Samedi 28 Septembre

Il faut que rien de tout cela n'ait existé. Jamais. Je voudrais ne jamais avoir embrassé qui que ce soit et être saine d'esprit de temps en temps. Je ne le suis pas assez je trouve. Il va falloir remédier à ça. Pourquoi n'ai-je plus la vie que j'avais avant ? Simple, normale, pas pleine de tempêtes et d'orages. J'ai l'impression que tout a été renversé chez moi et que plus rien ne sera plus jamais comme avant. La normalité n'existe plus. Il est fini le temps où mon plus gros problème se résumait à un exercice difficile d'Arithmancie ou une paire de chaussette empruntée par Roxanne sans mon autorisation.

Je suis sous ma couette, maudissant le monde de m'avoir fait faire n'importe et Merlin pour n'avoir rien empêcher. Je ne me reposerais plus jamais sur lui, il n'est pas digne de confiance. J'aurais dû le savoir, c'est un Serpentard, un fourbe, comme ce pernicieux personnage qui me sert de collègue. Rien que penser à lui, ça me donne des nausées.

Tout le dortoir est éveillé depuis un petit bout de temps, le soleil éclaire déjà toute la pièce de ses rayons traîtres. Il révèle à toutes mes camarades à quel point je suis dans un état pathétique. Je sens des mains tirer sur ma couverture, d'autres qui m'agrippent de partout. Elles essayent de me sortir de ma léthargie mais c'est peine perdue. Je ne dirais rien, je ne peux pas expliquer ce qu'il s'est passé pour que ça se finisse comme ça. Elles auront beau me supplier, je ne craquerai pas. Pourtant elles insistent et me frappent avec un oreiller. Elles me tapent sur le système surtout. Je dois résister jusqu'au bout.

« Mais Molly, enfin, explique-nous, s'exclame Effie en sautant sur mon lit. On veut juste savoir ce qu'il s'est passé pour pouvoir te soutenir !

– Si tu ne veux rien nous dire, commence Roxanne vicieusement, on ira voir les garçons et un à un, on leur tirera les vers du nez et on finira par savoir ! Parce que mademoiselle Weasley, aux dernières nouvelles, tu avais embrassé une personne dans ta vie, par inadvertance en plus, et là, ils se retrouvent à être le triple ...

– Allez, Molly, réponds-nous, implore Léna. Pourquoi a-t-il fait ça, Wilkes ? Aux dernières nouvelles, il t'aimait plutôt bien, non ? »

Je reste les yeux fermés, roulée en boule, accrochée fermement à ma couette. Je finis par laisser échapper un cri, parce que Roxanne s'est décidée à utiliser la magie pour me faire bouger. Ma couette s'est envolée pour aller s'écraser sur un autre lit et elles ont pu découvrir l'état pitoyable dans lequel je suis.

« Allez vous-en, ai-je protesté. J'ai tout sauf envie d'en parler ...

– Léna, dit Johanna d'une voix forte, tu viens, on va kidnapper du Scamander. N'as-tu pas trouvé que Lysander était bien au courant ?

– Si, réponds la petite brune en hochant vigoureusement la tête. D'ailleurs, pourquoi en sait-il plus que nous alors que tu répètes sans cesse que tu le détestes ?

– Mais allez le voir si vous voulez ! crié-je en me débattant pendant que Roxanne me chatouillait pour me faire sortir de mon lit. Laissez-moi donc tranquille !

– Merlin, Molly Weasley ! T'es qu'un gros bébé, hurle Roxanne. Tu es insupportable ! Au lieu de nous crier dessus, tu pourrais peut-être nous expliquer calmement ce qui ne va pas chez toi.

– Je n'ai pas envie d'être calme, répliqué-je en essayant de la pousser. Je suis tout sauf calme ! J'en ai par dessus la tête de toutes ces histoires, je ne veux plus jamais en entendre parler. Ça me rend folle... »

Je gémis en essayant d'attraper mon oreiller pour enfoncer ma tête dedans. Je n'ai pas envie de laisser les mots sortir de ma bouche, ça va les rendre trop réels et ça me fait peur. Je ne suis qu'une enfant. J'ai besoin d'un peu de temps. Mais Roxanne, en infernale cousine, à moitié assise sur moi, me prend doucement le coussin des mains pour découvrir mon visage. Elle me regarde avec des yeux inquiets et les autres filles s'installent autour de moi. Je soupire, au bord des larmes, et j'abandonne le combat en disant, vaincue :

« Vous voulez savoir quoi, exactement ?

– Tout ! clament Effie et Johanna en cœur.

– Il se passe quoi avec Scott ? Je croyais que tu voulais le torturer, s'étonne Léna.

– Scott ? Je ... »

Comment leur expliquer que j'ai cédé à un chantage, que j'ai pris le risque d'aller à Pré-au-lard pendant la nuit et qu'en revenant d'une petite rixe dans une caverne, je l'ai embrassé ? Tout est allé beaucoup trop vite. Je ne peux pas décemment leur sortir ça, elles ne me croiraient même pas. Je tente :

« Je croyais qu'il savait quelque chose sur ma mère mais il m'a expliqué que c'était plus compliqué que ça. Et pour le coup, c'était vraiment compliqué. On a fini par discuter, j'ai un peu appris à le connaître et ...

– Et tu l'as embrassé quand ? questionne Roxanne en ouvrant de grands yeux surpris. Non, je sais, ce jour où tu es revenue à je ne sais quelle heure dans le dortoir et dans un état bizarre, je me trompe ?

– Non, marmonné-je avec le sentiment de les avoir trompées. La fatigue me fait faire des choses vraiment étranges... »

Elles échangent un regard suspicieux et c'est Johanna qui attaque à nouveau en fronçant les sourcils :

« Bon, sinon, à quel moment tu as passé le pas avec Lorcan sans nous le dire ?

– Lorcan ? »

Je relève légèrement la tête en ouvrant des yeux étonnés. Pourquoi parlent-elles de Lorcan ? Mes pensées mettent un certain temps avant de trouver le lien. Bien sûr, elles pensent que j'ai embrassé Lorcan et pas Léon. Ce serait tellement plus logique. Ma tête retombe lourdement sur mon matelas alors que Roxanne prend un coussin pour me frapper à nouveau avec. Je me laisse faire.

« Tu es une grande idiote, martèle-t-elle. Tu n'as jamais embrassé Lorcan parce que tu as toujours eu peur d'avoir de réels sentiments et parce que tu ne pouvais plus le faire après avoir embrassé Lysander. Tu me fatigues, Molly ! À la fois parce que tu continues à le blesser de plus en plus et à la fois parce que je ne comprends pas comment tu as pu embrasser Léon Wilkes ! »

Je pose mes doigts sur mes yeux, trop honteuse pour voir son regard de réprimande une seconde de plus. Effie laisse échapper une exclamation de surprise. Comment ai-je pu ? Je n'en ai aucune idée. Pas la moindre. C'était comme ça. S'il faut que je me justifie, je vais avoir bien du mal. Je bafouille :

« Je venais d'embrasser Scott ... Et il m'a dit qu'il savait qu'on était sorti à Pré-au-lard alors j'ai ... J'ai paniqué ... Je ... Nous nous sommes un peu emportés ... Je voulais le frapper à la base mais ... Mais ... »

Ma voix reste bloquée dans ma gorge. Je sens que je ne vais pas tarder à laisser échapper un sanglot. Je finis tout de même en disant :

« Je crois que je suis perturbée. Je trouvais déjà ça bizarre d'embrasser Reeve, comme pour me rassurer, me dire que ce n'était pas si anormal, j'ai ... Je me suis dit qu'en fait, si je l'embrassais aussi, ça voulait dire que je n'aimais pas Scott et que je n'avais pas fait ça parce que ... Je n'ai pas envie d'aimer Scott, d'accord ? Et Léon, je sais qu'il n'y a aucun risque ... Alors ...

– Sérieusement ? fait Léna. Ton raisonnement n'a aucun sens.

– Je sais ... »

Je laisse échapper une plainte alors que Roxanne me donne un nouveau petit coup sur la tête pour me faire comprendre que je suis une idiote. Mais je la vois sourire en même temps, elle se moque clairement de moi, cependant, je sens comme une forme de tendresse dans son regard. Elle demande :

« Et alors, c'était bien ?

– Franchement, je n'ai pas eu le temps de ressentir quoi que ce soit. J'ai très vite regretté, ça a un peu enlevé toute l'excitation ... C'est Wilkes quand même ! »

J'ai senti un tremblement dans les épaules de Roxanne et Effie a fait un sourire très amusé. J'ai libéré un léger rire de ma gorge. Mes amies m'ont suivie et tout le monde a été pris d'un fou rire. La situation est ridicule au possible.

En y réfléchissant un peu, l'amour, ça vient du diable en personne. C'est un mal qui t'envahit et te détruit de l'intérieur. Je n'aurais jamais dû approcher cette chose de près ou de loin, même pour faire des expériences sur mes hormones. Plus jamais je ne recommencerais, ou au moins jusqu'à ce que je me sois remise de ça.

Après avoir été forcée à me lever et m'habiller, j'ai été me balader dans les couloirs. C'était nettement moins drôle que d'habitude. Affronter les regards des autres personnes est étonnamment difficile aujourd'hui. Heureusement, ils ont dû se mettre d'accord pour ne pas prendre le risque de me parler. J'affiche un regard un peu sombre, faisant fuir les élèves de Première année qui me regardent avec trop de curiosité. Tous, sauf un, Mike Douglas. Ce n'est pas si étonnant que ça d'ailleurs, je pense qu'il manque véritablement une case à ce gosse.

« Hé, Molly ! Tu vas bien ? »

Un nain blond sautillant s'est approché trop près de moi. Je le regarde en soupirant, il me rend perplexe. Je crois que je vais le frapper s'il ne part pas dans les trois prochaines secondes. Une ... Deux ...

« C'est le préfet-en-chef qui m'envoie, tu sais, celui qui a posé une intéressante question hier ? Il me dit de te rappeler que vous avez un tour de garde à faire ce soir ensemble. Il est persuadé que tu veux l'éviter mais il dit qu'il ne faut pas que tu fuies tes responsabilités. Ce sont ses mots, je n'ai rien fait de ma... »

Trois. Tant pis pour lui. J'ai frappé le haut de son crâne, pas très fort vu sa taille et je n'ai pas envie qu'il ait des séquelles qui aggravent encore plus son cas. Et puis je ne suis pas méchante non plus. Simplement, il m'a rappelé quelque chose que je voulais en effet éviter, je ne suis pas contente.

« Mike, tu diras à ce crétin de préfet-en-chef que je regrette de lui avoir dit qu'il ne devrait pas démissionner. Il devrait y réfléchir à nouveau. »

Je ponctue ma phrase par un soupir énervé et je lui tourne le dos pour repartir dans ma marche sans but. Il ajoute en criant pour être sûr que j'entende :

« Il te donne rendez-vous ce soir dans le Hall, tu y seras ?

– Je n'avais pas l'intention de fuir mes responsabilités ! »

Je ne me retourne même pas pour lui dire ça, il comprend certainement, j'entends ses petits pas courir sur le sol et aller rejoindre sûrement Léon Wilkes. Je n'ai pas envie d'y aller. Je me dirige vers le bibliothèque pour passer le temps en travaillant. Entre le rayon sur les sortilèges inventés au Moyen-Âge et ceux plus modernes, je croise Lysander Scamander. Il ouvre la bouche, comme pour s'excuser ou se justifier. Je fronce les sourcils. Parler avec ce sale traître ne me réjouit guère. J'évite son regard en me concentrant sur l'étagère. Il tente une approche en cherchant un livre pile au même endroit que moi. Je le foudroie des yeux, il fait exprès, il vient me pourrir la vie juste pour son malin plaisir. J'attrape le livre qui m'intéresse et essaye de partir le plus rapidement possible. Malheureusement, je n'ai pas de chance, c'est un échec, il m'interpelle :

« Attends deux secondes, tu ne veux pas qu'on parle ? »

Mais non, qu'est-ce qu'il ne comprend pas ? Je fais volte-face et plante mes yeux dans les siens en disant d'une voix froide :

« Non, je ne veux pas parler avec toi. Tu me fais perdre mon temps.

– Je suis désolé, je ne pensais pas que Léon allait insister autant et ...

– Merlin ! Je vais être très claire. Toi, Léon, comme le reste, vous ne valez pas mieux les uns que les autres. Ça ne t'est pas venu à l'esprit que je pouvais avoir envie de garder ma vie privée ?

– Mais, Molly ! »

Je ne m'arrête pas cette fois et il ne persévère pas. Je m'installe le plus loin possible de lui et essaye de me concentrer sur mon travail. C'est difficile.

Tout comme il est difficile une fois le soir venu de me rendre dans le Hall. Léon est là, il semble m'attendre. Je marche vers lui avec l'intention de ne pas lui adresser la parole. Il me regarde venir mais je ne porte pas mes yeux sur lui. Il soupire légèrement et dit :

« On y va ? »

Je ne lui réponds pas et commence à avancer, le devançant de quelques pas en espérant qu'il comprendra le message et restera en retrait. On déambule dans les couloirs, en silence, pendant ce qui me paraît une éternité. Au moment de nous séparer, il déclare :

« On est quitte au moins maintenant. »

Je ne crois pas, il a une drôle de manière de voir l'équité. Sans lui accorder plus de mon temps, je monte les marches de l'escalier pour rejoindre ma salle commune. Il est hors de question que ce qu'il m'a fait reste impayé. La vengeance n'est peut-être pas quelque chose de juste mais il me semble qu'elle m'a toujours été nécessaire pour rebondir.