Bonjour bonsoir !
Voici donc le 5e chapitre de la Geste :D avec encore plus de drama (toujours plus de drama), pour votre plus grand plaisir (j'espère) (mwahaha)
Le sixième chapitre a été intégralement écrit et sera donc publié dans deux semaines, le 31 janvier :D au passage, je publierai la semaine prochaine le dernier chapitre de "Complots, mignardises et brillants brocarts", ma fic historique au nom beaucoup trop long qui est un genre de suite à TLC et qui me tient beaucoup à coeur... si vous avez le temps d'y passer, surtout n'hésitez pas !
Enfin, j'aimerais remercier Sea-Rune qui a fait la bêta de ce chapitre (enfin, je lae soupçonne d'avoir surtout voulu lire le chapitre en avance... hmm... bah, je me fais sûrement des idées) !
Bref, bonne lecture !
Réponse à la review anon (promis je répondrais aux autres reviews et à mes MP dès que possible) :
ShaSei : fufufu c'est vrai que Rhada en corgi-garou a un potentiel comique assez impressionnant ptdr (et à mon humble avis c'est le meilleur moyen de faire référence à son pays natal '^')
Je ne m'inquiéterais pas tant que ça pour Zélos... Les grenouilles ont de la ressource :D
En revanche, je confirme, Jabu est dans la merde !
Merci pour ta review :D
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 5
Geheimbourg, Palais inquisitorial...
Le soleil couchant illuminait l'horizon, le colorant de multiples couleurs - rose, orange, violet, rouge. Assise à son bureau, Saori savourait le plaisir simple de ne rien faire. Elle avait fini ses réunions, ses inspections, ses visites pour la journée, obtenant enfin une minute de pause. Elle ferma les yeux et étira ses ailes, les agitant doucement dans l'air. Vraiment, c'était magique. Et il lui semblait que cela faisait des siècles qu'elle n'avait pas été si... On toque à la porte. Soupir.
- Entrez ! lança-t-elle tout de même en repliant ses ailes, se composant un visage aimable et lissant rapidement sa chevelure mauve.
- Votre Altesse, la salua Shion en entrant.
Son premier secrétaire s'inclina et referma la porte derrière lui.
- Je suis désolé de vous déranger à l'improviste, Altesse, mais la situation...
Saori agita la main, agacée :
- La situation l'exigeait, oui, oui, je m'en doute. Viens-en au fait, Shion, veux-tu ?
- J'ai reçu des nouvelles de notre espion.
Le visage de l'ange aux cheveux violets se ferma. Elle n'aimait pas entendre parler de cette affaire. L'idée d'infiltrer la Furrysistance sur le long terme venait de Shion, et elle avait eu du mal à s'y résoudre, poussée par l'envie d'en finir au plus vite avec l'épine daemon plantée dans son pied. Cependant, sa conscience la torturait. Si leur espion était découvert...
- Comment va-t-il ? demanda-t-elle sèchement. Il ne s'est pas fait prendre, au moins ?
- Non, non, protesta Shion en souriant d'un air paternel - ouh, cette expression lui donnait des envies de meurtre. Au contraire, même, ajouta le secrétaire.
- Ah ?
- Notre taupe est insoupçonnable... d'autant que plus la Furrysistance s'apprête à condamner deux de ses membres pour espionnage.
Les yeux de Saori s'écarquillèrent, et elle ne put retenir un ricanement :
- Tu plaisantes ?
- Pas du tout.
- Par Icare... Ces daemons, vraiment...
- Les chiens finissent toujours par se mordre entre eux, Altesse.
- Les daemons ne sont pas des chiens.
Shion balaya la protestation d'un revers de manche dédaigneux :
- Votre bonté et votre indulgence vous honorent, Altesse.
- Ce n'est ni de la bonté, ni de l'indulgence. Simplement, je ne vois pas l'intérêt de les insulter à chaque mot. Et c'est à force de les prendre pour des bêtes sans cervelle que nous avons permis à la Furrysistance de se développer... et de nous atteindre personnellement.
Le premier secrétaire se raidit, son visage se tordant en une grimace douloureuse. Une atteinte personnelle... Il n'y avait pas à dire, Saori savait employer les mots. Shion déglutit. Lentement. Il ne devait pas s'énerver contre la cheffe suprême de l'Inquisition, c'était inutile et dangereux.
- Tu devrais faire ton deuil, Shion, dit platement l'ange aux cheveux mauves. Cela fait cinq ans, tout de même.
- Quel deuil ? rétorqua le premier secrétaire.
Une lueur de pitié apparut dans les prunelles de Saori.
- Mon ami, murmura-t-elle. Il faut avancer. Tu ne peux pas juste le maudire indéfiniment et...
- Je peux, la coupa Shion.
Saori eut l'air surprise. On ne l'avait pas interrompue depuis longtemps. Comprenant qu'elle ne ferait rien de bon en s'acharnant, elle soupira et laissa tomber.
- Parlons d'autre chose. Notre espion, par exemple. Il n'est toujours pas soupçonné, la Furrysistance s'imagine l'avoir découvert et va se débarrasser de deux personnes innocentes... D'autres nouvelles ?
- Oui. Il affirme avoir trouvé la solution à notre... "problème".
- Notre problème ?
- Oui.
Le sourire de Shion s'élargit :
- Je veux parler du problème "Hadès".
OoOoOoOoO
La nuit était tombée sur Geheimbourg et la lune souveraine déversait sa lumière sur les collines du Levant. L'astre nocturne était presque plein. Allongé sur son lit, Marine respirant doucement à ses côtés, Aiolia ne parvenait pas à dormir. Son sang roulait dans ses veines, hurlant et rugissant. Demain, il faudrait qu'il se transforme. Il gigota dans le lit, brusquement gêné par la sensation des couvertures sur sa peau nue.
- Hmmm... Chaton ? Tu ne dors pas ?
- ... Non, mais tout va bien. Toi, tu devrais dormir, répondit-il à une Marine ensommeillée en l'embrassant sur le front. Tu vas être crevée demain.
- Et toi ?
- À cette période du mois, je ne suis jamais fatigué, tu me connais.
L'ange rit doucement, et Aiolia sentit ses battements de cœur s'accélérer. C'était pour elle. Pour elle qu'il avait tout renié. Il ne regrettait rien.
- C'est pour quand ? demanda-t-elle sérieusement, à présent complètement éveillée.
- Demain soir.
Il sourit.
- Faudrait vraiment que tu dormes maintenant. Moi je n'ai pas sommeil.
Il se leva du lit, brusquement inspiré.
- Où tu vas ?
- Je ne veux pas te déranger plus longtemps. Je vais aller faire un tour ! Je sens que j'ai besoin de me dégourdir les jambes.
- Tu ne me déranges pas, tu sais, sourit Marine. Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, non. L'idée c'est que tu puisses dormir tranquille pendant que je vais me défouler dehors.
- D'accord. Évite juste de sortir hors de l'enceinte.
- Je sais, je sais. Les gardes me tireraient dessus à vue.
Silence.
- Ça fait trois ans maintenant, leurs ordres auraient pu évoluer, quand même, râla le lion-garou.
- Je suis désolée, Aiolia, je suis vraiment désolée.
Son compagnon lui lança un regard étrange.
- Pourquoi ? Ce n'est pas de ta faute.
- Je...
Elle soupira. Parfois, elle se disait qu'elle devrait s'enfuir. Quitter l'Inquisition, et s'installer dans un coin tranquille et isolé avec Aiolia. Ce serait plus simple. Et pourtant elle restait, parce qu'elle y croyait. En restant dans l'Inquisition, elle pouvait faire quelque chose pour la paix entre leurs deux espèces. Voilà au moins une chose pour laquelle elle devait remercier la Furrysistance : beaucoup de ses collègues avaient réalisé grâce à ce groupuscule que la violence ne résolvait rien, et qu'il valait mieux essayer de s'entendre avec les daemons pour éviter la formation de nouvelles Furrysistances une fois qu'on se serait débarrassé de l'actuelle. Si elle désertait et partait se cacher au fond d'une forêt, elle ne pourrait plus rien faire.
- J'y vais, dit Aiolia, la sortant de ses pensées.
- Oh ? Ah, oui, désolée.
Il sourit.
- Tu vois, tu dors à moitié.
- Pfff. Embrasse-moi et va te promener.
- Bien, cheffe ! rétorqua-t-il.
Le couple échangea un baiser, puis Aiolia sortit. Le couloir était désert et plongé dans l'obscurité, mais comme il était doté d'une bonne vision nocturne, cela ne le gênait pas. Il faisait frais. Le daemon ne savait pas trop où il voulait aller. Peut-être dans la cour, histoire de respirer l'air, tourner un peu en rond ? Oui, bonne idée, de la course à pied. Et demain soir, il courrait à quatre pattes. Il inspira puis expira longuement. Il avait hâte d'être à demain.
En pénétrant dans la cour, il se rendit aussitôt compte qu'il n'était pas seul. Une autre âme insomniaque s'exerçait dans un coin discret, répétant mécaniquement des mouvements. Aiolia s'approcha doucement, se sachant parfaitement silencieux. Pourtant, la personne le repéra rapidement et s'interrompit, se tournant vers lui. Deux yeux phosphorescents se mirent à luire.
Un daemon.
Le lion-garou s'approcha doucement. Que faisait un daemon dans la cour du Palais inquisitorial ?
- Toi non plus, tu n'arrives pas à dormir ?
Jabu. Aiolia émit un sifflement de soulagement.
- Bon sang, gamin, tes yeux !
- Quoi ?
- Bordel, ils brillent !
- Je sais. Ma vision nocturne n'est pas des plus discrètes. Heureusement, je peux la dissimuler, j'ai une deuxième paire de paupières pour ça. Les anges ne s'aperçoivent pas qu'elle est là, j'ai déjà vérifié.
- Oui, et bien pourquoi elle n'était pas en place ?
- Parce que je t'ai reconnu, et que tu étais seul.
Le lion-garou grogna.
- Il n'empêche que c'est très imprudent, Jabu.
- Désolé, répondit simplement le licorne.
Les deux lueurs disparurent. Aiolia s'approcha du jeune daemon, examinant ses yeux. Effectivement, les sous-paupières étaient quasiment invisibles. Il fallait savoir qu'elles existaient pour les repérer, alors les anges et leur vision de nuit médiocre n'avaient aucune chance.
- Et de jour ?
- De jour, elles restent sous ma paupière. Il vaut mieux, elles rendent ma vision un peu floue et terne.
Le lion soupira :
- Bon, tu as l'air de connaître ton affaire.
- Dix-huit ans d'expérience, c'est pas rien !
- Ouais... Sois prudent quand même, d'accord ?
- T'inquiète. Au fait, Aiolia... Tu vas faire comment, demain ?
Le plus âgé resta silencieux. Ah merde, c'est vrai qu'il y avait Jabu...
- D'habitude, on me fait sortir. Une personne m'accompagne toujours, généralement Marine.
- Je pourrais la remplacer ?
- ... Je ne crois pas. L'Inquisition fait confiance à Marine pour me, heu, maîtriser en cas de besoin, mais je ne pense pas qu'on t'accorderait le même crédit.
- Merde.
Jabu siffla, partagé entre colère, frustration et panique.
- Je ne peux pas me transformer dans ma chambre ! lança-t-il. Je... je suis vraiment énorme, Aiolia, je dépasse les deux mètres au garrot. Je vais péter un plomb ! Et puis je vais avoir tellement faim !
- Ne panique pas... Et si tu disais la vérité à Marine ? proposa-t-il. Elle ne déteste pas les daemons, tu sais...
Le licorne grimaça :
- Tu as d'autres fausses bonnes idées comme ça ? Je suis pas juste un daemon lambda, je suis un espion de la Furrysistance. Ça, ça risque de la gêner.
- Oui mais tu n'as pas le choix ! Tu veux en parler à qui ? À Seiya ?
- Pourquoi tu parles de lui ?
- Parce que c'est un peu évident qu'il te plaît. Mais je te rappelle qu'il rêve de me transformer en descente de lit, donc je serais toi je me tiendrais loin.
Jabu grinça des dents :
- Si tu es venu me faire la morale, je t'empaillette.
Le silence retomba sur eux brutalement. Aiolia avait pâli en entendant la menace et son cadet semblait presque surpris de l'avoir proférée.
- Je... désolé, dit le licorne-garou.
Le lion secoua la tête.
- Gamin, c'est pas grave mais... démerde-toi pour demain. Je vais rentrer, je crois. Bonne chance.
Aiolia s'éloigna de quelques pas, s'arrêta, se retourna :
- Une dernière chose... Si tu décides d'aller parler à Marine, je te soutiendrai. Promis.
- Merci. Et je suis vraiment désolé. Je ne veux vraiment pas t'empailletter.
- Je sais. C'est la pleine lune qui arrive, ironisa le plus âgé avant de disparaître dans les bâtiments.
Jabu se laissa tomber en tailleur sur le sol de la cour, le souffle un peu coupé. Il était vraiment trop stressé en ce moment, cela ne lui ressemblait pas. Cependant, c'était compréhensible : entre sa mission, sa relation avec Seiya, son entraînement, sa transformation imminente... En parlant de celle-ci, il fallait qu'il trouve une solution, de préférence sans avoir à en parler avec Marine. Il avait peur de la décevoir, peur de se faire prendre aussi. La rousse n'avait rien contre les daemons, oui, mais le licorne était à peu près certain qu'elle n'en aimait pas pour autant la Furrysistance. Et son sens de l'honneur la contraindrait à le dénoncer auprès des hautes autorités de l'Inquisition.
Le jeune daemon ferma les yeux, soudainement épuisé. Il ne voyait pas d'autre issue à son problème que de se transformer dans sa chambre, en restant tout à fait silencieux et en priant pour ne pas trop foutre en l'air le mobilier. Une nuit réjouissante en perspective. Non, vraiment, s'il pouvait trouver une solution, n'importe laquelle... Un instant, le visage de l'ange aux cheveux bleu sombre qui était venu lui amener la lettre de Pandore apparut dans son esprit. Oui, pourquoi pas, ce type pourrait certainement l'aider... si Jabu parvenait à le retrouver. Il ne savait ni son nom, si sa fonction, et n'avait pas eu l'occasion de le croiser dans les bâtiments qu'il fréquentait. Et puis, le licorne doutait que le bleuté fasse preuve de bonne volonté à son égard. Au contraire, il lui rirait certainement au nez.
- Super, marmonna Jabu en se relevant et en époussetant sa tenue. Je sens que je vais a-do-rer la nuit prochaine...
OoOoOoOoO
Röseln, QG de la Furrysistance, le surlendemain...
- Zélos... s'est enfui ? répéta Myu, faisant de son mieux pour garder un air impassible.
- J'aurais pensé que tu montrerais un peu plus de surprise, grogna Minos.
Lae papillon pinça les lèvres sans répondre. Ael voyait sans peine où voulait en venir le griffon et savait qu'ael ne ressortirait pas en vie de ce bureau, à moins de la jouer très, très fine.
- Oui, Zélos s'est enfui, reprit Minos avec un soupir agacé. Il a certainement profité de la pleine lune de la nuit dernière, s'est transformé en batracien et s'est évanoui dans la nature.
Le visage de l'argenté se tordit en une grimace de mépris :
- Tout le monde était occupé à savourer la pleine lune, alors forcément, personne n'a pensé à surveiller particulièrement les cellules. Enfin, il faut admettre que ce crapaud a bien caché son jeu, avec son air résigné, comme un martyr innocent... Quel acteur !
Myu serra les poings. Minos essayait de lae pousser à bout, c'était évident. Ael devait respirer, se calmer, et surtout, surtout, ne pas réagir aux provocations du griffon.
- Nous avons organisé une battue dans les bois autour de Röseln, reprit Minos après avoir observé le visage de lae papillon pendant une longue minute, mais avec l'Inquisition sur le dos et la discrétion de la forme garou de Zélos, sans compter que ce traître a pu bénéficier de l'aide des anges... Et puis, en parlant d'aide...
Lae papillon plissa les yeux. Ael n'aimait pas du tout cette pause dans le discours de l'argenté.
- Même si Zélos a pu passer inaperçu avec sa forme batracienne, il n'empêche qu'il n'aurait pas dû pouvoir sortir seul de sa cellule, qui était quand même adaptée à notre nature.
Les pupilles dorées et froides de Minos se rivèrent sur les yeux violets de Myu.
- Il est donc fort probable qu'il ait également reçu une aide... en interne. Qu'est-ce que tu en penses ? Tu as de l'expérience, tu es dans la Furrysistance depuis sa fondation, et puis tu es très, très proche de Zélos. Si une personne a pu l'aider, tu as forcément une petite idée, non ?
- Pas la moindre, Minos, répondit Myu d'un ton aussi ferme que possible.
Il était impossible que le griffon parvienne à prouver son implication dans l'évasion de Zélos. Tout avait été minutieusement planifié, chaque étape du plan subdivisée en sous-étapes, chacune confiée à une personne différente, qui n'était pas au courant du rôle joué par les autres. En vérité, une seule personne était au courant de tout : Pharaoh. Myu aurait pu se charger de coordonner le bazar aussi, mais ael était un choix trop évident. Donc lae papillon s'était contenté, comme le prévoyaient ses fonctions au sein de la Furrysistance, de répartir les tours de garde dans la prison. Ael n'en savait pas plus. Heureusement.
- Hmmm. Tu t'es bien amusae hier soir, non ?
- Oui. Avec Pharaoh et quelques autres.
- J'ai vu, j'ai vu...
Minos soupira une fois de plus, puis lae chassa de la pièce. Pour une fois, Myu ne fut que trop empressae de lui obéir. Le griffon laissa passer quelques secondes après que la porte se soit refermée sur lae papillon, puis demanda :
- Alors ?
- Alors quoi, mon cher Minos ? répondit la voix de son secrétaire.
- Est-ce qu'ael nous a menti ?
Rune resta silencieux une poignée d'instants, suffisamment longtemps pour qu'une moue agacée se peigne sur le visage du griffon.
- Et bien ?
- Laisse-moi réfléchir, ordonna Rune d'un ton impérieux.
Le silence retomba, interrompu seulement par le bruit des doigts de Minos, qui tapotaient son bureau à toute vitesse.
- Je ne crois pas qu'ael ait vraiment menti, finit par affirmer Rune, mais...
- Mais ?
- Ael ne nous a pas tout dit. Ael en sait beaucoup, beaucoup plus que ce qu'ael prétend. Cependant, à moins de l'interroger de façon plus musclée, donc plus officielle, on n'en tirera rien de plus. Et le souci, c'est qu'entre l'ordre d'exécution de Zélos, qui n'est que suspendu par son évasion, et celle de Rhadamanthe qui est prévue pour demain...
- ... ça commence à faire beaucoup, je sais, je sais, tu me l'as déjà dit.
- Exact. Surtout si tu finis par accéder à la demande de Pandore concernant son frère.
Le griffon-garou hocha la tête, attrapa tendrement la main de son secrétaire et amant.
- Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
- De quoi ?
- Des idées fratricides de Pandore.
Rune sourit :
- Franchement ? Je pense qu'elle devrait se préoccuper plus de la Furrysistance et moins de ses guéguerres de gamine. Elle a beau dire qu'elle le fait pour le bien de l'organisation... La vérité, c'est qu'elle ne peut plus voir son frère en peinture et qu'il lui fait honte.
- Certes, certes, ricana Minos. Mais, même si ses motivations sont idiotes, ses arguments et conclusions ne manquent pas d'intérêt. L'obsession d'Eaque pour son père...
- ... est compréhensible. J'ai perdu mes parents très jeune aussi, sans espoir qu'elles soient encore en vie, mais s'il y avait eu le moindre doute... j'aurais été comme Eaque, je crois.
Le griffon l'attira sur ses genoux, plongeant son visage dans la cascade blanche de ses cheveux.
- Je suis désolé...
- Tu n'y es pour rien, répondit Rune d'une voix enrouée en lui rendant son étreinte. Et puis, même si je comprend Eaque... mon côté rationnel m'oblige à reconnaître que son amour pour Hadès pourra nous mettre en péril à l'avenir. Peut-être que des mesures radicales s'imposent, surtout lorsque Rhadamanthe ne sera plus là pour t'aider à le contrôler.
- Oui...
Le visage de Minos se ferma à la mention du nom du corgi-garou.
- Tu arrives à y croire, toi ? marmonna-t-il d'une voix éteinte. Qu'il ait pu nous trahir... Il était en contact avec l'Inquisition depuis quoi ? des années ? Sûrement depuis qu'il a rencontré ce sale ange... Si seulement il ne s'était pas enfui, d'ailleurs, je lui aurais arraché les ailes avec plaisir, avant de le bouffer !
Une pause.
- Des lettres ! Des foutues lettres ! Et régulièrement en plus ! explosa Minos.
Une larme coula sur sa joue.
- Il a dit que c'était pour négocier la paix, mais quel imbécile ! Toujours aussi infoutu de bien mentir, il n'a pas changé.
- Tu n'as pas à assister à son... Tout le monde comprendrait, lui souffla Rune.
- Non, je dois y être. C'était mon ami, Rune. Mon seul ami. Si je l'envoie à l'échafaud, je dois au moins l'accompagner aussi loin que je peux.
Le griffon prit plusieurs inspirations courtes, cherchant à recouvrer son calme. Ce n'était pas le moment de craquer, de se laisser aller. Son amant lui massa doucement le dos, l'aidant à s'apaiser.
- Parlons plutôt d'Eaque, soupira Minos.
- Tu es si... professionnel, fit Rune avec un petit rire.
- Ça m'aide à ne pas devenir fou. Concernant ce foutu panthère-garou, je crois que tu n'as pas tort quand tu dis qu'il pourrait mettre en péril la Furrysistance.
L'argenté joua avec les longues mèches blanches de Rune, pensif.
- Et puis... Je dois avouer qu'il serait peut-être temps de redonner une tête unique à la Furrysistance. Zélos ne s'est pas évadé tout seul, plusieurs de nos membres l'ont certainement aidé. J'avoue que je ne compte pas vraiment enquêter là-dessus ; si Myu et Pharaoh sont effectivement derrière ce plan, on ne trouvera rien.
Le griffon-garou fit une nouvelle pause.
- Quoi qu'il en soit, cela prouve que la Furrysistance est divisée. Tout le monde ne m'a pas cru lorsque j'ai affirmé que Zélos et Rhadamanthe étaient des espions. Et si le corgi est encore en cellule, c'est uniquement parce que sa foutue fierté l'empêche d'accepter de s'évader.
- Tu voudrais que je lui fasse une dernière proposition ce soir ?
Minos jeta un long regard à son compagnon, dont l'expression restait neutre. Hochant imperceptiblement la tête, il répondit en fixant le bois du bureau :
- Je n'ai jamais donné mon aval pour cette opération.
- Évidemment. Fais-moi confiance, mon amour.
- Toujours, rétorqua le griffon avec une assurance frisant l'arrogance. Toujours... Bref. Quoi qu'il en soit, reprit l'argenté d'un ton détaché, je crois que la Furrysistance a besoin d'un leader fort, qui parle d'une seule voix.
- Comme au temps d'Hadès...
- Exactement. Pandore est intelligente, elle a eu une bonne idée, en fait. Rune...
- Oui, tu me fais confiance. Toujours.
Minos hocha vigoureusement la tête et serra son amant contre lui.
- Toujours.
OoOoOoOoO
Rune sortit du bureau du griffon plongé dans ses pensées. Les choses bougeaient, enfin ! Depuis la disparition d'Hadès, la Furrysistance se trouvait dans une espèce d'entre-deux, déchirée entre son passé, incarné par des figures comme Zélos, Myu ou Pharaoh, et son futur, dans lequel Minos avait fermement l'intention de la projeter... quitte à devoir faire le ménage dans les hautes sphères de l'organisation. Cela avait déjà commencé, avec le grenouille-garou emprisonné, quasi-exécuté, mais finalement évadé - un acte que Rune saurait utiliser pour appuyer l'hypothèse de la culpabilité du batracien. Oh, tout le monde n'y croirait pas, notamment les membres de longue date de la Furrysistance, mais Minos et son secrétaire parlaient pour la nouvelle génération, qui ne connaissait guère Zélos que comme un personnage nébuleux et fureteur, hautement suspect.
Le grenouille-garou hors de scène, ne restaient guère, entre Minos et le pouvoir, que Myu et Pharaoh (qui ne tenteraient rien ouvertement, tenant trop à l'unité de la Furrysistance), Rhadamanthe (sa trahison, qui avait surpris Rune, arrivait presque à point nommé, car le griffon aurait eu trop de scrupules à l'écarter), Eaque (problème bientôt réglé en coulisses)... et Pandore. Elle était la fille d'Hadès, et bientôt sa dernière héritière. Tôt ou tard, elle se poserait en concurrente du griffon, qu'elle le veuille ou non. Pour l'instant, elle se tenait tranquille, des étoiles dans les yeux dès que ceux-ci étaient posés sur l'argenté, mais cela ne durerait peut-être pas.
"Il faudrait que j'en parle à Minos..." songea Rune. "Elle a été bien utile, d'accord, sauf qu'elle a fait son temps. Bientôt, elle me gênera plus qu'autre chose... Et tiens, quand on parle de la panthère..."
Le secrétaire s'écarta, laissant passer Pandore qui lui accorda à peine un regard, fonçant vers le bureau du griffon. Les lèvres de Rune s'étirèrent en un mince sourire. Elle ne tarderait pas à apprendre de quoi la mettre en joie. Quel plaisir de répandre le bonheur autour de soi, quand même ! Dommage qu'il ne puisse pas assister à l'entrevue de la panthère avec Minos, son expression jubilatoire serait certainement un sacré spectacle. Hélas ! il avait à faire, beaucoup à faire, et si peu de temps. Jetant un coup d'œil par une fenêtre, Rune réalisa que l'après-midi touchait déjà à sa fin. Le temps passait si vite... Il accéléra le pas, descendit quelques escaliers, et déboucha enfin devant la porte menant aux cellules, verrouillée et surveillée avec le zèle de circonstance qui suivait toujours une évasion.
- Markino, Gordon, lâcha-t-il sur un ton neutre. Y a-t-il longtemps que vous êtes en poste ?
- Sire Rune, s'inclina avec servilité Markino. Nous avons relevé nos collègues il n'y a pas une heure, et nous serons remplacés au milieu de la nuit par Gigant et Raimi.
Gordon resta silencieux. C'était compréhensible, il avait toujours été proche de Rhadamanthe, seul résident des prisons à l'heure actuelle. Qu'il en veuille à Minos, qui avait ordonné la mise à mort de son supérieur, et par extension à son subordonné, n'était pas étonnant. Rune nota au passage que Myu, qui se chargeait entre autres de répartir les gardes du QG, avait comme par hasard choisi de faire garder Rhadamanthe, pour sa dernière nuit, par deux Furrysistants sous les ordres du corgi-garou depuis longtemps.
Markino se rapprocha du secrétaire, un peu mal à l'aise. Obligeamment, Rune s'éloigna de Gordon et se pencha vers le petit daemon :
- Que se passe-t-il ?
- Et bien, c'est-à-dire, Sire, que, et bien...
- Au fait, Markino, viens-en au fait !
- Les choix de Myu pour garder le traître Rhadamanthe cette nuit, Sire, sont plutôt étranges, non ?
Rune durcit son regard, mimant la désapprobation :
- Allons, Markino, remettre en cause l'intégrité de Myu, qui a été l'élève d'Hadès lui-même ! De plus, la faute de Rhadamanthe ne saurait souiller la loyauté des personnes qui ont servi sous ses ordres. D'ailleurs, les pauvres ont dû souffrir plus que quiconque d'autre de cette trahison.
- Vous pensez vraiment ?
- Mais oui, mentit Rune en tapotant l'épaule maigre du requin-garou. Ne te fais pas de souci inutile, Markino, je suis persuadé que Gigant et Raimi feront parfaitement leur travail.
- Ah... Alors si vous êtes sûr...
Le secrétaire hocha la tête avec un sourire de façade, "oui oui je suis sûr", puis marcha vers la porte sous le regard vaguement méfiant de Gordon.
- J'aimerais aller rendre une dernière visite au prisonnier, annonça-t-il.
Le taureau-garou hésita, fronçant ses épais sourcils noirs.
- Je ne sais pas si c'est très réglementaire, dit-il lentement, d'une voix de basse.
- Ça ne l'est pas, reconnut Rune. Mais je veux simplement lui parler, pour lui poser quelques questions. Il ne me faudra pas beaucoup de temps, vingt minutes au plus.
Gordon ne bougea pas. À sa ceinture pendaient les clefs ouvrant la porte. Rune aurait pu l'égorger sur le champ, se débarrasser de Markino et passer en force, mais cela ferait désordre. Non, mieux valait ne pas en arriver là, surtout qu'au fond il se fichait bien de voir une dernière fois le corgi.
- Allons, tenta le secrétaire sur le ton de la plaisanterie, ce n'est pas comme si j'allais le faire évader.
- Non, en effet, reconnut le taureau-garou avec un ton lugubre. Vous pouvez y aller, mais pas plus de vingt minutes, s'il vous plaît. C'est sa dernière soirée, ne la gâchez pas trop longtemps.
Markino s'étrangla et se confondit en excuses que Rune écarta d'un geste de la main. Tant que Gordon se contentait d'être insolent, autant le laisser exprimer son mécontentement. Il ne pouvait rien faire de toute façon, pauvre taureau sans cornes. Enfin, la porte s'ouvrit. Le secrétaire entra et le battant se referma sur lui, le plongeant dans le noir.
"C'est petit, ça, Gordon", ricana intérieurement Rune.
Il tâtonna autour de lui, jusqu'à trouver une torche posée sur une accroche métallique fixée au mur. Il la décrocha doucement avant de l'enflammer à l'aide du briquet qu'il gardait toujours dans une de ses poches. Une lumière vacillante troua les ténèbres, révélant un couloir étroit, aux murs épais, au plafond bas et avec une série de grilles à gauche. Seule la troisième cellule était occupée. Un daemon aux cheveux blonds et courts, un peu sales après quelques jours dans ce trou, se tenait assis en tailleur au centre, les yeux fermés.
- Tu médites, Rhadamanthe ?
Les paupières se soulevèrent, révélant un regard perçant et furieux.
- Qu'est-ce que tu es venu faire ici, Rune ? J'ai déjà répondu à vos questions. Ni toi, ni Minos ne m'avez cru, vous avez préféré vous laisser influencer par les élucubrations de Pandore.
- Tu n'as pas l'air de la porter dans ton cœur. Tu l'appréciais pourtant, à l'époque...
Le visage du corgi se tordit :
- Elle a changé. Je sauve la vie de l'espion qu'elle a envoyé crever, et voilà comment elle me remercie !
- Admets que ta capacité à échanger des lettres avec le Palais inquisitorial est suspecte, Rhadamanthe, soupira Rune.
- Uniquement dans le but d'obtenir la paix entre nos deux espèces, protesta une fois de plus le blond. Je n'ai jamais transmis la moindre information, je le jure !
Le secrétaire lui jeta un regard oblique :
- Tu peux jurer, mais tu ne peux pas prouver. Mais je ne suis pas là pour refaire ton procès, Rhadamanthe.
Une pause.
- Minos tient encore à toi, reprit Rune. Au nom de l'amitié qui règne entre vous deux, je te propose, disons, une échappatoire.
- Tu n'es pas le premier à venir me voir pour cette raison, répondit Rhadamanthe en éclatant de rire. Et je te dirais la même chose qu'aux autres : c'est non. Je refuse de quitter la Furrysistance par la petite porte, de façon lâche et honteuse. Cela ne ferait que me marquer encore plus comme traître.
- Peut-être, mais tu serais en vie.
Le corgi-garou rit de nouveau.
- En vie ? Et pourquoi faire ? Je devrais me cacher. Je ne pourrais plus aider notre peuple. La Furrysistance, c'est toute ma vie.
- Presque.
- Comment cela ?
- Kanon. Ne me dis pas qu'il fait partie de la Furrysistance.
Une ombre douloureuse passa sur le visage de Rhadamanthe, qui fit de son mieux pour cacher ses émotions.
- Non, c'est vrai. Mais cette part de ma vie est morte et enterrée.
- C'est ce qu'on t'a dit ?
- Oh oui, Minos s'est chargé de me l'annoncer, avec une certaine satisfaction d'ailleurs. Je crois qu'il a pensé que ça me ferait craquer.
Rune fit la moue. Il en faudrait plus pour briser Rhadamanthe, le griffon l'aurait su s'il avait été dans son état habituel. Mais face à son ami d'enfance, l'argenté perdait tous ses moyens.
- C'est faux, annonça le secrétaire.
- Ah, vraiment ?
- Oui. Quand tu as été arrêté, Kanon s'est astucieusement caché...
- ... et vous l'avez retrouvé, exécuté et Minos l'a dévoré.
- C'est ce qu'il t'a dit ?
- D'après lui, les anges ont un goût de poulet.
Le secrétaire sourit froidement. Les nerfs de Rhadamanthe étaient décidément à toute épreuve.
- Je ne sais pas quel goût ont les anges, je n'en ai jamais mangé...
"Et Icare fasse que je n'en mange jamais", ajouta Rune par-devers lui.
- ... mais je peux t'assurer que si Minos a peut-être déjà dévoré des anges, il n'a pas réussi à capturer ton compagnon. Kanon s'est enfui. Zélos aussi, d'ailleurs.
- Oui, j'ai entendu le bruit la nuit dernière.
- Et tu ne l'as pas suivi ?
- Non. Pourquoi faire ? La Furrysistance...
- C'est toute ta vie, bla bla bla, je sais, l'interrompit Rune, agacé. Mais maintenant que tu sais que ton piaf est vivant et libre, tu n'as pas envie de le rejoindre ?
Pendant quelques minutes, le secrétaire crut l'avoir convaincu. Rhadamanthe était silencieux, visiblement déchiré par l'alternative qui s'offrait.
- Ta vie de Furrysistant est finie, plaida Rune. Trop de preuves, trop de doutes. Mais tu peux encore sauver tes fesses et disparaître dans la nature, retrouver ton oiseau de mauvais augure, etc.
Mais déjà, le corgi-garou secouait la tête :
- C'est tentant, cependant je maintiens mon refus, Rune. Déjà, je ne peux pas être certain que tu me dises la vérité sur Kanon. Et surtout, il me serait insupportable de m'évader des prisons de la Furrysistance comme un vulgaire criminel.
- C'est ce que tu es, Rhadamanthe, lâcha brutalement le secrétaire.
- Et c'est une erreur ! s'exclama le corgi en bondissant sur ses jambes.
Il agrippa les barreaux des grilles, furieux :
- Pandore a perdu la tête, et Minos la suit pour je ne sais quelle raison ! Je sais que mes actions prêtent au doute, mais remettre ma loyauté en question ! M'accuser de trahison ! M'exécuter, puis me proposer de m'enfuir au dernier moment ! Dis à Minos, cria Rhadamanthe à Rune qui s'était détouné en comprenant qu'il avait échoué, dis à Minos qu'il peut toujours changer d'avis ! Que puisqu'il est convaincu de ma culpabilité au point de m'aider à m'enfuir, il pourrait tout aussi bien me réhabiliter ! Dis-le lui, Rune !
Le secrétaire secoua la tête, navré, et frappa quelques coups contre le battant pour que Gordon lui ouvre. Le taureau-garou le regarda sortir avec une grimace indéchiffrable. Markino s'inclina bien bas sur son passage. Sans leur accorder le moindre regard, Rune s'éloigna dans le couloir. Il aurait essayé.
OoOoOoOoO
Geheimbourg, Palais inquisitorial...
Lorsque Jabu émergea, la nuit était tombée. Bordel, mais quelle galère cette transformation... Il faudrait qu'il trouve une autre solution le mois prochain. Sa chambre était définitivement trop petite pour sa forme bestiale, qui s'était retrouvée coincée entre quatre murs pendant de très longues heures, alors qu'elle mourait d'envie d'aller courir. Et surtout, d'aller chasser. L'odeur appétissante des anges, dont elle avait déjà goûté la chair, n'aidait pas. Pourtant, Jabu avait tenu, sans faire de bruit, en priant pour que personne n'entre - et personne n'était entré.
À la seconde où la lune s'était éclipsée, il s'était forcé à se retransformer. Cela avait été long, beaucoup plus que d'habitude, et douloureux, tellement douloureux. Il s'était retrouvé à quatre pattes sur le plancher, nu et frissonnant, son estomac grondant. Il s'était relevé, ou plutôt avait essayé avant de réaliser que ses jambes ne le portaient pas. Qu'est-ce qu'il pouvait avoir faim... ! Il s'était traîné jusqu'au lit, grimpant dessus, déjà essoufflé. Se glisser dans les couvertures avait été un nouvel effort. Et c'est alors qu'il s'efforçait tant bien que mal d'ajuster la couverture pour qu'elle couvre entièrement ses pieds qu'on avait frappé à la porte. Il s'était figé, le corps tendu à l'extrême.
- Jabu ? Tu es réveillé ? retentit la voix de Seiya.
Oh non. Ce n'était pas possible. Pas lui. Pas maintenant. Pitié.
- Jabu ? Tout va bien ? s'inquiétait maintenant le brun.
Le licorne-garou essaya de répondre, mais ne réussit qu'à émettre un râle pathétique qui ne traversa probablement pas le bois de la porte. Au moins était-il retransformé, pensait-il confusément. Et par miracle il n'avait rien cassé ni sali, alors il n'y avait rien qui révélât la présence nocturne d'un énorme équidé, pas même du crottin.
"Bordel, encore heureux qu'il n'y ait pas de crottin, il ne manquerait plus que ça", songea-t-il, les larmes aux yeux.
Non, vraiment, à part l'odeur chevaline qui demeurait dans l'air, et que l'ange ne percevrait peut-être même pas, il n'y avait rien. C'était déjà ça. Mais comment expliquer à Seiya son état ?
- Bon, Jabu, tu m'inquiètes, je rentre ! se décida soudain l'ange en poussant la porte. Je te promets, si tu fais la grasse mat' je...
Le brun s'interrompit et ses yeux s'écarquillèrent.
- Par Icare, Jabu, qu'est-ce qui t'arrive ?
Les lèvres du daemon remuèrent sans émettre un seul son. L'ange s'approcha rapidement et posa sa main sur le front du licorne.
- Tu n'as pas de fièvre, conclut-il. Mais tu as l'air complètement épuisé.
- Et j'ai mal partout, marmonna Jabu. Je crois que je ne vais pas pouvoir m'entraîner, aujourd'hui. Je veux juste dormir.
- Ouais, ça me semble raisonnable.
Seiya arrangea la couverture et s'assit sur le lit, le visage soucieux.
- Qu'est-ce qui t'a mis dans cet état-là ?
- Je sais pas, répondit évasivement le daemon. J'ai pas trop dormi je crois ? et ce matin j'étais comme ça.
- Je n'ai jamais entendu parler d'une maladie comme ça.
- Moi non plus, grimaça Jabu.
Son ventre gargouilla bruyamment. Seiya rit gentiment :
- Je propose de tester le petit-déjeuner comme remède. Et quand tu te sentiras mieux, j'aurais un truc important à t'annoncer.
- Ah ?
- Ouaip. Mais pour l'instant, ne t'inquiète de rien et repose-toi.
Jabu avait hoché vaguement la tête avant de replonger dans un demi-sommeil. L'ange l'avait réveillé pour manger un peu, à intervalles réguliers. Manger faisait du bien au daemon, qui avait surtout besoin de reprendre des forces. Seiya était resté avec lui pour la journée, visiblement content d'avoir un prétexte pour sécher l'entraînement. Aiolia et Marine avaient fait une petite visite en fin de mâtinée. Le lion-garou sentait le dehors, l'herbe et la forêt. Le couple venait probablement de rentrer et, un peu fatigué, ne s'était pas attardé.
- À chaque pleine lune, elle le sort, avait commenté Seiya après leur départ. Boulet jusqu'au bout.
Jabu s'était contenté de hocher la tête, n'ayant pas l'énergie de s'éterniser sur ce genre de sujet. Inutile de s'appesantir sur le fait que lui aussi était un boulet. Un boulet particulièrement boulet, d'ailleurs, parce qu'Aiolia serait certainement remis de sa partie de chasse dès l'après-midi, tandis qu'il avait l'impression qu'il resterait des jours et des jours cloué au lit.
Cependant, détrompant ses peu optimistes prédictions, le licorne-garou se sentait assez remis dans la nuit. Il se redressa doucement dans le lit, dérangeant Seiya qui somnolait et s'éveilla brusquement.
- Jabu ! Tu as l'air d'aller mieux !
- Oui, répondit le daemon en souriant.
L'ange fronça soudainement les sourcils.
- Heu, tes yeux...
À toute vitesse, Jabu rabattit sa sous-paupière pour dissimuler la phosphorescence de ses prunelles. Une erreur de débutant, bien digne d'un daemon complètement crevé et qui avait beaucoup trop confiance en son crush qui souhaiterait certainement le massacrer s'il connaissait son identité.
Seiya ouvrit la bouche, déconcerté. Il avait cru que les yeux de Jabu... Non, impossible. Il avait dû mal voir. Il était fatigué, après tout, et venait de rêver d'yeux phosphorescents, ronds et énormes, froids et cruels, qui se relevaient vers lui, surmontant un chanfrein ensanglanté...
L'ange secoua la tête, chassant les souvenirs. Il examina le visage de Jabu une nouvelle fois. Le pauvre avait l'air encore épuisé, mais semblait déjà plus alerte que dans la mâtinée. Et ses yeux étaient aussi verts que d'habitude, pour autant que Seiya puisse distinguer leur couleur dans l'obscurité ambiante.
- Quoi mes yeux ? demanda Jabu.
- Rien, rien. Un mauvais rêve, j'étais mal réveillé, et j'ai cru... Rien. Tu vas te moquer.
- Je ne vois pas pourquoi.
- J'ai cru que tes yeux brillaient, voilà. C'est ridicule, je sais, rit Seiya.
Le licorne-garou éclata de rire à son tour, soulagé. Visiblement, le brun avait décidé de mettre son faux pas sur le compte d'une illusion créée par les brumes du sommeil. Il n'allait pas s'en plaindre.
- T'inquiète, c'est surtout drôle. Mais tu as rêvé de quoi, si c'est pas indiscret ?
- Désolé, c'est un peu indiscret, répondit Seiya en faisant la moue. Je n'aime vraiment pas en parler.
- Oh, d'accord. Pas de souci, je comprend.
Il y eut un inconfortable silence.
- Et... reprit Jabu. Je me souviens que tu voulais m'annoncer quelque chose ?
Le visage de Seiya s'éclaira :
- Oui ! Marine trouve que tu te débrouilles bien, et elle n'aime pas me savoir tout seul en mission. Le problème, c'est que je n'arrive à m'entendre avec personne, du coup forcément... j'ai jamais trouvé ma place dans une équipe, et notre cheffe suprême a fini par m'autoriser les missions solo.
- D'accord. Mais je ne vois pas le rapport avec moi ?
- Et bien, Marine a remarqué qu'on s'entendait bien. Alors, c'est pas très orthodoxe, mais elle est allée voir sa hiérarchie et a obtenu de te mettre en binôme avec moi pour ma prochaine mission. Comme ça, je ne suis pas tout seul, et tu fais un peu d'apprentissage de terrain. Sachant que vu que tu as longtemps voyagé seul, t'es pas complètement débutant.
Jabu écarquilla les yeux. Sortir du Palais inquisitorial ? Partir en mission avec Seiya ? C'était... risqué. À tous les niveaux. Il n'avait pas besoin de passer plus de temps avec l'ange dont il était stupidement tombé amoureux, encore moins du temps seul à seul, et il avait très peu envie de participer à des missions qui impliqueraient sûrement de tuer des daemons.
- Bien sûr, tu peux refuser, soupira Seiya en sentant son manque d'enthousiasme. Mais j'apprécierais vraiment que tu acceptes.
Le licorne-garou le regarda, ses grands yeux bruns aux paillettes dorées, sa petite moue déçue. Soudain, Jabu réalisa que s'il quittait Geheimbourg, alors il aurait l'occasion de s'enfuir. Il serait hors de portée de l'Inquisition, hors de portée de la Furrysistance qui le croirait encore à Geheimbourg pour un certain temps. Se débarrasser de Seiya ne serait probablement pas un problème, le jeune daemon se savait parfaitement apte à massacrer la plupart des anges, surtout s'il avait l'avantage de la surprise. Mais il n'aurait certainement pas besoin d'en arriver là. Il sourit à Seiya, sans chercher à dissimuler son excitation :
- On part quand ?
