"si tout se passe bien, le chapitre 4 sera fini pour dans deux semaines, le 1er novembre"... oui, bon, alors tout ne s'est pas passé bien.

MAIS ! Normalement je devrais réussir à être un peu plus régulièrement, au moins pour un temps... j'espère... Je pense qu'à partir de maintenant, je vais me fixer des délais pour moi, mais que je vais éviter de vous les annoncer, comme ça vous n'attendrez pas pour rien. Je peux donc simplement vous garantir que j'irais au bout de cette fic, promis !

Bonne lecture !

Réponses aux reviews anon :

ShaSei : merci pour ta review :D tu as raison de dire que les choses se compliquent pour Jabu... et ce n'est que le début mwahahaha ! J'espère que ce chapitre te plaira autant que le précédent o/

Athena : merci pour tes encouragements, j'espère que la suite te plait :D

OoOoOoOoO

La Geste du Licorne-garou

CHAPITRE 4

Röseln, QG de la Furrysistance...

- Rhadamanthe ! J'ai un problème, annonça Pandore en débarquant comme une furie dans le bureau du corgi-garou.

Celui-ci grimaça. Oh non... D'habitude, la panthère l'ignorait purement et simplement, ne lui accordant guère que quelques coups d'œil méprisants, et cela lui allait très bien. En effet, elle avait beau être la fille d'Hadès, le chef historique de la Furrysistance, à qui le corgi vouait une dévotion sans faille, Rhadamanthe avait bien du mal à lui accorder le même respect qu'à son père. En fait, Pandore n'arrivait pas à la cheville de son géniteur. Elle était capricieuse, mesquine, manipulatrice, et si son intelligence ne faisait aucun doute, elle ne la mettait pas vraiment au service du bien commun.

- Qu'y a-t-il, Pandore ? demanda-t-il cependant avec un sourire forcé.

Elle sembla hésiter, se laissa tomber sur la chaise en face du bureau de Rhadamanthe. Elle jeta un regard à Valentine qui attendait patiemment qu'elle sorte pour reprendre sa conversation avec le corgi-garou, et le chassa d'un geste de la main explicite. Sans se départir de son calme, le harpie-garou se tourna vers Rhadamanthe avec une expression interrogatrice. Le blond soupira et acquiesça. Valentine sourit, s'inclina, puis quitta la pièce. Pandore souffla, excédée :

- Vraiment, quelle insolence ! Je ne comprends pas...
- Valentine est sous mes ordres. Il est louable de sa part d'attendre mon feu vert avant d'obéir à un ordre. Même si, s'empressa d'ajouter Rhadamanthe, une telle précaution était certainement superflue avec vous.

La panthère-garou leva les yeux au ciel.

- En effet. Mais peu importe, il y a plus important. J'ai envoyé un agent infiltrer l'Inquisition.
- Pardon ?
- Une mission secrète. Mais Minos est au courant.

Rhadamanthe nota d'aller cuisiner son ami à ce sujet. Il avait énormément de respect, voire même d'affection, pour l'argenté, mais cela n'excusait pas ce genre de cachotteries.

- Bien. Vous avez envoyé un espion. Qui est-ce, si ce n'est pas indiscret ?
- Un licorne-garou que j'ai recruté pour l'occasion. Un empailletteur, il s'appelle Jabu.

Le corgi fronça son monosourcil :

- Le nom me dit quelque chose... Il n'avait pas déjà refusé une offre de notre part ?
- Si. Mais je me suis de toute évidence montrée plus convaincante.
- Évidemment... Et donc, quel est le problème ?

Léger silence. Pandore sourit froidement, puis lâcha la bombe d'un air dégagé :

- Je ne sais pas comment le contacter.
- J'espère que tu plaisantes, répondit Rhadamanthe en laissant tomber le vouvoiement.
- J'en ai l'air ?

Bordel, non, elle n'en avait pas l'air. Mais Rhadamanthe ne pouvait pas croire qu'elle ait envoyé un espion sans même réfléchir à un moyen de le contacter par la suite.

- Cette question aurait dû être réglée avant le début de la mission, Pandore.
- Ça va, ne me fais pas la leçon ! Je suis venue te voir pour obtenir des conseils. Si j'avais voulu des reproches, je serais allée dans le bureau de Minos.
- Tu veux dire qu'il n'est pas au courant de ce... léger problème ?

La panthère eut la bonne grâce de paraître gênée :

- Non, mais je me suis dit que... si nous trouvions une solution maintenant, je n'aurais pas besoin de l'embêter avec ce détail.

Le corgi cligna des yeux.

- Il n'y a pas à dire, vous êtes bien frère et sœur, la même inconséquence, le même je-m'en-foutisme, marmonna-t-il.
- Quoi ?
- Rien, rien. Tu as raison, on devrait trouver une solution. Où se trouve-t-il actuellement, ce Jabu ?
- C'est là le cœur du problème. Il s'est infiltré dans la Maison de Röseln, et j'avais espéré qu'il y resterait. Sauf... qu'il est désormais à Geheimbourg.

Un léger tremblement parcourut Rhadamanthe à l'évocation de ce nom. Des cris, du sang, de la sueur, et tout ce chaos. Ensuite, la course, dans les collines dénudées du Levant au cœur desquelles Geheimbourg était nichée, le rassemblement dans la seule fichue forêt qui avait réussi à pousser, et la constatation, terrible, atroce : Hadès n'était pas là.

- Rhadamanthe, tu m'écoutes ?
- Oui, oui, répondit-il en s'arrachant à ses souvenirs. Comment s'est-il retrouvé à Geheimbourg ?
- Ah, ça... Apparemment, il s'est lié d'amitié avec une inquisitrice de là-bas, et elle l'a ramené dans ses bagages. Mais du coup, toi qui es très, heu, proche des anges, tu n'aurais pas une idée, des contacts ?
- Pandore, ce n'est pas parce que je couche avec un inquisiteur renégat que je saurais comment transmettre un courrier à un espion infiltré dans leur maison-mère.

Ce qui était entièrement faux. C'était précisément parce qu'il était en couple avec Kanon, qu'il avait un moyen de communiquer avec une personne à l'intérieur du QG de l'Inquisition. Aaah, la puissance des liens fraternels...

- D'accord, mais tu n'as pas la moindre petite idée à me donner ?

Rhadamanthe soupira. Personne dans la Furrysistance n'était au courant des lettres qu'il envoyait inlassablement à Saori, la cheffe de l'Inquisition, dans l'espoir un peu fou d'obtenir une trève, un traité de paix, n'importe quoi. Il ne savait pas trop comment les autres réagiraient ; il avait même un peu peur lorsqu'il voyait l'attitude belliqueuse d'Eaque, Minos ou Pandore, qui avaient de toute évidence renoncé à tout compromis. Cependant, il ne pouvait pas laisser ce pauvre daemon livré à lui-même en terrain ennemi...

- Je vais t'aider, annonça-t-il finalement. Donne-moi ton message pour lui, je me débrouillerais pour qu'il lui parvienne.

Le visage de Pandore s'éclaira :

- Merci, Rhadamanthe ! Tu me sauves la vie !

"Je lui sauve la vie, surtout..." songea le corgi-garou. "Et je ne manquerais pas de lui conseiller de renoncer à sa mission au passage. Envoyer un daemon dans l'Inquisition... Pandore a perdu l'esprit, elle l'envoie à la mort ! N'a-t-elle donc aucune considération pour la vie de ce pauvre gars ?"

OoOoOoOoO

Satisfaite, Pandore sortit du bureau de Rhadamanthe avec un large sourire sur les lèvres. Pour une fois, le corgi n'était pas totalement inutile. Maintenant, elle n'avait plus qu'à rédiger son message, et le blond s'occuperait de le faire parvenir à Jabu. Problème réglé. Maintenant, elle allait pouvoir se concentrer sur le reste, à savoir la trahison de Zélos, qu'il lui fallait prouver (la droiture de Minos était admirable, mais quand même, quelle galère !), et la question d'Eaque.

L'argenté avait promis d'y réfléchir, mais Pandore ne se sentait pas tranquille. Son frère et Minos avaient été proches, à une époque, même si leurs liens s'étaient distendus depuis la mort d'Hadès. Et si le griffon avait quelques regrets de dernière minute, renonçant par sentimentalisme à se débarrasser d'un ami d'enfance ? Ce serait tellement décevant... La panthère-garou serra le poing. Cela n'arrivera pas, se martela-t-elle. Minos était sage. Il saurait prendre la bonne décision. Mais rien n'empêchait la jeune femme de l'aiguiller un peu...

Satisfaite, elle accéléra le pas et tourna brutalement dans le couloir menant à sa chambre, manquant de percuter Myu qui arrivait en sens inverse.

- Dis donc, tu pourrais faire attention ! feula-t-elle avec agressivité.
- Pardon... Mais notre rencontre tombe bien, sourit lae papillon, je vous cherchais justement.

Pandore haussa un sourcil. Oui, comme ael sortait précisément du couloir qui ne menait qu'à sa chambre, elle s'en était doutée.

- Qu'est-ce que tu veux, Myu ?
- Il paraît que vous vous intéressez à Zélos ?
- Et alors ?
- C'est mon ami.

La panthère laissa échapper un ricanement :

- Génial. C'est censé m'intéresser ?

Le visage de Myu se ferma. Pandore grimaça. Bon, sur ce coup-là, elle était peut-être (certainement) allée trop loin.

- Désolée, je ne voulais pas...

Elle se passa une main dans les cheveux, embarrassée.

- Je suis un peu fatiguée, je crois.
- Je le crois aussi. Moi, en revanche, je m'inquiète pour Zélos.
- Inutile de t'inquiéter, Myu, mentit-elle avec aplomb.

Ael la fixa quelques instants, et elle eut la désagréable impression qu'ael lisait en elle comme dans un livre ouvert.

- Très bien, finit par déclarer lae papillon. Mais n'oubliez pas, s'il vous plaît. Zélos est mon ami.

Sans lui accorder un seul regard supplémentaire, ael s'éloigna à grands pas. Pandore le regarda s'éloigner, sentant poindre une migraine. Myu n'avait pas pris la peine de venir la voir pour lui débiter des niaiseries sur l'amitié. Il s'agissait de menaces, de menaces à peine voilées. Minos l'avait probablement informae des soupçons qu'elle nourrissait à l'égard de Zélos. Merde. Elle avait intérêt à avoir un dossier en béton, maintenant.

"Jabu, tu as intérêt à avoir trouvé quelque chose", pria-t-elle en entrant dans sa chambre.

OoOoOoOoO

Geheimbourg, Palais inquisitorial...

- Jabu, viens par là !

Le daemon se retourna, terminant d'essuyer la sueur sur son visage, un peu contrarié que l'on interrompe une de ses rares pauses. L'Inquisition avait une conception spartiate de l'entraînement, et même s'il était dispensé d'une partie de celui-ci à cause de son absence d'ailes, son emploi du temps restait très chargé.

- Qu'est-ce qu'il y a, Mar...ine ?

En voyant la personne qui se tenait aux côtés de la rousse, il se sentit bêtement rougir. C'était lui, le beau gosse brun qui lui avait ramené son cheval l'avant-veille.

- J'ai quelqu'un à te présenter, annonça Marine sans paraître remarquer le trouble du licorne. Jabu, voici Seiya, mon ancien disciple. Et Seiya, voici Jabu, ton remplaçant. J'avoue d'ailleurs que je n'ai pas perdu au change, il est beaucoup moins insupportable que toi !
- Bon courage, mec, lâcha le dénommé Seiya en lui tendant la main, ne se souvenant apparemment pas de l'avoir croisé aux écuries. Marine est géniale, mais l'avoir sur le dos... Franchement, je suis pas mécontent d'avoir fini ma formation !
- Ah heu, je... balbutia Jabu en serrant la main du brun. Je ne trouve pas qu'elle... enfin... erm...

Les deux anges éclatèrent de rire.

- Arrête de l'embêter comme ça, Seiya ! lança finalement la rousse. Pour l'instant, il ne te déteste pas encore trop, ce qui veut dire que vous allez pouvoir vous entraîner ensemble. Et ça, je crois que Jabu en aurait besoin, s'entraîner seul ça ne suffit plus à un moment.
- Pas de souci, sourit Seiya. Tu étais en pause ?
- Heu, oui, mais vous êtes sûr que...
- Ah non, pas de vouvoiement ! l'interrompit le brun. J'ai l'impression d'avoir quarante ans là... T'es peut-être encore un novice, mais on a le même âge je crois... dix-huit ans ?

Jabu hocha la tête, un peu intimidé malgré tout.

- Tu vois ? Donc on va se tutoyer, on va faire simple.
- D'accord. Du coup, est-ce que tu es sûr de bien vouloir t'entraîner avec moi ? 'fin, je serais ravi, mais ça risque de ne pas être très intéressant pour toi, parce que, heu, enfin, tu vois bien que...
- Que ?
- Que je n'ai pas de... d'ailes, acheva Jabu, rouge comme une tomate.
- Hein ? Mais on s'en fout ! En tout cas, moi je m'en fous. Tu vas voir, on va s'adapter et tout va bien se passer. C'est surfait les ailes de toute façon, ce qui compte c'est la détermination !

Jabu ne put s'empêcher de rire. Seiya avait vraiment l'air d'être quelqu'un de bien, même s'il était un ange. D'ailleurs, c'était bien la première fois qu'il voyait un ange se soucier aussi peu de ses ailes. Le daemon se sentit soudainement plus léger. Seiya était gentil, séduisant... soudainement l'entraînement ne lui semblait plus une perspective aussi horrible.

- Bon et bien, les garçons, vu que vous avez l'air de vous adorer, à vous regarder droit dans les yeux en émettant des petits cœurs roses, je vais vous laisser. Aiolia m'attends, on a prévu d'aller se balader un petit coup dans Geheimbourg, il fait super beau aujourd'hui !

Seiya grogna :

- C'est ça, rappelle-nous que le soleil brille et qu'au lieu d'aller manger une glace vanille-fraise on est bloqués ici à s'entraîner. Enfin, au moins je suis en bonne compagnie, moi !
- Seiya...
- Quoi ? J'ai rien dit, je ne l'ai même pas traité de chien !
- Aiolia appartient à la famille des félidés...
- Si tu veux, si tu veux, bla bla bla... C'est un daemon, point.
- Je n'ai pas envie d'avoir cette discussion une fois de plus, Seiya, dit Marine d'un ton ferme.

Le brun soupira.

- D'accord. De toute façon, tu fais bien ce que tu veux et j'ai rien à te dire.
- Exactement.
- Et l'important, c'est que tu sois heureuse, continua Seiya sans enthousiasme.
- Voilà.
- Mais s'il fait quoi que ce soit de déplacé...
- Je t'appelle. Je sais. Et je te rappelle quand même que je t'ai élevé, donc n'essaie pas de jouer les chevaliers blancs maintenant, mon poussin.
- Eh ! Je n'ai plus quatre ans ! s'indigna Seiya.

Ricanant, Marine lui envoya un baiser puis s'éloigna, les laissant seuls. Jabu ne fit guère attention à son départ. Il se sentait glacé. Seiya était gentil, séduisant... et détestait visiblement les daemons. Bordel, comme s'il avait eu besoin d'une piqûre de rappel pour ne pas oublier la guerre qui opposait leurs deux espèces... Bon, s'il était honnête, il devait reconnaître qu'il en avait besoin, à fondre comme un imbécile pour le premier beau gosse venu, alors qu'il était en train de remplir une mission d'espionnage en territoire ennemi.

- Tu viens, Jabu ?

Le licorne-garou sursauta, puis se composa un visage souriant. Inutile d'attirer les soupçons.

- J'arrive, lança-t-il à Seiya. Désolé, j'étais plongé dans mes pensées.
- T'inquiète. Moi, ça ne m'arrive pas trop, mais c'était la spécialité de ma sœur.

Le brun se rembrunit un instant, comme si un nuage venait de voiler le soleil.

- Enfin, tout ça pour dire que je comprends, pas d'inquiétude.

Petit silence. Jabu ne savait pas quoi dire. Il n'avait pas vraiment envie de rappeler à Seiya leur rencontre dans les écuries, avec Marelle et Pervigot, ni de lui poser des questions sur sa vie. Quelques minutes plus tôt, il se serait montré curieux, avide d'en savoir plus sur ce jeune homme qui l'avait charmé au premier coup d'œil, mais maintenant... "Je ne l'ai même pas traité de chien !" Comment Aiolia pouvait-il supporter de vivre au milieu de gens pareils ?

- Désolé, au fait.
- Hein ?
- Pour tout à l'heure. Mon... ma prise de bec avec Marine.
- ... C'est rien.
- Non, sérieux. Je sais que je devrais pas être comme ça en public, mais c'est juste...

Seiya s'interrompit, cherchant ses mots. Finalement, il abandonna :

- Tu vois ce que je veux dire ?

Jabu hésita. Bien sûr, il voyait où Seiya voulait en venir, et la prudence aurait réclamé qu'il acquiesce, pour sortir au plus vite de cette conversation qui s'annonçait aussi dangereuse que des sables mouvants. Mais parce que c'était Seiya, il ne pouvait pas juste laisser passer.

- Non, je ne vois pas, pas vraiment, rétorqua-t-il donc sur un ton qui pouvait donner à penser que si, il voyait parfaitement. Désolé, ajouta-t-il sans trop savoir pourquoi.
- T'es un gentil, toi, lâcha le brun après un léger silence. Peut-être un peu trop pour ton propre bien. Les daemons, ce sont juste des bêtes, on peut pas avoir de relations avec ces bestioles. Tu comprends ?

Le licorne-garou soupira. Seiya avait vraiment l'air de les haïr profondément. Il ne servait à rien de discuter plus avant.

- Oui, je comprends ce que tu veux dire, répondit-il. On retourne s'entraîner, alors ?

Si l'ange devina son malaise, il n'en laissa rien paraître. Son visage s'illumina d'un sourire et il acquiesça avec enthousiasme :

- Viens, je connais un coin tranquille et discret ! On y sera plus à l'aise, tu verras.
- Du moment qu'il n'y a personne... Les regards rivés sur moi, dans l'arène, sont assez inconfortables.
- Faut les ignorer, mais c'est sûr que c'est difficile, fit Seiya en hochant la tête, compréhensif. Tu es probablement le premier ange sans ailes à mettre les pieds ici en tant que novice, donc tout le monde est curieux, c'est normal.
- Normal, je sais pas, rétorqua Jabu en haussant les épaules. Mais je n'aime pas attirer l'attention. J'ai passé un peu trop de temps à voyager seul, je crois, ça m'a rendu un peu parano.

Seiya se tourna vers lui, une lueur de curiosité soudainement allumée dans ses prunelles. Une fois de plus, le licorne ne put s'empêcher de remarquer les paillettes dorées qui nageaient dans son regard chocolat. Il se morigéna aussitôt.

"Je viens de le rencontrer et en plus, il me déteste", se répéta-t-il fermement. "Clairement, ce mec n'est pas pour moi. Alors on oublie les paillettes, le chocolat ou tout autre comparaison niaise."

- Tu voyageais seul ? lui demanda le brun, le sortant de ses pensées.
- Oui... J'ai croisé Marine par hasard, alors qu'elle était attaquée par des daemons.
- Elle m'a raconté. Merci, d'ailleurs. Je n'aurais pas voulu perdre ma prof comme ça. Enfin bref, c'est comment ?
- Comment, de quoi ?
- De voyager seul, pardi ! Je suis arrivé à l'Inquisition quand j'étais tout petit, après la mort de ma sœur. Je n'ai jamais quitté le Palais inquisitorial pour autre chose que des missions.
- Oh.

Jabu réfléchit et décida de répondre à peu près sincèrement :

- Et bien, c'est surtout crevant. On doit faire attention à tout. Et on est toujours tout seul, ça peut être épuisant à la longue. Mais le pire, je crois que c'est l'impression de stagner. On n'a pas d'attache, pas de maison qu'on pourrait construire, de commerce qu'on pourrait développer. On est toujours un peu précaire. C'est aussi pour ça que j'ai rejoint l'Inquisition, mentit-il finalement.

Si Seiya rapportait ses paroles à Marine, cela lui étofferait ses motivations pour rejoindre l'Inquisition, ce qui ne ferait que rendre son personnage d'ange plus crédible. Avec un pincement au cœur, Jabu réalisa soudainement qu'il s'était remarquablement bien adapté à sa mission, calculant désormais sans problème chacune de ses actions. C'était moche à voir, de l'intérieur, mais bon. Il faut bien survivre.

- Je vois, lui répondit Seiya, qui l'avait écouté avec attention, visiblement très intéressé par son récit. Mais quelque chose m'étonne.

Jabu lui jeta un coup d'œil affolé. Merde, qu'avait-il dit ? qu'avait-il fait ? s'était-il trahi ? Il se repassa à toute vitesse ses paroles, sans rien trouver de particulièrement alarmant. Rien dans son discours n'aurait dû mettre la puce à l'oreille du brun, et pourtant...

- Tu n'as pas parlé du danger, continua l'ange avec un regard interrogateur.
- Du... danger ? répéta le licorne-garou, un peu hébété.
- Bah oui. Pourtant, j'aurais cru que tu en parlerais directement, non ?

Le daemon secoua lentement la tête :

- Pourquoi ?

Seiya le fixa quelques instants, puis baissa les yeux, brusquement gêné :

- Ben... Tes ailes, je pensais que tu les avais perdues pendant un de tes voyages.
- Oh. Pas vraiment. J'ai été enlevé, je crois. Mes souvenirs sont flous. Mais j'étais tout gamin, j'avais peut-être dix ans.
- C'étaient... des daemons ?

La voix de Seiya s'était durcie.

- Oui.

D'une certaine manière, ce n'était pas un mensonge. Jabu s'était fait ces plaies tout seul, et il était bel et bien un daemon.

- Ces monstres ont arraché les ailes d'un gosse, gronda le brun. Vraiment des horreurs, il faudrait les exterminer.
- C'est... radical.
- Oh, tu ne vas pas me dire que tu les regretterais ! ricana Seiya.

Il y eut un silence. Le brun fronça les sourcils :

- Mais du coup, je ne comprends pas comment tu fais.
- Comment je fais pour quoi, Seiya ?
- ... Tu as entendu parler d'Aiolia ?
- Oui, il est très sympa.

L'ange le fixa quelques secondes, puis demanda :

- Tu sais ce qu'il est, n'est-ce pas ?
- Oui, on m'a dit. Un lion-garou.
- Et... ça ne te dérange pas ?

Jabu soupira. Il ne savait pas trop quoi répondre. Il ne se sentait vraiment pas d'affirmer une haine des daemons devant Seiya. De plus, il s'était déjà montré relativement... tolérant, lorsqu'on lui avait présenté Aiolia. Autant rester cohérent.

- Non, pas vraiment. Il ne m'a rien fait personnellement, et il est avec l'Inquisition, maintenant.
- Mouais. Ça, c'est lui qui le dit.
- Il aime Marine, il ne la trahira pas.

Seiya lui lança un regard froid :

- Ah, parce que tu penses que les daemons sont capables d'amour ?

OoOoOoOoO

Röseln, QG de la Furrysistance...

Pandore s'étira avec satisfaction et sourit. La journée avait été bonne et surtout, fructueuse. Déjà, elle avait remis à Rhadamanthe une lettre pour Jabu, et le corgi l'avait assurée qu'elle lui parviendrait d'ici trois ou quatre jours. Ensuite, son enquête sur Zélos progressait dans la bonne direction. Elle avait recueilli plusieurs témoignages très intéressants sur les excentricités du grenouille-garou, ses missions secrètes, ses mystères, sa tendance à rôder partout où il n'avait rien à faire... De plus, Rune lui avait également fourni quelques précieuses indications. Que le bras droit de Minos partage ses soupçons était une excellente chose, cela lui donnerait beaucoup de crédit auprès du griffon. Bref, Zélos était quasiment fini ; même Myu n'avait pas osé venir la menacer de nouveau. Et une fois qu'elle aurait le rapport de Jabu, elle présenterait son dossier à Minos, qui admettrait enfin qu'elle avait raison, et ferait exécuter ce crapaud visqueux.

"Vraiment Rhadamanthe, merci", songea-t-elle. "Moi qui te prenais pour une espèce d'idéaliste mou du bulbe et intéressé uniquement par l'humanitaire... Quel plaisir d'être détrompée et de découvrir que tu es aussi passé maître dans l'art de l'espionnage... Je me demande d'ailleurs comment tu comptes t'y prendre pour faire transiter mes messages et ceux de Jabu..."

Soudainement, un frisson la parcourut, comme si ses instincts bestiaux, habituellement endormis sous une couche de vernis mondain, se réveillaient pour la prévenir qu'il y avait quelque chose de suspect.

"Je ne suis pas experte dans le domaine, mais Rhadamanthe était tout de même bien sûr de lui... Comme s'il n'avait aucun doute sur sa capacité à échanger des lettres avec une personne infiltrée dans la maison-mère de l'Inquisition..."

Le cœur de la jeune daemon s'accéléra. Elle se leva de son bureau et alla chercher la cloche qui attendait sur sa table de nuit, à l'autre bout de la pièce. Après quelques sonneries, on toqua enfin à la porte.

- Entrez ! s'exclama Pandore d'un ton impérieux.
- Vous avez sonné, Madame ?
- Oui, répondit-elle à la servante tout en réfléchissant à toute vitesse.

Qui pouvait-elle appeler ? Déjà, elle pouvait écarter les garous sous les ordres de Rhadamanthe, et puis tant qu'à faire, elle préférait que ni son frère, ni Minos ne soient au courant de l'entrevue qu'elle s'apprêtait à avoir. Un instant, elle pensa appeler Myu, mais renonça car elle ne pourrait de toute façon pas lui faire confiance. Alors qui ? Un nom apparut dans son esprit. Elle hésita. C'était risqué de faire appel à lui, mais elle ne voyait pas d'autre personne à qui s'adresser.

- Trouvez-moi Pharaoh et demandez-lui de me rejoindre immédiatement ici, lâcha-t-elle finalement.
- Bien, Madame.

OoOoOoOoO

- Elle a fait appeler Pharaoh ? Vous en êtes certaine ?
- Oui.

Rune fronça les sourcils. Pharaoh... Que voulait donc Pandore ? Était-ce dans le cadre de son enquête sur Zélos ? Mais dans ce cas, pourquoi faire appel à un ami du batracien ? Ou y avait-il autre chose ? Que pouvait bien vouloir Pandore ? Bon sang, cette panthère pouvait être si agaçante parfois ! Au fond, elle était bien comme son frère, imprévisible et cachottière... Finalement, ce ne serait pas une si mauvaise idée de les éliminer les deux. Il faudrait qu'il en parle à Minos. Le griffon refuserait certainement d'éliminer Pandore, qu'il considérait comme une espèce de petite sœur, mais il devrait se laisser convaincre pour son frère. Et ensuite, lui, Rune, s'occuperait plus discrètement de la sale gamine.

- Monsieur ?

Ah, oui. La servante qu'il avait placée auprès de Pandore.

- Dois-je aller chercher Pharaoh ?

Hum, bonne question. Bah, il n'y avait probablement pas lieu de s'en faire. Pandore ne ferait jamais rien qui les menace, lui ou Minos. Et quoi qu'elle ait à demander à Pharaoh, le chacal-garou n'avait rien à lui dire de... problématique. Rune sourit froidement, et la jeune garou frissonna, regrettant soudainement d'avoir accepté la prime offerte par le bras droit du griffon. Certes, il était poli, allant jusqu'à vouvoyer le personnel, mais ses yeux... ses yeux ne dissimulaient jamais tout le mépris qu'il éprouvait pour les gens qu'il cotôyait.

- Oui, faites donc cela. Allez chercher Pharaoh, ramenez-le à Pandore. Et ensuite, vous pourrez aller vous reposer, inutile de me rapporter leur conversation.

OoOoOoOoO

- Merci d'être venu si vite, Pharaoh.
- Pas de problème.

Le silence retomba dans la pièce. Pandore prit une gorgée de thé pour se donner une contenance. Il était évident que Pharaoh ne l'appréciait pas. Cela n'était pas surprenant. Déjà, elle enquêtait sur Zélos, et si le chacal-garou n'en était pas particulièrement proche, les deux se connaissaient depuis très longtemps et avaient développé une sorte de solidarité. Et comme si cela ne suffisait pas, elle s'était mis à dos Myu, lae partenaire de Pharaoh ; ça, ça ne pardonnait pas.

- Je suis désolée de t'avoir dérangé si tard le soir, mais j'avais une question très importante à te poser.

Pharaoh hocha la tête. Pandore hésita, puis décida de poursuivre :

- Je n'y connais pas grand chose en matière d'espionnage, mais il me semble que tu as rempli pour mon père pas mal de missions de renseignement, je me trompe ?
- Non, c'est exact.
- Parfait. Si tu devais transmettre un message, disons à la maison-mère de l'Inquisition, quelle méthode emploierais-tu et quelles seraient ses chances de succès ?

Le chacal cligna des yeux. Il ne s'attendait pas vraiment à ça ; à vrai dire, il était venu en imaginant être interrogé sur Zélos. Et voilà que Pandore s'intéressait à... de l'espionnage ?

- Pharaoh ?
- Hein ? Désolé. Je...

Merde, quelle était la question, déjà ? Ah oui, faire parvenir un message au Palais inquisitorial de Geheimbourg.

- Et bien... Ce serait complexe. Là, comme ça, tout de suite, j'ai peine à imaginer une méthode efficace. Mais je suppose que ce serait possible, éventuellement.
- Et avec quelles chances de succès ?
- Avec des chances de succès faibles, répondit-il fermement. Si on pourrait imaginer un moyen de transmettre des messages, il me semble en revanche complètement inenvisageable de mettre en place un système de communication régulier. C'est déjà très compliqué d'échanger avec des gens en poste dans des endroits bien moins gardés, alors la maison-mère de l'Inquisition...

Le chacal secoua la tête :

- Non, faut même pas y penser.

Il se tut un instant, sembla hésiter. D'un regard interrogateur, Pandore l'encouragea à poursuivre.

- Je crois, commença-t-il prudemment, que je comprends où tu veux en venir. Et je vais être honnête avec toi : non, il n'est pas possible de placer un espion ou une espionne au sein du Palais inquisitorial. On enverrait cette personne à la mort, et on n'en tirerait très probablement aucune information.
- D'accord, je comprends, répondit la panthère d'un air contrit, comme une enfant prise en faute.

Pharaoh la salua et se leva :

- À présent, si tu n'as plus besoin de moi...
- Oui, c'est bon. Merci de t'être déplacé.
- Mais de rien. Bonne soirée.

Pandore hocha la tête avec un sourire vide et le regarda quitter la pièce. Elle soupira. Elle avait bien fait de faire appel à Jabu, un garou qui ne faisait pas partie de la Furrysistance et n'y avait aucun contact. Elle n'osait imaginer le scandale sinon, envoyer à la mort un précieux daemon, gâcher les ressources humaines, et bla bla bla. Cependant, plus important, Pharaoh venait de lui expliquer qu'il était presque impossible d'envoyer ne serait-ce qu'un seul message à une personne ayant infiltré la maison-mère. Alors comment Rhadamanthe pouvait-il non seulement l'assurer de la transmission du message, mais en plus lui promettre une réponse de la part de Jabu ?

Elle serra le poing. Elle avait peut-être fait une erreur. Et s'il n'y avait pas seulement un traître dans la Furrysistance, mais deux ? Dont un qui la prenait pour une petite gourde trop bête pour réaliser sa trahison alors même qu'il laissait tomber son masque devant elle, lui assurant de pouvoir communiquer avec l'Inquisition aussi facilement qu'avec le village daemon caché dans un bois près de Röseln. Et le pire, c'était qu'il n'avait pas eu tort. Elle lui avait même stupidement remis une jolie lettre pour son espion et avait révélé l'identité de celui-ci. Bref, Jabu était foutu. Un sacrifice de plus pour la cause. Heureusement, son dossier sur Zélos était solide ; et l'audace de Rhadamanthe était une preuve suffisante de sa trahison. Elle sourit, ses dents devenant crocs sous l'effet de l'excitation. Des têtes ne tarderaient pas à tomber...

OoOoOoOoO

Geheimbourg, Palais inquisitorial, quelques jours plus tard...

Jabu était assis sur son lit, dans sa chambre, seul. Seiya venait de passer, lui demandant pourquoi il lui fallait tant de temps pour se changer après leur après-midi d'entraînement, et lui rappelant qu'il avait intérêt à se bouger s'il voulait avoir des frites au réfectoire. Le daemon lui avait répondu d'une voix faible qu'il ne se sentait pas bien, un mal de ventre aussi soudain qu'intense, il n'avait vraiment pas faim, mais ne te gêne pas, vraiment, va manger tes frites. Le brun avait fait une moue inquiète, mais avait finalement tourné les talons. Le laissant seul.

En soi, le licorne n'avait pas menti. Il ne sentait réellement pas bien, et il avait mal au ventre. Mais ce n'était pas un truc bizarre mangé ce midi, ou la conséquence d'un entraînement trop intense juste après le repas. C'était l'angoisse. Le stress. En rentrant dans sa chambre pour se changer, quelqu'un l'attendait, l'air suprêmement agacé. L'ange avait de longs cheveux bleu sombre et des yeux de même couleur.

- Je n'ai pas beaucoup de temps avant que le vioque se demande où je suis, avait-il sifflé. Et vraiment, ce clébard abuse ! Foutre ses stupides lettres dans le courrier du vieux schnock, passe encore, mais servir de facteur pour le pigeon recruté par la Furrysistance... J'espère que tu vas vite te casser d'ici ou crever, petit, parce que sinon ça va vite devenir compliqué pour moi. Tiens ! avait conclu l'ange avec brutalité en brandissant une lettre.

Les yeux écarquillés, Jabu l'avait prise. Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Mais avant qu'il ait eu le temps de poser la moindre question, l'ange avait filé comme une tornade. Secouant la tête, encore hébété, le licorne avait décacheté le pli. Au début il n'avait pas vraiment compris de quoi il retournait. Une demande de rapport sur la taupe qui renseignait l'Inquisition sur les mouvements de la Furrysistance... des instructions lui demandant de se concentrer sur un grenouille-garou appelé Zélos... et la signature : P. Comme Pandore, probablement.

Depuis quand la Furrysistance avait-elle les moyens de faire parvenir des lettres au cœur du Palais inquisitorial ? Enfin, peu importe. Pour Jabu, cela signifiait surtout qu'il n'avait plus aucune excuse pour ne pas remplir sa mission. Et s'il n'avait aucun scrupule à agir contre "les anges" en général, c'était beaucoup plus difficile lorsque "les anges" devenaient Marine ou même Seiya, malgré sa haine affichée des daemons.

En parlant de Seiya, d'ailleurs... Jabu se répétait quotidiennement de ne pas craquer, de ne pas jeter des regards en coin sur son visage souriant, ses mèches chocolat, ses épaules et son dos aux muscles bien dessinés, etc. Mais rien n'y faisait, il y avait quelque chose avec cet ange qui l'attirait comme un aimant. Et son amabilité n'aidait pas. Depuis qu'il avait raconté à Seiya avoir perdu ses ailes aux mains de daemons, l'ange se montrait particulièrement attentionné et empathique, ce qui séduisait Jabu tout en le mettant extrêmement mal à l'aise. Il n'aimait pas mentir, et il aimait encore moins être apprécié sur la base de mensonges.

Au moins, lorsqu'il n'avait aucune nouvelle de la Furrysistance, il avait pu se persuader que l'organisation n'avait aucun moyen de le contacter, qu'il était donc livré à lui-même, et que son mensonge se limitait à taire son besoin de se transformer en équidé une fois par mois. Il s'était même dit que, peut-être, il pourrait demeurer ainsi, se faire passer pour un ange, se transformer discrètement, de temps en temps, en secret. Il ne s'agirait pas d'aider activement l'Inquisition, comme le faisait Aiolia, et il s'efforcerait de saboter les missions auxquelles il prendrait part, mais bon, il pourrait peut-être rester auprès de Marine, Milo, Camus, et Seiya, ajouta une agaçante petite voix venue du fond de son esprit.

Il grogna. Maintenant, c'était impossible. Si la Furrysistance pouvait le contacter, elle pouvait très probablement le surveiller. Il allait devoir remplir sa mission et rendre ce fichu rapport. Comment, d'ailleurs ? Bah, cet ange aux cheveux bleus le recontacterait sûrement... De toute évidence, il n'était pas prévu qu'il ait la maîtrise des moyens de communication.

"Je suis vraiment un pigeon, quand même... J'aurais dû refuser l'offre de Pandore, en fait. D'accord, j'en aurais été malade, de savoir que la Furrysistance me piste à la trace pour garder un œil sur moi, au cas où je puisse leur être utile, et j'aurais perdu l'opportunité d'en apprendre plus sur mes parents mais... au moins, j'aurais eu des chances de, genre, survivre. Parce que là, je ne suis même pas sûr d'avoir un endroit sûr pour me transformer à la prochaine pleine lune... qui est dans une semaine."

Son mal de ventre augmenta de nouveau, par vagues. Il sentait qu'il se noyait sous une montagne de problèmes tous plus énormes, insolubles et mortels les uns que les autres.

"En plus, lorsque je reprendrai ma forme de licorne, il faudra que je mange, et pas juste des carottes avec un petit steak de bœuf aux herbes aromatiques. Quelle galère, mais quelle galère !"

OoOoOoOoO

Röseln, QG de la Furrysistance, le même jour...

- Minos ! Tu ne peux pas faire ça !

Le griffon-garou releva le nez de ses papiers, impassible.

- Rune...
- Oui, je vous laisse, répondit le secrétaire avec un sourire de façade.

La porte se referma sur lui. Minos resta silencieux, observant la personne qui venait de débarquer dans son bureau.

- Myu, dit-il finalement. Que me vaut l'honneur ?
- Ne parle pas d'honneur, siffla-t-ael. Comment peux-tu faire ça, Minos ?
- Faire quoi ? demanda le griffon d'un air dégagé en réarrangeant ses dossiers.

Myu frappa du poing sur la table :

- Zélos ! Comment as-tu pu le mettre en examen ? Déjà, comment as-tu pu prêter attention aux élucubrations de l'autre peste ?!
- Parle un peu mieux de Pandore, je te prie. Elle est quand même "sa" fille.
- Oui, et si "il" était là, crois bien qu'il ne tolérerait pas ses agissements !

Un sourire ironique étira les lèvres de l'argenté.

- Tu peux spéculer autant que tu le désires, Myu, mais en attendant c'est moi qui suis là. Et moi je dis, que ses arguments ne sont pas mauvais.

Lae papillon s'apprêta à protester, mais Minos l'arrêta net en levant une main apaisante.

- Lorsqu'elle est venue me voir pour la première fois, continua-t-il d'un ton calme, presque pédagogique, elle n'avait qu'une vague intuition, née de son dégoût pour Zélos. Tu reconnaîtras que ce daemon est difficile à apprécier... visuellement parlant.
- Ne l'insulte pas !
- Pardon, pardon, s'excusa mollement Minos, sans paraître le moins du monde contrit. Reprenons le fil de notre sujet. Hier, Pandore est revenue dans mon bureau, avec un dossier... en béton. Rune lui-même a reconnu la justesse de ses arguments, et a soutenu sa démarche.
- Ah ! Rune, bien sûr...

Minos haussa un sourcil :

- Quelque chose à redire sur mon secrétaire, Myu ?
- Peut-être que tu le baises un peu trop pour avoir du recul sur la façon dont il manipule son monde, toi compris ?

Le visage du griffon se tordit en un masque de rage, au point que Myu craignit un instant d'avoir été trop loin. Puis, par un effort de volonté, Minos parvint à se contenir. S'il massacrait Myu, cela sonnerait la fin des pauvres restes de la Furrysistance. Pharaoh se barrerait aussitôt, suivi probablement par d'autres membres qui soutenaient inconditionnellement Myu et Pharaoh, car ces deux-là représentaient la tradition, la fondation de la Furrysistance. Depuis Geheimbourg, beaucoup se raccrochaient à ces égéries du passé, les deux élèves d'Hadès encore en vie, qui avaient posé les premières pierres de l'organisation.

- Je vais considérer que ton amitié pour Zélos a fait que tes paroles ont dépassé ta pensée, déclara le griffon d'une voix glaciale. Mais à l'avenir, n'oublie plus qui dirige la Furrysistance. C'est clair ?

Lae papillon garda le silence, le cœur battant à toute allure.

- Myu ?
- O... oui.
- Bien. Cette conversation est terminée. L'enquête suivra son cours, mais je peux d'ors et déjà te dire que la situation de Zélos n'est pas brillante. Je serais toi, je me tiendrais loin de lui. Tu ne voudrais pas passer pour saon complice, non ?

Sans répondre, les lèvres tremblantes, lae papillon se détourna et sortit du bureau. Au moment où ael allait passer la porte, Minos ajouta, sur un ton dégagé :

- Ah, et si tu pensais faire appel à Rhadamanthe, oublie ça. Cela n'a pas été annoncé, mais je te le dis, par amitié : lui aussi fait l'objet d'une enquête pour espionnage. Et son acharnement à défendre Zélos ne le rend que plus suspect...

Myu se figea. Rhadamanthe, soupçonné d'être une taupe au service de l'Inquisition ? Ael s'effondra sur le sol du couloir, sous le regard faussement compatissant de Rune, qui rentra bien vite dans le bureau du griffon. Lae papillon sentit une larme couler lentement sur sa joue. Minos était convaincu de la culpabilité de Zélos, Eaque avait toujours méprisé le grenouille-garou, et voilà que Rhadamanthe, seul chef de la Furrysistance qui avait un peu de considération pour le batracien, faisait lui aussi l'objet d'une enquête. Et vu le ton de Minos, le corgi avait lui aussi peu de chances de s'en sortir.

Les choses étaient en train de changer dans la Furrysistance. Le problème, ce n'était plus vraiment la taupe et les informations sensibles qu'elle transmettait à l'Inquisition. Cette enquête pour espionnage n'était plus qu'un prétexte. Le pouvoir était en train de changer de mains. Et Zélos, qui n'avait jamais eu d'ambition plus haute que de vivre tranquillement et de faire sa part de boulot pour leur peuple, était pris dans cet engrenage mortel.