Dimanche 15 Septembre
Molly chérie, tu ne te concentres pas assez sur l'important, ce n'est pas qui je suis mais quelles sont mes intentions que tu dois chercher. Je vais t'aiguiller. Je veux que tu m'aides à faire quelque chose en échange de l'information. Je me suis bien amusé à te regarder chercher dans tous les sens. Tu as même assez bien réussi dans ton échec. Je te recontacterai en temps voulu. En attendant, ce n'est pas la peine d'essayer de trouver mon identité, j'ai pris toutes les précautions possibles. A bientôt.
Un nouveau message est arrivé ce matin par hibou. C'était un oiseau de Poudlard alors ce n'est pas un indice valable. Je hais de plus en plus ce sombre idiot. Mon regard survole la Grande Salle presque remplie, j'essaye de trouver quelqu'un qui me regarde, observant certainement ma réaction mais hormis un élève de Première année qui me fixe avec de grands yeux effrayés, je ne vois personne de particulièrement suspect. Je regarde à nouveau le mot en me mordant la lèvre. Il veut que je l'aide. À quoi ? Il peut toujours rêver. On ne me fait pas ça pour après espérer quelque chose d'autre de moi que de lui rendre la pareille.
Je décide de lui écrire quelque chose pour qu'il comprenne que c'est peine perdue. Pour le déstabiliser un temps soit peu. J'ai besoin de savoir qui il est, c'est devenu presque vital alors je ne m'arrêterais pas là. Il a voulu attirer mon attention, il a réussi. Maintenant, il va devoir assumer. La bataille continue tant que je ne l'ai pas gagnée.
Inconnu. J'espère au moins que tu es beau. J'ai toujours rêvé d'avoir un bel inconnu qui m'envoie des lettres anonymes. Malheureusement, je crois que ta beauté doit être bien médiocre pour ne pas oser te montrer à mes yeux. Je suis toujours prête à rendre des services et à aider les autres, pour peu que je les apprécie et qu'ils montrent qu'ils ont le courage de me le demander directement. Du coup, je pense que tu ne réponds pas à mes critères. C'est dommage, je vais continuer à te chercher pour te trouver et te faire regretter d'être né. Tu es un répugnant individu, on ne te l'a jamais dit ?
J'ai accroché le mot au hibou qui s'est envolé vers la Volière. Si quelqu'un d'autre le trouve, je n'ai pas signé, il pourra toujours se poser des questions sur ce qu'il signifie mais je suis persuadée que mon inconnu l'aura. Il a l'air débrouillard.
En attendant sa réponse, je rejoins ma famille dans le bureau de Victoire pour cette petite journée thé et gâteaux à passer du bon temps ensemble. C'est un moment que j'apprécie. Lily est blottie contre moi, me laissant lui faire des tresses. Lucy et Rose rient aux blagues de Fred. James et Roxanne parlent de la saison de Quidditch et Louis, Albus et Hugo regardent sérieusement Victoire raconter des histoires invraisemblables sur les moldus. Ils me font oublier l'inconnu et ses mystères.
On joue même entre nous à un petit jeu que Victoire a trouvé chez les moldus. Il consiste à choisir trois personnes et dire laquelle on préfère épouser, adopter ou tuer. Nous, on a inventé une version sorcière où on doit en donner une à manger à un Scroutt-à-Pétard, partir à dos de Dragon avec une autre ou penser à elle pour un Patronus.
« Je commence, s'exclame James. Proposez-moi des personnes ! »
Il fait le fier comme ça mais ça ne durera pas, je fais un sourire en coin en levant le doigt pour donner un nom. Au centre du cercle formé par des têtes rousses pour la plupart, James se tourne vers moi en grimaçant. Il sait déjà que ce n'est pas un sourire d'ange sur mon visage :
« Molly, sois gentille, s'il te plaît.
– Je suis toujours gentille, m'offusqué-je. Je me demande juste ce que tu ferais de Stella Van Elter. »
Il fronce les sourcils et regarde les autres. Albus propose Louis, notre blond cousin de Serdaigle qui soupire en proposant, lui, Leanne, une fille avec laquelle James est sorti il y a deux ou trois ans. Il grimace, prenant le temps de réfléchir. Puis avec un petit sourire satisfait, il déclare presque solennellement :
« Je donne Leanne à manger au Scroutt-à-pétard parce qu'elle a une passion étrange pour les animaux. Elle serait plus grande de taille, je me demanderais même si elle n'a pas un lien de parenté avec Hagrid, sourit-il. Elle survivra. Je pars à dos de Dragon avec notre cher Louis, que je pourrais jeter facilement en faisant passer ça pour un accident si jamais il m'énerve. »
James baisse la tête pour esquiver un coussin qui vole dans sa direction. Il s'étonne :
« Soit pas vexé Louis, il faut bien éliminer un peu la concurrence de temps de temps !
– Me dis pas que tu penserais à Stella pour un Patronus ..., soupire Louis en secouant la tête, un peu dégoûté.
– Bien sûr que si. Je l'imagine déjà avec sa petite tête déçue quand je lui annonce pour la cent cinquantième fois que je ne sortirais pas avec elle, même sous la torture et même si elle me fait du chantage. Du bonheur à l'état pur. »
Il affiche un sourire content alors que Louis lève les yeux au ciel. James tourne sur lui-même pour choisir la prochaine victime. Il s'arrête devant moi en plissant les yeux et me désigne pour prendre sa revanche. Je me lève en me permettant de lui donner une petite tape sur la tête et il m'envoie un bisou dans les airs en s'asseyant à ma place. Je ferme légèrement les yeux en priant pour la compassion de mes cousins. Je vois Roxanne et ses yeux pétillants, elle me fait un signe et propose :
« Léon Wilkes, tu en ferais quoi ?
– Là, comme ça, j'ai une petite idée, dis-je en pensant aux Scroutt-à-Pétards.
– Emeline Lovener, ai-je entendu de la bouche de Rose qui fronçait les sourcils.
– Et pour finir, Lysander Scamander, ajoute Fred. »
Je me sens me décomposer. Ils ne sont pas tendres avec moi. Lequel je déteste le plus ? Emeline, sans aucun doute.
« Emeline doit finir bouffée par ces créatures répugnantes, elle ne mérite que ça.
– Et les deux autres ?
– Attends, Lucy, j'y viens. Je crois que je penserais à Lysander pour le Patronus mais pas celui des dernières années qui est un idiot fini. Non, le Lysander de quand on était petit et qu'on s'amusait bien. »
Roxanne hoche la tête avec un sourire presque ému, contente de mon excuse. Je grimace en disant :
« Et j'imagine que je partirais à dos de Dragon avec Léon. Je ne sais pas dans quel but, il ne me serait pas très utile dans un éventuel voyage. Je pense que je m'en servirais comme bouclier contre les dangers, le brandissant devant les flammes ou le poussant devant moi pour amortir la chute. »
Je fais un sourire carnassier à cette idée. Fred me regarde, un peu inquiet. Je me reprends en observant attentivement les personnes autour de moi. Lucy me regarde en me priant de ne pas la choisir, Roxanne plonge ses yeux bruns dans les miens avec détermination, Lily me fait les yeux doux, Albus me menace du regard, Louis regarde ailleurs, James est content d'être déjà passé, Hugo s'agite dans tous les sens. Mes yeux se posent sur Rose qui déglutit. Je ne peux pas m'empêcher de sourire.
« Rosie, murmuré-je, viens ici.
– J'espère que tu as des remords, dit-elle en se levant et en me foudroyant du regard.
– Absolument aucun. »
Elle soupire et croise les bras. Instantanément Lily lève la main, en même temps qu'Hugo, comme s'ils s'étaient concertés. James ricane dans son coin en voyant Rose les dévisager. Lily s'exclame :
« Scorpius Malefoy !
– C'était mon idée, s'écrie Hugo.
– Tant pis pour toi, fait fièrement Lily alors que Rose se décompose.
– Alors, je propose Al. »
Je vois Rose rougir de plus en plus. Belle manière d'aborder les sujets sensibles. Avec beaucoup de tact. Je soupire. Albus et Scorpius étaient amis l'année dernière mais notre cher cousin s'est persuadé que Rose aimait le Malefoy. Tout était au plus mal quand finalement, Rose, exténuée par ces histoires, s'est réfugiée dans la Salle sur Demande pendant deux jours. Albus, Scorpius et des amis à eux l'ont retrouvée et ça s'est réglé bizarrement. Rose et Albus se sont réconciliés mais ça a signé l'arrêt de l'amitié entre les deux garçons. Maintenant Rose est entre les deux et le sujet n'est pas abordé d'un commun accord. Je jette un regard de reproche aux deux de deuxième année qui s'échangent des clins d'œil. Voyant que ça s'annonce mal, James intervient :
« Et le troisième choix sera Abigail Complin. »
La moitié de la salle le foudroie du regard. Il esquisse un sourire amusé et hausse les épaules en disant que c'est le jeu. Abigail est une fille de Gryffondor que Rose a en horreur depuis qu'elle a eu une semaine de retenue par sa faute. Il y avait bien plus fin comme choix à faire mais James n'est pas toujours une lumière. Rose, devenue totalement rouge, finit par dire, lasse :
« D'accord, votre jeu est vraiment nul mais on va dire que je donne Abigail à manger aux Scroutts, ça les tuera en même temps, ce n'est pas plus mal.
– Tu insinues qu'elle n'est pas comestible ? s'esclaffe Fred.
– Oui, dit Rose sans aucune pitié. Et je pense à Albus pour faire mon Patronus parce que c'est la famille et que la famille passe avant tout. Pour finir, je pars avec Scorpius sur le dos d'un Dragon, là où Albus ne pourra justement pas faire de petits commentaires désagréables et faire des suppositions hasardeuses. Ou au moins, je ne les entendrais pas. »
Elle hausse un sourcil en direction d'Al qui plisse les yeux en rougissant lui aussi. Il se défend :
« Je n'ai jamais fait ça !
– Bien sûr, tu n'as jamais cru que j'aimais Scorpius alors que je n'ai jamais montré le moindre signe dans ce sens ?
– Je ...
– Les loulous, ça suffit ! s'exclame Victoire, consciente que ça commence à aller un peu trop loin. Si vous voulez, on peut changer de jeu. »
Rose acquiesce, lançant un dernier regard noir à Albus qui boude en croisant les bras sur sa poitrine, vexé. Génial, je me permets de lancer un coussin sur James qui continue à sourire en imitant son petit frère. Il le reçoit en pleine figure et me lance un regard vif qui montre clairement son envie de se venger. Je prends Lucy pour la mettre devant moi et me protéger. Elle crie et appelle au secours en recevant le coussin de James dans l'épaule. Roxanne en profite pour se glisser dans mon dos et m'attaquer par derrière. Évidemment, comme à chaque fois, ça finit en bataille de coussin jusqu'à ce que Victoire constate les dégâts faits dans son bureau et nous ordonne de tous sortir.
On s'éclipse, riant et en continuant à se chamailler. Louis nous quitte au détour d'un couloir pour rejoindre la Tour de Serdaigle alors qu'on grimpe vers celle des Gryffondor. En arrivant dans notre dortoir, essoufflée d'avoir couru pour échapper à James qui me poursuivait avec un coussin, je découvre une boîte remplie de chocolats sur mon lit.
« C'est quoi ça ? Léna, t'as vu qui a mis ça là ?
– C'est moi, elle était à la porte de la salle commune, tu as eu de la chance que personne ne les trouve avant moi. Il y a aussi un mot pour toi. »
Je hoche la tête, un peu étonnée et la prends pour l'ouvrir. Elle se glisse à côté de moi avec un grand sourire, attendant avec curiosité que je regarde à l'intérieur. Je regarde en effet, un peu choquée le mot en ouvrant la bouche :
« Merlin ! Wilkes ? J'espère que tu vas mieux chère collègue, non pas que je m'inquiète pour toi mais voilà. Léon. Quel imbécile! »
Je repousse la boîte au loin en grimaçant alors que Léna s'étonne et essaye de la récupérer :
« Arrête Léna, ça vient de Wilkes !
– Justement, c'est très mignon, fait-elle en souriant.
– Pour moi, ça veut juste dire que c'est certainement empoisonné ...
– Si tu n'en veux pas, soupire-t-elle, je peux les manger ? »
Elle regarde les chocolats avec envie alors que je secoue vivement la tête. Mais elle les prend quand même et en goûte un. Elle n'a pas l'air de souffrir de quoi que ce soit. Au bout de quelques minutes à la regarder de travers, espérant qu'elle ne tombe pas soudainement, j'en prends moi aussi un. Ça fait mal de l'avouer mais après en avoir pris plusieurs, je peux dire qu'ils sont délicieux.
