Bonsoooir tout le monde o/
Oui je me pointe comme une fleur après deux mois d'absence et après vous avoir laissé sur un énorme cliffhanger... J'ai même pas honte ptdrrr (enfin, normalement on reprend un rythme normal, un chapitre toutes les deux semaines !)
Sinon, merci pour les reviews, en particulier celles de Sha-sei ! Même si j'ai eu beaucoup de mal à y répondre dans les temps, elles m'ont fait très plaisir !
Bref, bonne lecture :D
J'espère que ce chapitre vous plaira fufufu (et oui il est mouvementé) (mwahaha)
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 8
Röseln, QG de la Furrysistance, la nuit précédant la fin du chapitre 7...
La nuit était déjà bien avancée, mais Rune ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il se retourna une fois de plus dans son lit, faisant grogner Minos. Le griffon ne dormait jamais que d'un œil.
- Désolé, chuchota Rune.
- Pas grave, marmonna son amant dans un demi-sommeil.
Le secrétaire lui caressa doucement les cheveux. Ils étaient doux, comme des petites plumes. Nouveau grognement. Rune s'interrompit. Il finit par se lever. Il avait besoin de marcher un peu, de se changer les idées. Trop de problèmes se bousculaient dans sa tête, chacun réclamant son attention immédiate - alors qu'il n'avait qu'une envie : s'étendre et dormir.
- Où vas-tu ?
- Juste... dans le couloir.
- Hmm...
Minos s'agita un peu, se retourna, s'étalant sur le lit. Rune l'observa, amusé, puis sortit de la pièce. Le bâtiment était silencieux et semblait vide. Oh, des daemons se trouvaient probablement dans les parages, dissimulant instinctivement leur présence. Au fil du temps passé dans la Furrysistance, Rune avait fini par comprendre que ces cachotteries n'étaient pas de la méfiance, juste un réflexe développé après des années de traque et de vie cachée. Un instinct de survie. Il comprenait mieux comment les daemons avaient pu survivre aussi longtemps, voire même parvenir à mettre sur pied, depuis l'ombre qui les abritait, des organisations comme la Furrysistance.
Il monta doucement d'étage en étage, d'un pas souple et discret, s'astreignant à encore plus de prudence lorsqu'il passait près des chambres ou des endroits où des daemons pouvaient se trouver. Il n'avait pas envie de discuter avec qui que ce soit. Il parvint enfin au grenier et, après quelques acrobaties, se percha sur le toit. Un poids qu'il avait cessé de sentir peser sur sa poitrine s'évapora et il respira sans gêne pour la première fois depuis un certain temps. Près du ciel, seul, il se sentait enfin à l'aise.
Depuis son perchoir, il avait une belle vue sur la ville qui s'étalait à quelques kilomètres, pouvant même apercevoir la Maison inquisitoriale locale. Les anges ne se doutaient absolument pas que les restes de la Furrysistance avaient élu domicile aussi près de leurs habitations. Tout le monde les pensait en train de creuser leur trou au fond des bois, loin à l'ouest, dans des terres qui devenaient de plus en plus désolées et inhabitées au fur et à mesure qu'on avançait. Mais non. Les daemons avaient choisi une vieille parfumerie désaffectée qui faisait probablement partie du patrimoine d'une grande famille peu regardante concernant le devenir de ses propriétés.
C'était une idée de Rune, en fait. Une preuve de ses talents. À ce moment, il n'avait rejoint la Furrysistance que depuis quelques mois. Il avait parlé de la parfumerie à Minos. Un vieux bâtiment, insignifiant, isolé, bien situé, suffisamment grand pour accueillir tout le monde. Les propriétaires ne s'en préoccupaient guère, le laissant hiberner dans son coin. Un plan parfait. Et Rune pouvait garantir que le bâtiment était sûr, que personne ne s'y intéresserait pendant les années à venir. Une promesse audacieuse, avait rétorqué Minos en souriant, une lueur dans les yeux. Il était tenté, mais prudent. Son amant de fraîche date avait secoué la tête, plein d'assurance : il s'était renseigné sur la famille des propriétaires, il n'y aurait aucun problème. Il en mettrait sa tête à couper. Le griffon-garou avait finalement cédé ; de toute façon, il n'avait guère le choix. La Furrysistance avait besoin d'un quartier général, et Rune le lui offrait sur un plateau. Rhadamanthe avait rechigné, Eaque avait haussé les épaules, Zélos et Myu avaient protesté avec fougue, le déménagement avait eu lieu. L'implication de Rune dans l'affaire n'était connue que de Minos. De toute façon, le secrétaire préférait agir dans l'ombre.
Seul sur son toit, caressé par la brise nocturne, Rune s'autorisa un franc sourire. Il était très fier d'avoir réussi à convaincre Minos de s'installer ici. Cela avait été sa première victoire, la première d'une longue série. La preuve définitive qu'il pourrait accomplir sa mission. Et le sourire du griffon face à son enthousiasme factice, et son air soulagé et ravi lorsque la Furrysistance avait posé ses bagages dans la parfumerie... à l'époque, Rune les avait savourés comme des bonbons. Aujourd'hui, ces souvenirs signifiaient bien plus - et pesaient parfois plus lourd que des enclumes. Le parfait petit espion s'était laissé prendre à ses propres pièges. Quand on regarde quelque chose, ce quelque chose finit par regarder en nous.
Rune soupira. Le vent se fit plus fort, ses omoplates s'agitèrent, se crispèrent. Il ferma les yeux. Dans son esprit, les longues ailes blanches, éclatantes, taillées pour la vitesse, se déployèrent. Il s'envola. Il rouvrit les yeux, cligna des paupières pour se réhabituer à l'obscurité. Il était toujours sur le toit. La peau de son dos le tiraillait, comme si de petites décharges couraient sur son épiderme, le picotant, le brûlant presque. Il s'étira doucement, grimaçant au contact du tissu de ses propres vêtements. Il était temps de rentrer, la récréation était finie.
Il se laissa glisser dans les combles, puis redescendit jusqu'à son bureau. Il entra, verrouilla la porte, alluma la lampe. Son premier réflexe ensuite fut de retirer son haut. Il faisait un peu froid, mais peu importe. Le tissu était devenu aussi agréable à porter que du papier de verre. Il se retint de se frotter la peau - ça ne le soulagerait pas, au contraire. Il s'assit dans son siège. On était encore loin de l'aube, mais il savait qu'il ne se rendormirait pas. Autant travailler, alors.
Il attrapa un papier, une plume, déboucha l'encrier. Il écrivit quelques mots, les raya, recommença. Il fit des flèches, des ratures, remplaça un mot par ci, un mot par là, ajouta quelques gribouillages dans la marge... La feuille était illisible. Il soupira, en attrapa une nouvelle et cette fois, s'appliqua. Après quelques hésitations, il décida de rédiger entièrement, sans employer de codes, de surnoms, d'abréviations cryptiques. Sa porte était fermée et... Un regard vers l'âtre éteint. Il se leva, le ralluma. Le feu flamba bientôt joyeusement. Si quelqu'un avait l'idée saugrenue de venir le déranger, il mangerait sans hésitation ses élucubrations. Parfait. Rune pouvait enfin se mettre au travail. Au bout d'une heure, il avait établi une liste :
- ordre Minos : tuer Eaque ; officieux ; trouver une solution
- que faire d'Eaque ? ne doit pas mourir, fils d'H ; l'exfiltrer ? comment ? comment le convaincre ?
- qui dirige la Maison de Röseln ? contacter
- Pandore : tuer ? mais utile pour projet H ?
- Minos ?
Il la relut plusieurs fois. Puis raya la ligne concernant Pandore. La panthère-garou n'était pas un vrai problème, après tout. Elle l'agaçait prodigieusement, mais tant qu'elle se tiendrait à carreau, Rune aurait d'autres chats à fouetter. Il biffa aussi le "Minos ?", plus rageusement cette fois. Ce nom n'avait rien à faire là. Minos n'était pas un problème, se répéta-t-il ; tout était sous contrôle. Et dans tous les cas, ses états d'âme ridicules n'avaient rien à faire au milieu de son travail. Il grimaça à cette pensée et la transforma en prière. Icare fasse que ses états d'âme n'aient jamais rien à faire avec son travail...
Il respira doucement avant de parcourir les mentions encore présentes sur la feuille. En fait, la situation était plus simple qu'il ne l'avait cru au départ. Certes, il était encore complètement perdu, pas très sûr de ce qu'il devait et pouvait faire pour s'en sortir, mais il s'apercevait qu'il n'avait finalement que deux gros problèmes : d'une part, le problème "Eaque" ; et d'autre part, le problème "Communication". Et le premier serait plus facilement résolu si le second était réglé. Conclusion : il devait d'abord étudier le souci "Communication". Ses seuls contacts étaient une missive de temps à autre avec Shion - un courrier trop rare, trop décousu, qui suffisait à peine à rassurer sur sa situation et à indiquer la progression de sa mission. Il devait se trouver un ancrage plus "local" et contacter l'ange à la tête de la Maison de Röseln. Il cligna des yeux, soudainement las. Tant de travail... Puis sa main s'éleva et saisit une troisième feuille.
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Maison inquisitoriale de Röseln, le jour suivant, en fin de mâtinée...
Seiya s'éloigna sur la pointe des pieds, ses ailes crispées, veillant à ne pas laisser de plumes derrière lui. Il ne savait pas trop où il allait. Son cœur tambourinait, le bruit se répercutant dans ses oreilles. La sensation lui rappelait ses années d'entraînement, particulièrement la fois où son adversaire était parvenue à lui coller un coup au niveau de la tempe. Il s'était écroulé, sonné, hébété, avec une vague envie de vomir. Aujourd'hui, il était plus fort, plus résistant - et le coup était psychique. Donc il marcha dans les couloirs, traversa la cour, hocha machinalement la tête en croisant des gens qu'il connaissait, puis remonta vers la chambre qu'occupaient Milo et Camus. Il était censé s'y être présenté plus tôt le matin, mais avait voulu s'entraîner, avait perdu la notion du temps, avait croisé Kanon et Jabu et...
- Seiya ! Où étais-tu ? On t'attendait, tu sais.
Le brun secoua la tête. Il était un bon ange, loyal, et il savait ce qu'il devait faire. Ouvrir la bouche et annoncer à Camus qu'il y avait un foutu traître dans leurs rangs. Que finalement il n'y aurait pas un mais deux prisonniers à ramener à Geheimbourg. Si Aphrodite n'insistait pas pour avoir la tête de Jabu au bout d'une pique, évidemment.
- Camus, je dois te dire un truc...
- Oui ?
L'ange avala sa salive. Ce n'était que quelques mots. "Jabu est un daemon, un espion de la Furrysistance. Kanon compte le couvrir. Je sais où ils sont. Faudra peut-être des renforts."
- Jabu...
Camus fronça les sourcils. Le brun n'avait pas l'air dans son assiette, évitant son regard, un peu tremblant.
- Tout va bien, Seiya ? demanda-t-il doucement, en posant une main rassurante sur l'épaule du jeune ange.
Il hésita un instant à aller effleurer ses ailes, un calmant efficace chez les anges, puis se ravisa en considérant le geste trop intime. Il connaissait Seiya depuis longtemps, certes, mais au final ils n'étaient pas tellement plus que des collègues.
- Oui... Juste, j'ai vu Jabu avec Kanon tout à l'heure...
- Ils te cherchaient... Tu aurais dû te signaler. Tu es sûr que ça va ?
Oui... non... Seiya était au bord du gouffre. Il savait comment s'en éloigner. Il suffisait de répéter ce qu'il avait entendu. Il devrait pouvoir le faire, non ? Et avec enthousiasme. Après tout, Jabu n'était qu'un daemon. Et ses sourires, sa compagnie agréable - uniquement des artifices pour le tromper. Les daemons pouvaient faire preuve d'une grande sournoiserie, vous sourire en cachant leurs crocs puis vous dévorer dans votre sommeil. Oui, les daemons étaient comme ça. Et Jabu ne faisait pas exception à la règle. Il était employé par la Furrysistance. Il était venu pour s'infiltrer dans l'Inquisition... et il était vicieux au point de se réjouir de pouvoir échapper à son propre camp. Seiya se rappelait très bien de la façon dont le visage du daemon s'était illuminé lorsque Kanon lui avait confié que la Furrysistance le croyait mort. Un traître, doublement un traître même - voilà ce qu'il était. Et sa place était dans un cachot, enchaîné et sous bonne garde, à disposition de l'Inquisition.
- Non, ça va pas, répondit-il à Camus en relevant les yeux, croisant enfin son regard. On a un gros problème.
- Qu'est-ce qui se passe ? Kanon a fait quelque chose ?
Seiya secoua la tête, amer :
- Non, il n'a rien fait. C'est Jabu.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Sois plus clair.
Le brun se mordit la lèvre, la gorge nouée. Un coup d'œil par-dessus l'épaule de Camus l'informa que Milo s'approchait et était maintenant à portée d'oreille. Parfait, il n'aurait pas à se répéter.
- Jabu...
Les larmes emplirent ses yeux. Il se sentait trahi, blessé, sali, souillé. On lui avait menti. Et Jabu avait écouté ses tirades sur les daemons avec un sourire vague, comme si ça ne l'atteignait pas. Un putain de bon acteur. Et Seiya comprenait maintenant comment il avait pu être aussi tolérant avec Aiolia. Quel enfoiré.
- C'est un daemon, balbutia-t-il entre deux sanglots.
Camus écarquilla les yeux :
- C'est une blague ? souffla-t-il.
Seiya secoua la tête :
- Il... Il... Kanon...
- Quoi, Kanon ? interrogea Milo, pressant.
- Je... Jabu...
Bruit de pas. Camus et Milo relevèrent la tête.
- Et bien ? Qu'est-ce qu'il se passe, ici ? lança Aphrodite à la cantonade.
Le silence tomba sur le couloir, uniquement brisé par les sanglots de Seiya. Celui-ci s'efforçait de se calmer. Il se retourna enfin vers le Maître inquisiteur de Röseln qui les fixait, points sur les hanches, un peu perplexe.
- C'est la perspective de quitter cette charmante bourgade qui te met dans cet état, Seiya ? De ta part, c'est surprenant, lâcha-t-il pour dissimuler son ébahissement.
Le brun renifla une dernière fois et s'apprêta à répondre la vérité, sauf que les doigts de Camus sur son épaule se resserrèrent comme des serres. La voix de l'ange s'éleva, haute et claire :
- C'est exactement cela, Aphrodite. C'est un crève-cœur de te quitter, toi qui nous as fait si charmant accueil.
L'autre lui jeta un regard noir. Il n'était pas nécessaire d'être très futé pour comprendre que Camus se moquait de lui. Mais il connaissait suffisamment l'ange pour savoir qu'il ne démordrait plus de cette version. Milo ne lâcherait pas son amant, par principe... Restait Seiya. Aphrodite jeta un œil au brun : il avait un sale caractère, mais il était jeune, un peu naïf... plus facilement coopératif.
- Oh, vraiment ? Si tu veux, tu peux rester quelques jours de plus, Seiya... Je suis persuadé que Camus et Milo suffiront à escorter l'autre traître jusqu'à Geheimbourg.
- Je... commença Seiya.
Il lui semblait que sa tête tournait. Il ne comprenait pas pourquoi Camus avait menti à Aphrodite. Et sur un sujet aussi grave ! La main de l'ange se resserra à nouveau sur son épaule, devenant presque douloureuse. Le brun ouvrit la bouche sans savoir ce qu'il allait répondre. Camus demeurait peu ou prou son supérieur hiérarchique, au moins le temps de cette mission. S'il le contredisait... Mais en même temps, pourquoi mentir ? Est-ce que Camus avait l'intention de couvrir Jabu ? Pourquoi ? Pour protéger Kanon ? Parce que Kanon le lui avait demandé ? Parce qu'il était lui aussi un traître ?
- Je crois que Seiya a besoin de se poser un petit coup, annonça Milo en coupant court à la discussion. Nous mangerons dans notre chambre, puis nous partirons en début d'après-midi...
Aphrodite fronça les sourcils. Il se passait quelque chose, mais Icare seul savait quoi ! Il ne voyait pas comment obtenir plus de réponses. Il ne pouvait tout de même pas arrêter des émissaires de Geheimbourg et les interroger formellement parce qu'il avait surpris un jeune inquisiteur en train de piauler dans un couloir, réconforté par ses aînés ! Il laissa tomber.
- Pas de problème, lâcha-t-il d'un ton sec. Je vous ferai envoyer des plateaux.
- Ne te donne pas cette peine, contra Milo. J'irai les chercher moi-même. Ça te va ?
- Et bien... Si ça t'amuse de faire ce genre de petits allers et retours, cela ne regarde que toi. Je préviendrai les cuisines.
- Merci, Aphrodite, répondit Camus avec une ombre de sourire forcé.
Le Maître inquisiteur de Röseln haussa les épaules et tourna les talons. Après tout, les affaires bizarres de Seiya ne le concernaient pas. Il avait autre chose à faire que de scruter les faits et gestes d'un groupe composé d'inquisiteurs qui étaient soit chevronnés et estimés, soit solidement chaperonnés par les précédents. D'un mouvement de tête négligent, il chassa la scène de son esprit. Derrière lui, Camus, Milo et Seiya restèrent plantés dans le couloir. Puis l'ange aux cheveux turquoise laissa échapper un long soupir. Il se pencha vers le brun :
- Écoute moi bien, Seiya. Nous allons aller trouver Jabu et Kanon. Je suppose que tu sais où ils sont ?
Le jeune ange hocha la tête, silencieux.
- Bien. Nous allons ensuite les ramener dans notre chambre, celle que je partage avec Milo. Et nous. n'en. sortons. plus. jusqu'au départ de Röseln. C'est bien compris ?
Nouveau hochement de tête.
- Et sur le chemin, tu vas me raconter très précisément, et surtout très discrètement, exactement ce que tu as entendu.
Sans attendre de réponse, Camus se tourna vers son amant :
- Milo, tu passeras dans la chambre de Seiya et Jabu. Tu récupères toutes leurs affaires. Puis tu iras récupérer de quoi manger aux cuisines. Tu expliqueras qu'on a une réunion de dernière minute pour préciser notre trajet ou quelque chose comme ça. Fais en sorte aussi que personne ne nous dérange.
- Compris.
- Merci. Bon, on y va, conclut l'ange en entraînant Seiya à sa suite, pendant que Milo partait au pas de course dans une autre direction.
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Seiya suivit Camus machinalement. Il ne comprenait plus rien. Il avait imaginé des exclamations de surprise, d'outrage, de la colère, un branle-bas de combat, une mobilisation générale pour capturer le daemon infiltré dans leurs murs... Au lieu de ça, Camus l'avait fait taire face à Aphrodite, semblant protéger Jabu.
- Camus, je... commença-t-il. Je crois que tu n'as pas compris.
Il hésita face au regard inquisiteur que lui accorda l'ange, puis se jeta à l'eau :
- Jabu n'est pas un daemon comme Aiolia, c'est un espion de la Furrysistance, lâcha-t-il en chuchotant.
- Évidemment, rétorqua Camus sur le même ton. J'en aurais été informé, sinon.
- Mais alors... pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
Seiya cligna des yeux, incrédule. Comment ça, "pourquoi quoi" ? Il regarda l'ange aux cheveux turquoise dans l'espoir d'avoir des réponses, mais son visage était impassible. Comme si Camus ne voyait aucune bizarrerie dans son comportement de tout à l'heure.
- Bon, Seiya, reprit l'ange après s'être assuré qu'ils se trouvaient dans un couloir désert. Est-ce que tu as entendu Jabu dire qu'il était de la Furrysistance ?
- Oui, à Kanon.
- Hmm... Kanon l'avait reconnu ?
- Exactement.
Camus hocha la tête, l'air songeur, puis son expression se teinta d'agacement :
- Quel imbécile, pourquoi il n'a rien dit... Seiya, j'aimerais que tu me répètes leur dialogue, avec autant de précision que possible. Et en même temps, tu vas nous conduire là où ils étaient. Nous devons vite les trouver, et quitter cet endroit.
Seiya lui lança un regard halluciné :
- Tu veux exfiltrer un daemon ? C'est une blague ?
- Je n'ai pas l'habitude de plaisanter dans ce genre de circonstances, répondit posément Camus. Et si par "exfiltrer un daemon", tu entends "sortir Jabu de la Maison de Röseln sans mettre Aphrodite au courant"... alors oui, je veux exfiltrer un daemon.
Un léger silence plana entre eux. Puis l'ange aux cheveux turquoise dégaina le poignard qu'il portait en permanence à la ceinture et le plaqua sous la gorge de Seiya.
- J'ajoute que tu ne t'y opposeras pas, dit-il doucement. Il est hors de question que tu partes en hurlant chercher Aphrodite. Donc soit tu coopères et nous sortons tous d'ici, soit...
Seiya écarquilla les yeux. Bordel, mais qu'est-ce qu'il se passait ?
- Camus, tu...
- Ce n'est pas le moment de se lancer dans de longues explications, le coupa l'ange. Je veux juste savoir si tu comptes te tenir tranquille ou pas.
Le brun hésita. Il serait certainement très glorieux de mourir en tentant d'empêcher pareille trahison... mais ce serait aussi complètement inutile. Mieux valait attendre son heure. De plus, il ne pouvait pas croire que Camus était un traître. Impossible. L'ange était réputé pour sa loyauté, sa discrétion, son efficacité - et Seiya avait pu vérifier en le fréquentant que se réputation n'était pas imméritée, loin de là. Camus ne pouvait pas avoir trahi. Il devait y avoir une explication rationnelle à tout cela.
- Quand nous serons hors de Röseln, je t'expliquerai tout, lui glissa l'ange aux cheveux turquoise, comme s'il avait lu ses pensées.
Seiya acquiesça lentement. Camus rengaina sa lame. Le brun respira lentement, tentant de retrouver un semblant de sérénité. Finalement, il se passa la main dans les cheveux, puis indiqua une direction :
- Ils étaient par là. Quand je les ai trouvés, j'ai entendu Kanon dire à Jabu qu'il était de son côté... Ça m'a intrigué, et puis je voulais faire une entrée un peu surprenante, une blague un peu nulle, tu comprends ? Donc je suis resté caché dans un couloir pas loin...
Camus l'écouta attentivement pendant qu'ils marchaient. Ils ne croisèrent personne dans ce coin un peu isolé de la forteresse, mais vu ce que Seiya racontait, ce n'était pas plus mal.
- Donc, résuma Camus lorsque Seiya eut fini son récit, Jabu est un espion de la Furrysistance, mais celle-ci le croit mort, ce qui ne le dérange pas, et il veut surtout s'enfuir de l'Inquisition ?
- Et bien... oui. Mais je n'arrive pas à croire qu'il ait pu mentir à tout le monde ! Je veux dire, quelqu'un a bien dû voir qu'il n'avait pas d'ailes ?
Le brun fronça les sourcils, pris d'une soudaine intuition :
- À moins que...
L'ange aux cheveux turquoise secoua la tête :
- Personne ne le protégeait, Seiya. C'est juste que Jabu a véritablement des cicatrices correspondant à des ailes arrachées.
Ils tournèrent dans un couloir, silencieux.
- Et bah alors Seiya ? Où est-ce que tu étais ? résonna soudain la voix de Kanon.
Il avait l'air parfaitement détendu, comme si Jabu ne venait pas de lui expliquer qu'il était un daemon et un espion de la Furrysistance. De grands talents d'acteur.
- Kanon, Jabu, les salua Camus. Je venais vous chercher et j'ai croisé Seiya en route. Dépêchons-nous de manger, il est tard et il faudrait qu'on parte vite.
Kanon haussa un sourcil :
- On ne devait pas partir cet après-midi ? Il n'est pas si tard que ça...
- Il faut qu'on parte le plus vite possible, réitéra Camus. Finalement, on est pressé.
Jabu fronça les sourcils. L'ange aux cheveux turquoise avait l'air bizarre, un peu trop stressé peut-être. Quant à Seiya... Il croisa le regard du brun, qui le détourna aussi sec. Il semblait de mauvaise humeur, renfermé. Il s'était passé quelque chose.
- Il y a eu un problème ? demanda-t-il avec hésitation.
Peut-être qu'il n'était pas censé poser la question. Peut-être qu'il était encore trop novice pour obtenir ce genre d'information.
- Oui, lui répondit Camus en le fixant droit dans les yeux.
Jabu se tortilla, mal à l'aise. Il ne comprenait pas bien pourquoi, mais il avait le sentiment que l'ange le considérait comme responsable du problème.
- Ah... répondit faiblement le daemon.
- Bon, et bien, allons-y, interrompit Kanon.
Lui non plus ne comprenait pas bien ce qui se passait, mais il avait le sentiment qu'un désastre se préparait. En plus, la nervosité de Camus était contagieuse.
- Je vais te mettre tes menottes correctement, lâcha l'ange aux cheveux turquoise alors que Kanon venait se mettre entre lui et Seiya, Jabu fermant la marche.
- Hein ? Oh, oui...
- Je suis désolé, s'excusa Jabu, je n'avais pas les clefs et...
- Peu importe. Simplement, je ne voudrais pas attirer l'attention de personnes un peu trop zélées et incapables de se cantonner à leurs affaires sans venir contrôler celles d'autrui. Nous n'avons clairement pas besoin de ça.
Kanon sourit :
- D'accord. Mais franchement, Camus, qu'est-ce qu'on risque ? Au pire, on nous fera une petite remontrance, bouh on a été vilain...
Son geôlier lui lança un regard noir :
- "Franchement", Kanon, j'ai de bonnes raisons de vouloir éviter toute inspection ou même interaction, quelles qu'elles soient, peu importe leur motivation, et ce jusqu'à ce qu'on soit tous sains et saufs hors de Röseln. Donc maintenant je te mets ces menottes correctement, et tout le monde se tait jusqu'à ce qu'on soit arrivé dans notre chambre.
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Maison inquisitoriale de Röseln, bureau privé d'Aphrodite...
Le Premier inquisiteur était assis à son bureau, devant un plan de travail parfaitement organisé. Ses plumes s'alignaient à droite, avec son encrier en haut à gauche, près de ses sceaux et de diverses cires de différentes couleurs. Et devant lui, une lettre. Une gosse haute comme trois pommes, mal vêtue, avec un accent des rues à couper au couteau, l'avait passée au garde de la Maison inquisitoriale. Au début, il s'était un peu moqué d'elle. Puis il avait vu le sceau sur l'enveloppe. Heureusement, c'était un vétéran, dans l'Inquisition depuis des lustres. Il l'avait reconnu aussitôt, avait arrêté de ricaner. Il avait donné quelques pièces à la gamine, puis s'était précipité dans le bureau d'Aphrodite. Où il était toujours.
- Donc, Albior, vous n'avez pas pris la peine d'inviter cette petite messagère ? Vous l'avez même... chassée ?
- C'est que... je ne pensais pas que...
- On ne vous demande pas de penser, Albior. On vous demande d'être utile. Et, en l'occurrence, vous avez laissé filer un témoin inestimable. Parce que j'aurais bien aimé savoir d'où venait cette lettre.
Le garde se tortilla. Aphrodite soupira. L'ange n'était pas très futé, mais ses états de service étaient irréprochables. Il ne pouvait pas le tuer pour si peu.
- Vous pouvez disposer, Albior, conclut donc le maître de Röseln.
Le garde étouffa un soupir de soulagement. Aphrodite était connu pour son extrême sévérité et son goût pour les châtiments corporels. S'en tirer avec une simple remontrance après une bourde aussi bête, c'était chanceux. Il devrait peut-être jouer au loto...
- Attendez, l'arrêta Aphrodite avant qu'il ne passe la porte du bureau. Vous êtes volontaire pour aller vous occuper de cette bande de daemons qui dévaste la banlieue sud. Il n'y en a qu'une moitié, donc vous pourrez vous en charger seul, hmm ?
- ... Bien.
- Parfait.
Albior sortit et referma la porte derrière lui. Bon. Il allait plutôt éviter les jeux de hasard, hein, des fois que sa malchance ne soit pas que professionnelle.
Resté seul, Aphrodite examina de nouveau la lettre. La missive provenait d'un espion infiltré par l'Inquisition dans la Furrysistance depuis plusieurs années. Son sceau personnel avait été apposé sur l'enveloppe - un sceau que tout le monde connaissait dans l'Inquisition, un sceau qui signifiait que cette lettre devait aussitôt être transmise aux personnes les plus importantes de l'organisation. Quant au contenu... L'espion réclamait l'aide d'Aphrodite et de ses troupes dans une affaire de la plus haute importance, particulièrement risquée : les aider, lui et un mystérieux daemon, à quitter la Furrysistance en toute sécurité. Un instant, le Premier inquisiteur envisagea d'ignorer la lettre, de refuser. L'opération promettait d'être suicidaire... et tout ça pour quoi ? Pour un espion qui devrait avoir la décence de s'extirper tout seul du bourbier dans lequel il s'était fourré, et pour un daemon ?
Mais le sceau sur l'enveloppe n'était pas le genre de symbole qui permette à Aphrodite de refuser une demande. S'il ne donnait pas suite à l'ordre - car c'en était un - de l'espion, ce dernier contacterait directement Geheimbourg. L'autre garde avait vu Albior récupérer la lettre, des témoins l'avaient vu l'apporter à Aphrodite - et Albior lui-même se ferait certainement un plaisir d'expliquer que le Premier inquisiteur l'avait ouverte. Conclusion : Aphrodite se retrouverait sur la sellette. Il n'avait pas le choix. Il devait envoyer quelqu'un. Il sourit. La bonne nouvelle, c'est qu'il savait exactement qui il chargerait de cette mission. Il sortit de son bureau et interpella une inquisitrice qui passait par là, les bras chargés d'archives :
- Laissez tomber cette paperasse et ramenez-moi un dénommé Albior dans mon bureau. Immédiatement.
- À vos ordres, s'inclina l'ange.
Aphrodite retourna calmement à son bureau et s'installa confortablement, attendant comme un chat devant un bol de crème la souris qui ne tarderait pas à se présenter devant lui.
