Dimanche 8 Septembre
Je suis allée voir McGonagall pour lui proposer l'idée du Quiz. Elle avait l'air contente. Je peux mourir en paix, je suis un génie reconnu. Il ne me reste plus qu'à trouver des idées de questions. J'ai commencé à y réfléchir mais je sens que je vais surtout avoir à contrôler celles que prépare Léon dans son coin. On a décidé de le faire à la fin du mois, ça nous laisse encore pas mal de temps pour nous organiser correctement.
En revanche, s'il y a quelque chose qu'il va falloir régler rapidement, c'est la Salle Commune qui est dans un état passablement délabré. Ce n'est pas faute d'avoir déjà empêché trois fois des Quatrième année d'empiler les canapés pour voir combien de temps ça tenait. Mais aujourd'hui, j'avais surtout dans l'objectif de faire sérieusement mes devoirs et je crois que l'endroit n'est plus propice à la concentration. Je m'en veux légèrement d'abandonner le navire et de laisser seuls nos charmants préfets, Evan et Jeanne, essayer de garder les lieux plus ou moins propre. Mais au bout d'un moment, c'est un cas désespéré. Je m'éclipse avec ma pile de parchemin sous le bras pour aller vers la bibliothèque. Une question me trotte dans la tête, pourquoi tous ces jeunes ne sortent-ils pas prendre un peu l'air s'ils s'ennuient autant ? Ils devraient aller s'aérer un peu pendant qu'il fait beau, tout le monde s'en porterait mieux. Je parle comme une vieille, j'adore ça, être acariâtre.
Le monde ne m'aime pas, tous les jours ça devient comme une évidence. Alors que je marchais, sans faire le moindre mal à qui que ce soit, pour une fois, en direction de ce lieu saint qu'est la bibliothèque, un groupe de petit m'est rentré dedans. Exaspérée au possible de voir mes parchemins vides et mes notes de cours s'envoler, se mélanger et s'étaler par terre. Je n'ai pas pu me retenir de crier sur les crétins qui ne s'étaient même pas arrêtés pour ramasser, je crois que ça ne leur est même pas venu à l'idée d'être un minimum poli.
« Bande de malpropres ! La prochaine fois que je vous croise, je vais vous faire bouffer du parchemin à un tel point que vous ne serez plus capables de courir, vous vous roulerez comme les petits gorets que vous êtes ! »
Ils ne se sont même pas retournés. Déjà bien échauffée par cette malencontreuse collision, quand j'entends derrière moi une voix que je sais désagréable, les choses ne s'arrangent pas.
« Mollynette, comme on se retrouve ! Au lieu de te prendre les murs, tu te prends les gens maintenant ? Est-ce qu'on peut appeler ça une évolution vers un mieux ? »
Le progrès, ce serait qu'il se taise. Je ne me retourne pas, sachant que je vais devoir batailler pour ne pas lui lancer mon poing dans sa figure blonde. Je commence à ramasser mes affaires étendues sur le sol en espérant que Lysander Scamander s'en aille comme un mauvais souvenir. Parce que c'est lui. Forcément. Qui y aurait-il d'autre pour me rappeler les mauvais moments que je passe avec les murs ? Mais il est borné et se penche derrière moi pour m'aider à réunir toutes mes feuilles. Soupirant, je le regarde enfin, les yeux noirs et fatigués.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'as pas besoin d'aide et tu refuses de voir que je peux être utile de temps en temps ?
– Va crever, Scamander, s'il te plaît.
– Ce n'est pas de ma faute, tu sais. Je n'ai rien fait, c'est toi qui avait..., commence-t-il alors que je lève les yeux au ciel.
– Je sais parfaitement ce qu'il s'est passé, d'accord ? J'étais là. J'ai fait une énorme erreur mais tu n'es pas obligé d'enfoncer le couteau dans la plaie à chaque fois. »
Il ne voit pas que je suis au bord de la crise de nerf ? J'ai du travail qui m'attend et je me retrouve à devoir remettre de l'ordre dans mes papiers et dans mes histoires avec les Scamander. Ce n'est vraiment pas le bon moment. Je prends brusquement la pile de parchemin qu'il tient dans les mains pour les fourrer dans mon sac. Il me regarde avec une forme de pitié dans les yeux. Je ne supporte vraiment plus sa personne. Il commente :
« C'est vrai que tu étais là. Tout contre moi. Je m'en rappelle plutôt bien.
– Lysander ! m'écrié-je avant qu'il ne rentre plus dans les détails. J'ai tout sauf envie de parler de ça. »
Je regarde autour de nous pour vérifier que personne ne nous ait entendu. Il soupire en me voyant faire. Je sais qu'il préférerait que j'assume mais au bout d'un moment je ne peux qu'avoir honte de l'avoir embrassé à la place de son frère.
C'était l'année dernière. Avec Lorcan on s'était donné rendez-vous dans un couloir où il ne passait pas grand monde, pas très loin de leur Salle Commune et j'étais arrivée en retard, ayant hésité de longues minutes à m'y rendre. Sauf que quand je me suis pointée, la nuit était presque tombée, j'étais un peu perdue dans ma vie et j'ai vu un Scamander. Comme une idiote, je n'ai pas remarqué que je m'adressais à l'autre jumeau. Après lui avoir dit ce que j'avais sur le cœur, sans trop oser le regarder, je me suis mise sur la pointe des pieds pour poser mes lèvres sur les siennes.
Il ne m'a pas arrêtée. Il ne m'a pas dit que je parlais à la mauvaise personne. Il s'est laissé embrasser.
Je n'ai compris mon erreur que lorsque qu'il a passé ses mains autour de ma taille pour prolonger le baiser. Je n'étais pas prête et ça m'aurait beaucoup étonné que Lorcan agisse comme ça. Et j'ai ouvert les yeux et j'ai vu son regard. La situation l'amusait beaucoup, il a tenté de me garder près de lui mais je lui ai donné une gifle violente, comme pour me réveiller moi-même. Je me suis écartée, n'osant rien dire, totalement honteuse et avec une méchante nausée qui pointait le bout de son nez. Les larmes aux yeux en me rendant compte que je venais de tout briser, je me suis enfuie en courant et je suis allée droit dans le mur. Je crois que le sens propre comme le figuré peut s'appliquer dans mon cas. C'était le pire jour de ma vie, de loin. Il a essayé de me rattraper alors que je vacillais, un peu sonnée par le choc et le mal de crâne. J'ai titubé, me débattant pour qu'il ne me touche plus jamais. J'ai marché ou erré plutôt jusqu'à mon dortoir où je suis restée terrée pendant les jours qui ont suivis.
Depuis, j'ai du mal à regarder Lorcan dans les yeux parce que je ne pouvais plus répéter tout ce que j'avais dit à Lysander sans me sentir terriblement mal. Je ne peux pas non plus m'approcher de Lysander sans qu'il me rappelle à quel point j'ai été idiote.
Il me regarde avec attention alors que je me remémore la scène en grimaçant, il sourit même légèrement. Je soupire en refermant précipitamment mon sac pour le quitter le plus vite possible. Il me retient cependant par le bras, m'empêchant d'aller aussi loin que je ne l'aurais voulu. Je ne peux plus contenir un cri :
« Quoi ? Qu'est-ce que tu veux, Scamander, à la fin ? Tu ne vois pas que je ne peux plus te voir même en photo ? »
Son visage est un peu plus crispé, il a l'air plus grave et sérieux. J'ai peur que ce ne soit qu'une illusion avec lui. J'essaye de me dégager de sa poigne mais il résiste, demandant d'une voix basse :
« Pourquoi tu ne lui as jamais expliqué ? »
Je le regarde sans montrer que je comprends ce qu'il me demande. Je secoue la tête en m'apprêtant à sortir ma baguette pour qu'il me laisse vraiment tranquille mais il m'arrête d'un geste et ajoute :
« Il en a souffert autant que toi, tu sais. Lorcan est quelqu'un de bien et je crois que toi aussi. Ça aurait pu marcher tous les deux, même avec ça.
– Non. Je n'aurais jamais pu lui en parler, ça l'aurait détruit encore plus et je ne peux pas non plus faire comme si rien n'avait existé. Alors on va faire comme on déjà commencé à faire. On va s'ignorer et toi, je vais te mettre en retenue pour avoir été méchant avec moi.
– Comme on se retrouve, Mollynette, dit-il avec un sourire sans joie. Comme quoi, le temps passe et notre relation est toujours la même. On stagne un peu, c'est dommage mais j'adorerais passer du temps avec toi dans une salle vide. »
Je mime un vomissement très crédible qui le fait ricaner. Finalement, il me relâche pour me regarder partir vers la bibliothèque où je n'ai plus l'intention de travailler. Je ne vais faire que ruminer. D'autant plus qu'il me lance de loin :
« Et fais attention au mur, Mollynette. »
Je frissonne. S'il continue à m'appeler Mollynette, je vais vraiment le faire souffrir. Je me réfugie dans un coin de la bibliothèque pour réfléchir. S'il y avait bien une raison pour laquelle je ne voulais pas voir Lysander, c'est bien pour ça. L'entendre parler de ce qu'il s'est passé de cette manière, il est horriblement vicieux. Pour lui, il a simplement passé un bon moment avec moi et il n'a aucun remord. A-t-il au moins une once d'humanité ? J'en doute. La seule chose que je peux lui accorder, c'est qu'il n'en a jamais parlé à Lorcan. Il peut me reprocher de ne pas l'avoir fait mais il ne m'a pas trahie non plus en allant tout lui raconter. Je reste persuadée qu'il souffrirait plus en le sachant.
Je tente pendant une bonne heure de rédiger un parchemin sur les Patronus corporels mais mon esprit revient toujours à ce qu'à dit Lysander. Je le déteste de me déconcentrer à distance. Je finis par rentrer penaude à la Salle Commune avant d'aller manger. Roxanne me voyant arriver avec une tête de trois mètres de long, me laisse une place sur le canapé à côté d'elle. Je pose ma tête sur ses genoux, sans lui parler pour autant. Elle me caresse doucement les cheveux, les yeux un peu inquiets tout de même, elle ne pose pas de question. De toute façon, je ne lui aurais pas répondu. Je ne lui ai jamais dit ce qu'il s'était passé pour que je change d'avis si vivement à propos de Lorcan et son frère. Peut-être qu'elle s'en doute. Je ne sais pas, je n'ai pas envie de lui dire parce qu'elle se moquerait de moi. Je ferme les yeux, écoutant silencieusement les conversations entre Effie, Léna, Fred et Evan qui parlent de la manière dont les moldus se divertissent. Les écouter m'endort progressivement et estompe un peu mon sentiment de mal-être.
