Samedi 21 Septembre

Ne serait-ce pas l'odeur d'une journée enfin normale que je sens ? Les effluves de tartine de marmelade et de jus de citrouille me picotent le nez. J'arrive dans le Grande Salle souriante en voyant que Lorcan, déjà assis à la table des Serdaigle, me salue d'un signe de la main. Je m'installe à côté de Lucy qui est en train d'expliquer quelque chose à Lily. Je fronce les sourcils, j'espère qu'elle ne la convertit pas à l'obsession. Elle se tourne vers moi et s'exclame :

« Molly, Papa vient d'envoyer une lettre. Il nous demande des nouvelles mais j'ai plein de choses à faire aujourd'hui. Tu pourras lui répondre ? Merci beaucoup. »

Ma petite sœur me jette presque l'enveloppe à la figure, sans que j'aie pu donner mon avis et se détourne de moi, continuant sa conversation sûrement très intéressante avec ma cousine qui l'écoute attentivement. Elle se moque de moi, elle va encore passer sa journée à espionner Tristan. Comme elle ne me laisse pas le choix, en soupirant, j'ouvre la lettre pour la lire.

Molly, Lucy, mes petits anges,

J'espère que vos premières semaines à Poudlard se passent bien même si je n'en doute pas. J'ai croisé Neville l'autre jour sur le Chemin de Traverse et il ne m'a dit que du bien de vous. Continuez comme ça et vous n'aurez aucun mal à avoir vos examens. Surtout toi, Molly, n'oublie pas que cette année est primordiale pour ton avenir. Je te connais et je te fais confiance pour réussir tes ASPIC avec talent mais il faut que tu restes concentrée toute l'année sur tes cours. Avec ton rôle de Préfète-en-chef, c'est ce qui importe le plus. Lucy, demande à ta sœur si jamais tu as un problème, elle pourra t'aider. Donnez-moi de vos nouvelles rapidement.

Je vous embrasse fort et je vous aime plus que tout, vous êtes le trésor de ma vie,

Papa.

Adorable. Je referme soigneusement l'enveloppe. Papa n'a pas à s'en faire, tout va bien se passer. Je me concentre uniquement sur les cours et les retenues que je donne. Ma bouche se fend d'un sourire. Jamais je ne me préoccuperai d'autre chose, n'est-ce pas ? Moi, passer mon temps à me demander comment je vais gérer mon amitié avec les Scamander, perdre du temps à essayer d'avoir des informations sur ma mère ? Jamais. La métamorphose est bien trop intéressante pour que je daigne faire autre chose de ma vie. Il a quand même une idée un peu réduite de la jeunesse. À se demander s'il a été jeune un jour. Je soupire.

Mon petit-déjeuner fini, je me dirige vers la Volière pour lui écrire une réponse rassurante. En chemin, je croise Lysander qui est en train d'accrocher des affiches sur les murs. Je me glisse discrètement derrière lui pour lire par dessus son épaule. Ça me fait à moitié rire.

« C'est toi qui a fait ça ? Des affiches pour le Quiz de vendredi avec ma tête en gros dessus ? Sérieusement ? »

Il se tourne vers moi et me fait un large sourire en expliquant :

« Tu remarqueras que je prends très au sérieux mon rôle de Préfet et que je les ai faites avec beaucoup de soin, pendant que tu roucoulais avec mon frère.

– On ne roucoulait pas, corrigé-je. On discutait. Et je suis désolée de casser tous tes délires mais tu vas devoir enlever ça rapidement, ça porte atteinte à ma dignité. »

Il s'esclaffe en secouant ses cheveux légèrement plus clairs que ceux de son frère. Il a son sac plein d'affiches similaires où on me voit en train de faire un clin d'œil un poil aguicheur. Je ne sais même pas où il a eu ça. Je soupire en essayant de lui prendre son tas de parchemin qu'il éloigne immédiatement de mes mains. Il continue à rire en disant :

« J'ai demandé l'autorisation à McGonagall, elle était enchantée et Léon a validé l'affiche. Je suis en règle, Mollynette ! Désolé de te décevoir.

– Que … ? T'es vraiment quelqu'un d'épouvantable. Tu as eu ça où que je sache de qui je vais m'occuper après toi ?

– Tout à fait légalement. Ta cousine Victoire était ravie de t'aider à informer les autres élèves qu'il y aurait une merveilleuse soirée quiz.

– Je te déteste.

– Allez, détends-toi un peu. J'aurais pu faire pire. »

Je secoue la tête en grimaçant. Un élève de quatrième année passe derrière nous et je l'entends rire en découvrant les affiches. Je lève les yeux au ciel. Je ne le supporterai pas longtemps. Je foudroie le Scamander du regard et le préviens :

« Si tu n'enlèves pas ça rapidement, je te jure tu vas vivre un enfer.

– Depuis le temps que j'attends que tu mettes tes menaces à exécution …, fait-il remarquer en haussant un sourcil.

– Prépare-toi bien, tu vas souffrir, dis-je en esquissant un sourire carnassier.

– J'ai hâte. »

Il mime l'envoi d'un baiser dans ma direction alors que je penche la tête, le dévisageant froidement et imaginant ce que je pourrais lui faire vivre. Il reprend une affiche et la colle un peu plus loin, me lançant un coup d'œil provocateur. J'allais m'éloigner en soupirant, le laissant s'amuser un peu avant d'éventuelles représailles mais il me rappelle :

« Mollynette, je suis content que tu te sois réconciliée avec Lorcan ! Est-ce que tu vas lui répéter tout ce que tu m'avais dit ? »

J'ouvre de grands yeux stupéfaits. Comment ose-t-il ? Je me précipite vers lui et les mains sur les hanches, je me poste devant lui. Il fait un sourire amusé et se baisse légèrement pour se mettre à ma taille alors que mon regard peu aimable le juge clairement. Il hausse un sourcil comme pour me défier alors que nos visages se font face. Je lâche :

« Vraiment, un jour tu ne vas pas comprendre ce qu'il t'arrive et je te réduirai en miette.

– Tu parles toujours mais jamais tu n'agis. »

Je ne sais pas ce qu'il lui prend à essayer de me pousser à bout. Je sais que ce n'est pas sage mais je prends ma baguette pour la brandir sous son nez mais il ne trésaille même pas, il continue à sourire.

« Pourquoi tu t'énerves toujours contre moi ? On pourrait être ami, on pourrait se faire des balades tous les deux au bord du lac et discuter pendant des heures. Qu'en dis-tu ? Regarder le calmar géant, c'est amusant, non ? Ou tu ne peux pas me voir parce que je te rappelle tout ce que tu as raté avec Lorcan ?

– Non, on ne peut pas, en effet.

– Tu ne veux pas prendre le risque de rendre Lorcan jaloux ? »

Il fait un sourire terriblement vicieux alors que je range ma baguette, consciente que je ne peux pas rivaliser avec une telle personne. Il hoche la tête, satisfait de m'avoir fait plier et avec un peu plus de sérieux, il ajoute :

« Si tu ne l'aimes pas, dis-lui vraiment avant qu'il ne reparte dans son délire de mariage avec toi. »

Je me rends compte qu'il tient beaucoup à son frère et qu'il sait que je risque de le faire souffrir. Je serre les dents et fais un claquement de langue irrité avant de reprendre la direction de la Volière. A la base, je voulais juste répondre à mon père, pas me confronter à cet idiot de Lysander Scamander.

En haut des marches, enfin seule, alors que des oiseaux tournent au dessus de ma tête, je regarde mes mains qui tiennent fébrilement la lettre. Je tremble. Ça me rend folle, il faut que je me calme, que je respire un bon coup. Papa disait quoi déjà ? Se concentrer uniquement sur les études. Ce n'est pas une si mauvaise idée que ça. Je prends du parchemin et ma plume en essayant d'écrire quelque chose à mon père.

Salut Papa,

Ne t'inquiète pas pour nous, on suit bien tes conseils avec Lucy. Je trouve que le programme de cette année est très intéressant et peu de choses pourraient m'en distraire. Pourtant Roxanne essaye mais je résiste. J'adore mon rôle de Préfète-en-chef, je comprends quand tu disais que c'était une expérience hors du commun !

Nous aussi on t'aime beaucoup, j'espère que tout se passe bien à la maison et au ministère aussi,

Bisou, Molly.

Voilà qui devrait le satisfaire. J'accroche le parchemin joliment scellé d'un ruban à la patte d'un hibou de l'école. Il avait prévu de m'en acheter un pour me féliciter d'avoir été choisie pour être Préfète-en-chef mais avec tout le travail qu'il a eu à la fin de l'été, il n'a pas eu le temps d'aller le choisir. Ce n'est pas grave, je ne peux pas lui en vouloir. Grand-mère m'a déjà offert la cage et tout ce qu'il faut pour que je puisse m'en occuper. Il ne manque plus que mon oiseau personnel. En attendant, j'utilise ceux de Poudlard qui sont aussi efficaces. Je me place à la fenêtre pour faire envoler celui-ci vers la maison. Je le regarde s'éloigner vers les montagnes que le soleil matinal surplombe.

« Rêveuse ? »

Je me retourne vivement en entendant une voix retentir derrière moi.

« Scott, qu'est-ce que tu fais là ?

– J'envoie une lettre. »

En effet, ça paraît évident. Il me regarde avec des yeux soucieux et franchit les quelques mètres qui nous séparent. Je le toise du regard, essayant de savoir ce qu'il me veut. Il esquisse un petit sourire timide et soupire comme pour se donner du courage avant de dire :

« Je m'excuse pour tout ce que je t'ai fait vivre. J'étais désespéré et je m'y suis très mal pris. Toutefois, je t'avoue que ... »

Il rougit en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Il évite mon regard et n'arrive pas à poursuivre sa phrase. Je hausse un sourcil perplexe, me demandant ce qu'il est en train de faire. Il reprend en fermant les yeux et en parlant un peu plus rapidement :

« J'avoue que tu m'intrigues beaucoup. À la base, j'ai juste agis parce qu'on me l'a demandé mais après t'avoir beaucoup observé … Je me suis rendu compte que ... »

Il soupire, cherchant les mots. Je le laisse faire, ne sachant pas comment réagir, un peu perdue par cette révélation inattendue. Il conclut enfin, ouvrant les yeux pour soutenir mon regard :

« Est-ce que ça te dirait d'oublier tout ça et de repartir d'un meilleur pied avec moi ? Pourquoi pas qu'on devienne … ami ? »

Je bats des paupières, un peu étonnée par sa demande et je reste sans voix pendant quelques secondes pendant lesquelles il m'observe avec espoir. Puis, il recule de quelques pas, murmurant qu'il n'est qu'un idiot et qu'il ne savait pas à quoi il s'attendait. Je soupire, hésitant à lui confirmer son idiotie ou le prendre en pitié. Il a les joues un peu rouges et paraît très embarrassé. Je laisse finalement échapper :

« Je ne sais pas, Reeve. Tu n'es pas quelqu'un en qui j'ai confiance. »

Il hoche la tête en essayant de ne pas croiser mon regard. Il fait un signe de la main comme pour signifier que ce n'était rien et bafouille quelques mots avant de plonger la main dans son sac pour trouver sa lettre et appeler son hibou, me tournant le dos. Mal à l'aise, je m'éclipse, n'ajoutant rien. C'est étrange, il avait l'air sincère mais je ne peux pas m'empêcher de douter de ses intentions.

Je passe le reste de ma journée à travailler à la bibliothèque. J'essaye de me concentrer sur le travail, rien que le travail. Comme dirait Papa, c'est le plus important.