Jeudi 3 Octobre
C'est aujourd'hui le jour maudit où Minerva McGonagall nous convoque dans son bureau pour nous demander si on avait avancé dans notre projet de nouvelle festivité. Devant la porte de son bureau, je soupire, il y a déjà Léon et pire que tout, il y a aussi James qui me fait un signe enthousiaste de la main. Je fronce les sourcils. Merlin, je ne pensais pas que Léon était sérieux en me parlant de faire une fête avec un concert de James Potter. Ce serait terrible, un carnage absolu, une horreur pour les oreilles de tout le monde. Je chuchote :
« Mauvaise idée, Jamie, très mauvaise idée.
– Mollynette, je crois que je me suis fait embaucher par ton copain le Préfet-en-chef. »
Il a l'air si joyeux de me dire ça et de voir mon visage se décomposer. Je hausse un sourcil sceptique et dévisage Wilkes qui affiche un sourire insupportable. La Directrice nous annonce que l'on peut entrer, j'attrape le bras de Léon pour le retenir et lui dire quelques mots avant de voir McGonagall.
« S'il te plaît, tu ne peux pas laisser James croire qu'il chante bien.
– Supporte un peu ta famille et sois contente que je trouve des idées à ta place. Je te signale que si tu avais quelque chose de mieux, tu pouvais aussi proposer. »
Je soupire, entrant derrière James qui était toujours aussi heureux en saluant Minerva qui est étonnée de le voir là. Elle nous fait asseoir et nous demande par dessus ses petites lunettes :
« Alors, qu'avez-vous à me proposer ? »
Son regard s'arrête sur James qui ne devrait pas être présent. Je laisse Léon prendre la parole pour expliquer ce qu'il veut faire. Premièrement car je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il a prévu et deuxièmement parce que je n'ai pas envie d'être mêlée à ça. Il dit, un sourire accroché aux lèvres :
« Avec Molly, nous avons pensé que nous pourrions organiser une forme de soirée qui permettrait de promouvoir les talents de divers élèves. James Potter ici présent s'est proposé pour chanter par exemple, je pense que d'autres personnes peuvent l'accompagner, éventuellement, on pourrait demander si certains peuvent faire de la danse ou d'autres activités. »
Bon, heureusement, ce qu'il dit tient la route. Le concept n'est pas si idiot que ça, même si l'idée d'entendre James hurler dans mes oreilles est douloureuse, finalement, ça pourrait fonctionner plutôt bien. Je fais un petit sourire en soutien à Léon. Minerva nous observe avec des yeux inquisiteurs, considérant avec attention notre proposition. Elle finit par croiser ses mains devant elle et inspirer pour dire :
« Pour quand pourrez-vous être prêts à organiser ceci ? Je sais que vous avez toutes sortes d'autres occupations mais vous êtes des élèves sérieux et ça ne devrait pas poser de problème.
– Je dirai une semaine ou deux, tente Léon après avoir échangé un regard avec moi.
– Le samedi 11 Octobre, ça vous irait ? »
On a tous les deux hoché vivement la tête. En vérité, je n'ai pas envie de travailler avec Wilkes, parce que je le hais et que je ne vois pas comment je pourrais l'apprécier et réussir à retravailler proprement avec lui après ce qu'il a fait. En revanche, je peux toujours essayer, lui donner une ultime chance. Parce qu'on n'a pas vraiment le choix, McGonagall a besoin de voir qu'on arrive à travailler ensemble, on le fera juste pour qu'elle soit satisfaite.
James congratule Léon pour sa bonne idée en sortant de chez la Directrice. Il annonce qu'il prépare un grand spectacle et qu'il va proposer à plusieurs personnes de monter un groupe avec lui. Je sens que ça ne marchera pas mais on ne peut rien faire sans espoir. Il s'éloigne en chantonnant. Je soupire.
« Alors, c'était une si mauvaise idée que ça ? »
Je foudroie mon homologue du regard. Je n'admettrai pas que j'avais potentiellement tort, ce serait reconnaître qu'il avait potentiellement raison et ce n'est jamais bon mais je lève les yeux au ciel, symbole de ma mauvaise foi.
« Encore faut-il trouver de réels talents. Je peux faire des affiches pour proposer aux gens de s'inscrire si tu veux, proposé-je en soupirant.
– Bonne initiative, fait-il avec un sourire narquois. Tu pourras toujours participer avec tes divers talents …
– Comme celui de mettre mon poing dans ta gueule ? »
Il allait répondre certainement quelque chose de très désagréable quand a déboulé droit sur nous une blonde au sourire aussi lumineux que méchant. Emeline Lovener s'est retrouvée dans les bras de son amour de toujours, lèvres contre lèvres. Merlin, je crois qu'il est temps pour moi de partir. Malheureusement, la fille du ministre se détache de Wilkes pour me jeter un regard dédaigneux et lui demande ce que je fais là. Réponse à la question : je priais Merlin pour qu'on me laisse tranquille avant de me rappeler qu'on ne peut plus faire confiance à Merlin non plus et je suis en train de regretter d'être sortie de mon dortoir ce matin. Réponse de Léon :
« On travaille sur un projet dans quelques semaines. Weasley, on se fait une réunion samedi pour se mettre au point ? »
Oui, bien sûr, faisons une réunion samedi. Je fais un sourire ironique et acquiesce d'un signe de tête. Chouette, les réunions avec Wilkes, de si bon souvenirs. Je m'éclipse le plus discrètement possible mais ça ne m'empêche pas d'entendre Emeline se plaindre :
« Mon pauvre choupinou, ça doit être si pénible de faire des réunions avec Weaslaide ... »
Si seulement elle savait à quel point elle avait raison. Je me dirige vers la bibliothèque. On n'a pas beaucoup de cours le jeudi après-midi, j'en profite pour m'avancer dans les devoirs à rendre. Demain, j'ai un contrôle d'Histoire de la Magie en plus, j'ai quelques dates à revoir. En chemin, je croise ma petite sœur qui allait au même endroit que moi. Elle m'annonce avec une joie non contenue :
« Je travaille avec Tristan et un autre garçon pour le Soin aux Créatures Magiques, on doit trouver toutes les caractéristiques du Niffleur mais tu te rends compte ? Ils m'ont proposé de me mettre avec eux ! C'est tellement génial.
– Génial, approuvé-je en souriant. Comme ça tu as un sujet de conversation avec tes amies pour au moins un mois.
– Tu es méchante, Molly, rouspète Lucy sans vraiment le penser.
– Il n'y a que la vérité qui blesse. »
Elle me déteste parfois. Mais il faut bien que je trouve un moyen pour l'embêter un peu, comment pourra-t-elle affronter tous les événements de la vie si elle ne sait pas faire face à sa propre sœur ? C'est pour son bien, elle comprendra plus tard. En attendant, elle croise les bras, vexée, me laissant un peu de répit.
Je la laisse filer vers la table où sont déjà installés Tristan et un ami à lui pendant que je me balade entre les rayonnages à la recherche du bon livre pour mon Histoire de la Magie. Je croise cette charmante Brittany qui se tient seule au milieu du rayon d'Histoire, visiblement pensive et un peu nostalgique. En temps normal, je l'aurais laissée tranquille et j'aurais juste pris ce dont j'avais besoin mais ça me rend curieuse, cette histoire. Me glissant à côté d'elle, je lui demande à voix basse :
« Tu ne le prends pas mal que Wilkes ait choisi Lovener ?
– Ou l'art de remuer le couteau dans la plaie, commente-t-elle en déglutissant. Merci Weasley, je me sens beaucoup mieux maintenant. »
Elle me jette un regard sombre avant de se rendre compte que je sais quelque chose que je n'étais pas censée savoir. Elle fronce les sourcils, un peu angoissée et plante son regard dans le mien.
« Comment es-tu au courant de ça, toi ?
– Il paraît que les murs ont des oreilles. La bonne question est : comment Emeline peut ne pas être au courant ? Tu as été sacrément discrète sur ton programme estival, non ? »
Elle souffle, comme pour essayer de se détendre ou comme si elle espérait que ça me ferait partir. Je hausse les épaules en passant le doigt sur les livres pour choisir le bon. Elle ne dit rien. Je finis par essayer de la rassurer :
« Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de dire quoi que ce soit à ta meilleure amie. Rien que l'idée de lui adresser la parole me répugne alors aller lui expliquer que tu t'es tapée Wilkes pendant les …
– Alors ne le crie pas sur les toits, s'il te plaît ! Il me semble que tu n'apprécies pas non plus quand on révèle ta vie privée, tu pourrais respecter la mienne. »
Je la regarde en hochant la tête. C'est difficile à admettre mais elle a raison, j'attrape le livre dont j'ai besoin et je m'éloigne d'elle. Je sens son regard sur moi alors que je vais m'installer à une table un peu plus loin. Est-ce que j'ai un soupçon de culpabilité de lui avoir dit ça ? Je ne sais pas. Je n'ai pas la moindre sympathie pour Brittany Norwich que j'ai toujours vu dans l'ombre d'Emeline et qui à cause de ça me semble aussi détestable qu'elle. Dès le début, elle a fait les mauvais choix mais j'ai presque une forme de pitié pour elle. Parce qu'elle n'a jamais pu se détacher de la fille du ministre, parce qu'elle ne s'est jamais affirmée. Au fond, j'imagine que sortir avec Léon était aussi un moyen de se rebeller, de montrer qu'elle existe en dehors de cette amitié. Je devrais peut-être arrêter de la psychanalyser. Ne devrais-je pas juste travailler ? Ce serait un sage décision, je pense, de faire ça.
Après le dîner, je voulais prendre le temps de marcher dehors pour prendre l'air comme je n'en ai pas vraiment eu l'occasion aujourd'hui à cause de ce qu'on appelle cours et ASPIC. Je longe le château pour rejoindre un petit chemin qui va vers le lac, un peu à l'écart de là où s'installent généralement les autres. Je marche le long du lac, observant pensivement la surface brillante où le soleil semble s'enfoncer et se noyer. Une forme de mélancolie m'étreint le cœur. En y réfléchissant, j'ai l'impression que j'arrive devant quelque chose d'inévitable et douloureux. Déjà plusieurs jours que ça tourne dans ma tête, cette histoire de groupe illégal est trop obscur pour l'instant et j'en arrive à la conclusion, là, les yeux posés sur le soleil couchant, qu'il va falloir que je réussisse à obtenir la confiance de Scott pour qu'il m'en parle davantage, pour qu'il m'apprenne de quoi il s'agit véritablement et potentiellement qu'il m'indique ce que ça à voir avec ma mère. Dans la situation présente, je me sens un peu bloquée. Je pourrais continuer à discuter avec lui et essayer d'en apprendre petit bout par petit bout ou alors, j'essaye d'accélérer le processus.
Rongée de l'intérieur par ce questionnement intensif, je décide de rentrer à l'intérieur des murs rassurants du château. J'entends soudain mon prénom appelé par une voix masculine qu'il me semble reconnaître. Mon cœur s'accélère. Scott. Je n'avais pas l'intention de lui parler maintenant alors que je me pose autant de question et que je ne sais pas encore toutes les réponses.
« Molly, ça va ? demande-t-il tout joyeux de me croiser.
– Au poil. Tu voulais quelque chose ? »
Ses yeux s'agrandissent comme si j'avais dit quelque chose que je n'aurais pas dû. Ou bien est-ce mon léger soupir qui l'a refroidi, je ne sais pas.
« Non, pourquoi ? Personne ne peut te parler juste pour savoir comment tu vas ? »
Je laisse échapper un sourire amusé et je réponds, aussi bienveillante que je peux mais tout de même nerveuse :
« La plupart des gens viennent me voir pour me demander quelque chose, je vérifiais juste. Mais ça ne me dérange pas, c'est la dure condition du rôle de Préfète-en-chef et je l'assume complètement.
– J'imagine que tu ne peux pas éviter les questions intempestives des première année, fait-il en souriant.
– Non, ils adorent me demander où se trouvent les toilettes alors qu'elles sont à trois mètres. Mais il y a plein d'autres avantages dont je suis grandement satisfaite. Et toi, comment tu vas, Scott ? »
Il me regarde attentivement et hausse les épaules pour montrer que ce n'était ni mieux ni pire que d'habitude. Je soupire et hoche la tête, compréhensive.
« Tu allais dans ta salle commune ? demande-t-il en regardant nerveusement sa montre dont il touche le cadran par réflexe.
– Oui, c'était mon programme, pourquoi ?
– Rien, je … C'est dommage, le soleil est déjà couché, on aurait …
– On pourrait faire une sortie clandestine à Pré-au-lard mais aujourd'hui, j'ai du mal à trouver l'idée brillante, désolée, commenté-je en serrant les dents alors qu'il rit légèrement.
– Non, je ne voulais pas te proposer ça. C'est idiot, laisse tomber, va avec les Gryffondor, il faut que tu te reposes et tout. On se voit demain en cours de toute façon ! »
Il allait s'éloigner, s'échapper et j'aurais pu le laisser partir. Après tout, je n'ai pas que ça à faire de rattraper tous ceux qui me fuient mais je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire :
« Le soleil se couchera aussi demain, tu sais. »
Il n'a pas pu réprimer un sourire alors que je haussais les épaules en montant les escaliers, le regard traînant derrière moi. Il m'a observé partir avec de la joie sur le visage. Je suis arrivée dans la Salle Commune pensant être tranquille enfin et pouvoir profiter du canapé mais quelqu'un était installé sur ledit canapé.
« James, enlève ces lunettes de soleil, je sais que tu penses être une star maintenant que McGonagall a accepté de te permettre d'être ridicule devant tout le monde mais ça ne t'autorise pas à mettre tes pieds sur mon canapé.
– Pardon ? s'est écrié David Parker, intervenant impétueusement dans la conversation avec l'air horrifié. Comment parlez-vous à Monsieur Potter, jeune fille ? »
Je l'ai ignoré royalement et j'ai fixé mon cousin avec un air méchant. Il a relevé ses lunettes de soleil sur son front, n'arrangeant pas son côté ridicule, et a dit avec dédain :
« Je suis un artiste, j'ai besoin de ce canapé pour travailler.
– C'est une blague ? Non seulement tu casses les oreilles mais aussi les pieds…, soupiré-je.
– Je crains que Monsieur Potter ne peut pas vous recevoir, Mademoiselle Wistily. »
J'ai foudroyé ce David du regard et en m'éloignant d'eux, je lui ai donné une petite tape sur la tête. Il n'a même pas protesté, trop occupé à rire pour ça. Je rejoins Léna qui est déjà allongée sur son lit, en train de lire. Elle me regarde avec un petit sourire alors que je m'installe pour faire une affiche à mettre dans les couloirs pour trouver d'éventuels talents parmi les élèves de Poudlard. Je n'y crois pas trop.
