Jeudi 31 Octobre

« Donc, à la place du festin habituel, on installe un buffet sur les côtés, avec des tonnes de bonbons. La scène est à la même place que la dernière fois et en avant la musique. Tu vois, tu n'as pas à t'inquiéter, je gère tout et j'ai Minerva dans la poche.

– Encore une fois, James Potter, je ne m'inquiétais pas vraiment pour ça.

– Tu n'auras qu'à t'amuser, vu que tout est organisé par mes soins et les profs ont dit qu'ils patrouilleraient dans tout le château. »

James s'assoit lourdement à côté de moi dans le canapé de la salle commune et il me regarde en fronçant les sourcils. Je n'aurais qu'à m'amuser. Chouette. J'esquisse un sourire pour essayer de rassurer James mais il a l'air préoccupé par mon état.

« Allez Molly, je sais que tout est un peu stressant dans la vie mais, là, il est temps de relâcher la pression et d'oublier le reste, de se concentrer sur la musique, sur ce qui est peut-être futile mais sur ce qui fait vraiment du bien.

– Merci Jamie, je ferai un effort ce soir, t'inquiète, j'ai nullement l'intention de gâcher ta soirée.

– Molly, ne gâche pas la tienne en te prenant la tête. »

En disant cela, il se lève, monte sur le canapé pour sauter de l'autre côté et atterrir en criant pour que ses lunettes lancent des éclairs pour faire rire les première année. Je soupire en riant légèrement. Se détendre, relâcher la pression. Respirer.

Mais Scott va tout faire pour arrêter les Salvateurs et empêcher qu'il y ait une nouvelle victime. Il sait que je suis allée voir McGonagall pour tout lui révéler. Il l'a su tout de suite. J'ai presque peur de le croiser dans les couloirs maintenant. Maintenant que j'ai décidé de rester digne et honnête. J'ai un peu peur de flancher.

Respirer.

Je me lève pour monter dans le dortoir où les filles sont déjà en train de préparer leur costume pour la soirée.

« Ah Molly ! Tu trouves ça comment ? Il y a encore des détails à arranger, je sais mais ça me semble déjà bien parti. »

Léna tourne sur elle-même pour me montrer son costume de Gorgone. J'ai un léger mouvement de recul, ses cheveux semblent s'être transformés de moitié en serpents qui s'agitent sur sa tête. Elle me sourit alors que je commente :

« C'est très convaincant. Mais tu feras attention quand même à ne blesser personne avec ça.

– T'inquiète pas, je maîtrise la situation. Roxanne est dans la salle de bain pour maquiller Effie. Je crois qu'elle a prévu des trucs pour toi en pensant que tu n'aurais pas le temps.

– D'accord, je vais voir ça ! »

Je quitte Léna pour aller voir le carnage régnant dans la salle de bain. J'ai l'impression que quelqu'un a commis un meurtre tellement il y a de sang dans les lavabos. Merlin, Roxanne ne fait pas dans la dentelle.

« C'est Effie, ça ?

– Eh bien, Molly, tu ne me reconnais plus ? »

Effie, normalement frêle et innocente, a du sang un peu partout sur elle. Elle me montre du doigt l'arme du crime avec un grand sourire qui laisse voir du sang sur ses dents.

« Roxanne trouvait que boucher de la mort était une bonne idée, c'est de sa faute.

– Fred déteste les bouchers, ajoute Roxanne en me faisant un discret clin d'œil.

– T'as dit quoi, là ?

– Il adore la viande, ça lui fera plaisir. Effie, tu es parfaite. »

Roxanne arrange quelques mèches de la petite amie de son frère et lance un baiser dans l'air, satisfaite. Je secoue la tête alors qu'Effie tire la langue, révélant à nouveau un rouge sang peu agréable à voir. Elle me laisse la place sur le tabouret en face de Roxanne et rejoint Léna, brandissant son couteau de boucher. Je souris avant de me tourner vers ma cousine.

« Léna m'a dit que tu avais quelque chose pour moi.

– Absolument, tout est là. »

Elle me montre du doigt le tissu rouge posé sur l'étagère et tente tant bien que mal de nettoyer un peu le faux-sang sur ses mains. Je m'approche de l'étoffe et la soulève légèrement en haussant un sourcil :

« C'est très rouge.

– C'est le but, c'est pour faire un démon de l'enfer. On y a réfléchi avec Victoire et on a convenu que ça t'allait bien.

– Je ne sais pas comment je dois le prendre. »

J'ai émis un petit rire en dépliant la robe pour la voir en entier. Elle est jolie. J'imagine qu'elle appartient à Victoire en temps normal, il n'y a qu'elle qui peut trouver des occasions pour mettre ce genre de chose. Roxanne m'observe, la baguette entre les dents, alors que je l'enfile comme je peux. Puis elle jette des petits coups de baguette sur le bas pour qu'elle s'ajuste bien.

« Je ne sais pas ce que tu en penses mais tu commences à ressembler à quelque chose. »

Je tourne sur moi-même. La robe est longue et Roxanne, par je ne sais quel sort, rend le bas un peu plus vaporeux. Puis elle regarde attentivement mon visage. J'ai un peu de mal à me retenir de rire, elle a l'air de prendre ça très à cœur.

« Le maquillage est une partie des plus importantes de ton déguisement, installe-toi. »

Obéissante, je m'exécute. Elle sort un tas de poudres et de choses dont l'existence m'était inconnue. Elle m'étale une crème sur le visage, m'expliquant que c'était pour pâlir mon teint, puis elle noircit mes yeux, ajoutant des touches de rouge un peu partout. Elle me peint les lèvres en rouge avec beaucoup de précaution. Puis elle regarde le résultat en souriant.

« Qu'est-ce que t'en penses ? »

Elle me tend un miroir. Je souris à mon reflet mais j'ai l'impression que ce n'est plus vraiment moi. Ça me donne l'air plus méchante. Roxanne hoche la tête et me donne un collier doré dont les chaînes tombent sur le léger décolleté de la robe. Et enfin, elle me donne des cornes rouges qu'elle fixe dans mes cheveux.

« Tu es belle, Molly, dit-elle en me faisant un clin d'œil.

– Tu as conscience que le but est de faire peur, n'est-ce pas ?

– Mais ton regard au naturel fait déjà peur alors je ne me fais pas de souci pour ça. »

Je lève les yeux au ciel alors qu'elle glousse en appelant Effie et Léna pour qu'elles viennent constater le résultat. Léna siffle :

« J'adore, ça te donne encore plus l'air d'une femme fatale et dangereuse que d'habitude.

– Mais parce que je suis une femme fatale et dangereuse, voyons ! »

Roxanne secoue la tête en riant et nous met toutes dehors pour qu'elle se prépare elle aussi. Elle ne veut pas qu'on regarde pour faire la surprise. Soudain, Johanna apparaît sur le pas de la porte, essoufflée.

« Les filles, il faut que vous descendiez ! Il y a James Potter qui s'est déguisé en McGonagall !

– Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il peut être … »

Je ne finis pas ma phrase, voulant constater par moi-même la stupidité, ou le génie, de James. J'ai du mal à l'apercevoir, toute la salle commune l'entoure pour l'acclamer. Je rejoins Albus qui regarde la scène les bras croisés sur le côté. Il commente :

« James ne peut pas s'empêcher d'être au centre de l'attention.

– C'est un sale gosse, approuvé-je. Et toi, tu es déguisé en … ?

– Détraqueur, mais j'avais trop chaud alors j'ai enlevé la cape, du coup, ça n'a plus aucun intérêt. »

Je hoche la tête, compréhensive. James se fraye un chemin jusqu'à nous, un grand sourire accroché aux lèvres. C'est son moment, il adore ça.

« Bonjour Miss Weasley. Êtes-vous prête pour la soirée de la mort ?

– Absolument, Professeur. »

Il est si fier de lui, son sourire est si large. Albus secoue la tête, dépité. Mais une fois que son aîné est parti pour retrouver ses compagnons de musique, il sourit un peu plus. Sa fierté l'empêche de rire aux bêtises de son frère, comme je le comprends. Je lui tapote gentiment la tête avant de m'extirper de la salle commune bondée de monstres divers et variés. Je descends les escaliers rapidement pour essayer de trouver Léon pour l'organisation.

« Weasley ! »

Je me retourne, m'attendant à me trouver nez à nez avec Wilkes mais c'est Scott Reeve qui se précipite vers moi, énervé. Sans que je m'y attende, il pointe déjà sa baguette sur mon cou et me pousse pour qu'on s'éloigne des éventuelles oreilles traînantes. Il ouvre une salle vide et me tire pour que je le suive.

« Merlin, Reeve ! Qu'est-ce que tu fous, là ? »

Il me lâche enfin, visiblement en colère. Il est plus rouge que d'habitude, son regard me fait presque peur.

« Et toi, qu'est-ce que tu fous ? Je te faisais confiance, Molly ! Pourquoi t'es allée tout raconter à McGonagall alors que je t'avais dit de ne pas le faire ? »

Il crie et je ne peux que reculer de quelques pas, pour qu'il ne m'approche plus et que je puisse reprendre un peu mes esprits.

« Je suis foutu maintenant ! Je suis surveillé de tous les côtés et c'est de ta faute ! Merlin, comment peux-tu être si stupide ?

– Tu peux dire ce que tu veux de moi, Scott Reeve, dis-je d'une voix froide, mais pas que j'ai été stupide en allant voir McGonagall. Je pense qu'on aurait dû tout lui dire depuis bien longtemps. Et je m'en fiche de ton avis. Je ne veux plus avoir à porter ça seule et je fais confiance à la Directrice pour ne pas nous abandonner.

– Tu ne comprends pas ! Des gens sont en danger et tu continues à ne pas comprendre. Molly, si on a les profs sur le dos, on ne pourra rien faire.

– Toi, tu ne pourras rien faire. Moi, je n'avais pas l'intention de t'aider de toute façon. »

Il souffle de rage et ouvre la porte d'un geste brusque. Puis il se retourne une dernière fois vers moi, secoue la tête avec dégoût et avant qu'il ne claque la porte, je l'interpelle.

« Mais, Scott, attends ! Tu n'as pas plus d'idée de ce que tu dois … ?

– Si tu crois que je vais te le dire pour que tu ailles balancer directement ... »

Il me dévisage et la porte claque, me laissant seule dans cette salle vide, un peu perturbée. Merlin, je soupire en essayant de réfléchir le plus vite possible mais je ne vois pas de solution. Je crois qu'il va surtout falloir que je le surveille pendant la soirée si je veux en savoir plus. James m'a recommandé de m'amuser, je ne sais pas si Reeve sera divertissant mais il risque bien de m'occuper un peu.

Je ressors, un peu calmée, pour continuer mon chemin vers la Grande Salle où les festivités ne devraient pas tarder à commencer. Dans le Hall, je trouve rapidement Léon qui discute avec ses amis de Serpentard et Lysander Scamander. Je fronce les sourcils en me glissant derrière lui. Je souffle à son oreille pour le faire sursauter.

« Tu as toujours les meilleures fréquentations, dis donc, Scamander.

– Molly, Merlin. »

Le petit groupe s'écarte alors que je ricane en voyant Lysander qui souffle pour calmer son cœur. Les autres me regardent un peu de travers. Je précise, un sourire aux lèvres :

« Je parlais de moi, pas de vous.

– J'ai cru un instant que tu aurais gagné en humilité ces derniers jours mais en fait, pas du tout, constate Léon avec une petite grimace.

– C'était de l'humour, les gars, respirez un peu. C'est Halloween, il faut se détendre. »

Lysander me regarde avec perplexité mais ne dit rien de plus. Je prends le temps de les observer un peu. Lysander ressemble à un savant fou. Léon s'est déguisé en vampire, il a choisi visiblement la solution de facilité. Et les autres Serpentard sont plus ou moins bien déguisés en zombie. Je prends une inspiration avant de pointer du doigt Léon.

« On a des choses à voir avant que ça ne commence, n'est-ce pas ?

– Comme tu veux. »

Il me suit, alors que ses amis ricanent en me regardant de travers. Toujours agréables, ces gens-là. Léon me détaille du regard en souriant.

« Sympa, le costume, commente-t-il. Même si tu ne t'es finalement pas beaucoup éloignée de toi-même. Le diable te va bien. »

Je lève les yeux en ciel.

« C'est ça, va crever en enfer.

– Avec plaisir, dit-il en riant. Elle était facile, celle-ci. Bon, alors, j'ai croisé James tout à l'heure. Son costume est particulièrement effrayant, d'ailleurs. Il m'a rapidement fait un point sur ce qu'il avait prévu, ça te semble bien ?

– Oui, je crois qu'il a vu ça avec Minerva, enfin, la vraie. Par contre, mon problème est ce qui concerne la sécurité. Est-ce que tu as eu des consignes des profs ou quoi que ce soit ?

– Non, pourquoi ? On doit patrouiller finalement ? »

Je soupire en haussant les épaules. McGonagall ne voulait pas trop qu'on s'en mêle mais ça ne va pas m'arranger pour surveiller Scott.

« J'en sais rien, je ne crois pas. Si l'un de nous a des infos, on se tient au courant, d'accord ?

– Pas de problème. Eh Molly, s'écrie-t-il alors que j'allais m'éloigner, je suis désolé d'avoir été un peu sur les nerfs dernièrement. Je sais que tu voulais pas nous accuser juste pour nous accuser mais … Mais c'était pas cool non plus de ta part.

– Je m'excuse aussi, Wilkes, chuchoté-je.

– Mais je ne peux quand même pas m'empêcher de penser que toute cette histoire est étrange et que tu caches des choses avec Reeve. »

Il me scrute du regard alors que je mords discrètement l'intérieur de ma lèvre. Je recule en le saluant d'un signe de tête et m'en vais avant qu'il ne dise quoi que ce soit d'autre. Merlin, j'ai l'impression qu'il ne va pas me lâcher avec ça. Il va falloir prendre vraiment des précautions ce soir.

Tout le monde commence à entrer dans la Grande Salle. On dirait un carnaval. Je ne reconnais même pas certaines personnes. Coralie et Eugénie sont pâles comme des fantômes dans des robes blanches un peu abîmées. Elles viennent me saluer en riant et commentant la décoration. Il y a des citrouilles un peu partout, des toiles d'araignées, des chauves-souris au plafond. Les tables sont remplies de petits fours étranges d'un côté et de bonbons de l'autre. Rien ne fait vraiment peur, on sent surtout l'excitation et l'effervescence. Ils sont tous prêts à faire une grande fête.

Dans un coin, j'aperçois le Professeur Londubat qui discute avec Lily. Je me dirige vers eux, pour voir si tout va bien pour ma jeune cousine. Neville me sourit et fait un signe de tête à Lily qui le regarde avec admiration. Elle s'en va rejoindre ses amis en m'adressant un sourire.

« J'expliquais à ta cousine pourquoi il était important pour elle de fêter Halloween. »

Je hoche la tête, comprenant qu'il voulait parler des grands-parents de Lily, Albus et James. Le Professeur de Botanique regarde la foule d'élèves avec tendresse.

« Et je crois que ce genre d'événement aurait beaucoup plus à tous ceux qui … C'est toujours bienvenu en tout cas. »

Je vois une légère gêne dans son regard. Il secoue la tête, comme pour sortir de sa tête des idées tristes, et me regarde en souriant.

« Alors, Molly, est-ce que tu sais que la sécurité est renforcée à son maximum ? Je crois qu'on va faire en sorte que personne ne puisse vraiment sortir de la fête, sauf à la fin pour rentrer dans leur salle commune, ou exceptionnellement mais accompagné. Je pense que le Professeur McGonagall a prévu de demander aux préfets de donner un coup de main.

– D'accord. Vous ne savez pas quand à lieu cette réunion ?

– Si, dans quelques minutes. »

J'écarquille les yeux. Ce serait gentil de me prévenir. Je remercie Neville chaleureusement et me mets à la recherche de Wilkes. Je ne sais pas s'il est au courant ou si c'est une tentative de m'écarter.

Je tombe d'abord sur Lysander.

« Mais, Scamander, tu es préfet, non ?

– Oui, à ton grand regret, c'est ça ? me dit-il la bouche pleine de petits fours.

– Viens, on a une réunion avec McGonagall sur la sécurité. Tu étais au courant ?

– De la réunion ? Oui, je crois bien qu'Aurélie m'a dit un truc dans le genre mais je ne l'écoute pas toujours quand elle me parle de tout ce qui commence par « ré » et finit par « ion ».

– Tu sais où elle est, cette réunion ?

– Là, certainement, il y a tous les préfets agglutinés. »

Il me montre du doigt le groupe des préfets. Je soupire, c'est bon, la réunion n'a pas commencé. Je regarde tout autour de nous, pour chercher Léon. Merlin, je n'étais pas au courant, je ne sais pas s'il a pu être prévenu. Puis, je le vois arriver avec Garance, qui est la préfète de Serpentard. Il n'a pas l'air très content.

« Salut, fait-il aux autres avant de se tourner vers moi. Sympa, Weasley, de ne pas prévenir.

– Je viens de l'apprendre par le Professeur Londubat. Salut Garance. »

Elle m'adresse un signe de la tête avec un petit sourire. Elle est tout de noir vêtu, avec un chapeau un peu étrange où se trouve un corbeau. Je n'arrive pas à savoir s'il est empaillé ou non mais il a dans le regard quelque chose d'assez effrayant.

Minerva devrait arriver d'une minute à l'autre. On a vu James passer une première fois, je crois bien que certains ont vraiment cru que c'était la directrice. Il est allé installer les instruments sur scène avec David Parker et Franck Londubat.

L'ambiance dans le groupe des préfets me semble anormalement tendue. C'est peut-être parce que Dorian Smith me fixe avec un drôle d'air ou parce que Léon soupire toutes les cinq secondes.

« Bonsoir à tous, fait une voix juste derrière moi. Je vois que vous avez tous eu le mot pour la réunion. Je voulais rapidement vous expliquer le dispositif. Les professeurs patrouilleront dans les couloirs autour de la Grande Salle pendant toute la soirée. Il n'est pas autorisé aux élèves de quitter la Grande Salle sauf s'ils veulent se rendre dans leur salle commune. Je vous demanderai de faire partir alors par petit groupe, les élèves. Je voudrais que personne ne se retrouve seul à traîner dans les couloirs ce soir. Restez vigilants, si vous voyez quelque chose de suspect, n'hésitez pas à prévenir un adulte. Je vous fais confiance pour vous relayer et je suis sûre que tout se passera bien. »

Minerva McGonagall semble éviter légèrement mon regard. Elle s'adresse plus aux préfets qu'à nous, les Préfets-en-chef. Je n'ose pas dire quoi que ce soit. Elle s'arrête pour répondre à d'éventuelles questions. Jeanne, la préfète de Gryffondor lève la main et demande :

« Pourquoi de telles mesures ? La dernière fois, il n'y avait pas eu de problème.

– Compte tenu des derniers événements, nous ne souhaitons pas prendre de risque. Je comprends, bien entendu, que cela peut être frustrant pour vous mais cela ne devrait pas vous empêcher de profiter de la soirée non plus. Je vous demande simplement d'ouvrir l'œil, comme à votre habitude et d'emmener un groupe d'élèves à votre salle commune toutes les heures. Est-ce qu'il y a d'autres questions ? »

Je me suis redressée pour lui poser éventuellement une question à l'écart mais elle s'est tournée vers moi avant et m'a regardée par dessus ses lunettes.

« Miss Weasley, j'imagine que vous voulez réagir. Les Préfets-en-chef resteront surveiller la Grande Salle. N'hésitez pas à aller les voir si vous voyez quelque chose de suspect ou si vous avez besoin d'aide, a-t-elle ajouté à l'adresse des autres avant de nous faire signe de la suivre avec Léon. Miss Weasley, faites comme je vous ai dit, d'accord ? Et Monsieur Wilkes également. »

Elle nous jette un regard sévère et s'en va rejoindre d'autres professeurs. J'échange un regard suspicieux avec mon homologue.

« Elle t'a dit de faire quoi ? demande-t-il en croisant les bras.

– Pas grand-chose. Et toi ?

– Rien d'important non plus. »

Je hoche la tête, ne le croyant pas vraiment. Ça me met un peu mal à l'aise de ne pas savoir quels sont ses ordres. Alors que les miens sont simplement de m'amuser. Je trouve ça étrange et un peu injuste.

Soudain, la musique commence. Léon s'éloigne vers un groupe de Serpentard, en m'adressant un dernier regard, toujours un peu suspicieux. Je me dirige vers Lysander qui discute avec Evan en se plaignant de devoir s'occuper des première année alors qu'il voudrait profiter. Mais avant que je ne puisse leur parler, j'aperçois Scott au milieu de la foule, qui se fraye un chemin entre les gens. Où va-t-il ? Je laisse les deux garçons, sans rien dire, pour essayer de le suivre de loin. J'ai peur de perdre sa trace. Mais j'entends la voix de James résonner dans toute la Grande Salle et ça fait l'effet d'une explosion. Tout le monde l'acclame et crie autour de moi. Je jure entre mes dents, j'ai perdu Scott de vue. Je ferme les yeux. James, toujours dans sa robe écossaise, s'adresse à la foule :

« Bienvenue à tous à la fête d'Halloween de Poudlard ! Je vous répète une dernière fois les consignes de sécurité de ce soir, mais c'est surtout pour satisfaire ce Professeur qui a trouvé amusant de se déguiser en mon humble personne. Alors, personne ne doit quitter la fête avant qu'elle ne soit terminée. En même temps, me direz-vous, qui aurait eu cette idée saugrenue ? Et si vous tombez de fatigue ou parce que vous vous êtes trop gavés de bonbons, demandez à vos préfets de vous ramener dans votre salle commune. Sur ces bonnes paroles, je vous propose de commencer ! »

Tout autour de moi, tout le monde applaudit et se trémousse sur les premiers accords de guitare. Je me sens un peu seule au milieu de cette foule. Je prends une grande inspiration. S'amuser, Molly, c'est l'ordre du jour. Je regarde une dernière fois en direction de là où est parti Scott Reeve et je retourne là où se trouvaient Lysander et Evan. Il y a Roxanne avec eux à présent. Elle a tout l'air d'une poupée en porcelaine, une jolie petite robe bleue et rose qui est trouée dans le bas. Sa peau d'ordinaire sombre est pâle et légèrement craquelée par endroit. Elle affiche un sourire qui pourrait passer pour gentil si elle n'avait pas des yeux étrangement fixes. Quand elle me voit, elle sort un peu de son rôle de petite poupée effrayante et commence à sautiller.

« Molly ! Tu entends ça ? crie-t-elle pour couvrir la musique qui commençait à démarrer doucement. On va enfin savoir ce qu'il y a après « C'est la belle histoire de trois … » ! Venez, on ne voit rien d'ici ! »

Son enthousiasme me fait sourire. Elle attrape le bras d'Evan et le tire plus vers la scène où James commence à chanter. Lysander hausse les épaules et me fait signe de passer devant lui. S'amuser, on a dit. Amusons-nous alors. Je suis Roxanne qui a retrouvé Fred et Lorcan. James chuchote au micro :

« J'espère que vous êtes tous prêts ... »

Toute la salle crie pour qu'il arrête son suspens. Et sa voix, toujours aussi étrangement agréable, commence à chanter.

« C'est la belle histoire

De trois serpentard

des gars pas froussards

qui marchaient dans l'noir. »

J'entends des Serpentard siffler pour la forme mais les Gryffondor sont surexcités et leurs cris surpassent tout. J'en voie qui sont déjà presque en transe. Roxanne éclate de rire en entendant le texte. Je crois l'entendre murmurer que James est un génie. Il y a déjà ce qui ressemble à un refrain, les mots sont un peu hachés, chuchotés, comme pour laisser le temps à la pression de monter, le rythme étant battu par Franck Londubat à la batterie.

« Le soir d'Halloween
Une nuit assassine
Couleur grenadine
Le cœur tambourine
Les trois serpentard
Vont mourir ce soir »

Les Serpentard font semblant d'être outrés mais le groupe de cinquième année qui est à côté de nous n'arrive pas à s'empêcher de sourire en agitant la tête. Je regarde tout autour de nous. Au milieu des vampires et des goules, je ne peux me retenir de chercher Scott des yeux. Lysander me tapote le bras. En me retournant vers lui, je vois qu'il me tend la main. Roxanne commence déjà à danser avec son frère. Lorcan a retrouvé Coralie et ils sont en train de rire dans les bras l'un de l'autre.

« Tu danses ? fait Lysander en souriant.

– Je … Avec toi ? »

Il me regarde avec un sourire, clignant quelques fois les yeux, comme s'il craignait rester encore très longtemps avec sa main tendue vers moi. Je regarde une dernière fois derrière mon épaule mais aucun Poufsouffle suspect en ligne de mire. Je pose ma main dans celle qui Lysander qui a l'air soulagé mais surtout amusé.

« Les trois serpentard
Rencontrent détraqueurs
La soudaine fraîcheur
La goutte de sueur
Ils voient le Tartare
Fuient à contre-coeur
Le baiser bizarre.

Aaaaah !

Mais sur le départ
Ils voient un cognard
Qui fonce sur eux
Du genre coléreux
C'est un traquenard !
Que c'est désastreux
Les trois serpentard
Ne sont plus que deux. »

Je ne suis pas très à l'aise pour danser sur cette chanson alors j'imite plus Roxanne qui se dandine qu'autre chose, ce qui fait rire le Scamander qui tente parfois de me faire tourner mais je me trompe toujours de sens, ce qui a l'air de le faire rire encore plus. En même temps, j'essaye de me concentrer pour écouter les paroles. James s'amuse avec le texte, fait des pauses avant de crier et de reprendre. C'est une chanson idéale pour Halloween. Mais ce qui me dérange, c'est la réalité, cette impression que la réalité serait capable de rejoindre la chanson juste pour se foutre de notre gueule encore plus. J'écrase le pied de Lysander sans faire vraiment exprès. Il soupire en secouant la tête.

« Merlin, Molly, t'es un cas désespéré, je crois …

– Comment ça, Scamander ! C'est toi qui me dit ça ? Tu ne te souviens donc pas de l'état dans lequel tu as mis mes pieds l'année dernière ?

– Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ... »

Mais il affiche un petit sourire amusé. Je lui remarche légèrement sur les pieds, cette fois en faisant semblant de ne pas faire exprès. Il a beau essayer de se venger, je fais en sorte de sautiller au rythme de la musique pour éviter les représailles.

L'an dernier, ça semble à des années lumières. Ce bal organisé par les anciens Préfets-en-chef pour la fin du tournoi de duel qu'ils avaient organisé, ce bal auquel j'aurais dû, et voulu, aller avec Lorcan mais il avait déjà été invité par Léna et il m'avait dit qu'on ne pouvait pas y aller tous les ans ensemble non plus. J'avais compris qu'il était timide, qu'il n'avait pas osé me demander et qu'il avait accepté la proposition de Léna pour ne pas la vexer, parce que c'est quelqu'un qu'il apprécie. J'y suis allée avec Lysander parce que Lorcan m'avait persuadé que c'était la meilleure chose à faire plutôt que se retrouver seule. J'ai passé la soirée à râler et lui écraser les pieds, il a passé la soirée à se moquer de Lorcan et de moi et à m'écraser aussi les pieds. Au final, on avait bien ri et Lorcan avait peut-être regretté quelques instants d'avoir tant voulu que je me réconcilie avec son frère. Ça n'avait pas duré longtemps, il traînait encore avec les Serpentard de septième année qui organisaient des soirées dans la Forêt Interdite. Et un soir, la jeune Amy Van Dahas, qui est maintenant en sixième année à Serpentard, a failli mourir en allant provoquer des centaures, complètement ivre. Lysander faisait partie de cette bande et je l'avais prévenu que s'il y retournait, je n'aurais plus aucune pitié.

Je le regarde avec un petit sourire, il observe James qui continue à chanter. Il a l'air de s'amuser beaucoup. Lysander Scamander a bien changé ces derniers temps. Je ne sais pas si c'est le départ de ses anciens amis, son nouveau rôle de préfet ou si c'est une prise de conscience générale mais j'ai le sentiment que je peux à nouveau lui faire confiance.

« Deux p'tits serpentard
Trouvent un gros grimoire
Que c'est insouciant
Il est terrifiant
A une grosse mâchoire
Et est impatient
De manger l'espoir
Des deux étudiants
Qui s'enfuient dare-dare

Aaaaah !

Un épais brouillard
Soudain les sépare
C'est l'Acromentule
Qui rend ridicule
Sans aucun scrupule
Nos deux pleurnichards
Claquent les mandibules
Des deux Serpentard
Il reste qu'un trouillard. »

J'ai le regard soudain attiré par des cheveux bruns qui pourraient appartenir à Scott. Il n'est pas loin de la sortie. Mon cœur s'affole un peu. Il ne faut pas qu'il puisse sortir de la Grande Salle. J'ai peur qu'il tente le tout pour le tout. Soudain, je sens une douleur dans le pied. Lysander a profité de mon manque d'attention pour l'écraser. Il me regarde avec un petit sourire faussement innocent. Je le foudroie du regard en reculant un peu.

« Merlin, Scamander, tu m'as fait mal. »

Je soupire en prenant ça pour prétexte pour me diriger vers les buffets, tout pour tenter d'avoir Scott Reeve dans mon champ de vision. Lysander reste un instant immobile pendant que je m'éloigne, l'air de ne pas comprendre pourquoi je suis si énervée alors que c'était le jeu. Puis, il me suit.

« Molly, qu'est-ce qui t'arrive ? »

Je ne lui réponds pas, trop occupée à me mettre sur la pointe des pieds pour apercevoir le Poufsouffle. Je l'ai perdu. Je jure entre mes dents et ignore Lysander.

« Un pauvre serpentard
Voit son pire cauchemar
Une manticore
Veut piquer son corps
Il devient blafard
Il se décolore
C'est l'épouvantard
De la grande armoire
Il fait un effort
Pour jeter un sort

Aaaaah !

Merlin il implore
Car la mandragore
De tonton Hector
Sans même crier gare
Va crier bien fort
C'est déjà trop tard
Le pauvre serpentard
Est déjà bien mort. »

Je m'arrête en entendant la fin du dernier couplet. Merlin, tous les Serpentard finissent mal dans cette chanson. Lysander me rattrape et penche la tête vers moi.

« Molly, ça va ?

– Oui, désolée, dis-je en essayant de me reprendre. Je … Tu veux boire quelque chose ?

– Volontiers, dit-il en me regardant avec un fond d'inquiétude. Je suis vraiment désolé pour ton pied …

– Oh, ne t'inquiète pas, je t'ai fait pire, j'en ai bien conscience. »

Je soupire en me frayant un chemin pour atteindre les bords de la salle. Je n'arrive pas à me retenir de chercher du regard Scott, comme si je ne pouvais plus vraiment me détendre si je ne savais pas ce qu'il faisait. Lysander attrape un petit four à la citrouille et m'en tend un. Je le prends en lui faisant un pâle sourire. Soudain quelque chose me bouscule. Je me retourne et constate la présence de Mike Douglas, qui a toujours l'air aussi énervant avec sa mèche de cheveux blond-roux qui lui tombe dans les yeux. Il est déguisé en momie. Je le jauge du regard avec un brin de perplexité. Il est essoufflé et me fait signe d'attendre parce qu'il a visiblement quelque chose à me dire qu'il n'arrive pas à formuler. Pendant ce temps, toute la salle chante à plein poumon le dernier refrain de James.

« Le soir d'Halloween
Une nuit assassine
Couleur grenadine
Le cœur tambourine
Y a trois serpentard
Dans un corbillard. »

Tout le monde applaudit en sifflant. Même les Serpentard ont l'air de s'être bien amusé. Quelqu'un crie « Viva Serpentard ! » et toutes les autres maisons réclament leur chanson. James remercie la foule pour son enthousiasme. Et moi je fixe un première année qui a cette petite étincelle d'inquiétude dans les yeux.

« Merlin, Mike, qu'est-ce qu'il y a ?

– Léon m'a dit de te dire qu'il avait vu quelqu'un rôder dans le Hall, il pense que ça peut t'intéresser parce que je crois que c'est ton ex.

– Il est où ? »

Mike pointe les portes de la Grande Salle du doigt. J'adresse un petit regard d'excuse à Lysander pour l'abandonner de la sorte mais s'il y a Scott qui prépare quelque chose et Léon qui le surveille, ça ne m'inspire rien qui vaille. Mais Lysander s'exclame qu'il est préfet lui aussi et il se met en tête de me suivre. Je me faufile entre les élèves, en poussant certains sans grand ménagement, ni vraiment prendre le temps de m'excuser. Je me glisse dehors, m'extirpant de la chaleur de la Grande Salle.

« Molly ! »

J'entends Léon avant de le voir, il a l'air un peu énervé. Je fronce les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Reeve est sorti de la Grande Salle ? »

Lysander arrive à côté de moi, un peu rouge d'avoir couru pour me rattraper. Léon nous considère du regard un instant et secoue la tête. Il affiche un petit sourire en observant Lysander.

« Non, pas Reeve. C'est l'autre Scamander. Désolé, mec, mais je ne savais pas s'il fallait intervenir ou pas. Il est actuellement dans une salle avec une jolie jeune fille et je … »

Lysander éclate de rire, comme si c'était la meilleure blague qu'on pouvait lui faire. Je reste muette, coincée entre deux émotions. D'abord une sorte de soulagement que Scott ne soit apparemment pas sorti et un léger malaise en ce qui concerne Lorcan. Lysander n'arrive plus à s'arrêter de rire, ce qui fait sourire Léon. Mais bon sang, je ne pense pas que Lorcan aurait voulu une seule seconde que son frère soit au courant de se genre de choses. Comme si je n'avais pas compris, Lysander me dit :

« Il est en train de ranger un vestiaire dans une salle vide ! »

Je hoche la tête avec une petite grimace. Il va être insupportable avec lui, encore plus lourd qu'à son habitude. Un carnage, Lorcan le détestera. J'ai presque un peu de pitié pour lui à présent. Léon ne dit rien de plus mais garde un air un peu amusé. Lysander se calme un peu, ce qui n'est pas forcément bon signe.

« Et c'est quelle salle ? Par simple curiosité.

– Non, Merlin, Léon, ne lui réponds pas ! m'écrie-je en donnant un léger coup sur la tête de Lysander. Je vous propose qu'on fasse juste comme si rien ne s'était passé et qu'on rentre à l'intérieur.

– Mais, Mollynette ! C'est l'occasion rêvée pour …

– Justement. On va laisser Lorcan tranquille et retourner manger des petits fours, d'accord ? »

Je pousse Lysander vers la Grande Salle mais Léon ne bouge pas. Je me tourne vers lui, m'attendant à ce qu'il nous suive. Il a les yeux qui traînent vers les escaliers, comme s'il espérait apercevoir quelque chose.

« Wilkes ? Tu fais quoi ? Minerva nous a dit de rester à l'intérieur.

– Je sais et j'adore la musique de Potter mais j'ai besoin de prendre un peu l'air. »

Je hoche la tête et continue à pousser le Scamander vers la salle d'où sort une nouvelle mélodie. Je traîne Lysander jusqu'à notre petit groupe d'amis qui discutent autour du buffet. Roxanne fronce les sourcils en nous voyant arriver.

« Vous étiez partis où tous les deux, comme ça ? Après avoir dansé avec tant de grâce, ce soudain départ aurait pu paraître suspect. »

Je secoue la tête pour ôter tout soupçon et son petit sourire mesquin aux lèvres.

« Il faut tout le temps le surveiller, c'est un véritable enfant. Un sale gamin ! appuyé-je en lui donnant un coup de coude pour qu'il arrête de regarder en arrière avec un petit regard d'envie.

– Oh, Lysander, pauvre chou ! Tu t'es fait grondé par Maman Molly, fait Eugénie en riant.

– Je peux vous le laisser ? Je veux juste aller parler à Wilkes, je reviens. »

Je m'éloigne en espérant que les filles pourront s'occuper de lui pour qu'il ne fasse pas trop de dégâts. En fait, j'ai cette étrange impression que Léon ne m'aurait jamais appelé juste pour Lorcan dans une salle vide avec Coralie. Mike n'aurait certainement pas dit « ex » pour parler de Scamander. Léon semblait inquiet. Et je ne vois Scott nulle part dans la Grande Salle. Tout ça me donne l'impression que quelque chose ne tourne pas rond. Je sors à nouveau de la salle bondée pour retrouver Léon. Il est assis sur les escaliers, la tête posée dans le creux de sa main. Je m'approche de lui en croisant les bras pour m'empêcher de frissonner. Il y a toujours eu des courants d'air dans les couloirs. Je m'assois à côté de lui, doucement.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

– Rien, chuchote-t-il en soupirant.

– Pourquoi tu fais cette tête là alors ? »

Il lève un sourcil. Il a l'air fatigué et dérangé par quelque chose. Mais il ne fait que hausser les épaules. Je soupire en étendant mes jambes pour qu'elles atteignent le bas des marches. Il ne va certainement jamais me répondre. En même temps, quelle idée de croire que, parce qu'il m'a dit tout à l'heure qu'il s'excusait, que je me suis aussi excusée pour les accusations, on allait devenir de bons copains. Wilkes reste Wilkes. Je n'ai pas forcément envie d'être amie avec lui. Mais je ne sais pas. Je n'ai pas envie non plus qu'on se déteste. Au fond, je sais, et je l'ai appris cette année, qu'il n'est pas un idiot total, débile et complètement irresponsable. Il est méchant parfois, oui, mais je ne suis pas non plus sans reproche.

« Qu'est-ce que tu fais là, Weasley ? Tu t'amusais bien avec Scamander, non ?

– T'as l'air d'un niffleur à qui on a piqué tout son argent, Wilkes. Ça m'intrigue, je ne peux pas résister à vouloir savoir pourquoi. Et Scamander ne fait que de me marcher sur les pieds de toute façon.

– Ah, ça explique tout, fait-il en laissant échapper un petit sourire mais il ne répond pas à ma question.

– Tu comptes rester là toute la soirée ou tu as d'autres projets ?

– Ça dépend, tu as des projets, toi ?

– Ce soir ? »

Je plisse les yeux pour étudier son visage attentivement. Je n'arrive pas vraiment à savoir ce qu'il y a caché derrière ses mots. Est-ce qu'il sous-entend que ses projets dépendent des miens ? Pourquoi ? McGonagall aurait été capable de lui demander de me surveiller pour s'assurer que je ne partais pas à la chasse de Scott. Il hoche la tête en évitant un peu mon regard. Il baisse les yeux vers le sol, regardant avec attention la première marche déformée par des siècles et des siècles de passage d'élèves.

« Hormis empêcher Lysander d'aller déranger son frère, maintenant je n'ai pas grand-chose de prévu. »

Ça le fait sourire. Je remarque soudain que ses joues rougissent légèrement. Peut-être que je devrais arrêter de le détailler du regard. Il va croire après que je m'intéresse à lui. Déjà qu'il est lourd avec cette histoire d'abdos, je ne voudrais pas lui donner de nouveaux motifs pour m'asticoter davantage. Mais il ne fait pas de remarque désagréable sur ce point-là. Il continue juste de sourire, en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Je ne peux pas retenir non plus un petit sourire. Puis il esquisse un mouvement pour se relever et dit :

« Dans ce cas, tu viens danser ? »

Il a dit ça sur le ton de la banalité mais en ne me regardant pas vraiment, comme s'il se dédouanait instantanément de ses mots. Je le regarde un instant en clignant des yeux. J'ai l'impression qu'il vient de m'inviter à danser mais je ne suis pas vraiment sûre non plus. Je finis par hausser les épaules et me remettre debout pour le suivre dans la Grande Salle. C'est comme accepter sans le dire la proposition formulée à mi-mot. Mais nous n'avons pas le temps d'atteindre les portes qu'un Poufsouffle qui n'aura plus jamais l'air innocent les traverse, regardant derrière lui pour être sûr de ne pas être suivi. Je m'arrête net en sortant ma baguette comme par réflexe. Il me remarque. Son visage se décompose. Je le vois faire un mouvement de recul, pour retourner dans la Grande Salle

« Locomotor Mortis ! »

Ses jambes se collent l'une à l'autre et il me lance un regard particulièrement désagréable, entre la colère, la panique et la stupeur. Je range ma baguette avec un petit haussement d'épaules et je le regarde sautiller sur place à pied joint.

« Tu n'iras pas loin comme ça. »

J'ai dit ça sur le ton du constat, avec un petit air satisfait. Les yeux de Léon sont ronds d'étonnement. Son regard passe de Scott à moi sans bien savoir ce qu'il se passe. Scott lui jette un regard haineux avant de cracher :

« Enlève-ça, Molly. Je veux juste aller aux toilettes, Merlin !

– Tu n'as qu'à y aller à pied joint, proposé-je. Ou demander à ton préfet qui te sert d'habitude de chien de garde de t'accompagner. Comme ça, il pourra constater de ses propres yeux ce que tu essayes de faire.

– Je fais ce que tu n'es pas capable de faire ! »

Il a perdu tout le reste d'amour mielleux qu'il gardait pour moi, je crois. Il ne lui reste qu'un gros fond d'amertume et de rage. Je soupire et jette un coup d'œil à Léon qui a reculé un peu en sortant discrètement sa baguette. Il ne comprend certainement pas grand-chose, dévisageant Scott qui se tortille pour atteindre sa propre baguette.

« Expelliarmus. »

Wilkes a lancé le sort de désarmement au moment même où Reeve atteignait du bout des doigts le bois de sa baguette. Scott regarde sa seule arme qui gît à quelques mètres de lui. Il semble plus désespéré que jamais. Je me penche pour récupérer sa baguette.

« Molly, je t'en prie, dit-il d'une voix plaintive. J'en ai besoin, il faut que … On ne peut pas ... »

Je considère sa baguette du regard. Une baguette d'un bois sombre, un peu crénelée sur les bords, pas très grande. Je regarde Léon qui reste sur ses gardes.

« Wilkes ? Est-ce que tu peux rentrer dans la Grande Salle ? Je te rejoins dans deux minutes.

– Certainement pas. Je ne te laisse pas seule avec lui, dit-il en riant presque.

– Léon, ai-je dit en levant ma baguette vers lui à contre-cœur. Ne m'oblige pas à employer la force. J'ai juste une question à lui poser.

– J'ai dit non, Weasley, fait-il d'une voix un peu menaçante en levant sa propre baguette. Vous cachez quelque chose tous les deux et soit vous me dites ce que c'est, soit tu décides de m'affronter en duel mais c'est à tes risques et périls. »

Je frissonne. Merlin, ça ne doit pas du tout se passer comme ça. Je range ma baguette, refusant de combattre Léon maintenant. Il hausse un sourcil, ne me laissant pas le choix. Je préfère autant qu'il ne sache rien et que je ne puisse pas demander à Scott ce qu'il s'apprêtait à faire. Je prends une grande inspiration et lance sa baguette à Scott. Léon me regarde faire en ouvrant de grands yeux et je recule un peu avant de me mettre à marcher vers la Grande Salle. Qu'ils se débrouillent, qu'ils s'affrontent en duel s'ils le veulent. Si Scott veut risquer sa vie et la vie de tout le monde, grand bien lui fasse. Si Wilkes veut encore me pourrir la vie, qu'il essaye.

Je me dirige directement vers les boissons. Les mains sur les hanches, je considère du regard les coupes pleines. Jus de citrouille, jus de citrouille épicée, jus de citrouille aromatisé à la mélasse, hydromel. J'attrape un verre d'hydromel et le vide d'une traite. Il y a certainement de meilleures solutions mais je suis trop fatiguée et sur les nerfs pour ça. J'ai l'impression de ne rien pouvoir faire d'autre de toute façon. Je remplis mon verre pour le verser à nouveau dans ma gorge. S'amuser. Je repose le verre dans un claquement net. Quelle drôle de blague. Je vois passer Emeline à côté de moi, elle bavarde avec Brittany et se sert un verre en m'adressant un simple regard dédaigneux. Tiens, elle aussi est en diablesse. Ça lui va bien à elle aussi.

J'ai la tête qui tourne un peu. L'hydromel n'arrange pas les choses. Je m'en sers un nouveau verre et je me mets à chercher des têtes connues. Où sont-ils tous passés ? Roxanne, Eugénie, Lysander, Léna, n'importe qui qui pourrait me dire que ce n'est pas grave si Scott se démène pour sauver quelqu'un et aider son obscur groupuscule alors que je suis censée juste danser et m'amuser, qui pourrait me dire que ce n'est pas grave si au lieu de danser avec Léon, je l'ai menacé avec ma baguette parce qu'il ne voulait pas partir. J'aurais certainement proposé à Scott de me donner des informations en échange de sa baguette et j'aurais pu tenter de mieux le contrer ensuite. Mais non, je n'ai pas le droit.

J'ai chaud au milieu de tout le monde. Ils ne sont donc jamais fatigués, toujours à danser et sauter sur place. Et le goût sucré de l'hydromel ne me désaltère pas, c'est dingue quand même. J'aperçois soudain Lorcan qui danse avec Coralie. Ils ont donc quitté leur salle vide. J'espère que Lysander n'a pas réussi à s'y glisser pour les déranger. Je vais leur demander.

« Coucou Lorcan et Coralie, vous avez croisé Lysander Scamander ? Je vous préviens, il risque d'être vraiment super lourd. Méfiez-vous de lui. Je vous autorise à lui lancer un sort de mutisme, il y a pas de problème. A mon avis, Minerva approuverait. Mais c'était bien sinon ? »

Ils froncent les sourcils en me dévisageant. Ils ne comprennent peut-être pas. Ils n'ont pas dû encore croiser Lysander dans ce cas. Je hoche la tête en affichant un petit sourire complice et je donne une petite tape sur l'épaule de Lorcan. Il n'a pas l'air de beaucoup rire, il semble plutôt inquiet, même. Je me retourne et je vois Fred. Super, j'adore Fred. C'est quelqu'un qui est toujours là dans les moments les plus durs.

« Hé, Fred ! Tu sais comment on appelle Scott Reeve à qui on a lancé un maléfice de bloque-jambe ? Un astiscott ! Astiscott, t'as compris ? »

Mais lui non plus ne semble pas rire beaucoup. Pourtant je fais de mon mieux pour m'amuser, je trouve même que ma blague a beaucoup de potentiel. C'est incroyable quand même que ça ne le fasse pas rire. Il faut que je trouve Roxanne pour lui dire ça. Mais Fred m'en empêche en m'attrapant la main. Il va pas bien, j'ai failli renverser mon verre sur ma robe, ça aurait été dommage, une si belle robe. Elle tourne bien quand je danse. Elle aurait bien tourné si j'avais dansé avec Léon. Mais bon.

« Molly, tu es sûre que ça va ?

– Super, je m'amuse beaucoup. James est vraiment un chanteur de qualité, mais ne lui dit jamais que je t'ai dit ça ou il va prendre la grosse tête, déjà qu'il a des chevilles comme ça ! »

Je tente tant bien que mal de mimer la taille de ses chevilles mais il tient toujours le poignet et ne semble toujours pas très amusé. Je fais une petite moue attristée. Et Scott Reeve passe dans mon champ de vision, ça alors, il le fait exprès on dirait. Je regarde Fred qui ne rit toujours pas à ma blague et je lui flanque mon verre dans les mains.

« Tiens-moi ça, je vais asticoter les asticots. »

Fred ne dit rien de plus et me regarde m'éloigner avec étonnement. J'aurais relevé mes manches si ma robe en avait eu. Scott se dirige droit vers un groupe de Poufsouffle. J'interviens avant qu'il ne soit trop proche d'eux. Je me glisse devant lui, posant une main sur son torse pour qu'il ne fasse pas un pas de plus.

« Comme on se retrouve, Reeve. Tu as réussi à te libérer du mauvais sort de la méchante sorcière ? Mais est-ce que tu as réussi à sauver la jolie princesse ? Ou le dragon de Serpentard t'a encore mis une vilaine raclée ? En fait, je m'en fiche un peu, Scott. Ce que je veux, c'est que tu me dises ce que tu dois leur donner. »

Mon sourire s'efface peu à peu. Son visage est si proche du mien. Il transpire un peu. J'imagine que mon maquillage a dû couler aussi. Nous ne sommes pas beaux. Il tente de faire un pas sur le côté mais je fais de même instantanément.

« Écoute, Scott Reeve, je suis extrêmement fatiguée de tout ça. Alors si tu ne me donnes pas l'information maintenant, je pense sincèrement que je vais t'enfermer dans un placard à balais après t'avoir transformé en serpillière.

– Molly, souffle-t-il. Je n'ai pas le temps pour ça et tu m'en as déjà fait perdre suffisamment. Je crois que c'est en train de se passer, alors ce n'est pas toi qui va m'arrêter.

– Scott, m'exclamé-je en lui attrapant le bras avant qu'il ne s'éloigne. Donne-moi tes informations. Qui, où, comment, et ce que tu dois faire en échange. »

Il me considère du regard un instant et secoue la tête. Il récupère son bras en me poussant et se dirige vers Dorian Smith et Ophélie Midgen qui discutent dans leur coin, un verre à la main. Merlin. J'ai envie de pleurer maintenant. Plus rien ne va. J'hésite à aller reprendre de l'hydromel mais je crois que ça ne m'aide pas vraiment à avoir les idées claires. Je me sens si perdue au milieu de tout ce monde qui s'amuse. J'étouffe. Tant pis pour les consignes, je n'arrive pas à m'amuser de toute manière, alors je sors une nouvelle fois de la Grande Salle, je pique une veste à quelqu'un qui en a laissé traîner une sur une table à l'entrée. Je la rendrais avant d'aller me coucher. Puis je me mets à marcher dans les couloirs, un peu comme un fantôme. Je me traîne par-ci, par-là, évitant les rondes des professeurs en me cachant dans des angles sombres. Mais ils peuvent bien me trouver, au fond, ça ne changera pas grand-chose.

Je déambule pendant ce qui me paraît une éternité. Le veste que j'ai empruntée sent fortement le jus de citrouille et elle est un peu petite pour moi. Peu importe.

La seule animation dans les couloirs, c'est Peeves qui vole un peu autour de moi en me posant tout un tas de questions gênantes. Il se vexe un peu quand il voit que je n'ai pas l'intention de lui répondre et il s'en va, certainement pour trouver de quoi se venger. Je parie avec moi-même qu'il me fera le coup de la bombe à eau, un de ses coups préférés.

Je croise Emeline sans Brittany, mais elle a tourné dans un couloir avant de pouvoir me voir. Je pourrais la suivre, je l'envisage un instant mais j'hésite en me disant que si Peeves me retrouve, ma discrétion sera à enterrer. En même temps, Emeline Lovener seule dans un couloir alors que personne n'est censé y être, que la nuit a déjà bien commencé et qu'une fête superbe bat son plein dans la Grande Salle, c'est suspect. Mais elle n'est déjà plus dans le couloir où je tourne pour essayer de la retrouver. J'avance rapidement pour atteindre le prochain virage. Où a-t-elle pu passer ? Je sors ma baguette par précaution. Le couloir est sombre, elle a peut-être entendu un bruit et est passée sous une tapisserie. J'allume d'un petite geste le bout de ma baguette. Le couloir est vide. Elle a pu entrer dans une des salles mais si je prends le temps de vérifier et qu'elle a continué plus loin dans le couloir perpendiculaire, j'aurais encore plus de mal à la retrouver. Je me retourne pour m'assurer qu'il n'y a personne et j'ouvre la salle la plus proche. Puis je fronce les sourcils. En me retournant, j'ai cru apercevoir une silhouette. Je regarde à nouveau. Il y a une ombre anormale.

« Lumos maxima. »

Ma baguette produit un jet de lumière beaucoup plus vif, réveillant au passage quelques tableaux qui râlent en se retournant dans leur toile.

« Wilkes ? »

Merlin, il m'a suivi. Ou alors il suivait Emeline. Dans un cas comme dans l'autre, ça ne me rassure pas. Je frissonne.

« Qu'est-ce que tu fais là ?

– Je pourrais te retourner la question, Weasley, dit-il en levant les mains sûrement parce que je pointe ma baguette vers lui. Qu'est-ce que tu fais là, toute seule ?

– Tu me suis parce que McGonagall te l'a demandé ou parce que tu voulais un couloir vide pour m'interroger plus en détail sur Reeve ?

– Un peu des deux, je pense. Qu'est-ce que tu fais là ? Ça a un rapport avec Reeve ? »

Il est obstiné parfois. Je jette un coup d'oeil tout autour de moi pour vérifier qu'il n'y a personne. Il n'y a plus la moindre trace d'Emeline.

« Je suivais Lovener avant que tu ne viennes me déranger.

– Emeline ? Pourquoi tu voudrais la suivre ?

– Pour l'inviter à danser, bien entendu, ai-je répondu avec une pointe d'amertume. Je sais pas, elle était là toute seule, j'ai trouvé ça bizarre, je l'ai suivie. »

Léon fronce les sourcils et soupire. Il a la lumière de ma baguette dans les yeux. Il se décale pour pouvoir m'observer attentivement. Merlin, je n'ai pas que ça à faire.

« Bon, tu m'aides à la retrouver ou tu continues à me regarder comme ça pendant trois heures ? »

Il hoche la tête et me rejoint. Je continue en silence à ouvrir les portes pour vérifier qu'elle ne s'y est pas cachée. Il a allumé sa baguette pour mieux éclairer le couloir et ouvrir les portes d'en face. Quand on arrive au bout du couloir, on se regarde sans trop savoir quoi faire. Je ne sais pas de quel côté elle est partie et je ne sais même si la chercher vaut vraiment le coup, elle est peut-être juste rentrée dans sa salle commune. J'ouvre la bouche pour lui proposer qu'on se sépare là, histoire que je sois tranquille et qu'on cherche plus efficacement la fille du ministre mais Léon me coupe la parole :

« Tu sais, Molly, je m'inquiète pour toi. Je ne sais pas vraiment ce qu'il se passe avec Scott Reeve mais je sens que ça risque de mal tourner. »

Je détourne le regard de ses yeux. Merlin, pourquoi est-ce qu'il me dit ça maintenant ? Il pense vraiment que j'ai besoin de le savoir ? Je sais déjà pertinemment que tout risque de mal tourner avec Scott, en fait, c'est peut-être déjà trop tard, tout tourne déjà dans le mauvais sens. Je sens Léon qui s'approche de moi, sa main frôle la mienne. Je suis incapable de dire quoi que ce soit ou de le regarder. Je ne sais plus quoi faire, qui a débrancher mon cerveau ? Serait-ce trop d'hydromel qui a fait péter quelques plombs là-haut ?

« En fait, Molly, je crois que tu me rends …

– Attention ! »

Je ne sais pas d'où vient ce réflexe, malgré ma torpeur, j'entends venir vers nous un sifflement et un léger ricanement. Je pousse Léon hors de la trajectoire de la bombe à eau. Merlin, elle écrase juste entre nous. Peeves tournoie autour de nous en riant et criant un « Joyeux Halloween sales marmots ». Léon regarde le sol trempé avec de grands yeux. Soudain Peeves s'éclipse à travers un mur et il revient avec de nouvelles munitions.

« Pour une fois que je tiens les préfets-en-chef, s'écrie-t-il, il faut arroser ça ! »

Merlin, je crois qu'il va falloir courir. J'attrape le bras de Léon pour qu'il me suive. Je préfère peut-être autant ça à ce qu'il parle trop. Je tente d'esquiver autant que possible les tirs de l'esprit frappeur mais j'ai une bombe à eau qui éclate contre mon dos. Je jure en essayant de lancer des sorts derrière moi. Léon change de direction, tirant sur mon bras. Je manque de glisser une ou deux fois. Peeves a l'avantage sur nous et nous poursuit en s'esclaffant de plus belle. Il en jette une qui passe juste à côté de ma tête et une autre qui frappe le flanc de Wilkes qui se retrouve projeté en avant. Il trébuche et tombe, m'entraînant dans sa chute. Peeves éclate de rire et hurle dans tout le couloir qu'il a réussi à nous faire tomber. On l'entend chanter des paroles grossières en s'éloignant.

« Merlin, jure Léon en constatant les dégâts. Ça va, tu n'as rien ? Je suis désolé, j'ai glissé et sa bombe m'a poussé... »

Il touche sa robe noire de vampire trempée avec dépit et ses yeux tombent sur ma robe rouge, tout aussi mouillée. Il esquisse un sourire. J'aurais bien envie de lui reprocher mon état peu glorieux mais je ne me peux pas m'empêcher de rire. Merlin, ma vie est dans un état aussi lamentable que ma robe et je ne trouve rien de mieux à faire que ricaner bêtement. Quelle soirée de merde. Léon est pris aussi par quelques hoquets de rire et il tente de se relever mais les pierres sont glissantes maintenant et il n'arrive pas à trouver d'appui stable. J'éclate de rire en le voyant retomber sur ses fesses. Je n'ai même pas envie de faire l'effort d'essayer. Je reste assise par terre, gloussant de voir Léon grimacer en se tenant le ventre.

Au bout d'un certain temps, je réussis à me traîner jusqu'au mur et Léon n'a plus de souffle. On se regarde en souriant. Puis il s'approche de moi à quatre pattes, refusant de connaître à nouveau l'humiliation de ne pas réussir à se redresser. Il se met juste en face de moi et chuchote :

« C'est incroyable. On ne s'ennuie jamais avec toi.

– Oui, j'aime vivre dangereusement. »

J'esquisse un sourire un peu embarrassé. Son visage n'est pas si loin que ça du mien. Il ne sourit plus, il me regarde très sérieusement dans les yeux. Je sens son souffle sucré. Est-ce l'hydromel ? On pourrait se rapprocher encore un peu plus, juste pour vérifier. Le temps semble arrêté, j'ai juste les battements de mon cœur qui me ramènent un peu à la réalité.

« Tu me rends fou. »

Son murmure me fait un peu trembler. J'observe ses yeux quelques instants, ils sont gris, mais le manque de lumière les assombrit considérablement. Mon regard se baisse peu à peu vers sa bouche. Merlin, elle a l'air douce. Elle est douce. Je ne peux plus la voir, je crois qu'elle s'est trop rapprochée de la mienne. Je ferme un instant les yeux.

Et un cri brise le silence. Léon se relève d'un bond, baguette brandie devant lui. Il reconnaît certainement mieux que moi cette voix. Il murmure son prénom :

« Emeline. »

Et moi, ça me fait un petit coup au cœur. Lovener est en danger. C'est peut-être elle, la nouvelle victime des Salvateurs. J'aurais préféré sûrement n'importe qui. Je passe le bout du pouce sur ma lèvre inférieure. Je peux encore y sentir les lèvres douces de Léon. Pourquoi sont-elles si douces ? Pourquoi ce petit goût d'hydromel me reste en travers de la gorge ? Je me relève en essayant de ne pas glisser mais l'eau a eu le temps de sécher un peu. Je regarde ma robe, elle est poisseuse, comme moi. J'ai les mains moites mais j'attrape ma baguette en ravalant ma fierté. Léon évite mon regard et commence à avancer vers la source du cri. Je le suis en assurant ses arrières. A chaque virage, on vérifie derrière nous, derrière les tapisseries et on continue à avancer.

« Emeline ! »

Il l'appelle dans la nuit. J'imagine qu'il est inquiet, que son petit cœur bat à toute allure. Soudain, j'aperçois une porte entrouverte. Il y a un filet de lumière qui en émerge. Je tapote le bras du préfet-en-chef en lui intimant le silence d'un geste. Si on peut attraper l'agresseur, je ne vais pas me priver. J'ouvre la porte d'un petit coup de pied. J'ai l'impression de me trouver au milieu d'un mauvais film policier moldu. Je passe le faisceau de ma baguette à travers la pièce. Sous une table, j'aperçois une ombre qui tremble un peu. Je me baisse pour me mettre à sa hauteur. Elle est là, à pleurer sous une table, les jambes repliées contre sa poitrine. Léon se précipite vers elle, l'entoure de ses bras, lui caresse doucement les cheveux. Je l'observe de loin un temps avant de retourner dans le couloir, je lance une étincelle à travers les couloirs, pour alerter des professeurs si leur ronde passe dans le coin. Je demande aux tableaux aux alentours s'ils ont vu quelqu'un ou quelque chose. Ils disent tous qu'ils dormaient ou qu'ils ont juste vu Emeline entrer dans la salle, seule.

« Miss Weasley ? Qu'est-ce que vous faites là ? »

J'aurais largement préféré revoir Peeves plutôt que Madame Ross, professeur de Défense contre les Forces du mal, qui lève sa baguette vers moi et m'éblouit. Elle s'avance, faisant claquer ses petits talons sur le sol de pierre. Je n'ai pas le temps de dire grand-chose, je lui montre juste la salle ouverte, juste à côté de moi. Elle y entre pour découvrir Emeline et Léon. Elle m'ordonne d'aller trouver McGonagall immédiatement. On n'a encore pas d'agresseur, juste une nouvelle victime. Je traverse les couloirs pour chercher la directrice. Je ne sais même pas où elle peut être. A l'entrée de la Grande Salle, j'hésite à y entrer, je ne suis plus d'humeur à sentir les effluves d'hydromel et de sueur produites par tous ces élèves qui dansent et chantent. Mais il me semble l'apercevoir alors je me glisse dans la foule. Je suis un peu sonnée par tous ces événements, tout se bouscule un peu dans ma tête.

« Professeur ! »

Je bouscule une fille qui me regarde de travers pour essayer de la rejoindre mais quand elle se retourne, je reconnais James Potter. Il me fait un large sourire moqueur et me tapote l'épaule.

« Bonjour miss Weasley, fait-il en essayant d'imiter une voix féminine. Je sais que notre relation est très fusionnelle mais ne serait-il pas préférable de nous retrouver dans mon bureau, nous ne pouvons pas danser en public, voyez-vous …

– La ferme, Potter. Merlin, tu ne sais pas où est la vraie McGonagall ?

– Aucune idée, Minerva t'attend peut-être dans son bureau, dit-il en me faisant un clin d'oeil qui fait rire sa bande d'amis.

– Génial, soupiré-je, merci.

– Mais Molly ! me crie-t-il alors que je m'éloigne. Molly c'est la mort, ça te correspond super bien ce soir ! »

Je ne prends même pas la peine de me retourner pour lui dire d'aller faire un tour en enfer. Je repense à Emeline, à Léon, à l'ironie de la situation. Peut-être ne m'a-t-il embrassé car j'étais déguisée comme elle. Je me mets à courir en sortant de la Grande Salle pour atteindre le bureau de McGonagall plus rapidement. Je grimpe les marches quatre à quatre. Devant la statue qui doit ouvrir le passage, Minerva est déjà là, elle discute avec quelqu'un de dos. Mais je le reconnais. C'est Scott, il parle à voix basse en faisant de nombreux gestes mais il se tait quand il m'entend arriver. Je sais qu'il sait ce qu'il s'est passé.

« On a retrouvé Emeline Lovener, ai-je dit simplement.

– Comment sais-tu que … ?

– Elle est dans un couloir du rez-de-chaussée, pas très loin de la salle des professeurs, dis-je en coupant Scott. Le professeur Ross est avec elle.

– Bien, je m'y rends sur le champ. Monsieur Reeve, nous aurons l'occasion d'en reparler. »

Elle lève sa jupe pour marcher plus rapidement dans la direction que je lui ai indiquée. Scott se tourne vers moi et me détaille du regard. Je soupire en observant Minerva disparaître au détour d'un couloir.

« C'était elle, la victime ? »

Je demande mais je connais déjà la réponse. Scott hoche la tête.

« J'étais en train d'en informer McGonagall.

– Tu vois, ça n'a rien empêché. Tu n'as sauvé personne. Tu les as juste aidé pour sauver ta propre peau. »

Je lui lance un regard sombre et le laisse seul dans ce couloir sombre. Mes pas me ramènent devant la Grande Salle. J'ai toujours cette veste qui ne m'appartient pas sur le dos, elle est trempée et ne sent pas meilleur que tout à l'heure. Je m'assois dans les escaliers et la pose à côté de moi.

Il y a du mouvement. Les professeurs mettent fin à la fête et ordonnent à tout le monde de rentrer dans le calme dans les salles communes. Ils escortent les rangées d'élèves encore tout excités et les préfets tentent aussi d'encadrer les élèves de leurs maisons. Je suis dans le passage. Je me décale mais personne ne me demande rien, ni de l'aide, ni de remonter à la Tour des Gryffondor. Je vois au loin Lorcan qui se dispute avec Lysander, je l'entends lui dire qu'il n'a rien compris du tout et qu'il ferait mieux de se taire s'il ne sait pas de quoi il parle. Je vois Rose qui tient le bras de Kiran Thomas. Je vois le préfet de Poufsouffle qui dit à l'oreille d'une jeune fille de sa maison qu'on retrouvera sa veste demain plus facilement et qu'elle ne doit pas être bien loin mais qu'il faut rentrer maintenant.

La fête est finie, dans la Grande Salle, il n'y a plus grand monde. Le concierge qui commence à passer le balai sous les tables. James, David et Franck qui ramassent leurs instruments en souriant sous le regard sévère de Madame Griffith. Une élève de Serdaigle qui a l'air un peu perdue et qui est étrangement pâle. Je n'arrive pas à savoir si c'est son maquillage ou si elle mangé trop de bonbons. Et je suis toujours dans ma robe humide, le regard dans le vague et une petite envie de pleurer. Il est temps d'aller se coucher, certainement. Mais j'attends que James et ses amis sortent, pour les raccompagner jusqu'à la salle commune. Ça me donne une excuse pour traîner là où il n'y a plus personne. Madame Griffith sort en même temps que nous, elle pousse les trois garçons et la Serdaigle vers la sortie. Je lui dis que je peux les emmener vers notre salle commune. Elle acquiesce. Et juste en face de nous, juste devant l'escalier qui descend vers les cachots, je les vois. Ils me voient aussi. Léon qui embrasse Emeline qui sèche encore ses larmes. Madame Griffith se dirige vers eux, elle prend Emeline par les épaules, sûrement pour lui demander comment elle va.

Et Léon me regarde de ses yeux gris. Je retiens les larmes qui me viennent. Je suis fatiguée et je ne vais pas pleurer pour ça, pour rien du tout, que la routine. Dans ses yeux, il y a un peu d'horreur, un peu de honte peut-être et un je-ne-sais-quoi de désolé. Il ouvre la bouche, comme pour s'excuser. Un petit sourire sans joie me vient aux lèvres. S'excuser de quoi ? Il fait ce qu'il veut, avec qui il veut. Je secoue la tête en soupirant, déterminée à faire comme si rien ne m'atteignait et je suis James et les autres qui montent déjà les escaliers. Ils fredonnent, en cœur :

« Le soir d'Halloween
Une nuit assassine
Couleur grenadine
Le cœur tambourine. »

C'est d'un mauvais goût, cette chanson. Mauvais comme le goût âcre de la fin d'une bouteille d'hydromel.


NA: Je laisse rarement un petit mot à la fin (parce que je suis pas polie), mais je tiens à remercier quand même tous ceux qui me lisent et laissent une petite review ! J'espère que l'histoire vous plaît, en tout cas, elle avance ^^