Dimanche 27 Octobre
Avec l'approche d'Halloween, la salle commune a un air de déjà-vu. James Potter recommence à porter ses lunettes de soleil qui lancent des éclairs. Il a déclaré hier au soir, que c'était officiellement lui qui organisait la soirée et ça a mis tout le monde en émoi. De temps en temps, ce charmant cousin monte sur une table pour que tout le monde arrête ce qu'il était en train de faire et ainsi donner un aperçu de ses prochaines chansons. Ce gars a un don pour se faire de la publicité. Pour l'instant, on sait qu'une chanson commence par : « C'est la belle histoire de trois … ».
Les paris sont ouverts depuis pour deviner la suite. Une amie de Lucy est persuadée que ce sera certainement des « petits chats noirs ». Alors que Jeanne, la préfète, mise plutôt sur des « Gryffondors », pour rester dans le thème de la précédente. Pour ma part, je n'en ai rien à faire. J'ai essayé de me concentrer sur un livre de Métamorphose moléculaire, en vain, est-il utile de le préciser ?
Roxanne est avachie à côté de moi, presque allongée sur la table alors qu'Evan, en homme parfait qu'il est, lui masse doucement le dos. Elle trouve quand même le moyen de râler.
« Molly, t'as eu des nouvelles de Victoire ? demande-t-elle sans relever la tête.
– Non, mais ne t'inquiète pas, elle doit certainement profiter un peu de Ted avant de rentrer. »
Roxanne tape sa tête contre la table, désespérée. Puis elle la lève et me regarde, les yeux découragés.
« Comment arrives-tu à travailler, Molly ? »
C'est le moment que choisit James pour crier : « Et il y aura des bonbons à volonté pour Halloween ! ». Ce qui fait hurler la moitié de la salle commune, tous ces petits Gryffondors, si heureux de la nouvelle, qui sautillent sur place pour essayer de taper dans la main de leur héros. Je soupire et croise le regard fatigué de Roxanne. Je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à travailler. Ça ne devrait pas être si dur. J'ai l'habitude des ambiances conviviales et bruyantes de la salle commune mais là, ça ne marche pas. Roxanne repose sa tête sur la table.
Je finis par lui dire que je vais à la Bibliothèque. Elle lève le pouce pour me montrer qu'elle a entendu et qu'elle préfère se morfondre. Je tapote l'épaule d'Evan pour lui souhaiter bonne chance avec elle, Roxanne de mauvaise humeur, c'est toujours quelque chose d'épuisant. Il m'adresse un sourire et s'assoit sur la chaise que je viens de quitter. Je n'ai pas tellement envie d'aller à la Bibliothèque. J'ai l'impression de passer ma vie là-bas. Je marche sans conviction dans les couloirs vers ce lieu sacré pour toute personne qui prépare activement les ASPIC.
Et soudain, que vois-je ? Scott Reeve. Mieux que ça ! Scott Reeve, seul, dans un couloir. Un petit soleil dans ma journée. Un soleil noir, mais un soleil tout de même. Il ne me remarque pas tout de suite. J'en profite, me délectant par avance de son petit regard effrayé.
« Reeve, ça faisait longtemps, chuchoté-je au creux de son oreille pour le faire sursauter. Tu ne m'avais pas vraiment manqué. Mais ne crois-tu pas que ce petit jeu a assez duré entre nous ? »
Il me regarde avec perplexité. Il fait semblant de ne pas comprendre, comme d'habitude.
« Weasley, tu ne devrais pas faire ça. Il me semble qu'on avait dit tout ce qu'on avait à se dire la dernière fois.
– Tu veux dire la fois où tu m'as dit que tu ne pouvais rien me dire ? Mais tu te rends compte que ce ne sera pas suffisant pour moi, n'est-ce pas ?
– Je veux dire la fois où si tu m'avais laissé faire, Molly, on aurait pu aider beaucoup plus efficacement la petite Kiran. »
Sidérée, je le dévisage. Il ne sourit pas, il croit vraiment à ce qu'il dit. Mais il est fou. On n'aurait rien pu faire de plus ! Il aurait juste été capable d'aller voir le coupable et de discuter avec lui. Il aurait juste pu finir le travail.
« C'est incroyable. Tu tentes de détourner l'attention sur moi alors qu'il y a un agresseur à Poudlard ! Tu ne vas tout de même pas m'accuser d'avoir fait le coup, n'est-ce pas ? Parce que c'est un de ton sale groupe qui l'a fait, je le sais bien, et je sais aussi qu'ils voudraient bien que je …
– Arrête Molly ! s'exclame-t-il en me regardant avec des yeux exorbités. Tu es complètement paranoïaque !
– Paranoïaque ? crié-je, scandalisée. Moi ? Tu ne crois pas que j'ai quelques raisons pour l'être ? Ce sera qui la prochaine victime, hein ? C'est insupportable d'être là à ne rien pouvoir faire ! Comment tu fais, Scott Reeve, pour rester là, à savoir que tu es complice de quelque chose de mauvais et à le vivre bien ? »
Je sens que j'ai touché juste. Il reste immobile, le regard fixé sur moi, à certainement réfléchir, ou se retenir très fort de pleurer.
« Tu n'as pas compris que je ne le vivais pas bien, Molly, dit-il dans un souffle tremblant.
– Alors dans ce cas, fais quelque chose. Aide-moi à les arrêter, vraiment, tu as les cartes en main pour le faire.
– Weasley ! »
Merlin, j'allais arriver à quelque chose d'intéressant quand Monsieur Smith m'a vu. Il s'est décidément mis en tête que sa mission principale était de protéger Scott, quel homme au grand cœur. Je chuchote à Scott :
« Sérieusement, Scott, tu ne peux plus les protéger. Et tu devrais raconter à ton pote pourquoi je m'acharne contre toi.
– Écarte-toi, Molly ! »
Mais c'est une blague. Il va bientôt me demander de mettre les mains en l'air, je ne suis même pas armée. Alors qu'il pointe ostensiblement sa baguette dans ma direction, ce qui me fait reculer de quelques pas.
« Dorian Smith. C'est marrant, avant, je t'aimais bien, mais tu perds tout ton charme quand tu essayes de jouer aux grands héros en ne remarquant pas que tu es dans le mauvais camp.
– Tu crois que je ne t'appréciais pas, avant que tu ne tentes désespérément de briser la vie de Scott ? Je pense que je suis beaucoup plus lucide que toi en ce qui concerne le bien et le mal.
– Tu vois, Scott, tu devrais lui donner plus de détails, il lui manque des informations pour mieux comprendre la situation dans toute son ampleur.
– Ça suffit, Molly, j'en sais bien suffisamment ! »
Je laisse échapper un petit rire puis je capitule. Bien, s'il pense avoir la science infuse, qu'il continue comme ça. Je croise le regard de Scott. Je sens presque qu'il est désolé pour moi, ça me fait hausser un sourcil ironique. S'il est vraiment désolé, qu'il agisse vraiment au lieu de me regarder avec des yeux de chien battu.
Dans un mouvement de cape, je m'éloigne d'eux. On ne peut pas discuter avec un Poufsouffle persuadé d'avoir raison et d'être dans le droit chemin. Je préfère autant aller me morfondre à la Bibliothèque sur ma métamorphose que de perdre encore mon temps à tenter de les convaincre des vicissitudes de Scott.
J'ai l'impression d'avoir passé une éternité à travailler. C'est épuisant. En fin d'après-midi, je retourne dans la Salle Commune où rien ne s'est arrangé visiblement. Roxanne est allongée sur le canapé avec Lily et Hugo assis sur son dos, à faire une bataille explosive pendant que James nous rejoue son « vieux tube » comme il l'appelle lui-même en hurlant mon prénom, repris en chœur par tous ses fans. On part sur une bonne dose de fatigue. Je me glisse à côté du canapé de Roxanne qui gémit, la tête dans un coussin.
« Il y a quelque chose qui ne va pas ? chuchoté-je.
– J'ai l'impression d'être au fond du trou. Je n'arrive à rien. Hier, j'ai complètement raté l'entraînement, je faisais n'importe quoi. Je suis terriblement inquiète parce que je n'ai pas de nouvelles de Victoire et de grand-père. Je suis incapable de faire la moindre chose en métamorphose. J'ai le moral à zéro, Merlin, je m'énerve moi-même quand je suis comme ça.
– Oui, en effet, tu as tous les symptômes d'une petite déprime. Je connais bien ça. Tu veux pas qu'on sorte d'ici, pour échapper, déjà, à la voix de James Potter, dis-je en haussant le ton pour qu'il entende éventuellement, qui hurle, on n'arrive pas à s'entendre ! »
Roxanne fait un petit sourire en hochant la tête et elle fait descendre les deux cousins de son dos pour se lever et me suivre. Je ne sais pas vraiment ce qu'on pourrait faire mais il faut définitivement qu'on se détende. On est au bord de la crise de nerf.
Et c'est comme par miracle qu'on croise Eugénie, bien qu'accompagnée de Coralie, qui tient visiblement un sac avec beaucoup de choses à l'intérieur. Elles se précipitent vers nous, visiblement très contentes de nous voir.
« Salut les filles ! fait Eugénie joyeusement. Qu'est-ce que vous faites là ?
– On marchait juste, répond Roxanne avant de froncer les sourcils. Et vous ? Qu'est-ce que vous trimballez comme ça ?
– Ah, ça ? C'est rien.
– Rien du tout ! ajoute Coralie en affichant un sourire moins sincère que d'habitude.
– Vous êtes trop bizarres pour être honnêtes, dis-je en attrapant leur sac. Oh, Merlin, vous avez combien de bièraubeurres là-dedans ? »
Elles échangent un regard mi-paniqué, mi-amusé. Eugénie hausse les épaules. Coralie dit qu'elle n'avait pas eu le temps de compter. Mais qu'est-ce qu'elles sont en train de trafiquer ? Roxanne éclate de rire.
« Moi qui croyait que les Serdaigles travaillaient toute la journée ! Quelle naïve, forcément, ils carburent à quelque chose …
– En fait, explique Eugénie, tout ça a une raison absolument rationnelle. Il s'agit d'une demande de Lysander, notre cher préfet. Les stocks étaient vides et …
– T'en as trop dit, Lebeau, s'exclame Coralie en grimaçant. On va devoir les tuer maintenant…
– Quoi ? »
Je fronce les sourcils alors qu'elles éclatent de rire. Tout ça est très louche. J'échange un regard avec Roxanne, qui croise les bras.
« Et vous ne comptez pas nous en offrir au moins une ?
– C'est vrai ça ! s'écrie Coralie. On n'a qu'à s'organiser une petite soirée tous ensemble, non ? Je ne sais pas vraiment ce qu'avait prévu Lysander mais il ne va pas tout boire à lui tout seul.
– Je ne sais pas. C'est pas le stock de la maison, normalement ? demande Eugénie.
– Si, mais on s'est donné du mal pour les obtenir, on peut bien en donner à qui on veut. »
Coralie nous offre son plus beau sourire sincèrement mielleux. J'échange un regard avec Roxanne qui hoche la tête compulsivement. Effectivement, un peu de bièraubeurre dans nos vies ne ferait pas de mal.
Et nous voilà reparties, bras dessus bras dessous, à la recherche d'un endroit agréable pour se reposer et ouvrir ces délicieuses bouteilles. On passe devant la petite salle des préfets-en-chef. Je plisse des yeux. Est-ce que Léon m'en voudrait de l'ouvrir pour faire une petite soirée entre amies, rien de méchant, rien d'indécent, rien en rapport avec notre rôle non plus mais n'a-t-on pas le droit à la joie ? Je dis aux filles de s'arrêter et je m'approche de la porte pour dire le mot de passe. Puis, au moment d'appuyer sur la poignée, je me fige. Est-ce qu'il ne faut pas frapper avant ? Histoire de ne surprendre personne. Je crois que j'ai des traumatismes avec cette salle à présent. Je me penche pour coller mon oreille à la porte. Je n'entends rien. Roxanne fronce les sourcils en me voyant agir étrangement, je lui fais un signe de la main pour lui dire de ne pas commenter. Puis j'entrouvre la porte et je dis :
« Wilkes ? Tu es là ? »
En l'absence de réponse, je finis par me redresser, faire le petit sourire satisfait de celle qui maîtrise la situation et ouvrir en grand la porte.
« La voie est libre. Mesdames, entrez dans mon humble demeure.
– Et tu fais ça à chaque fois ? fait Eugénie en riant pour aller s'installer sur le canapé.
– Non, mais je prends mes précautions depuis quelques temps. Je n'ai pas envie d'avoir ce crétin encore plus sur le dos.
– Tourne-toi. »
Je regarde Roxanne, perplexe, avant de m'exécuter. Très sérieusement, elle affirme :
« Tout va bien, il n'est pas accroché à ton dos aujourd'hui. »
Je mets trois secondes à comprendre avant d'attraper un coussin et lui envoyer dans la tête alors qu'elle éclate de rire, si fière d'elle. Je secoue la tête. Ce sont des blagues du niveau de James, elle me déçoit franchement. Soudain, Coralie, qui s'était occupée de sortir une à une les bouteilles du sac, se redresse avec un air paniqué.
« Merlin ! J'avais promis à Lorcan de le retrouver juste après !
– Mais dis-donc, Coralie Catham, s'exclame Eugénie, c'est le premier faux-pas que tu fais ! Tu as raison, il va t'en vouloir énormément. Tu l'imagines, tout seul, se morfondant dans le fond d'un vieux fauteuil de la salle commune en pensant que sa belle l'a quitté certainement pour un autre. Il doit même avoir envie de pleurer. Et Lysander lui tapote certainement l'épaule avec un petit sourire en coin, l'air de dire « tu vois, je te l'avais dit ».
– Oh Merlin. »
J'observe Eugénie qui regarde très sérieusement sa camarade de Serdaigle se décomposer. Elle a dit exactement ce que j'aurais voulu dire, cette fille est décidément trop forte. Coralie en tremble presque. Me sentant un peu coupable de la laisser dans cet état, je propose :
« Tu n'as qu'à aller le chercher, on peut attendre quelques minutes avant de se jeter sur les bièraubeurres. Sinon, tu as raison, comme je connais Lorcan, il ne va jamais te reparler.
– Attendez, les filles, s'écrie Roxanne. Pourquoi vous ne voulez pas qu'on se fasse une petite soirée comme au bon vieux temps ? Si je vais chercher Fred et Evan, on sera la bonne vieille équipe à nouveau réunie. Maintenant que tout le monde accepte de parler avec tout le monde. »
Elle m'adresse un regard insistant. Je hausse les épaules. L'idée n'est pas mal. Même si dans l'équipe de base, c'était exclusivement Weasley et Scamander. J'accepte malgré tout les nouveaux membres de l'équipage. Même si ça me fait un peu mal d'accepter Coralie Catham dans ce groupe. Ça donne un aspect trop concret à la chose. Mais bon, elle fournit la boisson. Les filles vont chercher les garçons pendant que je reste avec Eugénie. On se regarde souriant. Elle dit :
« Et nous voilà, Molly, abandonnées de tous, perdues dans l'univers si vaste, laissées pour compte …
– Tu es sûre que vous n'avez pas commencé à prendre quelques bièraubeurres avant de venir avec Coralie ? Tu m'as l'air dans un état pour le moins surprenant.
– Même pas, avoue-t-elle en soupirant. C'est juste le travail qui me fait tourner la tête. Tu as lu le livre sur la Métamorphose moléculaire ?
– Lu ? C'est un bien grand mot. Je l'ai ouvert, déjà, c'est suffisamment difficile vu son poids. »
On se regarde dans les yeux, avec mon amie de Serdaigle, avant d'éclater de rire. Le désespoir nous submerge et on ne trouve rien de mieux à faire que de se rouler par terre en nous plaignant entre deux rires nerveux de la métamorphose moléculaire, des Aspics, de la vie.
Quand des coups frappent à la porte, je suis obligée de me traîner pour aller ouvrir aux autres qui n'ont pas le mot de passe. Eugénie demande en reprenant son souffle :
« Molly, qu'est-ce qui nous arrive ? Je veux dire, tout allait bien avant. Pourquoi d'un coup ça semble insurmontable ?
– Parce qu'avant on faisait de la métamorphose qui se résumait à faire des transferts de magie d'un objet à l'autre et donc de changer d'apparence mais que dans les particules de magie infiniment petites, la concentration de magie peut être infime comme extrême. Il faut donc être très prudent en canalisant son énergie magique sur une molécule pour en faire changer définitivement sa nature.
– Pourquoi vous parlez de métamorphose moléculaire, Merlin ? fait Fred en entrant dans la pièce avec un regard dégoûté.
– Parce que le non-être est empli de molécules diverses et variées qui peuvent entrer dans le trou dans l'espace-temps laissé par la trace de magie condensée dans la molécule transformée. Il faut faire très attention. »
Je regarde mon cousin avec un petit sourire satisfait alors qu'il essaye de me donner une petite tape sur le haut du crâne. Roxanne ne fait pas de commentaire et se jette sur le canapé pour être sûre d'avoir une place confortable. Lysander, qui a visiblement trouvé l'idée d'une petite soirée brillante, me juge du regard.
« Si on m'avait dit que c'était une réunion d'explication sur la métamorphose moléculaire, je serais venu plus tôt…
– Ah non, les filles, s'exclame Coralie en refermant la porte derrière Lorcan et Evan. On ne parle pas de cours ! On n'est pas là pour ressasser, on est là pour s'amuser.
– J'aime cette petite, dit Roxanne en attrapant une bouteille. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Coralie, des idées, des envies ? »
La petite blonde au regard pétillant de joie a regardé son amoureux en s'asseyant à côté de lui. Elle a réfléchi en effleurant du bout du doigt une bièraubeurre. Puis, elle a esquissé un sourire toujours aussi mielleux mais empreint d'une malice qui m'a légèrement effrayée. Je me suis assise sur le tapis à côté de Lysander qui a haussé un sourcil inquiet en considérant la petite amie de son frère du regard.
« On a de quoi boire, que pensez-vous d'un je n'ai jamais ?
– On risque d'avoir du mal à se saouler à la bièraubeurre, fait remarquer Fred en riant. Mais pourquoi pas, c'est l'occasion de poser des questions qui fâchent.
– Quelle merveilleuse idée, soupiré-je en levant les yeux au ciel alors que Lysander sourit à pleine dent.
– Génial ! Si tout le monde est d'accord, alors chacun peut se munir de sa bièraubeurre. Qui veut commencer ? »
Elle n'a pas saisi l'ironie dans ma remarque. Ce qui fait évidemment beaucoup rire mon voisin qui me tend une bièraubeurre, faisant fi de mon regard noir. Il me chuchote à l'oreille :
« J'ai beaucoup d'idées en tête, dont plusieurs t'embêteront beaucoup, je sais que tu me détestes, ne te sens pas obligée de me le répéter. Moi, dit-il plus fort en levant la main, je veux bien commencer. Alors, je ne me suis jamais trompé de personne en voulant embrasser quelqu'un. »
Il m'adresse un petit regard en coin. Il est fier de lui. Eh bien, ce jeu génial commence décidément de manière incroyable. Je débouche ma bouteille de bièraubeurre avec un air désabusé. Lysander se marre bien, jusqu'à ce que Roxanne demande d'une voix forte :
« Tu ne bois pas, Lysander ?
– Pourquoi je ferais ça ? C'est Molly qui s'est trompée, pas …
– Ah mais parce que quand tu es sorti avec Shanna Ackernon l'an dernier, c'était volontaire ? Je veux dire, j'aurais compris si tu l'avais confondu avec n'importe qui d'autre ... »
Je m'étouffe presque en avalant ma gorgée de bièraubeurre. Roxanne fixe le Scamander avec l'air de s'interroger sincèrement sur la situation. Eugénie regarde Lysander avec un fond de pitié mais un sourire amusé tout de même. J'observe son frère du coin de l'oeil. J'ai peur que Lorcan ait mal pris la question de Lysander. Il tient les doigts de Coralie avec tendresse et fermeté mais ne semble pas plus outré que cela. Il évite juste de regarder dans ma direction, ce que je comprends. Lysander a pris une teinte soudainement un peu plus rouge que d'habitude. Je lui tapote l'épaule en signe de compassion et il regarde sa bouteille avec lassitude mais ne boit pas. Roxanne enfonce le clou :
« Ah, les voies de l'amour sont impénétrables … Certaines choses resteront obscures à jamais.
– Oui, c'est ça, ne parlons plus de cette sombre histoire, fait Lysander en grimaçant.
– A qui le tour alors ? s'exclame Coralie qui a l'air de beaucoup s'amuser.
– Vas-y, toi, si ça te fait tant plaisir. »
Coralie penche la tête sur le côté pour réfléchir et elle adresse un petit regard amusé à Lorcan qui lui caresse toujours la main, en souriant. Elle prend une inspiration et dit :
« Je n'ai jamais triché à un examen. »
Le silence tombe, chacun regarde suspicieusement les autres. Roxanne se retient de sourire mais elle lance un petit coup de coude dans le flanc de son frère qui, le premier, finit par craquer et boit une gorgée de bièraubeurre.
« Fred ! s'exclame Lorcan. Vas-y, raconte, pourquoi tu as fait ça ?
– Déjà, je voudrais dire que je ne l'ai pas fait seul. Evan Jordan, je t'en prie, ne te cache pas derrière Roxy, on a préparé les antisèches ensemble.
– Evan, sache que je suis un peu déçue que vous ne m'ayez pas invitée à votre petite soirée triche… C'était quand précisément ?
– En quatrième année, avoue Evan avec un petit regard honteux. Mais je n'ai même pas utilisé les papiers cachés à l'intérieur de ma robe. J'avais trop peur de me faire repérer et de finir à Azkaban. »
Roxanne éclate de rire et lève les yeux au ciel. Elle lui embrasse la joue, comme pour lui dire qu'elle lui pardonnait. Mais soudain quelque chose me revient en tête. Je plisse les yeux et fixe ma cousine intensément. Quand elle croise mon regard, elle arrête de rire et hausse un sourcil.
« Qu'est-ce qu'il y a, Molly ? Tu as quelque chose à ajouter ?
– Deuxième année, Histoire de la Magie. Un aveu à faire ?
– Non mais en Histoire de la Magie, ça ne compte pas, dit-elle d'un ton buté.
– Coralie, je demande un arbitrage. Est-ce que tricher à un examen d'Histoire de la Magie compte ? »
La blonde fronce les sourcils, prend le temps de réfléchir sérieusement et finit par dire :
« Il va falloir boire, Roxanne. A ce que je vois, ça triche plus du côté Gryffondor que Serdaigle en tout cas.
– C'est de la trahison, Molly, de la délation même ! »
Roxanne, indignée, boit une gorgée de bièraubeurre. Puis elle lance un petit regard à Evan qui ne peut pas s'empêcher de rire avant de se pencher vers elle et de lui rendre son bisou sur la joue. Elle soupire et brandit sa bouteille :
« A mon tour ! Je n'ai jamais eu d'ex relou, dit-elle en posant ses doux yeux sur moi.
– Attends, qu'est-ce que tu entends par relou exactement ? demande Eugénie en fronçant les sourcils. C'est quelqu'un qui est relou quand on sort avec ou quand on ne sort plus avec ?
– Est-ce que ça ne revient pas un peu au même, au final ? Parce que quelqu'un de relou agira comme un ex relou et un ex qui fait des trucs relous est, par définition, quelqu'un de relou.
– Vous m'avez perdue, déclare Coralie en écarquillant les yeux. En tout cas, je crois que ça veut dire qu'il faut que tu boives, Eugénie. Alistair est relou, un point c'est tout.
– C'est bien ce que je pensais. »
La serdaigle porte la bouteille à ses lèvres. Je sens soudain le regard de Lysander et Roxanne sur moi. Discrètement, je bois une gorgée. En soi, je ne sais pas si Scott est relou. Scott est dangereux. Scott est malveillant. Scott est manipulateur. Scott a des amis vraiment relous. Et … Oui, Scott est relou, je ne sais pas pourquoi j'hésite.
« Du coup, Lysander, Shanna, tu ne la considères pas comme relou ? »
La question d'Eugénie rappelle le Scamander à la réalité, il fait une grimace et boit aussi à sa bouteille.
« Vous êtes chiants avec elle. Je sais que c'était pas la meilleure décision de ma vie mais arrêtez de me parler de ça, ça ravive trop de mauvais souvenirs.
– Elle a bien craché sur toi en tout cas, annonce Coralie calmement, au moment où tu l'as quittée. Je crois qu'elle te considérait aussi comme relou.
– Ravi de le savoir, marmonne-t-il pour toute réponse.
– D'ailleurs, fait Lorcan en s'adressant à Eugénie, Alistair n'arrête pas avec toi. Il est obsédé, je pense, c'est un peu flippant. Il ne parle que de toi non stop. »
Eugénie grimace. Je la fixe du regard. Elle ne m'a jamais vraiment expliqué. Ça me saoule un peu que Lorcan en sache visiblement plus que moi. Les joues un peu rougies de mon amie et son regard assombri m'inquiètent un peu. Je sais qu'elle est sortie avec ce gars de sa maison l'an dernier et qu'elle le regrette parce qu'il n'était pas très stable. Mais ils se sont séparés depuis quelques mois maintenant. Qu'est-ce qu'il a celui-là ? Pourquoi ne passe-t-il pas à autre chose ? Je fronce les sourcils mais c'est Roxanne qui me devance :
« Au fait, Eugénie, tu ne nous as pas dit ce qu'il te voulait la dernière fois.
– Rien de bien important. Il m'aime, me le dit trois fois par jour et ne me laisse pas plus en paix le week-end. Il n'arrive juste pas à se faire à l'idée que je ne veux pas être avec lui.
– Pourquoi il s'acharne alors ? demande Evan. C'est un gars intelligent normalement, il devrait comprendre que plus il est lourd, moins il est attirant.
– Alors, intelligent, jusqu'à un certain point, corrige Coralie en réprimant un rire. L'amour rend aveugle.
– On devrait essayer de le caser avec Shanna, dis-je en regardant Lysander avec un petit sourire. Comme ça, les gens relous arrêteront de saouler le reste du monde.
– Et qu'ils se reproduisent ensemble ? »
Je lui accorde un point en hochant la tête. Bien, pas la meilleure idée du monde. Eugénie a les yeux baissés sur sa bouteille. Je vois bien qu'elle n'est pas très à l'aise avec cette histoire. Je la comprends, sincèrement. Mais je n'arrive pas à en savoir plus à chaque fois. Cette fille est adorable mais elle n'est pas du genre à s'épandre sur ses problèmes, elle préfère garder son petit sourire discret et se concentrer sur les cours. Je l'admire pour ça. Tout en regrettant qu'elle ne se confie pas davantage. Puis Fred se tourne vers moi :
« Et toi, Molly, tu ne nous as pas expliqué ce qu'il s'est passé avec Scott. »
Je croise le regard d'Eugénie, elle esquisse un sourire fin, sans vraiment de joie, me disant qu'elle comprend vraiment ce que je vis. Mais ça a éveillé la curiosité de tout le groupe. Coralie se penche vers moi pour mieux m'observer avec ses yeux brillants, Roxanne croise les bras, Evan fronce les sourcils, Lysander me tapote l'épaule avec une compassion feinte. Ce qu'il s'est passé avec Scott. Je déglutis. Que veulent-ils savoir exactement ? Je tente d'éluder la question :
« Avec Scott ? Rien de bien passionnant, je ne saurais même pas vous dire. Allez, à moi de poser la prochaine …
– Attends, Molly, on est sérieux là, fait Roxanne. On est tous tes amis, on mériterait une explication. Quand je parle d'explication, c'est un résumé détaillé avec commentaires de toute l'histoire, en partant du début jusqu'à la fin, avec toutes les péripéties, car je sais qu'il y en a un paquet.
– Non mais on s'amusait bien, là, soupiré-je. Je ne voudrais pas casser l'ambiance.
– On te le demande, Molly, dit Lorcan. S'il te plaît. »
Je ferme les yeux. Même Lorcan pose la question. Merlin. Pas maintenant. Je sens déjà que j'ai le nez qui me pique, mes yeux vont bientôt se rougir. Je laisse échapper un soupir tremblant. Comment expliquer tout simplement sans dire le cœur du sujet ? Je prends une grande inspiration.
« Ce n'est rien d'extraordinaire, vous savez, dis-je pour gagner du temps.
– Alors ça ne doit pas être un problème de le raconter, chuchote Lysander.
– C'est pas ça, c'est juste que c'est encore assez frais.
– Molly !
– Oui, bien, capitulé-je. C'est juste qu'on est sorti ensemble, c'était sympa, jusqu'à ce qu'on se sépare et j'ai fait l'erreur de le croire une seconde fois et de retourner avec lui, et on s'est à nouveau séparé ensuite. Voilà. »
Ils me fixent tous du regard, l'air de ne pas apprécier mon résumé, qui pourtant était plutôt efficace. Ils ont le gros de l'histoire. Ils pourraient s'en satisfaire. Je hausse les épaules.
« Molly Weasley, fait Roxanne. Ce n'est pas ce qu'on te demande, ça, c'est ce qu'on a pu constater de l'extérieur.
– Mais vous me faites quoi, là ? C'est un piège, c'est ça ? Mais il me faudrait plus qu'une bièraubeurre pour tout vous raconter.
– Prends ton temps, Molly, dit Eugénie d'une voix douce. On ne veut pas te brusquer, mais ça fait déjà un moment que tout le monde se pose la question. »
Je laisse échapper un rire nerveux et bois une lampée de bièraubeurre. Les bulles me picotent le palais. Ils ont raison, je le sais. C'est totalement légitime de leur part de demander. J'aurais fait la même chose, peut-être en pire. Je soupire.
« D'accord. Alors je … J'aimais bien Scott et il m'aimait beaucoup, je crois. Donc, c'était cool. Sauf que, à la soirée de James, il … Il a fait quelque chose qui m'a vraiment déçue, parce que je lui faisais confiance et visiblement, il a abusé de cette confiance. Je l'ai quitté. Il n'a pas arrêté de me dire qu'il regrettait et tout … J'ai tenté de le croire et j'aurais pas dû, vu comment ça s'est terminé. Voilà.
– Et qu'est-ce qu'il t'a fait exactement ? demande Fred avec de grands yeux inquiets.
– C'est rien, juste un mensonge qui est mal passé.
– Tu es sûre ? fait Lysander. Ça avait l'air d'être plus que rien, quand même.
– Oui, j'exagère toujours un peu, tu sais…
– Je ne crois pas. »
Je hausse les épaules, n'osant plus regarder personne. Au fond, je n'ai pas dit ce qui importait le plus. Ils l'ont peut-être senti mais ça semble leur convenir pour le moment. Je relève les yeux en disant avec un faux enthousiasme dans la voix :
« A mon tour, maintenant ! Je n'ai jamais rangé de vestiaire avec quelqu'un. »
J'adresse un sourire malicieux à Lysander. Il plisse les yeux, suspicieux, avant d'éclater de rire.
« Je n'aurais jamais cru ça de toi, Molly ! Tu veux vraiment aller sur ce terrain là ?
– Comment ça ? Quel terrain ? Pourquoi tu poses cette question ? demande Lorcan.
– C'est rien, je n'ai jamais rangé de vestiaire non plus, affirme son frère en me jetant un regard amusé.
– Même avec Shanna ? »
Il me lance un regard noir comme il ne le fait que rarement. Pendant ce temps, Roxanne regarde Evan en portant la bouteille à ses lèvres. Eugénie ne semble pas très bien comprendre mais elle boit quand même une gorgée sous le regard amusé de Lysander avant qu'il ne se tourne vers moi. Il fronce les sourcils.
« Alors comme ça, tu n'as jamais rangé les vestiaires avec Scott ?
– Pourquoi j'aurais fait ça ? Je ne joue pas au quidditch, tu sais, affirmé-je en prenant un air étonné.
– Oui, pourquoi elle aurait fait ça ? demande Lorcan, surpris.
– Tu es beaucoup trop innocent, mon pauvre petit Lolo. Coralie, il va falloir que tu t'en occupes un jour. »
Et j'arrête d'écouter Lysander un instant, observant le canapé qui attire soudain mon regard. On a bien failli ranger cette pièce avec Scott. Un frisson me parcourt. Je soupire profondément, fermant les yeux quelques secondes pour éviter d'y penser trop fort. Ah, Scott, j'ai encore beaucoup de choses à régler avec lui. J'espère que ce que je lui ai dit ce matin le réveillera. Je ne sais toujours pas ce qu'il a dit à McGonagall, sur ce qu'ils ont prévu pour sa collaboration avec elle et mon père et sur sa protection.
« Oh, Molly, tu es encore avec nous ? »
Je rouvre les yeux, dans un sursaut en renversant au passage quelques gouttes de bièraubeurre sur moi, et je me rends compte qu'ils me regardent avec inquiétude. Je secoue la tête, observant mon chemisier mouillé.
« Oui, excusez-moi, j'ai … Je crois que la fatigue commence à avoir raison de moi, je me suis …
– Tu veux un mouchoir ? me propose Coralie gentiment.
– Non, ça va aller. Je pense juste que je vais aller laver ça et …
– De toute façon, ça va être l'heure du repas, ajoute Evan en se touchant le ventre avec un petit sourire. On n'a qu'à y aller. On se refera ça à un autre moment. Ça fait du bien d'oublier un peu tous les problèmes de la vie.
– Surtout les problèmes liés à la métamorphose, dit Roxanne en soupirant fort. Ça m'a achevée aujourd'hui leur truc moléculaire. »
Ils se lèvent tous, finissant leur bièraubeurre et leurs discussions alors que je me sens toujours un peu perturbée. C'est peut-être la bièraubeurre. Eugénie rit avec Coralie en ramassant les bouteilles qui leur reste. Lysander soupire en disant que ça faisait ça de moins à ramener jusqu'à la tour de Serdaigle mais que les autres risquent de se plaindre. Coralie s'excuse un peu, parce que c'était son idée. Mais Lorcan lui embrasse la joue en disant qu'elle n'avait pas à s'inquiéter, personne à Serdaigle le lui reprochera. Elle rougit légèrement avant de l'enlacer avec tendresse. Je reste un instant sur le tapis, un peu piteuse. Roxanne, Fred et Evan sortent en parlant de ce qu'ils allaient manger. Les frères Scamander sortent avec Coralie, l'un charriant l'autre. Et Eugénie me regarde en me tendant une main secourable. Je l'attrape pour essayer de me relever. Une fois debout, je soupire. Elle hoche la tête.
« Je sais, Molly. C'est toujours difficile d'en parler. Mais tu sais aussi qu'ils ont bien fait d'insister. Tu ne peux pas rester sans en parler. Alors, petit à petit s'il le faut, tu vas pouvoir nous expliquer. Je crois que ce n'est pas aussi simple que tu le dis, cette histoire avec Scott. Et ce n'est pas grave. Mais tu sais qu'on est là pour toi. »
Je renifle légèrement avant de me rapprocher d'elle pour qu'elle me serre dans ses bras. Elle est plus grande que moi, je pose mon front sur son épaule alors qu'elle frotte d'une main douce pour dos. Quand je me dégage de son étreinte, je passe rapidement un coup de manche sous mes yeux.
« Je sais, murmuré-je, je sais que vous êtes là. Merci. T'as raison, c'est compliqué avec Scott. Tout comme c'est certainement plus compliqué que tu ne le dis avec Alistair.
– C'est possible, oui, dit-elle en esquissant un sourire. On est irrécupérable, Molly. Allez, viens, on va manger, ça va aller mieux avec une bonne soupe et du pain frais.
– Vas-y, je te rejoins, je vais juste passer de l'eau sur mon chemisier. Sinon, c'est grillé pour la bièraubeurre.
– Oui, on se retrouve dans la Grande Salle. »
Elle embrasse mon front comme le ferait une mère et me laisse partir vers les toilettes les plus proches.
Je me regarde dans le miroir avec attention. J'ai beau essayer d'empêcher les larmes de sortir, je n'y arrive pas. C'est comme si, le fait qu'ils m'aient posé la question a fait ressurgir en moi tout le mal que ça m'avait fait de le vivre. Scott Reeve. Il ferait mieux de sortir de ma tête maintenant avant que je ne devienne folle. Scott Reeve, celui qui sait des choses et refuse de me les dire. Quel connard, ce Scott Reeve. Il faut qu'il me dise réellement ce qu'ont prévu les Salvateurs. Je ne peux pas croire qu'il ne sait rien, qu'il n'a plus de mission. Est-ce que ça a un rapport avec Kiran ? Qui a bien pu l'agresser ? Est-ce que ce sera la seule ?
Scott Reeve, pour le moment, il n'y a que toi qui peut m'aider, à mon plus grand désespoir.
