Bonsoir !
Tout d'abord, je voulais m'excuser auprès de toutes les personnes qui n'ont pas reçu de réponses de ma part niveau reviews ou MPs... Tout ce beau monde ne lit pas la Geste, hélas, mais bon... Je n'y arrive juste pas, ça s'accumule et le reste, les cours, la fatigue, les livres que j'ai à lire ou juste mon habitude de m'épuiser à ne rien faire de constructif ou productif... bah le temps passe et boum, oups, rien répondu, désolée désolée, et pourtant croyez bien que je lis les reviews ! (pour les MPs, c'est plus compliqué, je ne reçois pas de mail de ffnet)
Bref. Je peux me donner autant d'excuses que je veux, ça ne change rien au fait que ce n'est pas correct de ma part, et je présente mes plus sincères excuses aux personnes qui liront ces lignes. Normalement, je devrais répondre à un certain nombre de reviews ce soir...
Ensuite, je voulais (encore) m'excuser pour la longueur de ce chapitre, qui sera un peu (beaucoup ?) plus court que d'habitude. Si vous trouviez que je faisais des chapitres trop longs... c'est votre moment o/
Je pense que des chapitres plus courts vont devenir plus courants à l'avenir, histoire de pouvoir mieux respecter mes délais de publication. Encore et encore, mon optimisme et ma motivation se heurtent à la réalité, à savoir qu'avec vingt-cinq heures de cours par semaine j'ai trop besoin de décompresser pour écrire (d'autant qu'écrire n'est pas l'activité la plus agréable physiquement parlant - nécessité de rester assise immobile sur une chaise notamment, je peux ignorer la douleur, c'est sûr, genre là je suis en train de le faire, mais haha, déso, je suis pas maso non plus, quoique, enfin pas comme ça de toute façon, et je douille assez naturellement, pardon).
Du coup, solution : au lieu de m'imposer 5000 mots par chapitre, je vais faire au mieux selon les circonstances. Et cette quatorzaine, le mieux c'est environ 3500 mots. Mais avec beaucoup de révélations. Cependant, il y aura peut-être un peu moins de drama que dans les chapitres précédents (il faut bien laisser les persos se reposer).
Bon, il me semble que j'ai assez vidé mon sac comme ça ! Merci à toutes les personnes qui ont laissé des reviews, en particulier les personnes en anon à qui je risque de ne pas pouvoir répondre (je ferais un point là-dessus plus tard ce soir, j'éditerais peut-être ce chapitre, on verra) !
Bonne lecture :D
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 7
Dans les environs de Röseln, de nuit...
- Tu penses vraiment que c'était Rhadamanthe ?
Myu soupira :
- Tu connais beaucoup d'autres corgis au sein de la Furrysistance ?
- Garous, peut-être pas, répondit Zélos. Mais des corgis ? Rhadamanthe en a deux. Un cadeau de Minos.
Lae papillon secoua la tête :
- Le griffon lui a tordu le cou personnellement. Il aurait fait la différence.
- Et s'il l'avait faite ?
Myu observa un silence pensif. Ael ne pouvait nier y avoir pensé. L'avoir espéré fort, très fort, si fort. Rhadamanthe qui s'enfuit, envoie un de ses corgis à sa place. Minos, au courant, ou qui comprend sur l'instant. Et qui agit.
- Non, finit-ael par répondre. Ce n'est pas le genre de Rhadamanthe de sacrifier un de ses chiens chéris. Et quand bien même on laisserait la porte de sa cellule ouverte, il ne mettrait pas un orteil au-dehors tant que son nom n'est pas lavé.
- Vous avez essayé, fit Zélos d'un ton plein de compassion en pressant l'épaule de saon camarade. S'il s'est montré trop têtu, vous n'en êtes pas responsables. Tu n'en es pas responsable, Myu.
- Il y a quelque chose de pourri dans la Furrysistance. Je m'en veux de ne pas l'avoir vu plus tôt.
- Moi aussi.
Les deux soupirèrent.
- Tu aurais dû prendre la suite, Zélos.
- Moi ? Tu plaisantes !
- Pas du tout. Tu aurais fait un meilleur travail que ces trois benêts.
- Ce qui n'aurait pas été très difficile, ricana le grenouille-garou. Ils ne sont pas mauvais, individuellement... mais ils sont incapables de bosser ensemble.
Myu haussa les épaules, désabusé :
- Si leur association était notre seul problème, il serait bientôt réglé... Si tu veux mon avis, Eaque ne fera pas long feu.
- Ah ?
- Oui. Minos veut le pouvoir et Rune se débrouillera pour qu'il l'ait. Et si ce foutu secrétaire a su convaincre le griffon de faire tuer son meilleur ami... disons que j'ai peu d'espoir pour le panthère.
Zélos hocha la tête, gardant le silence. Autour, la forêt bruissait, respirait, habitée par une multitude de créatures. Le grenouille s'y sentait à sa place, petit batracien au milieu des autres. Finalement, quitter la Furrysistance n'avait pas eu que de mauvais côtés...
- Qu'est-ce que tu prévois de faire maintenant, Myu ?
- Comment ça ?
- Je commence à te connaître, depuis quoi ? vingt-cinq ans qu'on se fréquente ? Et tu n'es pas du genre à rester les bras croisés pendant que les choses changent autour de toi. Donc, je répète : qu'est-ce que tu prévois de faire maintenant ?
Lae papillon le regarda, le visage indéchiffrable, puis sourit :
- Tu me conseilles quoi ?
Zélos leva les yeux vers le ciel, observant les étoiles qui brillaient, localisant par automatisme les constellations qui lui servaient de points de repère.
- Très égoïstement, je te conseille de te barrer, Myu. Emmène Pharaoh et tes proches, et barre-toi avant que les choses ne dégénèrent. Je ne parle pas que de la prise de pouvoir de Minos, tu sais.
Le grenouille gratta un des boutons d'acné qui éclosaient continuellement sur sa face.
- Si les accusations proférées contre Rhadamanthe et moi étaient bien entendu ridicules et largement portées par les ambitions du griffon, il y a tout de même un fond de vérité dans cette affaire. Il y a une taupe dans la Furrysistance.
- Tu soupçonnes quelqu'un en particulier ?
- Pandore, qui est un peu trop passionnée par la recherche de la taupe - ça pourrait être une manœuvre pour écarter les soupçons. Et puis Rune.
- Pourquoi lui ?
- L'instinct. Et au fond, on ne sait pas grand chose de lui, à part que Minos l'a trouvé dans je ne sais quel fossé de route, est tombé amoureux et n'a plus voulu le lâcher.
Myu laissa échapper un petit rire :
- Rune est venu voir Minos pour lui offrir son aide. Et il connaissait personnellement Hadès.
- Ouais... C'est ce qu'il dit.
- Notre chef avait beaucoup de secrets. Cependant, je comprends tes soupçons. Je n'aime pas Rune non plus. Il manipule Minos, c'est clair. Mais de là à dire qu'il est un traître...
- Ce ne sont que des hypothèses, tempéra Zélos. Je n'ai pas d'éléments concrets à apporter.
Un léger silence les enveloppa, jusqu'à ce que Myu reprenne :
- Malheureusement, je ne peux pas juste partir.
- Du coup tu veux faire quoi ? Assassiner Minos et Rune ?
- Non ! Enfin... je ne sais pas. C'est ce que suggère Pharaoh.
- C'est probablement ce qu'il y a de mieux pour la Furrysistance.
- Hmmm... Et toi, Zélos ?
- Moi ?
- Tu veux faire quoi ?
Le grenouille-garou ferma les yeux et s'allongea dans l'herbe.
- Devenir une grenouille et disparaître dans la forêt. De plus en plus des nôtres choisissent cette voie. Reprendre une forme bestiale et la garder. C'est peut-être la solution.
- Et fonder notre propre pays ? Où nous pourrions avoir nos villages, nos villes ?
- Franchement, je ne sais pas si j'y crois encore. Dans tous les cas, ce n'est pas la Furrysistance telle qu'elle est aujourd'hui qui y parviendra... Il y a cinq ans, les choses étaient différentes, bien sûr.
Le silence revint. En fait, ce n'était pas un vrai silence. Au milieu d'une forêt, il ne pouvait pas y avoir de silence absolu, il y avait toujours un grattement, un frôlement, un cri quelque part, un bruit de fond permanent. Mais si l'on n'y prêtait pas garde, il disparaissait, se fondant dans l'atmosphère.
- Tu vas me manquer, Zélos.
- Si tu comptes remettre sur pied la Furrysistance, tu sais que je serais avec toi, Myu.
Lae papillon secoua la tête :
- C'est un nid de guêpes. Tu es dehors, maintenant. Profites-en. Moi, je... Je fais peut-être l'erreur de ma vie, mais je crois que je vais rester un peu plus longtemps. Voir si on peut, je ne sais pas, sauver les meubles.
- Ça ne te ressemble pas, d'être si défaitiste.
- Je crois que j'en ai marre. Et puis, j'ai presque la quarantaine, j'avoue que toutes ces bêtises, parfois...
- Mais tu ne comptes pas lâcher.
- Non. Je suis incorrigible. Je pense que je vais faire profil bas, observer... On verra bien.
- Bonne chance, lâcha Zélos.
- J'en aurais besoin.
Le grenouille-garou hocha la tête sombrement.
- M'est avis, Myu, que tu devrais commencer par ne plus venir ici. Tôt ou tard, ça se saura.
- Je déteste les adieux, Zélos. Je ne sais jamais quoi dire, c'est toujours tellement forcé.
- Si je me transforme en grenouille et que je m'éloigne à petits bonds sans rien ajouter, ça te va ?
- Plutôt moi qui deviens papillon ?
Le batracien fit une petite moue d'acquiescement :
- Ça pourrait marcher aussi, écoute.
- Parfait. On fait ça, alors.
- Ça marche.
Silence. Puis le corps de Myu sembla se tordre, se recroqueviller, rapetissant jusqu'à devenir une sorte de chenille. Deux ailes aux pigments éclatants émergèrent, humides et frissonnantes dans l'air de la nuit. En quelques battements, l'insecte s'éleva au-dessus de Zélos, avant de quitter la clairière sans se retourner.
OoOoOoOoO
Röseln, Maison inquisitoriale, trois jours plus tard...
Kanon flottait encore dans un demi-sommeil lorsque Milo émergea. Ses ailes frémirent d'abord, les plumes un peu froissées, puis l'ange grogna. Kanon sourit :
- Bien dormi ?
Pas de réponse. Milo n'avait jamais été très réactif de bon matin. Même si en l'occurrence, on était plutôt en milieu de matinée.
- Quelle heure... il est ?
Le bleuté jeta un œil à l'horloge qui trônait dans un coin de la pièce.
- Dix heures et demie.
- Oh merde ! s'exclama Milo, soudainement alerte. Camus va me tuer, on devait partir...
- Ce matin, aussi tôt que possible. Au moins, tu t'en souviens, intervint une voix ironique.
- Tu aurais dû me réveiller !
- Ah. Parce que c'est de ma faute ?
- Non, bien sûr que non...
Camus acquiesça avec un sourire approbateur.
- De toute façon, reprit-il en entrant dans la chambre, ce n'est pas grave. On partira juste cet après-midi. Aphrodite va râler, mais peu importe.
- Tu es allé t'entrainer ? demanda Kanon en constatant la tenue et la sueur recouvrant la peau de l'ange.
- Autant profiter du temps que j'avais. La bibliothèque ici est un peu pauvre.
Camus fit une pause, puis ajouta :
- Et Jabu a besoin d'être formé. Il se débrouille, bien, très bien même, mais il reste un novice.
Comme d'habitude, Kanon eut du mal à cacher son trouble en entendant le nom du jeune "ange". Rhadamanthe, avant son... son... sa disparition, lui avait parlé d'un espion envoyé par Pandore au sein de l'Inquisition, un certain Jabu. Le prénom n'était pas commun. Il était impossible qu'il s'agisse d'une coïncidence. Cependant, l'ange devait avouer que le daemon ne se débrouillait pas mal, ne laissant transparaître aucun indice quant à sa véritable nature. Ce qui lui sauvait probablement la vie. Mais combien de temps ?
- Tu vas prendre une douche ? demanda Milo, la voix enjôleuse.
- Hmm hmm.
- Donne-moi deux secondes pour sortir du lit...
- Rejoins-moi quand tu as décidé de bouger ton derrière, rétorqua Camus en disparaissant dans la salle d'eau attenante.
Peu à l'aise, Kanon bondit hors du lit :
- Je vous laisse à vos affaires, hein... Je vais, heu, aller trouver Jabu et Seiya.
Milo fronça les sourcils.
- Non. Je vais les chercher, toi tu restes ici. Tu es encore un prisonnier, Kanon, soupçonné de traîtrise. Inutile de donner à Aphrodite un prétexte pour te faire quelque chose ou alourdir ton dossier.
L'ange passa rapidement une tunique et sortit de la chambre, non sans promettre à Camus de revenir "dès que possible, alors tu as intérêt à m'attendre". Il revint une dizaine de minutes plus tard, accompagné par un Jabu tout sourire, l'air un peu fatigué par son entraînement. Kanon avait eu le temps de se rendre à peu près présentable.
- Voilà. Allez vous balader, évitez les endroits trop peuplés, et si vous pouviez découvrir où se cache Seiya en passant... Il ne t'a vraiment rien dit ?
- Non Milo, désolé. Juste qu'il avait des trucs à faire. J'avoue, j'ai pensé qu'il allait aux toilettes.
- Où il n'était pas, on vient de vérifier.
Jabu grommela quelque chose d'inaudible.
- Quoi ? demanda Milo.
- C'était peut-être pas nécessaire de crier son nom dans les toilettes.
- Nécessaire, je ne sais pas. Mais efficace, certainement. Bon, moi aussi j'ai "des trucs" à faire, donc je vous laisse.
Kanon s'approcha de Jabu, pressé de sortir de la chambre. Il n'avait pas envie d'être dans les parages pendant que Milo et Camus... Non seulement cela lui rappelait Rhadamanthe, mais en plus cela ne faisait qu'accentuer l'ambiguité de ses sentiments pour les deux anges. Ce qui le faisait se sentir vaguement coupable vis-à-vis de Rhada. Déjà, il ne savait pas trop comment considérer le besoin qu'il avait de venir se blottir contre l'un ou l'autre de ses... techniquement, geôliers, chaque nuit, sans faute. Alors même qu'il avait un lit séparé.
Au-delà de ces problèmes très personnels, le bleuté était aussi pressé de pouvoir se retrouver seul - enfin ! - avec Jabu. D'habitude, il y avait toujours Milo, Camus ou Seiya. Le daemon n'était pas entré dans l'Inquisition depuis longtemps, alors on ne lui faisait pas tout à fait confiance. Rien d'inhabituel, mais ça n'arrangeait pas Kanon. Il fallait qu'il parle à Jabu. En espérant trouver les mots pour le convaincre de se barrer avant d'être démasqué.
- Hum, Kanon ?
Le bleuté cligna des yeux et se concentra sur Jabu, qui le regardait, un peu hésitant. Ils étaient plantés devant la porte de la chambre depuis quelques minutes, Kanon plongé dans ses pensées et Jabu ne sachant visiblement pas où aller.
- Pardon, j'étais ailleurs. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je te demandais si tu avais une idée d'un endroit où Seiya pourrait être ? Tu connais mieux les bâtiments que moi, après tout...
- Désolé, répondit le bleuté en secouant la tête. Aucune idée. Après on peut faire le tour, on finira bien par trouver.
Jabu sourit :
- On n'a rien de mieux à faire de toute façon. Du coup... on va par où ?
- C'est toi le chef ! Moi, je suis juste un prisonnier sous escorte, en train de faire sa balade du jour !
Le daemon eut une moue ironique :
- Un prisonnier, bien sûr. Qu'on laisse libre avec un petit nouveau... Tu ne portes même plus tes menottes.
Le regard de Kanon tomba sur ses poignets nus. Effectivement, il ne les portait plus. Camus les lui avait retirées la veille avant de dormir, pour plus de confort. Et ne les lui avait pas remises.
- Camus a dû oublier de s'en occuper, marmonna-t-il.
- Probablement. Ce n'est pas très professionnel, fit remarquer Jabu. Mais Camus et Milo... ils te font confiance, c'est évident. Seulement, je n'en dirais pas autant d'Aphrodite. Je crois qu'il ne fait confiance à personne, au fond.
Le daemon hésita, puis reprit :
- On n'a pas le choix, il va falloir que tu les remettes.
- Camus a la clef !
- Au moins les enfiler, alors. Histoire de faire illusion.
C'est comme ça que Kanon se retrouva à entrer sur la pointe des pieds dans la chambre, essayant de ne surtout pas regarder dans la direction de la salle d'eau. Les menottes étaient sur la table de nuit où il les avait laissées la veille : deux cercles métalliques, pas serrés au point de blesser, mais suffisamment pour que leur contact finisse par irriter la peau. L'ange les posa rapidement sur ses poignets, de manière à ce qu'on ne remarque pas qu'elles n'étaient pas verrouillées. Il ne savait pas où était la clef - Camus avait gardé un peu de son légendaire professionnalisme, finalement.
Il ressortit ensuite et retrouva Jabu dans le couloir. Le daemon lui sourit.
- Elles ne sont pas vraiment fermées, annonça Kanon.
- Tout le monde n'y verra que du feu, je pense. Du coup. À gauche ou à droite ?
Une pause. Jabu laissa échapper un petit rire :
- Bon, vu qu'à droit c'est un cul-de-sac, je suppose qu'on ira à gauche.
- Sans blague.
Ils marchèrent quelques minutes en silence, évitant les espaces communs. Au bout d'un moment, à peu près certain qu'ils étaient seuls, parcourant un couloir qui avait l'air désaffecté, Kanon se décida à aborder le sujet qui lui brûlait les lèvres depuis qu'on lui avait présenté Jabu.
- Tu sais que j'étais dans la Furrysistance ?
- Hmm ? Oui, on m'a dit.
- Et... qu'est-ce que tu sais d'autre ?
Le daemon s'arrêta, pencha la tête sur le côté :
- Rien d'autre. Je suis nouveau, tu sais.
- Ah. En fait, j'ai rejoint la Furrysistance parce que j'étais amoureux. D'un Furrysistant.
Jabu haussa un sourcil. D'accord, il n'était peut-être pas le mieux placé pour en parler, avec son fichu béguin pour Seiya, mais tout de même : pourquoi les gens semblaient-ils si pressés de trahir leur peuple, tout ça par amour ? Au nom de la justice, d'un idéal quelconque, Jabu aurait compris, d'accord. Mais par amour ? Et surtout pour finir par revenir après ?
- D'accord, répondit-il sobrement.
- Ça te choque ?
- De quoi ?
- Que j'ai été amoureux d'un daemon.
- Non. Tu n'es pas le seul ange dans ce cas.
- Pas faux.
Le silence retomba entre eux. Kanon grimaça intérieurement. Jabu se révélait assez hermétique. Il ne savait pas trop ce qu'il avait espéré avec cette introduction. Gagner la confiance du jeune daemon ? Qu'il lui avoue qui il était ? Qu'il lui demande des nouvelles de la Furrysistance ? Un peu des trois ? Peu importe de toute façon, cela n'avait pas marché. Jabu n'avait pas eu l'air particulièrement ébranlé par ses paroles. L'ange soupira. Il allait donc devoir perdre en subtilité.
- Ce daemon... Il s'appelait Rhadamanthe.
Kanon avala sa salive. Prononcer le nom de son amour. Avec un verbe au passé. Aouch.
- Avant qu'il ne... meurt, il m'a parlé de certaines choses.
- Heu, Kanon, je ne sais pas si je suis la personne la mieux placée pour t'écouter.
- Oh si, Jabu. Il m'a parlé d'un espion dans l'Inquisition, envoyé par la Furrysistance.
Pendant un dixième de seconde, le licorne-garou se figea entièrement, tétanisé. Puis il reprit le contrôle de ses muscles et, s'efforçant de contrôler parfaitement son visage et sa voix, se tourna vers Kanon :
- Je crois que des informations de ce genre ne devraient pas être diffusées aussi imprudemment.
Son cerveau tournait à toute allure. Que faire ? Empailletter Kanon, prétendre avoir été attaqué par cet espion dont venait de parler le bleuté, peut-être s'infliger lui-même une blessure ? Non, ça ferait bizarre avec l'empaillettement à côté. Empailletter Kanon alors, et se mettre à hurler et courir, expliquer avoir été miraculé... Beaucoup mieux.
- Mon...
- Je suis de ton côté, Jabu.
Le daemon s'interrompit.
- De mon côté ? répéta-t-il.
- Oui.
Jabu ferma un instant les yeux.
- Qu'est-ce que tu sais, exactement ? demanda-t-il finalement.
- Je sais qu'un espion nommé Jabu a été envoyé par Pandore, la sœur d'un des chefs de la Furrysistance, pour infiltrer l'Inquisition.
- C'est tout ?
- Je pense qu'elle doit te croire mort, aussi.
- Pourquoi ?
- Parce que cette idiote est persuadée que Rhadamanthe avait trahi la Furrysistance, et qu'elle lui a demandé de te transmettre une lettre.
Le regard de Jabu s'éclaira :
- Oui, je l'ai reçue ! Le messager te ressemblait, d'ailleurs.
- Mon jumeau. Saga.
- Oh, je vois. Et du coup, Pandore pense que Rhadamanthe m'a vendu à l'Inquisition ?
- C'est très probable, en tout cas. De toute façon, personne dans la Furrysistance n'aurait donné cher de ta peau.
Un sourire s'épanouit sur le visage du licorne :
- Je suis libre, alors ! Parfait ! Bon, c'est dommage parce que je ne recevrais jamais les infos que Pandore m'avait promises, mais tant pis.
Kanon écarquilla les yeux, halluciné :
- Comment ça, libre ? Tu es un daemon infiltré dans l'Inquisition, je te rappelle ! Il faut que tu te barres au plus vite... Je t'aiderais si tu veux, mais tu dois absolument partir.
- Parle plus fort, tout le bâtiment n'est pas au courant ! rétorqua Jabu, sur la défensive. Et je SAIS que je suis dans la merde, figure-toi. Je fréquente Seiya, et il me rappelle assez régulièrement à quel point les daemons sont des monstres impitoyables, incapables d'amour et bla bla bla...
Le jeune daemon prit une grande inspiration.
- Mais je ne sais pas comment partir. On m'a mis en binôme avec Seiya, donc je voulais profiter de nos missions, sauf que je ne sais pas quand on en recevra une. Et si on nous colle de nouveau des chaperons comme Milo ou Camus... je ne vois pas comment je pourrais disparaître discrètement. Je n'ai pas envie de tuer qui que ce soit ici, même Seiya je l'aime bien, même beaucoup, sauf que si j'ai trois boulets à la cheville...
La voix de Jabu se brisa et il s'interrompit, un peu pantelant.
- Je... Je crois bien que j'ai besoin d'aide, oui, conclut-il, au bord des larmes.
Puis il éclata en sanglots. D'abord médusé, Kanon se reprit rapidement. Il hésita, posa une main sur l'épaule de Jabu... Nouvelle hésitation. Il se mordit la lèvre. Il n'avait pas prévu un tel craquage. Le jeune daemon était tellement maître de lui, il avait l'air si à l'aise... Une façade, en vérité, qui cachait un gosse de dix ans son cadet, à vue de nez, un gosse qui avait été jeté dans la fosse aux lions et se demandait, paniqué, comment sortir sans se faire bouffer. L'ange retira ses menottes factices et vint maladroitement enlacer Jabu, essayant de le bercer en lui indiquant que tout irait bien, qu'ils trouveraient une solution, qu'il n'y avait pas à s'en faire. Et de penser qu'elle était là, la limite de ce qu'il était prêt à révéler à l'Inquisition.
OoOoOoOoO
Tapi à quelques mètres, dans un couloir perpendiculaire à celui où discutaient Jabu et Kanon, Seiya était assis sur le sol, contre le mur. Il voulait juste... leur faire une blague, les surprendre. Ils étaient probablement à sa recherche, en plus. On lui avait dit que Milo était allé gueuler dans les toilettes pour le trouver. Et puis, il avait entendu...
"Tu es un daemon infiltré dans l'Inquisition."
Et Jabu n'avait pas nié. Bordel, il n'avait pas nié. Au contraire. Jabu était un daemon. Oh merde. Son crush était un daemon. Merde, merde, MERDE !
