Auteur : Setsunafr – 09/08/2021
Disclaimer : Le monde de Kuroko No Basuke et les personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki
Rating : T pour quelques termes fleuris.
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Bonjour à tous.
Merci beaucoup pour vos reviews :). Elles sont très importantes pour savoir si on va dans le bon sens et si ce que l'on veut faire passer… passe XD.
Voici le 3e chapitre de cette fic, qui aurait dû être le dernier. Pfff, ce fût dur ! Autant le 2 est passé comme une lettre à la poste, autant celui-ci m'a donné des cheveux blancs. Ce n'est pas faute d'y avoir passé du temps, voyant les semaines et les mois s'écouler depuis la mise en ligne du second… Mais je n'en étais pas satisfaite et il prenait des proportions… dantesques. Le voilà donc coupé en deux, en espérant qu'il sera à la hauteur de vos attentes.
N'hésitez pas à me faire part de vos impressions à la fin de votre lecture. Cela m'aidera à gérer le rythme du dernier chapitre.
Shadow : Tu as survécu jusque-là mais la fin du monde approche XD. Je suis ravie que l'ambiance de cette histoire de plaise et qu'elle te donne le sourire. C'est l'idée. En espérant que ce chapitre soit à la hauteur. :D
Patochi : J'espère que l'espièglerie sera toujours présente ici XD
Ju : Merci pour ta review. Elle m'a fait très plaisir. Je croise les doigts pour que la suite soit aussi génialissime :D
Un grand merci à nouveau à mon ami de presque toujours, et à Maloriel pour ses relectures et conseils avisés.
Bonne lecture à tous
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Couteaux et éponge
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Aomine, debout derrière le comptoir, coupa l'eau, se secoua les mains au-dessus de l'évier et s'empara d'une serviette pour les sécher sommairement. Il finit le travail sur le dessin de son tablier en un geste revanchard.
- Voilà, Bakagami. T'as plus de raison de me râler dessus maintenant !
Il retourna s'installer à sa place, à côté de Kuroko, faisant face à Kise et au propriétaire des lieux, qui le fixait en rongeant son frein.
Le cuistot avait du pain sur la planche. Il se doutait bien qu'en cuisine, Aomine débutait. Mais Kagami n'imaginait pas à quel point il partait de bas… très bas… Les rondelles de carotte qui patientaient sur leur planche à découper, inégales, épaisses pour la plupart et toujours habillées de leur peau, en constituaient la preuve flagrante. Ce n'était pas « voyage au centre de la terre », mais plutôt « voyage depuis l'ère de Cro-Magnon »… Aomine avait beau clamer sur tous les toits que le dessin sur son tablier ne le représentait pas, c'était tout de même assez proche de la vérité… Mais chut ! Kise souhaitait apaiser les esprits et il fallait tenir sa promesse de ne plus aborder le sujet, aussi tentante que soit une petite pique sur les hommes des cavernes. L'important désormais était de passer aux choses sérieuses, culinairement parlant.
En bon cuisinier pro qui se respecte, Kagami s'empara donc d'une planche, d'un couteau et d'une carotte pour faire une démonstration de ce qu'il attendait de ses disciples, et plus particulièrement du cro... de la panthère : un épluchage et un découpage de légume dans les règles de l'art.
- Ok, je te montre rapidement, et après ce sera à vous de jouer.
- Quoi tu ME montres ?! bougonna Aomine. On est trois j'te signale.
- Oui oui…, rétorqua Kagami. Donc, regarde bien !
Kise et Kuroko se sourirent. Aomine détourna la tête en soupirant. Kagami se moquait ouvertement de lui et il n'aimait pas cela du tout. Il posa le menton dans le creux de sa main, accoudé au plan de travail et laissa son esprit vagabonder. Voilà, ignorer ce qu'il se passait lui semblait une bonne idée. C'est à peine s'il distinguait distraitement le tigre qui se préparait. Enfin distraitement jusqu'à ce que l'autre se mette réellement en mouvement, et que le brun se rende compte qu'il allait vite… très vite… comment faisait-il, avec ses grandes paluches, pour donner cette impression de légèreté dans les déplacements du couteau ? La carotte était déjà épluchée et il lui semblait qu'elle restait en suspension dans l'air pendant quelques secondes, pour se retrouver, l'instant d'après, disposée en fines lamelles sur la planche.
- Voil… commença Kagami.
- Bordel, elle est où l'astuce ? l'interrompit Aomine, les yeux grands ouverts.
- Qu'est-ce que tu racontes ? lui demanda le tigre, méfiant.
- Y a un truc. T'as remplacé la carotte entière par une qui était déjà découpée. Elle était cachée où ?
- Je viens de la couper devant ton nez, andouille !
- Non, je te crois pas ! T'as fait des gestes, la carotte est restée en l'air et pendant ce temps-là, tu en as mis une toute prête sur la planche sans qu'on ne s'en rende compte ! Elle est passée où celle que tu as fait voler dans les airs ? Arrête de me prendre pour une bille ! Ça marche avec Kise mais pas avec moi.
- Oh ! rétorqua Kise, ne sachant trop comment il était arrivé dans la discussion.
L'As de Tōō se pencha au-dessus du comptoir et rechercha le légume, obligeant le blond à reculer. Kagami considéra Aomine puis fixa Kuroko, incrédule. Qu'est-ce qu'il racontait cet idiot ? Le passeur lui rendit son regard en haussant les épaules.
Ne trouvant rien qui satisfasse sa recherche, Aomine se rassit. Il était scié. Kagami était un magicien… Oui, voilà ! Il tourna la tête vers Kise, puis vers Kuroko pour s'assurer qu'ils pensaient la même chose que lui. Les regards suspicieux de ses amis sur son état mental le firent douter. A l'évidence, il semblait le seul à s'extasier devant la soi-disant magie du cuistot… qui n'était peut-être pas si magique que ça… Il s'agissait peut-être juste d'une façon normale de cuisiner ? Qu'en savait-il, lui… Il observait pour la première fois -de manière imposée entendons-nous bien- la phase de préparation du repas par Kagami. Faire voler les légumes était peut-être normal. Et du coup, il passait pour un con… et cela ne lui plaisait pas…
Faisant fi de l'interruption du brun, Kagami avança sa planche au centre du plan de travail, reprenant là où il en était.
- Donc voilà, dit-il. Enfin… les lamelles, ce n'est pas obligatoire. Beaucoup intègrent les carottes en morceaux. Mais moi je trouve ça plus esthétique.
- Ouais, tu crânes quoi ! ne put s'empêcher de répliquer Aomine. Tu te fais mou...
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Kise, s'avançant au-dessus du comptoir, le fit taire d'une main sur la bouche, l'autre enserrant sa nuque pour l'empêcher de se dérober.
- Et si on commençait, Kagamicchi, lui proposa le mannequin tout sourire, en maintenant toujours le brun qui le fixait de ses prunelles mécontentes.
Kagami allait riposter mais il sentit le regard de Kuroko peser sur lui. Il tourna lentement la tête vers son coéquipier, dont les yeux à première vue inexpressifs, semblaient clairement lui parler, à lui. Bon… Le tigre jeta un coup d'œil enflammé au CRO-MAGNON… qui, toujours réduit au silence, le lui rendit bien volontiers. Kagami prit sur lui. Okay, l'ordre muet de Kuroko était peut-être justifié. S'il répondait à chaque provocation du brun, ils mourraient tous d'inanition avant même le lancement de cuisson du riz. Alors il fit un effort que l'on pourrait qualifier de surhumain quand on connaissait son impulsivité, surtout lorsqu'il était question d'Aomine, et distribua carottes, pommes de terre et oignons à chacun.
Kise jaugea son prisonnier, s'assurant en une conversation silencieuse qu'il se tairait. Au bout de quelques instants, le brun détourna les yeux, soufflant par le nez en guise de reddition. Kise le libéra et s'intéressa aux planches à découper et différents légumes posés devant eux.
- Ok, donc on épluche et on découpe, c'est ça ? demanda-t-il.
- C'est ça, confirma Kagami, lançant une œillade au brun, histoire qu'il saisisse.
Aomine, une moue toujours bien affichée sur le visage, fixa à nouveau Kise, mécontent d'avoir été interrompu dans son taclage en règle. Merde alors, s'il ne pouvait même plus s'exprimer librement, où allait le peuple ? Etait-il entré dans un terrain dictatorial en passant la porte de l'appartement quelques temps plus tôt ? Et puis râler faisait partie de lui après tout… ils n'avaient pas le droit de lui enlever ça ! En face de lui le blond commençait son ouvrage. Eplucher, découper, sourire, pétiller, resplendir… Ouais… Kise, quoi… Donc lui n'avait pas le droit de râler, mais Kise avait le droit d'être lumineux…
- T'en n'as pas marre de rayonner ? Tu vas m'refiler un coup de soleil ! marmonna-t-il suffisamment fort pour être entendu.
Kise releva la tête, surpris.
- Hm ?
Il observa son ami et, taquin, lui demanda :
- Jaloux, Aominecchi ?
Aomine grogna. Kise sourit, lui envoya un clin d'œil et reprit son activité. Constatant donc que le blond ne s'intéressait plus à lui, Aomine jeta un coup d'œil en coin vers Kagami, occupé à sortir les épices des placards. L'As de Tōō réfléchit… Reprendre son petit asticotage de leur hôte le tentait bien. Mais il se ferait à coup sûr arrêter par les deux SS qui lui servaient d'amis… Bon… il regarda sa planche et soupira… alors que Kise s'affairait sur ses légumes, emplissant les lieux d'un doux « tchak tchak » régulier.
Une musique entrainante couvrit peu à peu les bruits de couteau du blond. Il releva la tête et regarda vers le mur opposé où Kuroko, avec sa discrétion habituelle, s'affairait sur la chaine hifi de Kagami. Ravi, Kise commença à onduler derrière son comptoir au rythme du morceau.
It was a teenage wedding
And the old folks wished them well
You could see that Pierre
Did truly love the mademoiselle1
Son couteau dans la main droite, il passa alternativement les mains devant les yeux, reproduisant les mouvements de Mia Wallace dans Pulp Fiction tout en se trémoussant. Imperturbable, Kagami poursuivait le rassemblement des ingrédients encore nécessaires à la recette du jour.
Aomine, ignorant la musique et les balancements du blond, porta son attention sur la planche de son rival de basket. Les lamelles de carotte lui semblaient toutes identiques. Leur équilibre tellement incroyable l'hypnotisait… rien à voir avec sa prestation personnelle. Il réfléchit. Une moue boudeuse se dessina sur son visage. Le tigre le surpassait en découpage de légume... Exploit plutôt aisé puisque le brun venait tout juste de faire connaissance avec un couteau de cuisine et une planche à découper. Mais là, plus que le surpasser, il le dominait complètement. Et cela était inadmissible ! Face à n'importe qui d'autre, il n'en aurait rien eu à faire. Mais Kagami… son rival, il ne voulait même pas y penser. Aomine le battait sur le parquet et le battrait aussi en cuisine. Il en allait de son honneur !
Kise, tout en œuvrant, se trémoussait devant sa planche, chatonnant et exécutant des mouvements de bassin sensuels. A sa droite, Kagami jetait régulièrement des petits coups d'œil à son commis le plus récalcitrant. La cogitation d'Aomine ne lui échappa pas. Il avait observé les changements d'expression de son visage. Le voir passer de la bouderie à la détermination le laissait perplexe. Il allait encore ficher le souk, à n'en pas douter ! Et pourtant…
Aomine s'arma de son couteau, saisit le légume, et se lança dans l'exécution de la tâche confiée par le chef de cuisine. Go l'épluchage ! Enfin go… Il entama des mouvements plutôt lents, le couteau semblant déraper sur le légume. Peut-être en appuyant un peu plus fort, parviendrait-il à enlever cette peau dont Kagami ne voulait pas entendre parler dans sa recette. C'était pénible avec ses grandes mains. Il était maladroit. L'épluchure se cassait, son couteau glissait. Mais il y arriverait ! Il s'appliqua, un tout petit bout de langue dépassant légèrement de la bouche en signe d'intense concentration. Lentement, très lentement, la carotte se retrouva débarrassée de sa couche protectrice. Aomine laissa échapper un soupir de satisfaction et regarda le résultat de son travail. Il releva le nez vers Kagami.
- Eh Bakagami, regarde-moi ç… Wouaaah ! Hurla-t-il.
Le bond qu'il fit en se retrouvant nez à nez avec Kuroko le décolla presque de son siège. Il porta une main sur la poitrine, haletant.
- Tetsu, me fais pas peur comme ça !
- Tu devrais faire des épluchures plus fines, Aomine-kun, lui conseilla Kuroko qui s'était avancé pour regarder son épluchage.
Aomine réprima comme il put les martellements de son cœur avant de regarder ses épluchures. Que leur reprochait-il donc ? Elles étaient parfaites ! Il balaya la remarque du passeur d'un revers de la main et, oubliant son idée de provoquer Kagami, se prépara pour la suite. Comme au basket, mener l'action à son terme représentait un défi ! Surpasser le tigre, une évidence ! Il s'apprêta à se lancer dans la phase « découpage ».
- Merde, il est où mon couteau… ?
Aomine chercha son bien des yeux, fouillant sur la planche parmi les quelques résidus de carotte, se tournant vers Kuroko au cas où son ami lui ait joué un mauvais tour. Rien… mince… Il jeta un œil par terre, sans plus de succès. En se redressant, son regard se posa sur Kise, figé en face de lui. Il vit une goutte de sueur lui glisser le long de la tempe. Le blond semblait en apnée, les yeux aussi écarquillés qu'un tarsier extatique. Une de ses mèches dorées gisait raide morte sur le plan de travail. Un peu plus loin, le couteau encore vibrant de la panthère s'était fiché dans la porte d'un placard.
- Ah ben qu'est-ce qu'il fout là-bas ?
Aomine se leva pour récupérer son outil de travail, ne se souciant pas de Kise qui, blanc comme un linge, déglutit avec difficulté. Kagami, interpelé par le déplacement du brun, suivit ses mouvements. Il le vit reprendre le couteau, laissant une belle entaille dans la porte du placard de cuisine. Le tigre hurla.
- What the… Ahomineeeee ! Mes meubles !
- Oï, j'y suis pour rien moi. Tu n'as qu'à t'en prendre à Tetsu. C'est sa faute ! rétorqua le brun en se réinstallant nonchalamment à sa place.
- Kuroko ! Qu'est-ce que ÇA signifie ? interrogea Kagami furieux, pointant le placard de la main gauche, la droite tapotant impatiemment sur le comptoir.
Le joueur fantôme fixa son coéquipier dans les yeux, sans dire un mot. Il posa le regard sur le meuble meurtri et revint sur son coéquipier, impassible.
- Qu'à l'évidence, Aomine-kun a plus de facilité à garder un ballon de basket en main qu'un couteau de cuisine, lui répondit-il.
- Oï, me mets pas ça sur le dos Tetsu ! râla le brun.
- Sinon, tu aurais un couteau plus aiguisé, Kagami-kun ? demanda le joueur fantôme en lui tendant le sien, l'air de rien.
Kagami scruta Kuroko quelques secondes. C'était quoi, cette diversion à deux balles ? L'univers entier savait bien que ses couteaux étaient toujours parfaitement aiguisés.
- Tu te fous de moi ?
- Je ne vois pas ce que tu veux dire, Kagami-kun, répondit tranquillement le passeur.
- Et après, on va dire que c'est moi qui fous le boxon…, constata Aomine en reprenant son travail.
Kagami se contint, fit taire son impulsivité comme il le put et sortit un nouveau couteau qu'il tendit à son coéquipier, la main tremblante de contrariété. Kuroko le remercia d'un furtif hochement de tête. Kagami examina le couteau soi-disant non aiguisé, fit une moue de dédain qui n'échappa pas au passeur, et le posa dans l'évier. Diversion réussie ! Le cuistot eut alors un éclair de lucidité et tourna la tête vers la porte de placard. La moue sur son visage s'accentua en une grimace de mécontentement. Il soupira bruyamment, se tourna vers la porte du frigo et inscrivit « pâte à bois », « papier de verre » et « vernis » sur la liste qui y était accrochée. Comme s'il n'avait que ça à faire franchement… Il respira un grand coup. Il fallait tenir ! La prochaine fois, c'est lui qui gagnerait le one-on-one et le brun qui trinquerait ! Ou pas… vu le sadisme de leur arbitre…
A côté de lui, Kise reprenait doucement des couleurs, se demandant s'il était le seul à réaliser ce qui venait de se passer. Une lame lui était passée à 1 millimètre du visage... et tout le monde s'en fichait ! Plongeait-il, comme le joueur fantôme de la génération miracle, dans les méandres de la transparence ?
- Dites, ça ne vous pose aucun problème là ? J'ai tout de même failli y passer ! s'offusqua-t-il.
Tous tournèrent la tête vers lui, surpris. Qu'avait donc le blond pour se mettre à râler, lui si jovial en temps ordinaire ? C'est alors que Kagami réalisa… Inconsciemment sa respiration se bloqua et ses yeux s'agrandirent d'horreur ! La porte de placard meurtrie, le couteau soit disant non aiguisé... Comment avait-il pu se laisser distraire par ces faits plus qu'anodins et permettre qu'une telle chose arrive sous son propre toit !
- Kiseeee ! Enlève-moi tout de suite tes cheveux de là ! Qu'est-ce que c'est que ce carnage ? Pas de cheveux dans la nourriture ! s'écria-t-il à la limite de l'apoplexie.
Kise ouvrit la bouche en un « ah » choqué et muet. Il était consterné. Ils n'en avaient donc rien à faire, tous ces égoïstes ? Il aurait pu mourir ! Ou pire, être défiguré ! Et cela ne perturbait personne...
- Tout va bien Kise-kun, ce n'est qu'une mèche de cheveux, le rassura Kuroko. Ça aurait pu être une oreille…
- Ça peut s'arranger, lâcha Aomine sans cesser son ouvrage, assouvissant son besoin de tacle interrompu quelques minutes plus tôt par le mannequin.
Deux images successives vinrent alors en tête du blond. Tout d''abord la scène du film « Reservoir dogs », lui provoquant une grimace de dégoût. Et comme un fait exprès, « Stuck In The Middle With You² » retentit dans l'appartement. Puis son esprit fut assailli par l'autoportrait de Van Gogh, ce peintre mentalement instable qui s'était coupé une oreille. Mon dieu, rien qu'en y pensant, il se contracta d'horreur. Son visage si harmonieux en serait complètement déséquilibré. Adieu magnifique reflet dans le miroir, adieu shooting photo, adieu notoriété, groupies… Et adieu lunettes de soleil aussi… Ben oui, avec une seule oreille…
- Oh, c'est bon, t'es entier ! Tu vas pas couiner pour deux - trois cheveux, rétorqua Aomine après avoir jeté un œil au blond. Ah ben si, t'as peut-être un p'tit truc sur la joue…
- Quoi ? s'écria Kise en écarquillant les yeux. J'ai un shooting demain !
- C'est qu'une égratignure. Et puis tu t'en étais même pas rendu compte. T'auras qu'à postuler pour des shootings de pirates, ricana le brun, très fier de lui.
Kise se précipita vers l'entrée de l'appartement pour constater les dégâts sur le miroir mural. Il scruta son visage sous tous les angles alors que Kagami, on ne peut plus consciencieusement, enlevait un à un les cheveux du plan de travail.
- Qu'est-ce que tu racontes, Aominecchi, y a rien du tout ! lui cria-t-il de l'autre bout de la pièce, toujours devant la glace.
L'As de Tōō explosa de rire et garda un rictus sadique accroché au visage. Kise lâcha son reflet et, repassant à côté de lui, lui tacla l'arrière de la tête avant de reprendre sa place.
- Oï, Aieuuuh ! lui lança le brun en fronçant les sourcils.
Sur ces bonnes paroles, la panthère finalisa la tâche qui lui avait été confiée. Ça n'avait pas été de tout repos. Kagami avait quand même peut être un peu de mérite… Ouais… bon… il n'allait pas s'extasier non plus… ou peut être intérieurement. Juste intérieurement… et pas trop… Il ne faudrait pas que le rouge ait les chevilles qui enflent non plus… ça le ralentirait au basket et il serait encore plus lourd que maintenant… si tant est que ce fut possible, bien sûr !
Constatant que tout le monde avait terminé, Kagami distribua des feuilles de journaux qu'il avait sorties d'un de ses placards.
- Aomine ! Les épluchures, c'est direct dans les journaux pour garder un plan de travail nickel, dit-il.
- C'que t'es tatillon ! Et pourquoi on balance pas tout ça direct à la poubelle ? ronchonna l'As de Tōō.
- Pour ne pas trop salir la poubelle de recyclage.
- J'comprends pas comment on peut se compliquer la vie comme ça…, s'effara Aomine.
- Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas de toi ? l'interrogea le tigre.
Aomine haussa les épaules. Tous poussèrent leurs épluchures dans les différentes feuilles de journaux qu'ils refermèrent en boules. Le tigre appuya sur la pédale de la poubelle et y jeta une partie des déchets emballés. Aomine shoota depuis sa place et marqua sans même se donner la peine de relever la tête.
- Joli, Aominecchi ! le félicita Kise, pas rancunier pour deux sous.
Il regarda le comptoir. Il restait une feuille de journal en boule. Le blond s'en saisit et quitta la cuisine pour se positionner à l'autre bout de la pièce.
- Ne referme pas le couvercle, Kagamicchi, dit-il.
- Don't Kise… Wait !
Trop tard… En un mouvement ample et souple, le blond avait déjà envoyé son ersatz de ballon vers la poubelle. La boule alla à la rencontre du plafond. Pas assez serrée, elle supporta mal l'impact et libéra son contenu qui s'y écrasa en un « sprouitch ». Le morceau de journal désormais vide virevolta doucement pour s'échouer en un frôlement léger sur le sol. Kagami, qui avait anticipé le mouvement s'était précipité, se jetant par-dessus le comptoir et s'appuyant sur Aomine pour se redonner de l'impulsion. Il ne parvint qu'à atterrir à plat ventre non loin de la feuille souillée. Il la fixa quelques secondes avant de lever les yeux pour voir les épluchures désormais collées à la surface immaculée au-dessus de sa tête… certaines se détachèrent, subissant l'apesanteur, pour s'échouer sur le parquet, en de petites constellations autour du journal.
- Mais enfin à quoi tu penses ? Y a pas la hauteur de plafond pour un shoot à la Midorima ! rugit le tigre toujours au sol, alors que quelques épluchures de carottes et de pommes de terre lui tombaient sur la tête.
- Oups. Pardon pardon, se repentit Kise en s'inclinant, les mains jointes en une prière d'excuses.
- J'peux savoir pourquoi tu t'es accroché à moi pour passer le comptoir ? hurla la panthère, tout aussi étalée sur le parquet, poussant la jambe de Kagami qui trainait sur son épaule.
Kuroko regarda Aomine se dés-emberlificoter les pieds de son siège qui avait basculé avec lui. Le brun se releva d'un mouvement souple et redressa son tabouret, le claquant bien sur le sol histoire que tous actent sa hargne. Au même moment, Kagami se releva d'un bond, furieux, alors que dans l'appartement retentissait le refrain de « Eye of the Tiger ». Kise, recula d'un pas, légèrement inquiet de voir le tigre aussi en rogne. Il haussa un sourcil en entendant le morceau de musique. Il tombait à pic celui-là…
La sonnette retentit dans l'appartement. Kagami, toujours très en colère, prit la direction du couloir en marmonnant des termes en anglais. Kise se tourna vers Kuroko et Aomine puis les rejoignit, l'air contrit.
- Qu'est-ce qu'il a dit ? leur demanda-t-il.
- C'que j'en sais…, lui répondit le brun.
- Je pense qu'il a exprimé son mécontentement…, expliqua le joueur fantôme, pragmatique.
Les trois amis entendirent des voix depuis le couloir. Le ton semblait cordial. Ils attendirent le retour de leur hôte. Kuroko regarda les déchets sur le plafond et ceux étalés au sol.
- Ce n'était pas très malin, Kise-kun…, constata-t-il.
- Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai pas réfléchi. Le tir d'Aominecchi était tellement chouette… Ça m'a donné envie…
- Pourtant, d'habitude tu es plutôt du genre à utiliser ton cerveau…, se moqua le brun.
- C'est bon, Aominecchi, n'en rajoute pas. Je me sens assez bête comme ça…
- Sur ton tablier, c'est une dinde qu'il aurait dû y avoir, ajouta le brun.
Kise plissa les yeux un instant, scrutant l'As de Tōō. Il y allait fort là quand même. Mais en même temps…
- C'est de bonne guerre, lui accorda le mannequin en souriant.
Aomine lui rendit un rictus tandis que Kagami faisait son retour dans la pièce. Kuroko interrogea son coéquipier du regard.
- C'était mon voisin du dessous…, expliqua Kagami. Je pense qu'il n'a pas apprécié tout le boucan qu'on fait… Je me suis excusé mais si vous pouviez arrêter vos conneries, histoire que je ne me mette pas toute la résidence à dos…
- Et donc, tu as reçu ton voisin avec des épluchures sur la tête…, constata son coéquipier.
- … Fuck… tant pis…
- En tous cas, je suis vraiment désolé Kagamicchi…, lui dit Kise après s'être approché de lui. Je vais nettoyer, ne t'inquiète pas !
Le blond avait vraiment l'air sincère. L'As de Seirin, qui s'était contrôlé pour ouvrir à son voisin et être poli, relâcha complétement la pression en un soupir bruyant. Sérieusement, allait-il sortir vivant de cette expérience… traumatisante ? Il faudrait qu'il choppe Kuroko entre quatre yeux pour lui dire sa façon de penser sur les gages qu'il imposait. Gérer la panthère était une chose. Mais si, en plus, même ses alliés se mettaient à faire n'importe quoi…
- Ok… , lâcha-t-il.
Aomine s'avança vers ses deux amis. Un rictus sur le visage, il s'arrêta à côté de Kagami. Il s'appuya d'un bras sur l'épaule du tigre.
- Ben alors Tigrou, on rentre les griffes devant le blondinet ?
- Me cherche pas, Baka ! le menaça kagami, la tête toujours décorée de ses épluchures.
L'As de Tōō se saisit de l'une d'entre elles et recula, les mains levées devant lui en signe d'apaisement.
- Ok, ok…
Poursuivant ses pas à reculons et sans le lâcher des yeux, il ne put s'empêcher de secouer le résidu de pomme de terre qu'il tenait dans la main droite en direction de son rival, un rictus toujours accroché aux lèvres, et de jeter un œil moqueur au tigre, puis au plafond, pour revenir au tigre. Pour une fois qu'il n'était pas le centre des remontrances… il pouvait s'amuser un peu !
- Little fucker ! Je vais t'étri…
- Viens Bakagami, tu m'feras plaisir.
Le brun avait envie de jouer. Il s'était concentré pour s'occuper de ses légumes et là, il voulait faire une pause bien méritée. Et puis asticoter le tigre lui permettrait d'oublier qu'il avait eu une furtive admiration pour lui.
Kagami s'approcha d'Aomine, le pas décidé. Il allait lui montrer à qui il avait affaire. Le brun alla à sa rencontre et se planta devant lui. Position souple pour bouger rapidement, sourire de provocation et regard de défi. Tout y était ! D'un geste vif, il tendit une main et frotta la tignasse du rouge, histoire de bien l'imbiber du liquide visqueux qui enduisait les épluchures encore présentes sur sa tête. Son rictus s'accentua alors qu'il esquiva d'un mouvement souple les représailles du tigre. Kagami se hérissa de contrariété.
- Arrête ça, Asshole ! rage-t-il, alors que de son regard orageux, Aomine continuait de le défier, très satisfait de la réaction de son rival.
Côté cuisine, Kise fouillait dans les placards de Kagami. Il en sortit une éponge neuve qu'il humidifia en la passant sous le robinet et se dirigea vers le lieu du délit. Il s'arrêta quelques instants, le temps de constater que les deux fauves étaient toujours en pleine gue-guerre. Se tournant vers Kuroko, il haussa les épaules, en ouvrant les bras de dépit. Les fauves pouvaient bien s'étriper, ce n'était pas son problème pour l'instant. Le joueur fantôme n'avait qu'à s'en charger lui-même.
Le blond commença par rassembler les petites constellations qui jonchaient le sol pour les reposer sur le journal. Il donna un rapide coup d'éponge avant de déposer ses déchets dans la poubelle. Il retourna à son ouvrage, se positionnant sous le plafond souillé alors que se jouait « Maldon » dans l'appartement.
Pendant ce temps, Kuroko observait ses trois amis. Deux lycéens athlétiques, mesurant près de deux mètres se crêpaient le chignon, alors qu'un mannequin à succès astiquait des résidus de légumes sur le sol et au plafond. C'était beaucoup plus intéressant que n'importe quelle série B. Oubliant temporairement ses deux lumières qui s'étripaient, il reporta son attention vers Kise qui tendait la main vers le plafond, tentant de le rendre un peu plus présentable. La tâche semblait ardue. Le blond réalisait que sa grande taille ne lui suffirait pas pour accomplir sa besogne.
Kise donna tant bien que mal quelques coups d'éponge qui ne servirent qu'à étaler davantage les salissures. Le résultat était catastrophique. Le joueur fantôme reporta son regard vers Kagami, vérifiant si le tigre avait conscience du carnage qui se jouait à côté de lui. Que nenni, puisqu'il s'occupait à l'instant même de balancer le coussin du canapé à la figure de la panthère qui l'esquiva dans un rire moqueur avant de le rattraper d'un geste vif.
- Faut que t'apprennes à viser… Tiger ! J'vais t'montrer comment on fait, le provoqua Aomine en lui re-balançant le coussin.
Kagami se le prit en plein visage. Aomine jubilait. Le tigre était vraiment le partenaire idéal pour ce genre de jeu. Leurs petites rixes était souvent le bon prétexte pour se défouler. Il n'y avait qu'avec lui qu'il se lâchait réellement. En recherchant de nouvelles munitions à proximité, il se dit que ce petit après-midi ressemblait finalement moins à de la torture que ce qu'il avait imaginé.
S'apprêtant à renvoyer son projectile, le tigre tomba nez à nez avec Kise toujours en train de frotter le plafond comme il le pouvait. Kagami leva la tête et découvrit les traces qui semblaient s'incruster au fur et à mesure des passages approximatifs d'éponge du blond.
- Kiseeee, mais qu'est-ce que c'est que ce carnage ! rugit le tigre.
- Je sais Kagamicchi, il faut que je fasse mieux mais je pense être un peu trop petit, lui répondit le mannequin.
L'As de Kaijo scanna la pièce à la recherche d'un support qui lui permettrait de gagner un peu de hauteur, sans succès. Aucune chaise. Juste les tabourets de bar, trop hauts et instables, et le canapé. Kagami se débarrassa du coussin en le jetant sur le sofa.
- Oh really… What did I do to deserve this shit ? Ahomine, je peux t'assurer que tu ne gagneras plus aucun one-on-one, clama-t-il haut et fort.
- Ahahah ! se moqua le brun, alors que Kise s'approchait de lui.
- Aominecchi ?
- Hm ?
Kise lui prit les mains et les colla l'une à l'autre en faisant s'entremêler les doigts d'Aomine. Il lui positionna les mains en une forme d'étrier sur lequel il posa son pied droit. Accrochant la nuque du brun de la main gauche, il se hissa.
- Bordel, Kise, qu'est-ce que tu fous ? râla la panthère, déséquilibrée.
Pour éviter de tomber, Aomine se déporta sur le côté. Le mannequin profita de l'instabilité de son ami pour mettre tout son poids dans la direction qu'il voulait prendre, un peu comme une échelle de bibliothèque sur roulette.
- Plus à gauche, Aominecchi, lui dit-il.
- Mais quoi, plus à gauche ? Descends de là !
Aomine essaya de se débarrasser du blond qui s'accrocha à son cou comme un koala à sa branche. Les doigts entrecroisés du brun l'empêchaient de séparer ses mains qui semblaient soudées l'une à l'autre. A force de se pencher, Kise amena son porteur jusqu'en dessous de la tache du plafond.
- Stop, c'est là ! Ne bouge plus ! lui ordonna-t-il.
Le mannequin commença à frotter de la main droite et de la gauche il se cramponnait à la nuque du brun qui ronchonnait tout son saoul, se faisant à moitié écraser le visage sur le nombril du blond. La tête tournée vers la porte de l'appartement, il ne vit pas la photo que prit Kuroko. Reposant son portable sur le comptoir, le passeur ne put s'empêcher d'exprimer :
- C'est n'importe quoi…
- A qui le dis-tu ? répliqua Kagami, de retour à la cuisine. Rappelle-moi à qui on doit tout ça ?
- A ta défaite.
- A ton gage à la noix, oui !
- En tous cas, c'est très drôle, avoua Kuroko, stoïque.
- Ravi de voir que tout ce bordel t'amuse ! Regarde mon plafond. Il n'arrivera à rien comme ça. C'est une catastrophe !
Kuroko tourna la tête vers le nettoyeur. Kagami avait raison, loin de corriger le problème, les coups d'éponge ne faisaient que révéler des différences de ton sur la peinture du plafond.
- Arrête-ça, Kise, tu fais pire que mieux ! hurla le tigre.
Se tournant vers sa liste, il ajouta « saint marc » en soupirant, espérant que cela suffirait et qu'il ne faudrait pas redonner un coup de peinture…
- Descends de là, blondin ! Rouspéta Aomine.
Kagami, dépité, les coudes sur le comptoir et la tête appuyée dessus en coupe, regarda Kise descendre de son escabeau improvisé. Débarrassé du blond et ayant bien appris sa leçon, Aomine, ronchon, passa derrière le comptoir pour se laver les mains.
- Tu devrais imposer à Kise-kun de venir repeindre ton plafond, Kagami-kun, suggéra Kuroko.
- Son shoot était débile, c'est sûr mais de là à lui faire repeindre le plafond, quand même… Et puis le fautif dans toute cette histoire, c'est toi !
- Détrompes-toi, Kagami-kun, lui répondit son coéquipier sans rien ajouter de plus.
Kagami haussa les sourcils. Aomine, penché au-dessus de l'évier, releva la tête vers Kuroko.
- Qu'est-ce tu veux dire ? lui demanda le tigre.
Kuroko prit son air le plus innocent.
- Qu'il n'y a pas plus rusé qu'un renard qui sait faire fonctionner ses méninges.
- Comment ça ? s'enquirent-ils de concert.
Kuroko ne répondit pas, laissant ces deux lumières arriver seules à la conclusion logique de sa révélation. Aomine et Kagami se regardèrent quelques secondes avant de reporter leur attention sur le blond qui évaluait l'état du plafond en se frottant le menton.
D'un accord tacite, ils quittèrent la cuisine et s'avancèrent jusqu'à lui. Démarche féline pour l'un, pas plus lourd pour l'autre. Ils se positionnèrent, l'un à la droite de Kise, l'autre à sa gauche. Kise se désintéressa du plafond, un peu trop conscient de la présence des deux hommes autour de lui.
- Je sais Kagamicchi, c'est pas joli joli… , s'excusa-t-il, penaud.
- En effet, reprit très calmement le tigre en regardant son plafond. Au fait Kise, Aomine et moi avons un petit truc à te dire…
Kise regarda Kagami quelques instant puis se tourna lentement vers le brun à sa droite, dont le reproche se lisait dans ses yeux. Le bleu orageux accrocha les pupilles dorées. Aomine posa doucement son avant-bras sur l'épaule du mannequin. Il lui susurra :
- Alors comme ça, il parait que c'est à toi qu'on doit tout ça ?
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1 « You never can tell », Chuck Berry, BO « Pulp Fiction »
2 « Stuck In The Middle With You », Steelers Wheel, BO « Reservoir Dogs »
Voilà voilà pour ce chapitre. Il m'a donné du mal… N'hésitez pas à me faire part de vos retours avec un petit commentaire.
Une bonne partie du dernier chapitre est donc écrite. J'espère ne pas me bloquer à nouveau et le poster plus rapidement.
A très vite :)
