Jeudi 24 Octobre

Quel n'est pas mon plaisir de retourner en cours de Défense contre les forces du mal, avec Madame Ross, qui me déteste et qui fait tout pour m'énerver de plus en plus, et Scott, toujours devant, à côté de Dorian Smith, qui fait comme si je n'existais pas, comme si on n'avait rien à se dire. Je frémis de colère. Léna pose une main douce sur la mienne. Oui, ce n'est pas la peine de donner une bonne raison à Madame Ross d'être pire que d'habitude. Elle ne fait que me surveiller du coin de l'œil pour l'instant mais je sens qu'au moindre faux pas, elle me reparlera de cette histoire d'avenir, de carrière, de ministère. Elle est sur le même disque que Percy. Ils ne se rendent pas compte.

Je fixe le dos de Scott en attendant, espérant le perturber par l'insistance de mon regard mais il joue au bon élève. Ça m'énerve tellement.

« Bien, alors vous n'oublierez pas que la semaine prochaine, nous passerons à la pratique, je veux que tout le monde maîtrise à la perfection les sorts que nous avons vus ensemble pour que personne ne se mette en danger. Je noterai comment vous vous en sortez face aux créatures réelles, soyez sérieux. »

Un brouhaha surgit du fond de la salle et l'envahit toute entière. Madame Ross lève les yeux au ciel et nous fait signe de partir d'un geste las. Je n'ai pas l'intention de me faire avoir par une soudaine envie de sa part de me voir en tête à tête et me précipite dehors, me mêlant à la cohue.

Pourquoi Scott fait-il toujours exprès d'être lent ? Pourquoi essaye-t-il autant de se mettre les profs dans la poche en allant poser une ultime question alors que tout le monde est déjà parti ? La moindre chose m'irrite en ce moment, c'est épuisant.

« Qu'est-ce que tu fais, là, Molly ? fait une voix dure de Poufsouffle.

– Je n'ai pas le droit de stationner dans le couloir, Smith ? Si me voir te dérange, tu peux toujours partir. Ne t'inquiète pas, je marcherai à bonne distance, tu n'entendras même pas mes soupirs exaspérés. »

Je jette un regard noir au préfet de Poufsouffle qui me scrute avec les bras croisés. Et je ne peux pas m'empêcher de lui faire un petit sourire ironique. J'ai une coalition contre moi, je ne peux rien y faire. Il a repéré que j'attendais Scott pour peut-être l'agresser, il fait appel à la célèbre loyauté des blaireaux pour faire obstacle. Il faut qu'il comprenne un jour qu'il se trompe de camp. Il soupire en regardant derrière son épaule Scott qui fait semblant d'être intéressé par Madame Ross.

« Arrête de faire ça, sérieusement. Scott a eu suffisamment d'ennuis à cause de toi. Il faut que tu arrêtes de lui en créer de nouveaux ?

– Tu crois que ça m'amuse ? Je fais simplement mon devoir de Préfète-en-chef. Il s'est battu hier, je veux juste tirer ça au clair.

– Ah vraiment ? Il s'est battu, tu dis ? demande-t-il avec l'air de plus en plus en colère. Je dirais plutôt que Léon l'a coincé dans un couloir pour le rouer de coups.

– Je n'insinuais pas que Scott était coupable. Je veux juste comprendre pourquoi il a fait ça.

– Pourquoi ? Parce que tu crois que Léon a des raisons pour être violent ? Ce n'est pas juste dans sa nature ? »

Je soupire en fixant Dorian. Pourquoi est-ce qu'il joue à ça avec moi ? Je n'ai même pas de mauvaises intentions, je veux juste comprendre, qu'il m'explique ce qu'il s'est passé exactement, premièrement avec mon père et McGonagall, ensuite avec Emeline et Léon. Mes interrogations sont légitimes. Pourquoi il s'interpose toujours, Merlin, il n'a rien de mieux à faire ?

« Écoute, Smith, si j'avais voulu avoir ton avis précis sur la question, ce serait toi que j'aurais attendu devant une salle de cours pendant un quart d'heure. Sans vouloir te vexer, bien sûr. Mais c'est avec Scott que je veux discuter, pour avoir son avis à lui et pas celui de son messager-protecteur personnel.

– Laisse, Dorian, dit Scott en arrivant enfin et en se postant à côté de lui. A-t-on déjà vu une Weasley changer d'avis ?

– Tu veux savoir sur quoi j'ai changé d'avis, peut-être, Reeve ? »

Il soupire en évitant toujours mon regard autant qu'il peut. Il a gardé un œil au beurre noir d'hier et un pansement sur le nez. Léon n'y est pas allé de main morte et je ne serais pas intervenue, ça aurait pu être bien pire. Dorian secoue la tête, comme s'il était vraiment outré au plus au point. Je peux sentir aussi le regard de Madame Ross qui doit nous regarder du coin de l'œil, nous surveiller. Je suis vraiment fatiguée de devoir batailler avec des Merlin de Poufsouffle pendant trois heures juste pour avoir une petite discussion. Scott finit par dire à voix basse :

« Faut qu'on aille en cours, là. On discutera après les Soins aux créatures magiques.

– Bien sûr, ou tu vas encore te défiler au dernier moment, soupiré-je en lui adressant un regard noir.

– On en discutera après, j'ai dit. Il est temps qu'on parle, je ne te fuirai pas, Molly.

– C'est vrai, tu n'es pas du genre à fuir. »

Je hausse un sourcil circonspect et finis par hocher la tête. Après le prochain cours ? D'accord. Il a intérêt à avoir des choses intéressantes à me dire. Je n'ai pas envie d'avoir attendu si longtemps pour qu'il me dise qu'il ne peut pas me donner ce que je veux. Je croise une dernière fois son regard. Je vois qu'il n'est pas à l'aise. Il fait l'innocent devant son ami mais il sait que ça ne tiendra pas longtemps si je mets suffisamment d'énergie à détruire sa couverture. Il a peur au fond. J'esquisse un sourire et les quitte là-dessus.

Le cours de Soins aux créatures magiques passe avec une lenteur délicieuse. Je sens que Scott va tenir sa parole, qu'il va enfin arrêter de me fuir et que je vais avoir des réponses à mes questions. En tout cas, je l'espère fortement. Mon impatience grandissante m'empêche d'être très attentive au cours, je laisse Roxanne s'occuper des créatures toute seule pendant que je garde un œil sur Scott.

« Et tu vas m'aider, un jour ? Ou tu préfères mater ton ex ?

– Comment ça ? »

Je me tourne vers ma cousine qui lève les yeux au ciel. Elle m'attrape le bras pour me forcer à me concentrer sur le travail que l'on a faire et me détourner de mon seul vrai objectif de la journée.

« Allez, je croyais que c'était fini avec Scott, marmonne-t-elle.

– C'est le cas. Mais il faut qu'on s'explique encore sur quelques points.

– Oui, eh bien tu feras ça après le cours. »

Quelle joie, après le cours, de regarder Scott qui a les mains tremblantes en remettant ses affaires dans son sac, de lui faire un petit signe de la main, de le voir hocher la tête en montrant le chemin qui mène vers le château. On marche chacun à notre rythme, séparés par quelques dizaines de mètres pour ne pas donner l'impression qu'on se suit ou qu'on aurait un rendez-vous secret. Arrivée devant la porte d'une salle qui est vide à cette heure là, je sors ma baguette pour l'ouvrir. Je jette un dernier regard derrière mon épaule. Le couloir est vide, tout le monde est allé directement manger, il n'y a que Scott qui marche en faisant de son mieux pour ne pas croiser mon regard. J'entre à l'intérieur, il me rejoint quelques secondes plus tard et ferme la porte le plus rapidement possible derrière lui.

Il prend une grande inspiration avant de se tourner vers moi. Donne-toi du courage, Scott Reeve, tu en auras peut-être besoin.

« Reeve, ça faisait un petit moment que j'attendais ça.

– Il ne faut pas que ça dure trop longtemps, dit-il rapidement en regardant la pièce vide comme si elle pouvait être piégée.

– Oh, ne t'inquiète pas, ce ne sera pas long si tu réponds correctement à mes questions. Étant donné que je t'ai aidé à obtenir une protection de McGonagall, je pensais que tu serais plus sympa avec moi en retour. Que tu m'aiderais. Mais tu n'as fait que m'éviter depuis le départ de mon père. Et tu l'as fait avec un zèle extraordinaire. Jusqu'à hier. »

Il cligne des yeux plusieurs fois. Il est stressé, je peux même entendre son cœur palpiter et sentir la sueur couler dans son dos. Il soupire profondément.

« Qu'est-ce que tu veux, Molly ? Ton père avait été plutôt clair, si je voulais qu'il ne me dénonce pas et qu'on ne me renvoie pas, je ne devais pas te revoir.

– Mais tu ne peux pas te passer de moi, n'est-ce pas ? Tu te sens comme obligé d'attirer l'attention sur toi. Pourquoi tu as dit à Emeline que Wilkes l'avait trompé avec Brittany ? »

Il me dévisage, interloqué, presque déçu. Un sourire s'imprime sur son visage, il semble osciller entre l'amusement et l'inquiétude.

« C'était faux, peut-être ?

– Non, mais ça ne m'a pas rendu service. Emeline s'est vengée sur moi.

– On traîne chacun nos ennemis. »

Il me répond avec une voix lasse en effleurant du doigt son œil gonflé. Je soupire. Certes. Chacun à notre manière, on attire les représailles pour une histoire qui ne nous concerne même pas. Je croise les bras.

« Mais ça ne me dit pas pourquoi tu l'as fait. Quel était ton intérêt à faire ça ? »

Il me regarde dans les yeux quelques secondes avant de détourner le regard en levant la tête vers le plafond, comme si les réponses à mes questions y étaient. Je claque de la langue avec agacement.

« Reeve, si tu veux que je te lâche rapidement, réponds-moi rapidement.

– Je l'avais fait bien avant qu'Emeline n'en parle à Léon, dit-il enfin en se mordant la lèvre. Je voulais te rendre service, qu'elle et Léon payent un peu pour leur méchanceté. Je n'ai aucune idée de pourquoi elle a attendu plusieurs jours pour en parler, pourquoi elle s'est retournée contre toi, pourquoi Brittany s'en est bien tirée. J'en sais rien. Si j'avais su que ça te causerait des ennuis, je ne l'aurais pas fait. »

Je le regarde de haut en bas en soupirant. Ce qu'il dit n'est pas incohérent mais ça ne colle pas. Pourquoi Emeline aurait dit que c'était de ma faute alors que c'était Scott qui lui en avait parlé et pourquoi n'a-t-elle pas réagi tout de suite ? Je n'en sais pas plus que Scott. Je hausse les épaules. Tant pis, passons à ce qui m'intéresse véritablement.

« Bien. C'est quoi le plan maintenant ? »

Il me considère quelques secondes en retenant sa respiration. Il hésite.

« Le plan ? Quel plan ?

– Pour faire éclater la vérité sur tes Merlin de potes Salvateurs. Qu'est-ce qui est prévu ?

– Je ne peux pas te le dire, Molly. »

Il fait de grands yeux surpris. C'est une évidence pour lui. Mais il faut qu'il comprenne que je ne compte pas lâcher le morceau. Je m'avance d'un pas vers lui, les yeux impitoyables et les lèvres serrées de détermination. Il me supplie presque du regard d'arrêter. Je vois dans ses yeux qu'il n'en peut plus de cette situation.

« Ton père a raison, tu ne dois plus t'en mêler. Plus tu cherches, plus tu te mets en danger. Il faut que tu arrêtes même d'y penser.

– Sinon quoi ? Qu'est-ce que tu comptes faire pour m'arrêter ? Prévenir mon père ? Trop tard. Prévenir tes Salvateurs ? Est-ce seulement dans ton intérêt ?

– Je suis désolé, Molly. Il faut vraiment que ce soit notre dernière conversation. Les choses vont finir par se régler, il faut avoir confiance en McGonagall, elle va m'aider. Mais toi, il faut que tu restes en dehors de ça. Si tu préfères, le plan, c'est que tu ne participes pas au plan. »

Je serre le poing fort autour de ma baguette. Je sens presque les rainures du bois s'incruster en moi. La frustration m'emplit. Qu'ils arrêtent de me mettre à l'écart, c'est insupportable. Je fixe un détail du sol, muette, réfléchissant à toute allure. Qu'est-ce que je peux faire, réellement ? À part le harceler encore et encore ?

« Molly …, dit-il d'une voix basse, comme une menace.

– Et s'il se passe autre chose ? Tu crois que je vais rester sagement sur le banc de touche à observer les choses se faire sans moi ? Et si ça tombait sur Lucy ou quelqu'un de ma famille ?

– C'est parce que j'ai envie qu'il ne t'arrive rien que je te demande de rester à l'écart ! »

Il a crié et maintenant, il me regarde avec ses yeux humides. Je lève le regard vers lui. On se jauge, il y a cette tension étrange entre nous. J'ai envie de tout casser. Mais je résiste en serrant les dents. Lysander n'est pas là pour réparer les dégâts. Il n'y a que Scott. Scott et ses lèvres tremblantes.

« Merlin, je t'aime, Molly. Je ne veux pas qu'ils s'attaquent à toi plus qu'ils ne l'ont déjà fait. Alors tu vas me laisser tranquille et tu ne me parleras plus jamais. D'accord ? »

Il se prend la tête entre les mains. Je lui lance un petit regard méprisant. Comment peut-il me dire ça alors que tout est de sa faute ? Ses discours amoureux ne m'atteignent plus depuis longtemps. Il se recroqueville légèrement, reculant de quelques pas. Je m'approche lentement de lui.

Quand soudain j'entends un bruit retentir dans le couloir. Le bruit d'un choc, de quelqu'un qui tombe brutalement sur le sol. Je m'immobilise. Scott lève la tête vers moi et on se tourne d'un même mouvement vers la porte. Il y a un second bruit, un cri étouffé. Merlin. Je fais signe à Scott de rester silencieux et je m'approche discrètement de la porte. Il n'y a plus de bruits. Je l'entrouvre lentement, ma baguette prête à intervenir.

Il n'y a plus de mouvements, il n'y a plus personne, sauf une masse sombre par terre, presque glissée sous une tapisserie. Il y a la victime mais visiblement pas l'agresseur. Je jette un dernier regard à Scott qui secoue la tête fortement et je me mets à courir vers le corps inanimé. Je reconnais l'uniforme de Gryffondor. C'est une fille de la maison. Merlin. Je sens mon cœur accélérer. De Gryffondor, de cette taille là, ça pourrait être Lucy, ou Rose, ou …

« Molly ! Il faut la redresser, l'écarter de la tapisserie pour voir ce qu'il s'est vraiment passé. »

Je me réveille de ma torpeur en hochant vivement la tête. Scott, en face de moi, me regarde avec inquiétude et attend que je me positionne pour l'aider à la dégager de la tapisserie qui nous cache son visage. Je ne peux m'empêcher de réprimer un soupir de soulagement. Pas de tâches de rousseurs, ce n'est pas de la famille.

« Molly, ça va aller ? Tu la connais ?

– Je … Oui, c'est une fille de quatrième année… Elle traîne souvent avec Rose. Keira ? Non, Kiran. Kiran Thomas. Kiran ? Kiran, est-ce que tu m'entends ? »

Je la sens respirer, sa tête bouge légèrement. Elle est en vie. J'écarte les cheveux qui lui collent au visage. Il y a du sang sur le sol. J'ai du sang sur les mains. Oh non. Non non non.

« Il faut qu'on aille chercher l'Infirmière. Molly, écoute-moi, elle va s'en sortir, elle ira bien, ne t'inquiète pas. Mais il faut qu'on aille chercher de l'aide.

– C'est les Salvateurs, c'est ça ? Scott ?

– Ce n'est pas le plus urgent là, maintenant ! S'il y a un agresseur dans le château, il faut l'arrêter avant qu'il ne recommence.

– On ne peut pas la laisser seule. Et je ne te laisserai pas seul avec elle, ni aller chercher seul des secours.

– Tu vois bien que ce n'est pas moi ! Merlin, j'étais avec toi, comment est-ce que je pourrais être lié à ça ? »

Je le regarde fixement, les larmes au bord des yeux. Il a certainement raison mais je ne peux que voir que c'est une étrange coïncidence. A chaque fois que j'essaye de faire quelque chose contre les Salvateurs, il y a des répercutions. J'entends soudain des pas dans le couloir. Quelqu'un approche. J'attrape ma baguette, la tâchant de sang au passage. Si c'est l'agresseur qui revient, je veux être prête. J'allais lever ma baguette quand Scott m'attrape le bras brusquement pour que je ne le fasse pas.

« Merlin ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Weasley ? Mais qu'est-ce que vous ... ? »

C'est vraiment ma chance, ça. Marius Burgoyne, le sourcil levé, surpris de nous voir à côté d'une fille qui a l'air en très mauvais état.

« Burgoyne, va chercher Madame Ewer !

– Pourquoi ? C'est qui elle ? C'est vous qui lui avez fait ça ? »

Il s'approche de quelques pas, plus curieux de savoir ce qu'il s'est passé que de vouloir nous aider. Je lève à nouveau ma baguette.

« Marius, va chercher l'Infirmière ! C'est un Merlin d'ordre ! Tu vois bien que c'est urgent !

– Pourquoi tu n'y vas pas toi-même ?

– Quel genre de personne … ? Rends-toi utile une fois dans ta vie, bon sang ! »

Il me regarde, surpris et finit par hocher la tête. Il s'en va d'un pas d'abord hésitant et il finit par accélérer enfin. Je passe une main désespérée sur mon front, y laissant une marque rouge. Et je me penche vers Kiran, mettant sa main dans la mienne.

« Est-ce que tu nous entends, Kiran ? Il faut que tu restes avec nous. De l'aide va bientôt arriver. Serre ma main si tu m'entends. »

Elle ne serre pas ma main mais sa tête roule un peu sur le sol, elle tourne ses yeux fermés vers moi. Je vois les traits d'une grimace s'inscrire sur son visage.

« Tu te rends compte que si tu m'avais fait confiance, elle serait déjà auprès de Madame Ewer ?

– La ferme, Scott. Il me semble qu'il y a une raison pour laquelle je ne te fais plus confiance. »

Il secoue la tête, dégoûté. Je lui envoie une regard noir avant de me pencher à nouveau vers Kiran pour lui parler, essayer de la faire réagir. Madame Ewer va bientôt arriver. Il faut qu'elle arrive le plus vite possible. Je ne vais pas tenir.

« Ce n'est pas toi, ni Astrid, constaté-je à voix basse. Alors, c'est qui ? Vous êtes combien à faire partie des Salvateurs ?

– Molly, fait Scott en soupirant. Arrête, s'il te plaît.

– Avec ou sans ton aide, je n'arrêterais pas, Reeve. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien avoir contre Kiran ?

– Merlin, je t'ai dit d'arrêter. Ce n'est peut-être même pas l'œuvre d'un Salvateur.

– Tu peux toujours tenter de les cacher, Scott. Ça ne marchera pas longtemps. »

J'entends des pas précipités à l'autre bout du couloir. Madame Ewer court dans notre direction, suivie du Professeur Londubat et de Marius Burgoyne qui ne sait pas vraiment ce qu'il fait là. Je me relève rapidement, le souffle court.

« Écartez-vous ! dit l'Infirmière en nous poussant pour examiner la jeune Gryffondor.

– Miss Weasley, que s'est-il passé ? demande Neville en s'arrêtant devant moi.

– On a entendu un bruit étrange et quand on est arrivé, elle était là, comme ça. On a fait de notre mieux pour garder le contact avec elle. »

Scott a parlé pour moi. Comme sonnée, je l'ai regardé répondre aux questions du Professeur de Botanique. Je ne peux rien faire d'autre que de le fixer sans rien dire. Il cache quelque chose, comme d'habitude. Je fais de mon mieux pour respirer correctement, que personne ne remarque ma panique.

« Vous n'avez vu personne ? Pas d'idée de qui a pu faire ça ? »

Des idées, j'en ai bien quelques unes, pensé-je en regardant Scott. Mais je secoue la tête, penaude.

« Non, on n'a pas eu le temps, et on ne voulait pas l'abandonner là pour essayer de se mettre à sa poursuite, sachant qu'il aurait pu revenir vers elle ou nous atteindre nous. »

Monsieur Londubat hoche la tête avec compréhension en écoutant Scott. Je n'ai toujours pas donné mon point de vue. Neville me lance des petits regards inquiets, comme s'il voyait qu'il y avait un problème. En même temps, une élève vient de se faire agresser à l'intérieur de Poudlard. Autant nous et Astrid, nous étions sortis de l'enceinte mais là, c'est directement à l'intérieur. Je sens que mon menton tremble légèrement, je soupire pour ne pas céder.

« Molly, je vais aller prévenir le Professeur McGonagall. J'aimerais que tu ailles prévenir les amis de Kiran, peut-être leur demander ce qu'elle faisait ou ce qu'elle était censée faire. D'accord ? Ça ira ? Scott, tu peux m'accompagner voir la directrice ? Pour qu'elle ait la version complète des faits. »

Je fronce les sourcils. Tous les professeurs sont-ils au courant ? Encore une chose que je ne sais pas. Peut-être que Percy a demandé à Londubat de nous surveiller. Je hoche la tête, les laissant tous repartir, Madame Ewer avec Kiran, le Directeur de Gryffondor avec Scott. Je reste à regarder Marius Burgoyne avec des yeux noirs. Et je m'en vais vers la Salle Commune pour éviter à tout prix d'entamer une discussion avec lui.

En passant le portrait de la Grosse Dame, je vois Rose, Albus et deux amis à eux rire sur les canapés. Rose envoie un coussin sur son cousin en prenant un air exaspéré avant de rire à nouveau. Et personne ne se doute de ce qu'il s'est passé. Ça me donne des frissons. Je m'approche d'eux, l'air grave, même si j'aimerais être plus délicate.

« Hé, les jeunes, il faut que je vous parle. »

Rose plisse les yeux, fronce les sourcils, et ça retrousse son petit nez plein de taches de rousseurs. Albus se redresse, plus attentif. Les autres me regardent avec surprise, comme s'ils n'y croyaient pas tellement.

« Quoi ? fait Rose, suspicieuse. Tu vas nous parler des dangers de l'amour ? Parce que Victoire nous a déjà fait un topo là dessus il y a pas longtemps, alors ce n'est pas la peine …

– C'est à propos de Kiran. »

Et leurs regards se croisent tous instantanément. Ils semblent remarquer qu'elle n'est plus avec eux ou du moins qu'ils ne savent pas vraiment où elle est. Je viens de plomber leur conversation en quelques mots. Albus demande, tout à fait sérieux :

« Qu'est-ce qu'il y a ? Où est-elle ? »

Je prends une grande inspiration pour tenter d'expliquer ça avec le plus de simplicité possible. Que je garde mon calme, que je ne fasse pas paniquer la salle commune entière.

« Elle a été retrouvée inconsciente dans un couloir, derrière une tapisserie.

– Quoi ? hurle la fille à côté de Rose. Comment ça, inconsciente ? »

Bravo Molly, on avait bien dit de ne pas faire paniquer tout le monde. Je fais une petite grimace avant d'ajouter :

« Elle a dû être assommée par quelqu'un … ou quelque chose. Je ne sais pas. En tout cas, elle est à l'Infirmerie maintenant. Et je voulais savoir si elle vous avait dit quelque chose, n'importe quoi, où elle était censée être, si elle se sentait bizarre aujourd'hui. Rose, qu'est-ce que tu fais ?

– Je vais la voir, Molly. Hors de question que je reste là à discuter avec toi alors que notre amie s'est faite agressée, Merlin ! crie ma cousine en se levant et en escaladant le canapé pour passer au dessus.

– Attends, Merlin, Rose ! En répondant à mes questions, tu peux l'aider, en allant la voir, tu vas juste gêner Madame Ewer qui essaye de faire bien son boulot, expliqué-je en lui attrapant la manche. Alors tu restes avec moi et on ira ensuite à l'Infirmerie ensemble. »

Elle se dégage en me regardant de son petit regard méchant, en équilibre sur le canapé. Puis elle glisse à nouveau à côté d'Albus, le visage renfermé, boudeur et forcément inquiet.

« De la séquestration, marmonne-t-elle.

– Rose ..., soupire Albus. Alors, Molly, tu nous demandais si on savait où elle était, c'est bien ça ?

– Elle était censée être allée à la bibliothèque, non ? Pour le devoir de Potion qu'elle n'avait pas fini, je crois, dit le garçon à côté d'Albus.

– Non, renchérit la fille, elle avait fini son devoir, elle voulait juste vérifier un petit point. Elle devait en avoir pour dix minutes maximum et elle devait nous rejoindre.

– Et ça fait combien de temps que vous l'avez laissé là-bas ?

– Plus d'une demie-heure, chuchote Rose avec le menton tremblant. Merlin, je n'irai plus jamais toute seule à la bibliothèque. On aurait dû aller avec elle. »

Rose passe sa manche sur le coin de ses yeux. Je soupire en hochant la tête doucement. Une demie-heure. Elle n'a peut-être même pas eu le temps d'atteindre la bibliothèque, s'ils venaient de la Grande Salle, ce couloir pouvait être sur la route de la bibliothèque, même si ça semble faire un petit détour. Je fronce les sourcils. A moins qu'elle connaissait celui qui a fait ça et l'a suivi de son plein gré avant de se rendre compte de son erreur. Rose est blottie dans les bras de son amie, dont je ne sais plus le prénom. Albus regarde le feu dans la cheminée, comme si la réponse était à l'intérieur.

« Ce n'est pas de votre faute, d'accord ? Vous ne pouviez pas savoir, personne ne le peut. Il n'y avait rien qu'elle vous ait dit d'étrange ces derniers temps ?

– Non, je vois pas, tout était normal. Je veux dire, c'est Poudlard, rien n'est jamais vraiment normal, mais là, rien n'avait changé, soupire Albus.

– Et toi, tu as une idée de qui a pu faire ça ? demande Rose en reniflant. Tu penses que ça pourrait être quelqu'un de notre année ? »

Je le regarde fixement quelques secondes avant de secouer la tête.

« Aucune idée, ça pourrait être n'importe qui. Il faut laisser les professeurs chercher et peut-être que Kiran se souviendra de quelque chose en se réveillant. »

Laisser les professeurs chercher, bien sûr, Molly, donne ce genre de conseil que tu ne respectes jamais. Je grimace un sourire qui avait l'intention d'être réconfortant mais je ne suis pas sûre de l'effet. Rose lève les yeux au ciel et croise les bras alors que son amie lui caresse doucement les cheveux, comme pour la calmer. Je les laisse tranquille, leur disant d'attendre peut-être ce soir pour aller lui rendre visite. Ils ne me répondent pas.

Je ne sais plus quoi faire. Pas moyen de me rendre utile. Je ne fais que marcher, sans but dans la Salle Commune, espérant trouver quelque chose alors que je sais qu'il n'y a rien là.

« Molly Weasley Junior, crie un imbécile à lunettes et au cheveu noir mal coiffé en surgissant devant moi. J'ai une super chanson pour Halloween ! Bien sûr, je garde la surprise, je vais pas te la chanter maintenant, là, ce serait gâcher une belle surprise et il manquerait l'arrangement des gars. Bref, je voulais juste te dire que ça avance bien, que j'en ai discuté avec …

– Pas maintenant, James. »

Je ne lui envoie même pas un regard noir, je n'en ai plus la force. De lui-même, il se tait, n'insiste pas. Son visage semble se transformer, ses traits tirent vers le bas, comme un chien en peine. Il penche la tête.

« Qu'est-ce qui ne va pas ?

– Il y a eu une agression dans le château tout à l'heure. Kiran Thomas, tu vois qui c'est ? »

Il ouvre de grands yeux surpris, regarde vers son frère et Rose au désespoir sur le canapé.

« Par les chaussettes de Dumbledore, souffle-t-il. Ça s'est passé aujourd'hui ? Oh, Merlin, oui, je vois de qui il s'agit, son père était ami avec ma mère à Poudlard. Enfin, ami, c'est un euphémisme. Merlin, la petite Kiran… Elle va bien ?

– Elle est à l'Infirmerie, déclaré-je simplement.

– C'est fou, ça ! »

Il pose une main devant sa bouche, choqué, et se dirige vers le petit groupe de quatrième année. Je fais la moue, James est la personne la moins délicate du monde, il ne va faire que remuer le couteau dans la plaie. Je soupire. Peu importe, le mal est déjà fait. Il y a bel et bien quelque chose qui cloche à Poudlard cette année. Et je n'arrive pas à me dire que Scott est tout à fait innocent dans cette nouvelle affaire.