Bonsoir tout le monde !
C'est une publication un peu particulière, encore dans le cadre du défi été du forum Saint Seiya (ai-je encore besoin de remercier notre admin, Arthy, et notre modo, Sea, pour leur implication dans cet event ? hmmmmm définitivement ! merci à ces deux superbes personnes !)
Le texte qui suit est relativement court, environ 2000 mots, et, surtout, est le prologue d'une fanfiction beaucoup, beaucoup plus longue. En effet, un de mes prompts m'a un peu trop inspirée. Oups.
Bon, j'ai aucun regret, mais du coup c'était pas exactement envisageable de publier la fanfic entière dans les temps. D'ailleurs j'ai écrit un chapitre, commencé le deuxième, et prévu ce que j'allais mettre dans les troisième et quatrième... sans que le ship principal n'ait même eu son premier bisou. La rédaction promet d'être longue, sérieusement dans quoi je m'embarque, heureusement que j'ai aucun regret.
Cependant, je voulais tout de même poster ce prologue, histoire de montrer que j'avais bossé sur les trois prompts. Aussi, vu qu'il est écrit à la première personne, tandis que le reste de la fic sera à la troisième, il me semble pas particulièrement déconnant de le publier un peu (en fait, longtemps) avant le reste. Donc prenez-le comme un trailer, une première introduction à l'univers de mon UA. Et gardez à l'esprit que je vais mettre genre des mois avant de publier la suite. Désolée, vraiment.
Bref, ceci étant dit, voici mon prompt (attention, SPOILERS !) :
Jabu est amoureux, ce qui est compliqué lorsqu'on est une licorne-garou. Mais ce qui est encore plus compliqué, c'est d'être amoureux d'un jeune inquisiteur aux ailes d'anges répondant au nom de Seiya... Pourquoi ? Eh bien parce qu'il a possiblement transformé en paillettes ou bouffé certains de son espèce dans le passé et que l'une des victimes est possiblement la grande sœur de ce Seiya. Celui-ci cherche à se venger du meurtrier de Seika, il n'a pas le temps pour l'amour, et encore moins pour Jabu !
Bonne lecture !
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
PROLOGUE
Si l'on demandait à l'une des braves gens que l'on peut croiser sur n'importe quelle route du pays d'où vient la haine entre anges et daemons, cette personne hausserait les épaules, dubitative. Ses ailes souillées de la terre des champs, peut-être un peu déplumées, s'agiteraient dans l'air, façon de vous faire comprendre que votre question lui fait perdre un temps précieux. Après quelques minutes, peut-être vous ferait-on la bonne grâce de grommeler quelque chose comme "cela a toujours été ainsi".
Cela n'est pas vrai, cependant. On peut raisonnablement supposer qu'un jour, il y a fort longtemps, anges et daemons vivaient, sinon en harmonie, au moins sans haine. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et cela fait déjà plusieurs siècles au moins que cela dure. Voilà tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude, en nous basant sur de vieilles chroniques et d'anciens contes de grand-mère. Le pourquoi, le comment, nous ne savons pas. Ou plutôt, nous savons pourquoi, aujourd'hui, alors que vous posez votre question candide à ce paysan que vous venez de croiser avec son fagot, cet ange ne vous répondra pas : "La haine entre les anges et les daemons ? Mais voyons, de quoi parlez-vous !"
Faites-vous donc inviter par cette personne. Inventez quelque chose ; vous êtes en voyage, vous avez perdu votre chemin, votre carte, votre vieux cheval, vous ne savez pas où aller et la nuit tombe. Le soir, autour du repas frugal qu'on vous servira, demandez quelles sont les nouvelles de la région. Immanquablement, on vous parlera des méfaits des terribles daemons.
Hier, Lucielle suspendait son linge dans son jardin pour le faire sécher. Elle se retourne pour attraper sa belle culotte brodée, il y a un bruit de déchirement... Horreur ! La vieille corde toute effilochée a été tranchée nette, tous ses vêtements gisent dans la boue de la cour. Et Lucielle en est certaine - elle l'a dit à son amie Fiona, qui l'a répété à un cousin, qui en parlé à son mari, qui est le beau-frère de votre interlocutrice - : elle a vu une ombre griffue entre les arbres, probablement un ou une daemon. On connaît leur fourberie, n'est-ce pas ? Oh oui, et leur cruauté ! Un loup-garou, un énorme mâle, a dévoré le bras d'un petit garçon dans un village pas loin...
Et puis le vieil Asman. Lui il a disparu entièrement, ne laissant que quelques petites paillettes. Un empaillettement ! Autour de vous, on s'exclame, on s'effraie. Les daemons qui empaillettent, une sale engeance. Il leur suffit d'un mot, un seul tout petit mot, glissé à l'oreille, puis un souffle et pouf ! Vous disparaissez en un nuage de paillettes, de la couleur de votre âme. "J'ai déjà vu une poule-garou être empaillettée", vous chuchote d'une voix pâteuse votre voisin de gauche. "Et bien ! Ses paillettes étaient toutes noires, pas étonnant pour une chose sournoise comme elle !" Heureusement, peu de daemons peuvent empailletter, et l'Inquisition les traquent sans merci, en ayant même éliminé la plupart. Ah... L'Inquisition.
Une vieille institution, l'Inquisition, très vieille. Un rassemblement d'anges plein de bravoure et de détermination, luttant contre le fléau daemonique. Dans ses périodes dures, l'Inquisition poursuivait leur extermination complète. Dans ses périodes modérées, elle se satisfaisait d'une réduction drastique et d'un contrôle total de leur population. En dehors de toute tutelle royale, grâce à ses méthodes ingénieuses et ses coffres bien remplis, cette institution s'est imposée à travers le pays comme la solution aux daemons. Pendant longtemps, personne n'a pu rivaliser avec elle. Les quelques daemons qui s'alliaient pour la contrer connaissaient rapidement une fin tragique, tombant comme des mouches. Et puis...
Autour de vous, les visages s'assombrissent, le silence tombe. Enfin, quelqu'un ose chuchoter le nom de l'organisation exécrable que les daemons ont enfin réussi à mettre sur pied, il y a bien vingt ans... la Furrysistance. Un mot-valise, mêlant "résistance" à deux mots d'un ancien dialecte, "fur" qui signifie la fourrure et "fury", la rage. Un programme clair, donc, proposé par un petit groupe de daemons à fourrure aux restes de leur peuple décimé. Et pour la première fois, à la surprise générale, ça marche. Les daemons s'enhardissent, s'emparent de territoires entiers et y construisent des villages défendus bec et ongles. La Furrysistance, c'est leur espoir. Et le désespoir des anges. On a toujours peur, quand la créature que vous écrasez depuis longtemps se relève enfin.
Le lendemain vous repartez, vous marchez un peu. Si vous avez pris le même chemin que moi, d'une bourgade sans nom vous parvenez, peu après midi, à la ville d'Altbourg. Moi, on m'y a d'abord jeté de vilains regards en coin. Je me suis souvenu, brutalement, que j'avais encore mon manteau sur moi. Je le retire. Toujours les vilains regards, puis les personnes passent, toujours en me fixant. Leurs yeux se posent sur mon dos, laissez à découvert par mon haut. La pitié remplace la suspicion. Ah oui, c'est vrai... Quelle misère, tout de même... Qu'est-ce que vous croyez qu'il lui est arrivé ? C'est tout de même terrible... Moi, je crois que je préférerais mourir plutôt que... Oh, comme je te comprends ! Quelle horreur, de perdre ses ailes ! Et quelle douleur... Pauvre garçon, et il a l'air si jeune... Très vite, les regards se détournent. Parfait. Je ne me suis pas infligé pareilles plaies pour rien.
Oh. Serait-ce de la surprise que vous ressentez ? Hmmm. Quoi, vous trouvez un manuscrit, un journal intime presque, au fond d'une maison daemonique, écrit en langue daemonique, et vous pensiez que j'étais un ange ?! Allons. Je sais que nous autres daemons ne racontons pas beaucoup d'histoires, mais la mienne était trop belle pour être réservée à ma seule mémoire. Si j'étais vous, je prendrais un siège, cela risque d'être long. Enfin, dans ma tête, c'est long. Tant de choses se sont passées, je ne suis même pas certain de savoir où commencer... Haut les cœurs, je trouverai bien ! On trouve toujours, à force de chercher. Le problème, généralement, c'est qu'on ne trouve pas ce qu'on voulait.
Alors voyons, le commencement. Je pourrais partir de moi, de ma naissance, petit licorne-garou abandonné par ses parents dans une forêt, mais je crains que cela ne nous égare. Mes jeunes années sont insignifiantes. J'ai grandi dans la nature, caché mais encore insouciant. La peur n'est venue que plus tard, je devais bien avoir six ans. Et je crois que j'en avais dix lorsque j'ai eu cette merveilleuse idée des cicatrices dans le dos, après avoir vu une ange avec des plaies semblables. Elle, elle est morte. Moi pas. J'ai eu de la chance.
Voilà que je m'égare ! Arrêtez-moi, que diable ! Dites-moi quand mes pas me mènent dans des recoins de mon esprit, vers de vieux souvenirs sans importance ! Aidez-moi ! Revenons donc à notre problème. Le commencement. Après réflexion, il me semble que je le tiens, ce début. Disons-le tout net : il se déroule sans moi. Ce n'est pas très étonnant, il me semble que l'histoire d'une personne l'attend rarement pour se mettre en marche. Pour moi, donc, le départ était à Geheimbourg. Geheimbourg... !
Aujourd'hui, Geheimbourg est une petite ville prospère, enchâssée dans un vallon sombre où une large rivière étale ses méandres, comme une perle dans la bouche d'une huître. C'est un joli endroit. J'y suis allé quelques fois. Il y a quelque chose, là-bas, qui rappelle toute l'histoire de cette ville. Une aura, une atmosphère, je ne sais pas. On me souffle à l'oreille, "les âmes des personnes qui y sont mortes". Peut-être, ce n'est pas une hypothèse pire que les autres. Bref. À l'époque où commence mon histoire, Geheimbourg était une ville peu connue à travers le pays. Une bourgade nantie, exploitant au mieux ses ressources, notamment sa rivière : commerce, moulins actionnés par le courant et produisant la farine de toute la région, péage pour les bateaux, pêche, etc. On peut tant faire avec une rivière !
Malgré ces multiples activités, rien ne destinait Geheimbourg à devenir le théâtre d'une des batailles plus violentes entre l'Inquisition et la Furrysistance, la bataille qui mit un coup d'arrêt à l'expansion exponentielle de la seconde. L'Inquisition fut incapable d'exterminer complètement le mouvement et essuya même de lourdes pertes dans cette entreprise, mais parvint à affaiblir son adversaire, tuant plusieurs de ses figures emblématiques, le faisant passer d'une armée organisée, potentiellement capable de fonder un véritable pays, à des groupements résistants dispersés tout juste capables d'actions ponctuelles. Cerise sur le gâteau : le fondateur de la Furrysistance avait disparu, probablement mort – cependant, personne ne retrouva son corps.
Moi, à ce moment, j'avais treize ans. J'avais entendu parler de la Furrysistance, bien sûr. Et je m'en étais tenu loin, très loin. J'étais persuadé que tôt ou tard l'Inquisition les exterminerait, que leur courage serait vain ; moi, je tenais à la vie. En plus, je n'ai jamais été quelqu'un de très courageux, prompt à s'engager pour les autres ; je m'accommodais comme je pouvais de la traque systématique organisée par les anges contre nous et je me fichais bien de changer les choses. C'est pourquoi, quand j'ai appris les événements de Geheimbourg en arrivant à Altbourg après cette édifiante soirée dans une maison paysanne de l'arrière-pays, je n'en ai pas fait grand cas.
Oh, je n'ai pas sauté de joie avec le reste de la taverne, je suis resté dans l'ombre, préférant ne pas me faire remarquer, mais je n'ai pas eu le sentiment que mon cœur devenu pierre sombrait dans ma poitrine, que mon sang se glaçait dans mes veines, que mes larmes allaient jaillir de mes yeux d'un instant à l'autre. Je n'ai pas été choqué ou surpris. Je crois que je n'ai même pas été vraiment attristé. Je ne voyais pas comment les choses pourraient changer pour nous daemons. Tout ce que nous pouvions espérer, c'était d'arriver à disparaître, de vivre aussi discrètement que des souris, dans les murs de la maison des anges, invisibles et évitant soigneusement les petits bouts de gruyère piégés.
Je suppose que l'on pourrait me reprocher ce manque de solidarité avec les autres daemons. Pour ma défense, je n'en connaissais pas beaucoup à l'époque, voire pas du tout. J'en ai croisé, observé de loin, mais sans leur adresser la parole. Je n'en voyais pas l'intérêt. Et surtout, après avoir infligé son supplice à mon dos, il était hors de question d'être vu avec des daemons, qui de toute façon me prendraient pour un ange et chercheraient plus sûrement à me fuir ou me tuer. Désormais, j'avais deux horribles plaies sur les omoplates. Mon ticket d'intégration angélique. Je voulais en profiter, je l'ai fait, dormant dans des auberges, circulant librement dans les villes, trouvant même régulièrement du travail.
Le temps a passé ainsi. J'avais peur, mais je contrôlais les risques, je me tenais à distance, anonyme, sans personne qui puisse me reconnaître. Les soirs de Lune ronde, je les prévoyais à l'avance, calculant précisément les dates. Je me débrouillais pour être assez loin de tout lorsque ma transformation obligatoire commencerait. Le reste du temps, je demeurais sous forme humanoïde. Il m'arrivait, dans mes rêves, de gambader librement dans la forêt, mes sabots heurtant le sol, dérangeant le tapis de feuilles, fissurant les galets au fond d'un ruisseau. J'allais vite, très vite, aussi vite que la lumière. Personne ne pouvait me suivre - sauf les anges de l'Inquisition, qui acquéraient grâce à un entraînement impitoyable notre vitesse.
C'est pourquoi je ne me transformais jamais volontairement. Et même contraint par l'influence de la Lune ronde, je me contentais de me blottir dans un coin de forêt désert, guettant chaque bruit, chaque souffle, m'éloignant discrètement à la moindre alerte. Il ne fallait pas que je sois repéré. Ce serait désastreux. Je savais me défendre, mais les anges de l'Inquisition savaient se battre et savaient nous tuer. Me tuer. La nuit se déroulait ainsi, puis l'aube revenait. Le plus vite possible, je revenais à ma forme bipède. Courbaturé, je m'étirais, puis je repartais au hasard, pressé de m'éloigner. Ne jamais rester longtemps au même endroit. Ne pas s'attacher. Ne pas se faire remarquer. Mes trois règles d'or. Qui ne suffirent pas à me protéger, puisque mon histoire commencée à Geheimbourg a fini par me rattraper. Il lui fallut tout de même cinq ans, c'est ma fierté.
