Lundi 14 Octobre
C'est comme si elle déclarait ouvertement la guerre. Roxanne m'a snobé ce matin en cours de Potion, j'avais espéré qu'elle accepte de prendre la place de Scott mais elle a filé à côté de Lorcan et c'est pire que tout. Je ne lui ai pas parlé depuis hier, elle m'énerve mais Merlin, je ne sais pas pourquoi elle réagit bizarrement. En temps normal, elle m'aurait soutenu plutôt que se moquer de moi. Sauf si je me trompe complètement mais vu comme je la connais, je ne me trompe que rarement. Elle m'en veut pour quelque chose et elle est insupportable quand elle est comme ça, parce que je n'arrive pas à savoir exactement pourquoi.
Eugénie s'assoit à côté de moi et me regarde avec un peu d'inquiétude dans les yeux. Je sens qu'elle va me demander si je vais bien, si je vais supporter que Scott s'installe en face de moi pendant une heure. La réponse est certainement non, pourquoi demander alors ? Mais elle dit simplement :
« On peut demander à Lysander s'il ne veut pas prendre la place de Scott avant qu'il n'arrive, si tu as envie. »
Je cherche le Scamander des yeux, il entre à peine dans la salle. Je hoche la tête en direction d'Eugénie et fais un signe de la main à Lysander pour qu'il s'approche.
« Weasley, quand tu agites le doigt comme ça, j'ai toujours l'impression que je suis un petit chien que tu appelles pour qu'il vienne à ton pied. Et finalement, crois-le ou pas, il y a toujours quelque chose qui me gêne un peu.
– Scamander, est-ce que tu peux me rendre un service, t'asseoir sur cette chaise en face de moi et empêcher quelqu'un de malveillant de s'y installer ?
– Et t'empêcher de tuer quelqu'un ? Bien volontiers, dit-il en souriant et en posant ses affaires à la place de Scott avant qu'il n'arrive. Tu m'en devras une, ça ne te dérange pas ? En fait, je devrais te faire un compteur, tu m'en dois un peu plus qu'une.
– Je sais. Je ne te remercie jamais assez, Scamander. »
Il hausse un sourcil étonné mais fait un sourire satisfait. Eugénie le regarde en secouant la tête, comme si elle ne le supportait plus. Puis, elle me donne un petit coup de coude pour me montrer l'arrivée de Scott. Je lui jette un coup d'œil, pour vérifier qu'il a bien compris le message, il n'a plus le droit de m'approcher alors il doit changer de table. Je vois qu'il regarde en direction de Lysander avec des petits yeux noirs. Je me tourne vers mon ami de Serdaigle qui me dit avec un sourire en coin :
« T'inquiète, il ne marchera pas sur nos plates-bandes. Le voilà. »
Je sens sa présence juste derrière moi. Je soupire, un peu plus fébrile que je n'aurais voulu l'être et j'adresse un sourire à Lysander en lui disant :
« Tu peux dire à l'autre Blaireau derrière moi que sa place est déjà prise et qu'il peut aller s'en trouver une le plus loin possible de moi.
– Pourquoi voudriez-vous que Monsieur Scamander dise cela ? »
Merlin, quelle malheureuse erreur ! Lysander est mort de rire alors que je me tourne, affreusement embarrassée, vers Madame Griffith qui hausse un sourcil surpris. Mes yeux s'écarquillent, je vois Scott, qui est allé s'installer un peu plus loin, qui se retient de rire et ça me met un peu plus hors de moi. Je finis par bafouiller un peu et dire à la professeur :
« Excusez-moi, Professeur, ça ne vous était pas du tout adressé du tout. Je … Je suis vraiment désolée.
– La prochaine fois, faites plus attention, miss Weasley. Et prévenez-moi des éventuels changements de place.
– Bien sûr. »
Eugénie soupire pendant que Griffith s'en va vers d'autres victimes. Je la regarde en me mordant la lèvre, j'ai presque envie de rire. Elle secoue la tête, l'air de me reprocher quelque chose. Je finis par hausser les épaules en chuchotant :
« Au moins, le Blaireau en question est à plus de trois mètres de moi.
– Tu en es à un point où tu ne peux plus l'appeler ni par son prénom, ni même par son nom, remarque Eugénie en fronçant les sourcils. Tu ne veux vraiment pas nous expliquer ce qu'il s'est passé ? »
Je fais une petite grimace. Pour dire vrai, j'en suis au point où même penser à lui est douloureux. Et chaque personne qui m'en parle devient un tortionnaire. Ce qu'il s'est passé, c'est que j'avais confiance en lui et qu'il a tout détruit, pire que moi dans une salle vide. J'échange un regard avec Lysander, il a l'air de comprendre mais comme ça reste Lysander, il fait semblant de bailler et ne m'aide surtout pas. J'aurais dû mieux choisir mes alliés, enfin, mon allié. Je soupire et me tourne vers Eugénie en essayant de trouver quelque chose à dire pour expliquer.
« Trahison. »
C'est concis, mais c'est facile à comprendre. Elle hoche la tête et demande, l'air presque innocent :
« Il aime quelqu'un d'autre ?
– Non, avec ça j'aurais pu être un peu plus clémente.
– J'ai entendu dire que tu l'as quitté parce que tu pensais encore à Lorcan. Et que tu avais embrassé Léon. »
Je pivote vivement en direction de Shanna Ackernon, qui avait fini d'aligner fièrement tous ses ingrédients dans un ordre de couleur. Je sens bien que j'ai les joues rouges de colère et que je risque de ne pas être aimable avec elle, qui pourtant m'indiffère d'habitude. Lysander a tourné lentement la tête pour la regarder et dit d'une voix dure :
« T'es sérieuse ? Et qui t'a raconté ça ?
– Qu'est-ce que ça peut faire ? C'est vrai ou pas ?
– J'ai quitté Scott parce que ce n'était qu'un Merlin de manipulateur, déclaré-je en sentant mon cœur s'accélérer. D'ailleurs, à ce que je vois, il a réussi à te manipuler aussi. Bien joué. On fait partie du même club maintenant. »
Je lui lance un regard dénué d'amitié. Elle ne fait que hausser les épaules. Apparemment, elle pense que je mens. Ça réveille en moi une fureur assez terrible, mon poing se serre pour essayer de me contenir mais je ne peux pas m'empêcher de jeter un coup d'œil derrière moi, Scott fait comme s'il regardait le tableau mais je vois bien qu'il a détourné le regard en voyant que je me retournais. D'accord. L'évitement ne suffit pas, il faut passer à la confrontation. J'adore la confrontation. C'est stimulant sur moi. Mais quand je pense à lui, je ne peux pas m'empêcher de le revoir me dire qu'il m'aime et qu'il me promet qu'il m'avertira de chaque faits et gestes de son association. Il met des gens en danger en continuant de l'aider. Je n'ai plus que ça en tête et ça me ronge de l'intérieur.
Madame Griffith a beau m'intéresser en temps normal, j'ai du mal à être vraiment attentive. J'attends la fin de son cours comme si j'étais un lion en cage. Dès qu'elle nous laisse sortir, je bondis sur mes pieds, jette mes affaires dans mon sac et me précipite vers Scott. Il doit voir que je suis furieuse parce qu'il pâlit et lève les mains vers moi, comme pour m'empêcher de l'agresser. Avec toute la délicatesse que j'ai, je l'attrape par le poignet pour qu'il s'approche et que je puisse lui dire à l'oreille :
« Toi, tu arrêtes de raconter de la merde et à l'heure du déjeuner, tu me retrouves dans le parc, près du lac. J'ai des choses à te dire.
– Molly, je … Attends, je peux t'expliquer ... »
Mais je suis déjà en train de faire demi-tour. Je m'arrête pour le couper sèchement :
« Pas maintenant. »
Il laisse tomber assez vite. Je file en Arithmancie, le cœur serré et avec une méchante envie de rendre sa vie la plus difficile possible. J'ai bien quelques idées en tête, ça ne manque jamais. Je n'arrive pas du tout à me concentrer sur les équations du professeur Icosium. Tout ce que j'ai en tête, ce sont des images des derniers jours et tout ce sur quoi il a menti, tout ce qu'il a feint et tout ce que j'ai cru. Je revois ses mains effleurer ma peau, ses lèvres qui étaient si douces. Merlin, je ne peux pas me faire avoir plus d'une fois. Maintenant que je suis prévenue, je dois pouvoir agir contre, à la manière d'un vaccin.
Je me retrouve, la baguette à la main, à l'attendre, plantée derrière un arbre. Je suis tremblante. J'ai beau essayer de contenir la violence qui reste en moi, elle pourrait bien lui exploser à la figure. Est-ce pour ça que j'ai pris un lieu de rendez-vous éloigné du château ? Certainement, parce qu'on ne peut pas tout maîtriser dans la vie.
« C'est marrant que tu m'aies donné rendez-vous à l'endroit de notre premier baiser. »
Il a dit ça, les yeux attristés, pleins de regret, en marchant vers moi, comme s'il allait au bagne. J'ai laissé échapper un ricanement méprisant en levant ma baguette vers lui, le regard froid.
« Tu ne te souviens donc pas le contexte de notre premier baiser ? La caverne avec tes amis mages noirs, comment tu les appelles ? Les Salvateurs, c'est ça ? Pourtant, c'est amusant qu'ils soient à l'origine de notre relation et la cause de sa fin.
– Laisse-moi t'expliquer, tu as l'air de croire des choses qui ne sont pas vraies. Ils ont essayé de me piéger quand ils ont su que je ne voulais plus continuer ma mission. J'essayais de te protéger et tu es tombé dans leur panneau. Merlin, je pensais que tu étais clairvoyante.
– Ferme-la, Reeve. Je ne crois plus un seul mot qui sort de ta bouche. On va faire autrement, je vais poser des questions auxquelles tu vas répondre sans mentir, sans omission et avec précision. Si je ne suis pas satisfaite ou si je trouve que tu ne dis pas la vérité, ma baguette fera des choses que tu n'imagines même pas. »
Il observe ma main qui tient ma baguette en question. Elle tremble légèrement. Et il me regarde droit dans les yeux. Il semble désespéré, à fond dans son rôle et hoche la tête avec un air meurtri, trahi. Je refuse qu'il échange les rôles. Je suis la victime dans l'histoire, je mérite ma vengeance. Je commence mon interrogatoire :
« Tu n'as jamais arrêté ta mission, n'est-ce pas ? Ta mission était de sortir avec moi, de m'aveugler, me manipuler … Je voudrais savoir pourquoi tu as fait ça ? Quel est le but derrière cette Merlin de mission ?
– Je n'en sais rien. Je devais juste me rapprocher de toi et avoir ta confiance… Je te jure, Molly, que je n'ai pas eu le choix. Je te jure que j'étais sincère, je n'aurais jamais pu te mentir comme ça, je t'aimais et je t'aime toujours autant. Mais ils me menacent, Molly, ils connaissent toutes mes faiblesses et Merlin sait que tu es l'une d'entre elles.
– Stop, le coupé-je avant qu'il se finisse en larmes en train d'agripper ma jupe pour me supplier de l'écouter. Je n'ai pas eu de réponse sincère. Ce n'est pas parce que tu pleures de façon convaincante que je vais gober tout ce que tu dis. C'est fini ça. Je t'ai laissé une chance pour m'expliquer la dernière fois, pour m'informer de ce qu'ils faisaient et toi, tu as continué. Tu comprends que je ne pourrais plus jamais avoir confiance en toi. Tu me connais, n'est-ce pas ? Tu sais ce que je fais à ceux qui sont dans ton genre. Si tu m'aimes, pour moi, ça ne reste qu'un moyen de te faire souffrir. Maintenant, je veux des noms, qui est mêlé à ça ? Vous n'êtes que deux à Poudlard à être impliqués ou c'est complot massif et la moitié des élèves est au courant ? »
Il me regarde, brisé. Je n'ai aucune pitié. Il ne peut pas être sincère. Je ne peux pas me faire avoir une nouvelle fois. Il essuie ses larmes maladroitement avec sa manche et renifle. Je crie pour le faire réagir :
« Merlin, réponds-moi !
– Je ne sais pas. Je ne savais même pas qu'Astrid me surveillait. Je l'ai soupçonné mais c'est tout. Je te promets que je n'étais pas au courant et que je n'ai jamais voulu les recontacter depuis que je t'ai promis que je ne le ferais pas. Molly, écoute-moi au lieu de me regarder comme ça. Je sais que tu es en colère contre moi mais je t'aime à la folie. J'ai tout essayé pour te protéger mais …
– C'est toi qui va m'écouter. J'ai la preuve que toi et Astrid Selwyn, vous faites partie d'une organisation malveillante utilisant la magie noire. Je peux la porter à tout moment sur le bureau de McGonagall et, crois-moi, elle se fera un plaisir de résoudre ce problème.
– Ne fais pas ça ! Ne fais pas ça ! Ils me condamneraient à mort et toute ma famille avec ! Molly, tu ne peux pas faire ça !
– Tais-toi. Je n'ai pas dit que je le ferai. Je te laisse une dernière chance, Reeve. »
Il fait un gros effort pour continuer à me regarder malgré les larmes qui brouillent sa vision. J'affiche un sourire un peu tordu en ajoutant :
« On va mettre des conditions à ta liberté. Si tu ne les respectes pas, la lettre d'Astrid va directement sur le bureau de notre cher directrice et tu fais tes bagages. »
Il hoche la tête précipitamment alors que je prends un grande inspiration. Je ne peux pas avoir de la pitié pour cet être torturé. Ce n'est pas quelqu'un de bien.
« Premièrement, tu ne m'approches pas si je n'en ai pas envie. Tu ne me parles pas, tu restes loin de ma vie et je ne veux plus entendre parler de toi. Tout ce qu'on a vécu n'existe plus et c'est comme si ça n'avait jamais existé pour moi.
– Mais ... Je t'aime. Comment peux-tu oublier alors que c'était si fort ? C'est peut-être toi qui me mentais après tout, hein ?
– Je t'ai dis de ne pas me parler. Il va falloir que tu arrêtes d'essayer de me manipuler, je ne suis plus dupe, Reeve. Mais, je veux que tu restes à ma disposition pour répondre à mes questions concernant ton organisation. Il est hors de question qu'ils s'en sortent alors qu'ils sont des criminels. Ils ont voulu s'en prendre à moi d'une manière ou d'une autre, ça ne restera pas impuni. Et enfin ... Ne grimace pas, c'est mieux que la mort, non ? Enfin, tu pourras me rendre certains services si l'envie m'en prend. »
Mes yeux se posent, entre la moquerie et l'animosité, sur lui, agenouillé dans l'herbe, se trempant de ses propres larmes. Je ne sais pas si j'y suis allé trop fort. Mon objectif de zéro pitié semble réussi, je n'ai pas plié devant ses supplications. J'ai gagné. Ou je l'ai achevé, je ne sais pas. Je range ma baguette, soudainement un peu plus fatiguée. Je dis sèchement :
« Relève-toi. Tu n'auras pas ma merci en te rabaissant.
– Je te jure que je ne t'ai pas menti, Molly. Comment j'aurais pu mentir sur cet amour ? Il était si réel, il était si beau.
– Reeve, tu as passé ta chance. »
Ma voix est sans appel, elle ne laisse que le vent pour briser le silence. Il me regarde, cherchant à croiser mes yeux, à ce que je l'écoute. Mais il va falloir qu'il respecte les règles mieux que ça. Je claque ma langue sur mon palais, impatiemment, et demande une dernière chose qui me démange :
« Est-ce que tu es allé raconté à tout le monde que je t'avais quitté parce que je pensais encore à Lorcan ou que tu étais jaloux de Léon ?
– J'ai le droit de parler, là ? demande-t-il en fronçant les sourcils de colère alors que je lève les yeux au ciel.
– Laisse tomber. Restons-en là.
– Je n'ai rien dit. Mais ça ne veut pas dire que je n'en pense pas moins. J'ai l'impression que tu te sers de cette lettre comme d'une excuse pour me quitter.
– C'est ça, je ne t'aimais pas assez. Tu es pire que ce que je pensais. »
Je ne prends pas la peine de lui dire au revoir, je m'en vais simplement. J'ai moi aussi les larmes aux yeux. Je n'ai pas envie, surtout pas, qu'il mette des idées dans ma tête qui vont germer et aller lui trouver des excuses. J'en ai assez.
Alors que je remonte le chemin pour revenir à l'intérieur du château, j'entends une voix énervée qui crie mon nom. La bonne vieille habitude, tout le monde a envie d'être énervé contre moi. Je me retourne en m'attendant à à peu près n'importe qui sauf le préfet de Poufsouffle, visiblement peu content, qui fonce sur moi.
« Bonjour Dorian, tu as l'air en grande forme aujourd'hui, tenté-je pour essayer de l'apaiser.
– Je ne sais pas à quoi tu joues, Weasley, mais c'est vraiment bas de ta part. »
Il n'est pas, en effet, très content. Je cligne des yeux plusieurs fois, ne comprenant pas vraiment où il veut en venir. Je finis par soupirer en haussant les épaules.
« Je n'ai aucune idée de …
– Merlin ! Mais regarde-le, crie-t-il en pointant du doigt l'endroit où se trouve encore Scott dans un état déplorable. Est-ce que tu sais au moins ce que tu es en train de lui faire ?
– Je remets les choses en ordre, dis-je avec un petit sourire méprisant. S'il t'a demandé de m'inciter à avoir pitié de lui, c'est raté. »
Je me tourne pour reprendre ma marche et m'éloigner de lui. Dorian Smith a toujours été très gentil. Mais au fond, je sais bien que ce sont les plus gentils qui se font avoir le plus facilement. Il me rattrape en quelques enjambées colériques et se plante devant moi, le regard noir. Je lève les yeux au ciel et m'arrête en soupirant à nouveau.
« Molly, tu ne te rends pas compte de l'état dans lequel il est depuis que tu l'as quitté. C'est pire qu'avant ! Je le connais bien mieux que toi, tu sais. Je suis son seul ami, il n'est pas très bavard et il est timide mais il est gentil. Il a eu de gros problèmes dans sa famille qui l'ont conduit à s'isoler. J'étais le seul à m'en préoccuper. Jusqu'à ce que, comme par miracle, tu te mettes à t'intéresser à lui et alors là … Je ne l'avais jamais vu comme ça, il rayonnait, il parlait beaucoup plus, de toi surtout, mais il était heureux ! Merlin, Molly, tu sais très bien que je te respecte, je t'admirais même … Mais tu me déçois franchement. »
Il va me faire pleurer. Je l'observe pendant tout son discours, j'étais déjà fatiguée mais il n'arrange rien. Je sais parfaitement que ce que j'ai fait semble terrible, surtout sorti de sa bouche. Mais ce n'est pas ma réalité. Je ne peux que répondre, d'un air un peu las :
« Je ne vais pas lui pardonner parce que tu me fais un discours émouvant, Smith. C'est trop tard, je ne reviendrais pas en arrière.
– Pourquoi tu es si cruelle ? Pourquoi tu ne veux pas voir que tu te trompes peut-être ? Mais enfin, qu'est-ce qu'il a bien pu te faire pour que tu changes d'avis si vite à son propos ? Tu l'aimais aussi, n'est-ce pas ?
– Je ne sais plus très bien, avoue-je soudain d'un ton dur. Peut-on aimer quelqu'un qui nous ment ?
– Mais tu ne sais pas, peut-être qu'il ne te mentait pas ! Je crois vraiment qu'il était sincère.
– Arrête de vouloir le sauver à tout prix, Dorian, tu me fais de la peine. Je n'ai pas plus de temps à perdre à essayer de comprendre pourquoi il a fait ce qu'il a fait. »
Il serre le poing. Je sais, j'ai le don d'énerver les gens ces derniers temps. Je fais un petit haussement d'épaule désolé et je fais un pas de côté pour qu'il ne soit plus sur mon chemin. Je me remets à avancer en espérant qu'il en restera là. Mais il finit par dire, d'une voix forte :
« Je ne te comprends pas, Molly. Si tu tenais à lui, tu ne lui aurais pas fait pas ça.
– Tu n'as qu'à aller le dire à Scott lui-même. Ce n'est pas moi qui ai tout foutu en l'air. »
Il y a de la déception dans le regard de Dorian, il a envie de m'insulter très certainement. Alors que je me sens profondément mal. Il n'y a personne pour me comprendre. Je finis ma journée, assise par terre dans la salle de réunion, rongée de l'intérieur. Parce que je nous revois sur le canapé, je revois Léon nous interrompre et je me pose beaucoup trop de questions à la minute sur ce qui aurait pu se passer, sur ma santé mentale, sur ce que m'a dit Dorian. Silencieusement, je laisse échapper des larmes alors que j'avais juste voulu être tranquille pour lire les conseils du manuel de potion sur la préparation du prochain cours.
La porte s'ouvre. Merlin, ce n'est pas possible d'être en paix, j'émets un grognement contrarié en fermant mon livre et en le fourrant dans mon sac. Ça ne peut être que Léon et j'ai tout sauf envie de discuter avec lui.
« Tu te caches pour pleurer, Weasley ? demanda-t-il, sans pitié.
– Et ça te pose un problème, peut-être ? »
Je réagis au quart de tour, me levant, prête à lui laisser la salle et trouver un autre endroit pour me cacher pour pleurer, comme il dit. Il m'arrête en attrapant la bretelle de mon sac. Il a des yeux presque inquiets, qui semblent m'interroger. Merlin, Léon Wilkes, laisse-moi tranquille, disent les miens, suppliants, mais il ne comprend pas. Personne ne me comprend ces derniers jours. Je laisse échapper un soupir plaintif alors qu'il me dit :
« J'ai croisé McGonagall tout à l'heure, elle était contente de notre petite soirée. Elle a dit que c'était bien et qu'il fallait qu'on continue à travailler ensemble.
– C'est absolument génial, dis-moi. Mais, Wilkes, il va falloir que tu dégages de mon chemin, si tu veux rester suffisamment longtemps en vie pour qu'on devienne une vraie équipe. Car, tu sais ce qu'on dit sur moi, Molly c'est la mort, elle te tue d'un regard et …
– Dans tes yeux la terreur, sans pitié elle instaure, me corrige-t-il avec un sourire amusé avant de le perdre pour devenir plus sérieux.
– Adorable, tu la connais par cœur, James a vraiment beaucoup de talent …, soupiré-je en essayant de passer.
– Weasley, arrête ! me coupe-t-il en voyant que je me décompose. Tu ne vas vraiment pas bien. Et tu n'as pas l'air de pouvoir gérer ça toute seule. J'ai discuté avec Lysander, il m'a dit que tu ne voulais pas en parler mais je ne peux pas te laisser te morfondre comme ça plus longtemps. »
Je le dévisage, devenant soudainement plus en colère qu'autre chose. De quel droit il discute de moi avec Lysander ? Merlin, même Roxanne n'en a rien à faire ! Et lui, que je déteste, veut me faire croire qu'il en a quelque chose à faire ? Ça suffit. Je grogne :
« Vous êtes si mignon à vous occuper de moi ! Mais si j'avais voulu te l'expliquer à toi ou à Lysander, je l'aurais fait de mon plein gré. Et depuis quand tu parles de moi avec lui ? Vous avez l'intention de me créer un fanclub ou quoi ?
– Il est préoccupé parce qu'il est ton ami et je m'inquiète parce que tu es Préfète-en-chef et qu'on a besoin de toi en état de travailler et de réagir aux problèmes, ce que tu ne peux pas faire si tu passes ton temps enfermée ici. Que ce soit seule pour pleurer ou avec ton petit copain pour vous embrasser.
– Va voir en enfer si j'y suis, Wilkes. »
Il voit bien que je suis énervée. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il est loin d'être la première personne de la journée à m'avoir mis dans cet état et qu'il risque d'en subir les conséquences pour tout le monde. Pourtant, il ne me lâche pas. Il garde des yeux durs rivés vers les miens. On se regarde dans les yeux, c'est à celui qui se détournera le premier. Je ne laisse pas gagner, déterminée à partir en le laissant penaud. Je ne sais pas s'il parle pour me déconcentrer mais il dit en haussant les sourcils :
« J'ai appuyé là où ça fait mal, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour que tu passes du mode adolescente dégoulinante d'amour au mode fureur et désespoir ? »
J'avais comme premier projet de ne pas répondre mais c'est plus fort que moi, je réplique :
« Pour différentes raisons. Et aucune qui ne te concerne. Laisse-moi être en colère si j'en ai envie, je ne vois pas en quoi ça m'empêche de faire bien mon travail. En fait, c'est plutôt toi qui me dérange qu'autre chose. Tu vois, j'étais tranquille à faire mes devoirs et tu viens pour me parler de quelque chose dont, Merlin, je n'ai aucune envie de parler, surtout pas avec toi. Va plutôt voir Emeline. Ou, tu sais quoi ? Demande-lui si vous ne pouvez pas aller tous les deux dans l'école privée de sa mère, ça fera des vacances à tout le monde. »
J'ai l'impression qu'il sourit imperceptiblement et il hoche la tête, presque satisfait. Trouvant sa réaction inattendue, je plisse les yeux et recule légèrement. J'ai attendu la réponse cinglante, la réplique blessée. Mais rien, il a continué à me regarder dans les yeux, refusant lui aussi de perdre ce duel. J'ai cru qu'il allait finir par laisser tomber et me laisser partir mais il n'a rien fait de tout ça, il a juste dit, comme si c'était une évidence :
« Tu as besoin d'un punching-ball pour aller mieux, Weasley. Tu en as de la chance, je suis là.
– Tu n'es pas livré avec les gants ? demandé-je sans vraiment réfléchir.
– C'est normal que tu sois triste ou en colère, je t'avais prévenu que tu risquais de tomber de haut. Tu as préféré te jeter dans les bras de ton Poufsouffle. Tu vois où ta vie dangereuse t'a menée, maintenant ?
– Je n'ai pas besoin de tes leçons de morale, Wilkes. »
Il hausse les épaules en faisant exprès de enfin détourner le regard pour aller s'asseoir nonchalamment sur la table, les pieds appuyés sur la chaise. Je ressens une sorte de soulagement, parce que j'ai le sentiment qu'il va enfin me lâcher et que j'ai gagné la bataille de regard. Mais en même temps, je n'arrive pas à me décider à partir. Je ne sais pas très bien pourquoi. Peut-être que ce qu'il a dit semble résonner un peu en moi finalement, certainement plus que je ne l'aurais voulu. Je fais un geste vers la porte quand il dit, d'un ton qui paraît dénué d'émotions mais qui est sûrement un mélange d'émotions contraires :
« J'ai rompu avec Emeline, tout à l'heure. »
Je me retourne vers lui, lentement, pour vérifier qu'il est sérieux et pour essayer de voir sur son visage ce qu'il en pense. Je n'arrive pas vraiment à savoir. Il regarde le sol avec intérêt. Je soupire doucement, il a éveillé ma curiosité en disant ça, il le sait très bien. Il finit par lever la tête vers moi et il ajoute, dans un sourire peu joyeux :
« Donc je ne pourrais pas vraiment partir loin avec elle. Je suis désolé. »
Un silence s'installe dans la pièce et au bout de quelques instants à considérer la situation, je m'approche pour m'asseoir à côté de lui. Il me regarde en coin et souffle. Je n'ai même pas besoin de poser la question qui me brûle les lèvres, il y répond tout seul :
« J'avoue que j'ai réfléchi à ce que tu as dit l'autre jour. J'ai réalisé que tu avais raison. Sortir avec Emeline, c'est simple, je l'ai peut-être fait une centaine de fois.
– Mais tu ne l'aimes pas vraiment, c'est ça ? proposé-je en regardant moi aussi le tapis.
– Je ne sais pas. Mais toi, reprend-il après une petite pause, tu aimais Scott ?
– Je ne sais plus très bien, réponds-je en un souffle. C'est comme si tout ce que j'ai fait pendant que j'étais avec lui m'était devenu soudainement étranger. »
Il tourne ses yeux vers moi et hoche la tête, comme pour me montrer qu'il comprend. Merlin, il faudrait nous voir, tous les deux, largués, sur notre table, à regarder dans le vide et à vouloir oublier le passé. Minerva apprécierait peut-être l'esprit d'équipe qui se dégage de la scène. En revanche, la situation me paraît plutôt étrange. Je soupire. J'en ai marre de passer d'une émotion à l'autre. J'avais envie de tout casser et de gifler Wilkes il y a quelques minutes et me voilà en train d'échanger des confidences avec lui. Peut-être que je suis vraiment quelqu'un de très instable. Ou alors que tout a été déstabilisé dernièrement dans ma vie et je n'ai plus mes repères habituels.
L'année dernière, un problème comme ça se serait présenté, je serais allée directement en parler avec Lorcan pendant trois heures, en mangeant des bonbons et j'aurais couru vers Roxanne au moindre événement. Peut-être que j'ai grandi entre temps, il s'est passé beaucoup de chose.
« Il y a des choses que tu regrettes, Weasley ? »
Il me scrute du regard et je comprends les nuances qu'il glisse derrière ses mots. Je fronce les sourcils, trouvant cette idée désagréable et je fais balancer nerveusement la chaise devant moi avec le pied. Puis, je dis, d'un ton détaché :
« J'aurais préféré que tu ne nous surprennes pas dans une fâcheuse position, c'est évident. Il en va de ma réputation, bien sûr, ajouté-je avec une once d'ironie.
– Je n'ai rien dit à personne, je te jure. Je me demandais juste si tu avais pu le retrouver après ou …
– En aucun cas ça ne te regarde, Wilkes. Je veux bien discuter avec toi parce que tu me fais un peu de la peine au fond mais, Merlin, sérieusement, tu ne penses pas que tu as déjà suffisamment mis ton nez dans mes affaires ? »
Il hausse les épaules en gardant un air amusé. C'était une question rhétorique, je connais parfaitement la réponse. J'ai besoin d'être seule. Puisque cette salle n'est définitivement pas assez tranquille, je remets les pieds sur terre et attrape à nouveau mon sac pour m'éloigner de lui et de ses remarques qui m'embarrassent sérieusement. Il m'interpelle, juste avant que je n'ouvre la porte.
« Weasley, je suis désolé pour l'autre jour. Mais en même temps, ça me rassure de vous avoir interrompu. Et je suis aussi désolé pour ça. »
Je le regarde avec des yeux noirs avant d'ouvrir la porte pour la claquer rapidement derrière moi. Merlin. Il faudra me rappeler de ne plus jamais rester trop longtemps dans la même pièce que ce crétin de Wilkes. J'en ai les joues toutes empourprées de colère et d'émotion et la tête qui me tourne. Aurais-je eu des regrets s'il n'était jamais entré dans la salle en nous surprenant sur le canapé ? Je n'en ai aucune idée. Et ça ne fait qu'empirer ma situation. À quel point étais-je aveuglée à ce moment-là ? À quel point c'était réel ?
Je suis toujours à me poser les mêmes questions sur ma vie en triturant mon omelette dans mon assiette, quelques temps plus tard, quand Roxanne, assise en diagonale de moi, soupire en me regardant de travers :
« Allez Molly, il va falloir t'en remettre. Si tu l'aimes encore, ou si tu l'as aimé un jour, vous allez vous retrouver certainement bientôt et ça va bouillonner dans les salles vides ... »
Je la foudroie du regard mais elle n'a pas l'air de comprendre qu'elle est blessante à ne pas me comprendre. Elle ne veut pas accepter que mon humeur puisse être morose ou irritée. Elle ne sait rien de ce qu'il s'est passé. De quel droit dit-elle ça ? Elle ne me laisse pas le temps de répliquer quoi que ce soit et ajoute avec un air définitivement moqueur :
« Au fond, tu as eu certainement raison de le larguer, la seule chose bien qu'il y avait chez ton Poufsouffle, c'était tous les surnoms amusants qu'on pouvait lui donner. »
Elle commence à les énumérer un par un, sous les regards de reproche que lui lancent James, Fred et d'autres personnes autour de la table. Puis, elle s'arrête, comme si elle était outrée par quelque chose et, alors que personne n'a rien osé dire, elle s'exclame :
« Merlin, qu'est-ce que vous avez tous ?
– Roxanne, tente Fred d'une voix douce, tu ne veux pas la laisser tranquille deux minutes ? C'est quelque chose de normal d'être triste après une rupture. »
Elle soupire et pose ses couverts dans un grand bruit. Elle se lève, tout le monde la regarde avec stupéfaction, et elle sort de la Grande Salle d'un pas vif et décidé. Un peu sous le choc de cette nouvelle Roxanne, je la suis du regard. James souffle en arrêtant de manger pour dire :
« Merveilleuse ambiance dans la famille Weasley, aujourd'hui. On devrait faire ça plus souvent.
– Tu lui as parlé ? me demande Fred en ignorant la remarque de James. Je pense qu'elle est un peu perturbée par tous les changements depuis le début de l'année.
– Je ne vois pas à quoi ça sert si elle réagit toujours au quart de tour, grogné-je en lâchant moi aussi ma fourchette pour me lever.
– Tente quand même de lui expliquer, ajoute son frère en serrant les dents. Elle a besoin de toi, de savoir que tu es avec elle. »
Je soupire en attrapant mon sac. Oui, je vais essayer. Peut-être. Si je trouve le courage. C'est pas gagné.
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Bonjour cher lecteur ! Merci beaucoup d'avoir lu jusque là, n'hésite surtout pas à laisser une trace de ton passage, un avis, quelque chose ... C'est toujours utile ^^
Bisous
