Samedi 19 Octobre
Je me lève de très bonne heure et de pas très bonne humeur. Je ne sais pas quand Papa est censé arriver et ça m'angoisse. Je ressors de ma malle une jolie petite jupe noire, sage, et un chemisier rose pâle qui avait dû appartenir à Victoire dans une autre vie. J'ai même accroché un petit nœud noir dans mes cheveux. Ça me donne des allures de petite fille modèle, je sais que papa aime bien et il faut mettre toutes les chances de mon côté. Je suis prête à l'accueillir. En arrivant vers la Grande Salle, je croise les frères Scamander, ils ont l'air de se disputer. Ça m'a tout l'air d'être quotidien ces derniers temps. Je passe sans m'arrêter. La dernière chose dont j'ai besoin en ce moment, c'est de créer de nouveaux problèmes.
Quelques minutes plus tard, alors que je remue mes céréales dans mon bol sans réussir pour autant à les faire parvenir jusqu'à ma bouche, Lysander s'assoit à côté de moi, visiblement énervé. Je commente :
« C'est une bonne journée qui commence.
– Tu n'es pas au courant de la nouvelle ? »
Je n'ose pas lui répondre. De toute façon, il va finir par le dire tout seul. Je hausse juste les épaules, le laissant déverser sa colère :
« Monsieur Lorcan sort avec Coralie Catham.
– Et ça t'étonne ? dis-je en souriant à moitié. Il y avait des signes avant coureur quand même…
– Il n'est même pas venu m'en parler avant, s'offusque le Serdaigle en attrapant une tartine pour y mettre de la marmelade dessus d'un geste brusque. Je n'aime pas ça, on ne discute plus, on ne fait que s'engueuler à chaque fois qu'on se parle.
– Je suis désolée pour ça. »
Il tourne ses yeux vers moi et fronce les sourcils en secouant la tête. La bouche pleine de marmelade, il dit :
« Ce n'est pas de ta faute, tu sais, si Lorcan est un idiot. D'ailleurs, tu es prête pour la venue de ton père ? »
Je baisse les yeux vers mon bol, perplexe. Suis-je prête ? Je n'en sais rien. Est-ce que Percy est prêt à entendre que sa fille est sortie avec un futur mage noir ? Je ne sais pas non plus. Je fais un petit sourire crispé.
« On verra bien. Je ne sais même pas à quelle heure il doit venir.
– Il n'y a pas de raison pour que ça ne se passe pas bien. Tu lui as dit pour Scott et toi ?
– Certainement pas. Mais je ne sais pas s'il faut que je le fasse maintenant...
– En parlant du loup, voilà Scott qui arrive ... qui s'approche même et a l'air de vouloir te parler … Tu veux qu'on s'en aille ? »
Je pivote rapidement pour voir Scott se précipiter en effet vers moi. Je fais une petite grimace en laissant tomber mon bol pour me lever, déterminée.
« Reste-là, je m'en occupe. »
Lysander me regarde m'éloigner pour rejoindre Scott qui me prend le bras. Je sais que le Scamander me surveille du coin de l'œil, je pose ma main sur les doigts de Scott pour qu'il les enlève immédiatement de ma peau.
« Qu'est-ce que tu veux ?
– J'ai une proposition à te faire. C'est très important. »
Il a l'air particulièrement préoccupé et pressé et regarde sans cesse par dessus son épaule. Je ne sais pas vraiment quoi en penser. Mon regard croise celui de Lysander qui nous fixe. Je lui adresse un léger hochement de tête avant de pousser mon ex-petit-ami devant moi pour qu'on aille autre part pour discuter à l'abri des oreilles indiscrètes. Je le suis jusqu'au parc malgré le froid qui s'insinue sous ma jupe.
« Dépêche-toi de m'expliquer, avant que ma patience ne se fasse la malle.
– J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit hier. Je sais que tu penses bien faire mais on ne peut pas faire ça comme ça.
– Bah voyons, comme c'est étonnant. Si ta proposition est que je revienne sur mes paroles et que je ne dise rien à personne, tu dois savoir que c'est perdu d'avance.
– Je veux bien que tu en parles à McGonagall et à ton père. Mais … »
Je ne peux pas m'empêcher de laisser échapper un petit rire méprisant. Le « je veux bien mais » me semble si incongru. Je soupire :
« Tu n'as pas de condition à y mettre. Regarde-toi, Scott, tu es en tort depuis le début, tu vas en payer les conséquences. Un point c'est tout.
– Tu sais que si ton père apprend ce qu'il s'est passé, que tu étais au courant pour moi, que tu as fait une petite escapade avec moi la nuit, que, malgré tout, tu ne lui as jamais dit avant, il va être terriblement en colère contre toi.
– Jusque là tu ne m'apprends rien.
– Mais il risque d'être encore plus en colère contre moi, s'écrie-t-il, moi qui ai entraîné sa fille dans une telle galère.
– Ce sera bien fait pour toi, déclaré-je sans pitié.
– Si tu le dis à ton père, non seulement les Salvateurs me le feront regretter mais, lui, il me tuera. »
Je le regarde avec un petit sourire. C'est peut-être en effet ce qui se passera. Mais je ne vois pas d'autres solutions. Il me prend par les épaules comme pour me secouer.
« Tu ne peux pas les laisser faire du mal à toute ma famille, je sais que tu me détestes et que ça te fait plaisir de me voir souffrir mais des innocents sont en danger. Si j'accepte de tout dire à ton père, il me faut une protection, quelque chose comme ça.
– Tu lui demanderas toi-même, il arrive bientôt, lui fais-je remarquer froidement.
– Non, il faut que tu me protèges. Molly, si c'est toi qui me présente à ton père comme quelqu'un d'honnête, quelqu'un qui cherche à se repentir et … Et quelqu'un auquel tu tiens, il sera plus clément. Il ne voudra pas te blesser en me blessant et pourra me protéger. Est-ce que tu comprends ? »
Je le regarde, ses yeux sont rivés sur les miens. J'y décèle un désespoir incroyable, il tente tout, il n'a plus de limite, prend n'importe quel risque pour s'en sortir. Est-ce que je comprends ce qu'il essaye de me dire ? J'ai l'impression, oui, j'ai l'impression de comprendre ce qu'il veut et ça me révolte.
« Je savais que tu étais perfide, mais à ce point ...
– Molly, chuchote-t-il en s'approchant de moi, réfléchis. Si tu acceptes de ressortir avec moi juste pour ce week-end, tu ne sauves pas seulement ma vie mais celle de plein d'autres personnes.
– C'est du chantage, murmuré-je, complètement outrée. Tu n'as pas le droit de me faire ça.
– Tu sais que c'est la meilleure solution. Après ça, je pourrais m'échapper des griffes des Salvateurs, tout s'arrêtera. C'est bien ce que tu souhaites, n'est-ce pas ? Que ce qu'il s'est passé pour Astrid ne se reproduise pas. Je pourrais informer ton père sur ce qu'il se passe à l'intérieur du groupe. Je suis un atout que tu ne peux pas laisser passer. »
Je déglutis. J'ai beau savoir qu'il continue à me manipuler, je ne peux pas m'empêcher de laisser ses arguments se creuser un chemin dans mon esprit. Mes yeux brillent de colère contre lui, parce qu'il n'arrête pas de me faire souffrir. Je dis d'une voix sourde :
« Et si tu sors à nouveau avec moi, tu pourras finir ta mission, ils seront contents. Je ne veux surtout pas leur faciliter la tâche.
– Que … ? Ce n'est pas de cela qu'il est question. Il est question d'en finir avec eux. Je t'aime Molly, tu le sais, je n'ai jamais cessé. Tout ce que je veux, c'est te protéger. En avouant tout à ton père, on pourra se protéger tous les deux.
– M'obliger à sortir avec toi contre ma volonté, ce n'est pas ce que j'appelle me protéger ! m'écrie-je en reculant d'un pas vif. Laisse-moi y réfléchir, je ne sais pas ce que … Si on ressort ensemble, personne ne trouvera ça cohérent, pas après ce qu'il s'est passé. Je ne suis même pas sûre de bien jouer le jeu. »
Je le regarde avec douleur. Même si on suit son plan, ça ne marchera peut-être pas. Je n'ai aucune envie de sentir à nouveau ses lèvres sur les miennes, le semblant d'amour que je pensais avoir pour lui s'est envolé avec la colère. Il hoche la tête, déçu. Je ne sais plus quoi dire, ni même quoi penser. Papa va arriver d'une minute à l'autre et je me retrouve à devoir faire un choix cornélien. En vérité, ce qu'il me propose n'est pas si idiot, ça pourrait marcher. Papa serait certainement plus compréhensif si je lui explique que Scott est un ami, ou plus. Je pourrais dire que je l'ai quitté en découvrant ce qu'il me cachait et que, tous les deux, on regrette de n'avoir rien dit plus tôt. Mais d'un autre côté, je n'ose même pas imaginer la réaction de Roxanne, de Léon ou encore de Lysander. Ils vont se demander à quoi je joue. Scott interrompt mes pensées en disant :
« Faisons comme si rien ne nous avait jamais séparé. Essaye de retrouver cette flamme qui illuminait tes yeux.
– C'est trop tard. Tu as tout brisé en anéantissant la confiance que j'avais en toi. Je ne peux pas faire ça. Ce ne serait pas convaincant et ça te nuirait plus qu'autre chose. »
J'ai les larmes aux bords des yeux, je n'arrive pas à prendre une décision. J'ai beau regarder Scott qui me fait face, tenter d'y voir pourquoi j'étais tombée amoureuse de lui, je n'y retrouve qu'un arrière goût désagréable d'amertume. Il s'approche de moi doucement et pose une main sur ma joue. Ce contact me fait frémir. Je ferme les yeux, il passe ses doigts sous ma paupière pour essuyer une petite larme qui s'y était échappée. Je revois Astrid sur son lit d'Infirmerie, Maman dans mes rêves emprisonnée, cette soirée dans la grotte. Je ne peux pas les laisser continuer. Je rouvre les yeux, Scott est toujours là, si près de moi.
« Je ne te laisserai pas tomber, murmure-t-il. Molly, tu peux me faire confiance, j'ai retenu la leçon. Essayons au moins ce week-end. S'il te plaît. »
Complètement perdue, j'attrape sa main qui frôle encore ma joue et je la serre fortement. S'il se sert à nouveau de moi, je lui ferais regretter un million de fois plus fort. Si j'accepte, il faudra que ça vaille vraiment le coup, que ce que je risque de perdre soit infiniment moins important que ce qu'on y gagnera. Gardant sa main dans la mienne, je déclare :
« Rentrons au château, Percy est peut-être déjà arrivé. »
Il ne dit rien, me suit en silence, conscient d'être sur un fil, de pouvoir tomber en disgrâce à tout moment. Une fois à l'intérieur, je parcours le hall des yeux, mon père n'a pas l'air d'être là. Tant mieux, j'ai un peu peur de ce qu'il peut se passer s'il me voit avec Scott en arrivant.
« Weasley, qu'est-ce que tu fais à tenir la main de ce Blaireau ? »
Je lâche la main de Scott en esquissant un mouvement de recul, puis je me tourne vers celui qui vient de parler. Mike Douglas. Quel petit crétin. Je le dévisage avec mépris et ne prends même pas la peine de lui répondre, préférant chuchoter à Scott :
« Si c'est ça toute la journée, je te préviens, ma patience aura des limites.
– Tu es quelqu'un d'incroyable, on va y arriver, crois-moi, dit-il au creux de mon oreille et son souffle effleure mes cheveux.
– Il y a intérêt. »
Je foudroie du regard l'insupportable élève de première année blond qui fait semblant de tomber dans les pommes tant il est choqué. Il est ridicule. Je plisse les yeux en échangeant un regard avec Scott. Il murmure en remettant droit mon nœud dans les cheveux :
« Détends-toi, tout va bien se passer. Et souris aussi, tu es bien plus belle avec un sourire. »
Je ne peux m'empêcher d'étirer un peu mes lèvres. Mais en me sentant légèrement rougir, en sentant soudain mon cœur s'accélérer un peu trop, j'ai soudain un peu peur. Peur que tout recommence, de retomber une nouvelle fois. Il faut que je reste sur mes gardes. Et Papa qui n'arrive pas … Qu'est-ce que je fais ? Je ne peux pas rester toute la journée à l'attendre dans le Hall, c'est stupide, j'ai tous mes cours à rattraper. Je soupire en disant :
« Tu pourrais me passer les cours que j'ai raté ? Si on doit attendre Percy, autant le faire utilement, plutôt que rester plantés là à angoisser.
– Bien sûr, je vais les chercher. On se rejoint devant la Bibliothèque ?
– Oui, merci. »
Ses yeux s'accrochent aux miens pendant quelques secondes avant qu'il n'effleure mes lèvres et s'en aille d'un pas rapide. Je soupire, libérant quelque peu la tension qui s'était accumulée en moi. Merlin, qu'est-ce que je suis encore en train de faire ?
« Je n'y crois pas ! Merlin ! Molly, c'était quoi, ça ? »
Et ça, c'est la réaction tant attendue de ma charmante petite sœur. Lucy se précipite vers moi et du haut de sa petite taille, se met à me juger sévèrement des yeux. J'évite de la regarder autant que possible mais elle n'est pas dupe. Ses petits yeux plissés sont incroyablement suspicieux.
« Tu trouves que c'est le bon moment pour te remettre avec Scott que tu détestais hier encore ? Bravo, juste quand Papa arrive, Molly Weasley parvient toujours à attirer l'attention sur elle encore plus, s'exclame-t-elle sur un ton de reproche.
– Je ne crois pas que ça te regarde, Lucy.
– Mais tu fais ce que tu veux de ta vie, ma grande, soupire-t-elle dramatiquement. Fais peur à tout le monde avec des potions foireuses, sois la plus grande drama queen de Poudlard, énerve Papa si tu veux. Mais si ça ne se passe pas bien, tu ne pourras en vouloir qu'à toi-même. »
Elle secoue la tête en tournant son regard vers les Grandes Portes. Elle a certainement raison dans un sens mais je trouve sa réaction déplacée. Je soupire en disant :
« Il faut que j'aille travailler, préviens-moi quand il arrivera. Et oui, ajouté-je avant qu'elle ne dise autre chose, je sors à nouveau avec Scott. Au lieu d'essayer de me faire la morale, tu pourrais te réjouir pour moi ou au moins respecter mon choix. Je ne vois pas en quoi ça pourrait déranger Papa en tout cas. Lui aussi a été jeune, il n'est pas complètement dénué de bon sens.
– Qualité qu'il ne t'a apparemment pas transmise, remarque Lucy sur le ton de la provocation mais avec un sourire amusé. Bon, d'accord, va rejoindre ton ex-ex-petit-ami. »
Elle soupire mais semble toutefois un poil moins en colère. Je sais parfaitement ce que la situation a d'étrange, d'incohérent et je comprends sa réaction qui en annonce certainement d'autres. J'espère juste que Papa ne s'attardera pas trop sur le fait que tout n'a pas toujours été radieux avec Scott. Je laisse Lucy à ses occupations et monte les escaliers vers la Bibliothèque pour le retrouver qui m'attend sagement à la porte.
« Désolée de t'avoir fait un peu attendre, je devais discuter avec ma petite sœur.
– Elle a du mal à comprendre ce revirement de situation, j'imagine …, dit-il en se mordant légèrement la lèvre inférieure.
– Comme tout le monde. Il faut qu'on ait l'air naturel, c'est important pour que tout fonctionne correctement. Allez, viens, on va s'installer. »
Il hoche la tête et on se dirige vers une table un peu à l'écart. Ce n'est pas le moment de se faire trop remarquer, j'ai réellement du travail à rattraper. Une fois que Papa sera arrivé, je ne suis pas sûre de pouvoir bien me concentrer sur des cours d'Histoire de la Magie ou de Métamorphose. Je sens néanmoins Scott un peu tendu, à côté de moi, jetant des coups d'œil réguliers en direction de la porte. Je pose ma main sur son avant-bras, pour le rassurer mais il sursaute légèrement. Ça me fait sourire.
« Il n'y a pas à avoir peur, lui chuchoté-je. Je suis sûre que ça se passera bien.
– Tu essayes de t'en persuader ou tu es vraiment convaincue par ce que tu dis ? »
Je hausse les épaules en me concentrant à nouveau sur ses notes.
« Molly, ta sœur te ... »
Je relève la tête soudainement en découvrant Lucy qui me faisait signe de venir depuis la porte de la bibliothèque. Elle avait l'air particulièrement pressée. Percy Weasley est arrivé, je le crains bien. J'échange un regard un peu inquiet avec Scott qui commence à ranger ses affaires précipitamment. Je l'arrête d'un geste.
« Attends, il vaut mieux que je le voie seule d'abord. On avisera ensuite sur ce qu'on doit faire pour annoncer tout ton truc des Salvateurs. Il ne faut pas le brusquer, il risquerait de s'énerver très rapidement.
– Mais, il faut que tu me présentes comme …, proteste-t-il en chuchotant.
– Sois patient. Je te présenterai un peu plus tard, qu'est-ce que ça change ? l'interrogé-je en plissant les yeux. Quoi ? Tu n'as pas confiance en moi ? Tu as peur que je te trahisse et que je révèle ce qu'il y a de pire dans ton histoire ? »
Il me regarde fixement sans pour autant me donner tort, ce qui me fait soupirer. Je fourre mes affaires dans mon sac et pose un doigt irrité sur son torse.
« Ne bouge pas, fais-moi confiance. Prouve-moi que ça en vaut la peine. »
Je le laisse se rasseoir alors que je rejoins Lucy qui me juge ostensiblement du regard. Je lui intime de ne pas faire de commentaire d'un geste vif et un peu énervé. Elle soupire en secouant ses cheveux un peu plus bruns que les miens. A mi-chemin entre la bibliothèque et le hall, elle annonce :
« Papa discute avec Madame Ross en t'attendant. J'espère que tu as bien suivi ses cours ces derniers temps…
– Quoi ?
– Madame Ross, tu sais, la prof de Défense contre les forces du mal. Elle discute avec Papa au sujet de toi, de moi, de notre avenir. »
Je soupire, j'ai une boule dans le ventre et je ne fais pas très attention à ce que me dit ma sœur. Mes pensées imaginent tous les scénarios possibles, toutes les réactions que pourraient avoir Papa en apprenant tout.
« Oui, évidemment, les Sortilèges de protection sont primordiaux pour … Molly ! Lucy ! Mes enfants. Vous voilà enfin réunies. »
Et je lui souris autant que je peux. J'essaye d'avoir l'air vraiment sincère, je le voudrais vraiment, mais je me sens toute petite face à lui. Percy Weasley, les lunettes au bout du nez et les cheveux bouclés tirés vers l'arrière. Il est là, planté au milieu du Hall de Poudlard, à côté de la professeur de Défense contre les Forces du mal. J'aurais tellement préféré qu'il vienne à un autre moment. Il ne doit pas remarquer mon hésitation et me prend dans ses bras avec émotion.
« Molly, je m'étais inquiété pour toi. Mes lettres étaient sans réponse et j'ai appris que tu as fait un séjour à l'Infirmerie…
– J'étais très occupée, le coupé-je, je n'ai pas pris le temps de te répondre, je suis désolée. Il ne fallait pas s'inquiéter, tout va bien. »
Je tente autant que possible de m'en persuader et j'ai l'impression que ça fonctionne puisqu'il ne me fait pas de réflexion sur une possible tension, quelque chose de bizarre, qui, pourtant, est très franchement palpable. Mais il doit être dans une démarche positive. C'est une bonne nouvelle pour notre projet. Plus Percy sera positif, plus il sera apte à comprendre, avoir de l'empathie, toutes ces choses pas toujours évidentes pour lui.
« Alors, dis-moi, Molly, qu'as-tu de beau à me raconter ? »
Je le regarde, figée dans la tourmente de mes pensées. Quelque chose de beau ? Quelle drôle d'idée … Je pourrais lui dire à quel point ma vie est remplie de Merlin de problèmes ou que ce que je m'apprête à lui dire ne va pas lui faire plaisir, qu'il devrait cesser immédiatement d'idéaliser ses filles, enfin, moi. Je ne suis pas la petite fille parfaite. J'ai échoué, misérablement, cette année.
Je fais un sourire un peu timide en échangeant un regard avec Lucy, qui m'observe attentivement. Quoi de plus beau que l'amour ?
« Pas grand-chose, j'ai été beaucoup occupée par les cours, réponds-je cependant en jetant un coup d'œil à Madame Ross qui me fixe étrangement tout en reculant un peu. Et puis cette sale histoire de potion ratée m'a fait perdre un temps considérable. Mais rassure-toi, ce n'était rien de grave, Madame Ewer a pris soin de moi, je vais très bien.
– Elle va si bien qu'elle découvre les mystères de l'amour, dit la petite peste que j'ai comme sœur avec un petit regard agaçant.
– Merci Lucy, tu pouvais pas respecter ma vie privée par hasard ?
– Ça n'avait pas l'air d'être un secret, déclare-t-elle en haussant les épaules.
– Mais toi, tu ... »
J'allais dire quelque chose d'un peu énervé quand, un léger sourire amusé aux lèvres, peut-être même un peu touché, Percy nous a regardé et a dit :
« Lucy, je préférerai que tu respectes la volonté de ta sœur. Et toi, Molly, il va falloir que tu me parles un peu plus en détail de cette histoire. Nous n'avons qu'à faire un petit tour tous les trois dans le parc, qu'en pensez-vous ? »
Lucy a soupiré en levant les yeux au ciel, j'ai fait un sourire embarrassé. Merlin, je n'avais pas vraiment prévu ça comme ça mais si c'est ce qu'il faut faire pour amener le sujet sur la table, je ne vois pas de raison de décliner l'offre. Il nous prend toutes les deux par les épaules et, entre ses deux filles, il marche, plutôt joyeux, vers l'extérieur.
Aucune allusion à sa venue ici, rien, pas d'indice, pas d'histoires de Salvateurs. Il semble heureux, pas inquiet ni angoissé, ce qui est rare.
« Alors, Molly, tu ne voulais pas me dire que tu fréquentais quelqu'un ? »
J'ai foudroyé du regard Lucy qui affichait un petit sourire narquois et j'ai haussé les épaules. Est-ce qu'on peut dire que je fréquente Scott ? D'une certaine manière, je l'ai fréquenté, j'ai regretté et j'ai sans aucun doute fait l'erreur d'y retourner quand même. Avec un sourire gêné face au regard de ma famille, j'ai simplement dit :
« Je ne sais pas, je t'en aurais certainement parlé mais j'attendais un peu. Ce n'est pas forcément très important. Enfin, si, c'est important pour moi mais c'est difficile à …
– Ne t'inquiète pas, ma puce, j'ai été jeune aussi. Moi non plus je n'ai pas tout dit à mes parents, tu as le droit. Je suis juste curieux, je veux juste savoir qui c'est. »
Un peu crispée, je me retiens de dire que c'est pile le genre de personne que j'aurais dû éviter, du genre appartenant à un groupe de magie noire secret et dangereux. Mais je dois absolument le convaincre que Scott est quelqu'un de profondément bien. Et je dois essayer d'être naturelle dans mon mensonge.
« Eh bien, Scott … C'est quelqu'un que j'apprécie vraiment beaucoup, commencé-je en évitant le regard suspicieux de ma sœur. Il est vraiment gentil, attentionné et …
– C'est un Poufsouffle, explicite Lucy en me tirant la langue.
– Enfin, je te le présenterai un peu plus tard sans doute. »
Il m'a regardé avec un sourire amusé et a hoché la tête. Merlin, je ne m'attendais pas à cette réaction. J'aurais cru qu'il serait plus curieux, qu'il m'aurait demandé son arbre généalogique, une liste de chacune de ses relations, un détail de chaque moment passé avec lui. Je ne sais pas, quelque chose. Mais Papa a l'air bien trop calme, ça m'inquiète presque. On marche quelques longues minutes tous les trois. Lucy parle à demi-mots de Tristan et de son travail très réussi en Soin aux créatures magiques. Je reste plutôt silencieuse, la laissant monopoliser la parole, priant plutôt pour qu'elle ne dise pas que je viens juste de me remettre avec Scott après m'être fortement disputée avec lui. Mais elle ne doit pas trouver le moyen de l'insérer dans la conversation.
L'heure du déjeuner approche, Percy veut saluer chaque cousin et discuter avec chaque professeur. Un peu fatiguée de devoir faire bonne figure sans cesse, je reste à l'écart dans le hall, attendant que Scott descende manger. Roxanne avait un entraînement de Quidditch ce matin, je ne l'ai pas croisée depuis que Scott a monté son plan, ni depuis que Papa est arrivé. J'ai peur de sa réaction, plus que celle de mon père, à présent. Roxanne peut être incontrôlable dans une telle situation.
« Molly ! Alors, tout s'est bien passé avec ton père ? »
Scott surgit devant moi alors que j'étais dans mes pensées, il me fait légèrement sursauter. Je mets quelques secondes à répondre, me forçant à réprimer mes envies d'être désagréable.
« Très bien, dis-je avec un petit sourire en le cherchant des yeux. Il a bien réagi quand je lui ai dit que je fréquentais quelqu'un. Pour l'instant, il discute avec Monsieur Londubat mais je crois qu'il était curieux de te voir.
– Et il a parlé de … tu sais, ajoute-t-il en baissant la voix, des Salvateurs ?
– Non, pas un mot. Il n'a pas encore vu non plus McGonagall. Il va falloir qu'on attende avant de tout lui dire, qu'il en parle avec elle. J'imagine que ça occupera son après-midi. J'irai dire à la directrice que j'ai peut-être des éléments en plus en ce qui concerne Astrid et ensuite, je te ferai venir.
– Oui, souffle-t-il, tu as raison, ne précipitons pas les choses. »
Je souris doucement. Je le sens très tendu. Il risque beaucoup en faisant ça. Je le sais bien, je ne suis pas un monstre au point d'y être insensible. Mais je ressens un sentiment contraire. C'est bien fait pour lui, il a fait les mauvais choix, il en payera les conséquences. En même temps, il a certainement une volonté sincère de sortir de ce cercle vicieux. Merlin.
Un groupe de gens revient du terrain de Quidditch. Tous un peu boueux, les membres de l'équipe de Gryffondor entrent joyeusement dans le hall. Je vois James qui tente de donner les petits coups de balai à Rose pour l'énerver, Evan qui discute de stratégie avec Roxanne, toujours aussi passionnée. Elle n'a pas l'air de nous voir, trop concentrée. Mais mon cœur se serre indubitablement. Scott me prend la main, comme un signe de soutien, je le foudroie du regard. Qu'il arrête ça tout de suite. Ça ne fera qu'empirer la situation. Je chuchote :
« Il faudra que je lui en parle, avant qu'elle n'explose à nouveau.
– Tu penses qu'elle est capable de tout faire rater ?
– Je n'en sais rien. »
Un peu anxieuse, je l'observe de loin. J'attends qu'elle croise mon regard, ce qui ne manque pas d'arriver. Elle plisse des yeux en voyant que Scott tient ma main. J'essaye de lui faire comprendre qu'il ne faut pas qu'elle m'en veuille mais elle ne s'approche pas de moi, elle détourne le regard et tapote sur l'épaule de James pour lui dire quelque chose. Il penche la tête pour m'observer, affiche un grand sourire et nous adresse un petit coucou de la main. Je soupire en lâchant la main de Scott. Comment vais-je bien pouvoir leur expliquer ?
« Ah, voilà la dernière partie de la famille que je cherchais ! Comment allez-vous ? Vous êtes en forme pour battre toutes les autres équipes, j'espère ! »
Percy Weasley arrive, content. Il détourne l'attention, me permettant de respirer quelques secondes. Je croise le regard un peu angoissé de Scott et lui dit, comme pour m'en persuader moi-même :
« Tout va bien se passer. Restons calme.
– J'ai comme l'envie de partir en courant, déglutit-il.
– C'est ton idée à la base alors tu n'as pas intérêt à te défiler. Sinon souviens-toi de ce que je pourrais faire pour ruiner ta vie. »
J'affiche un petit sourire angélique alors qu'il acquiesce lentement, conscient des risques. Je prends une grande inspiration avant de l'entraîner vers le groupe de Gryffondor qui discute encore bruyamment à l'autre bout du hall. Je me glisse à côté de mon père qui écoute Rose parler de ses études. Elle s'interrompt soudain en me voyant et hausse un sourcil amusé. Percy se tourne vers moi, heureux d'être surpris par l'arrive impromptue de sa fille.
« Molly, tu es là ! Et tu m'as tout l'air d'être accompagnée. Scott, c'est ça ? demande-t-il en tendant sa main. Enchanté de te rencontrer !
– Moi de même, répond l'intéressé en lui serrant la main.
– Ne sois pas stressé, mon petit, tant que tu prends soin de Molly, je n'ai aucun problème avec toi. Allez, il est l'heure de manger, les jeunes ! Les repas à Poudlard m'ont diablement manqué. »
Je croise le regard de Roxanne qui passe devant moi sans m'adresser la parole mais elle a un petit sourire qui me donne un petit peu d'espoir. Je reste à l'arrière du groupe qui entre dans la Grande Salle pour dire à Scott :
« Tu vois, tant que tu prends soin de moi, tu n'auras pas de problème.
– Tu sais très bien que je t'aime, Molly, je ferais tout pour te protéger.
– C'est étrange, je ne peux pas m'empêcher d'en douter toujours un peu. »
Je rejoins rapidement le reste de la famille, je ne veux surtout pas que Roxanne reste seule avec Papa et aborde des sujets qui fâchent. Je m'assois donc entre eux deux, laissant une place en face de moi pour Scott qui me suit timidement. C'est comme si tout se passait trop bien pour être rassurant. Roxanne, bien qu'elle continue à me regarder curieusement, ne fait pas de commentaire sur le revirement de situation. Papa est distrait par les histoires de James. Scott, en face de moi, reste silencieux et semble prendre un soin tout particulier à me regarder tendrement. Tout va bien. Sauf ce pressentiment au fond de moi.
« Alors, Scott, dis-moi, quel projet as-tu pour la suite ? Tu as une idée de ce que tu voudrais faire après avoir quitté Poudlard ? »
Scott est plutôt à l'aise face aux questions de Percy. Il ne panique pas, reste calme, ne fait pas d'allusion à sa condition de membre d'un groupuscule occulte. Ça doit être facile pour lui, ce n'est qu'un mensonge de plus.
« Je n'ai pas encore une idée très précise. J'hésite encore, j'aimerais faire quelque chose au contact des hommes, où je puisse me sentir utile. Mais ce seront surtout les résultats des Aspics qui pourront déterminer ce que je pourrais faire.
– Tu as l'air d'être travailleur, mon garçon, tu devrais y arriver. »
Percy a vraiment l'air d'apprécier Scott. Je croise les doigts pour qu'il le fasse encore longtemps. Et puis les regards se tournent vers moi. J'esquisse un sourire pâle. Il va certainement me poser aussi la question. Je me raidis un peu. Il adore cette question, moi pas. Et ça ne rate pas.
« Et toi, Molly, tu as pris le temps pour réfléchir à ce que tu voudrais faire l'année prochaine ? Je suis sûr que tu pourrais facilement entrer dans un bon département au Ministère. J'ai discuté avec quelques uns de tes professeurs et ils étaient très enthousiastes.
– Je ne sais pas si rédiger des rapports sur les fonds de chaudron est mon rêve, murmuré-je avant me rattraper en souriant. J'ai encore un peu de mal à me projeter, je ne sais pas encore. »
Percy n'a pas l'air d'avoir entendu ma remarque un peu désagréable. Il continue à me parler de son ambition pour moi :
« Il ne faut pas que tu traînes trop, Molly. L'année passera rapidement et si tu veux demander des stages ou un poste au Ministère, il ne faudra pas t'y prendre trop tard. Tu as tout à fait les capacités pour qu'ils t'acceptent mais tu ne seras pas toute seule à vouloir les quelques places qu'il y a. »
J'affiche un sourire poli mais je n'arrive pas à être aussi enthousiaste que lui à l'idée de travailler au Ministère. Il ne voit pas le peu d'attention que j'accorde à ses paroles. J'échange un regard avec James qui comprend facilement mon énervement qui pointe le bout de son nez. Il a l'air de sincèrement compatir. Mais Percy ne s'arrête pas. Le Ministère, c'est sa passion. Et même avoir échoué à avoir le poste le plus haut placé ne lui enlève pas sa passion pour l'institution, c'est plutôt impressionnant. Mais je n'ai aucune envie de travailler sous les ordres de Monsieur Vilnius Lovener, le père d'Emeline, que je prends un certain plaisir à mépriser. Un peu par provocation et pour l'arrêter, je lâche :
« En fait, il y a bien quelque chose qui m'intéresserait... Tu sais quand il faut commencer à envoyer les dossiers pour la formation d'Auror ? »
Je fixe les yeux de mon père. Ils sont écarquillés à l'idée que je puisse m'engager dans quelque chose d'aussi dangereux. Et il arrête net de me parler du Ministère, préférant soudain s'intéresser aux projets de James. J'esquisse un sourire satisfait. Il ne m'encouragera jamais à être Auror, c'est bien trop risqué à ses yeux. Je ne sais pas si c'est ce que j'ai réellement envie de faire mais j'aime bien l'idée de me battre contre des criminels et de faire gentiment peur à mon père.
Le repas se finit dans une ambiance un peu étrange, presque lourde. J'ai l'impression d'être la seule à la sentir mais je me sens aussi particulièrement mal à l'aise que Scott soit là, avec nous. Peut-être que je suis simplement trop stressée par la présence de Percy. Je ne sais pas vraiment.
Tout le monde sort de table, s'éparpille et je regarde Scott dans les yeux, perdue. Papa m'annonce qu'il doit parler avec McGonagall. J'acquiesce distraitement. Il serre à nouveau la main de Scott qui sourit, très aimable, qui n'hésite pas à le flatter un peu, le remercier de sa gentillesse.
« Molly, ça ne va pas ? me demande le Poufsouffle en penchant la tête vers moi.
– Je pense que j'ai besoin de prendre l'air.
– D'accord, on n'a qu'à aller vers le lac …
– Seule. »
Je coupe court à toute proposition de sa part pour me lever un peu brusquement et m'éloigner le plus possible. J'étouffe dans cette atmosphère trop chaleureuse de la Grande Salle, j'étouffe entre ces sourires feints et ces non-dits. Roxanne est une bombe à retardement, Papa risque de ne pas apprécier la fin de l'histoire et Scott est un danger dissimulé derrière une façade agréable. Je suis pire que les autres. J'ai l'impression d'avoir pactisé avec le diable. Merlin, il faut que je respire.
J'avance dans le doux froid du mois d'Octobre. Le vent fait battre mes cheveux et menace de faire s'envoler mon nœud. Je marche sans trop réfléchir vers la vieille cabane d'Hagrid. Il vit toujours là, à demi-géant, ne fait plus cours mais s'occupe toujours des animaux de le Forêt Interdite. Je ne m'intéresse pas tellement aux animaux dangereux et je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Je ne suis pas une fidèle amie. Beaucoup moins que Lorcan. Il adorait aller boire le thé là-bas. Je l'accompagnais du temps où l'on faisait encore des choses ensemble.
Comme un coup de massue, je me rends compte soudain qu'il a trouvé quelqu'un d'autre avec qui partager de tels moments. Quel bonheur ça doit être pour lui. Partager des gâteaux rochers avec une jolie blonde. Quelqu'un d'intéressant et de doux. Il a dû retenir la leçon. Je me sens stupide. Coralie est une fille sympa, elle l'aime sûrement beaucoup, saura prendre soin de lui. Elle est intelligente, parle bien et a un sourire sincère. Mais je suis comme Lysander, je me sens un peu trahie. Par le temps. Tout a changé en si peu de temps. Je ne parle plus à Lorcan, j'ai un peu peur de me confronter à lui, je préfère discuter avec son frère. Celui qui était pourtant toujours le deuxième Scamander. Celui qui avait trahi devient honnête et l'autre s'éloigne de plus en plus.
Je m'arrête de marcher au beau milieu du chemin, prenant soudain conscience que Lorcan pourrait être dans la petite hutte pour présenter à Hagrid sa nouvelle petite-amie. Il y a de la fumée qui sort de la cheminée, des silhouettes qui se baladent à travers les carreaux. Croiser un regard comme le sien est la dernière chose qu'il me faudrait.
Je fais demi-tour, lassée par la vie. Fatalement, je me retrouve à nouveau dans le Hall, ce carrefour de Poudlard où tout le monde passe sans cesse. Tout le monde, même ceux qu'on ne veut pas voir.
« Hé Weasley ! A ce qui paraît tu ressors avec l'autre blaireau? »
Je plisse les yeux pour mieux observer le préfet-en-chef sauter sur l'occasion pour pouvoir me parler de ma vie privée. Je ne réponds pas à la provocation, si ce n'est par l'ombre d'un sourire. Je me défile un peu, commençant à marcher vers les escaliers avant qu'il ne se plante devant moi. Il se met à ma poursuite, disant d'une voix haute exprès :
« Je croyais que c'était la pire personne que tu connaissais pourtant. Il t'avait pas brisé, ou quelque chose comme ça ? »
Je préfère ne pas répondre, continuer ma route, ignorer les remarques désagréables. Mais au fond, on sait tous que c'est difficile de rester muet face à ça.
« Qu'est-ce qui a changé entre temps ? Il t'a dit qu'il t'aimait à en mourir … Non, ce n'est pas vrai, il ne t'a quand même pas menacé de se suicider pour toi ? Je suis outré ! A moins que ce ne soit la soudaine venue de Papa Weasley qui ait tout remis en jeu …
– Tu as fini ? »
Je m'arrête en haut des escaliers pour le regarder. Léon lève des yeux satisfaits vers moi, comme si sa seule volonté avait été de me faire réagir à tout prix. Je le dévisage, avec une pointe de colère. Il souriait et cesse brusquement pour me regarder avec un air grave.
« Tu ne veux pas qu'on en discute, propose-t-il, on a une salle pour ça il me semble.
– Il n'y a rien à dire. Je fais ce que je veux de ma vie. Point final. Les gens qui pensent être légitimes pour en discuter avec moi ont tendance à m'énerver.
– Je cherche juste à comprendre comment tu peux retourner avec quelqu'un qui t'a fait souffrir autant, dit-il avec l'air vraiment inquiet.
– J'étais en colère contre lui mais, quand on a pu s'expliquer calmement, je l'ai compris et je lui ai pardonné. Tu pourrais plutôt me féliciter pour ma capacité d'écoute et d'empathie. »
Il secoue la tête, peu convaincu. Je hausse les épaules. S'il ne veut pas me croire, c'est tant pis pour lui. Il me laisse prendre un peu d'avance et me rejoint, juste pour briser mes espoirs de solitude. Je vais finir par le frapper.
« Mais il avait fait des choses graves, non ? Sinon tu n'aurais pas fini dans cet état. Écoute, Weasley, pour ton bien, tu ferais peut-être mieux de faire attention. Ou sinon tu finiras comme la dernière fois, si ce n'est pire …
– Merci de t'inquiéter pour moi mais je crois que je peux me débrouiller toute seule. Je t'assure, asséné-je en l'empêchant de dire autre chose. Maintenant, laisse-moi tranquille, il faut que j'aille voir mon père.
– Et ton père, il en pense quoi que tu sortes avec un mec qui t'a fait souffrir ? »
Je ne réponds pas, je ne me retourne même pas, continuant ma route vers le bureau de McGonagall. Le pire, c'est que je me dis exactement la même chose. Il m'a fait souffrir une fois, pourquoi pas deux.
J'arrive à point nommé devant le bureau de la directrice. Mon père et elle sont en train de discuter à la porte, soucieux. En me voyant apparaître, Percy soupire, l'air grave et m'invite à les rejoindre.
« Molly, Minerva m'a dit que tu avais été impliquée dans cette affaire Selwyn ? Cette jeune fille est dans un état terrifiant, je ne comprends pas comment des personnes peuvent être violentes à ce point.
– Vous aviez demandé à son frère s'il savait quelque chose, n'est-ce pas ? demande McGonagall en me regardant à travers ses petites lunettes carrées.
– Oui, c'est exact. Côme est plus sérieux depuis un certain temps, je me suis dit qu'il coopérerait volontiers, d'autant plus qu'il est assez protecteur envers sa petite sœur. Donc je lui ai posé quelques questions. Il m'a dit notamment qu'elle n'avait pas beaucoup d'amis à Poudlard et qu'il la soupçonnait d'être attirée par la magie noire. »
Je me suis interrompue. J'aurais pu parler de la lettre mais je ne le fais pas. Ne vaut-il pas mieux attendre que Scott parle ? Ou est-ce que je dois anticiper pour que ça ne paraisse pas suspect ? Minerva reprend la parole avant que je ne puisse continuer :
« Oui, ça ne m'étonnerait pas, les professeurs aussi ont remarqué son isolement, ainsi qu'une importante baisse dans les résultats. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Donc voilà, Percy, où nous en sommes, autrement dit, nous ne savons pas grand-chose, si ce n'est que des mages noirs semblent pouvoir s'attaquer à des élèves de Poudlard. »
Elle me jette un coup d'œil en croisant les bras. J'ai comme l'impression qu'elle attend que je révèle ce que je sais. Sauf qu'elle ne peut pas le savoir, n'est-ce pas ? Elle ne sait pas que je sais quelque chose d'autre. Mais c'est Minerva McGonagall, elle sait probablement tout. Je baisse un peu les yeux, légèrement stressée. Percy, toujours les sourcils aussi froncés, déclare :
« Tout cela est extrêmement préoccupant. Je vous en suis reconnaissant de m'avoir appelé. Demain, j'irai sur les lieux de l'attaque pour voir les alentours, peut-être discuter avec avec les habitants de Pré-au-lard, chercher quelque chose sur quoi nous appuyer.
– Je vous remercie d'être venu, Monsieur Weasley. Je n'aurais pas apprécié faire appel aux Aurors du Ministère par les temps qui courent. Molly, aviez-vous autre chose à nous dire ? »
Bouche-bée, je suis restée à les regarder fixement. Oui, j'ai définitivement quelque chose d'autre à vous annoncer mais le souvenir de Scott si apeuré, de ses mains tremblantes alors qu'il me suppliait de l'aider, tout ça m'empêche de parler des Salvateurs. Pas maintenant, demain, quand on aura décidé précisément ce qu'on a à dire. Astrid est dans un état désastreux notamment par notre faute, je ne peux pas jeter Scott dans la gueule du loup sans le prévenir, sans un plan clair et infaillible.
« Ces derniers jours ont été un peu compliqués, je n'ai pas pu finir mes recherches. Je pense que je pourrais vous faire part du résultat demain. »
Papa fronce les sourcils alors que Minerva hoche la tête gracieusement. Bafouillant une excuse, quelque chose à faire ailleurs, je m'éclipse. Il vaut mieux fuir avant de subir un interrogatoire de Papa, inquiet parce que sa fille pourrait être, d'une manière ou d'une autre, en danger. Certes, je le suis un peu mais si je trouve le moyen de faire évoluer la situation, les cartes pourraient être rapidement rebattues. Pour l'instant, les Salvateurs ont l'avantage de l'anonymat et du secret mais il suffirait de donner un coup de pied dans l'essaim pour en faire sortir toutes les abeilles. Scott n'avait pas tort. Il faut qu'il devienne notre atout, notre agent double.
C'est pendant je me préparais à aller me coucher que Roxanne est enfin venue vers moi. Le regard un peu méfiant et les bras croisés. Elle m'observe quelques secondes, attendant certainement que je lui explique de moi-même. Ce que je ne tarde pas plus à faire. Je m'assois sur mon lit, l'invitant à faire de même, et après un peu soupir, dit :
« Bon d'accord, j'imagine que tu ne comprends pas pourquoi je suis à nouveau avec Scott. Et honnêtement, c'est assez légitime, moi-même, j'ai trouvé ça un peu précipité … Mais, écoute, il a su trouver les bons mots pour m'expliquer et, je ne pouvais pas ne pas lui pardonner.
– Merlin, mais quoi ? Ce qui m'intéresse, Molly, c'est que tu sois heureuse. J'ai compris la leçon, d'accord ? Si tu es mieux avec lui, même si ce n'est pas ce que tu avais l'air de penser hier, alors sois avec lui. L'important, c'est d'éviter le plus possible qu'il y ait une nouvelle chute. Alors je ferais de mon mieux pour te soutenir. »
Je regarde ma cousine qui, fière d'avoir retenu la leçon pour une fois, affiche un sourire beaucoup plus doux que d'habitude. Je la prends dans mes bras, la remerciant d'un chuchotement :
« Merci, Roxanne Weasley. J'avais si peur que tout recommence.
– Tu sais très bien que moi aussi, Molly Weasley Junior. Tu sais très bien que la pire des choses qui pourrait nous arriver est de nous séparer. »
Et, à la regarder dans les yeux, j'ai eu une envie soudaine de tout lui raconter. Pourquoi je suis retournée avec Scott, ce qu'il s'est vraiment passé, toute cette histoire de Salvateurs, de groupe de magie noire, Astrid Selwyn, mes espoirs présents. Et je ne dis rien, je ne fais que lui sourire, cette envie au bord des lèvres et quelques larmes qui reviennent au bord de mes yeux. Je me replonge entre ses bras avant qu'elle ne remarque mon mal être. J'ai juste besoin qu'elle soit là, une chaleur éternelle, auprès de moi, dans n'importe quelle situation. Et elle semble s'y résigner, pour une fois, et ne pose pas de question. Elle reste là, à réchauffer mon cœur à peine réparé.
