Bonsoir :D
Voici donc le 6e chapitre... et non je n'ai pas commencé le septième, je découvre avec horreur que mes horaires de deuxième semestre sont... chauds. Avec des profs exigeantEs en plus :c
Mais promis, je vais essayer de l'écrire d'ici deux semaines TwT j'en ai vraiment envie en plus :D
Bref, bonne lecture (et pardon Sea de ne pas t'avoir envoyé la bêta dkgjdklgjsigjsd) !
Réponse aux reviews anon :
ShaSei : merci pour ta review :D et j'ai envie de dire que Jabu a bien besoin d'optimisme dans tout ce bordel :p
Athena : je suis contente que le chapitre t'ait plu x) et contente de t'avoir convaincue du bien fondé de Rhada-corgi mwahahaha ! Merci pour tes compliments :33
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La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 6
Röseln, QG de la Furrysistance, à l'aube...
Un petit chien émergea dans la cour, encadré par plusieurs gardes, trottinant vers l'échafaud avec une indifférence frisant l'arrogance. Minos eut un sourire triste et se pencha discrètement vers Rune qui se tenait à ses côtés :
- Cela lui ressemble bien, cette attitude. Rhadamanthe a toujours été un con prétentieux.
- Je suis désolé, répondit simplement le secrétaire dans un élan d'empathie en sentant un léger tremblement dans la voix de son amant.
Les yeux de celui-ci se glacèrent, soudainement distants :
- Pourquoi ? C'est un grand jour.
Rune allait répondre, mais un Eaque guilleret, dont le sourire contrastait indécemment avec les mines sombres du reste du "public", l'interrompit :
- Minos ! Je me suis réveillé tard, j'ai failli manquer le spectacle !
Il salua Rune d'un signe de tête négligent, puis jeta un coup d'œil au corgi, toujours aussi digne et fier, qui escaladait lentement l'estrade prévue pour leur forme humaine.
- Il ne changera jamais, celui-là, ricana Eaque. Le matin de son exécution, il faut qu'il fasse le pitre buté. Mais il ne nous gâchera pas la journée...
Le panthère-garou leva le visage vers le ciel qui se dégageait enfin, laissant apparaître un rayon de soleil après une nuit brumeuse.
- Journée qui s'annonce fort belle, d'ailleurs, sourit-il.
- Tu vas arrêter de dire des bêtises, mon frère ?
Eaque soupira.
- Ma chère sœur... Ne pourrions-nous pas cesser de nous quereller en ce jour spécial ?
Pandore lui lança un regard noir.
- Un peu de tenue, Eaque. C'est une exécution, pas un festival !
- Oh, tu sais, la différence est parfois bien mince. Une mise à mort publique a tendance à plaire aux foules, elles aiment le sang... Bon, je reconnais qu'ici, l'ambiance pourrait être plus... animée, mais que veux-tu ? La Furrysistance ne sait plus s'amuser, maintenant que Père n'est plus là.
- Il ne s'agit pas de s'amuser, Eaque, intervint Minos d'un ton coupant. Rhadamanthe était un ami d'enfance, élevé avec nous, qui a dirigé la Furrysistance pendant cinq ans avec un talent que tu...
- Que je n'ai pas ? compléta Eaque.
Pandore étouffa un ricanement.
- Je n'ai peut-être pas le talent du clébard pour diriger la Furrysistance, Minos, cependant non seulement tu devrais admettre que mon incompétence t'arrange bien parfois, surtout quand tu veux jouer à décider tout seul, mais en plus moi, contrairement à ton cher meilleur ami, je n'ai jamais trahi.
Le ton du panthère-garou s'était peu à peu élevé, attirant l'attention des personnes les plus proches du petit groupe. Rune leur jeta un regard noir, les enjoignant à ignorer l'esclandre, puis s'interposa entre les deux daemons.
- Il suffit, dit-il d'une voix basse, accrochant le regard furieux de Minos, qui s'apprêtait sans le moindre doute à répondre de façon musclée à son collègue. Ce n'est pas le moment de se donner en spectacle, continua-t-il sans émotion, tout le monde nous regarde.
Le griffon-garou se força au calme. Son amant avait raison. La trahison de Zélos et Rhadamanthe avait suffisamment semé le doute et la discorde au sein de la Furrysistance, certaines personnes croyant toujours fermement à l'innocence des deux daemons, tandis que d'autres, sans les défendre, considéraient que la première motivation de leur condamnation était l'ambition de Minos. Ce qui n'était pas entièrement faux, mais enfin, on ne pouvait pas reprocher à l'argenté d'essayer de tirer le meilleur de révélations aussi tragiques, n'est-ce pas ?
Quoi qu'il en soit, quelles que soient la légitimité ou la véracité de ces suspicions, leur existence demeurait un gros problème. Ce n'était vraiment pas le moment d'exposer ses différends avec Eaque. Minos sourit donc froidement au panthère-garou, levant les mains en signe d'apaisement.
- Pardon, Eaque. Je ne voulais pas remettre en question ta valeur.
Le fils d'Hadès grogna et se détourna, préférant se concentrer sur Rhadamanthe, assis devant le billot dans une attitude traduisant son profond ennui, plutôt que de devoir répondre aux hypocrisies du griffon.
- Il ne compte pas se retransformer ? interrogea le panthère d'un air absent, se parlant à lui-même.
- Apparemment, non, lui répondit Rune avec un rictus indéfinissable. Il a du cran, je dois l'avouer.
- C'est Rhadamanthe.
Minos fit signe à Markino, qui se tenait lui aussi sur l'échafaud, une hache à la main, l'air perdu. Le requin-garou lui renvoya un regard vaguement paniqué, puis regarda Rhadamanthe, qui aboya moqueusement.
- Heu... Vous ne devriez pas... vous transformer... hum...
Le corgi pencha la tête sur le côté, trottina jusqu'au billot, l'examina, le renifla... puis pissa dessus, un air d'intense satisfaction sur le museau. Un léger rire abasourdi parcourut la petite foule. Rune écarquilla les yeux et Eaque ricana :
- Mais c'est qu'il a prévu d'être insupportable, le corniaud !
- Ce... Ça m'étonne de lui, souffla Pandore. Enfin, j'ai toujours pensé qu'il était du genre pudique et...
- Visiblement, un petit séjour à l'ombre pour trahison l'a bien changé, interrompit Eaque sur un ton léger. Ça fait plaisir de le voir sans balai dans le cul, quand même !
Minos lui jeta un regard agacé. Lui aussi était stupéfié par le comportement de son ami, mais il n'allait pas tolérer très longtemps les moqueries gratuites d'Eaque, qui savourait un peu trop cette exécution à son goût.
- Suffit, lança-t-il en s'avançant vers l'estrade, se retrouvant face au corgi.
Les yeux dorés du chien ne cillèrent pas.
"Qu'est-ce que tu fous, Rhadamanthe ?" pensa Minos. "Qu'est-ce que tu fous ici, alors que j'ai envoyé Rune te proposer une porte de sortie, alors que j'ai chargé tes proches de te garder ? Je suis certain que ces têtes de mule avaient un plan pour te sauver, qu'est-ce que tu fous ici ?"
Le corgi aboya. Il avait l'air calme, placide, comme s'il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait. N'auraient été les yeux d'or que l'argenté aurait reconnus entre mille, on aurait presque pu croire que c'était un véritable chien. Minos aurait préféré ça. Mais non, Rhadamanthe ne s'était pas défilé. C'était bien lui, sous sa forme de corgi, allez savoir pourquoi. Le griffon soupira.
- Markino, quelle que soit sa forme, il a une tête, expliqua-t-il doctement. Donc on peut la couper.
- Mais, je...
Le requin-garou hésita, peu sûr de lui, puis s'avança vers le corgi, maladroit :
- Petit... Gentil chien...
Le visage de Minos se tordit de rage. Soudain, l'idée que Rhadamanthe soit tué par ce clown incompétent lui fut insupportable. Il sauta sur l'échafaud, attrapa le corgi qui aboyait en se débattant et lui tordit sèchement le cou. La nuque se brisa avec un craquement sec et le petit corps s'affaissa dans ses bras. C'était fini. Sans un regard pour personne, serrant le cadavre contre lui, le griffon quitta la cour, allant se réfugier dans ses appartements et bouclant la porte d'entrée à double tour.
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Röseln, Maison inquisitoriale, la nuit suivante...
Lorsque Kanon s'était présenté aux portes, tremblant, il faisait nuit noire. Déployer ses ailes lui avait servi de ticket d'entrée. Celles-ci n'avaient pas belle allure ; elles étaient crasseuses et froissées par les jours passés à se cacher dans le QG de la Furrysistance, priant pour qu'on ne le découvre pas et bénissant les quelques personnes fidèles à Rhadamanthe qui avaient détourné les yeux en l'apercevant. Les gardes de l'Inquisition lui avaient ouvert avec une expression de pitié sur le visage - puis une vétérante, Shaina, l'avait reconnu. Il s'était retrouvé menotté, à attendre dans une salle d'interrogatoire avec un broc de vieille eau pour tout en-cas.
Plusieurs heures après son arrivée, il fut réveillé en sursaut par un bruit de bottes à l'extérieur de la salle. Un peu étonné d'être parvenu à s'endormir assis sur cette chaise inconfortable, il se secoua, but maladroitement un peu d'eau, grimaça en constatant qu'elle était aussi mauvaise qu'il l'avait craint, et se redressa, afin de ne pas être trop loqueteux en accueillant son visiteur, dont il ne pouvait douter de l'identité.
- Bonjour, Aphrodite, salua-t-il donc le nouveau venu d'une voix éraillée.
- Cela faisait longtemps, Kanon, lui rétorqua le Premier Inquisiteur d'une voix glaciale. Tu es toujours aussi audacieux, en tout cas.
- Ma marque de fabrique, plaisanta l'ange.
Aphrodite secoua la tête avec agacement et s'assit en face de son prisonnier.
- Tu n'as vraiment pas changé, Kanon. Je crois que je t'avais dit qu'il était inutile de revenir, il y a trois ans. Tu sais, quand tu m'as jeté pour un foutu daemon.
- Daemon peut-être, mais avec les plus beaux yeux que j'ai jamais vus.
- Si tu es venu m'expliquer à quel point ton nouveau mec est canon... siffla Aphrodite.
- Il est mort, le coupa brutalement l'ange.
Sa gorge se serra, ses yeux se remplirent soudainement de larmes.
- Il avait les plus beaux yeux du monde et c'était un parfait imbécile, lâcha-t-il d'une voix tremblante. Et maintenant, il est mort et...
- Et tu t'es fait virer, compléta Aphrodite d'un ton neutre, sans pouvoir ou vouloir masquer complètement sa satisfaction presque sadique. Donc tu reviens ici, tout piteux et honteux.
- D'accord, présenté comme ça, je suis un minable, soupira Kanon. Mais je ne regrette rien, Aphro...
- N'utilise pas ce surnom !
- Aphrodite, corrigea le bleuté. Je ne regrette rien. Je l'ai vraiment aimé. Plus que je ne t'ai aimé, toi.
Les yeux du Premier Inquisiteur tremblèrent, comme des cristaux devenant soudainement liquides.
- Ravi d'entendre ça, siffla-t-il. Ah, vraiment, c'était ça qu'il manquait à ma vie : que mon ex vienne m'expliquer qu'un foutu daemon vaut mieux que moi !
- Je suis désolé, Aphrodite.
- Épargne-moi ces simagrées, veux-tu ?
L'ange prit plusieurs courtes inspirations, retrouvant graduellement son calme.
- Parlons plutôt de choses sérieuses, dit-il.
Kanon se renfonça dans sa chaise. Il s'était douté que revenir dans l'Inquisition ne serait pas simple, et commençait même à se dire qu'il aurait dû disparaître dans la nature, au lieu de retourner dans un lieu familier certes, mais qui ressemblait de plus en plus à un guêpier mortel.
- Le premier problème, tu vois, c'est que je n'ai aucun moyen de vérifier tes dires. D'accord, ton mec est mort, et après ? Tu peux le prouver ? Tu peux prouver que tu n'es pas en train d'essayer de t'infiltrer dans nos rangs ?
Une pause, puis Aphrodite reprit :
- Comme tu le sais sûrement mieux que moi, les daemons pullulent dans cette région, probablement parce que les restes de la Furrysistance s'y sont rassemblés. Nous sommes incapables de les débusquer, et nous trouvons en fait dans une position plutôt vulnérable. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser un traître fouiner partout.
Kanon hocha la tête, compréhensif :
- Je me doute que je ne suis pas en odeur de sainteté par ici. Mais je pense pouvoir prouver que je n'ai plus rien à voir avec la Furrysistance. Mon compagnon était assez important dans l'organisation. Je sais que vous... que nous avons infiltré leurs rangs. L'Inquisition doit certainement avoir entendu parler de son exécution.
Le visage du Premier Inquisiteur resta de marbre. S'il était surpris par les paroles du bleuté, il le cachait bien.
- Il s'appelait Rhadamanthe, se décida à révéler Kanon.
Il faudrait qu'il en parle tôt ou tard, de toute façon. Il restait cependant décidé à se montrer aussi discret que possible concernant ce qu'il avait appris sur la Furrysistance. En trois ans, il avait appris à apprécier ces gens, et à défaut au moins à les respecter. L'Inquisition en savait déjà certainement assez, inutile de faciliter encore plus leurs futures défaites.
- Rhadamanthe, répéta Aphrodite.
Cette fois, le nom lui disait quelque chose, même s'il faisait de son mieux pour contenir ses émotions. Oui, il avait bien fait de révéler l'identité du blond. Brusquement, sa valeur venait d'augmenter. Il avait couché avec un daemon, c'était toujours aussi sale, mais comme ce n'était pas n'importe quel daemon, l'Inquisition ne le tuerait pas. Ou en tout cas pas tout de suite, ce qui lui donnait du temps, qu'il mettrait à profit ou bien pour convaincre les autres anges qu'il était sincèrement de retour, ou bien pour s'enfuir.
- Merci de ta collaboration, finit par déclarer le Premier Inquisiteur. À la lumière de ces informations, j'ai deux options devant moi : t'exécuter au plus vite, ou t'envoyer au Palais inquisitorial, où tu seras dans l'incapacité de contacter tes daemons et où des personnes plus compétentes se chargeront de t'interroger. Qu'est-ce que tu préfères ?
- Bien sûr, je préfère l'excursion tous frais payés au Palais inquisitorial. Cela faisait longtemps que je n'avais pas visité les collines du Levant, il paraît que le coin est charmant !
Aphrodite eut un sourire froid et se leva, signifiant que la discussion était close.
- Une réponse digne de toi, évidemment. Et bien, je vais réfléchir à tout ça, et en attendant que je prenne une décision, tu resteras ici. J'espère que tu trouves ta chaise confortable.
Sans autre forme de cérémonie, Aphrodite quitta la salle et claqua la porte derrière, laissant Kanon seul. L'ange ferma les yeux tandis que le silence l'enveloppait, essayant à tout prix de ne pas penser aux évènements des derniers jours, à Rhadamanthe, à son amour têtu, idiot, emprisonné, arrogant jusqu'au bout, jusqu'à ce que Minos... Un jour, il massacrerait ce fichu griffon, il s'en faisait la promesse.
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Geheimbourg, Palais inquisitorial, trois jours plus tard...
- Jabu ! s'exclama Seiya en débarquant dans la chambre de son ami encore endormi.
- Bordel... grogna le licorne-garou. Tu as vu l'heure ?
- Il fait grand soleil, il est temps de sortir du lit, chantonna l'ange en écartant les rideaux, laissant la lumière se déverser dans la pièce. En plus, c'est un grand jour !
Jabu se redressa dans son lit et passa une main dans ses cheveux ébouriffés, embarrassé de les trouver un peu gras au toucher.
- Qu'est-ce qu'il se passe, Seiya ?
- On a une mission ! annonça le brun d'un ton triomphant. Ta première !
Il fonça sur le daemon, le serrant dans ses bras :
- Félicitations !
Jabu rougit, se dégagea de l'étreinte, essayant de ne pas s'emballer. C'était. Juste. Amical. A-mi-cal. Rien d'autre.
- Super, dit-il en souriant. Et ça va consister en quoi ?
- Oh, rien de bien excitant, en vrai. C'est une mission d'escorte, on récupère un type à Röseln, et on le ramène ici. Aller-retour, on voit du pays, on croisera peut-être quelques daemons, la routine quoi. Bon, ce qui est dommage, c'est qu'on va être chaperonnés, comme c'est notre première mission.
- Ah bon ?
- Oui, Milo et Camus nous accompagnent.
Seiya eut une petite moue :
- Bon, ils sont sympas, mais... Ça aurait été plus sympa qu'on ne soit que tous les deux, tu ne crois pas ? En plus, on va leur tenir la chandelle !
- C'est, c'est vrai, j'aurais adoré qu'on parte en mission rien que tous les deux, je... bredouilla Jabu. Enfin, je suppose qu'on n'a pas vraiment le choix ?
- Non, en effet. Les tourtereaux ont l'air de prendre cette mission vraiment à cœur, ils ont très lourdement insisté auprès de Marine.
Le brun baissa la voix, prenant un ton mystérieux :
- Je crois qu'ils "le" connaissent...
- Qui ça ?
- Le prisonnier qu'on doit escorter.
- Un prisonnier ? Un daemon ?
Seiya secoua la tête :
- Non, non, un ange. Mais il a trahi et s'est enfui dans la Furrysistance il y a quelques années, apparemment.
- Et maintenant, il est de retour ?
- Ouip. On ne veut plus de lui, il semblerait. J'avoue que je n'en sais pas plus. Même Marine n'avait pas l'air de savoir grand chose, en fait, rit Seiya. Quoi qu'il en soit, ce type est important, et on doit le ramener au bercail.
Jabu acquiesça, pensif. Un ange dans la Furrysistance ? Il n'en avait jamais entendu parler, mais bon, il y avait bien un daemon officiellement présent dans l'Inquisition. Finalement, pour deux espèces qui se détestaient cordialement et rejetaient farouchement l'autre, anges et daemons semblaient se croiser un peu trop souvent.
- Donc... Je suppose qu'on en aura pour une douzaine de jours, le temps de faire l'aller-retour ?
- Douze jours ?
- Et bien, oui. La dernière fois, avec Marine, Camus et Milo, j'ai fait le trajet depuis Röseln en six jours.
- Ah oui, j'oubliais que tu avais voyagé avec Marine ! Elle trace, elle, c'est sûr. Mais perso, je pensais plutôt mettre un peu moins d'une vingtaine de jours. Sept jours aller, sept jours retour sans se presser, et quatre jours de pause à Röseln.
- Qu'en pensent Milo et Camus ? demanda Jabu en se tirant du lit - enfin.
Il s'étira, passa le nez par la fenêtre, savourant la température agréable.
- Camus va râler un peu, parce qu'on devrait être plus efficaces, bla bla, mais au final tout le monde y trouvera son compte. Déjà, ça lui donnera l'occasion d'observer le paysage - et puisque tu as beaucoup voyagé... attends-toi à des rafales de questions sur des détails de géographie. Au pire, envoie des signaux de détresse à Milo, il se fera un plaisir d'aller distraire son chéri.
- Hmm hmm, acquiesça Jabu.
Les questions de Camus ne le dérangeraient pas. Il faudrait qu'il fasse attention à ne pas se trahir, certes, mais il ne s'agissait que de questions sur les paysages et leurs reliefs... il s'en sortirait sans trop de peine, et pourrait même peut-être apprécier la discussion.
- Et... on part quand ? demanda-t-il à Seiya.
Le brun sourit jusqu'aux oreilles :
- Aujourd'hui, en fin de mâtinée !
- Quoi ?
- Je sais, je sais, j'aurais dû te prévenir plus tôt, mais ça m'est sorti de la tête, alors je suis venu tôt ce matin pour te réveiller en avance, histoire que tu aies le temps de prendre une douche et de préparer tes affaires !
Jabu secoua la tête, abasourdi :
- T'es pas sérieux ?
- Désolé ! Je te promets, j'avais l'intention de t'en parler, mais, heu... Bref, je suis désolé !
- Pff... Barre-toi de ma chambre, je vais prendre une douche, sourit le licorne-garou, incapable de s'énerver contre ce sale gosse insupportable - mais beaucoup trop adorable.
- Pas de souci ! On se retrouve en bas tout à l'heure !
Seiya sortit de la chambre en agitant joyeusement la main, laissant la porte claquer derrière lui. Jabu fixa le battant clos quelques secondes, brusquement fatigué. Ce matin. Il partait ce matin. Avec Seiya. À la rencontre d'un ange qui avait passé trois ans dans la Furrysistance. Et qui s'était fait virer. Pourquoi ? Jabu ferma les yeux, sentant une légère migraine pointer. Tout était si compliqué. Douche. Il devait prendre une douche.
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- Et donc, en prenant vers l'ouest à partir d'ici, on arrive au gué du Diable ?
Jabu hocha la tête :
- Oui, vers l'ouest, le sud-ouest. De ce côté, montra-t-il de la main.
Camus regarda dans la direction indiquée.
- Ce n'est pas si loin d'Altbourg, non ?
- C'est dans la même direction, sourit le licorne. À une journée, une journée et demie de marche, environ.
- Tu as fait le trajet souvent ?
- Entre Altbourg et le gué du Diable ? Non, mentit Jabu. J'ai pris le gué du Diable juste quelques fois, quand je n'avais pas l'occasion de traverser plus au nord-ouest.
- Il y a d'autres gués ?
Le licorne-garou secoua la tête :
- Non, mais il y a des barges. Et si je n'ai vraiment pas d'argent, j'y vais à la nage.
- Tu traverses l'Amperl à la nage ? répéta Seiya, visiblement admiratif, en s'incrustant dans la conversation.
Une lueur agacée traversa le regard de Camus, qui n'appréciait que moyennement le caractère expansif du brun.
- Il y a des endroits plus simples que d'autres à traverser, ça dépend du courant, de la largeur... Mais c'est toujours très fatiguant, alors je préfère quand je peux emprunter une barge. Il y a plein de petits villages disséminés le long des rives, entre Altbourg et les montagnes. Mais ils sont plus rares en aval, je ne sais pas pourquoi.
- C'est à cause de la Furrysistance. Elle contrôlait tout le nord-est, jusqu'aux collines du Levant, avant la victoire de Geheimbourg, expliqua Camus. Et elle tenait également plusieurs gués sur l'Amperl, elle voulait étendre son emprise sur le sud-est du pays. D'ailleurs, le gué du Passereau faisait partie des gués de la Furrysistance.
Jabu acquiesça, intéressé.
- À l'époque, poursuivit un Camus ravi d'avoir un public, Altbourg était un avant-poste de l'Inquisition, pas très loin du "territoire" de la Furrysistance. Oh, il y avait encore des anges et quelques garnisons inquisitoriales au-delà d'Altbourg, Geheimbourg par exemple, ou Saarcassel, au sud du gué du Passereau.
Seiya décrocha à ce moment. Ayant été quasiment éduqué depuis sa petite enfance par l'Inquisition, il avait appris, année après année, la géographie du pays et l'évolution du rapport de force entre l'Inquisition et la Furrysistance. Un instant, il envisagea d'accélérer et d'aller rejoindre Milo,qui marchait à quelques mètres devant eux, mais il renonça finalement. Après tout, Camus parlait surtout à Jabu, qui semblait apprécier ce cours d'histoire improvisé. Lui, Seiya, pouvait continuer à bayer aux corneilles en marchant au côté du nouveau. Ce n'était clairement pas désagréable.
- Mais, je ne comprends pas, demanda soudainement Jabu. La Furrysistance avait conquis des territoires ? Genre... elle avait fondé une sorte de royaume indépendant ?
- Bien sûr que non, intervint Seiya, choqué. Manquerait plus que ça ! Non, bien sûr que non. Mais elle avait tellement de sbires au nord-est et dans une moindre mesure au sud-est qu'y pointer le bout d'une aile était synonyme de danger constant ! Le moindre petit bourg était défendu par une troupe inquisitoriale... et cela ne suffisait pas toujours.
- L'Inquisition avait les moyens de protéger chaque village ? souffla Jabu, impressionné.
Seiya fit une moue sardonique, mais Camus l'interrompit :
- Elle avait les moyens d'essayer. Mais la conséquence, c'était qu'on ne pouvait pas entreprendre d'action de plus grande envergure pour écraser la Furrysistance. C'est pour ça qu'il a fallu attendre de débusquer leur quartier général pour reprendre l'avantage.
- Un massacre, appuya Seiya avec un sourire de satisfaction. Heinstein était quasiment devenue une ville de daemons. Aujourd'hui, il y a des familles d'anges qui s'y sont installées.
- Après ça, la Furrysistance était complètement désorganisée, précisa Camus. On a poursuivi leurs leaders jusqu'à Geheimbourg, où l'on a fini par construire le Palais inquisitorial, la nouvelle maison-mère.
- Pour le symbole, intervint Seiya.
- Exactement. Et ensuite... on a traqué et éliminé leurs unités, récupéré par exemple le gué du Passereau... jusqu'à la situation actuelle. Aujourd'hui, la Furrysistance est agaçante et toujours meurtrière, mais elle ne représente plus vraiment un danger global.
Jabu hocha la tête, pensif. Seiya l'observa discrètement du coin de l'œil. La lueur curieuse avait disparu de ses yeux verts au fil de la conversation. Comme d'habitude, dès qu'on commençait à parler de daemons, Jabu se fermait comme une huître. Probablement parce que cela lui évoquait de mauvais souvenirs. Le cœur de l'ange se serra. Se faire arracher les ailes... Cela lui semblait être le pire des destins, se retrouver cloué au sol comme ça. Le brun leva les yeux vers le ciel, écartant quelques mèches rebelles. Normalement, il aurait fait le trajet depuis là-haut, ses ailes bien entraînées étant capables de le porter sur de longues distances. Mais son compagnon... ne pouvait même pas voleter pour se détendre les ailes, comme les anges en avaient l'habitude.
Alors, certes, Jabu avait l'air de bien le vivre, mais quand même... C'était monstrueux d'infliger ça à un enfant... mais les daemons n'avaient jamais eu la réputation de s'arrêter à ce genre de considérations. Et Seiya avait pu voir de ses propres yeux la cruauté dont ces bêtes pouvaient faire preuve. À nouveau, des flashs lui revinrent, la nuit, une rumeur qui devient cris de terreur, les hennissements stridents, proches du hurlement, qui semblaient déchirer le voile de la réalité, sa sœur - et les yeux, les yeux phosphorescents, au-dessus du...
Il trébucha sur une ornière, rattrapé à temps par Jabu.
- Attention ! lui sourit le jeune homme aux cheveux châtains.
Puis il fronça les sourcils, comme inquiet.
- Ça va ? demanda-t-il en se penchant vers Seiya.
- Il va bien ? fit comme en écho Camus, qui s'était arrêté lui aussi.
Le brun hocha la tête et marmonna quelque chose d'inintelligible, embarrassé.
- J'ai pas compris ce que tu as dit, Seiya, lui répondit Jabu. Tu vas bien ? répéta-t-il. Tu es vraiment pâle...
- On fait une pause, décréta Camus. Je vais prévenir Milo.
"Non", aurait voulu protester Seiya. Le problème, c'est que les flashs ne voulaient pas partir, cette fois. Ils n'étaient pas au premier plan, mais continuaient de se dérouler, imperturbables, au fond de son esprit. Et puis ils innovaient - aux cris des gens de son village s'ajoutaient ceux d'une autre personne, aux hennissements des grognements indéterminés, et puis il y avait ces bruits atroces de déchirure, des plumes qui volent et un petit enfant au dos ensanglanté. Une belle crise de panique, comme il n'en avait pas eu depuis plusieurs années.
- Seiya, tout va bien ?
Milo. Le brun hocha la tête. Il se sentait un peu nauséeux, mais il devait se reprendre. Il inspira et expira plusieurs fois, lentement.
- Asseyons-nous un moment, suggéra l'ange aux cheveux violets. Je ne sais pas vous, mais moi je suis crevé aussi. Et j'ai une de ces soifs !
Seiya se retrouva assis par terre à côté de Jabu, cherchant toujours à se calmer. Son imagination débordante avait tendance à le submerger d'images, de sons, qui n'avaient pas besoin d'appartenir à ses souvenirs pour l'angoisser. C'était cependant la première fois que l'histoire d'une personne particulière réussissait à l'ébranler à ce point. D'habitude, il évitait de trop se rapprocher des gens, en fait. Sourire, poignée de mains, accolade, blague, soirée à la taverne, d'accord, mais rien de plus. Même avec Marine, il maintenait une certaine distance. On ne savait jamais quand les gens mourraient, et il ne voulait plus jamais ressentir le vide qu'avait été la perte de sa sœur.
Mais Jabu avait été... différent. D'abord, il l'avait intrigué. Un type sorti de nulle part, que son mentor avait aussitôt adopté, qui avait voyagé toute sa vie, et qui n'avait pas d'ailes. Ensuite, Seiya s'y était attaché. Le nouveau était gentil, sérieux, il travaillait dur et il avait une conversation intéressante. D'ailleurs Pervigot, l'étalon le plus soupe-au-lait et irritable du Palais inquisitorial, l'avait adopté direct, cela prouvait sans laisser place au doute que Jabu était quelqu'un de bien. Tout cela pour dire que Seiya avait été content que Marine le mette en binôme avec lui. Cependant, cette crise venait de lui prouver qu'il devait se reprendre, rebâtir ses clôtures. Jabu était devenu un peu trop proche de lui...
- Tu devrais boire un peu, Seiya, tu as vraiment une sale mine, lui suggéra justement l'objet de ses pensées.
Le brun acquiesça et but mécaniquement. Ce n'était vraiment pas le moment de se faire dorloter. Il rendit la gourde à son ami avec un sourire un peu vide :
- Je me sens mieux, maintenant. Merci.
- Si tu le dis.
Le licorne-garou était dubitatif. Il commençait à connaître Seiya, et là, maintenant, tout de suite, il manquait d'énergie. Quoi qu'il se soit passé, cela l'avait secoué. Deux minutes de repos ne suffiraient pas à le remettre sur pied. On approchait déjà du milieu de l'après-midi...
- Bon, je sais qu'on avait prévu de se rapprocher du gué du Passereau de façon à la traverser demain en fin de mâtinée, mais tant pis, fit Camus qui avait apparemment suivi le même raisonnement. On va s'arrêter ici pour aujourd'hui. Quand Seiya sera remis, on ira à la recherche d'un coin abrité pour la nuit. Et le gué, on le traversera demain soir, ou même après-demain matin.
Milo acquiesça :
- Cela me semble raisonnable.
- Mais non, donnez-moi un quart d'heure et je suis sur pied, protesta Seiya, agacé. C'est juste... une petite insolation, quelque chose comme ça.
- Le ciel est un peu nuageux pour une insolation, contra Camus, impitoyable. Tu as toujours tendance à en faire trop, Seiya, quand tu n'es pas en train de flemmarder. On s'arrête maintenant.
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Röseln, Maison inquisitoriale, quelques jours plus tard...
Kanon s'ennuyait. Sa prison n'avait pas de fenêtres, alors il avait du mal à calculer l'écoulement du temps. Régulièrement, on lui amenait de quoi manger et on changeait la mèche de la lampe à huile qui l'éclairait. Mais à part ça, il ne disposait d'aucun repère. Il avait bien essayé de poser des questions aux anges qui venaient, mais on leur avait apparemment ordonné de garder le silence. Du coup, le bleuté était seul avec lui-même, ses souvenirs et ses doutes. Il essayait de ne penser ni au passé, pour ne pas évoquer Rhadamanthe, ni au futur, car le sien gisait sous une épée de Damoclès prête à tomber. Le problème, c'est que son présent était désespérément vide ; le plus intéressant, c'était le passage de cafards sur le mur du fond ou les changements de chaussettes des gardes.
Il n'avait pas revu Aphrodite depuis leur première entrevue, cela au moins était un soulagement. Kanon savait qu'il lui avait fait beaucoup de mal en quittant l'Inquisition, mais son absence de regrets l'empêchait de s'excuser. Il lui semblait que ce serait hypocrite. Alors mieux valait qu'ils se tiennent loin l'un de l'autre.
- T'aurais dû rester à Geheimbourg, lâcha le bleuté à voix haute, se sachant seul. Pourquoi est-ce que tu es allé t'enterrer dans ce trou paumé, bordel !
Il connaissait Aphrodite ; l'ange était ambitieux, pas du genre à venir diriger une Maison aussi éloignée du Palais... Non, Kanon l'aurait plutôt vu accepter le commandement d'une forteresse de l'Inquisition par très loin des collines du Levant, peut-être celle d'Heinstein ? Bref, une pas très loin de Geheimbourg, pour pouvoir y exercer quand même une certaine influence, être rappelé au Palais dès que possible et continuer à gravir les échelons. Röseln était à une semaine de voyage à pied, à peine moins en volant. Impossible d'avoir la moindre présence au Palais inquisitorial à cette distance, il y serait vite oublié.
- Vraiment, je te pensais plus stratège que cela, marmonna Kanon.
Ses proches avaient changé, en trois ans. Mais il ne pouvait ni leur en vouloir, ni s'en étonner. Connaître personnellement un traître qui avait fui avec la Furrysistance, c'était une honte absolument à l'Inquisition. Aphrodite avait dû en souffrir... et puis il y avait son frère, son jumeau. Aux dernières nouvelles reçues par Rhadamanthe, un ou deux mois plus tôt, Saga allait bien et travaillait toujours pour Shion, comme secrétaire. Et Kanon savait que son amant avait pu le contacter pour qu'il transmette un message au pauvre gamin que Pandore avait eu la bonne idée d'envoyer entre les griffes de l'Inquisition. L'ange ne connaissait que son nom, Jabu. Est-ce qu'il était encore vivant ? S'il ne mourrait pas ici, le bleuté le retrouverait peut-être même en prison à Geheimbourg... L'idée le fit rire. Même de retour au bercail, il retrouverait quand même aux côtés de daemons. Sa vie était une mauvaise blague. Et depuis que Rhadamanthe était parti, elle était en plus triste à mourir.
L'ange soupira, secoua vaguement ses ailes pour éviter l'ankylose. Mieux valait ne pas s'aventurer sur cette pente glissante, et po-si-ti-ver. Une quantité respectable de temps s'était écoulée depuis son arrivée, hein, et si Aphrodite avait voulu l'exécuter, il l'aurait probablement déjà fait. Donc on l'enverrait probablement à Geheimbourg. Certes, là-bas, Shion aurait certainement très envie de le tuer, mais Saga l'en empêcherait... sûrement... et puis, Kanon y connaissait encore du monde, Marine, qui le comprendrait puisqu'elle aussi avait craqué pour un daemon juste avant son départ, ou encore Milo et Camus, ses deux amis d'enfance... Bref, il aurait de meilleures chances de s'en sortir.
En vérité, cela dépendrait probablement de ce qu'il serait prêt à révéler ou pas sur la Furrysistance. Plus il en dirait, plus il serait utile, moins il risquerait d'être éliminé. Le problème, c'est que si mettre en danger des saloperies comme Minos ou Pandore le laissait froid, voire le réjouissait, c'était entièrement différent lorsqu'il pensait à Myu, Pharaoh, Valentine ou Sylphide. En fait, la plupart des membres de la Furrysistance étaient des gens bien, comme la plupart des membres de l'Inquisition l'étaient. C'était quand même étonnant, cette façon qu'avaient les gens bien de s'entretuer.
Kanon soupira. S'il se mettait à la philosophie de comptoir, il était foutu. Mais bon, ce genre de réflexion vaguement cynique et aussi profonde qu'une flaque sur la route après la pluie, restait toujours préférable aux souvenirs qui attendaient patiemment dans un coin de son esprit. Le bleuté savait qu'il devra leur faire face à un moment ou à un autre, mais il préférait être sorti de ce trou et pelotonné dans les bras de son jumeau pour s'en occuper. Il soupira. Quelles étaient les chances qu'il ait dans un futur proche la possibilité de câliner Saga, exactement ? Une fois au Palais inquisitorial, il serait surveillé en permanence, et probablement jeté dans le même genre de trou qu'ici.
Soudainement, la porte grinça en tournant sur ses gonds. Kanon se redressa, aussitôt en alerte. Deux hommes entrèrent dans la cellule, Aphrodite et...
- Kanon ! s'exclama doucement Camus en s'avançant vers lui pour le serrer brièvement dans ses bras. Tu n'as vraiment pas l'air d'aller bien, soupira-t-il. Enfin, tu me raconteras plus tard.
- Qu'est-ce que tu fous là ?
L'ange sourit :
- Je viens te chercher, bien sûr. Quelle question !
- Bonne nouvelle, enfoiré, cingla Aphrodite. Tu rentres à Geheimbourg.
- Nous y serons dans une dizaine de jours, précisa Camus.
Il se tourna vers le maître de Röseln, souriant :
- Comme nous venons d'arriver et que nous sommes un peu fatigués, je pensais que nous pourrions rester quelques jours ici ?
- Pas de problème, accepta Aphrodite.
Il avait hâte que ses visiteurs prennent leurs cliques, leurs claques et Kanon, mais il pouvait supporter un peu d'attente supplémentaire. En plus, il aurait l'occasion d'observer le type bizarre qui avait "sauvé" Marine et qui s'était suprenamment bien intégré au sein de l'Inquisition, au point de participer à l'escorte d'un prisonnier venant de la Furrysistance.
- Parfait, répondit Camus. Du coup, il nous faudra deux chambres, une pour deux personnes, et une pour trois.
Aphrodite fronça les sourcils. Il connaissait de longue date son collègue, et ce ton satisfait indiquait l'entourloupe aussi sûrement qu'un panneau peint en pourpre.
- Vous n'êtes que quatre, objecta-t-il prudemment.
- Et Kanon ?
Le maître de Röseln lui jetta un bref regard :
- Il est très bien ici.
- Alors en fait, intervint le bleuté, je déteste cet endroit, laissez-moi sortir.
- Effectivement, il est très bien ici, répéta Camus en fronçant le nez. J'insiste pour qu'il ait une chambre. Je n'ai pas envie de me traîner un ange à demi-mort sur les routes pendant une semaine, merci.
- C'est un prisonnier, on ne peut pas le laisser dans un endroit non-sécurisé, grinça Aphrodite.
- Je te promets qu'il y aura toujours au moins une personne, Milo ou moi, pour le surveiller. Et j'ai bien demandé une chambre pour trois et une chambre pour deux. Les jeunes seront très bien tranquilles, et Kanon sera sous notre garde, à Milo et moi.
Aphrodite ricana :
- Voilà donc le seul ange prêt à gâcher ses nuits avec son amant en acceptant un traître dans sa chambre, tout ça pour s'assurer qu'il soit en forme. Quel professionnalisme ! L'Inquisition n'en demande pas tant...
- Pas de sarcasme, Aphrodite. Juste... Une chambre pour trois, d'accord ? Et il n'y aura pas de problème, je le promets !
- Moi aussi, je promets de ne pas causer de problème, ajouta Kanon innocemment.
Aphrodite lui jeta un regard noir.
- La ferme, Kanon.
- Assez ! intervint Camus. Ma parole devrait suffire, non ? Le premier secrétaire de Son Altesse, Shion en personne, m'a donné la charge de ramener cet ange au Palais. Il est donc sous ma garde, et si je dis qu'il doit l'être dans ma chambre plutôt qu'ici, alors il le sera.
Les yeux du maître de Röseln s'étrécirent. Il était rare que quiconque, même émissaire du Palais inquisitorial, ose imposer ainsi sa volonté. Mais Camus... Camus avait toujours été comme ça. Cassant. Arrogant. Et avec suffisamment de soutien de la part de Shion, qui connaissait sa valeur et lui faisait confiance, pour pouvoir se permettre de l'être.
- Très bien, siffla finalement Aphrodite. Le traître est sous ta responsabilité. Mais si quoi que ce soit devait mal tourner...
- J'en répondrai, compléta calmement Camus. Cependant, il n'arrivera rien. Milo et moi sommes des Premiers inquisiteurs, ce n'est pas pour rien. Et tu connais les qualités de Seiya.
Aphrodite secoua la tête et tourna les talons, lâchant au passage les clefs qui ouvraient les chaînes retenant Kanon. Celles-ci tombèrent sur le sol dans un bruyant cliquetis métallique. En soupirant, Camus les ramassa et détacha le bleuté, qui se releva en se frottant les poignets. Il fit quelques pas maladroits, s'étirant un peu au passage. Son ami l'attrapa doucement mais fermement par le bras, l'emmenant vers la sortie.
- Dépêche-toi Kanon, et par pitié tiens-toi tranquille. On va aller retrouver Milo, j'ai vraiment besoin d'aller lire quelques heures tranquille.
