Vendredi 11 Octobre
Ouvrir ses volets et se dire que c'est une nouvelle belle journée qui s'ouvre à soi a tout de même quelque chose de très plaisant, comme une boule de lumière au fond de son cœur qui réchauffe et rayonne dans tout le corps. Merlin, je retire ce que j'ai dit à propos de la lumière, c'est niais et je tiens en horreur la niaiserie. C'est tout de même incroyable, je ne crois pas que je faisais beaucoup d'efforts avant pour ne pas paraître niaise. Les temps changent …
« Nom d'un scroutt-à-pétard, Molly, je te jure que si tu te mets à chanter en plus, je t'envoies aux cachots sans que tu n'aies eu le temps de crier ton amour pour Scott. »
Je crois que Roxanne est jalouse. Je me tourne vers elle, un petit sourire amusé accroché aux lèvres. Elle se cache la tête dans son oreiller, visiblement peu disposée au dialogue et terriblement lassée par mon comportement. Qu'est-ce que j'y peux ? J'ouvre ma malle avec précaution pour en sortir un uniforme propre pendant que Roxanne s'insurge :
« Mais regardez, elle se dandine presque ! Qui es-tu ? Certainement pas ma cousine … Rendez-moi Molly !
– Tu ne penses pas que tu en fais un peu trop ? demande timidement Léna en faisant ses lacets.
– Molly se réjouirait d'aller en cours de Métamorphose pour étudier toutes les étapes des sortilèges de Transfert sur les êtres de l'eau et pas pour retrouver son Poufsouffle, m'invective-t-elle en lançant son oreiller en direction de ma tête.
– Scott, la corrigé-je en attrapant son oreiller au vol. Et pourquoi tu ne te réjouis pas pour moi ? Depuis le temps que tu voulais que je sorte avec quelqu'un, tu as l'air presque déçue du résultat.
– Tu n'es plus jamais avec nous ! Ou alors, il faut t'extirper de cette ventouse qui ... »
Je soupire en lui adressant un regard noir. D'accord, elle préfère me voir triste et célibataire. Si c'est ce qu'elle veut. Je me lève pour sortir de la chambre et aller rejoindre Scott. Elle s'est tue me fixant avec des petits yeux boudeurs. Quelle gamine parfois ! Sur le pas de la porte, je l'entends s'exclamer :
« J'ai peur de ce qui pourrait se passer si ça ne marche pas, c'est tout ! C'est pour ton bien. »
Sa voix finit par se fondre dans le brouhaha matinal de la salle commune, je me faufile entre les élèves pour rejoindre la sortie. Le meilleure chose qu'elle pourrait faire pour mon bien, c'est essentiellement arrêter de m'énerver à ce propos. Pourquoi se sent-elle obligée d'être désagréable et envahissante ? Pourquoi ne peut-elle pas simplement être un peu discrète et gentille avec lui ?
J'aperçois James dans l'escalier, il a l'air si fier de se pavaner dans le château en admirant les affiches sur le concert de demain. Je l'observe de loin et quand il me voit m'approcher, c'est à peine s'il ne me saute pas dessus en criant :
« Mademoiselle Weasley, je voulais vous voir justement pour qu'on étudie tous les deux les modalités de mon paiement. »
Je le dévisage avec un petit sourire sceptique. J'ai envie de rire et en même temps, j'ai l'impression qu'il est particulièrement sérieux en disant ça. Après avoir compris qu'il fallait que je réponde et que j'arrête de le regarder comme s'il me faisait profondément pitié, je déclare :
« Oui, alors bon, Jamsounet, tu seras gentil de ne pas m'embêter avec ça. C'est Léon qui voulait que tu fasses ça, je suis sûre qu'il sera ravi de répondre à tes attentes. Moi, je me contente de faire les constats du carnage que ce sera à la fin.
– Vous êtes sans cœur, Mademoiselle Weasley ! s'exclame-t-il en prenant un ton démesurément dramatique qui me fait sourire.
– Oui, on me le dit souvent. Allez, Monsieur Potter, va déblatérer tes inepties sur ton illusoire passion ailleurs. »
Il fronce les sourcils, outré et effectue un mouvement de cape qui se veut certainement tragique pour m'impressionner. Je soupire en levant les yeux au ciel. Merlin, ça ne s'arrange pas chez les cousins. Il remonte les escaliers avec des gestes amples et une fois en haut, il clame :
« Je vais écrire une chanson sur toi, ô indigne cousine ! Tu périras dans les cendres de ta dignité. »
Je hoche la tête pour montrer que j'ai bien mesuré l'ampleur de la menace. Il continue son trajet en se drapant dans sa cape et en commençant à faire des vocalises. Bien, bien, bien. J'ai encore un peu plus peur de ce qu'il adviendra demain. Je reprends ma route, un peu pensive vers la Grande Salle pour retrouver Scott. Il m'attend devant la porte, m'observant descendre les dernières marches avec un petit sourire.
« Bonjour, mon ange, chuchote-t-il alors que je pose mes lèvres doucement sur les siennes.
– Tu m'as attendu longtemps ? Je suis désolée, Roxanne était vraiment insupportable ce matin.
– Non, je viens d'arriver. »
Je vois dans ses yeux un peu rieurs qu'il a dû en vérité rester planté là au moins une bonne dizaine de minutes. Il a vraiment quelque chose d'adorable. Je ne vois pas pourquoi Roxanne est si contrariée que je sorte avec lui. Peut-être même qu'il peut avoir une bonne influence sur moi et me rendre plus gentille. Elle ne devrait pas se plaindre. On se dirige vers la table des Poufsouffle, où on s'installe à côté de Dorian Smith. Le préfet de la maison jaune et noir nous fait un sourire bienveillant et demande gentiment :
« Alors, les amoureux, vous allez bien ? »
Mes lèvres s'étirent, je ne peux pas m'empêcher de hocher précipitamment la tête en jetant un petit coup d'œil en coin à Scott. Nos regards se croisent, il acquiesce :
« Oui, je pense qu'on peut dire ça. Tout va bien.
– En tout cas, ça fait plaisir de vous voir rayonner comme ça, ajoute-t-il. On vous verra tous les deux à la soirée de demain ? Vous nous ferez une petite danse ? »
J'ouvre de grands yeux surpris avant d'éclater de rire. Scott allait répondre quelque chose mais je le coupe :
« Je ne suis pas certaine qu'on puisse réellement danser sur ce que nous prépare James. Et ça n'a rien d'un bal, si vous voulez mon avis, ce sera plus la mise en scène de l'échec de ses cordes vocales. Mais ceci dit, ça a certainement des capacités comiques.
– Tu es sévère avec ton cousin, fait Scott en fronçant les sourcils. Il peut certainement surprendre tout le monde.
– Ce n'est pas parce qu'il est le fils du héros national qu'il sait chanter, tu sais ? D'ailleurs, depuis quand défends-tu ma famille ? l'interrogé-je avec une pointe d'étonnement.
– Ils comptent beaucoup pour toi. »
Instantanément, mes yeux se plissent de ravissement, je suis sous le charme. Comment fait-il pour que j'aie cette impression de l'aimer chaque seconde un peu plus. Je lui colle un baiser sur sa joue et me tourne vers Dorian en disant, émerveillée :
« Regarde la chance que j'ai ! Un véritable prince charmant en uniforme de Poufsouffle. Votre maison a vraiment des trésors insoupçonnés.
– C'est certain, approuve Dorian en riant. Bon, je vous laisse, les amis, je dois aller préparer mes affaires pour la métamorphose. »
Il se lève en nous accordant un dernier regard amical, comme s'il était profondément heureux pour nous. On pourra dire ce qu'on veut sur les Poufsouffle, ils sont dix fois plus bienveillants et compréhensifs que n'importe quel Gryffondor et ça fait du bien de se sentir un peu soutenu de temps en temps. Je me demande bien pourquoi je n'ai pas plus d'amis de cette maison qui est ma foi fort sympathique. Peut-être parce que je ne suis moi-même que le reflet des autres lionceaux désagréables. Je soupire en voyant Scott se lever lui aussi. Il me glisse à l'oreille :
« Je dois y aller aussi, on se retrouve ce midi.
– Oui, d'ailleurs, j'ai pensé à ça. Pour éviter qu'on se fasse déranger comme hier, on n'aura qu'à aller dans le salle de réunion des Préfets-en-chef. C'est l'un des avantages à être préfet-en-chef, on a à disposition une salle tranquille avec un canapé confortable à souhait. »
Scott, enthousiaste à cette idée, m'embrasse une dernière fois, légèrement pressé par le temps et s'en va en m'adressant un petit clin d'œil qui me fait sourire. Ariane, une camarade de septième année à Poufsouffle, assise à quelques mètres, me regarde avec un petit sourire amusé et l'air de me trouver un peu ridicule. Faisant fi de toute remarque, je sors de table aussi pour aller chercher mon sac de cours dans mon dortoir.
Je ne croise pas, fort heureusement, Roxanne. Je n'ai pas envie de l'entendre encore une fois se plaindre de mon comportement ou faire de nouveaux commentaires désobligeants. C'est ma cousine et ma meilleure amie, je préfère autant prendre mes distances pour qu'elle le reste avant que je ne m'énerve pour de vrai.
Après avoir passé deux heures de métamorphose assise à côté d'Effie, qui tentait discrètement de me questionner sur l'avancée de ma relation avec Scott, puis une heure de Sortilège à côté de Johanna, qui maugréait sans cesse que l'ambiance du dortoir se dégradait de plus en plus, c'était un réel soulagement de retrouver Scott, à l'air libre. Avec lui, je n'ai pas l'impression d'étouffer constamment.
« Ne perdons pas de temps, ai-je dit en l'enlaçant une fois la plupart des autres partis manger.
– Cette fois, commence-t-il fièrement, j'ai pris des gâteaux, directement importés des cuisines, pour qu'on ne meure pas de faim à force de sauter tous les repas.
– Tu es si prévoyant. »
Il a souri en voyant mon air impressionné et j'ai pris sa main pour le mener jusqu'à cette petite salle qui ne sert que lorsqu'on veut faire des réunions avec Léon. Comme aucune n'est prévue ce midi, ça me paraît l'endroit idéal pour un doux moment entre amoureux. À chaque couloir désert, Scott en profite pour m'arrêter et embrasser délicatement mes lèvres.
« Ce n'est plus très loin, tu sais, chuchoté-je, amusée.
– J'ai du mal à me retenir. »
J'éclate de rire en voyant sa bouille délicate prendre un air triste et suppliant. Je finis par faire halte devant le tableau d'Hengist de Woodcroft, peint devant l'entrée de Pré-au-lard, village dont il est le fondateur. Scott surveille derrière nous qu'il n'y ait aucun petit curieux pendant que je glisse le mot de passe au petit personnage à la barbe rousse et au regard rieur :
« Semper Alios Adivuamos. »
La porte s'ouvre et révèle une petite pièce sans prétention, avec juste une table et des chaises pour travailler et un vieux canapé rouge qui avait dû être dans la Salle commune de Gryffondor dans une autre vie. Scott fait semblant d'être émerveillé pour m'arracher un sourire. Alors que je referme soigneusement la porte, ses mains viennent saisir ma taille pour me faire tourner dans ses bras. Nos visages, face à face, se sourient. Il dit d'une voix douce qui fait chavirer mon cœur :
« Il n'y a rien de plus romantique que cette salle de réunion. »
Et il me soulève légèrement pour aller m'asseoir sur le canapé. Agenouillé à mes pieds, ses yeux se baladent sur mon corps. Je remarque ses joues qui s'empourprent en lui donnant instantanément un air terriblement mignon. Je réprime un petit rire en passant une main dans ses cheveux.
« Merlin, tu fais le timide maintenant ?
– Ça se voit que tu n'es pas dans ma tête, souffle-t-il. Tu es si intimidante. »
En soupirant, j'attrape son bras et le tire pour l'obliger à venir s'asseoir lui aussi sur le canapé. Il s'installe juste à côté de moi et ça me permet de me blottir contre lui. Il m'enlace mais il reste comme distant. Je le regarde, les yeux emplis de questions qui m'inquiètent de plus en plus. Il secoue la tête et me jette un regard digne d'un elfe libéré qui essaye de se faire accepter dans une nouvelle famille.
« Qu'est-ce qu'il y a ? chuchoté-je. Qu'est-ce qui te rend si anxieux ? Moi qui pensais que tu étais fougueux …
– J'ai l'impression ..., commence-t-il en évitant un peu mon regard, que tu es trop précieuse pour moi.
– Merlin, c'est n'importe quoi ! m'écrie-je en me redressant soudain pour me placer à califourchon sur lui et pouvoir le regarder dans les yeux. Tu brûles de poser tes mains sur moi et tes lèvres sur les miennes. Qu'est-ce que tu attends ? »
Il esquisse un sourire léger et passe lentement ses mains dans mon dos. Il me tire vers lui, ou je me penche, jusqu'à ce que nos bouches se touchent. Passionnément, on s'embrasse, sans prendre le temps d'y réfléchir. Il cesse d'être timide pour caresser ma joue, passer sa main dans mes cheveux, mon cou. Son autre main se glisse sous ma chemise et il effleure la peau de mon dos, me faisant frémir des pieds à la tête.
Enfin, il me renverse, nos lèvres toujours scellées et il m'allonge sur le canapé. Il se place dans un même mouvement au dessus de moi et ses mains continuent de se balader sur mon corps. Je me laisse faire en essayant de ne pas perdre le contact avec ses lèvres, comme si ma vie en dépend. I la fois une sorte d'urgence dans nos gestes et une lenteur affolante. Il passe précautionneusement une main le long de ma gorge et arrive aux premiers boutons de ma chemise. Il se redresse légèrement, n'arrête de m'embrasser que pour mieux pouvoir m'interroger du regard. Avec un sourire amusé, je frôle ses doigts et défais le premier bouton de ma chemise. Il fronce les sourcils alors que j'en détache un nouveau avec un petit regard de défi. Il se remet à m'embrasser avec d'autant plus de fougue. Sa main s'approche délicatement de ma poitrine. Je ferme les yeux, mes sens sont en ébullition, je ne pense pas avoir déjà ressenti ça.
Et soudain, j'entends un bruit sourd, la porte s'ouvre brusquement. Suit une exclamation de surprise ou d'horreur, je ne saurais pas dire. Par tous les mangemorts ! Je comprends d'un coup que ce qui devait être une cachette tranquille se referme comme un piège sur nous. Une seule autre personne a le mot de passe de cette salle et il doit décider étrangement qu'aujourd'hui était un bon jour pour travailler. Il s'écrie :
« Merlin ! C'est quoi ça ? »
Rien que l'idée que Léon Wilkes ait pu assister à ça me révulse, ça n'annonce rien de bon. Je repousse brusquement Scott pour attraper ma baguette et d'un geste vif, je lance le premier sort qui me vient à l'esprit. Une nuée de chauve-souris s'envole droit vers son visage et l'attaquent, le distrayant et l'empêchant d'en voir plus.
Il hurle de surprise alors que j'en profite pour me relever et remettre bien ma chemise à toute allure. Si j'ai pu réagir rapidement et que je suis déjà en train de prendre ma tête entre mes mains pour me préparer mentalement à une confrontation imminente, Scott est encore assis sur le canapé, comme pétrifié par la situation. Il n'ose pas bouger. Léon, quant à lui, n'a de cesse de crier :
« Merlin, Molly, rhabille-toi et enlève-moi ça du visage. Et fais aussi dégager l'autre Poufsouffle avant que je ne m'en charge à coup de pied dans le cul ! Il faut qu'on parle, c'est pas possible ça, je voulais juste travailler, moi ! Allez, Merlin, grouillez-vous ! »
Scott me regarde avec un certain désespoir. J'attrape son sac qu'il avait laissé tomber à côté du canapé et je le lance presque sur lui pour le réveiller et lui dire qu'il vaut mieux qu'il parte. Il continue quelques secondes à ouvrir la bouche comme pour s'excuser mais il ne dit rien. L'esprit encore tout embrumé, je m'exclame :
« Mais en même temps, qu'est-ce qu'il te prend d'entrer comme ça, sans frapper, Wilkes ? Merlin, je …
– C'est une blague ? Cette salle n'est pas du tout faite pour ça ! Allez, Reeve, dégage de là, t'as rien à faire ici ! »
Merlin, j'ai comme l'envie soudaine de me frapper la tête contre le mur. Il a raison et j'ai tort sur toute la ligne. Je laisse échapper quelques jurons, mes poumons semblent s'emplir de colère. J'attrape le bras de Scott, qui est en train de se confondre en murmures et en excuses, pour qu'il se lève. Léon s'apprête à le jeter dehors sans aucun ménagement mais dans un ultime sursaut de provocation, ou de bêtise, je garde le bras de Scott entre mes mains pour mieux pouvoir l'attirer contre moi et lui glisser discrètement à l'oreille :
« Je m'occupe de lui, je te retrouve après …
– Oh, ça suffit ! »
Alors que j'allais poser mes lèvres sur celles surprises de Scott, le Serpentard le saisit par le col et le pousse violemment hors de la salle. Il claque la porte derrière avec rage et porte un regard dégoûté sur moi. Je le dévisage, hors de moi, à bout de souffle, n'en revenant toujours pas. Merlin, se faire surprendre par Wilkes en train de se faire caresser par Scott sur le canapé, c'est vraiment le pire scénario imaginable.
« Merlin, Weasley, s'exclame-t-il brusquement, pourquoi tu te donnes en spectacle comme ça ?
– Tu n'étais pas censé rentrer sans prévenir ! m'égosillé-je, la fureur au bout des lèvres.
– Je ne pouvais pas m'attendre à vous voir dans une position si explicite … Mais enfin, Weasley, je veux bien que tu sortes avec lui parce qu'il te fait pitié mais là, ça dépasse tout entendement … Qu'est-ce qu'il se serait passé si je n'étais pas entré ?
– Mais ça ne te regarde pas de toute manière ! Pourquoi tu me fais une leçon de morale comme ça ? Je ne t'ai rien fait, ma vie privée ne devrait pas te préoccuper autant. Et je l'aime, pourquoi personne ne … ?
– Bon sang, regarde-toi ! Tu fais n'importe quoi en ce moment. »
Il pointe du doigt ma tenue quelque peu dépenaillée. Je remarque soudain que j'ai mal reboutonné ma chemise, que ma jupe est de travers et je ne parle pas de mes cheveux. Au bord des larmes, je hurle :
« Et alors ? Laisse-moi vivre ! »
Mais je remets tout dans l'ordre quand même. Mes mains tremblent un peu, j'ai du mal à arrêter mon cœur de battre de colère, ça ne tiendrait qu'à moi je mettrais Léon au tapis pour retrouver Scott. Mais je sais que c'est une très mauvaise idée. Je me sens si piteuse, je déteste ça. Léon m'observe, un petit sourire se forme aux coins de ses lèvres. Alors que j'essuie frénétiquement les larmes qui coulent de mes yeux, il commence à rire doucement et déclare :
« Je n'aurais jamais pu imaginer te voir en train de te faire peloter. C'est à la fois scandaleux et terriblement amusant.
– Merlin, va au diable, Wilkes, lâché-je de rage. T'as l'intention de raconter ça à tous tes potes, c'est ça ?
– Ne me donne pas trop d'idées, fait-il en s'esclaffant.
– Ça ne ferait que me confirmer à quel point tu es un connard. »
Je frémis de honte et de dégoût. Il est capable de le faire, c'est ça le pire. Il est tout à fait capable de le crier sur tous les toits, d'aller en parler à McGonagall, lui dire à quoi sert cette petite salle qu'elle nous a gentiment donné. J'ai presque envie de vomir.
« Je ne dirais rien, tu me fais trop pitié, annonce-t-il avec un sourire moqueur.
– Génial. C'est bon alors ? Je peux y aller, tu as fini ta petite leçon de morale ? Parce que j'ai quelque chose à finir. »
Il plisse les yeux en regardant la porte vers laquelle je m'approche. Ça le tuerait de respecter ce que je veux, alors il me bloque le passage et me repousse pour que je recule de quelques pas. Je le foudroie du regard.
« Quoi encore ?
– Maintenant que tu es là, tu restes. On fait une réunion pour demain. »
Mes yeux, assombris par l'aversion, le fixent en espérant que ça le fasse taire. Je sais parfaitement qu'il y a des choses à revoir pour que tout soit bien organisé lors de la soirée mais je n'ai pas du tout envie de rester dans cette pièce avec lui. Je finis par dire :
« Je n'ai pas mangé.
– C'est pas mon problème. De toute façon, je ne crois pas que tu avais l'intention de le faire en sortant d'ici.
– Laisse-moi au moins lui dire de ne pas m'attendre, tenté-je en avançant d'un pas vers la porte.
– Il va se remettre de ses émotions tout seul. Ne fuis pas tes responsabilités, Molly. Tu es préfète-en-chef, ça devrait être ta priorité.
– Tu vas me retenir en otage, là ?
– Non. Tu sais très bien que c'est plus raisonnable de rester là. Qui sait s'il ne te donnerait pas envie de sécher les cours en plus. Allez, installe-toi et dis-toi que plus tu seras sérieuse, plus vite tu pourras retrouver ton Poufsouffle. Et plus tu râles, plus je serais pénible. Et aussi, si tu ne veux pas avoir trop de problèmes à gérer demain pour faire ce que tu veux avec lui, autant profiter de ce temps qui nous est imparti maintenant. Au moins, je n'ai pas eu à te chercher trop loin.
– Franchement, je ne suis pas en état de travailler. »
Il me regarde en haussant les sourcils, attendant patiemment que je revienne à la raison, alors qu'il est toujours devant la porte, à bloquer le passage. Un silence pesant tombe sur la pièce. Lentement, je finis pas renoncer et je me rassois sur le canapé. Il esquisse un sourire et s'installe à la table pour sortir quelques feuilles. Il commence à me parler de la soirée, des personnes qui ont postulées pour se produire sur scène. Un groupe de poufsouffle musicien, des cinquième année qui veulent danser, un autre qui est supposé faire de l'humour et inévitablement James. Je l'écoute sans dire un mot, renfrognée au début, et je me résous à participer un peu. Après tout, je sais parfaitement qu'il avait raison, il le sait aussi, et même si je ne lui avouerai jamais, je suis bien obligée de reconnaître en mon for intérieur qu'il a réussi à me faire oublier quelques secondes l'humiliation cuisante et le désir profond de retrouver Scott.
On travaille à l'organisation, certainement un jury constitué des préfets pour élire à la fin de la soirée, celui ou ceux qui ont fait le plus bel effet. On laisserait de la musique à la fin, pour terminer la soirée tranquillement et fêter les gagnants dans la bonne humeur. Je lui fais tout de même remarquer que je ne laisserai jamais James chanter toute la soirée. Il en rit même, en rangeant ses affaires. J'ai soudain comme un flash. Je me revois quelques instants plus tôt avec Scott sur le canapé. Mes yeux glissent vers ce canapé et je frissonne. Merlin, je n'arrive pas vraiment à savoir ce qui est en train de se passer dans ma vie. J'allais sortir quand Léon a dit, amusé :
« Je n'en reviens tout de même pas, on ne dirait pas comme ça, mais t'es plus dévergondée que je ne le pensais.
– Lâche-moi, Wilkes ! Ça ne te regarde en rien, tu n'aurais jamais dû être là.
– J'ai bien conscience d'avoir interrompu quelque chose, a-t-il dit dans un petit ricanement. Allez, va retrouver ton prince charmant, il paraît que c'est pas un étalon mais il faut bien embrasser quelques crapauds, n'est-ce pas ?
– Dit celui qui sort avec Emeline, quand même. »
Il esquisse un petit sourire en entendant ma réflexion. À moins qu'il n'essaye d'en réprimer un. Peu importe, je secoue la tête, désappointée :
« Tu sors avec elle juste parce que c'est la fille du ministre. Tu auras beau dire ce que tu veux, tu resteras pire que moi.
– Mais au moins, je ne tomberai pas de haut lorsque ce sera fini.
– C'est ça ta seule ambition ? Tout faire pour ne pas se faire mal si ça échoue. C'est de la lâcheté à l'état pur. Tu me dégoûtes, je ne sais même pas pourquoi je suis encore là.
– Parce qu'au fond, dit-il en haussant les épaules comme si c'était une évidence, tu appréhendes d'aller le retrouver. Parce que si ça continue comme ça, tu sais que tu pourrais le regretter. Tu n'es peut-être pas prête, je ne sais pas. File, vas-y, va le retrouver. Mais n'oublie pas d'aller en cours ! »
Je n'en reviens pas. En claquant la porte derrière moi, je me rends compte que Léon me parlait de ma sexualité. Déjà, c'est étrange en soi d'en parler avec Léon. Mais ça me pose une question très sérieuse, je n'avais jamais réellement réalisé en fait qu'elle pouvait se poser maintenant. J'ai l'impression d'être une petite fille qui débarque dans le monde des grands. Je ne sais pas si je suis prête à quitter ce monde de petite fille, j'y étais bien. Une petite boule de stress apparaît dans mon estomac. Je dois me remettre les idées en place, y réfléchir sérieusement, prendre un peu de temps pour ça et ne plus foncer tête baissée. Peut-être que Roxanne s'inquiète aussi pour ça, je ne sais pas, je ne la comprends plus très bien ces derniers temps.
Il faut que je retrouve Scott, peut-être qu'on en discute, je ne sais pas. Je ne sais plus rien. J'ai l'esprit aussi vide que mon ventre. J'ai l'impression de vaciller sur quelques mètres avant de pouvoir retrouver l'équilibre et la vision un peu plus claire. Je me rends compte que je pensais que Scott allait être resté dans le couloir mais il sera peut-être plus difficile de le trouver que ça. Je me dirige sans trop y penser vers la Grande Salle, il n'y a presque plus personne mais je réussis quand même à attraper quelques bouts de pain et des bouchées de tarte à la mélasse avant que tout ne disparaisse. Je regarde ma montre, un poil désespérée. Je n'ai pas revu Scott et il est l'heure d'aller en Histoire de la Magie. Il sera peut-être devant la salle. Je tente ma chance en me dirigeant, toujours les pensées dans un brouillard opaque, vers la salle de cours. Il n'y a personne, hormis deux filles de Poufsouffle qui discutent à voix basse. Je m'assois par terre, la tête posée dans mes mains. Le temps semble passer à une vitesse irrégulière, lentement puis trop rapidement.
Le Professeur Binns glisse à travers le couloir pour ouvrir la salle, je n'ai pas eu le temps de voir tous les autres arriver, toujours pas de Scott en vue. Ça commencerait presque à m'inquiéter. Je m'installe dans le fond de la salle, priant pour que personne ne se mette à côté de moi, qu'on me laisse tranquille, je suis dans un état d'incompréhension, j'ai besoin d'au moins apercevoir les yeux de Scott pour qu'il me rassure. Et ils m'apparaissent, comme par magie, il est le dernier à entrer dans la salle et quand il croise mon regard, je vois qu'il devait être dans le même état que moi. Il se faufile jusqu'à la chaise à côté de moi. Sa main frôle la mienne, il jette presque son sac par terre et me la prend presque fiévreusement. Il murmure, avant que le professeur ne débute réellement son cours :
« J'ai cru qu'il te retenait pour l'éternité. Tu as survécu, ajoute-t-il avec un léger sourire.
– J'ai eu du mal à m'en sortir, il m'a obligé à faire une réunion avec lui… Un vrai tortionnaire, chuchoté-je en étirant les lèvres.
– Tu es la fille la plus remarquable que je n'ai jamais rencontré. »
Je plisse les yeux devant tant de paroles adorables et serre doucement sa main. Binns commence à parler de sa voix monotone, je m'oblige à prendre en note son récit sur les agissements et l'idéologie de Grindelwald dans les années 30. Je me sens comme soulagée en présence de Scott, ses doigts, qui s'enroulent autour des miens quand nos plumes se rapprochent trop, me rassurent. J'aime ce contact. Mes yeux dérivent régulièrement vers sa bouche. J'aime aussi ce contact.
« Binns y est allé fort en devoirs pour lundi, soupire-t-il en sortant du cours. Qu'est-ce que tu dirais de t'y mettre juste après les potions ? Comme ça on peut traîner tous les deux entre les rayons de la bibliothèque et on pourra aussi travailler. Je ne sais pas toi mais depuis quelques temps …
– Tu as du mal à te concentrer sur les cours, complété-je en souriant à pleines dents. Je me faisais la même réflexion.
– Et je t'avouerai que l'épisode de ce midi m'a un peu perturbé… Je ne me sens plus vraiment en sécurité.
– Je comprends tout à fait, approuvé-je en riant. Au moins, on a aucune chance de croiser Wilkes à la bibliothèque. »
Il se met à rire un petit peu, en plissant les yeux, et embrasse mon front doucement. Je le quitte avec une pointe de tristesse pour aller à mon cours d'Étude des Runes, alors qu'il va en Divination. Sur le pas de la porte, il y a Lorcan qui a le nez plongé dans son Syllabaire Lunerousse. Génial, je grimace légèrement en faisant attention à bien ne pas trop m'approcher de lui. Il ne lève même pas les yeux, comme si je n'existais pas du tout. Je n'existe peut-être plus pour lui. Au fond, j'aimerais presque qu'il n'existe plus pour moi non plus mais je n'arrive pas à oublier qu'on était amis avant, et même de très bons amis. Merlin, il faut que j'arrête le sentimentalisme. Il est devenu méchant maintenant, je ne peux pas continuer à tout regretter, mais plutôt avancer, penser à Scott et au bien que ça me fait d'être avec lui.
« Ah, Lorcan, je te cherchais. Je voulais vraiment te remercier de m'avoir aidé pour la traduction, je ne m'en serais jamais sortie toute seule !
– Mais ce n'est rien, vraiment, Coralie, ne t'en fais pas. »
Je fais tout mon possible pour ne pas regarder le Scamander sourire avec bienveillance à Coralie Catham. J'essaye de ne surtout pas paraître curieuse ou de ne pas avoir l'air d'écouter leur conversation mais c'est plus fort que moi. La jeune blonde de Serdaigle lui claque une bise sur la joue pour le remercier et ajoute de sa voix mielleuse :
« Si jamais tu as le moindre problème en Botanique, je serai là pour toi.
– C'est gentil, Cora. Au fait, tu savais que Franck Londubat jouera de la basse au concert demain pendant que James Potter chantera ? J'ai hâte de voir ça !
– C'est vrai ? On va bien s'amuser alors demain ! »
Je me retiens de soupirer trop fort. Pour dire vrai, heureusement que le professeur arrive, je n'aurais pas résisté à la tentation de ricaner un peu bruyamment. Merlin, pourra-t-on s'amuser au concert tout en se bouchant les oreilles ? La question mérite d'être posée.
La seule vraie libération, c'est de se retrouver enfin au calme avec Scott dans un coin de la bibliothèque. Il fait un peu sombre. Mais, éclairés par des bougies, on a ouvert des livres d'histoire devant nous pour travailler au calme. L'ambiance est chaleureuse et tout près de lui, à lui expliquer ce que je sais sur la montée de Grindelwald dans l'Est, je me sens particulièrement bien. Il me murmure au creux de l'oreille :
« J'aimerais tellement que tu remplaces Binns de temps en temps, tu es dix fois plus intéressante.
– Ne me déconcentre pas trop, m'indigné-je en tapant du doigt le manuel. Si on veut réussir ensemble nos ASPIC, on doit absolument ne pas trop tout mélanger.
– J'adore les cours avec toi, dit-il en passant ses lèvres doucement sur ma joue pour glisser vers ma bouche
– Scott ! »
Il rit en se rasseyant sagement, comme un élève qui vient de faire une bêtise mais qui réussit à garder ce petit air innocent sur le visage. Je secoue la tête pour en sortir toutes les idées contenant sa bouche, ses yeux ou quelque partie de son corps et reprends mon récit sur Grindelwald. Et il continue à me regarder parler, me dévorant, il me semble, des yeux.
