Boum !

Premier retard T^T

Ce chapitre aurait dû être publié il y a une semaine mais voilà, j'ai été malade, je n'ai pas pu publier mon chapitre de CMBBACP (ma fameuse fic historique au nom à rallonge) et du coup j'ai décalé tout mon rythme de publication... Bref, le chapitre 3 n'arrive que maintenant, désolée...

Enfin, si tout se passe bien, le chapitre 4 sera fini pour dans deux semaines, le 1er novembre donc (si tout se passe bien... on croise les doigts !) :D

Merci à ShaSei pour sa review anon, et j'espère que tu vas aimer la rencontre entre nos deux poneys :Fufu:

Bref, bonne lecture !

OoOoOoOoO

La Geste du Licorne-garou

CHAPITRE 3

Minos parcourut du regard la petite salle, examinant les visages qui l'entouraient. Rune, Pandore, Rhadamanthe, Eaque siégeaient avec lui autour de la table. Son amant avait l'air détendu, presque ironique. Pandore et Rhadamanthe avaient le visage fermé, grave - une expression de circonstances. Eaque avait l'air de dormir, insensible aux régulières œillades furieuses que lui lançait sa sœur. Dans l'ombre, debout et impassibles, se tenaient cinq autres membres de la Furrysistance : Myu, Pharaoh, Valentine, Sylphide, Zélos. Minos ne savait pas trop quoi penser de leur présence. Rhadamanthe avait amené ses trois subordonnés, mais Myu et Pharaoh avaient tout simplement débarqué comme ça.

- Nous ferons preuve de discrétion, l'avait assuré Myu.

Ça lui faisait une belle jambe ! Minos avait levé les yeux au ciel, cherché du regard ses collègues. Rhadamanthe arborait une expression d'ennui profond, n'en ayant visiblement rien à faire. Eaque et Rune avaient haussé les épaules. Pandore n'avait pas daigné réagir. Il avait donc laissé Myu et Pharaoh faire à leur guise. Au fond, ce n'était pas un problème que ces deux vétérans, formés par Hadès lui-même, assistent à cette réunion de crise. Dont le thème principal était…

- Rune, lança Minos. Peux-tu nous présenter ton rapport sur les événements d'Uferln ?
- Bien sûr, répondit le secrétaire en se levant, très professoral. Quelle version voulez-vous ? demanda-t-il ensuite à la salle.

Eaque ricana :

- La plus drôle !
- Eaque, suffit, fit sèchement Pandore.
- Doucement, petite sœur, doucement… N'oublie pas qui de nous deux dirige cette organisation, et qui la sert…
- Hin ! Il faut bien quelqu'un pour servir, puisque tu te contentes de paresser et poursuivre tes chimères stupides qui ne mènent…

Un choc sur la table. Petit silence. Rhadamanthe frotta machinalement son poing un peu rougi.

- Rune, le rapport, demanda-t-il calmement.
- Je vais m'en tenir à une version… sobre, toussota le secrétaire.

Rhadamanthe approuva.

- Bien, reprit Rune. Malheureusement, je n'ai pas pu identifier d'espion ou d'espionne dans nos rangs. J'ai interrogé les quelques daemons ayant survécu à cette embuscade, mais encore une fois il n'y avait rien. Il est possible que la taupe n'ait pas assisté à la réunion. Ce qui accréditerait l'idée d'une taupe… très haut placée, acheva-t-il en insistant sur l'adverbe.
- Très haut placée ? répéta Pandore.

Le secrétaire hocha la tête. Minos observait discrètement les personnes présentes. Il savait ce que son amant s'apprêtait à révéler. Si seulement la taupe pouvait se trahir…

- Très haut placée, confirma Rune. Peut-être même dans cette pièce.

Un silence assourdissant s'abattit. À sa grande déception, le griffon-garou ne vit aucune surprise, aucune peur inhabituelles sur les visages autour de lui. Le choc et l'horreur semblaient toujours être ceux, sincères, d'une personne envisageant brusquement qu'il y avait peut-être une âme traîtresse à quelques pas d'elle.

- Et bien, ça pour une nouvelle, sifflota finalement Eaque. Si c'est le cas, ajouta-t-il après une courte pause, la Furry' est fichue.
- Ça n'a pas l'air de t'émouvoir, lui lança Rhadamanthe avec agacement.
- Écoute, le corgi, lui rétorqua le panthère-garou sur un ton ennuyé, laisse-moi gérer mes états d'âme et fais plutôt attention aux confidences que tu pourrais lâcher sur l'oreiller, veux-tu ?

En un battement de cils, le blond avait bondi, attrapant Eaque par le col.

- Mais c'est qu'il mordrait, articula en souriant le daemon.
- Je te conseille de la fermer, asséna Rhadamanthe. Ou alors…
- Quoi ? l'interrompit Eaque. Quoi ? Tu vas me couper les oreilles ? Couper les oreilles au vilain Eaque, au méchant Eaque, n'est-ce pas, qui a le tort d'être loyal à son père, pendant que toi, hein, toi, tu forniques avec un foutu poulet qui pète plus haut que son cul ?

Un instant, Minos crut que la dernière heure du panthère-garou était arrivée. Il n'était pas le seul, constata-t-il en jetant un regard à Pandore qui fixait avidement la scène, se pourléchant de temps à autre les babines. Valentine, Sylphide et Zélos restaient impassibles, et le griffon savait qu'ils ne lèveraient pas le petit doigt pour contrer les plans de Rhadamanthe. Quant à Pharaoh et Myu… Le premier avait l'air de follement s'amuser, tandis que lae deuxième étouffait un bâillement.

- Bon, ça suffit, là, intervint soudainement Rune en venant écarter les deux daemons. Il ne me semble pas avoir révélé mes informations à un groupe de… d'enfants en bas-âge incapables de rester tranquilles sur une chaise !

Il prit une grande inspiration, puis poursuivit sans laisser à quiconque le temps de l'interrompre :

- De plus, je n'avais pas fini. Effectivement, vu la confidentialité de la réunion tragiquement interrompue à Uferln, réunion qui, je vous le rappelle, devait porter sur l'inventaire et la réorganisation de nos caches d'armes, si il y a une taupe, elle est fort probablement dans cette pièce... ou exceptionnellement douée.
- "Si" il y a une taupe ? releva Myu en haussant un sourcil délicatement maquillé.

Rune hocha la tête :

- Oui, c'est là que les choses se compliquent. Laissez-moi vous lire un intéressant témoignage que j'ai recueilli sur place…

Il retourna vers sa place, fouilla quelques secondes dans ses documents, en sortit une feuille couverte d'une écriture en pattes de mouche avec un petit "Ah !" de satisfaction. Il réajusta ses lunettes en demi-lune et commença à lire.

- Bon, je vais vous épargner le parler local, n'est-ce pas ? Alors… En substance : "Ce soir-là ? Oh, mais je m'en souviens très bien, mon p'tit ! J'étais comme tous les soirs dans ma ruelle, v'savez, elle donne sur le port et je peux voir les bateaux…" Suit un passage sur le passé de pêcheur de ce monsieur, abrégeons… "Et ben ce soir-là, j'ai vu passer plein de silhouettes sombres et… Mais vous ne le répétez pas, hein ? Aucune n'avait d'ailes ! Comme vous, mon p'tit… Elles allaient vers l'extérieur d'la ville, et comme c'est quand même ben étonnant, d'en voir autant des comme vous, hein, j'les ai suivies..."
- Je suppose qu'ensuite est décrit l'itinéraire pour se rendre au lieu de la réunion ? soupira Myu.

Rune hocha la tête. Eaque retint un ricanement.

- Certes, reprit le secrétaire, l'Inquisition n'est pas vraiment bien implantée à Uferln. Mais nos membres participant à la réunion venaient des quatre coins du pays. Et si ces imbéciles ont fait preuve de la même discrétion partout…
- Alors pas besoin de taupe pour alerter l'Inquisition, compléta lae papillon-garou.

Pendant que la pièce s'enfonçait dans un silence atterré, horrifié, Eaque éclata de rire. Lui qui avait eu peur de s'ennuyer… D'abord le corgi et maintenant ça… il était servi !

OoOoOoOoO

Geheimbourg, Palais Inquisitorial…

En passant les solides grilles ponctuées de hautes tours de guet qui entouraient le Palais Inquisitorial, surveillant sans relâche la route et les airs, Jabu sentit une chape de fatigue et d'angoisse lui tomber dessus. Ses épaules s'affaissèrent, misérables, et il eut du mal à résister à la tentation de s'allonger sur son cheval.

- Tout va bien, Jabu ? lui demanda Marine, un peu inquiète.

Il sourit sans conviction.

- Oui oui, je suis juste crevé, éluda-t-il.

Elle hocha la tête avec compassion. Si ce voyage de six jours avait été fatiguant pour tout le monde, en particulier la première partie à pied, le plus jeune en avait particulièrement souffert, n'ayant pas reçu l'entraînement strict de l'Inquisition, et de surcroît incapable de voler, mode de transport bien moins fatiguant que le cheval lorsqu'on était ange.

- C'est fini maintenant, répondit-elle sur un ton rassurant, presque maternel, en aidant Jabu à descendre de son cheval.

Le jeune daemon retint une grimace. Non, ça n'était pas fini. Au contraire, cela ne faisait que commencer… Vu la nature de la mission qui lui avait été confiée, il n'y avait bien que depuis la maison mère de l'Inquisition qu'il pourrait la mener à bien. Il frissonna. Plus les choses allaient, moins il avait envie de continuer. Marine, Camus, Milo étaient des gens bien, malgré leurs ailes d'ange. Il n'avait pas envie de trahir leur confiance, de se servir de leur amitié, de les manipuler. Il en était presque réduit à souhaiter que leur voyage ait duré plus longtemps…

Enfin, il ne servait à rien de se morfondre, décida-t-il en se redressant, s'écartant des bras de Marine qui le soutenaient toujours pour faire quelques pas courbaturés sur l'esplanade qui s'ouvrait derrière la grille. Quels que soient ses états d'âme, il n'avait pas d'autre choix que de remplir sa mission. Et ce n'était même pas parce qu'il avait un désir incontrôlable de recevoir la récompense promise par Pandore en cas de succès. Non, c'était simplement une question de survie. Déjà, s'il s'enfuyait, l'Inquisition le rechercherait, et il aurait besoin de la Furrysistance pour l'aider à se mettre à l'abri, peut-être au nord, dans les montagnes à la frontière des contrées gelées. Mieux valait ne pas se la mettre à dos. Ensuite, s'il craquait, révélait tout à l'Inquisition, jamais celle-ci n'accepterait un daemon dans ses rangs, encore moins un ancien espion. Non vraiment, il était coincé, et bien coincé.

- Aiolia ! s'exclama soudainement Marine, le sortant de ses sombres pensées.

Un homme dans la vingtaine, aux cheveux châtains bouclés et aux yeux émeraude, se dirigeait vers leur groupe, son attention toute entière tournée vers l'ange rousse. Il s'arrêta devant elle, un sourire jusqu'aux oreilles, et l'enlaça tendrement.

- Enfin te voilà ! souffla-t-il. Tu m'as tellement manquée !
- Tu m'as manqué aussi…

Les deux s'écartèrent rapidement, comme timides. Jabu retint un sourire un peu niais, ému de voir son amie aussi heureuse. Il n'avait jamais parlé avec elle d'affaires de cœur, alors il ne savait pas qu'elle était en couple. Oh, il n'était pas jaloux ou quoi que ce soit, simplement surpris. Dans le bon sens du terme.

- Je les trouve vraiment chous, lui glissa Milo. Pas toi ?
- Si ! renchérit Jabu. Adorables !

Milo le regarda quelques instants.

- Je suis content que tu sois aussi ouvert d'esprit, finit-il par dire.
- Ouvert d'esprit ? répéta Jabu, interloqué.

Y avait-il un problème ? Avait-il dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Soudainement, il fronça les sourcils. En observant à nouveau le couple enlacé, il venait de repérer un détail légèrement étonnant. Enfin, légèrement étonnant pour lui. Pour un ange, cela devait violemment sauter aux yeux. Merde.

Comme lui, le compagnon de Marine n'avait pas d'ailes.

Que devait-il faire ? Exprimer la désapprobation des couples mixtes qu'on attendrait de lui, en tant qu'ange ? Se présenter comme particulièrement progressiste et ouvert d'esprit, ce qui ne lui attirerait certainement pas que des amitiés et le ferait sortir de la masse, un désastre pour un espion ? Ne pouvant se décider à choisir, il préféra botter en touche.

- Excuse-moi, mais je ne vois pas en quoi il est choquant que Marine sorte avec un ange sans ailes !
- Oh non, tu te méprends ! Aiolia est un daemon, grimaça Milo. La plupart des gens assument directement qu'il l'est… Mais j'aurais dû me douter que toi, tu penserais spontanément à…

Jabu resta silencieux, peu disposé à l'aider se dépatouiller. Mieux valait que Milo se sente embarrassé, il serait d' autant moins susceptible de lui poser des questions auxquelles le licorne-garou ne voulait ni ne pouvait répondre.

- Enfin... coupa court l'ange alors que Camus les rejoignait. Et si on allait rappeler notre existence à aux inséparables ? proposa-t-il.
- Sans moi, déclina son compagnon. Je vais aller me rafraîchir un peu, je suis épuisé.
- Jabu ?
- Avec plaisir, sourit le daemon. Je n'ai rien de mieux à faire, de toute façon...
- Et tant que tu n'es pas officiellement accepté dans l'Inquisition, il vaudrait mieux pour toi de rester dans les parages de Marine ou Milo, l'avertit Camus.
- Je garderai ça à l'esprit.

Sur un dernier hochement de tête, l'ange aux cheveux turquoise s'éloigna d'un pas décidé. Habitué aux manières parfois rudes de son compagnon, surtout lorsqu'il était fatigué, Milo ne s'en formalisa pas et entraîna Jabu vers Marine et Aiolia.

- On ne vous interrompt pas trop ? lança-t-il.

Le couple se sépara rapidement. Son compagnon semblait gêné, mais la rousse souriait :

- Un peu quand même, rétorqua-t-elle.

Elle fit une pause, jaugea Jabu du regard.

- Tu as l'air d'avoir repris du poil de la bête, dis donc ! En tout cas, tu ne marches plus en canard...

Le licorne-garou acquiesça, restant silencieux. Il observait plutôt Aiolia - et sut ainsi exactement à quel instant le daemon remarqua son absence d'ailes.

- Un malheureux accident, répondit-il à ses yeux écarquillés. Je n'ai pas eu de chance.
- Un sans-ailes ! s'exclama Aiolia.
- Un daemon ! lança Jabu sur le même ton. Quel type de garou, si c'est pas indiscret ?

Aiolia cligna des yeux. La question ne lui avait pas été posée depuis longtemps.

- Hmmm, lion... Tu as l'air d'en savoir long sur les daemons, toi...

Jabu ouvrit la bouche, puis la referma. Décidément, la fatigue lui faisait oublier tout bon sens. Les anges ne savaient pas grand chose des daemons, préférant collectionner des lieux communs comme leur cruauté, leur perversité, leur férocité, leur bestialité, etc. Combien d'anges avaient seulement déjà entendu dans leur vie le mot "garou" ? Et bien, en dehors des membres de l'Inquisition, très peu.

- J'ai pas mal voyagé, tenta-t-il.

Sa réponse sonnait plus comme une question, mais Aiolia hocha la tête, comme frappé par l'évidence :

- Oh, je comprends mieux ! Tu as dû entendre pas mal de rumeurs... et tu as probablement déjà croisé d'autres daemons !
- Oui voilà, acquiesça Jabu. Mais j'avoue que je ne m'attendais pas à en voir au siège de l'Inquisition.
- Aux dernières nouvelles, je suis le seul.
- Aiolia est un cas un peu particulier, intervint Marine. Il collabore avec l'Inquisition.

OoOoOoOoO

Il collabore avec l'Inquisition. Jabu avait longtemps erré seul, mais tout isolé qu'il ait été, évitant les villages cachés de daemons comme les bourgs angéliques, il n'avait pas pu ne pas entendre parler de l'Inquisition, de sa politique de chasse aux daemons, de traque systématique des types de garou les plus dangereux, avec une attention toute particulière pour les daemons qui, comme Jabu, étaient capables d'empailletter.

Il collabore avec l'Inquisition. Le licorne-garou s'aperçut que ses mains tremblaient. Cessant de faire les cent pas dans la petite chambre qu'on lui avait attribuée lorsqu'il avait demandé à se reposer, il alla s'installer sur le bord du lit. Il enfouit son visage dans ses mains. Il fallait qu'il s'en remette, qu'il rationalise tout ça. Aiolia n'était certainement pas le premier à...

À collaborer avec l'Inquisition. Combien de daemons avaient dû se résoudre à cette extrémité, pour sauver leur vie, peut-être celle de leur famille ? Lui-même avait déjà dû livrer une ou deux informations à des patrouilles inquisitoriales afin de ne pas passer pour un sympathisant daemonique et de gagner une maigre mais nécessaire récompense. Enfin, tout de même, il n'était pas aller jusqu'à...

Jusqu'à collaborer avec l'Inquisition, vivre au Palais Inquisitorial, et sortir avec une Première Inquisitrice ! À quoi pensait Aiolia, bordel ?

Quelqu'un frappa à la porte, sortant Jabu de ses pensées.

- J'arrive ! lança-t-il, encore un peu hagard.

Il prit une grande inspiration, se passa une main dans les cheveux. Enfin, il parvint à se composer un visage serein. Il alla ouvrir la porte, eut un violent mouvement de recul. Aiolia se tenait devant lui, le visage fermé. Brusquement, le lion-garou le repoussa dans la chambre, refermant dans un claquement le battant derrière lui. Un silence tomba entre eux. Le plus âgé croisa les bras sur sa poitrine, dans une attitude réprobatrice. Le regard de Jabu tomba discrètement sur la fenêtre.

Sa chambre se trouvait au deuxième étage de l'aile droite du bâtiment principal, et donnait sur une espèce d'arrière-cour déserte. Il serait dommage de s'enfuir, mais Aiolia n'avait pas l'air d'avoir de bonnes intentions. Or, Jabu tenait à rester en vie. Y compris au prix de sa mission.

- Alors comme ça, la Furrysistance envoie des enfants faire le sale boulot, maintenant ?

Jabu resta coi. Comment... ?

- Tu pensais vraiment que je ne te sentirais pas, petit daemon ? lui répondit Aiolia avec un sourire amer.

L'odeur. Bien sûr, l'odeur ! Le nez des anges n'était pas très développé, mais on ne pouvait pas en dire autant de celui de la plupart des daemons, qui avaient les capacités olfactives de leur garou. À nouveau, Jabu jeta un coup d'œil à la fenêtre. Il semblait bien qu'il n'avait plus le choix. Aiolia avait peut-être même déjà alerté le reste des anges. Il devait se débarrasser de lui, maintenant, et s'enfuir. Il n'avait qu'une seule solution...

- Monocerotis, déclara-t-il calmement.

Les battements de son cœur accélérèrent, comme à chaque fois qu'il utilisait sa clef. Il fit un pas vers Aiolia, pour être assez près. Les pupilles du lion s'écarquillèrent.

- Un empailletteur, souffla-t-il, un peu paniqué.

Puis :

- Attends, attends ! fit-il en levant les mains en l'air. Je ne viens pas pour te dénoncer !

Jabu fronça les sourcils :

- Prouve-le.
- Comment veux-tu que je fasse ?

Le licorne-garou soupira.

- Tu ne devrais vraiment pas t'enfuir, reprit Aiolia avec précipitation. Je te jure ! Il y a des gardes partout autour du Palais, tu ne passeras jamais ! Je veux juste t'aider, d'accord ?
- M'aider ?
- Oui. À te sortir vivant du guêpier dans lequel tu t'es fourré.
- La situation est sous contrôle, grommela Jabu.

Le lion haussa un sourcil :

- Vraiment ?

Le plus jeune soupira. Non, pas "vraiment", bien sûr. Même pas un jour au Palais et il avait déjà été repéré comme daemon...

- Tu as de la chance que ma loyauté aille avant tout à Marine, lâcha Aiolia. Elle t'aime vraiment bien, tu sais, et si en plus je peux éviter de mettre un de mes semblables dans la merde...
- Admirable attitude pour un traître.

Le lion grogna, agressif, et esquissa un geste vers Jabu qui ne bougea pas.

- Je te rappelle que maintenant que je t'ai révélé ma clef, il me suffit de te souffler dessus pour te transformer en un joli petit nuage de paillettes, se contenta-t-il de dire.

Aiolia se recula.

- Calmons-nous, soupira-t-il. Je ne prends pas particulièrement plaisir à travailler avec l'Inquisition, tu sais...
- C'est pas mon problème.
- Oui, évidemment. Enfin... Si un jour tu veux te tirer d'ici et disparaître, fais-moi signe.
- Merci, se contenta de répondre Jabu.

Son aîné secoua la tête :

- Pas de quoi. Mais je ne veux pas entendre parler de tes activités de furrysistant, c'est clair ? C'est plus simple pour moi de ne pas trahir si je ne suis au courant de rien, tu comprends ?
- Clair comme de l'eau de roche. J'espère qu'elle en vaut la peine, Marine.

Aiolia rouvrit la porte. Juste avant de partir, il se tourna vers Jabu :

- Tu la connais depuis quelques jours, tu dois bien avoir une idée de la réponse à cette question...

Le battant se referma, laissant le licorne-garou seul.

- Non, répondit-il au vide après quelques instants. Non, elle ne vaut pas la peine de participer au massacre des daemons. Je ne vois pas quoi ou qui en vaudrait la peine, d'ailleurs.

OoOoOoOoO

Pendant ce temps, à Röseln...

Assise à son bureau, Pandore soupira, se cacha le visage dans ses mains. "N'oublie pas qui de nous deux dirige cette organisation, et qui la sert…" Elle serra les poings contre ses paupières. Comme un kaléidoscope noir, des formes se déployèrent devant elle, mouvantes, dansantes hypnotisantes. D'habitude, regarder ces images, qu'elle interprétait comme une succession de collines dans un paysage imaginaire, suffisait à la calmer. "Couper les oreilles au vilain Eaque, au méchant Eaque, n'est-ce pas, qui a le tort d'être loyal à son père, pendant que toi, hein, toi, tu forniques avec un foutu poulet qui pète plus haut que son cul ?" Bordel.

Son frère était un imbécile. Un foutu imbécile. Elle releva violemment la tête, grimaça en sentant ses cervicales protester. Cette réunion avait été un désastre. Un pur désastre. À cause de son frère. Pendant quelques secondes, elle avait cru que Rhadamanthe allait l'éviscérer sur place. Le combat aurait été drôle, corgi contre panthère, mais il aurait surtout été court : corgi ou homme, le blond était définitivement un meilleur combattant.

"Pour une fois, Rhadamanthe avait l'occasion de faire quelque chose de vraiment utile pour la Furrysistance", songea-t-elle avec cynisme en déplaçant sans but les piles de papiers traînant sur son bureau.

Soudainement, elle s'immobilisa, légèrement tremblante, frappée par l'évidence. Ses lèvres remuèrent silencieusement, sans laisser échapper le moindre son. Quelque chose de vraiment utile. Ses propres pensées. La mort de son frère, quelque chose de vraiment utile. Son visage se ferma. Lentement, elle se leva. Elle devait aller voir Minos, immédiatement.

En arrivant près de la porte du bureau du griffon, elle fut surprise d'y trouver déjà Zélos, l'oreille collée à la porte, une lueur de plaisir dans les yeux. Elle fronça les sourcils de dégoût et lâcha :

- Je peux savoir ce que tu espionnes, le crapaud ?

Zélos se retourna lentement et sourit, très à l'aise :

- J'aimerais tout d'abord vous faire remarquer que mon garou est une grenouille, rien à voir avec le crapaud...

Le visage de Pandore se tordit en une grimace de colère, ce qui n'impressionna pas le petit daemon, qui la toisait du haut de ses un mètre trente-quatre, tortillant fièrement sa barbe finement taillé entre ses doigts.

- Par ailleurs, vous pourrez vérifier en tendant à votre tour l'oreille, que je n'espionne rien d'essentiel pour les affaires de l'Inquisition.

Une courbette obséquieuse, un mouvement de poignet l'invitant à s'approcher, un nouveau sourire ironique, et une œillade complice. Pandore frissonna de répulsion, mais posa tout de même son oreille contre le battant de la porte. Au début, elle n'entendit rien. Cependant, après quelques secondes d'écoute attentive, des gémissements et des craquements lui parvinrent, ne laissant planer aucun doute sur ce qui se passait à l'intérieur. Zélos lui décocha un clin d'œil.

- Hors de ma vue, misérable ! grogna-t-elle, outrée. Et que je ne te reprenne pas à faire ce genre de choses !
- Mais... C'est que Monsieur Rhadamanthe m'a demandé de venir voir Monsieur Minos ?
- Peu m'importe ! Tu diras à Rhadamanthe que tu as trouvé porte close, ou tu trouveras bien une autre excuse !

Le grenouille-garou haussa les épaules et s'éloigna dans le couloir. Pandore secoua la tête. Elle savait que les états de service de Zélos étaient excellents. Qu'il était un très bon espion. Qu'il était dans leurs rangs depuis le début - on disait même parfois qu'il avait fondé la Furrysistance aux côtés de son père Hadès. Mais rien à faire : elle ne pouvait pas le sentir. Il était si visqueux, si effacé, disparaissant derrière de dégoulinantes démonstrations de dévotion, qui sonnaient toutes faux aux oreilles de Pandore.

"Si je devais désigner une taupe au sein de la Furrysistance... c'est lui que je choisirai", pensa-t-elle.

Elle fronça les sourcils. Discret, insignifiant, minuscule, manifestement dépourvu d'honneur, furetant partout dans la Furrysistance... Zélos avait le profil idéal. Elle cligna des yeux. Maintenant qu'elle y pensait... Elle l'avait à peine remarqué, mais Zélos était présent à la précédente réunion au sommet, amené par Rhadamanthe. La taupe était "peut-être même dans cette pièce" avait affirmé Rune. Bordel, mais pourquoi avait-elle laissé partir le batracien ?!

Son regard fouilla les ombres du couloir dans la direction qu'il avait prise, sans succès. Il devait déjà être loin. Tant pis. Il n'avait aucune raison de penser que Pandore le soupçonnait, on pourrait toujours l'attraper plus tard. Pour l'heure, la vraie urgence, c'était de parler à Minos. Résolument, elle poussa la porte, l'ouvrant violemment. Et ce fut seulement lorsqu'elle se tient debout sur le seuil, les yeux rivés sur le dos de Rune, assis sur le bureau, encore en t-shirt, frémissant et gémissant, qu'elle se souvint des bruits qu'elle avait entendus depuis l'extérieur.

- Oh, laissa-t-elle échapper, rouge de honte.

Rune se retourna, la tête de Minos émergea de derrière le bureau.

- Oh, répéta-t-elle, mortifiée.
- Dehors, siffla Minos.

Elle recula de deux pas, trébucha, sortit de la pièce, referma la porte, lâcha la poignée, puis tomba sur les fesses dans le couloir heureusement désert.

- Oh, dit-elle une troisième fois.

Après quelques minutes, la porte se rouvrit sur un Rune visiblement agacé mais décent. Pandore n'avait pas bougé, assise sur le parquet, clignant de temps en temps les yeux, essayant de penser à autre chose que...

- J'espère que c'était une vraie urgence, asséna la voix du secrétaire du griffon.

La panthère se remit lentement sur pied, secoua la tête pour chasser des pensées importunes.

- Oui, oui, finit-elle par répondre. Je... C'est vraiment important, ce que j'ai à dire.

Rune soupira. Il fallait toujours que cette petite peste se pointe au mauvais moment... Il n'aimait pas la voir traîner autour de Minos, autour de son Minos, avec ses grands yeux de chiot abandonné qui se complaît auprès d'un nouveau maître. Mentalement, il chassa ces pensées. Il ne pouvait pas laisser ces émotions parasiter son travail. Il n'avait d'ailleurs même pas le droit de parler de "son" Minos. Il devait se concentrer sur sa mission, et ne pas trop se mettre Pandore à dos. Déjà qu'elle ne l'aimait pas...

- Entrez, lança-t-il en s'effaçant pour la laisser passer.

Dans son bureau, Minos terminait de rajuster son col, visiblement embarrassé. C'était étonnant, d'ailleurs : elle se serait attendue à retrouver un Rune rouge de honte et bégayant, avec un Minos sûr de lui et agacé, et voilà que c'était le contraire qui se produisait ! Dommage, elle aurait bien aimé voir Rune mis dans l'embarras... mais elle se contenterait d'un Minos tout gêné et attendrissant.

Elle s'assit sur la chaise devant le bureau, essayant de ne pas penser à tout ce qui s'était passé dessus, mais ne pouvant s'empêcher de remarquer que tous les papiers, encriers, plumes, sceaux, avaient été repoussés sur les côtés de la table. Un presse-papier était même tombé à terre. Suivant son regard amusé, Rune le ramassa prestement et le posa avec un claquement sec sur le bureau.

- Ahem, commença Minos. Que voulais-tu me dire, Pandore ?
- Heu... oui, oui, répondit-elle, tentant de retrouver le fil de ses idées.

Elle jeta un coup d'œil derrière elle, vérifiant que la porte était bien fermée, puis lâcha :

- Deux choses. Tout d'abord, il est temps d'éliminer mon frère. Ensuite, je crois avoir découvert le traître au service de l'Inquisition.

Minos haussa un sourcil :

- Développe.
- Concernant mon frère... Vous avez bien vu comment la dernière réunion s'est déroulée, non ? Je n'aime pas particulièrement les méthodes de Rhadamanthe, mais lui au moins fait quelque chose pour la Furrysistance. Mais mon frère... Il est complètement obnubilé par notre père et serait prêt à nous mettre en danger si cela lui permettait de le ramener. Faisons-lui une faveur et envoyons-le le rejoindre.
- Tu suggères de... d'assassiner Eaque ?
- Oui. Et je suis prête à m'en charger.

Petit silence. Rune laissa échapper un ricanement.

- Et bien sûr, derrière, tu serais là pour prendre sa place.
- Si vous tenez à ce que la Furrysistance reste tricéphale... lâcha Pandore. Personnellement, il me semble que deux têtes, c'est bien assez. Et qu'une seule, ce serait encore mieux.

Elle sentit que Rune ne la croyait pas. Et à tous les coups, Minos était lui aussi sceptique. Peu lui importait. Elle savait qu'elle donnait l'image d'une femme ambitieuse, mais contrairement à ce que beaucoup assumaient, elle ne visait pas le pouvoir pour elle-même, mais pour la Furrysistance. Et elle considérait que travailler depuis l'ombre, comme subordonnée, lui allait bien, et lui donnait une plus grande marge de manœuvre.

- Je n'ai pas l'intention de prendre la place de mon frère, non. Je veux simplement que la Furrysistance survive et redevienne ce qu'elle était. Et Eaque pourrait mettre en danger cela.

Le griffon la fixa quelques instants, essayant de déterminer si elle était sincère. Lui-même n'avait jamais eu d'adelphes, mais il lui semblait que normalement, on ne proposait pas avec autant de facilité de faire tuer son propre frère. Cependant, cela faisait longtemps que Pandore et Eaque étaient en conflit. Même avant la mort de leur père, les deux n'avaient jamais été très proches. Et puis, autant l'avouer : bien que choquante, l'idée de la panthère-garou était censée. Les recherches frénétiques d'Eaque leur coûtaient cher, dans tous les sens du terme.

- Bon. Je vais y réfléchir, répondit-il finalement.

Il faudrait qu'il se renseigne un peu plus avant sur les motivations et ambitions de Pandore, sur ce qu'elle avait à gagner dans cette affaire, histoire de l'empêcher de nuire à la Furrysistance, mais plus il y pensait, plus le projet de tuer Eaque lui semblait raisonnable.

- Et en ce qui concerne le traître que tu aurais identifié ?

Rune retint sa respiration, les battements de son cœur résonnant dans ses tympans. Quelle idée farfelue cette petite peste allait-elle sortir de sous son manteau ?

- Zélos, lâcha-t-elle.
- Pardon ?

Rune se composa un visage neutre, évitant à tout prix de ricaner. Pandore le prendrait mal. Surtout, l'idée de la jeune femme n'était pas bête. Personne n'aimait Zélos, qui ressemblait plus à un serpent vicieux qu'à une rainette. Mais force était de reconnaitre que le batracien errait partout dans la Furrysistance, des écuries aux salles de réunion les plus secrètes. Un espion parfait.

- Zélos, répéta-t-elle. Je ne comprends pas pourquoi Rhadamanthe le traîne partout avec lui ! Je sais qu'il est dans la Furrysistance depuis longtemps, mais...

Le secrétaire ne put retenir un fou rire.

- Il l'a fondée, l'interrompit-il. Avec Myu et Pharaoh, il est le dernier membre fondateur de la Furrysistance en activité. Le soupçonner, c'est...
- Tu disais toi-même que la taupe, si elle existait, était très haut placée, intervint Minos.
- C'est vrai, reconnut Rune. Je ne vois pas comment l'Inquisition a pu tenter Zélos, mais il serait effectivement un espion parfait. Cependant, il nous manque des preuves. Rien ne permet de dire que Zélos est un traître. Et non, sa mauvaise attitude n'est pas un argument, Pandore.

La panthère-garou se renfrogna. Elle aurait voulu lui clouer le bec, sauf qu'il avait malheureusement raison. À part son intuition, elle n'avait rien contre Zélos. Il était peut-être juste un vieux pervers qui, à l'approche de la quarantaine, étenchait sa solitude en écoutant d'autres couples faire leurs affaires.

- Compris, répondit-elle. Je vais trouver d'autres indices.

Minos hocha la tête :

- Je compte sur toi.

Elle se leva, le salua et s'apprêtait à partir lorsque la voix du griffon la retint :

- Au fait, pour Eaque... Je te redis, d'accord ? Et cette discussion n'a jamais eu lieu.

Elle se retourna en ouvrant la porte, sourit :

- Bien sûr. Merci de m'avoir reçue.

Elle sortit, refermant doucement le battant. Elle évacua le problème Eaque de son esprit en retournant vers son bureau. De toute façon, elle ne pouvait plus faire grand-chose à ce stade. L'idée avait été plantée dans le cerveau de celui qui pourrait la mettre en œuvre, ce n'était plus de son ressort. En revanche, Zélos, voilà ce qui allait la tenir occupée.

La première chose à faire, c'était de réunir plus d'informations, sur ses déplacements, son courrier, etc. Bref, tout ce qui pouvait constituer une preuve de sa traîtrise. Seul problème : Zélos n'était pas né de la dernière pluie. Il était fort probable qu'il détruise soigneusement toutes les traces matérielles de ses activités d'espion. Ainsi, à moins d'intercepter une communication avant qu'elle ne parvienne à la grenouille, elle ne risquait pas trouver grand-chose ici.

Soudain, une idée lui vint : l'Inquisition ! Si Zélos envoyait effectivement des informations à l'Inquisition, alors peut-être que celle-ci conservait ces lettres. Oh, elles étaient probablement considérées comme confidentielles, mais en tout cas, l'organisation angélique n'avait aucune nécessité de les détruire et pouvait se permettre de les archiver. Et ne venait-elle pas d'infiltrer un espion dans l'Inquisition, chargé précisément de découvrir qui renseignait l'Inquisition et d'empêcher une nouvelle embuscade comme celle d'Uferln ? Ce nouvel objectif permettrait à Jabu de mieux orienter ses recherches, en ayant un suspect en tête. Oui, c'était décidément une bonne idée. Il ne restait plus qu'à faire parvenir ces excellentes nouvelles au licorne-garou !

C'est alors que Pandore se posa enfin une question essentielle : comment allait-elle contacter Jabu ? L'ayant vaguement suivi au moment de son infiltration, elle savait qu'il était d'abord entré dans la Maison Inquisitoriale de Röseln, mais deux rouge-gorges-garous en patrouille l'avaient vu en partir avec trois autres anges six jours plus tôt. Pandore leur avait alors demandé de suivre discrètement le petit groupe, afin de découvrir leur destination. Coup de chance, au moment où les quatres passaient le Gué du Passereau, et récupéraient un cheval pour Jabu, leur cheffe avait dû expliquer aux anges gardant le gué leur objectif : Geheimbourg et son Palais Inquisitorial.

Pas que ça l'avance beaucoup, en fait. La maison-mère de l'Inquisition était incroyablement bien gardée, un vrai coffre-fort, et vu l'allure imposée par les anges, Jabu devait déjà y être à l'heure actuelle. Or, elle avait beau chercher, Pandore ne voyait pas comment elle pourrait faire parvenir ne serait-ce qu'un grain de poussière à son espion, maintenant qu'il était du mauvais côté de l'enceinte du Palais. Et le plus déasagréable, c'était cette petite voix intérieure ricanante mais affreusement pertinente qui lui disait qu'elle aurait dû y penser plus tôt.

OoOoOoOoO

Geheimbourg, Palais Inquisitorial...

Une semaine s'était écoulée depuis l'arrivée de Jabu, et celui-ci n'avait pas progressé d'un pouce. Certes, il était maintenant officiellement un novice et, lors d'une impressionnante audience, la cheffe de l'Inquisition, une très jeune ange répondant au nom de Saori, l'avait confié pour son entraînement à Marine. Mais à part ça... rien. Rien sur une taupe infiltrée dans la Furrysistance, rien sur la prochaine embuscade que préparait l'Inquisition. Il faut dire que ce n'était pas à lui, jeune novice fraîchement arrivé, qu'on allait dire quoi que ce soit. En plus, le zèle de Marine, qui prenait très au sérieux ses devoirs d'instructrice, ne lui laissait guère de temps libre.

Un hennissement agacé informa le daemon que Pervigot, un des destriers des écuries du Palais, avait bien compris à ses coups de brosse désinvoltes qu'il n'était plus le centre de l'attention. Jabu sourit. L'étalon avait un sale caractère, arrogant, râleur voire agressif, mais ils s'aimaient beaucoup, tous les deux. De manière générale, Jabu aimait les chevaux et ceux-ci le lui rendaient bien. Il se sentait à l'aise en leur présence, probablement parce qu'il était lui-même un équidé. Marine le mettait donc régulièrement de corvée à l'écurie entre deux entraînements.

- Désolé, Pervi', s'excusa le daemon en se concentrant sur son brossage. J'étais ailleurs... J'espère que tu ne m'en veux pas, hein ?

Le cheval souffla. Jabu laissa échapper un rire.

- Oh, arrête de faire ta diva ! Je te donnerais un sucre en plus pour me faire pardonner, d'accord ?
- Un novice qui parle aux chevaux... J'aurais décidément tout vu !

Le daemon se retourna brusquement, surpris. À ses côtés, Pervigot tourna lui aussi la tête, brusquement tendu et agressif.

- Et bah... Il me déteste toujours autant, ce bon vieux Pervigot, ricana le nouveau venu.

L'ange devait avoir à peu près l'âge de Jabu. Il portait un vieil uniforme tâché de terre et de ce qui ressemblait furieusement à du sang séché. Ses cheveux bruns, coupés courts, étaient ébouriffés, et Jabu aurait pu jurer y avoir aperçu une feuille. Mais ce que retint par-dessus tout le daemon, ce furent ses yeux, des yeux noisettes avec des paillettes dorées, qui semblaient se régaler de la situation.

- Je te laisse mon cheval, heu... Comment tu t'appelles ?

Jabu ne réagit d'abord pas, puis il réalisa qu'on lui avait posé une question. Il balbutia son nom, gêné d'avoir été pris en défaut.

- Parfait, Jabu. Pervigot a l'air de bien t'aimer, ce qui en dit long sur ton pouvoir de séduction sur les chevaux. Je te fais confiance avec Marelle, elle est épuisée et un peu écorchée, la route a été longue. D'accord ?

Le licorne-garou hocha la tête et vint récupérer la bride que lui tendait l'ange. Celui-ci hocha la tête, visiblement satisfait de voir que sa monture était entre de bonnes mains. Puis il tourna les talons brusquement, sans ajouter un mot. Jabu resta immobile quelques instants, le rouge aux joues et les yeux écarquillés, jusqu'à un râclement de sabots de la part de Marelle le fasse réagir. Il lança une grimace d'excuse à un Pervigot outré d'être délaissé et entraîna la jument vers un box propre où il pourrait s'occuper d'elle. Juste avant de se mettre au travail, ses yeux s'égarèrent de nouveau rêveusement vers l'entrée des écuries gorgée de soleil par où l'inconnu avait disparu. Furieux contre lui-même, il se claqua les joues.

- Jabu, se morigéna-t-il à voix haute en se forçant à se concentrer sur l'état de sa patiente, ce n'est vraiment pas le moment de tomber amoureux !