Bien le bonsoir tout le monde ! Voici donc le 9e chapitre, rédigé par mes soins un peu à la bourre mais j'ai quand même respecté mes délais (et je suis à jour sur les reviews de cette fiction... si c'est pas beau d'être en vacances !)

Dans la catégorie bonnes nouvelles, je ne peux pas non plus m'empêcher de vous confier que j'ai eu ma L2 avec mention ! J'étais tellement, tellement heureux ; j'ai passé une demi-heure à pépier partout quand je l'ai su ptdrrr
Du coup ça m'enlève un poids, j'avoue que j'angoissais vachement (comment ça, j'ai un rapport visiblement conflictuel aux études) (je vois pas de quoi vous parlez mdr) (ouin)

Bref. Voici donc le chapitre 9, bonne lecture !

Réponse aux reviews anon :

Athena : t'inquiète, ça faisait longtemps que je n'avais pas publié non plus ptdrr ! pour Camus... je ne dirais pas qu'il savait que Jabu faisait partie de la Furrysistance, je dirais qu'il réagit bizarrement pour un ange censé être loyal envers l'Inquisition ; mais apprendre que Jabu est un daemon l'a surpris ! On en saura plus dans le 10e chapitre normalement (oui je tease t'as vu)... Et oui, Seiya s'est attaché à notre licorne, on verra ce qui en ressortira (de l'amûr évidemment) ! Bref, merci encore pour ta review !

ShaSei : mille mercis pour ta review et tes compliments ! Je suis content que le chapitre t'ait plu :D et en effet Seiya a de quoi être un peu tristoune ToT

OoOoOoOoO

La Geste du Licorne-garou

CHAPITRE 9

Ils avaient quitté Röseln dans la précipitation et le silence, peu après midi, comme des fuyards. Camus avait pris la direction des opérations, s'imposant en chef presque tyrannique, dissuadant d'un regard glacial et menaçant toute question. Milo restait passif, à l'écoute de son compagnon, veillant à ce que tout se passe selon ses ordres. Kanon se faisait tout petit. Quant à Seiya... Jabu ne l'avait jamais vu comme ça. Renfrogné. Morose. Et chaque fois que ses yeux se posaient sur lui...

Le jeune daemon frissonna sur sa monture, une petite jument empruntée à la Maison inquisitoriale. La répulsion qu'il avait pu lire dans les yeux de son ami le terrifiait. Cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas regardé comme ça. À quelques pas de lui, les ailes entravées (pour éviter qu'il ne s'enfuie - Milo avait discrètement promis de les libérer lorsqu'ils s'arrêteraient pour la nuit), juché sur un autre cheval, Kanon éternua. Il pleuvait. Au-dessus de leurs têtes, Camus, Milo et Seiya volaient. À l'aller, ils s'étaient adaptés à Jabu et avaient marché, mais le temps pressait. Donc cheval et vol, car il n'était pas possible d'emprunter trop de chevaux à Aphrodite - l'écurie de Röseln était modeste.

Le licorne soupira, inquiet. Il avait un mauvais pressentiment. Quelque chose s'était passé, quelque chose qu'on lui cachait. Une part de lui hurlait de se transformer et de partir au grand galop. Sa jument ne pouvait pas rivaliser avec un ange lancé à pleine vitesse, mais lui si. Et au pire, il n'avait qu'à les bouffer. Enfin, s'il trouvait l'appétit, parce que l'idée de manger des gens qu'il fréquentait quotidiennement depuis plus d'une semaine lui retournait l'estomac. Jabu secoua la tête, laissant cette pensée de côté. Ces fantasmagories écartées, son pressentiment n'en restait pas moins là, écrasant. Cela paraissait improbable, mais il devait se préparer à ce que ses "amis" soient au courant de sa... petite particularité. Peut-être que quelqu'un avait surpris sa conversation à Kanon ; il aurait pu jurer qu'ils étaient seuls, mais on ne savait jamais. Et cela expliquerait cette méfiance affichée envers l'ange prisonnier, qui depuis l'arrivée de Camus et Milo s'était baladé libre.

Maintenant, il faisait grise mine, pestant contre l'attirail inconfortable qui l'empêchait de déployer ses ailes, la pluie qui lui tombait dessus et l'inconfort général de leur chevauchée. Surprenant le regard de Jabu, il lui envoya cependant un bref sourire encourageant, que le licorne lui retourna avec hésitation. Kanon avait l'air d'un type bien. Un allié ? Cela restait à voir. Si Jabu s'était senti ému tout à l'heure, enfin soutenu après un temps si long à mentir et se dissimuler, l'euphorie était retombée. Il se sentait maintenant en danger, et ses instincts reprenaient le dessus. D'autant qu'il savait maintenant n'avoir rien à craindre de la Furrysistance... C'était décidé. Lorsqu'ils s'arrêteraient pour la nuit, il trouverait un prétexte quelconque pour s'éloigner et filerait loin d'ici. S'il en avait l'occasion, il proposerait à Kanon de venir. Après tout, quelle que soit la force de l'attachement qu'éprouvaient pour lui Camus et Milo, rien de très positif ne l'attendait à Geheimbourg.

OoOoOoOoO

Geheimbourg, dans la soirée, bureau de Saori...

Shion entra sans frapper, un large sourire sur le visage. La cheffe de l'Inquisition leva la tête de son livre, un air interrogateur sur le visage.

- J'ai reçu une lettre très intéressante de Röseln, lui annonça son premier secrétaire. Elle est partie en début d'après-midi... la pauvre colombe est à moitié morte, mais quel exploit !
- Aphrodite... Il devrait prendre plus soin des êtres qui sont sous ses ordres, reprocha Saori.
- Certes, vous avez raison, Votre Altesse.

Shion toussota.

- Cependant, pour une fois, cette cruauté est justifiée. Aphrodite a reçu des nouvelles de Rune.

Les yeux de Saori s'écarquillèrent légèrement.

- Rune a décidé de quitter la Furrysistance.

Un soupir de pur soulagement s'échappa des lèvres de la cheffe de l'Inquisition, qui offrit un sourire éclatant au secrétaire.

- Vous devez vous sentir soulagée.
- Et comment ! Ce pauvre garçon... Il était temps qu'il rentre ! Qu'en est-il de sa mission, au fait ? Il nous avait dit avoir trouvé une solution à notre problème, mais s'était montré si mystérieux...
- Il a demandé à Aphrodite une assistance pour faire évacuer un daemon en même temps que lui.

Saori resta silencieuse. Cinq ans s'étaient écoulés depuis la fameuse bataille de Geheimbourg. Cinq ans depuis que les anges avaient pulvérisé la Furrysistance, réduit à rien ses places fortes, détruit les ambitions d'Hadès, le daemon le plus dangereux de leur histoire. Et cinq ans que sa malédiction s'abattait sur le peuple angélique, sous forme d'une peste qu'il devenait de plus en plus difficile d'endiguer. L'Inquisition avait multiplié les quarantaines, ne reculant devant aucune méthode pour cacher l'existence de cette maladie - y compris à ses propres troupes. Le secret n'était connu que d'une poignée d'anges dignes de confiance.

- Hadès avait donc encore des enfants en vie, répondit-elle platement. Et... ce daemon est volontaire pour aider à sauver des anges ?
- Je ne sais pas, admit Shion. Mais Aphrodite a bien mentionné un "invité" de Rune, pas un "prisonnier".
- Où Rune a-t-il dégotté cette perle ? plaisanta Saori.
- Il lui a probablement promis une récompense, répondit Shion, pince-sans-rire. En espérant que ce prix ne soit pas trop élevé.

Saori s'autorisa un ricanement peu élégant :

- Attendons de devoir payer pour nous soucier du prix. Peu m'importe les promesses ou même les mensonges de Rune. Du moment que ce daemon peut faire quelque chose pour empêcher Hadès de répandre la peste depuis sa prison de chair, le reste m'importe peu.
- En effet, Altesse. Chaque chose en son temps...

OoOoOoOoO

Dans la campagne, entre Röseln et Geheimbourg, à la nuit tombée...

Ils s'étaient enfin arrêtés ! Kanon descendit maladroitement de cheval, une moue boudeuse figée sur son visage. Il fit quelques pas pour se détendre. L'endurance des trois autres anges étaient impressionnantes, il devait le reconnaître. Il n'en connaissait pas beaucoup qui pouvait voler aussi longtemps sans devoir s'arrêter. L'entraînement de l'Inquisition faisait des miracles...

- Kanon, l'appela Milo.

Il se tourna vers son ami, un peu grognon.

- Moui ?
- Je vais te retirer ça, lui indiqua l'ange avec un franc sourire.
- Pas trop tôt, grommela Kanon.
- Tu as l'air de bonne humeur, plaisanta Milo en détachant ses entraves.
- Oh, tu sais, moi, les chevauchées pendant des heures sous la pluie, j'adore !
- Et je suppose que tout ce matériel ne fait qu'apporter un piquant bienvenu à l'aventure ?
- Exactement ! Tu me connais si bien...

Ils se sourirent et, un instant, Kanon se sentit bien. Puis Milo s'éloigna pour aider Camus à installer quelques bâches pour les protéger de la bruine qui persistait. Le regard de l'ange prisonnier s'égara alors vers le jeune daemon clandestin qui les accompagnait. Depuis tout à l'heure, il ne tenait pas en place, tournant en rond, jetant de fréquents coups d'œil à un Seiya qui l'ignorait scrupuleusement.

- Tout va bien, Jabu ? s'approcha-t-il.

Le licorne-garou sursauta :

- Kanon ! Oui, oui. Il pleut, précisa-t-il.

Le bleuté jeta un regard vers le ciel :

- En effet.
- Pardon, c'est une remarque stupide.
- J'en ai fait de pires.

Jabu se tordit les doigts, nerveux. Seiya, Camus et Milo se tenaient loin. C'était le moment, il n'aurait peut-être pas d'autre chance...

- Je pense que je suis grillé, chuchota-t-il fébrilement. Je ne sais pas comment ils l'ont appris, ni pourquoi ils ne m'ont pas laissé aux mains d'Aphrodite, mais...
- Attends, attends, le stoppa Kanon. Qu'est-ce qui te fait dire ça ? S'ils savaient quelque chose, tu ne serais pas ressorti de la Maison inquisitoriale... ou en tout cas, pas vivants.
- Ça, c'est bien le seul truc que je ne comprends pas. Mais bordel... J'ai bien vu comment Seiya me regarde. Les anges qui me soupçonnent d'être un daemon ou qui m'ont vu me transformer ont exactement la même expression.
- Tu t'es souvent transformé devant des anges ?

Le licorne-garou haussa les épaules.

- Je n'en suis pas fier mais des fois, il faut bien manger.

Kanon eut un léger mouvement de recul. Jabu ricana :

- Tu as vécu des années avec un daemon et tu ne savais pas ça ?
- Il était un genre de caniche... un petit chien... Je ne crois pas qu'il mangeait des... Enfin bref, peu importe. Tu comptes faire quoi ? Tous nous tuer ?

Le daemon écarquilla les yeux :

- Quoi ? Mais non ! Je ne suis pas un monstre. Je veux juste me barrer. Et je voulais te demander... si tu voulais venir. Avec moi.

L'ange le regarda longuement, réfléchissant à la proposition. S'il partait maintenant, il pouvait oublier tout retour auprès de son peuple, de sa famille. Mais il s'épargnerait des années de suspicions, d'interrogatoires, d'éventuel procès... Il soupira et s'apprêtait à demander à Jabu un peu de temps pour se décider, lorsque des cris retentirent dans les profondeurs de la forêt. Ils s'étaient en effet arrêtés à son orée, pour profiter de la relative protection des arbres. Tout à l'heure, Camus et Seiya s'étaient progressivement engagés dans le bois, pour chercher du bois ou quelque chose de ce goût, tandis que Milo veillait sur leur campement improvisé en gardant un œil sur le prisonnier. Et maintenant, des cris.

Milo se releva lentement, cherchant à voir ce qui se passait entre les arbres. A priori, la région n'était pas dangereusement, mais on n'était jamais complètement à l'abri de croiser des daemons ou même de simples bêtes sauvages. Rien qui ne devrait en principe inquiéter des inquisiteurs, cependant...

- Jabu, Kanon, revenez par ici, ordonna-t-il sans les regarder.

Leurs deux problèmes principaux étaient restés à l'écart, plongés dans une conversation chuchotée. Milo avait envisagé de se rapprocher pour entendre ce qu'ils se disaient - ou au moins les empêcher de faire des messes basses - , avant de renoncer. Camus avait décidé de faire comme si Seiya ne leur avait pas révélé qui était réellement Jabu. Il suivrait l'opinion de son compagnon, d'autant qu'il croyait fermement que le jeune daemon ne leur voulait aucun mal.

- Jabu, j'aimerais que tu ailles jeter un œil dans la forêt, demanda Milo.

Le licorne-garou le fixa quelques secondes, abasourdi. Si, comme il le supposait, les anges étaient au courant de sa nature, pourquoi l'envoyer seul au secours de deux inquisiteurs possiblement en danger ? Si des daemons les avaient attaqués, rien n'empêchait Jabu de se joindre au massacre, et puis c'était une occasion en or de s'enfuir. D'un mouvement imperceptible, Kanon l'enjoignit à partir. De son côté, Milo soutenait son regard, impavide. Il savait pertinemment quel risque il était en train de prendre. C'était peut-être une énorme erreur, mais il faisait encore suffisamment confiance à Jabu pour estimer qu'il n'irait pas tuer Seiya (le petit manège des deux jeunes n'avait pas trompé grand monde) ou même Camus. Et si le daemon choisissait de s'enfuir... bah, cela n'aggraverait pas le sort des deux anges. Mieux encore : si Jabu décidait, contre toute attente, de leur venir en aide, il pourrait s'avérer un soutien précieux, les daemons ayant une bonne réputation au combat.

- Et bien ? insista donc Milo.

Muet, le licorne-garou hocha la tête et s'enfonça dans le bois sombre. Kanon le regarda disparaître entre les troncs, puis se tourna vers son ami :

- Tu es sûr de toi ? Envoyer... un jeune novice inexpérimenté, ce n'est peut-être pas le mieux...
- Désolé, mais je préfère garder un œil sur toi. Tu aurais voulu qu'il reste ? Pourquoi ? Vous avez prévu de vous carapater ensemble ?

L'ange aux cheveux violets sourit :

- Ce n'est pas une mauvaise idée, remarque. Sauf que personnellement, je tiens à ce que tu restes avec nous. Tu as disparu trop longtemps, beaucoup de gens t'attendent.
- Shion va me crucifier.
- Oh, en pensée, il l'a déjà fait.
- Si seulement cela lui passait l'envie de le faire en vrai...
- On verra bien.

Les deux restèrent silencieux quelques instants, puis Kanon lâcha :

- Mais dis-moi, pourquoi as-tu sous-entendu que Jabu voudrait s'enfuir avec moi ?

Milo soupira :

- Vous n'étiez pas seuls. Je sais qu'il n'en a pas l'air, mais Seiya peut être particulièrement discret.

OoOoOoOoO

Jabu s'engagea d'un pas rapide sous les frondaisons, incertain quant à ce qu'il devait faire. Volontairement ou non, pour le tester ou non, Milo venait de lui donner toutes les clefs pour faire son choix. Il pouvait partir, maintenant, tout de suite, courir loin des bruits de combat qu'il percevait, et en finir avec toutes ces histoires, retrouver sa liberté et sa solitude, être enfin en relative sécurité. Ou alors il allait vers le bruit, histoire de voir ce qui se passait. Si Camus et Seiya étaient attaqués par des daemons, il pouvait se joindre à son peuple, éliminer les anges, puis, si ces daemons en faisaient partie, rejoindre de nouveau la Furrysistance ou une de ses versions miniatures. Ou alors il pouvait prendre le parti des anges, les aider.

Le licorne-garou soupira. L'idée de tuer d'autres daemons le rendait malade. Il ne voulait plus rien à voir à faire avec quiconque, en fait. Tout était trop compliqué... Résolument, il marcha dans la direction opposée aux bruits, allant vers un coin tranquille de la forêt. Il était temps qu'il se lave les mains de tout ce bordel. Déjà, il n'aurait pas dû accepter la proposition de Pandore. Ce jour lui semblait d'ailleurs si loin ! Comment avait-il pu être appâté par la promesse d'informations sur sa famille ? Certes, les licornes-garous étaient rares, suffisamment rares pour passer pour des légendes ; certes, cela lui manquait cruellement de ne pas connaître d'autres daemons de son espèce... mais quand même ! Il avait vécu des années sans se préoccuper de tout ça, en dehors de courts moments de déprime solitaire. Et il avait suffi de quelques mots : "Et si je vous dis qu'en échange de votre coopération, je vous en dirais plus sur votre famille ?"

Son pas ralentit. Aujourd'hui, c'était mort. Pandore n'aurait jamais l'occasion de tenir sa promesse - et vu la nature de sa mission, il est probable qu'elle ne s'attendait pas vraiment à devoir la tenir. Raison de plus de s'enfuir loin de tout ça. Ce conflit, au fond, ne le concernait pas. Retourner sur les routes, c'était la chose à faire, se martelait-il fermement, mettant un pied devant l'autre malgré son impression d'être englué dans une purée de poix, épaisse, collante - mais froide, si froide qu'elle le brûlait. Un cri plus fort que les autres retentit derrière lui. Un cri de douleur. Il reconnut aussitôt la voix. Seiya.

OoOoOoOoO

L'ange brun gémit de nouveau. Il n'avait pas pu retenir un cri quand le foutu loup l'avait mordu à la cuisse. Il boitilla pour s'éloigner des fauves toujours debout. La meute leur avait sauté dessus par surprise. C'étaient des bêtes énormes, intelligentes - peut-être des daemons... difficile d'être sûr. Et puis surtout, les saloperies étaient nombreuses. Camus et lui ne se débrouillaient pas mal, mais ils commençaient à fatiguer. Que foutait Milo, bordel ? D'accord, il y avait les deux traîtres à garder, mais ne valait-il pas mieux se précipiter pour aider, quitte à ce qu'ils aient l'occasion de s'enfuir ? Ils auraient tout le loisir de les traquer plus tard... À moins que Jabu et Kanon n'aient profité des circonstances pour se débarrasser de Milo et filer. Merde.

En grognant, Seiya évita une louve qui lui fonçait dessus. Il trébucha sur une racine, tomba à terre. Il leva mollement sa lame pour... il ne savait pas trop, frapper quelque part dans la fourrure anthracite. Il n'avait pas trop d'espoir. Il avait mal, la douleur brouillait tous ses sens, et puis il perdait du sang. Il se sentait épuisé. Un instant, il se demanda s'il ne s'était pas relâché dans son entraînement. À quelques mètres, il vit Camus essayer de prendre à nouveau son envol. Le Premier inquisiteur était doué pour ce genre d'acrobaties, mais il avait perdu quelques plumes lors de précédentes tentatives, les arbres rapprochés le gênaient et, surtout, la meute semblait anticiper cette stratégie.

Les mâchoires de la louve se refermèrent enfin sur son épaule, déchirant sa chair. Aouch. Et aussi : merde. Il allait finir dans l'estomac de cette sale bestiole. Pas exactement le genre de destin dont il avait rêvé. Cela lui rappelait beaucoup trop la nuit où deux licornes avaient débarqué dans son village, dévorant les trois-quarts des anges qui y vivaient. Saloperies prédatrices, des machines à tuer... Par exemple, le spécimen énorme qui venait d'éventrer la louve, la projetant au loin juste avant qu'elle ne saute à sa gorge. Minute. Licorne. Une... ou plutôt, un foutu licorne était en train de massacrer la meute. Celle-ci ne s'y attendait pas du tout et, surprise, se laissa quasiment faire, n'opposant qu'une maigre résistance. Rapidement, les rares bêtes encore en vie se dispersèrent dans la forêt, et le silence revint.

Seiya se redressa doucement, évitant les bruits et les gestes brusques. Camus se tenait non loin, immobile de l'autre côté du licorne. L'ange avait l'air à peu près indemne. De son côté, le monstrueux cheval farfouillait tranquillement dans les entrailles d'un loup gris clair. Visiblement, ce qu'il y trouvait était très intéressant et, oh par Icare... goûtu. Le brun grimaça. De combien de kilos de viande avait besoin ce truc ? Est-ce que les bêtes mortes suffiraient ou allait-il avoir besoin de compléter ? Et puis d'où il venait ? Est-ce que c'était un hobby courant chez les licornes, de massacrer violemment des meutes lupines ? Puis Seiya réalisa qu'il manquait une question à son panel : est-ce que le licorne était un daemon ? Les licornes étaient à sa connaissance une espèce quasi disparue dans sa forme normale, et presque aussi rare dans sa forme daemonne. En croiser un était complètement improbable...

- Jabu ?

La voix de Camus, hésitante, l'arracha aussitôt à ses réflexions. Déjà parce que l'ange n'avait pas prononcé n'importe quel nom. Ensuite parce qu'il ne s'était pas adressé à n'importe quoi. Camus regardait le licorne. Seiya secoua la tête, sonné. Impossible. D'accord, Jabu était un daemon. Ok. Compris. Pas digéré, pas accepté, mais compris. Mais il ne pouvait pas être... ça. Pas cette énorme... chose. Non, franchement, s'il devait imaginer la forme daemonne de Jabu... Un genre d'écureuil ou de lapin, bref un truc mignon. Comme Jabu. Pas une masse de muscles avec des dents acérés, des yeux luisants et des penchants carnivores. Sauf que si le licorne était un daemon, ce qui était aussi probable que de croiser un licorne normal... et bien, quel daemon était dans les parages ? Et susceptible de leur venir en aide ?

Jabu. Oh merde.

OoOoOoOoO

La transformation en licorne ne faisait pas perdre à Jabu ses capacité de réflexion, pas du tout. Son esprit demeurait clair, rationnel - même si son côté bestial ressortait parfois. Cependant, être licorne lui donnait des idées saugrenues, comme d'enfouir son museau dans le ventre ouvert d'un loup pour éviter d'avoir à regarder les deux anges, puisqu'il était trop gêné. Trop. Gêné. Vraiment, c'était ridicule. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher - en plus, c'était pas de la mauvaise viande. Et il n'avait pas hâte de passer aux explications. D'ailleurs, y en aurait-il ? Il pouvait tout aussi bien s'enfuir, n'est-ce pas ? Laisser les deux anges en plan... Seiya était blessé, mais ce n'était pas mortel et Camus pourrait le ramener vers les deux autres. Pendant ce temps, Jabu galoperait loin de tout ce merdier.

- Jabu ?

La voix de Camus le fit presque sursauter. Il se força au calme. Bon, au moins ça confirmait ses doutes : les anges savaient. Ou, en tout cas, Camus savait.

- Mais non, c'est pas possible, souffla Seiya, incrédule, un trémolo bizarre dans la voix.

Le brun n'avait pas l'air si surpris de la supposition de Camus. Jabu soupira intérieurement. Donc, Seiya savait aussi. Cela expliquait son comportement depuis leur départ de Röseln, au moins. Il écarta pensivement un morceau d'intestin pour atteindre un rein - franchement, le goût était sympa. Il n'avait pas trente-six solutions à présent. Il pouvait ou bien se barrer, piquer un sprint et fuir loin, ou bien rester et voir ce qui se passerait. Il releva la tête et huma l'air. La meute était loin, et aucune odeur inquiétante ne lui parvenait. Il pouvait partir tranquille. Restait à décider de ce qu'il voulait.

- Jabu, c'est toi ? répéta Camus en bougeant doucement.

Les gestes de l'ange évoquaient les mouvements prudents d'une personne face à une bête sauvage. Le jeune daemon éternua, vexé, avant de se souvenir qu'actuellement, il était une bête énorme avec des dents trop longues pour être honnêtes et une corne ensanglantée. Alors, "bête sauvage"... il n'avait pas volé le qualificatif. Il racla le sol, un peu indécis. Devait-il se retransformer maintenant ? Ou profiter de l'ascendant que lui procurait sa forme chevaline ?

- Camus, je ne crois pas que ce soit lui, grogna Seiya. Ça ne lui ressemble pas, Jabu n'est pas comme ça.

Aouch. Ça, c'était dit. Le licorne-garou souffla. D'accord, son apparence humaine n'était pas des plus impressionnantes ; d'accord, la majorité des daemons assumait qu'il était un genre de chien ou autre petit animal de compagnie... mais quand même ! C'était un peu agaçant - surtout que les gens avaient toujours l'air vaguement déçu en apprenant qu'il n'était pas tout à fait un bichon maltais.

- Je ne sais pas, Seiya. Il m'a l'air, heu, intelligent.

Jabu ne put retenir un hennissement grognon, qui figea les deux anges sur place. Comment ça, "l'air, heu, intelligent" ? Genre les licornes sont stupides ? Non mais... les poulets étaient bien insolents ce soir... à vous donner des envies de rôtis... Il s'ébroua. N'importe quoi. Il n'allait quand même pas bouffer Seiya et Camus, si ? Non. Non, il n'allait pas le faire. Franchement, non. Même si là, ils étaient vexants. Et puis Jabu dut s'avouer qu'il n'avait pas la moindre envie de s'enfuir en courant. Bon, il ne voulait pas non plus rentrer à l'Inquisition (il y avait des limites), mais faire un bout de route avec ces anges lui plaisait bien. Alors comme Camus n'avait pas l'air hostile... Jabu se retransforma.

OoOoOoOoO

Par Icare, c'était bien Jabu. Le licorne venait de se retransformer, se tordant, se réduisant à un Jabu à poil, couvert de sang et... d'autres trucs, accroupi devant un cadavre de loup. Le jeune daemon cligna des yeux. Un silence de plomb s'abattit sur leur trio. Seiya avait l'impression de s'enfoncer dans un puits de hurlements silencieux. C'était bien Jabu. Un licorne-garou, énorme. Comme les bêtes qui avaient massacré sa sœur, sa seule famille. D'entre toutes les espèces existantes, pourquoi avait-il fallu qu'il soit un licorne ? Pour un peu, Seiya l'aurait tué.

- Est-ce que tu as attaqué un village au sud-est ? Plus précisément, est-ce que tu en as attaqué un il y a une douzaine d'années ?
- Quoi ? laissa échapper Jabu, complètement ahuri.
- Je t'ai demandé si tu avais massacré un village au sud-est d'ici, il y a une douzaine d'années ?
- Je... Seiya, j'avais six ou sept ans. J'étais un poulain. J'avais déjà tué, bien sûr, pas le choix, mais massacrer un village ? Un poulain seul en serait incapable.
- Et tu étais seul ? Tu n'étais pas avec d'autres daemons ? même ta famille ?
- Oui. Je ne connais pas d'autre licorne. Seiya... Pourquoi tu me demandes ça ?

Le brun ne répondit pas, gardant les dents serrées. Finalement, il détourna son regard du daemon et s'adressa à Camus d'une voix sifflante :

- Je te laisse gérer ça. C'est toi qui as voulu le sortir de Röseln, après tout. Tu assumes.

Le Premier inquisiteur acquiesça sans relever l'agressivité du jeune ange, au fond soulagé de voir que Seiya parvenait à garder son calme. Le brun ne put retenir une grimace. Pour qui le prenait Camus, exactement ? Une espèce de péril imprévisible, incapable de se contrôler ? Il n'avait plus dix ans, merde. Et oui, il pouvait ne pas massacrer une de ces sales bestioles, même si elle était à poil, à deux pas de lui, et visiblement perdue et vulnérable. D'un pas rageur et boitillant, il s'éloigna sans un regard pour Jabu. Il devait aller voir Milo, faire soigner sa jambe et son épaule. Bordel, il avait mal.