peur, la peur panique, qu'il avait lue dans ses yeux l'espace d'un instant. Quelle mouche l'avait piquée ?

« Allez répond… », marmonna-t-il en sélectionnant le nom de Jun dans son répertoire.

Deux sonneries s'écoulèrent avant que la voix de la médium ne résonne dans son oreille.

« Viens vite m'ouvrir », lança-t-il avant de réaliser qu'il s'était mis à hurler.

Quelque chose ne tournait vraiment pas rond…


L'absence de petit déjeuner commençait cruellement à se faire sentir et lorsque j'arrivai au sixième étage, plus trempée que je ne l'étais déjà et à bout de souffle, mes jambes ne me portèrent plus. Cramponnée à la rampe, je m'accordai quelques secondes de répit pour reprendre ma respiration et apaiser les battements frénétiques de mon cœur.

J'ignorais de quoi Jun était capable, et c'était bien ça le problème. Mais je commençais doucement à comprendre que cette femme avait un contrôle presque anormal de ses émotions. Pour une médium qui prônait l'empathie et la paix intérieure, c'était sans doute normal, mais le sien avait quelque de malsain, de calculateur, et le fait qu'elle ait réussi à embobiner Naru montrait qu'elle était capable de manipuler n'importe qui. Il fallait faire vite.

Yoshimi ! » criai-je tout en grimpant l'étage qui me restait. « Yoshimi, vous êtes là ?! »

Mai-chan… » entendis-je alors murmurer en haut des escaliers.

Yoshimi !

Malgré les courbatures et les tremblements, mes jambes accélérèrent le mouvement, et je découvris ma voisine sur le palier de sa porte, le visage déformé par la panique.

Iku-chan a disparu… » parvint-elle à dire.


– Tu dis qu'elle est montée en courant ?

Jun s'écarta pour le laisser passer et lui emboita le pas jusqu'à l'ascenseur. Elle semblait tranquille, ce qui le troublait davantage.

– Oui, tu ne l'as pas croisée ?

– Non, j'ai pris l'ascenseur…

– Je vois… Yoshimi et Ikuko vont bien ? Rien d'anormal n'a eu lieu ?

– Non rien, et pour ma part je n'ai rien senti. Mai doit déjà être avec elles de toute façon. La connaissant, elle a dû s'inquiéter pour rien.

– Oui, ça doit être ça…

Ça devait être ça… alors pourquoi son cœur battait-il aussi vite ?


Je ne comprends pas… elle était pourtant avec vous ?!

Elle m'aidait à faire la valise, oui… je l'ai à peine quittée des yeux… Quand Shibuya-san a appelé Fubuki-san, je n'ai pas fait attention, j'avais les bras chargés, donc je lui ai demandé de la raccompagner à la porte…

Attendez…

Une fois de plus, je jetai un œil à l'appartement, et inspectai la chambre d'Iku-chan, sans trouver le moindre signe de la petite.

Nar… Shibuya-san a appelé ? Quand ça ?

Juste à l'instant. J'ai cru comprendre qu'il demandait à Fubuki-san de lui ouvrir la porte du rez-de-chaussée, mais je ne pensais pas que vous seriez là.

J'avais dû l'enfermer dehors. Logique. Et si Jun avait pris l'ascenseur, nous avions dû nous croiser sans nous en rendre compte. Rien d'anormal à cela.

Et vous avez simplement perdu de vue Iku-chan pendant qu'elle raccompagnait Jun à la porte ?

C'est ça… il s'est juste écoulé quelques secondes. Comme j'ai entendu la porte claquer et que je ne l'entendais pas revenir, je l'ai rappelée, mais elle n'est pas venue, et quand j'ai vérifié dans le hall d'entrée, elle n'y était plus…

Et le couloir ?

Je sortais pour vérifier quand je vous ai entendue m'appeler… mais je ne l'ai pas vue… Mai-chan… » elle se mit à sangloter de terreur. « Ma fille… ma fille… qu'est-ce que je vais faire ? »

Elle n'est pas non plus à la salle de bain ?

Non…

Je vérifiai dans le doute, aucun signe d'Iku-chan. Comment avait-elle pu disparaître aussi vite ? Pour aller où ? Un éclair me traversa soudain l'esprit, et je sentis mes mains se crisper.

« C'est pas vrai… »

Mai-chan ?

Restez ici. Ne bougez pas, attendez que Shibuya arrive » lui lançai-je en me précipitant vers la porte, droit vers le huitième.

Comme pour confirmer mes soupçons, la porte de l'appartement vide était entrebâillée, ouverte sur le néant… J'inspirai profondément, et pris le temps de me redresser avant d'ouvrir.

Comme les autres fois, l'appartement baignait dans une pénombre étouffante, imprégnée par les odeurs de moisi et d'humidité. Mais cette fois, plus que le vide et l'abandon, quelque chose me dérangea. C'était comme un bruit continu, relativement faible, entrecoupé parfois de légers clapotis. Mon souffle s'accéléra tandis que je me dirigeai soudain vers la salle de bain. Ce son… c'était le même que celui que j'avais entendu dans mon rêve… c'était le bruit d'un robinet ouvert. Une flaque d'eau s'était déjà formée à l'extérieur de la pièce. Les doigts tremblants, je fis lentement coulisser la porte, et passai ma tête à l'intérieur.

Le son m'assaillit de plein fouet et m'emplit les tympans comme si une cascade s'était formée juste à côté de moi. Je grimaçai, et tentai d'habituer mes yeux à la pénombre. La fuite semblait venir de la baignoire. Tandis que mes pas faisaient de petits clapotis dans l'eau courante, je traversai la pièce et m'approchai doucement du bassin, la main sur la bouche. Ça ne suffit pas à retenir mon cri.

Sentant mes jambes se dérober sous mon poids, je tendis les bras vers la petite masse qui gisait à la surface et la tirait vers moi.

Iku-chan…

Ses cheveux noirs formaient comme un linceul autour de son visage, et son corps était comme celui d'un pantin désarticulé entre mes bras.

Iku-chan… Iku-chan réveille-toi », me mis-je à hurler.

Iku-chan…

L'eau glacée imprégnait mes vêtements et ma peau… j'avais froid…

Iku-chan, répond-moi… » répétai-je en plaquant mon oreille sur son torse pour vérifier son pouls. Elle était glacée… ses mains raides, sa peau presque visqueuse…

C'est pas vrai…

Je réalisai soudain que ses cheveux étaient étrangement longs et lui tombaient jusqu'au bas du dos… Iku-chan avait les cheveux courts…

La terreur qui me comprima les intestins n'eut alors pas de nom. Mes yeux restèrent rivés sur la silhouette dans mes bras. Sa peau grise, pâteuse, cette eau qui ruisselait sur mes mains, son iris vide, d'un blanc laiteux, fixé sur moi.

Mitsuko…

Sa tête pivota lentement vers moi, et je vis sa main se lever vers mon front, juste à temps pour la lâcher et reculer vers la porte. Mes jambes tremblaient si fort que j'étais incapable de me lever, d'échapper à cette créature qui gisait devant moi, et dont les petits membres glacés rampaient lentement dans ma direction.

Un vertige me fit soudain perdre l'équilibre, et ma tête frappa violemment le mur.

Un visage. Floué par une grande masse d'eau, juste au-dessus de moi, et pourtant si profonde, si profonde… si dense… je tendis mes bras vers lui, mais il me regardait lentement sombrer sans un geste, son expression masquée par toute cette eau qui me tuait, qui s'insinuait dans mon corps, qui me piquait les yeux. Un hurlement silencieux vint soulever ma poitrine et tout à coup, tout devint noir…


– Comment ça Iku-chan a disparu ?!

Pourquoi fallait-il toujours que Mai comprenne toujours tout avant lui ?…

– Où est-elle en ce moment ? » hurla-t-il tandis que Jun essayait de calmer la jeune mère.

– Je ne sais pas…

– Je parle de Mai !

– Elle… elle est montée…

Ses yeux s'agrandirent soudain. L'appartement du huitième.


– Vous ne pouvez vraiment pas aller plus vite ?!

– Ah moins que vous ayez un téléporteur pour éviter les bouchons, je peux rien faire moi…

– C'est pas vrai…

À ce stade, il n'y serait pas avant midi…

Osamu consulta l'heure sur son téléphone, et afficha sa liste d'appels. Elle n'avait pas non plus répondu à ses messages. Bô-san lui avait confirmé qu'elle avait bien passé la nuit chez eux et qu'elle était partie précipitamment, sans même prendre la peine de déjeuner. Au moins elle allait bien, mais pour combien de temps encore ?…

Osamu sentit ses poings se serrer et se passa une main sur le visage pour se calmer. Jun… combien de personne avait-elle ainsi dupées ? Combien avaient souffert par sa faute ?

– Tu vas me le payer… » marmonna-t-il entre ses dents.


J'étais déjà sur le toit lorsque je compris. La silhouette cylindrique des citernes se détachait dans le bleu du ciel, et un vent glacial vint gifler mes vêtements déjà trempés. Mitsoku Kawai. Je savais enfin où elle se trouvait.

Alors que mon cœur recommençait à s'affoler, je serrai les dents, et fis un pas, deux pas, laissant le bruit de mes semelles résonner contre les dalles en béton.

Les citernes ne servaient plus depuis quelques années. On les avait simplement laissées là, à défaut de savoir quoi en faire, mais j'avais entendu dire par le concierge que parfois, des soucis d'écoulement avaient encore lieu. C'est pour ça qu'il était déconseillé de boire l'eau du robinet dans mon immeuble… Dans la fraîcheur de l'atmosphère, mon souffle formait de petits nuages opaques devant moi, et je sentis une feuille morte me frôler la joue.

De la rouille ruisselait, en longues traînées écarlates, le long des structures. Ça sentait le moisi, et sous l'une des citernes, une flaque d'eau noire et puante s'était formée. C'est alors que je la vis, et mon sang ne fit qu'un tour tandis que je me remettais à courir. Elle était là, accrochée à l'échelle, au niveau du couvercle.

Iku-chan ! » hurlai-je en me cramponnant à mon tour à l'échelle.

Mes mains tremblaient tellement que j'eus du mal à me soulever.

Descends de là ! » hurlai-je de nouveau.

Mai-chan… » l'entendis-je murmurer tout en se tournant vers moi.

Ce que je vis alors failli me faire tomber de l'échelle.

Un bras… une main grise, aux doigts squelettiques, agrippa celle d'Ikuko et la tira soudain vers l'intérieur de la citerne.

Iku-chan !

Son cri transperça le silence, et sans une hésitation, je franchis la distance qui nous séparait et saisit son bras. Ce qui l'entraînait dans les ténèbres ne daigna cependant pas lâcher prise… déséquilibrée à mon tour, et trop faible pour résister, je fus happée à mon tour dans le gouffre glacial où Mistuko Kawai avait rendu son dernier soupir…


– Mai ? Mai !

Aucune réponse… ils avaient trouvé la salle de bain inondée et des traces de pas sur le sol… les siennes…

– Elles mènent au toit ! » s'exclama Naru en se précipitant de nouveau vers l'entrée, Jun sur les talons. Ce n'est qu'en sortant qu'il réalisa qu'une touffe de longs cheveux noirs s'était coincée sous sa chaussure…


Le noir… infini, glacial… impossible à percer, impossible à berner… la noirceur grisâtre et poisseuse de l'eau, cette eau qui fut aussi son cercueil, sa dernière prison…

Mitsuko…

Avec un effort surhumain, je me redressai et battit des pieds jusqu'à la surface, le corps d'Ikuko serré contre moi. Un air nauséabonde envahit mes poumons, et je me collai contre la paroi pour trouver une issue. Elle était verte de mousse… Je crus que j'allais vomir.

Tiens bon Iku-chan », murmurai-je sans parvenir à contrôler mes tremblements de terreur et de froid.

Il devait bien y avoir une échelle, quelque chose… la faible lueur qui passait à travers l'ouverture du couvercle me laissa alors distinguer les barreaux d'une échelle. J'avais juste à traverser la citerne.

Allez ma vieille…

Quelque chose frôla mon pied… je n'osai pas imaginer ce que c'était, pas encore… Ikuko respirait faiblement, elle se mit soudain à tousser et je sentis ses petits doigts cramponner mon bras.

On y est presque », soufflai-je en me hissant sur l'échelle.

« Mai… »

Mon corps se figea soudain. J'avais dû rêver… c'était pourtant bien sa voix.

Mai ! Mai, tu es là ?!

Naru…

NARU ! » hurlai-je à m'en briser la voix, tout en soulevant Ikuko pour la ramener à l'air libre. « Naru, on est là ! »


Les traces de pas menaient jusqu'aux citernes. Alors qu'il les suivait, Naru sentit soudain Jun lui saisir le bras pour le tirer en arrière.

– N'y va pas… », dit-elle.

– Et pourquoi ?!

– Il y a quelque chose de mauvais là-bas…

– Je m'en fous… Mai ? MAI ?!

Il crut qu'il allait devenir fou… jusqu'à ce que sa voix, très faible, comme abîmée, doublée d'un étrange écho, lui parvienne enfin.

« Naru… »

Son sang ne fit qu'un tour lorsqu'il réalisa qu'elle venait de l'intérieur de la citerne.

– Ce n'est pas elle », gémit Jun derrière lui, mais il ne l'écoutait déjà plus. C'était bien elle, c'était Mai.

Il commençait à gravir l'échelle lorsqu'un mouvement, au niveau du couvercle, attira son attention. Un petit visage émergea de l'intérieur du cylindre, et se mit à le fixer d'un œil voilé par les larmes. Derrière lui, il entendit résonner la voix de Yoshimi.

– Iku-chan !

Laissant parler son instinct, il se hissa jusqu'à la petite et passa une main sous ses bras pour l'attirer contre lui. D'un mouvement de hanche, il parvint alors à l'extirper vers l'extérieur et la retint tandis que les jambes de l'enfant pendaient dans le vide et qu'elle s'agrippait à lui en pleurant.

– Tout va bien Iku-chan, je te tiens.

Yoshimi s'était précipitée vers eux, juste à temps pour réceptionner sa fille et la descendre en lieu sûr.

– Des couvertures… allez chercher des couvertures… appelez une ambulance », l'entendit-il hurler, sans doute à l'adresse de Jun.

Lui n'y prêtait déjà plus attention. En calant ses pieds sur les derniers barreaux, il se cramponna au couvercle de sorte à pouvoir passer la tête à travers l'ouverture de la citerne. Le travail de maintenance avait été mal fait au point de la laisser ouverte… l'odeur de décomposition était intenable…

– Mai… tu es là ? » marmonna-t-il en se couvrant le nez.

Mais il n'y avait sous ses yeux plus qu'une grande flaque noire et impénétrable.


Mon don, ma malédiction, je n'en avais pris conscience que très tard, après avoir ignoré pendant des années les murmures dans le noir et ces étranges silhouettes qui se glissaient parfois dans mon champ de vision.

Je fus mariée jeune, et je vieillis très vite, si bien qu'arrivée à vingt cinq ans, il me semblait déjà être arrivée au crépuscule de mon existence.

Je détestais mon reflet dans le miroir, ma silhouette trop maigre, cachée par ces horribles fripes, achetées pour une bouchée de pain dans les brocantes du quartier. Je détestais notre vie sans amour, sans voyage, nos repas rythmés par la musique abrutissante de la télévision, et son regard de jour en jour un peu plus vide. C'est peut-être parce que je perdis peu à peu tout instinct de survie que je n'eus bientôt plus peur de ce qui ressortissait de la mort, et que je finis même par y trouver une véritable source d'intérêt.

Mes séances n'étaient pas truquées. Elles avaient lieu chez nous, dans cette chambre où nous ne faisions que dormir. On ne m'apprit jamais rien. J'avais lu quelques livres, vu des émissions, mais fut entièrement autodidacte. Une fois mon client installé, je commençais par tirer les rideaux, j'allumais une bougie, m'asseyait en tailleur en face de lui, puis commençais à méditer. C'est alors que je les entendais, les murmures dans le noir, et que je voyais, à travers mes paupières fermées, les images d'une vie qui n'était pas la mienne, et qui s'offraient alors à mois comme les séquences désordonnées d'un film mal monté. Je n'ai jamais questionné mes clients, parfois je ne savais même pas leur nom et pourtant, chaque fois que je leur décrivais un visage que j'avais vu, une parole que j'avais entendue, ils arboraient un sourire nostalgique ou se mettaient à pleurer. C'était comme si je leur apportais la délivrance qu'ils attendaient, sans vraiment comprendre comment. Je n'étais qu'un canal à travers lequel passait ce qu'eux ne pouvaient plus entendre. J'étais comme un poste radio, capable de capter des ondes un peu trop subtiles pour le reste des humains. Bref, une médium.

J'ai dû mettre un an à assumer ce nom, et pourtant, c'est bien ce que j'étais. Une médium.

Au début j'ai pratiqué par ennui, puis par curiosité, et à mesure que mes capacités s'accroissaient, que mes sens se développaient et que mes visions gagnaient en clarté, en longueur et en précision, commença à se développer autre chose. Le goût, la soif de vivre. Je me suis remise à sourire, mais ce n'était pas parce que mes clients repartaient généralement de chez moi en paix, non. C'était parce que, pour la première fois de ma vie, je possédais quelque chose à moi, que personne d'autre n'avait, et qui me rendait véritablement exceptionnelle.