NA : Ce chapitre est beaucoup plus long que d'habitude, il s'y passe beaucoup de choses, peut-être trop, mais c'est comme ça, ça se saurait si Molly pouvait rester sage ...

Sur ce, bonne lecture ! Et n'hésitez jamais à me donner votre avis c:

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Vendredi 27 Septembre

Au petit matin, je me lève. Je n'ai pas envie de croiser qui que ce soit. Surtout pas Léon, surtout pas Scott. Je marche difficilement mais le peu de repos que j'ai eu a permis à ma cheville d'être moins douloureuse. Le choc de la nuit m'a comme anéantie. La tête dans mon bol, j'essaye de ne pas regarder autour de moi pour ne croiser le regard de personne. Ce soir, il y aura le quiz et Merlin, ça me donne mal à la tête. Fatiguée et avec l'envie de décéder chaque seconde un peu plus, je me traîne devant la classe de Métamorphose.

« Mollynette, tu as une tête horrible ce matin. On dirait que tu as fait la fiesta toute la nuit et que tu t'es pris un mur. »

Je n'ai pas envie de lui parler, ni de le voir et pourtant il est là. Toujours fidèle au poste quand il s'agit de m'enfoncer encore plus. Je marmonne :

« La ferme, Lysander.

– C'est tout ce que tu peux faire comme répartie ? Tu ne dois pas être dans un état normal.

– Je suis sérieuse, laisse-moi tranquille une bonne fois pour toute. »

Il fait un sourire amusé et je sens qu'il a une idée derrière la tête. Je n'ai pas la force d'insister, je choisis de l'ignorer mais c'est certainement contraire à ses principes de laisser tomber. Lui qui en a si peu, il ne peut pas avoir ceux qui m'arrangent, évidemment. Son sourire en dit long mais il ajoute :

« Il y a l'autre Poufsouffle qui te cherchait ce matin, Scott, je crois. Je me faisais la remarque d'ailleurs que tu te rapprochais de lui ces derniers temps. Je respecte ton désir de vouloir oublier mon frère mais tu aurais pu lui faire comprendre que tu ne l'aimais pas en allant trouver quelqu'un d'autre que lui quand même ... »

Mes yeux reflètent ma rage, je les tourne vers lui et je suis étonnée qu'il soit encore en vie après cela. Je le foudroie du regard, ce qui ne fait que lui arracher un sourire satisfait. En croisant les bras et en secouant légèrement la tête, il a continué :

« Ne me dis pas que tu as passé la nuit avec lui, Mollynette, ce n'est pas sérieux du tout. »

Je sens que mes joues s'empourprent. Il ne peut même pas imaginer à quel point ce qu'il dit est vrai et combien ça me rend nauséeuse. J'ai l'impression d'avoir fait l'erreur de ma vie. Je ne dois surtout pas parler, il risquerait de comprendre. J'essaye de fermer les yeux pour fermer mon esprit et que des images de la nuit ne me reviennent pas sans arrêt sur la rétine. Il s'esclaffe, décidément trouvant hilarante la situation :

« Merlin, Weasley, vous avez fait quoi ? commence-t-il en me scrutant du regard mesquinement. Ne me dis pas que tu l'as embrassé ? Vraiment ? Mais tu n'apprendras donc jamais de tes erreurs ? »

Je suis totalement figée, paniquant de l'intérieur et essayant le mieux possible de ne pas le montrer. Comment peut-il deviner de telles choses ? Ce n'est pas marqué sur mon front, j'espère. Merlin, mon front doit aussi rouge que le reste de ma tête. Je ne vais jamais plus pouvoir regarder quiconque dans les yeux. Lysander est tellement ignoble qu'il ne peut plus s'arrêter de rire. Je tremble de rage et de honte. Cependant, ce que je croyais être le niveau maximal de mon embarras est largement dépassé quand un toussotement se fait entendre derrière moi. Je me retourne, consciente d'être presque devenue écarlate, et je découvre avec surprise Scott qui voulait apparemment discuter avec moi.

Il n'a pas l'air d'être furieux, de m'en vouloir de l'avoir laissé seul dans ce couloir après l'avoir embrassé. Il me fait même un petit sourire. Le genre de chose qui fait instantanément rire aux éclats Lysander. Je ne sais pas comment faire pour tout arrêter. Les moqueries du Scamander, le regard plein d'espoir de Scott, mon mal de crâne. Je suis juste capable de secouer vivement la tête. S'il parle, tout le monde entendra ce qu'il a à me dire et c'est quelque chose que je ne pourrais pas supporter. Je me mords la lèvre inférieure en essayant de faire comprendre à Scott qu'il ne doit pas commencer maintenant. Les ricanements de Lysander résonnent dans mes oreilles, j'ai Léon dans mon champ de vision qui a l'air de mauvaise humeur, j'imagine que Lorcan doit être dans le coin aussi. Je ne peux juste pas. Sans dire un mot, je me précipite dans la salle de classe, soulagée que Monsieur Bloom soit enfin arrivé. Scott reste quelques instants dans le couloir avant d'entrer dans la salle.

Je me mets tout devant avec Effie, essayant de m'isoler le plus possible des autres. Elle ne me fait pas de remarque, trop occupée à relire ses notes de la dernière fois en jetant des petits coups d'œil au Professeur. J'ai la mauvaise impression que derrière moi, ça murmure beaucoup trop. Je me sens affreusement mal.

Mais dès le début du cours, je regrette ma place. Monsieur Bloom m'a en ligne de mire et doit immanquablement me voir quand je pique du nez. Effie n'a de cesse de me donner des petits coups de coude pour que je ne m'endorme pas véritablement. Elle me regarde avec des yeux qui reflètent toute son envie de me faire la morale tout en se retenant pour ne pas parler en même temps que le Professeur. Elle semble presque torturée par la situation. Je soupire en soutenant ma tête par une main. J'ai accumulé un épuisement phénoménal, je n'ai pas d'autres choix.

Le cours fini, je sors le plus rapidement possible. Il faut que j'aille me passer de l'eau sur le visage ou faire quelque chose pour pouvoir survivre au reste de la journée. En même temps, je pense que je suis en train de développer mon aptitude à éviter des personnes qui m'angoissent. J'espère que ça pourra durer toute la journée. Mais à midi, alors que j'avais réussi à me dépêcher pour manger tôt pour aller directement m'isoler à la bibliothèque, mes efforts volent en éclats.

Scott a réussi à me trouver. Il s'assoit à côté de moi, me dérangeant passablement dans la lecture d'une description très intéressante sur la manière de concocter les potions au VIIIe siècle. Personne ne s'y intéresse jamais assez. Le Poufsouffle et ses yeux perturbants que je ne veux plus regarder me fixent avec insistance, la tête appuyée sur ses deux mains. Je me vois obligée de lever les yeux timidement vers lui en posant mon livre, un sourire embarrassé aux lèvres. Je prends une grande inspiration pour lui demander avec bravoure et mais aussi une fausse-naïveté lâche :

« Tu voulais me parler de quelque chose en particulier ?

– Je suis vraiment désolé pour cette nuit. Pour tout ce qu'il s'est passé. C'était dangereux et complètement inconscient de ma part de t'avoir demandé de venir avec moi mais j'avais peur qu'il se passe ce qu'il s'est finalement ...

– C'est bon, respire, dis-je dans un sourire minimaliste. Je ne serais pas venue sur je n'avais pas une idée de ce qu'il s'y passerait. »

J'ai une phrase au bord des lèvres qui n'arrive pas à sortir. Je vois dans ses yeux qu'il veut profondément que je la dise mais elle est bloquée, indicible. Mes doigts ne peuvent s'empêcher de marteler nerveusement la couverture de mon livre. Il les regarde comme s'il était manifestement stressé par le bruit qu'ils faisaient. Je finis par taper une bonne fois pour toute sur mon livre en disant :

« Je m'excuse aussi pour cette nuit. Je n'aurais jamais dû ... Enfin, ce n'était pas cool de ma part de faire ça et je ne veux pas que tu penses ... »

Je me maudis moi-même, incapable de finir mes phrases, il peut les interpréter dans le sens qu'il veut maintenant. Je ne suis pas sûr qu'il sera proche de la vérité mais vaut peut-être mieux pour lui qu'il pense que je l'aime, après tout. Au fond de moi, ça me hurle de cesser d'éviter le problème mais je deviens trop forte à ce jeu-là. Je rentre toutes mes affaires précipitamment dans mon sac en me levant. Il me faut de l'air. Je ne sais plus quoi lui dire, je ne sais pas ce qu'il attend de moi.

« Molly, je ... »

Il débute une phrase qui s'efface dans le néant. Je l'arrête d'un geste et je commence à reculer. Je le préviens avec la voix serrée :

« Ne dis rien. Je ne sais pas ce que je veux dire, d'accord ? Je préfère prendre le temps d'y réfléchir vraiment. »

Il hoche la tête mais il ne dit rien parce que je m'enfuis presque vers la sortie. Je me suis perdue entre mon plan et la réalité. J'avais prévu de lui faire payer son chantage et de le dénoncer sans pitié mais je ne vais plus pouvoir, je me suis faite attendrir. Impossible de revenir en arrière. Je ne peux pas tomber amoureuse de lui, je ne le suis d'ailleurs pas mais la manière dont il m'a regardée hier et cette intensité que j'ai ressentie m'avaient fait chavirer. Le cœur encore palpitant, je marche dans le couloir, droit devant moi. Je ne sais pas vraiment comme j'y arrive mais je me retrouve devant la petite salle attribuée aux préfets-en-chef. Je ne réfléchis pas longtemps, travailler sur la soirée de tout à l'heure me fera penser à autre chose et j'aimerais idéalement que tout se passe bien alors autant se pencher sur les derniers détails maintenant.

J'ai déjà toutes mes questions écrites sur des petites cartes dorées où des étoiles clignotent. Je les recompte une dernière fois, les triant attentivement par thème. J'allais commencer à étudier précisément la liste des participants quand la porte s'ouvre derrière moi. Je tourne la tête pour découvrir Léon. Je ne dis rien, me concentrant sur la liste où je vois quelques noms que je connais. Celui de Lily, de Léna, de Victor pour l'équipe de Gryffondor. Ceux moins sympathiques de Lysander, Emeline et Marius, un fidèle et pénible ami de Léon. Ce dernier prend une chaise pour s'asseoir à côté de moi. J'ai beau tout faire pour l'ignorer, il ne daigne pas partir. Je fronce finalement les sourcils et je lui jette un regard en coin. Il m'observe avec un calme inhabituel. J'aurais cru qu'il allait s'énerver très fort, ce qui m'aurait permis de le faire aussi et de lui envoyer un sort dans la figure dont il ne se serait pas remis de sitôt. Mais il n'a pas l'air de vouloir être offensif aujourd'hui.

Il lève simplement la main, doucement, pour venir effleurer du bout des doigts mon front abîmé par le mur de la caverne. Il soupire légèrement alors que je me suis tendue, ma main glissant avec méfiance vers ma baguette.

« Je devine déjà comment tu t'es fait ça, en remontant hier soir, tu es tombée dans les escaliers et ta tête a frappé contre une marche ?

– Comment as-tu deviné ? »

J'ai murmuré en serrant les dents, persuadée qu'il ne va pas en rester là mais il repose sa main sur la table. Il observe la liste des noms qui est posée devant moi et ne dit rien de plus. Ça m'angoisse, j'ai l'impression qu'il se retient de me faire la morale mais ce n'est pas normal. Je le regarde de travers alors qu'il prend des notes. À quoi joue-t-il ? Soudain, d'un ton détaché, il me demande :

« Au fait, c'était bien, hier soir avec Scott Reeve, votre sortie à Pré-au-lard ? »

Je m'étouffe avec ma propre salive, incapable de réagir autrement. Il me faut bien quelques minutes pour rassembler mes esprits. Évidemment, il m'a suivi. Mais jusqu'où nous a-t-il suivi ? Bon sang, Merlin de Merlin ! Je le fixe du regard, furieuse alors qu'il continue à faire comme si de rien n'était. Je tressaille, ne comprenant pas pourquoi il agit comme ça. Il finit tout de même par me lancer un petit regard amusé et il dit sèchement :

« Si tu racontes quoi que ce soit à Emeline ou Brittany, cette information se retrouvera directement sur le bureau de McGonagall et tu seras virée sans préavis. »

Mon cœur rate un battement, je me sens pâlir. D'accord, il me renvoie l'ascenseur. Je déglutis, essayant de rester impassible. Je hoche doucement la tête. Je comprends mieux d'un coup. Je commence à sortir ma plume pour écrire les quelques mots par lesquels j'ai l'intention de présenter le quiz mais j'appuie trop sur le bout et elle se tord légèrement. J'ai du mal à contrôler les légers tremblements dans ma main. Je sens Léon sourire juste à côté de moi, fier de lui. Il ose même me dire :

« J'espère que ça valait le coup, au moins. Que vous avez fait autre chose que vous balader main dans la main au clair de lune. Enfin, apparemment, vu tes éraflures et la manière dont tu rougis, vous avez fait autre chose ... »

Merlin de famille rousse qui m'a donnée des gènes qui me font rougir rapidement. Je serre si vivement ma plume dans ma main qu'elle se froisse totalement. Je pourrais presque la casser en deux. Wilkes est satisfait, il hausse un sourcil amusé dans ma direction et ajoute :

« J'espère que tu es en forme pour ce soir et que ce Poufsouffle ne t'a pas pris toute ton énergie ... »

Je n'arrive pas à lui répondre quoi que ce soit. Je reste figée, folle de rage, à essayer de me retenir de planter la pointe de ma plume dans son œil rieur. Il me tapote l'épaule en se levant et se penche lentement vers moi pour me chuchoter à l'oreille :

« Je t'avais prévenue de rester sage. »

Je me sens presque exploser et d'un coup, je me relève, jetant ma plume sur la table pour attraper ma baguette. Je le pousse jusqu'au mur en brandissant mon arme sous son nez. J'ai le regard noir et le cœur qui s'affole. Je suis bouillonnante, ma colère me submerge. Un sourire s'étire sur son visage. Une tension forte m'envahit. J'ai besoin de le frapper ou faire quelque chose pour que tout cela cesse. Il s'apprête à dire sûrement des mots qui me blesseront. Je n'ai pas envie de le laisser parler. Dans un geste fou, je me rapproche de lui, des flammes dans les yeux et le sentiment d'avoir abandonné toute raison.

« Qu'est-ce que tu fais, Weasley ?

– Je vis dangereusement. »

Ma voix est semblable à un souffle. Il perd son sourire et ouvre la bouche comme pour commenter quelque chose et c'est à ce moment-là que mon cerveau doit se déconnecter complètement. Je m'avance encore un peu et je l'embrasse. Furtivement, sans passion, sans rien, ni fioriture. Juste mes lèvres contre les siennes et il n'a pas le temps de s'en émouvoir ou se révolter. J'attrape mes deux feuilles qui traînent sur la table et la porte claque déjà derrière moi. Je le laisse seul et une larme de dégoût glisse sur ma joue.

Je suis mortifiée. Ça ne me ressemble pas. Rien de cela ne me ressemble. J'ai embrassé plus de garçons en un jour et une nuit que je ne l'ai jamais fait de ma vie. Des coups de tête totalement irréfléchis qui auront des conséquences que je sens déjà abominables.

Je suis allée en cours cet après-midi avec une terrible envie de vomir toute ma honte. Je suis restée bien cachée au fond de la salle. Et j'ai remué dans mon esprit les derniers événements. À chaque fois que je pense à ce soir, je me rends compte à quel point ça va être un carnage affreux.

Je préfère rester enfermée dans le dortoir, roulée dans ma couette, au chaud et à l'abri des autres et de moi-même. Je perds complètement la tête. Embrasser Scott encore, pourquoi pas. Sur le moment, ça paraissait être naturel, presque un geste libérateur, un besoin d'être rassurée, de partager quelque chose après ce qu'il s'était passé pendant la nuit.

Mais embrasser Léon Wilkes ? Il n'y a rien de plus insensé. Merlin, je ne peux pas décemment descendre ce soir et aller le voir pour discuter de comment on se répartit la présentation du quiz. C'est impossible. Je ne pourrais pas parler et je n'ai aucune idée de comment il pourrait réagir mais ce ne sera certainement pas bon pour moi. Je n'ai aucune idée de ce qu'il s'est passé exactement dans mon cerveau. À quel moment j'ai trouvé que c'était une bonne idée de faire ça ? J'étais énervée, très énervée, j'avais l'intention de le frapper. Je ne trouve pas le lien. J'ai envie de hurler, seule dans mon lit. Hurler tout mon ressentiment.

« Non mais l'autre ! fait Roxanne en ouvrant grand la porte du dortoir et en criant à m'en faire gémir. Elle prépare une soirée quiz, est pénible avec ça pendant des jours et des jours et elle fait quoi ? Elle reste dans son lit au lieu de se préparer ... Gros tas, lève-toi et change-toi ! »

Ma cousine me saute presque dessus pour tirer sur ma couverture d'une force avec laquelle je ne peux pas rivaliser. J'abandonne le combat et la laisse me relever sans délicatesse. Elle constate avec scepticisme l'état de mon visage, rougi par les larmes et mon front amoché. Sans faire de commentaire, elle court dans la salle de bain pour prendre sa trousse avec ses affaires de beauté. Je grimace en grommelant :

« Roxanne, c'est bon, je n'ai pas besoin de ... »

Elle me donne une petite tape sur la tête pour me faire taire et sort une crème que je ne connaissais pas. Elle en applique doucement sur mon front et des picotements me font froncer les sourcils. Elle me lance un regard noir pour que j'arrête et continue à masser pendant quelques secondes. Contente du résultat, elle me passe un coton pour que je m'essuie le visage et va ouvrir ma malle en s'exclamant :

« Par le bon vieux Seigneur des Ténèbres, Molly, je ne sais pas ce qu'il t'arrive mais réveille-toi ! Le dîner commence dans une dizaine de minutes et je ne suis pas ta mère, je ne vais quand même pas tout te faire. »

Elle soupire en cherchant apparemment une tenue décente dans mes affaires. Je la regarde avec des petits yeux sombres. Je sens qu'elle comprend la colère qui pointe en moi parce qu'elle se retourne vers moi avec un regard d'excuse. Ce n'était pas très malin de sa part de me parler de mère quand ça ne va pas bien. Elle prend une robe noire qui était dans le fond de ma malle et s'approche de moi. Elle ne voulait certainement pas être désagréable, d'autant plus qu'elle a raison, mais je ne peux m'empêcher de la dévisager en lui arrachant le tissu des mains. Je souffle :

« C'est bon, ne t'inquiète pas. Je vais être prête. »

Je la fixe jusqu'à temps qu'elle comprenne que je voudrais qu'elle me laisse tranquille. Elle soupire, navrée et redescend dans la salle commune. Je me prends la tête dans les mains. Rien ne va. J'aimerais tellement lui en parler mais elle ne comprendrait certainement pas et se moquerait de moi. Je me mets toute seule dans un état déplorable que je regrette.

À bout de force, j'enfile ma robe. Je jette un coup d'œil au miroir. Ma petite éraflure a presque disparu. Je ne rayonne pas, c'est le moins qu'on puisse dire mais j'essaye d'arranger les choses du mieux possible en me coiffant correctement et en mettant un tout petit peu de mascara. Je ne suis pas adepte de ce genre d'artifice mais il faut que je fasse quelque chose pour donner l'impression que tout va bien.

Je prends une grande inspiration. Ça y est. Je ne peux pas reculer plus. Il faut que je descende et que j'aille voir Léon. Je n'en ai pas du tout envie. Cependant, je suis une Gryffondor, je n'ai pas le droit de lâchement abandonner un projet que j'ai organisé, même si en échange je dois faire face à la colère du Préfet-en-chef. Qu'est-ce qu'il pourrait me faire ? Au pire, il pourrait en redemander.

Je souffle un bon coup et dévale les escaliers pour éviter à tout prix de devoir croiser le regard triste de Roxanne. Je serre contre moi mon sac avec mes questions dedans, le protégeant avec attention. Pour éviter de penser à autre chose. Si je me remets à entrevoir l'idée que ça va mal se passer, j'aurais trop envie de faire demi-tour. J'arrive dans la Grande Salle, les plats sont déjà installés et je repère que les équipes de chaque maison se sont réunies au bout des grandes tables. Lily me fait un grand sourire fier en me voyant passer. Je lui fais un léger clin d'œil qui la fait rire un peu nerveusement. Mes yeux partent à la recherche de Léon mais ne le trouvent pas. Je m'installe à côté de ma petite cousine qui me raconte fièrement qu'elle était la première à rejoindre l'équipe de Gryffondor. Je la félicite mais mon esprit n'est pas du tout avec elle.

J'essaye d'engloutir quelques bouchées de mon dîner mais je sens que ça ne passe pas bien alors je repose sagement mes couverts en révisant mon texte. Je n'ai pas envie de bafouiller devant tout le monde.

« Weasley ? »

L'eau que je buvais a failli ressortir de ma bouche pour arroser joyeusement les assiettes de mes camarades autour. Je fais volte-face pour me retrouver devant Wilkes. Il n'a pas l'air différent de d'habitude. C'est plutôt injuste, j'ai l'impression de suer à grosses gouttes. Il hausse un sourcil et dit :

« Tu viens, il faut qu'on aille installer le plateau.

– Oui, acquiescé-je en me levant. Je suis prête. »

Il marche juste devant moi, au moins il ne voit pas mon regard totalement désorienté et ma panique que j'ai du mal à contenir. On arrive dans la petite salle derrière la table des Professeurs. Minerva McGonagall y discute avec Monsieur Londubat, ils nous attendaient visiblement. Neville me fait un grand sourire en me voyant arriver et s'exclame :

« Voilà nos organisateurs ! Êtes-vous prêts, les jeunes, à épater tout le monde ? »

J'affiche un sourire gêné alors que Wilkes hoche la tête avec sérieux en se tournant vers la directrice. Elle nous regarde avec une sévérité atténuée par un très léger sourire. Elle s'approche de nous en demandant :

« Vous voulez installer ce que vous avez prévu, je présume ?

– Effectivement, dit Léon. On voulait installer les tables de manière à ce que les équipes puissent se mettre derrière.

– Je vais m'en occuper, s'écrie le professeur de Botanique joyeusement, apparemment heureux de se rendre utile.

– Bien, quand vous aurez fini de vous préparer, ajoute McGonagall, prévenez-moi, je ferai une annonce à l'assemblée. »

Elle appuie ses propos par un regard entendu par dessus ses lunettes et sort à la suite de son ancien élève enjoué. Je regarde Léon avec une forme d'appréhension. Il a toujours l'air si calme. Ce n'est pas normal, pas après notre dispute de tout à l'heure et surtout ... Comment appeler ça ? Une « aventure », comme dirait Lysander, fort malheureuse. Il s'est peut-être rendu compte que tout était allé trop loin. Il se tourne enfin vers moi, sans aucune trace de sourire, sans aucune trace de colère non plus. Je crois que c'est pire que tout. Il dit, froidement :

« Tu as préparé ton texte pour introduire ou tu veux que je le fasse ?

– Je t'avais dit que je m'en étais occupée, ai-je répondu en restant toute aussi glaciale que lui ou plutôt en essayant de l'être.

– Parfait. Pour les questions, on fait une sur deux, d'accord ?

– Bien sûr. »

Il a hoché la tête sèchement et s'est penché vers le casque d'une armure pour remettre correctement en place ses cheveux noirs. Il s'est ensuite tourné vers moi et il m'a dévisagé avec un petit sourire narquois. J'ai légèrement tressailli, je ne sais pas s'il a remarqué. Je pense qu'il en joue beaucoup. Il dit d'un ton détaché :

« Ne me regarde pas comme ça, Weasley. On dirait que tu stresses. Ce n'est pas un oral, c'est peut-être devant tout le monde mais il n'y a pas besoin de te mettre la pression pour ça. »

Il y a quelque chose qui déconne. Je fronce les sourcils et je décide de ne pas lui répondre. Il commence à me courir sur la patacitrouille et je n'ai pas l'intention de discuter avec lui de toute façon. C'est quelqu'un d'ignoble, la fatigue me fait juste faire des choses étranges. Il hausse un sourcil presque amusé et sort de la pièce, certainement pour prévenir McGonagall que nous sommes prêts. Je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe, mon esprit est comme débranché. J'ai très peur de ce qui va arriver quand je sortirai dans la Grande Salle pour faire mon petit discours. D'accord, je stresse un peu. Je respire un bon coup et suis le Serpentard avec une légère anxiété.

Toutes les tables ont été déplacées. Chaque maison est derrière son équipe pour les soutenir et les encourager. Le Professeur Londubat finit juste d'installer celle des Serdaigle quand il nous voit arriver. Il affiche un grand sourire et nous laisse la place au centre de la salle en nous adressant un petit signe d'encouragement. Un frisson me parcourt. Tout le monde a les yeux rivés sur nous. Je devrais avoir l'habitude avec le nombre de fois où tout le monde me regarde dès que je me fais allègrement humilier, c'est-à-dire assez régulièrement tout de même. Léon m'adresse un petit sourire et je mets quelques secondes avant de comprendre qu'il veut que je commence à parler. Je m'éclaircis la voix avant d'essayer de calmer le brouhaha ambiant.

« S'il vous plaît ! Bonsoir à tous ... »

C'est peine perdue, les premiers rangs sont à peu près attentifs mais au-delà, ça se bouscule et ça rit fort. Autant utiliser des moyens conséquents, je sors ma baguette et jette un regard à la professeur de Sortilèges qui affiche un petit sourire.

« Sonorus, murmuré-je en agitant ma baguette. S'il vous plaît, taisez-vous ! »

L'effet est tout de suite visible, les visages enfantins se tournent vers nous et ils peuvent tous m'entendre à présent. Je continue, essayant autant que possible de sourire :

« Je disais, bonsoir à tous ! Avec mon cher collègue Léon Wilkes, on a choisi d'organiser un petit quiz aujourd'hui. Pour tester vos connaissances et vous faire gagner des points de manière relativement ludique. Vous aurez besoin d'encourager l'équipe de votre maison pour qu'elle se surpasse. Le public aura l'obligeance de ne pas souffler les réponses sous peine de suppression immédiate de point évidemment. Si une équipe trouve une réponse, elle envoie des étincelles dans les airs et pourra répondre celle qui sera la plus rapide. Si tout est clair, nous pouvons commencer. Léon, la première question ? »

Il me lance un regard amusé et souriant puis enchaîne directement, avec enthousiasme. Je fronce les sourcils, la situation me perturbe beaucoup. Il faut que je me détende un peu, que je sois au moins un minimum naturelle. Il dit sa question :

« La première sera une question plutôt amusante. Elle devrait plaire à Molly, glisse-t-il en me regardant, puisqu'elle concerne notre grande et admirable directrice. Est-ce que vous êtes prêts ? »

J'ouvre la bouche pour protester et je me ravise en voyant les autres rire. Je lève alors simplement les yeux au ciel. Les équipes ont l'air sur le pied de guerre.

« À votre avis, en quelle année est née Minerva McGonagall ? Ah, Gryffondor réagit rapidement ! »

Léna a envoyé des étincelles rouges dans les airs. Ses joues s'empourprent aussi légèrement quand elle tente de ne pas rire en répondant :

« On pense qu'elle est née en 1940.

– Faux, archi-faux ! s'exclame fièrement le préfet-en-chef. Les Serpentard, récupèrent la main instantanément, on vous écoute.

– Madame la Directrice est-elle née en 1937 ? essaye un garçon de cinquième année.

– Eh non ... »

Léon paraît un peu déçu de son équipe et ça m'arrache un sourire. J'interroge les Serdaigle qui se risquent à dire :

« 1935, peut-être ?

– C'est exact ! Un point pour nos intellos favoris ! »

Lysander fait un grand sourire en tapant dans la main d'une fille de son équipe. Je regarde Léon qui attend apparemment quelque chose de moi. Après un clignement intensif des yeux, je comprends qu'il faut que je pose ma question. Mon cerveau fonctionne vraiment au ralenti.

« Bien, poursuivons. Qui a écrit : « L'Histoire de la magie » ?

– Tes questions sont moins passionnantes que les miennes, murmure Wilkes pour que seule moi puisse l'entendre et le foudroyer du regard.

– Poufsouffle peut proposer une réponse, dis-je sans faire grand cas de la remarque de mon homologue.

– Newt Scamander ? propose une première année en ouvrant de grands yeux inquiets.

– Merlin ! »

C'est Lysander qui hurle en entendant le nom de son ancêtre mal utilisé et qui envoie des étincelles bleus à toute allure dans le ciel étoilé du plafond. Je m'esclaffe en le voyant ainsi réagir. Je me vois dans l'obligation de l'interroger et il dit la bonne réponse : Bathilda Tourdesac. Les Serdaigle continuent à amasser des points. Tout au long de la soirée, qui se poursuit dans la bonne humeur relative, ils sont devant au total des points, talonnés par Serpentard et Gryffondor qui se battent pour la seconde place et Poufsouffle est un peu à la traîne. Tout s'était bien passé jusqu'à la dernière question, posée par Léon.

« Pour finir en beauté, j'ai une question un peu farfelue. Je vous propose de trouver le nombre de garçons que notre chère Molly Weasley a embrassé dans sa vie. Si elle a réussi à compter bien sûr, dit-il en me faisant un clin d'œil. Allez, n'hésitez pas ! »

J'ai cru que j'allais m'évanouir.

Cette question n'était pas prévue. Après avoir été comme déconnectée de ma conscience, j'ai compris que c'était la vengeance de Wilkes. Je vais le tuer. Je tourne vers lui des yeux plus noirs que le charbon et il me fait un petit haussement de sourcil insolent. J'essaye malgré tout de contenir ma colère sous une sorte de rictus déformé. Personne n'est dupe, tout le monde voit bien que je n'étais pas au courant et l'équipe de ma maison est même scandalisée. Je serre le poing. Ce serait une très mauvaise idée de le balancer dans la figure, ou ailleurs, de Wilkes mais honnêtement, l'envie se fait sentir. J'entends, comme dans un bruit de fond, Lily qui refuse de répondre et les Serpentard ricaner sans aucun problème. Je ferme les yeux alors qu'Emeline Lovener commence les hostilités en s'exclamant :

« Aucun, elle est insupportable, cette meuf ! »

J'avoue que ça me blesse un peu. Que Léon se permette de déballer ma vie privée devant tout Poudlard, que l'autre dinde m'insulte par dessus et que la moitié des personnes soient en train de rire. Qu'on arrête tout ! Mais je n'arrive pas à résister à répondre à l'offense. Je suis faite comme ça, il ne faut pas me chercher, sous peine de me trouver :

« Quel dommage, tu as tout faux, ma jolie. Jolie, pardon, j'ai dit jolie ? »

Je pars dans un éclat de rire méchant. Prête comme s'il fallait se battre, je pose mes mains sur mes hanches. Léon s'amuse beaucoup, cette bouse de dragon. Je ne flanche pas quand les Poufsouffle se lancent dans la course avec un six qui m'étonne. Serdaigle propose deux et les Gryffondor se voient contraints de dire un nombre complètement aberrant pour me laisser un peu d'intégrité. Je croise soudain le regard de Lysander. Il hésite. Évidemment car il sait tout, il peut très bien deviner. Est-ce qu'il va lâcher le morceau, traître jusqu'au bout ? J'essaye de secouer discrètement la tête en le fixant pour qu'il ne dise surtout rien mais il lance tout de même une timide étincelle dans les airs. Si ce n'est pas deux, dit-il, c'est trois.

Mon cœur s'arrête, Léon me regarde avec un sourire goguenard qui me donne envie de lui tirer les cheveux pour ensuite écraser sa tête sous mon pied. Il se rapproche doucement de moi et demande d'une voix insupportablement mielleuse :

« Molly ? Qu'est-ce que tu en dis ? Trois, est-ce le juste nombre ? »

Je n'ai même pas besoin de répondre, mon visage tordu de colère semble afficher à tout le monde que c'est le cas. Léon me tapote sur l'épaule et s'écrie :

« Bravo Serdaigle pour cette bonne réponse ! »

Un pauvre mec applaudit dans l'assemblée, il est évident qu'il s'agit de Mike Douglas qui s'est mis debout sur une table et presque avec fierté, exhibe un sourire idiot. Du même côté, Brittany Norwich part dans un fou rire qui résonne dans mes oreilles comme le son de l'infamie. Je vois soudain un objet voler et atterrir sur sa tête, c'est James qui lui a envoyé pour la faire taire mais elle se met à crier à l'agression.

Pendant ce temps, je me sens fondre de l'intérieur, affreusement gênée et terriblement en colère. J'ai beau fusiller Léon du regard, il continue à sourire avec arrogance. Non, il rouvre la bouche. Je sais par instinct ce qu'il va faire et il ne faut surtout pas qu'il le fasse. Qu'il se la ferme, Merlin, s'il te plaît ! Pour une fois, entends mes supplications.

« Et Lysander, ton équipe gagne des points bonus sur tu donnes les trois bons noms. As-tu une idée, à tout hasard ? »

La panique naît dans mon cerveau. Tout va beaucoup trop loin. Je ne sais pas pourquoi Wilkes se sent obligé de m'enfoncer de cette manière. J'essaye de lui écraser le pied mais il m'évite en souriant toujours. Il ose même me glisser à l'oreille :

« Bah alors, Weasley, tu n'assumes pas ta vie dangereuse ? »

Je ne vais sincèrement pas réussir à me retenir de le tuer. Mon regard essaye en vain de le foudroyer mais il va falloir passer au niveau supérieur bientôt. Mais Lysander continue à hésiter. Non, il n'hésite pas, il réfléchit. Qu'il réfléchisse bien à comment il va pouvoir se sortir de cette soirée vivant. Car il y aura indéniablement des représailles massives. Merlin, tout le monde va savoir que j'ai embrassé Scott et Lysander. Ils vont se moquer de moi à un point difficilement envisageable et surtout, absolument pas désirable. Le rouge s'inscrit sur mon visage. Je croise les doigts, priant Merlin, Dumbledore, le Dieu moldu, Godric Gryffondor et tout ce qui me passe par la tête. Mon regard pourrait peut-être dissuader le Scamander d'ouvrir la bouche et de dire la vérité. Pitié, dis trois noms lambda. Kevin, Jean-Patrick et Jonathan. Des garçons gentils, inexistants et qui ne sont ni des fils de mangemort, ni des fous, ni des délinquants, ni quelqu'un de connu tout court.

« Alors, on va commencer par ... Scott Reeve. »

Après avoir ménagé son petit suspens et m'avoir permis d'espérer pendant quelques menues secondes, il détruit tout et se met lui-même dans une situation qu'il regrettera fort. Je m'efforce de rester impassible, malgré les regards insistants de Wilkes, malgré les ricanements du fond de la salle. Il ne faut pas que ça se sache, je serais contrainte de m'expliquer alors que j'étais dans une situation extrême qui ne m'a pas vraiment laissé le choix. Je n'ai pas envie que ça m'oblige à avouer un prétendu amour que j'ai pour Scott.

« Ensuite, continue Lysander d'une voix qui se veut mystérieuse, je propose Scamander ... »

Il signe son arrêt de mort. Définitivement. Là, avec un sourire qu'il croit malin, c'est comme s'il s'ouvrait les veines pour plonger sa plume dedans et signer le papier qui m'autorise à le tuer. Et il sourit toujours, ça me rend folle, se rend-il compte que je suis en train d'essayer de montrer à tout le monde que je suis dégoûtée par ce qu'il raconte en me prenant la bouche comme pour retenir un vomissement ?

« Lorcan Scamander, évidemment, » ajoute-t-il.

Merlin. Qu'est-ce qu'il raconte ? Je m'immobilise immédiatement en comprenant mon erreur. Lysander est en train de sauver les apparences alors que je suis désespérante à m'en vouloir après coup. Il sait parfaitement que je n'ai jamais embrassé son frère mais qui d'autre le sait ? Je le cherche des yeux, totalement paniquée. Mes émotions n'ont plus aucun sens. Je le vois, il se lève, comme pour sortir de la salle mais je vois aussi Fred qui le rattrape par le bras. Ils se disent des choses que j'aimerais bien entendre mais tout me semble confus. Léon s'enthousiasme et encourage Lysander à dire le dernier mot. J'ai envie de courir vers Lorcan, lui dire à quel point je m'excuse pour tout et combien je préférerais l'avoir embrassé, lui. Mon cœur bat à toute allure. Je me mords la lèvre pour ne laisser aucune larme honteuse passer.

J'ai l'impression que c'est pire que dans mes cauchemars. Je jette un regard désespéré au Scamander qui doit donner sa dernière réponse, le dernier nom. Il ne sourit plus vraiment, je ne sais pas s'il s'en veut ou s'il est très sérieux quant au choix de ce qu'il va dire.

« Et puis Léon Wilkes lui-même ! Je vois mal comment quelqu'un qui a toujours fantasmé sur le poste de préfet-en-chef aurait pu résister, justifie-t-il dans une tentative d'explication qui tourne court quand il voit que je ne rie vraiment pas. C'est ça, je propose Scott, Lorcan et Léon. »

Je ne sais pas comment il a pu savoir. Je lance un regard de dégoût à Léon, mimant presque la surprise alors qu'il me fait un clin d'œil. Je me force presque à rire pour évacuer le stress, l'horrible gêne et tenter de dissiper les doutes. Moi, avec lui, cette espèce de crétin sur patte ? Jamais, quelle idée farfelue ! Est-ce que je suis vraiment du genre à embrasser des gens que je n'aime pas ? Je devrais éviter de me poser de telles questions, ça remue tous mes organes à l'intérieur de mon corps.

Léon sourit à l'assemblée, il a réussi son coup bas, Lysander est entré dans son jeu avec facilité, sans hésitation. Ils me détruisent totalement. Lorcan a quitté la salle pour de bon et je ferais bien pareil. Mais Lysander a faux, il le sait très bien, alors je ne peux pas tous les laisser penser le contraire. Je soupire en annonçant :

« Quel dommage, Serdaigle a manqué de perspicacité sur cette question ... Ils gagneront sans leurs stupides points bonus. Merci à tous d'avoir participé ! La soirée s'est presque bien passée, félicitation à Serdaigle et maintenant, que tout le monde aille se coucher ...

– Voyons, Molly, tu nous dois une précision, qui sont ceux que tu as véritablement embrassé alors ? s'écrie Léon en m'empêchant de m'enfuir.

– Alors là, va crever, Wilkes, avec tes questions stupides ! Je ne te dois rien et tu n'avais pas le droit de faire ça ! »

La colère me submerge, je ne peux plus garder longtemps le contrôle de mes émotions. Complètement oppressée par les regards, les rires, les murmures, toutes ces personnes qui me jugent je recule vers la petite salle où on se préparait tout à l'heure. Je m'y réfugie pour éviter de craquer devant tout le monde, quitte à laisser Wilkes leur raconter ce qu'il veut. Qu'est-ce qu'il pourrait faire de pire ? Maintenant qu'il s'est permis d'étaler ma vie privée et de mettre dans la tête de tout le monde que j'avais embrassé au moins un de ceux qu'a proposé Lysander.

Dans la petite salle, je reconnais le portrait qui se trouve aussi dans un couloir du premier étage, ça me rassure finalement, je pourrais échapper à tous ceux qui se mettront à vouloir me chercher. Je m'approche de lui, je ne me sens vraiment pas très bien. Ce regard si déçu de Lorcan me reste ancré dans la tête. Quelle sombre idiote je fais ! Le portrait est un vieil homme qui a un chapeau rouge et un crapaud dans les mains, il me regarde avec curiosité.

« Vous n'allez pas bien, jeune fille ?

– Pas vraiment, non, j'aurais besoin d'emprunter votre passage secret, s'il vous plaît, lui demandé-je en reniflant légèrement.

– Normalement, je n'autorise le passage qu'à ceux qui ont un mot de passe mais vous m'avez l'air d'avoir besoin de moi. »

Avec un sourire bienveillant, le portrait s'ouvre sur un passage secret dans lequel je me glisse. Je le remercie en sortant de l'autre côté. Seule dans ce couloir, je m'assois par terre, la tête entre les mains. Je ne pleure pas, aucune larme ne me vient. Je suis envahie d'une rage froide mais c'est avant tout contre moi qu'elle est dirigée. Si je n'avais pas agi si bêtement, si j'avais un temps soit peu réfléchi, je n'en serais pas là. Merlin, j'aimerais revenir en arrière et tout effacer, me prévenir qu'on n'éteint pas un début d'attirance pour quelqu'un en embrassant d'autres personnes, surtout pas celles que l'on déteste. Je ne suis pas bonne en conseil de ce genre mais celui-là, je le retiendrai. Plus jamais ça. L'humiliation est un peu dure à avaler cette fois.

Alors que j'allais presque m'endormir dans ce couloir, j'entends des gloussements qui me font relever la tête. Merlin, c'est le diable en personne qui se pavane, les cheveux décoiffés par une diablesse, entendre Emeline Lovener, qui lui tient la main en le caressant avec envie. Qu'ils aillent dans une salle vide, ai-je pensé très fort, avant de regretter de l'avoir fait maintenant que mon cerveau m'envoie des images. Je fronce les sourcils en les voyant s'approcher de plus en plus. Léon a l'air si fier de lui, il me dégoûte profondément. En déposant un baiser sur le coin de la lèvre de l'autre blonde, il lui murmure quelque chose qui la fait ricaner encore plus fort. Elle s'en va en me lançant un regard dédaigneux alors qu'il reste, m'observant presque avec curiosité. Il s'approche de moi, je réagis presque violemment, sautant sur mes pieds et dégainant ma baguette pour l'empêcher de faire un pas de plus. Je fulmine :

« Je ne te conseille pas de m'adresser la parole encore un jour !

– Quoi, Molly ? Je n'ai pas le droit de savoir à qui tu as fait ça avant moi ? s'emporte-t-il en arrêtant de sourire. Dis-moi au moins combien sur les trois étaient bons !

– Qu'est-ce que ça changerait ? Dégage ! »

Rapidement, j'ai fait quelques pas en arrière, espérant le fuir et qu'il arrête de m'asséner des vérités que je n'ai pas envie de voir en face. Mais il m'a attrapé le bras pour m'attirer à lui. Non, Merlin, ça ne recommencera pas ! Je ne sais pas ce qui lui prend mais il peut toujours rêver. Tout ce que j'ai envie de faire alors que mon visage est près du sien, c'est de lui cracher dessus et j'hésite franchement à le faire mais je ne me sens pas dans une posture très favorable. Il s'approche de mon oreille en me tenant fermement :

« Dis-moi, qui a subi le même sort que moi ? Qui d'autre a souffert de te voir partir si rapidement ensuite comme si ça te donnait de l'urticaire ?

– Tu feras quoi de cette information ? Tu ne penses pas que tu en as assez fait pour aujourd'hui ? protesté-je.

– Tu parles de moi mais regarde-toi deux secondes. Tu es de loin la pire de nous deux. Mais si tu veux, ajoute-t-il en passant une main dans ma nuque entre mes cheveux, je peux essayer de me mettre à ta hauteur... Tu n'imagines même pas ce que je pourrais faire ... »

Il a les yeux plongés dans les miens. Je suis tout contre lui, ma baguette dans la main tenue fermement par sa poigne et je ne peux rien faire pour me défendre. Il continue à passer une main dans mes cheveux. Je suis terrorisée. J'ai une peur atroce qui me serre le ventre. Ma respiration devient incontrôlable. Je ne veux pas qu'il fasse quoi que ce soit, je veux qu'il me laisse tranquille. Il faut que je fasse quelque chose pour tout arrêter mais je ne peux que fermer les yeux pour ne plus voir son regard sombre. Je murmure, dans un souffle :

« Deux. Deux sur les trois ... Mais lâche-moi ... »

Je sens son étreinte se desserrer légèrement. Je rouvre les paupières, il me regarde avec des yeux durs, sa bouche semble tordue par la colère. Je retiens ma respiration, espérant qu'il va partir maintenant qu'il a eu ce qu'il voulait. Il appuie à nouveau ses doigts sur ma main, je grimace :

« Deux ... Moi et ..., chuchote-t-il en réfléchissant avant de hausser le ton, Scott, hein ? C'est ça ? Tu as embrassé ce salaud !

– Merlin, Wilkes, tu me fais mal ! Lâche-moi vraiment cette fois ou je te jure que ... »

Je ne finis pas ma phrase parce qu'il me repousse enfin. Je recule rapidement, me tenant douloureusement le poignet en le regardant donner un coup de pied dans le mur. Je sursaute. Ce serait une très mauvaise idée de rester là une seconde de plus. Je cours le plus vite possible loin de ce fou, si possible dans un endroit calme où je pourrais me remettre de mes émotions.