Samedi 12 Octobre
Nous y voilà enfin, après avoir passé la journée à finir les préparatifs pour la soirée. Le buffet à la place du dîner est prêt, il y a une scène à la place de la table des Professeurs et on a même décoré la Grande Salle. Monsieur Londubat, en passant pour voir si on arrivait à tout gérer avec Léon, nous a dit que c'était parfait, il avait hâte d'être quelques heures plus tard pour enfin entendre ce fameux concert de James et les autres performances. Minerva nous a dit qu'elle nous faisait confiance pour qu'on ne se fâche pas de nouveau.
James est passé, toujours affublé de lunettes de soleil, qui cette fois, lancent des éclairs de lumière quand il dit : « Yeah ». Il a fait le tour de la pièce avec une moue professionnelle et est reparti sans dire autre chose qu'un grognement. Il fait tout pour se mettre dans la peau d'un artiste, j'espère qu'il reviendra à la réalité un jour. Scott a soigneusement évité de venir me voir quand Léon était aussi dans la pièce. Merlin ce que je le comprends, malheureusement, je n'ai pas le choix de m'infliger sa présence et ses petits commentaires moqueurs :
« Alors, Weasley, tu n'as pas peur que je révèle à tout le monde, ce soir, que tu aimes te faire peloter par ton Poufsouffle sur le canapé de la salle de réunion ? »
Je le foudroie du regard. Je sais qu'il plaisante. Merlin, j'espère qu'il plaisante. Je finis par soupirer :
« Si tu fais ça, je te déclare la guerre, Wilkes, tu le sais très bien. Tu peux le faire … à tes risques et périls. Donc je suis sûre que tu ne le feras pas. Tu n'as pas envie que McGonagall nous convoque à nouveau dans son bureau, n'est-ce pas ?
– D'accord, fait-il en ricanant, je ne le ferai pas. Je serai sage, promis. Sois sage aussi. Je sais que tu adores le danger, que ça t'excite beaucoup mais …
– Wilkes ?
– Quoi ?
– Ferme-la. »
Il croise mon regard dénué d'humour et de pitié et n'ajoute rien. Il soupire en faisant voler des rubans dans les airs. Voilà ce que je subis depuis ce midi, obligée à supporter ses sarcasmes et ses sous-entendus. Mais finalement, le résultat est satisfaisant. J'accepte même le contact de la main qu'il me tend pour que je la serre, en signe de notre « entente » et de tout ce travail accompli. Je le fais parce que je sais que notre collaboration est finie pour le moment, je peux aller rejoindre Scott qui travaille à la bibliothèque.
« Salut beau gosse, tu es encore plus mignon quand tu travailles, chuchoté-je en surgissant à côté de lui.
– Ah, tu as enfin fini de décorer la Grande Salle ? demande-t-il en me souriant.
– Oui, ça y est, il ne restera plus qu'à profiter de la soirée. »
Il hausse les sourcils, toujours ce sourire adorable aux lèvres, l'air d'apprécier la perspective de la soirée qui s'annonce. Je soulève sa main pour voir ce qu'il était en train de faire. De la Botanique, voilà qui ne m'intéresse pas tellement. Il me laisse regarder ce qu'il a déjà rédigé.
« Si jamais tu as un problème en Botanique, il paraît qu'il faut demander à Coralie Catham, dis-je en réprimant un petit sourire moqueur.
– C'est une amie à toi ? fait-il en fronçant les sourcils.
– Pas vraiment, c'est la nouvelle super amie de Lorcan. »
Je le regarde un peu piteusement. Je m'en veux de me sentir trahie que Lorcan ait d'autres amis alors qu'il n'est plus mon ami. Je m'en veux d'être presque jalouse de cette Serdaigle. Scott lève les yeux au ciel en repoussant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Il pose délicatement ses lèvres sur ma joue et dit en me regardant tendrement :
« Tu te fais du mal en pensant à Lorcan.
– C'est vrai, approuvé-je, je devrais plutôt penser à toi, mon amour. Bon, je ferais mieux d'aller me préparer. On se rejoint dans le hall avant que la fête ne commence ?
– Bien sûr. File ! »
Je l'embrasse précipitamment avant de repartir vers la Tour de Gryffondor d'un pas rapide. Pour l'instant, zéro problème en vue. Peut-être que j'arriverai à passer une soirée d'enfer. Dans la salle commune, il y a une sorte d'excitation palpable. Tout le monde attend le moment où on pourra regarder James chanter, se ridiculiser ou peut-être vivre le plus grand succès de sa vie. J'ai une idée de l'issue finale mais je dois avouer qu'il me fait rire à jouer la star depuis quelques jours. Il regarde tout le monde de haut et prend des poses régulièrement avec son « groupe », essentiellement formé de David Parker et Franck Londubat. Tous les trois en costume, très élégants, ils regardent le monde par la fenêtre en murmurant des phrases toutes faites comme : « Chanter, c'est ma destinée » ou bien « La musique, c'est un art essentiel, un peu comme l'eau finalement ». James a réellement dit ça, on ne l'arrête plus. Il dit même régulièrement qu'il a enfin trouvé sa « voix » dans sa vie. C'est trop tard pour le raisonner. Espérons au moins que ce sera drôle.
Je grimpe dans le dortoir, il faut que je trouve une tenue assez habillée pour ce soir, qui arrive à une vitesse affolante d'ailleurs. J'ouvre ma malle avec le sentiment que je ne vais pas y trouver grand-chose.
« Molly, tu cherches quelque chose ? »
Roxanne, sur le pas de la porte, me regarde avec un timide sourire aux lèvres. Je la fixe un peu perplexe avant de détourner la tête pour le replonger dans ma malle. Elle s'approche un peu et pose une main sur mon épaule. Elle dit doucement :
« Je suis désolée, tu sais. Je n'ai pas l'habitude de te voir avec quelqu'un, comme ça. J'ai un peu peur pour toi mais j'ai encore plus peur pour moi. C'est une forme de jalousie, je sais, tout le temps que tu passes avec lui, tu ne le passes pas avec moi.
– C'est bien de le reconnaître, ai-je dit sans relever la tête pour autant.
– Tu veux que je te prête une robe ? »
Je me redresse pour la regarder dans les yeux. Je sais qu'elle est triste d'avoir été bête. Ça me suffit amplement. Je savais qu'elle serait toujours là pour moi de toute façon. Je hoche la tête alors qu'elle s'en va déjà vers sa propre malle et pointe sa baguette à l'intérieur.
« Je n'ai pas eu le temps de ranger, commente-t-elle en haussant les épaules, ça va plus vite comme ça. Accio robe bordeaux. »
Elle attrape au vol le tissu pourpre qui surgit de la pile de tissus entassés et me le lance en disant :
« Tiens, prends celle-là, elle devrait être à ta taille. Et je trouve que c'est une couleur qui te va bien.
– C'est celle que tu as mis à l'anniversaire de Dominique cet été ? ai-je demandé en la regardant de plus près.
– Ouais, mais je l'ai lavée t'inquiète, dit Roxanne en éclatant de rire. Allez, mets-la et éblouis tout le monde. »
Je hoche la tête en riant et me faufile dans la salle de bain pour me préparer. La robe me va bien. Je n'ai pas exactement la même morphologie que Roxanne qui est plus musclée que moi mais ça ne semble pas trop se voir cette fois-ci. Je passe un temps fou à essayer de faire une coiffure sophistiquée avant de finalement renoncer et attacher simplement mes mèches de devant en une petite tresse à l'arrière de mon crâne. Ça me dégage le visage. Je souris à mon reflet. D'accord, je me trouve plutôt jolie. Je pense que Scott pourra me trouver jolie. J'ai envie de me donner une baffe pour arrêter absolument de faire ce genre de remarque niaise. Jamais je ne dirais ça à voix haute, Merlin, si je le fais, il faudra prendre des mesures radicales contre moi. Roxanne hurle derrière la porte :
« Molly ! Il y a James qui commence à descendre avec tout le monde. Dépêche-toi si tu veux avoir une chance de le gérer une fois qu'il sera dans la Grande Salle. »
Elle a raison, Merlin, je ne dois pas perdre de temps. J'ouvre brusquement la porte, Roxanne s'étouffe de rire et elle me fait signe de me dépêcher. Je saisis au passage ma veste qui traîne sur mon lit et ma baguette, et je me précipite hors du dortoir. Je croise Fred et Effie qui me regardent avec un petit sourire amusé. Je n'ai pas le temps de les saluer ou de faire autre chose qu'un dérapage contrôlé dans la salle commune pour sortir en courant. Je regarde l'heure, dix-huit heure trente, on a dit que ça commençait à l'heure du dîner, par un buffet. Après avoir descendu à une vitesse phénoménale tous les escaliers jusqu'au hall, je retrouve enfin James et sa bande qui discutent avec Lysander et Léon. Je continue ma course vers eux :
« Salut les gars, lancé-je en m'incrustant dans le cercle. Vous êtes tous prêts ?
– C'est la robe de la soirée de Dominique ? demande James avec un froncement de sourcil contrarié.
– Elle a été lavée !
– C'est ce qu'on dit. Yeah ! »
Les lunettes de soleil de James m'éblouissent alors qu'il continue à me regarder du jugement plein les yeux. Méfiante, je prends quand même la peine de discrètement sentir ma manche. Non, plus aucune trace d'une soirée un peu trop arrosée. Ça fait beaucoup rire Lysander qui dit :
« Bon, c'est pas tout mais la soirée va bientôt commencer. Est-ce que les préfets qui se sacrifient pour faire le jury peuvent avoir des rations du buffet en plus ? C'est une question comme ça, parce que j'ai le sentiment qu'on se fait un peu gruger dans l'histoire et …
– Ouais, t'auras ce que tu voudras, soupire Léon avant de me faire signe de m'éloigner du groupe. Molly, Côme avait quelque chose à te dire je crois. Qu'est-ce qui ne va pas avec lui ces derniers temps ?
– Tout va très bien, pourquoi ? réponds-je rapidement pour ne pas le laisser poser plus de questions. Je gère, t'inquiète. Il est où ?
– Je ne sais pas, il te cherchait. Mais on n'a pas le temps de le retrouver maintenant, ça attendra parce que tout le monde commence à arriver et qu'il faudrait qu'on répète rapidement nos présentations. »
Je le suis dans la Grande Salle où, en effet, il y a de plus en plus de monde qui afflue. Il a piqué ma curiosité à parler de Côme, mes yeux ne peuvent s'empêcher de le chercher dans la foule mais je ne le trouve pas. J'espère que ce n'est pas trop grave. Léon m'emmène derrière la scène où personne d'autre que les « artistes » ne sont autorisés. Il commence à parler. Un texte bateau pour dire en quelle occasion nous sommes tous réunis. J'enchaîne avec ma partie qui explique le principe et il conclut en annonçant le premier élève à passer. Soulagé, il me lance un sourire. Je soupire un peu bruyamment.
« Je te préviens, tu fais une seule réflexion sur ce que tu as vu hier, tu peux dire adieu à toute collaboration cordiale.
– Je sais bien, dit-il en ricanant. Mais ça ne m'empêchera pas d'y penser.
– Tu me dégoûtes. »
Soudain, James, David et Franck arrivent. James se met à crier des « Yeah » juste pour pouvoir lancer des éclairs avec ses lunettes pendant que David fait de la batterie avec sa baguette sur une table et ça lance des étincelles dorées. Franck Londubat accorde sa guitare avec un visage très concentré. Je m'écarte d'eux en soupirant :
« Vivement que tout ça soit fini. »
Léon les observe s'entraîner avec un regard moqueur à mon égard alors que je ressors parmi tout le monde pour essayer de retrouver Côme Selwyn. Je ne trouve que Scott, c'est déjà ça. Il siffle en me voyant alors que j'entoure son cou d'un bras pour lui embrasser la joue. Il me regarde presque en rougissant et déclare :
« Tu es sublime. Je veux dire … Encore plus que d'habitude. »
Rien que pour ça, il a droit à un autre baiser, sur la bouche cette fois, qui le fait sourire. Il prend ma main pour me faire tourner et faire voler le bas de ma robe. Fièrement, je virevolte avant de retomber dans ses bras en éclatant de rire. J'aperçois soudain Léon qui discute avec Côme, je me redresse immédiatement et disant à Scott qu'il faut que j'y aille, ça va commencer, et je me rue dans la direction des deux Serpentard.
« Molly, je te cherchais justement, j'ai des nouvelles à propos de …
– Oui, je sais, l'interromps-je juste avant qu'il ne dise tout devant Léon. On n'a qu'à aller derrière, on sera plus tranquille. »
Mais c'est peine perdue parce que Léon m'arrête en s'exclamant :
« Vous n'avez pas le temps de parler, là ! Il faut qu'on y aille, Molly. »
Un poil désespérée, je jette un regard horrifié à Léon qui a attrapé mon bras pour me traîner sur la scène. Je fais un signe à Côme de m'attendre. Mais le spectacle commence. Je n'ai pas le temps de faire autre chose qu'un beau sourire pendant que tout le monde nous regarde. Léon commence son discours. Les préfets arrivent pour s'installer dans un coin de la scène derrière une table. Ils font tous un regard très sérieux. Ont-ils seulement compris que ce n'était pas une réelle compétition ? Je réexplique le principe pour que tout le monde soit au courant du caractère avant tout bon enfant de la soirée et Léon appelle les premiers participants. Sous les applaudissements, trois filles de Serdaigle, en cinquième année il me semble, entrent sur scène. Elles doivent danser mais j'avoue que ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, j'en profite pour me glisser hors de la scène et rejoindre Côme qui m'attend avec le regard inquiet.
« Alors ? demandé-je précipitamment en vérifiant que personne ne peut nous entendre. Qu'est-ce qu'il se passe ?
– J'ai continué à ouvrir l'œil pour Astrid, et j'ai remarqué qu'elle recevait régulièrement du courrier mais je ne savais pas d'où ça pouvait venir parce que mes parents ne sont pas très bavards et qu'elle n'en avait jamais eu autant les années précédentes. Comme elle y répond avec notre hibou, ce matin, j'ai réussi à intercepter une de ses lettres.
– Et qu'est-ce que c'était ? Elle l'envoyait à qui ?
– Je l'ai amenée pour que tu la voies. Elle me semblait très étrange. Tiens. »
Il me tend une lettre décachetée que j'ouvre précipitamment parce que je sens qu'il va falloir très rapidement que je retourne sur scène. Mes yeux parcourent la lettre en diagonale. Ils s'agrandissent au fur et à mesure. Merlin. Léon tape du pied pour que je revienne. Alarmée, je regarde Côme avec inquiétude. Ce n'est pas très bon signe.
Je suis obligée de le laisser là, pour quelques minutes, le temps que tout le monde applaudisse Emma, Lucile et Lisbeth pour leur performance magnifique, que je n'ai pas vu mais ça ne m'empêche pas d'être enthousiaste en les remerciant pour cette prestation. Le temps que les préfets délibèrent sur une note à attribuer, je regarde non sans angoisse les rangs d'élèves qui s'étendent devant nous. Mes yeux trouvent rapidement Scott, il me sourit. Je me force à afficher un léger sourire aussi mais j'ai une sorte de crispation dans la mâchoire.
Merlin, j'ai glissé la lettre un peu froissée dans la poche de ma veste. Je ne sais pas si j'ai bien lu, si j'ai bien tout compris. Léon me foudroie du regard, ne comprenant pas ce qu'il se passe avec son meilleur ami. Il faut que je trouve un peu de calme pour relire la lettre. C'est au tour d'un jeune Serpentard qui veut faire quelques blagues d'une valeur comique assez réduite mais il a le mérite de me permettre de me glisser hors de la scène, de rejoindre une nouvelle fois Côme. Je m'excuse pour ce dérangement et je ressors la lettre.
Chers Salvateurs, tout se passe comme prévu. Notre garçon a enfin réussi sa mission, il ne peut pas prendre contact avec vous mais le plan est en marche. Je continue à le surveiller et à vérifier que tout se passe bien. A.S.
C'est bien ça. Bon sang de Merlin de … Je n'ai pas de mots suffisants. Mon cœur est en train de se briser en petits morceaux à mesure que je comprends vraiment ce que cette lettre a d'effrayant. Côme me regarde avec anxiété. Il ne peut pas tout comprendre. Je me retrouve avec, entre les mains, la preuve implacable que Scott m'a menti durant tout ce temps. C'était bien sa mission, elle est parfaitement réussie. Évidemment, il m'a manipulée. Il n'est peut-être plus en contact avec eux mais quelqu'un leur donne des informations à sa place. Ça me dégoûte. Je sens presque les larmes me monter aux yeux, il faut que je me ressaisisse. Il y a certainement une explication.
« Molly ? Tout va bien ? Tu sais ce que ça veut dire ?
– Je … Est-ce que je peux garder la lettre ?
– Tu veux la montrer à McGonagall ? Parce que je ne l'ai pas fait pour que ma petite sœur se fasse virer après … Je veux juste la protéger.
– Ne t'inquiète pas pour Astrid. Il faut que je retourne … On en discutera plus tard ! »
James et ses amis sont prêts à monter sur scène, ils attendent impatiemment dans les petites coulisses que le Serpentard avant eux se fasse juger. On garde les notes pour la fin alors le jeune vert et argent s'en va, le regard un peu triste de ne pas avoir été aussi drôle qu'il le voulait. Léon me regarde plein de reproches :
« Qu'est-ce que tu fais ? Tu as l'air totalement ailleurs ! C'est quoi cette histoire avec Côme ?
– Peu importe, c'est bon, laisse-moi, chuchoté-je encore un peu tremblante.
– Fais un sourire et appelle ton cousin, sinon il risque de faire une crise d'épilepsie à cause de ses lunettes. »
Avec un sourire très forcé, j'appelle James et son groupe à monter sur scène. Je suis à peu près sûre qu'il a payé des gens dans le public pour être autant applaudi. Il lance toujours des éclairs avec ses lunettes, avec un ton un peu rauque de chanteur qui pense être un peu stylé, il se met à parler dans le micro et sa voix résonne dans toute la Grande Salle :
« Merci Poudlard d'être là ce soir. On va vous présenter une chanson qui s'appelle Gryffondor, en l'honneur de la meilleure maison du monde. Calmez-vous les Serpentard, on sait très bien que vous êtes jaloux. Et rassurez-vous, elle va certainement vous plaire aussi. Allez, David, balance le son ! »
J'échange un regard amusé avec Léon qui hausse un sourcil circonspect. La modestie n'étouffe plus James Potter depuis quelques temps, depuis qu'un certain préfet-en-chef a pensé que c'était une bonne idée de l'encourager. Je ne parle pas de moi bien sûr. Et ce qu'il a annoncé comme le concert de l'année commence. Me faisant oublier l'espace de quelques minutes mes problèmes et mes interrogations. Parce que, finalement, la musique n'est pas si mal. Même si les paroles sont écrites pas James.
« On est des Gryffondor
Des vainqueurs de la coupe
On a le vent en poupe
C'qu'on touche devient d'l'or
Réveillés à l'aurore
On a monté un groupe
Le groupe des Gryffondor
Et on chante et tu chantes
Avec nous ce refrain
Calmement il t'enchante
Te fait bouger les reins.
A vous les Gryffondor ! »
James s'égosille un peu alors que David accélère le tempo de la batterie. Je n'irais pas jusqu'à lui dire que c'est pas mal mais honnêtement, il joue bien le jeu. La foule d'en bas, surtout du côté des Gryffondor, commence à taper dans leurs mains. Je regarde Léon qui se retient de rire et je ne peux pas m'empêcher non plus de trouver l'effet d'un concert à Poudlard assez réjouissant. James continue, je ne sais pas si on pourra l'arrêter un jour.
« La salle co', c'est confort
Les préfets, on adore
Serpentard, ils ont tort
Les Serdaigle, on dévore
Poufsouffle dort encore
Mais … »
Sa voix reste en suspend alors que je me demande combien de rimes en -or ils peuvent encore faire et en me faisant la remarque que Lysander de l'autre côté avec les préfets des autres maisons risquent de ne pas trop apprécier, c'est dangereux de sa part de ne parler que de Gryffondor et d'insulter les autres. Mais je n'ai pas encore vu la suite, n'est-ce pas. Merlin, je suis naïve.
« Mais Molly c'est la mort !
C'est la mort, c'est la mort
Danse comme un Gryffondor
Qui n'a pas son accord
De bâbord à tribord
Vas-y bouge ton corps ! »
Je n'avais pas encore vu le refrain. Évidemment, ça fait consensus, tout de suite tout le monde rit, se met à applaudir et à balancer le derrière de bâbord à tribord. Je sens les regards se tourner vers moi et ma petite grimace qui encaisse difficilement la trahison. Comment ça, il m'avait prévenu ? Il me fait un petit geste de la main et continue sa chanson en hurlant : « Oh, Molly c'est la mort ». Léon à côté de moi est hilare, c'est compréhensible, tout ce qui m'atteint le satisfait. Je me laisse quand même aller à sourire et quand il termine enfin sa chanson sur un ultime refrain, tout le monde est en train de chanter, d'applaudir, réclamant une autre chanson. Ce James Potter a décidément un culot à toute épreuve qui le rend irrésistible. On aura tout vu, bientôt tout Poudlard va chanter son refrain nul. Merci, cousin. Il m'adresse un clin d'œil alors qu'il salue le public et se retire parce que les juges doivent délibérer. En allant vers les coulisses, il me glisse à l'oreille :
« Tu es le meilleur sujet d'inspiration, tu es presque ma muse, Mollychou !
– J'espère que tu cours vite, Jamie, parce que tu sais ce qu'on dit … Molly c'est la mort.
– C'est un bon slogan que je t'ai trouvé là ! »
Il est tout fier de lui alors que je secoue la tête de désespoir. Malgré tout, je crois que sa performance va l'autoriser à revenir plus tard dans la soirée pour enfin montrer à tout le monde le dur travail d'écriture et de composition qu'il a effectué ses derniers temps. Les préfets ont l'air très enthousiastes, je ne sais même pas pourquoi ça ne m'étonne pas. Il ne reste que quelques Poufsouffle qui doivent reprendre des vieux tubes de Bizarr' Sisters et je pourrais enfin me concentrer sur autre chose.
Sur Scott par exemple et la lettre que j'ai dans ma poche et qui maintenant que j'y pense, me paraît presque brûlante. Je frémis, je n'arrive plus à trouver Scott dans la salle. Il faudrait que je discute avec lui, que j'essaye de comprendre pourquoi il me fait ça. Mais en même temps, s'il me manipule depuis le début, pourquoi ne continuerait-il pas en me disant que ce n'est pas de sa faute, qu'il ne savait même pas qu'Astrid était mêlée à ça, qu'il m'aime à la folie ? Je sens mon cœur battre si fort qu'il résonne plus dans mes oreilles que la voix peu puissante du Poufsouffle de cinquième année. Je ne sais plus quoi faire. Est-ce que je peux encore lui faire confiance ou dois-je tout arrêter avant qu'il ne soit trop tard ?
« Merci à tous pour cette belle soirée, crie Léon pour couvrir les derniers applaudissements. Les préfets vont prendre le temps de délibérer pour désigner le grand vainqueur qui aura l'honneur de pouvoir avoir la scène à disposition jusqu'à ce qu'il soit l'heure d'aller se coucher ! Pendant ce temps, n'oubliez pas de profiter du buffet sur les côtés, même si je sais que certains l'ont déjà bien repéré. »
Je le remercie d'un petit signe de tête de s'être occupé de ça, je n'aurais peut-être pas pu. Un peu tremblante, je descends les petits escaliers pour retourner dans les coulisses où James continue à éblouir tout le monde. J'ai des « Molly, c'est la mort » qui résonnent dans mes oreilles et j'ai l'impression d'avoir pris un énorme coup de massue sur la tête. J'essaye de m'extirper de la foule qui a envahi l'endroit pour féliciter James, tous des lèches-bottes. Soudain, j'aperçois la tête de Côme qui me fait un sourire sans joie un peu plus loin, il est toujours aussi inquiet, je me fraye un chemin jusqu'à lui.
« Je suis désolée, ce n'est pas exactement le moment idéal pour gérer cette crise mais il va falloir qu'on voie ce qu'on peut faire pour Astrid, dis-je en passant une main embêtée sur mon menton.
– Écoute Molly, je sais bien que ce n'est pas pratique, ne t'inquiète pas. On en reparlera demain.
– Vous reparlerez de quoi demain ? »
Je sursaute, Scott s'est glissé derrière moi, en posant une main presque possessive sur ma taille. Il foudroie Côme du regard. J'ai un éclair de panique qui traverse mes yeux, j'ouvre la bouche comme pour dire à Selwyn de ne surtout pas répondre mais je me rends compte que je ne peux pas me permettre de paraître trop suspecte. Pas maintenant. Je souris à Scott en lui donnant un petit coup gentil sur la main.
« Tu es trop curieux, on t'a déjà dit ça ?
– Ah non jamais, mais je crois que c'est à force de trop te fréquenter.
– Figure-toi que Côme à des problèmes en Histoire de la Magie et que je lui proposais de l'aider parce qu'à force de te fréquenter, je suis devenue quelqu'un de gentil.
– C'est génial ça, il n'aura qu'à venir la prochaine fois qu'on voudra travailler tous les deux, tranquillement à la bibliothèque. »
Mon cerveau est tellement embrumé qu'il m'a bien fallu quelques secondes pour comprendre qu'il était tout à fait ironique et qu'il ne cessait pas de mal regarder Côme qui ne savait apparemment pas où se mettre. J'ai fait un signe de la main à son égard pour lui dire de ne pas s'en faire et j'ai attrapé le bras de Scott pour l'emmener à l'écart, qu'on aille peut-être discuter. Peut-être pour que je lui parle de ce que j'ai récemment appris. Peut-être que ça sera une dispute. Je mordille nerveusement la manche de la robe de Roxanne en le tirant hors de la Grande Salle.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Scott ? Pourquoi tu es si méchant avec Selwyn ? demandé-je en m'arrêtant brusquement.
– C'est toi qui est bizarre à aller le voir comme ça tout le temps et à pas vouloir me dire de quoi vous parlez, lâche-t-il avec la mine boudeuse.
– Mais enfin, je t'ai dit que c'était un problème que j'avais à régler en temps que Préfète-en-chef. Crois-moi, ça ne me fait pas plaisir outre mesure de parler avec lui mais il n'a jamais été méchant non plus.
– C'est bien le problème, j'ai l'impression que tu ne me dis pas tout et je …
– C'est bien à toi de dire ça, murmuré-je en plissant les yeux.
– Comment ça ? »
J'ai l'impression qu'il devient d'un seul coup plus imposant, qu'il prend quelques centimètres et me fait sentir soudain toute petite à côté de lui. Il faut que je trouve une excuse, quelque chose. Je ne peux pas me permettre de l'énerver maintenant, j'ai peur des conséquences. Il soupire en se prenant la tête entre les mains, comme s'il était très fatigué et profondément blessé. J'allais essayer de lui attraper la main pour la serrer et qu'il se détende parce que j'ai une petite voix qui me répète en continu dans ma tête qu'il faut bel et bien partie d'un groupe malfaisant. Mais il m'esquive, posant sur moi des yeux déçus.
« Je ne sais plus quoi faire pour te convaincre que je t'aime réellement, Molly. J'ai toujours l'impression que tu m'échappes.
– Weasley ! Ils vont annoncer les résultats ! hurle quelqu'un depuis la Grande Salle.
– Vas-y, Wilkes doit t'attendre. »
Je fronce les sourcils, de tristesse et d'incertitude, et je me faufile à nouveau dans la foule, laissant Scott au milieu du hall à réfléchir sur la vie. Il est temps pour moi de remonter sur scène. J'ai le cœur au bord des lèvres, Léon me fait la réflexion que je n'ai vraiment pas l'air d'aller très bien, il ajoute en riant que je devrais peut-être aller voir Scott pour me redonner des couleurs. Qu'il aille se faire voir. Evan arrive avec le résultat final des préfets. Sans surprise, c'est James le grand gagnant. Je laisse Léon l'annoncer à la foule alors que je fais plus de la figuration qu'autre chose. James explose de joie et surgit sur la scène pour saisir le micro et s'exclamer :
« Je suis trop content, les amis ! Vous avez tous été géniaux, au moins autant que mes chers camarades sans qui tout cela n'aurait pas été possible ! Des applaudissements pour David et Franck pour leurs sons de malade et bien sûr, une ovation pour la magnifique Molly qui, chaque jour, égaye nos vies. »
Il embrasse l'air dans ma direction, je secoue la tête en souriant. Et il dit qu'il est ravi de leur présenter une autre chanson qu'il a appelé le Calmar du lac noir. Son autre muse, j'imagine. Je ne prends pas le temps de descendre les escaliers, je saute directement de la scène pour retourner voir Scott. J'espère qu'il n'a pas bougé, j'atteins le hall avec une boule terrible dans le ventre. Est-ce que je dois l'accuser de mensonges ? Est-ce que je dois lui pardonner parce qu'il n'était peut-être vraiment pas au courant pour Astrid ? Il est toujours là, resté immobile. Je m'approche doucement de lui, il me sourit un peu de travers, évitant de croiser vraiment mon regard. Je glisse ma main dans la sienne. Il chuchote :
« Je suis désolé, je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis énervé comme ça. Je sais très bien que tu n'en as rien à faire de Selwyn. C'est juste que tu me fais tourner la tête à un tel point, Molly Weasley, que mes émotions en sont toutes retournées.
– C'est mignon au fond que tu sois jaloux mais, en fait, ce serait bien que tu ne le sois pas non plus pour rien. »
Il réprime un petit rire et plonge ses yeux dans les miens. Mon cœur bat à un rythme très irrégulier, partagé entre beaucoup trop de choses. Je me hisse à sa hauteur pour l'embrasser. Je murmure, mon front appuyé contre le sien :
« Est-ce que tu veux aller danser ?
– Je ne sais pas, hésite-t-il, je connais une petite salle qui ne risque pas d'être utilisée à cette heure là et qui semble nous tendre les bras.
– Tu veux reprendre le risque finalement ? fais-je dans un sourire en baladant ma main sur son torse.
– Quitte à être jeune, autant vivre dangereusement. »
Je ris doucement alors qu'il prend ma main pour me traîner vers une salle qu'il me certifie être vide et isolée, là où personne, pas même Léon Wilkes ne risque d'entrer à l'improviste. Je lève les yeux au ciel en me rappelant ce mauvais souvenir alors qu'il ferme soigneusement la porte derrière nous.
« Ce n'est peut-être pas aussi confortable qu'un canapé mais tu peux avouer qu'il y a un certain charme à l'interdit. »
Il se penche vers moi pour poser ses lèvres sur les miennes, dans une étreinte qui dure une éternité de chaleur, je continue à avoir une partie du cerveau qui s'interroge sur ses intentions. Je ne sais pas combien de temps je pourrais tenir dans l'ambivalence. Je sens ses mains qui font glisser doucement ma veste, ses lèvres parcourent ma joue pour descendre jusque dans mon cou. Je tressaille. Les paroles de Léon résonnent dans ma tête, ce qu'il m'a dit hier. Et la lettre dans ma poche qui l'incrimine. Non, je ne peux pas faire ça. J'essaye de repousser Scott le plus délicatement possible, murmurant :
« Attends… »
Il n'a pas l'air de m'écouter, laissant à nouveau traîner ses mains vers ma taille et ses lèvres sur mon épaule.
Je pose une main sur la sienne, pour tenter tant bien que mal de lui faire comprendre que quelque chose de va pas. Il ne fait que resserrer l'étreinte, j'ai l'impression d'avoir de plus en plus de mal à respirer. Soudain, mes doigts frôlent un bout de papier. Mon regard tombe sur ma veste qui est sur la table à côté de moi. Je tourne les yeux avec anxiété vers la main de Scott. J'aperçois ce qui ne peut être que la lettre d'Astrid. Mon souffle se coupe, c'est comme si tout devenait à la fois très clair et terrifiant. D'une voix froide et dure, je dis :
« Lâche-moi, Reeve. »
Il s'immobilise. Je n'arrive pas à savoir s'il a compris ou s'il est justement dans un flou total. Mais au fond, je m'en fiche un peu, une colère sourde m'envahit, ravageant tout sur son passage. J'attrape son poignet un peu férocement et le pousse sans ménagement pour pouvoir descendre de la table et me mettre à sa hauteur. Il n'a pas l'air de réagir alors je lui arrache la lettre d'Astrid des mains.
« Molly, bafouille-t-il, qu'est-ce que … ?
– Merlin, ne va pas me dire que tu ne sais pas ce qu'il se passe. Tu n'es pas un idiot, Reeve, n'est-ce pas ? Tu n'es rien d'autre qu'un petit manipulateur. Tu m'embrasses pour détourner mon attention et récupérer ça, je me trompe ? »
Je lui montre la lettre, la preuve de sa trahison que j'ai essayé de protéger, que j'ai voulu garder près de moi pour qu'elle soit en sécurité, qu'elle n'aille pas nécessairement sur le bureau de McGonagall. Scott tente de faire un geste dans ma direction, je l'esquive et sors ma baguette d'un mouvement vif. Je la brandis en direction de sa poitrine pour qu'il recule de quelques pas.
« Molly, arrête, je ne comprends pas ce que tu dis, minaude-t-il. Tu avais cette lettre que t'avait donné Selwyn et j'ai cru que … Je ne sais pas, je voulais savoir pourquoi tu me cachais de quoi vous parliez.
– Non, fais-je en agitant un peu ma baguette pour l'inquiéter. Mauvaise réponse. Tu sais parfaitement ce qu'il y a sur cette lettre. Tu veux juste plus qu'elle ne soit en ma possession. Et tu es fourbe au point de me servir encore tes excuses bidons d'amoureux transi.
– Mais tu sais très bien que je t'ai…
– Non, le coupé-je avec colère. Je vais te lire ce qu'il y a sur cette lettre et tu verras que je sais déjà que tu m'as menti. Tu avais promis de m'en parler et de ne pas les recontacter. C'est trop simple d'envoyer des jeunes élèves à ta place ! »
Avec rage et toujours en pointant ma baguette vers lui, je déplie la lettre et je commence à la lire. Ma voix est de plus en plus tremblante.
« Chers Salvateurs, tout se passe comme prévu. Notre garçon a enfin réussi sa mission, il ne peut pas prendre contact avec vous mais le plan est en marche. Je continue à le surveiller et à vérifier que tout se passe bien. »
Je m'arrête pour le dévisager d'un regard noir, empli de déception. Il recule d'un pas, hésitant à répondre quelque chose. J'aurais aimé qu'il me dise que ça n'a rien à voir, que ce ne sont que des élucubrations d'une jeune serpentard en manque d'amour qui invente tout ça mais je sais déjà que ce n'est pas vrai. Il ne pourra pas me faire croire ça une deuxième fois, il le sait. Je n'ai plus confiance en lui, je me sens profondément trahie. Écœurée, je lâche :
« C'est quoi la suite du plan ? Que tu m'embrigades ? Que tu m'aveugles complètement pendant que vous recrutez au château ? Que tu puisses faire ce que tu veux et attaquer ceux qui sont contre vos idées ? Mais Merlin ! Dis quelque chose ! »
Je sens les larmes me monter aux yeux, je ne vais pas résister à la tentation de lui jeter un sort s'il ne parle pas rapidement. Mais quand il ouvre le bouche, je sais déjà que ce qu'il me dira ne me satisfera pas du tout.
« Je t'aime Molly, je t'ai déjà dit qu'ils n'étaient rien pour moi, je n'ai pas eu le choix, c'est tout. Je ne savais même pas qu'Astrid Selwyn faisait partie du même … Je n'en avais aucune idée, Molly, crois-moi.
– Ah vraiment ? Alors comment tu sais que c'est Astrid Selwyn qui a écrit cette lettre ? Je ne l'ai pas dit, Scott. Tu t'enfonces de plus en plus. Et tu sais très bien que je ne pourrais pas te récupérer. Je ne voulais pas aller en parler à McGonagall parce que Côme s'inquiète pour sa petite sœur et que je voulais te protéger mais je ne sais plus très bien ce qui me retient. »
Il hurle mon prénom alors que je le bouscule pour sortir de cette salle. En passant la porte, ma vision se brouille, je sens que je vais littéralement exploser. J'avais tellement confiance en lui, je m'étais tellement attachée, j'étais tellement aveuglée. Je ne sais même pas si j'ai réellement envie d'aller le dénoncer à Minerva, avouer notre sortie nocturne à Pré-au-lard, l'existence d'un groupe de mage noire qui commence à infiltrer Poudlard. Il me rattrape, empoigne mon bras pour m'arrêter en me suppliant d'un gémissement :
« Molly, non, Molly, tu ne peux pas me faire ça. Ça n'a pas compté pour toi tout ce qu'on a vécu ?
– Ne me touche pas ! »
J'ai crié. Un silence phénoménal s'est installé, tout le hall s'est retourné vers nous. Il a enlevé sa main de mon bras lentement alors que je recule d'un pas. Tout le monde retient son souffle, Scott, comme moi, comme tous les autres spectateurs. Son menton se met à trembler, il va se mettre à pleurer. Je le dévisage sans aucune pitié, aucune compassion dans le regard. Un dégoût pur et simple. Ce qu'il fait me révulse, de la manipulation de bout en bout, je ne peux plus me faire avoir.
« Tu ne peux pas me faire ça, Molly, murmure-t-il. Attends qu'on en discute avant …
– Non, ça suffit, Reeve. Dégage de mon chemin.
– Est-ce que tu vas aller le … ?
– Si tu m'approches encore une fois, je te jure que je n'y manquerais pas. »
Il déglutit et recule de quelques pas avant de s'enfuir. J'ai le cœur qui bat à toute vitesse, des pulsations dans tout mon corps et dans ma tête. Merlin, dans ma tête, ça me lance, comme si un Focifère s'était mis à y chanter depuis trop longtemps. Je me rends compte qu'une multitude de regards curieux sont tournés vers moi. Je ne prends pas la peine d'expliquer quoi que ce soit, je fonce tête baissée dans la Grande Salle où James chante encore.
C'est une chanson d'amour, je ne vois autour de moi plus que des couples qui dansent l'un contre l'autre. Une vague d'émotion me traverse et amène quelques gouttes salées au coin de mes yeux. Je ne sais pas très bien ce que je cherche, pourquoi je ne suis pas remontée directement dans le dortoir et allée pleurer dans mon oreiller. Au fond, je sais que je veux trouver les yeux réconfortants de Roxanne, de Fred, de quelqu'un qui pourra me tenir dans ses bras. Je me sens si seule. Roxanne est accrochée au cou d'Evan et Fred serre Effie contre lui. Si seule.
« Hé, Mollynette, tu voudrais bien m'accorder cette danse ? »
Je me tourne vers le Scamander qui a posé une main sur mon épaule. J'ai cru un instant que c'était Lorcan mais ce n'est que Lysander. Son frère doit certainement danser quelque part avec Coralie Catham. Lysander me sourit, un peu tristement et je me jette presque dans ses bras pour qu'il ne voie pas toutes les larmes que j'ai envie de laisser couler. Elles trempent sa chemise mais peu importe, il m'enserre de ses bras et caresse doucement mes cheveux. Il se balance au rythme de la musique et ne dit rien. Il ne me fait même pas remarquer que je renifle dans son cou, il reste silencieux et je l'en remercie. Bercée par la musique et la douceur de cette danse inespérée, je finis par me calmer enfin.
« Dans la nuit de tes yeux
Où nagent les étoiles
Nos draps comme des voiles
Naviguent dans les cieux. »
La musique s'arrête sur les derniers accords de Franck, à la guitare. Je relève mes yeux rouges vers ceux de Lysander qui paraissent inquiets. Il chuchote :
« J'imagine que tu ne veux pas en parler. »
Je secoue la tête. Non, je ne veux pas en parler. Je ne veux plus y penser. Les larmes sont encore si proches, mes nerfs sont à vif. Il acquiesce, compréhensif. Mais mes pensées ne peuvent s'empêcher de me faire visionner à nouveau tous les moments passés avec Scott, ces sensations incroyables qui me semblent toutes être des trahisons, des mensonges. J'ai bien failli tout lui donner. Je m'effondre à nouveau en quelques secondes. James recommence à hurler : « Mais Molly c'est la mort ». Et c'est certainement vrai. J'ai comme l'impression de ne plus être en vie. La moitié de la salle penche la tête pour essayer de m'apercevoir. Délicatement, Lysander écarte la foule pour me faire sortir, il chuchote :
« Viens, on ne respire pas ici. »
Mais je continue à entendre crier autour de moi les couplets de James :
« Et on chante tous en cœur
Mais Molly c'est la mort
Merlin plein de rancœur
Elle te brise le cœur
Dans tes yeux la terreur
Sans pitié elle instaure
Pire qu'un alligator. »
Mon cousin ne se rend pas compte que tout a été inversé. Que je verse plus de larmes qu'un crocodile et que c'est moi qui ai le cœur brisé. J'ai la tête qui tourne, les paroles de la chanson, les mots de la lettre et ceux de Scott s'entremêlent dans mon esprit. Je suis Lysander sans réfléchir mais quand je me rends compte qu'il ouvre la porte de la salle vide où j'étais juste avant avec Scott, je me demande s'il n'a pas fait exprès pour me faire souffrir encore plus.
Ma veste gît la table où j'étais assise pendant qu'il m'embrassait. Je reste à la porte, à revoir se dérouler la scène, sa main dans la poche de ma veste qui récupère la lettre, ses baisers n'étaient qu'une stratégie. Comme la débutante que je suis, je suis complètement tombée dans le panneau. Lentement, je m'avance dans la pièce sous les yeux de Lysander qui reste silencieux en fermant discrètement la porte. Mes doigts effleurent le tissu de ma veste, maudite veste. Merlin. Mon regard s'assombrit, tout s'est écroulé autour de moi. Quelles barrières me retiennent ?
Je jette ma pauvre veste par terre dans un geste vif et j'attrape la première chose que je trouve devant moi, c'est-à-dire, une chaise et je la lance à travers la salle. Elle s'éclate contre le mur. Je renverse d'un mouvement brusque et enragé la table qui valse et va tomber sur celle de derrière. Cet élan de violence ne me paraît pas suffisant, je dégaine ma baguette et la fait tourner dans les airs. Les meubles de la pièce s'envolent tous, s'entrechoquent, se brisent les uns contre les autres dans un tourbillon furieux. C'est le chaos pendant quelques secondes, tout est sens dessus dessous et les débris de table se mélangent avec ceux de mon cœur dans un tumulte impressionnant. Puis tout retombe violemment sur le sol. Ce n'est plus que des ruines. Je tombe moi aussi à genoux, contemplant le désordre que j'ai créé à travers mes yeux embrumés de larmes. Je n'arrive plus à rien faire d'autre que sangloter. Je déteste ça. Merlin, je déteste Scott pour m'avoir donner l'espoir que tout soit vrai.
Lysander s'approche doucement de moi et pose une main bienveillante sur mon épaule, il frotte mon dos pour me consoler. Il ne dit toujours rien. Je finis par relever la tête et je soupire entre deux reniflements :
« Je suis fatiguée, Lysander.
– Je sais, chuchote-t-il. Je te ramènerai à ton dortoir quand tu seras prête à sortir.
– Merci. »
Il hoche la tête, compréhensif. Alors que les palpitations de mon cœur deviennent enfin plus régulières et que mes esprits s'éclaircissent progressivement. Je souffle pour essayer d'arrêter de pleurer comme ça, j'ai l'air d'une idiote. Ce sale traître, lui, doit être en train de paniquer. Il n'en a certainement rien à faire de ce qu'il m'a fait, il flippe juste parce qu'il sait que je ne vais pas le laisser s'en sortir comme ça. J'espère qu'il a bien peur. Je me lève en séchant mes larmes dans la veste que j'ai ramassée. Lysander m'observe du coin de l'œil tout en levant sa baguette pour essayer de réparer les dégâts. Il lance une série de Reparo alors que j'essaye de me recoiffer pour être présentable.
« Je suis désolée, j'ai gâché ta fin de soirée, déclaré-je d'une voix encore un peu saccadée. Je suis pitoyable de toute façon.
– Ce n'est rien. Tu as le droit d'être en colère et d'être triste. Je ne sais pas ce qu'il t'a fait mais ça a l'air légitime.
– C'est un menteur et un manipulateur, dis-je d'une voix la plus froide possible. Je lui faisais confiance et il m'a trahie alors que … »
Ma voix se brise, je secoue la tête. Je ne finis pas ma phrase mais Lysander doit comprendre parce qu'il hoche la tête et n'insiste pas. Il remet sagement la salle en ordre et répare les dégâts. Il n'attend qu'un signe de ma part pour ouvrir la porte et, comme un garde du corps, il m'accompagne à travers les couloirs jusqu'à la Tour de Gryffondor. La fête est finie. Mais le refrain continue à être murmuré dans les couloirs.
« Oh, Molly, c'est la mort.
Danse comme un Gryffondor
Qui n'a pas son accord
De bâbord à tribord
Vas-y bouge ton corps. »
