Jeudi 26 Septembre
Merlin ! On peut appeler ça un réveil brutal. Il est trois heures du matin, il fait encore nuit et je suis en sueur dans mon lit. Quel mauvais cauchemar ! Je frotte doucement mes tempes pour essayer de me calmer.
Il y avait le quiz, tout le monde était en maillot de bain et Léon posait des questions improbables sur les poils de chat quand tout d'un coup, il s'est tourné vers moi et s'est penché pour m'embrasser. Criant de surprise, je l'ai violemment frappé et sa tête a explosé, projetant un liquide sombre partout.
Ensuite, la lumière s'est éteinte, tout s'est assombri et Scott était à présent à côté de moi. Il m'a pris la main. On a couru une éternité dans le département de métamorphose pour échapper à des hommes encapuchonnés. Au bout du couloir, il y avait un jardin coquet, avec une jolie maison qui ressemblait étrangement à celle où j'habitais quand j'étais petite.
Je suis restée un moment à regarder la maison plier sous l'effet du vent et Scott m'a tirée pour m'entraîner à l'intérieur. J'ai vu, dans le petit salon qui s'emplissait de plus en plus de brouillard, elle était là. Maman. Ses cheveux bruns lui cachaient les yeux mais c'était bien elle. Elle était attachée, semblait ne pas pouvoir bouger. J'ai essayé de toutes mes forces de la libérer mais les liens étaient serrés, je m'abîmais presque les mains à force d'essayer de les défaire. Soudain, elle a relevé la tête. Elle m'a regardée droit dans les yeux, avec une froideur inattendue et elle a levé sa baguette vers moi. Il y a eu comme un éclair et je me suis réveillée brutalement.
Tremblante et suffocante, j'ai essayé de me rendormir. Mais maintenant, j'ai les images de ma mère et de ses yeux durs qui tournent sans arrêt dans ma tête. Ma mère qui se retourne contre moi. J'ai l'impression de brûler de l'intérieur rien qu'en effleurant cette idée. Une larme de fatigue et de peur m'échappe. L'idée qu'elle soit peut-être partie de son plein gré me traverse comme la lame d'une épée, glaçante, terriblement douloureuse et meurtrière. Ce n'est pas envisageable. Il est hors de question de prendre ce cauchemar pour une réalité. D'ailleurs Wilkes ne m'aurait jamais embrassée et personne ne serait jamais venu en maillot de bain à la soirée quiz. C'est la fatigue, rien que la fatigue.
« Molly ! Par le slip de Merlin, réveille-toi ! Il est plus que l'heure !
– Hum ? »
J'ouvre une paupière et je sursaute en comprenant que c'est Roxanne qui est en train de me frapper avec mon propre oreiller pour que je me réveille. Merlin ! Je suis en retard, elle a raison. Je saute presque hors de mon lit et je file dans la salle de bain, enfilant ma robe de sorcier que j'attrape au passage. Ma cousine s'exclame :
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as vu l'heure ? Ça ne t'arrive jamais normalement ... »
Elle me regarde presque inquiète alors que j'ai ma brosse à dent dans la bouche et la tête à l'envers pour essayer de coiffer plus ou moins mes cheveux. Je vais cracher mon dentifrice avant de lui répondre, essoufflée :
« J'ai fait un cauchemar et je me suis réveillée en plein milieu de la nuit. Je ne me suis pas rendue compte que ... Je ne pensais pas me rendormir !
– Apparemment, c'est ce qu'il s'est passé, commente Roxanne en préparant mon sac, gentiment. C'était quoi ce cauchemar ?
– Horrible, je n'ai pas spécialement envie d'en parler. »
Je grimace rien qu'en y repensant. Remarquant que ma main tremble légèrement et que je n'arrive à rien, je repose ma brosse à cheveux. C'est inutile de toute manière. Je me fais une natte, au moins, ils seront à peu près rangés et arrêterons de voler dans tous les sens. Je jette un coup d'œil à ma montre. Il nous reste une dizaine de minutes pour rejoindre la salle de Défense contre les Forces du mal. Roxanne me tend mon sac et deux Fondants du Chaudron de sa réserve personnelle pour faire office de petit-déjeuner. Je la prends dans mes bras, un peu submergée d'émotion et attrape ce qu'elle me donne.
« Ne traînons pas, Madame Ross n'est jamais tendre avec les retardataires ! dit-elle en commençant à descendre à toute allure les escaliers.
– Attends-moi, je ne suis pas entraînée, je te rappelle ! m'écrie-je en la suivant.
– Tu ferais bien de faire un peu de sport parfois. »
Je suis incapable de répondre, j'ai une bouchée de Fondants du chaudron dans la bouche. Elle continue sa route jusqu'à arriver, pimpante et souriante devant la salle. J'arrive bien deux minutes après elle, époumonée et rouge comme le blason de Gryffondor. Elle se met à rire en me voyant arriver et me tape dans le dos, croyant peut-être m'aider à respirer mais elle ne fait qu'aggraver mon cas.
« C'est ça aussi de se réveiller en retard, on voit bien que tu n'as pas l'habitude, dit-elle dans un sourire.
– J'ai pas l'impression de m'être si mal débrouillée pour une première fois. »
Elle hausse les épaules et essaye de me redresser un peu en voyant la Professeur arriver de son pas décidé. J'ai l'impression que celle-ci nous jette un regard un peu mauvais avant d'ouvrir la porte à la classe qui s'engouffre à l'intérieur.
La journée passe à une vitesse angoissante, j'appréhende fortement la soirée. James m'a passé sa cape après le dîner. Il m'a encore jeté ce regard suspicieux, persuadé que je vais prendre le règlement, cracher dessus puis le jeter dans la cheminée. Concrètement, je vais désobéir audit règlement mais je le fais pour le bien. Pour sauver des vies, c'est un motif noble. Je me raccroche à cette idée-là pour me donner un peu de courage. Une heure avant le rendez-vous avec Scott, je commence à descendre de la Tour de Gryffondor. Il me reste encore un peu de temps avant de mettre la cape, j'en profite pour me balader librement et respirer un bon coup pour me détendre. J'angoisse, je ne sais vraiment pas à quoi m'attendre. Je ne sais pas qui sont ces gens, de quel sorte de groupe il s'agit, je ne sais rien. J'aurais dû essayer de me renseigner un peu plus avant.
Préoccupée par ces pensées anxiogènes, je ne remarque pas la silhouette qui se détache du mur et quand Léon Wilkes se poste devant moi, je sursaute presque. Qu'est-ce qu'il fait là ? Il n'a pas l'air content. Je le dévisage et j'ai même l'impression que ses joues sont rougies par la colère ou quelque chose dans le genre. C'est à peine s'il hurle :
« Weasley, j'en étais sûre ! Qu'est-ce que tu mijotes ?
– Un bon plat mais il n'y en a pas pour toi, désolée, dis-je en lui servant un ton sarcastique.
– Très drôle, s'exclame-t-il en se rapprochant dangereusement de moi sans rire du tout. Tu es hilarante. Qu'est-ce que tu caches ? Tu voulais le tour de garde pour pouvoir te balader tranquillement ce soir, c'est ça ?
– Non, là, j'essaye de décompresser parce qu'à force d'être entourée d'imbéciles qui me contrarient, je risque d'exploser. Pour ton bien, tu devrais t'éloigner. C'est un conseil. Après, je veux bien te battre en duel mais il est tard, je vais bientôt remonter, ça ne m'arrange pas tellement ...
– La dernière fois aussi tu m'as dit cette excuse de merde. Pour ton bien, va-t-en, je préfère que tu me retrouves après, en pleurs, c'est beaucoup mieux pour toi, fait-il en montant dans les aigus comme pour imiter ma voix mais il le fait mal. Je ne te comprends pas, Molly Weasley. »
Je hausse les épaules. Qu'il essaye au moins, il verra à quel point le mal de tête peut être douloureux. Je soupire en regardant ma montre. Il me reste encore un peu de temps à attendre Scott mais j'aurais autant préféré les passer seule. Je ne réponds rien, espérant que ça le fera partir mais il continue à s'énerver tout seul.
« Tu sais quoi ? Je vais te raccompagner à ta salle commune pour être sûre que tu y restes ! Je ne te fais pas confiance, je suis persuadé que quelque chose va mal se passer. Je te préviens, si tu essayes de t'échapper, je vais réveiller McGonagall ! »
Je me glace. De quel droit me dit-il ça ? Dégoûtée et irritée, je lui réponds froidement, décidée à attaquer sans compassion :
« Tu te préoccupes trop de moi, Wilkes. Pourquoi tu ne résoudrais pas d'abord tes propres problèmes ? Tu ne sortais pas avec deux filles aux dernières nouvelles ? Elles vont bien ? L'autre jour, je les ai croisées, elles avaient l'air très amies, je trouve ça bien qu'elles l'acceptent. À moins qu'elles ne soient pas au courant ... Tu ne leur as rien dit ? Je m'en charge si tu veux, il me suffit d'en piocher une au hasard, de lui glisser deux mots à l'oreille et elles sont parties pour se battre à mort. Tout ça pour toi, tu devrais trouver ça touchant. Tu ne dis rien ? »
Il me prend le bras, brusquement, très énervé. Il a une veine saillante sur le front qui semble sur le point d'exploser, je fais un petit sourire méprisant en haussant un sourcil. Ses yeux sont si plissés que je ne vois qu'un trait noir à la place des pupilles. Il souffle comme le ferait un taureau. Je tire sur mon bras pour qu'il me lâche en disant :
« Ce n'est pas beau d'utiliser la violence, Wilkes. Alors, tu me laisses tranquille ou je m'approche un peu trop près d'Emeline en disant quelques mots de trop ?
– Ce n'est pas beau le chantage, Weasley. Tu fais la fière et la fille sage comme ça mais je te rappelle que tu es préfète-en-chef et que tu dois faire attention à ce que tu fais. Je ne suis pas sûre que McGonagall apprécierait tout ce que tu manigances. »
Je croirais entendre mon père. Je le repousse fortement pour qu'il me lâche. Il finit par battre en retraite, reculant, voyant que ma main s'approche dangereusement de ma baguette. Sa langue claque sur son palais avec rage. Je le défie du regard, penchant légèrement la tête en affichant un sourire énervé. Il finit par me tourner le dos et j'en profite pour me faufiler dans un couloir et courir à toute allure loin de lui. Je n'ai vraiment pas besoin qu'il me voie mettre ma cape d'invisibilité et discuter avec Scott. Je fonce d'ailleurs dans ce dernier au détour d'un couloir.
« Merlin ! Reeve, je suis désolée, ça va ? »
Il m'a regardé avec un grand sourire. Au moins il est content, même s'il se retrouve par terre par ma faute. Je lui tends une main généreuse pour qu'il se relève. Il jette un coup d'œil autour de lui avant de me dire à voix basse :
« C'est bon, ne t'inquiète pas. Ce n'est rien par rapport à ce soir. Est-ce que tu as de quoi te cacher ? »
J'esquisse un sourire satisfait en sortant la superbe cape d'invisibilité de mon cousin et en la dépliant devant ses yeux ébahis. Il avait presque des étincelles dans les yeux.
« C'est une vrai ?
– Bien sûr que non, c'est une simple cape sur laquelle on a mis un sortilège de dissimulation. Elle ne vaut rien mais James est persuadé qu'il est le propriétaire de quelque chose d'incroyable alors ne lui répète rien, d'accord ? »
Il hoche frénétiquement la tête, restant tout de même admiratif. Je me mords légèrement la lèvre d'avoir menti mais on ne dit pas à n'importe qui qu'on a une relique de la mort dans notre famille. Ce serait l'objet de trop de convoitises et même si Scott a l'air rempli de bonnes intentions, je n'ai pas une confiance infaillible en lui.
Il a l'air ravi que je sois là cependant et on se dirige tous les deux vers notre point de rendez-vous originel. La statue de la Sorcière Borgne est au troisième étage. On ne parle pas vraiment sur le trajet. Les aiguilles de ma montre pointent bientôt l'illégalité, dans quelques minutes on sera vraiment en train de bafouer le règlement. Ce n'est pas le moment de faire demi-tour, j'échange un regard avec lui en prenant une inspiration :
« Tu es prêt ?
– On peut passer par là ? questionne-t-il en montrant la statue au lieu de me répondre.
– C'est totalement interdit mais qui va nous dire quoi que ce soit ? Le concierge est certainement déjà endormi à cette heure.
– Tu sais comment ouvrir le passage ? demande-t-il avec la voix un peu serrée.
– J'ai entendu mon oncle George en parler au moins une centaine de fois. Dans ma famille, il y a deux camps. Mon père et ma grand-mère, contre tous mes oncles qui adorent raconter leurs bêtises du temps de leurs études. J'ai écouté de longues années, il est temps d'appliquer. »
Scott acquiesce d'un signe de tête et me regarde avec une pointe d'admiration pointer ma baguette sur la statue et murmurer : « Dissendium ». Je l'ai dit d'une voix suffisamment basse pour qu'il n'arrive pas forcément à entendre la formule. Je l'aide pour cette fois mais les prochaines, je serai là à l'attendre en croisant les bras et en tapant du pied. Je n'ai pas l'habitude de violer le règlement, je pense à Minerva qui ne serait pas fière. Au fond de moi, je regrette déjà ce que je vais faire. Je ferme les yeux très fort en entrant dans le passage qui me fait glisser jusqu'à une sorte de cave.
J'atterris sur le sol en terre et je me relève rapidement pour que Scott ne me tombe pas dessus. Ma baguette s'illumine d'un chuchotement et je regarde tout autour de moi. C'est un endroit bas de plafond et le chemin semble continuer encore sur de nombreux mètres juste en face de nous. Scott parvient à se remettre debout tout seul et me regarde avec un sourire angoissé. Deux débutants en crimes et méfaits, on a l'air de beaux idiots à frissonner dans la pénombre.
Je tire sur sa manche pour qu'il me suive et je commence à marcher dans les méandres du souterrain. Alors que je me demandais comment faire quand on arrivera à Honeydukes pour sortir de la boutique alors qu'on est en pleine nuit, je remarque sur la droite, un autre chemin. Je tapote le bras du Poufsouffle pour qu'il s'arrête. Ce chemin semble mener ailleurs, je me demande bien où, ça m'intrigue. Je lève un peu plus haut ma baguette pour voir qu'il n'y a pas une indication et un sourire éclaire mon visage. Je chuchote :
« Regarde, ça emmène directement vers l'extérieur. Quelqu'un a dû penser que ça pourrait être bien de ne pas toujours arriver dans la boutique. »
Il regarde attentivement et il y a inscrit dans la terre au dessus de l'embranchement : « Route vers l'air libre ». Il me semble presque que l'écriture me dit quelque chose. Qui aurait pu creuser un tel passage ? Le simple fait de trouver plus rapidement une sortie me satisfait, peu importe qui il faut remercier pour cela. En sortant, par une échelle cachée dans un buisson, je remarque un petit D qui est lié par un cœur à un A sur le bois de l'échelle. Je comprends pourquoi ça me disait quelque chose. Ma cousine Dominique devait passer par là pour aller traîner à l'extérieur avec Adèle, sa petite amie. J'en serais presque émue, elle est partie de l'école depuis deux ans mais elle a quand même laissé une trace de son passage. Je la remercie du fond du cœur pour son aide.
Scott me rappelle à l'ordre en me disant de mettre rapidement ma cape d'invisibilité. Il a raison, je n'ai pas intérêt à me faire repérer. Lui, il n'a pas l'air de s'en faire, il remonte juste la capuche de sa cape sur sa tête et il me fait signe de le suivre. On évite ainsi la route principale où se trouvent les commerces, marchant silencieusement dans les ruelles sombres. Je frissonne. L'endroit paraît moins charmant la nuit. Scott me montre le chemin jusqu'à ce qu'on monte un peu dans la montagne. Il y a une petite grotte, une cachette qui ne se voit presque pas d'en bas. Il me murmure que c'est ici que doit avoir lieu le rendez-vous. Je hoche la tête avant de me dire qu'il ne pourra pas me voir de toute manière. Il continue à parler précipitamment, d'une voix si basse que je ne suis pas sûre de tout comprendre :
« Si jamais il y a le moindre problème, tu rentres à Poudlard le plus vite possible, d'accord ? Ne prends aucun risque.
– Tu crois que je suis comme ça ? chuchoté-je très sérieusement. S'il y a un problème, je te sauve ! »
Il a soupiré et est entré dans la caverne. J'entends déjà d'ici quelques bruits de voix, la baguette à la main, je me glisse à l'intérieur, restant autant que possible près de la paroi et de la sortie. Je bloque ma respiration. Ils ne peuvent pas me voir puisque j'ai la cape mais j'imagine qu'ils peuvent toujours m'entendre. Ils sont deux, deux hommes habillés de longues capes noires qui recouvrent jusqu'à leurs visages. Scott s'est approché d'eux lentement, en levant ses mains en l'air. Une scène étrange s'est déroulée devant mes yeux effrayés : un des hommes a attrapé le bras de mon camarade d'aventure pour qu'il avance plus vite et ils se sont murmurés des choses incompréhensibles pour moi, je n'ai rien pu entendre. C'est à la fois frustrant et rassurant. Si je ne les entends pas, ils ne doivent pas m'entendre quand je reprends mon souffle discrètement. Soudain, l'un des deux a crié, me faisant sursauter :
« Tu as désobéi à un ordre direct ! Tu n'aurais jamais dû ... Une si triste erreur, si jeune ...
– Je vous promets que je ne voulais pas. C'était totalement involontaire !
– Tu as intérêt à réussir ta mission pour te rattraper, a continué le plus grand des deux. Tu sais ce qu'il t'arrivera si tu échoues.
– Je suis sur la bonne voie, je vous jure ! »
Scott avait l'air désespéré. Mes yeux grands ouverts, incapable de faire le moindre geste tant je suis crispée sur ma baguette, je ne peux même pas essayer de l'aider. Il tremble presque, toujours maintenu par la poigne d'un homme qui a tout l'air d'un mage noir. Je réfléchis à toute allure. La raison de ma venue ne me paraît pas si claire que ça. Dans quoi est-ce que je me suis fourrée ? Je déglutis. Leur conversation se poursuit :
« Reeve, la suite de nos opérations repose sur toi. La libération est dans tes mains.
– Je sais, répond-il dans un souffle. Tout va bientôt pouvoir être mis en place. J'ai juste besoin d'un peu de temps ...
– Tu risques beaucoup à ...
– Attendez ! a fait l'autre qui s'était éloigné de son acolyte.
– Quoi ? »
Il s'est soudainement retourné vers moi, humant presque l'air. La panique a presque brouillé ma vue, j'ai les larmes qui menacent de sortir. Je retiens comme je peux ma respiration mais je sens qu'il avance vers moi, doucement mais sûrement. Il faut que je réagisse et vite de préférence. Je recule, de manière à ce que la sortie soit juste derrière moi. Scott fronce les sourcils, il doit sentir que quelque chose cloche. Je n'arrive pas à savoir quoi. Une brindille craque sous mon pied. Je me retiens de lâcher un juron. L'homme regarde dans ma direction avec un sourire malsain. Je n'ai pas le temps de penser plus aux conséquences, autant le prendre pas surprise :
« Stupéfix ! »
Mon sort atteint directement la poitrine de l'homme qui se retrouve projeté en arrière mais mon geste a fait glisser la cape et elle ne me couvre plus qu'à moitié. L'autre dégaine sa baguette à la vitesse de l'éclair. Consciente du risque, je me suis jetée sur le côté pour que le maléfice qu'il lance ne me touche pas. J'ai juste de temps de me retourner pour essayer d'envoyer un sort que je vois un nouvel éclair arriver droit sur moi. Je pensais finir là ma nuit et peut-être ma vie mais Scott, dans un geste exceptionnel a attrapé ma manche et m'a tiré vers lui pour me renvoyer en direction de la sortie. Mais je n'ai fait qu'un vol plané vers le mur de la caverne. Ma tête a tapé contre la pierre. J'ai émis un grognement douloureux. Bien joué. J'entends Scott crier quelque chose. Je me relève aussi vite que possible et je le vois en train de se protéger comme il peut par un Protego efficace mais il ne pourra pas s'en sortir seul, l'autre que j'ai assommé ne restera pas toute sa vie dans cet état et il sera furieux.
« Impedimenta ! »
Celui que combattait Scott se retrouve dans l'incapacité de bouger. Il a de la chance que je maîtrise mes sorts. Scott en profite pour lui envoyer un autre sort pendant qu'il commence à reculer. Il m'attrape par la main, me regardant avec horreur et il me tire vers la sortie. Il se met à courir, gardant mes doigts dans les siens pour être sûr que je ne m'échappe pas. Horrifiée, après quelques foulées, je me rends compte que la cape d'invisibilité a due tomber.
« Accio cape... »
Je n'ai presque plus la force de hausser la voix, la cape de James s'envole gracieusement jusqu'à mes mains. Je m'en saisis au vol et continue à suivre Scott, il descend la montagne à toute vitesse, marmonnant des choses que je ne comprends pas tout à fait. J'ai l'impression de voir des étoiles qui scintillent partout dans mon champ de vision. Tout le reste me paraît flou.
Arrivés devant le passage secret, je m'effondre presque mais Scott me rattrape et m'oblige à prendre rapidement l'échelle. Je dégringole sur les derniers barreaux et ma cheville se tord sous mon poids. Je lâche un hurlement. Quelle Merlin de soirée horrible. Je suis affalée contre le mur, assise, jurant avec tout ce que je trouve dans mon vocabulaire. J'ai mal à la tête et une douleur lancinante dans ma cheville, je regarde Scott qui s'accroupit auprès de moi, posant une main sur mon front. Je vois que quand il l'enlève, du rouge perle ses doigts. Je ferme fortement les yeux, c'est pas vrai. Je grogne avec un désespoir rare :
« Scott ... Il faut qu'on rentre, je ne veux pas rester là. »
Il hoche la tête et m'aide à me relever. Il me soutient et parvient à me faire remonter tout le passage secret, ce qui se révèle être un exploit. J'ai l'impression que ma tête va exploser à tout moment ou que je vais m'évanouir. Je n'étais pas préparée à ce genre de chose. Le danger, j'aime assez mais tenter de passer la main dans le feu sans se brûler me suffit amplement. Poudlard me semble être un lieu si douillet, plus jamais je n'essayerai de le quitter la nuit pour aller me battre avec des hommes bizarres qui ressemblent à ceux de mon cauchemar.
Mon cerveau préférerait sortir de mon crâne par tous mes orifices, je me sens totalement incapable de réfléchir. Il est minuit passé depuis longtemps, j'imagine. Je peux à peine marcher, je suis obligée de me traîner. On est dans le couloir du troisième étage, Scott essaye de me rassurer, de me dire que tout va bien maintenant qu'on est rentré au château. Il ne se rend pas compte qu'on aurait pu se faire tuer. Ça me rend toute tremblante. Tout ça, c'était un ensemble de mauvaises idées. Mon cœur bat encore à un rythme anormal, ma respiration n'arrive pas à se calmer. Doucement, il me prend la main et tente de plonger ses yeux dans les miens mais je n'y parviens pas, j'ai l'impression que tout est embrouillé autour de moi.
Il doit comprendre que je viens de subir un léger traumatisme parce qu'il hésite une demie-seconde mais finit par m'enserrer de ses bras. Je hoquette de surprise mais je ne peux rien faire d'autre que fermer les yeux et enfouir mon visage dans son épaule. Il caresse avec douceur mon dos et chuchote à mon oreille :
« Tu as été incroyable. Merci d'avoir été là. Je m'excuse tellement de t'avoir embarqué dans cette histoire, je ne voulais surtout pas qu'il t'arrive quoi que ce soit mais je n'aurais pas pu ... »
Il s'interrompt en voyant que je relève la tête pour le regarder dans les yeux. Je ne sais pas ce qu'il me passe par la tête. Si jamais quelqu'un nous voit, on va se faire renvoyer. J'ai la cape d'invisibilité à portée de main alors d'un geste très peu assuré, je la passe par dessus sa tête, puis la mienne et j'esquisse un petit sourire.
Ses yeux commencent à m'envoûter. Ils ne se détachent pas un seul instant des miens, ils sont gris mais il y a une pointe de jaune et des nuances de vert et de bleu juste autour de ses pupilles. Je ne suis pas sûre d'avoir déjà regardé quelqu'un comme ça, aussi profondément. J'ai l'impression qu'il ouvre son âme à mon regard et ce que j'y ai lu, ça me coupe presque le souffle. Il ouvre la bouche, comme pour parler mais je n'ai pas envie qu'il brise l'intensité du moment. Je sais que s'il parle, il va me dire qu'il m'aime et je n'ai pas envie d'entendre ça. Je veux juste rester à regarder ses yeux aussi longtemps que possible. S'il parle, je vais m'effondrer. Je ne peux pas me le permettre.
Sur un coup de tête, je me suis dressée sur la pointe de mes pieds pour que mes lèvres puissent atteindre sa bouche. Elles se posent dessus trop peu de temps pour qu'il ne puisse réagir. Moi, en revanche, ça m'a secouée. J'ai eu l'impression de sortir de ce mauvais rêve en un claquement de doigt. Je m'éloigne de lui, la cape reste sur ma tête et je l'en extrais en reculant de plus en plus.
« Molly ... murmure-t-il comme avec l'espoir que je ne réapparaisse. Je crois que ... »
Il ne finit pas sa phrase, incapable de savoir où je suis ou ce que je fais. Je suis en train de m'en vouloir horriblement, cachée sous la cape d'invisibilité. Je ne voulais pas faire ça. Rien n'est allé comme prévu cette nuit, je passe une main sur mon front. Il est égratigné et le sang a séché. J'aurais certainement une bosse. Merlin, qu'est-ce que j'ai fait ? Je le regarde chuchoter mon nom quelques fois avant de grimacer et de s'en aller, d'un pas hésitant, les yeux humides. Je soupire. Pathétique. Je suis pathétique.
J'ai juste envie de sauter de la Tour d'Astronomie pour achever mes souffrances et les siennes par la même occasion. Je remonte simplement vers ma salle commune, traînant du pied parce que j'ai mal à cette maudite cheville. Je ne peux pas l'avoir embrassé, pas lui, pas celui qui me torturait mentalement il y a une semaine. Dans quel monde quelqu'un fait ça ? J'atteins difficilement mon lit et je m'y allonge sans prendre la peine de me changer.
Je n'en reviens pas. Je suis partie comme une voleuse après avoir goûté à ses lèvres. Il avait cette mine à la fois émerveillée et frustrée, déçue et dans l'incompréhension la plus totale. Mes yeux se ferment. Comment puis-je être obsédée à ce point par ça alors que je viens de me battre contre deux mages noirs d'une association étrange et violente ? Rien ne tourne rond. Mes pensées flottent encore quelques temps avant de s'éteindre sous le poids de la fatigue.
