#BLACKLIVESMATTER

T/N: Vous pouvez lire le chapitre 6 pour plus d'informations. Ne soyons pas silencieux.

T/N: La vérité commence à être découvert et c'est le chapitre qui amorce les changements dans la relation entre Severus et Harry.

J'ai tellement envie de protéger Harry…

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Harry ne savait pas comment il s'était retrouvé ici et il n'arrivait pas à supprimer la panique écrasante qui le traversait.

La pièce semblait plus petite, les murs se refermaient sur lui alors qu'Harry était assis sur le lit usé de sa chambre à Privet Drive. Quelques stries du clair de lune, qui brillaient à travers les fenêtres barrées, étaient la seule source de lumière dans la noirceur qui l'entourait.

Tout était calme jusqu'à ce que de lourds pas, en-dehors de sa porte, attirèrent son attention. Ces pas montèrent les escaliers et s'arrêtèrent juste devant la porte.

Sans avertissement la porte s'ouvrit et claqua le mur avec un bruit retentissant qui fit sursauter Harry. Il pouvait distinguer la silhouette d'une large personne occupant la majeure partie de l'embrasure de la porte. L'homme entra et se dirigea directement vers Harry avec le regard le plus malveillant sur son visage, qui était accentué par la noirceur de la pièce.

Harry essaya de reculer le plus loin possible mais son dos heurta rapidement le mur derrière lui.

Il n'avait nulle par où aller.

«Rien qu'un monstre! Toujours un danger pour ma famille! Je vais te donner ce qu'un monstre comme toi mérite!» cria l'oncle Vernon.

Et avant qu'Harry ne puisse essayer de s'enfuir, il fut attrapé violemment pas le bras et fermement cloué au mur. Harry commença à se tortiller, tentant même de donner des coups de pieds et d'érafler, mais rien ne desserra l'emprise de l'oncle Vernon sur lui.

Puis une ceinture bien trop familière apparue dans la main de l'oncle Vernon. Harry tressaillit quand l'oncle Vernon la balança. Le bruit résonna dans la pièce lorsque la ceinture claqua et heurta le mur à côté de lui.

«Rien qu'un fardeau. Gosse ingrat. Monstre sans valeur. Qui voudrait de toi?»

Une autre silhouette drapée de noir apparut derrière l'oncle Vernon. Le souffle d'Harry se bloqua dans sa gorge, son coeur se décomposa quand il reconnut qui était l'homme.

«Oui, qui voudrait t'avoir comme fils? Tu causes toujours des ennuis à tous ceux qui t'entourent,» dit Rogue. Son visage se tordit de dégout alors qu'il regardait Harry avec ses yeux noirs et froids.

«Non… je suis désolé, Je-je serais bon. S-s'il vous plaît,» fit Harry d'une voix rauque, son attention dirigé uniquement sur son père, avant que le souffle ne lui soit coupé par le grand coup de poing de l'oncle Vernon dans sa cage thoracique.

«Tais-toi monstre!». Les lèvres de l'oncle Vernon se retroussèrent en un sourire mauvais. «Tu crois vraiment qu'il se soucie de toi ?»

Harry tomba au sol près des bottes de Rogue tandis que la ceinture commençait à pleuvoir sans relâche sur lui. Il leva les yeux et vit Rogue l'observer de haut avec un masque froid d'indifférence sur son visage…

«Potter,» dit soudainement une voix mais elle ne semblait pas venir de l'oncle Vernon ou même de Rogue et Harry pensa qu'il devait entendre des choses. Mais il l'entendit de nouveau. «Potter!»

Harry se sentit secoué, la voix devenant plus forte et semblait plus impérieuse alors qu'elle continuait d'appeler son nom.

«Harry!»


Severus traversa le manoir en s'arrêtant brièvement pour regarder dans la chambre de Kieran, alors qu'il passait devant, avant de continuer vers la chambre de Potter. Une fois arrivée, Severus alluma les lumières avec un bruissement de sa baguette et la scène qu'il vit fut pour le moins alarmante.

Potter faisait manifestement un cauchemar. Ses membres s'agitaient, s'emmêlant dans les draps, comme s'il essayait de se défendre contre un attaquant invisible que lui seul pouvait voir.

«Non… je suis désolé, Je-je serais bon. S-s'il vous plaît,» murmura Potter mais Severus entendit chaque mot.

Entièrement résolu à réveiller le garçon Severus se dirigea à son chevet, se pencha et posa une main sur son épaule.

«Potter,» appela-t-il mais il recula immédiatement lorsque le garçon tressaillit violemment en s'éloignant de lui.

Réessayant encore une fois, Severus se rapprocha avec précaution et le secoua pour le réveiller du terrible cauchemar qu'il subissait.

«Potter!» Severus continua d'appeler le nom du garçon à plusieurs reprises mais en vain. Cela semblait seulement agiter encore plus Potter. Il commença à secouer le garçon plus fort et dans son désespoir croissant Severus cria, «Harry!»

Potter poussa un grand halètement. Sa poitrine se souleva, ses yeux s'ouvrit et il parcourut la pièce pendant un moment. Severus se redressa et recula de quelques pas en poussant un petit soupir de soulagement.

Avec des mains tremblantes, Potter attrapa ses lunettes sur la table de nuit et les mit grossièrement sur son visage.

«Monsieur?» chuchota Potter, sa voix légèrement rauque. Puis ses yeux rencontrèrent ceux de Severus pendant une fraction de seconde avant de détourner le regard. C'en était assez pour que Severus aperçoive l'angoisse dans ces éclatants yeux émeraudes.

Les même yeux qui étaient si familiers à Severus.

Les yeux de Lily.

Il se souvenait de toutes ces fois où il avait regardé ces yeux verts qui contenaient tellement de lumière et d'innocence. Mais rien de tout ça n'étaient présents dans la paire de yeux verts qu'il regardait actuellement. Ces yeux étaient ternes et hantés, la souffrance irradiait par vague en dehors du garçon.

Severus ressentit un pincement inconnu dans sa poitrine en voyant Potter dans un tel état de détresse.

Qu'est ce que le garçon avait pu rêver pour réagir de la sorte?

Severus étudia le garçon devant lui, notant comment Potter s'était assis, tremblant, et s'était recroquevillé sur lui-même en serrant ses genoux contre sa poitrine comme s'il essayait de se réconforter. Son t-shirt était trempé et ses cheveux humides étaient collés contre la fine couche de sueur sur son front. Il relâcha une respiration tremblante, quelques larmes coulèrent sur ses joues, avant de poser son front sur ses genoux et de cacher son visage à la vue de Severus. Le garçon avait soudain l'air beaucoup trop petit et vulnérable.

«Tout va bien. Ce n'était qu'un cauchemar. Tu es en sécurité ici,» fit Severus d'une voix apaisante qu'il ne savait même pas être capable d'avoir. Il n'était pas sur de ce qui le forçait à agir de cette manière mais il espérait être quelque peu rassurant pour le garçon. Il ne s'était jamais senti aussi peu dans son élément. Fournir du réconfort n'était pas l'une de ses qualités et cela faisait des années qu'il ne l'avait pas fait de son plein gré. Il avait toujours transféré la tâche de réconforter les premières années nostalgiques à ses Préfets.

«Je-je suis désolé de vous avoir réveillé monsieur» dit doucement Harry, levant un peu la tête pour regarder, avec appréhension, dans la direction de Severus.

Severus secoua légèrement la tête. « Il n'y a aucune raison de s'excuser, je ne m'étais pas encore endormi.» dit-il, utilisant toujours cette voix calme alors qu'il s'asseyait lentement sur le côté du lit en laissant autant d'espace que possible entre le garçon et lui. Il ne voulait pas causer plus d'angoisse en envahissant son espace personnel.

Ils restèrent assis en silence pendant un long moment pendant que Potter tentait de calmer sa lourde respiration. Puis le garçon se détourna et se frotta les yeux, essuyant les dernières larmes.

«De quoi as-tu rêvé?» s'aventura Severus lorsqu'il vit que Potter s'était un peu calmé.

Harry se figea et parut légèrement choqué au début, comme si c'était l'une des dernières choses qu'il s'attendait à entendre de la bouche de Severus. Puis sa petite silhouette recommença à trembler et il sembla enrouler ses bras plus étroitement autour de lui.

«Je ne veux pas en parler,» répondit-il en secouant la tête avec véhémence.

«Je pense que ça t'enlèvera un poids de la poitrine,» dit Severus.

Harry renifla et libéra un soupir tremblant, «S'il vous plaît, Je…Je ne veux pas en parler,» murmura-t-il, un regard suppliant dans les yeux.

Severus fronça les sourcils sentant une émotion, oubliée depuis longtemps, montée en lui et il se retrouva à céder à la demande du garçon.

«Comme tu veux,» dit Severus, décidant de laisser tomber pour le moment mais se promettant de l'examiner plus tard.

Il ne savait pas comment gérer les adolescents émotifs et il avait besoin de plus de temps pour penser à une meilleure approche pour découvrir ce qui n'allait pas avec le garçon. Parce qu'il y avait décidément quelque chose qui clochait. Tout ce que Severus avait supposé à propos du garçon, ces cinq dernières années, contredisait. C'était tout simplement trop à traiter pour le moment.

«Mimkey,» appela Severus en se levant.

Un instant plus tard, l'elfe de maison apparut d'un pop à côté du lit.

«Maître Rogue a appelé Mimkey?» demanda-t-elle avant de lancer un regard inquiet vers Harry.

«Apporte-moi une fiole de potion de Sommeil Sans Rêve, s'il te plaît.»

«Bien sûr, Mimkey vous l'apporte immédiatement, monsieur.»

Mimkey revint quelques secondes plus tard et tendit à Severus une fiole de potion violette.

«Merci Mimkey.»

«Est-ce que Maître Rogue a besoin d'autre chose?» demanda Mimkey.

«Non, ce sera tout.» répondit Severus en la renvoyant.

Mimkey s'inclina puis sortit avec un pop de la pièce.


Harry soupira, enfouissant son visage contre ses bras. Une partie de lui ne voulait rien de plus que de tout révéler à Rogue. Il voulait juste vider son sac parce qu'il était tellement fatigué de toujours prétendre qu'il allait bien.

Peut-être que Rogue comprendrait… Peut-être qu'Harry aurait enfin un adulte en qui il pourrait se confier-

Ou plutôt, Harry recevrait un regard de dégout de son père quand Rogue apprendra à quel point il était vraiment un monstre. Le fait qu'Harry pouvait se faire battre pas un moldu…

C'était une bonne chose que son glamour ne se soit pas dissipé. Il ne voulait pas savoir ce que penserait Rogue s'il voyait toutes les ecchymoses.

Le cauchemar ne cessait pas de se rejouer et Harry ne pouvait pas enlever de son esprit l'image du regard révulsé de Rogue, en plus des mots de l'homme qui sonnaient forts et vrais.

Qui voudrait t'avoir comme fils?

Bien sûr que Rogue s'en ficherait. Ce n'était pas comme si quelqu'un avait prit la peine de s'en soucier, avant.

S'il s'en fichait alors pourquoi avait-t-il posé une question à propos du rêve? Une petite voix résonna dans sa tête. Et pourquoi était-il toujours là?

Harry ne pouvait même pas commencer à s'interroger sur ça.

Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il avait manqué l'échange entre Mimkey et Rogue. Il ne sortit de ses pensées qu'au moment où il entendit Mimkey sortir de la pièce et qu'il vit son père tenir une potion violette dans sa main. Harry le reconnut comme étant une potion de Sommeil Sans Rêve, se souvenant de la seule fois où il l'avait prit pendant sa quatrième année après l'épuisante troisième tâche.

Est-ce qu'il allait vraiment me donner une potion qui m'aiderait à dormir?

«Pour t'aider à dormir sans faire de cauchemar,» dit Rogue en posant la potion sur la table de nuit. «C'est à toi de décider si tu veux la prendre ou non.»

«Merci, monsieur» murmura Harry, se forçant à établir un contact visuel. Il intercepta une émotion inconnue dans les yeux de Rogue mais elle disparut en une fraction de seconde et Harry pensa qu'il l'avait surement imaginée.

Rogue hocha rigidement la tête puis se retourna et sortit de la pièce.

Harry le regarda partir et continua à regarder la porte longtemps après que son père ait disparu de sa vue. Il ne pouvait pas vraiment comprendre ce qui venait de se passer et essayait de tout traiter.

Pourquoi n'avait-il pas crié alors qu'il avait été une nuisance? Pourquoi Rogue ne lui avait-il pas simplement demandé de se taire avant de partir?

Et Rogue avait été étrangement calme et même un peu apaisant quand il avait parlé à Harry après l'avoir réveillé du cauchemar. Il n'y avait pas eu la froideur ou le venin habituel qu'Harry pouvait détecter dans la voix de Rogue.

Il soupira de lassitude et attrapa la potion en décidant de renoncer à donner sens à tout cela.

Impatient d'avoir un répit face à ses constants cauchemars, Harry déboucha la potion et avala le tout en une gorgée et grimaça légèrement au goût amer. Dès qu'il posa le flacon vide sur sa table de nuit une vague de somnolence l'envahit, ses yeux commençant à devenir beaucoup trop lourds. Harry ne prit même pas le temps de retirer ses lunettes ou même de ramener les draps sur lui avant qu'il ne dérive vers l'inconscience. Il pouvait finalement dormir sans rêve déplaisant.

Sans le savoir, Severus était resté debout juste à l'extérieur de sa chambre. Il avait regardé Potter avaler la potion puis avait attendu quelques instants jusqu'à ce qu'il puisse entendre la respiration du garçon s'apaiser, avant de rentrer silencieusement dans la pièce. Severus glissa le flacon de potion vide dans une poche de sa robe. Puis il remarqua que les lunettes de Potter étaient toujours sur place, les fit glisser doucement et les posa sur la table de nuit.

D'un coup de baguette le t-shirt et les draps trempés de sueur de Potter furent séchés et ses cheveux ne collaient plus à son front. Puis, ayant fait cela pour Kieran auparavant, Severus remonta soigneusement les draps jusqu'au menton d'Harry et les nicha sans serrer sur le côté.

Il s'attarda près du lit, observant le sommeil maintenant paisible du garçon pendant quelques instants. Ensuite il éteignit les lumières d'un nox et se glissa sans un bruit hors de la chambre, fermant doucement la porte derrière lui en sortant.

Avec autant de pensées occupant son esprit, Severus se retira dans sa propre chambre pour réfléchir avant de se préparer à dormir.


Harry se réveilla le lendemain matin en se sentant plus reposé qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Il attrapa ses lunettes sur sa table de nuit mais remarqua immédiatement que sa vision n'était pas devenue plus claire, comme à l'habitude. Il cligna des yeux plusieurs fois, espérant diminuer le flou, mais rien ne changea. Retirant les lunettes, Harry remarqua instantanément un changement et fut surpris de voir qu'il était capable de voir les détails à l'autre bout de la pièce. Auparavant, il n'avait jamais pu voir aussi bien et même avec les lunettes.

Ça devait être le glamour de sa mère qui continuait à se dissiper.

Harry glissa rapidement hors du lit et entra dans la salle de bain pour voir si des changements plus notables s'étaient produits.

Son apparence physique n'avait pas beaucoup changée depuis la dernière fois qu'il avait vérifié, à part le fait qu'il ne semblait plus avoir besoin de lunettes. C'était un vrai soulagement sachant qu'il n'avait jamais aimé ces lunettes, de toute façon. Tante Pétunia les avait récupérées dans une boîte de charité. Harry avait perdu le compte de toutes les fois où il avait dû les réparer avec du ruban adhésif après que Dudley ait décidé de l'utiliser comme sac de boxe.

Après une rapide douche Harry passa un peigne dans ses cheveux, content de voir qu'ils n'allaient plus dans tous les sens et aplatit sa frange pour couvrir sa cicatrice. Quand il eut fini, c'était l'heure du petit déjeuner.

Alors qu'il descendait, les souvenirs de la nuit dernière revinrent dans son esprit et Harry se sentit embarrassé d'avoir laissé Rogue le voir comme ça.

Rogue allait-il dire quelque chose à propos de ce qu'il avait vu la nuit dernière? Allait-il l'utiliser contre lui en classe… Comme s'il n'en avait pas déjà assez.

Mais curieusement, Severus avait agi complètement différemment de ce à quoi Harry s'était attendu. L'homme ne l'avait pas rabaissé pour avoir pleuré à cause d'un stupide cauchemar, pas plus qu'il n'avait crié sur Harry pour l'avoir dérangé et pour être une telle nuisance.

L'oncle Vernon l'aurait certainement réveillé et lui aurait dit de se taire, ou sinon.

C'était toujours difficile de croire que Rogue avait été aussi calme la nuit dernière. Harry ne savait pas que l'homme en était capable.

Encore plus déroutant, c'était que Rogue sonnait comme s'il… se souciait?

Non, Harry secoua la tête en repoussant cette pensée. Personne ne l'avait jamais réveillé de l'un de ses cauchemars et n'avait jamais essayé de lui venir en aide. La nuit dernière n'était surement qu'une exception…

Harry soupira, ne sachant plus quoi penser.


Severus leva les yeux du Daily Prophet quand il entendit le garçon entrer dans la pièce. Il montra presque la surprise qu'il ressentit intérieurement quand il vit le garçon sans ses lunettes mais il réussit à garder son visage impassible. Ces yeux verts étaient encore plus saisissants maintenant, sans ces ridicules lunettes rondes qui les encadraient constamment.

«Pourquoi ne portes-tu plus tes lunettes?» demanda Severus, et Potter sembla surprit par sa question.

«Euh, je suppose que je n'en ai plus besoin, monsieur. Je vois mieux sans eux maintenant.» répondit Harry avait un léger haussement d'épaules alors qu'il se glissait sur son siège habituel.

Severus haussa un sourcil à cela mais ne fit aucun commentaire supplémentaire alors que Potter commençait à prendre son petit déjeuner. Puis Kieran entraîna Severus dans le début d'une autre conversation sur les antidotes des poisons.

Mais tout au long du petit-déjeuner, Severus se retrouva de temps en temps à regarder Potter et d'après ce qu'il voyait du langage corporel du garçon, Harry semblait tendu et contenu. Il était recroquevillé sur lui-même, tripotait sa fourchette et ramassait sa nourriture sans vraiment en manger beaucoup.

Peut-être qu'il était toujours troublé par ce cauchemar, pensa Severus.

Il avait été éveillé presque toute la nuit à essayer de comprendre tout ce qu'il avait remarqué sur le garçon jusqu'à présent. Plus il y pensait, plus ces pensées commençaient à le conduire sur un chemin vers lequel il n'avait jamais voulu revenir. Severus avait rigoureusement enfermé ces pensées en se disant, avec ténacité, que ce n'était certainement pas un cas similaire.


«Je serais dans le laboratoire de potions et je ne veux pas être dérangé,» dit Rogue à Harry et Kieran une fois que le petit-déjeuner terminé. Quand il eut reçu un signe de tête de leur part, il continua en s'adressant cette fois uniquement à Harry, «Tu n'as pas de corvée aujourd'hui. Cependant je m'attends à ce que tu travailles sur tes devoirs d'école. Tu voulais sans doute attendre la dernière minute pour les terminer. Et si tu as besoin d'approfondissement tu as la permission d'utiliser la bibliothèque.»

«Oui, monsieur» dit Harry, réalisant qu'aujourd'hui la voix de Rogue était un peu moins froide que d'habitude. Ce n'était certainement pas gentil mais ce n'était pas méchant non plus.

Ça ne ressemblait vraiment pas à Rogue.

Harry secoua un peu la tête pour l'éclaircir et n'y pensa plus. Il attendait avec impatience d'avoir une journée sans corvée.

Pendant les heures suivantes, Harry était dans la bibliothèque en train de travailler sur son devoir de potion, quelques livres qu'il trouvait utile pour le sujet étaient étalés sur la table devant lui.

Ayant perdu la notion du temps, Harry remarqua qu'il avait manqué le déjeuner que lorsque Mimkey arriva d'un pop avec un plateau de sandwich et un gobelet de jus de citrouille. Il ne pouvait pas croire que Rogue l'avait envoyé ça mais Harry lui en était, néanmoins, reconnaissant.

Après avoir déjeuné il continua à travailler jusqu'à ce que Kieran vienne se pavaner et se placer devant la table d'Harry, ses mains croisés dans une imitation assez acceptable de Rogue.

«Hé Potter,» dit Kieran, les yeux sombres regardant tout le travail d'Harry sur la table. Feignant l'intérêt, il prit l'un des essais terminés d'Harry et commença à y regarder.

«Qu'est ce que tu veux?» lâcha Harry, lui reprenant son essai. Il n'avait aucune confiance en Kieran pour qu'il tienne son essai dans ses mains.

«Tu sais, j'aide papa avec ses potions cet été. Il a dit que j'était beaucoup plus en avance que mon âge» dit Kieran d'une voix hautaine. «Je suis sûr de connaître plus de choses que toi.»

«C'est bien pour toi,» dit sarcastiquement Harry, mettant toute son attention sur le livre devant lui. «Peux-tu me laisser tranquille maintenant?»

«J'ai beaucoup appris de lui,» sourit Kieran d'un air satisfait, continuant comme si Harry n'avait pas parlé. «C'est dommage que toi tu ne pourras pas parc'que, tu sais, il te hais

«Ouais, comme si j'avais besoin que tu me le rappelles,» marmonna Harry en tournant une page. Ce n'était pas nouveau pour lui que Rogue le détestait, il le savait depuis ces cinq dernières années. Mais Harry n'avait aucune idée de pourquoi Kieran le haïssait. C'était un mystère pour lui sachant qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés avant. Et Harry savait que depuis récemment qu'il avait un demi-frère.

«Pourquoi toi, tu me détestes?» décida-t-il de demander, s'irritant de l'attitude de Kieran à mesure qu'il y pensait. Il lui rappelait beaucoup Malfoy et Dudley. «Qu'est ce que je t'ai fais, vu que je ne t'ai jamais rencontré avant?»

Harry leva les yeux vers Kieran, attendant une réponse. Quand il n'en obtint aucun, il ajouta,«Est-ce que ça a un rapport avec Voldemort?»

Kieran tressaillit au nom mais récupéra rapidement en roulant des yeux. «Comment as-tu survécu à l'avada kedavra?» demanda-t-il à la place, ignorant toutes les questions d'Harry. «Je ne vois rien de spécial en toi.»

«C'est ma mère qui m'a protégé,» répondit Harry en le fixant. «Maintenant répond à ma question.»

Kieran se moqua, «Bien-sûr, comme si une Sang-de-Bourbe pouvait être aussi puissante.»

«N'appelle pas ma mère comme ça!» rétorqua Harry les dents serrées.

«Je n'arrive pas à croire que papa soit descendu aussi bas,» continua Kieran, ses lèvres se retroussant. «A mon avis, je pense qu'elle a très probablement profité de lui.»

Il essaie juste de m'énerver, se dit Harry en essayant de prendre de profondes et calmes respirations. Kieran continua et Harry essaya de bloquer ses paroles en fixant son livre mais il ne semblait pas comprendre les mots sur la page. Il eut un drôle de grésillement dans ses oreilles alors qu'il luttait pour contrôler la colère qui montait en lui. Le bout de ses doigts picotait et il pouvait sentir l'énergie tourbillonner dans la pièce alors que les livres sur les étagères commençaient à résonner et la table à vibrer.

«Elle n'était sûrement rien de plus qu'une sale catin-»

«La ferme!» cria Harry, quelque chose se rompant finalement en lui. Il se retrouva soudainement sur ses pieds, son poing serré établissant un contact satisfaisant sur la joue de Kieran.

Après que son choc initial eut disparu, Kieran riposta et eut l'audace d'être en colère. Harry réussit à se dérober juste à temps alors que Kieran se précipita vers lui. Mais ce n'était pas assez rapide pour qu'il s'échappe totalement lorsque Kieran se jeta en avant, les propulsant tous les deux sur le sol.

Ils commencèrent à rouler, en jetant tous deux des coups de poings et en essayant de prendre le dessus. Tout autour d'eux, la magie qu'Harry avait essayé de contenir éclata soudainement, faisant voler les livres hors des étagères et retournant les meubles. Bien que ni l'un ni l'autre le remarquèrent alors que Kieran plaquait Harry et lui lançait quelques coups sur sa poitrine, coupant son souffle.

«Assez,», une voix de baryton profonde traversa le chaos, les obligeant tous les deux à se figer instantanément. Après un moment Kieran s'éloigna rapidement se leva et Harry lui emboita le pas. Ils haletaient et se fixaient l'un l'autre.

Quand Harry vit l'état de la bibliothèque, son coeur s'effondra en sachant qu'il avait causé toute cette pagaille. Il jeta un coup d'œil à Rogue et détourna immédiatement le regard quand il vit le regard de profond mécontentement sur le visage de l'homme, ses yeux fulminaient.

Je vais vraiment y passer maintenant.


Severus préparait une potion extrêmement volatile qui nécessitait plusieurs étapes précis quand Mimkey apparut pour l'informer de ce qui se passait dans la bibliothèque. Sachant qu'il devrait recommencer la potion plus tard, Severus se renfrogna et fit disparaître le mélange désormais ruiné d'un coup sec de sa baguette. Puis il se dirigea vers la bibliothèque. Il n'était certainement pas d'humeur à faire face à une stupide querelle d'adolescent, il y en avait déjà beaucoup pendant l'année scolaire. Il s'était attendu à ce que cela se produise tôt ou tard, mais bien-sûr cela devait arriver à l'un des pires moments possibles.

Il arriva au moment où les garçons roulaient sur le sol, engagés dans ce qui semblait être une bagarre moldue et au milieu d'une bibliothèque ravagée. Les livres étaient éparpillés partout, des morceaux de parchemins jonchaient le sol et les meubles étaient renversés.

«Q'est-ce que tout cela signifie?» demanda Severus d'un ton dangereusement bas, une fois qu'il attira leur attention et sans même se soucier de cacher sa colère.

Il fixa Potter et Kieran d'un regard dur, ses yeux faisant des va-et-vient entre eux alors qu'il attendait une réponse. Au moins ils semblaient inquiets et quelques peu honteux.

Bien parce qu'ils devraient l'être après ce qu'ils ont fait à la bibliothèque.

«Potter a commencé!» clama immédiatement Kieran, en pointant d'un doigt accusateur Potter avant de le rediriger dramatiquement vers sa joue meurtrie et sa lèvre fendue. «Il m'a soudainement attaqué et frappé au visage!»

Severus regarda Potter en s'attendant à ce qu'il riposte et réfute cette déclaration mais le garçon resta simplement silencieux, son regard posé sur ses baskets. D'après ce qu'il pouvait discerner, Potter semblait avoir subi plus de blessures comparé à Kieran; avec une coupure au front, un oeil au beurre noir et une lèvre fendue. Bien que Potter se tenait d'une manière complètement opposée à celle de Kieran. Et si Severus était honnête avec lui-même, la soumission du garçon commençait à quelque peu l'inquiéter. Contrairement à l'incident d'hier le garçon n'essaya même pas de donner sa version de l'histoire. Comme s'il pensait que ses mots n'auraient aucun impact sur les conséquences.

Severus lâcha un soupir irrité en croisant ses bras sur sa poitrine.

«Je ne veux plus rien entendre de vous avant d'arriver à mon bureau. Est-ce que je me suis fais bien comprendre?»

Il attendit jusqu'à recevoir un signe de tête des deux garçons avant de tourner brusquement sur ses talons et de les conduire hors de la bibliothèque.

Severus décida de les amener individuellement dans son bureau pour un nouvel interrogatoire, sachant qu'il ne serait jamais en mesure de rassembler toute l'histoire s'ils étaient ensemble.


Harry suivit Rogue et Kieran, son anxiété et sa terreur grandissant à chaque pas.

Pourquoi avait-il laissé sa colère l'emporter sur lui? Harry savait que cette fois, il n'allait pas s'en sortir. Il frissonna intérieurement à l'idée que Rogue pouvait infliger des punitions comme celles de l'oncle Vernon. Bien que ce serait probablement pire si ça impliquait l'utilisation de la magie.

Une fois qu'ils eurent atteint le bureau, Rogue se retourna pour leur faire face, le regard sévère.

«Vous allez tous les deux entrer et me dire ce qui s'est passé.» Ses yeux sombres allaient et venaient entre eux. «Avec honnêteté

Harry détourna les yeux en tripotant un fil lâche sur son pantalon.

«Kieran, toi d'abord,» dit Rogue en s'écartant pour permettre à Kieran d'entrer. Il referma la porte avec force derrière eux, puis ce fut le silence. Harry pensa alors que Rogue avait lancé un sort de silence.

Avec un profond soupir, Harry s'appuya contre le mur et se glissa pour s'asseoir contre lui, attirant ses genoux contra sa poitrine, pour patienter. L'adrénaline du combat avait disparu et maintenant, il commençait à ressentir le contre-coup de toutes ses blessures. Sa poitrine commençait à lui faire mal; les quelques coups bien placés sur sa poitrine lui faisaient mal à ses côtes qui n'étaient pas encore complètement guéries.

Il enfouit son visage dans ses genoux et se demanda ce que pouvait dire Kieran à Rogue, en ce moment. Probablement entrain de mentir sur tout, pensa amèrement Harry, mais Rogue allait sûrement le croire.

Ça lui rappelait les souvenirs de quand il s'était battu contre Dudley et que l'oncle Vernon n'avait jamais manqué de croire en la version de Dudley et jamais celle d'Harry quoi qu'il se soit passé.

La porte s'ouvrit quelques minutes plus tard et Kieran sortit l'air un peu dégonflé mais il sourit d'un air narquois à Harry lorsqu'il passa devant lui. On dirait que Rogue avait guéri sa lèvre et l'ecchymose sur sa joue. Harry savait qu'il ne serait pas aussi chanceux…

«Potter,» appela Rogue depuis la porte.

Harry se leva et entra prudemment. Il réussit à peine à réprimer un tressaillement quand Rogue ferma la porte derrière eux et lança le même sort de silence.

«Assis-toi,» dit Rogue, avec un geste vif sur la chaise en bois située devant son bureau.

Harry le fit, ses mains reposant nerveusement sur ses genoux, en attendant l'inévitable.

«Maintenant, tu veux bien me dire ce qui a provoqué ce combat?» demanda Rogue en s'asseyant et en croisant les bras sur son bureau.

Harry cligna des yeux surprit. Il était à peine capable de croire que Rogue lui donnait réellement une chance de s'expliquer.

Devait-il lui dire? Est-ce qu'il y avait même une infime chance qu'il puisse me croire?

Apparemment Rogue discerna qu'Harry était entrain de débattre avec lui-même. «Je veux la vérité, Potter.»

Harry inspira profondément, quand il faut y aller. «Et bien je faisais juste mes devoirs à la bibliothèque quand Kieran est entré pour essayer de m'énerver. Il insulta ma mère de..»

«Continue,» dit Rogue quand Harry fit une trop longue pause.

«Sang-de-bourbe,» chuchota Harry.

Les yeux sombres de Rogue étincelèrent.

«Et quand il l'a presque insulté de… de catin. J'ai explosé et je lui ai donné un coup de poing,» finit Harry, ses yeux baissés fixaient ses mains qui s'agitaient sur ses genoux. La douleur dans sa poitrine augmentaient maintenant à chaque respiration qu'il prenait et il commençait à se sentir étourdi.

Harry attendit que Rogue commence à le crier et à le traiter de menteur mais cela ne vint jamais.

«Je vois. Autre chose?» demanda Rogue, sa voix étrangement calme mais ses yeux brillaient d'une fureur indubitable et Harry recula inconsciemment sur sa chaise.

Peut-être qu'il devait s'excuser pour le désordre qu'il avait fait dans la bibliothèque avant qu'il ne craque.

«Euh…c'était ma magie accidentelle qui a causé tout ce désastre dans votre bibliothèque. Je suis vraiment désolé monsieur. Je vais nettoyer si vous le voulez.» dit doucement Harry, baissant de nouveau son regard quand Rogue plissa les yeux et lui lança un regard curieux.

«Nous discuterons des sanctions plus tard.» Rogue se leva et sortit un pot de l'une des poches de sa robe puis fit signe à Harry. «Viens ici,»

Avec lenteur, Harry se leva et s'approcha de lui. Sa tête et sa poitrine protestaient contre tout mouvement rapide. Il l'ignora et se concentra sur ce que faisait Rogue à la place. Lorsque Rogue sortit sa baguette et la pointa sur lui, Harry se tendit étant incapable de retenir un petit tressaillement. Il réussit cependant à se détendre un peu alors que l'homme commençait, en faisant des mouvements doux, à guérir la coupure sur son front et sa lèvre fendue. Il pouvait ressentir un léger picotement pendant que la peau se reconstituait.

Ensuite Rogue prit une petite cuillerée de baume du pot avec son doigt et commença à l'appliquer sur les ecchymoses.

Harry se tenait là, en silence, à peine capable de croire à quel point Rogue était doux en ce moment.

C'était ça que l'on ressentait lorsqu'un parent prenait soin de vous?

Il avait vu tante Pétunia guérir les genoux éraflés de Dudley quand il était petit et à quel point elle était douce quand elle nettoyait les blessures et les bandait. Mais on ne pouvait pas en dire autant pour Harry car à chaque fois qu'il était blessé, tante Pétunia lui jetait simplement une serviette et lui disait de le faire lui-même, l'avertissant froidement de s'assurer qu'il ne mette pas de sang sur le tapis.

Ses réflexions furent interrompues lorsque sa vision devint soudainement floue et Harry cligna rapidement des yeux, espérant l'éclaircir, mais cela n'aida pas. Sa tête palpitait et sa poitrine semblait trop étroite et trop pesante.

Une vague de panique le submergea quand Harry sentit son glamour s'évanouir et il tenta désespérément de le maintenir mais ce fut une bataille perdue d'avance.

L'obscurité se refermait autour de lui et Harry pouvait à peine se rendre compte que quelqu'un l'appelait, comme si ça venait de loin. Il était vaguement conscient de sentir une main sur son épaule qui essayait de le stabiliser quand il commença à osciller.

La dernière chose qu'il vit, avant que tout ne devienne noir, fut une paire de yeux noirs inquiets qui le regardait.

«Harry!»