Bonsoir ! Désolé pour le petit (tout petit) retard, j'ai passé le WE à Strasbourg (y avait la Pride... c'était crevant mais incroyable 3) et du coup j'étais franchement pas en forme - et comme d'hab j'avais pas anticipé niveau écriture... la w'honte quand même !

Mais voici donc ce 10e chapitre ! Bonne lecture !

Réponse aux reviews anon :

ShaSei : merci beaucoup pour ta review ! Seiya est têtu, donc il lui faudra un peu de temps pour accepter Jabu... mais croisons les doigts, l'espoir fait vivre o/ Quant à Hadès... j'avoue, c'est un mauvais perdant mdr

Athéna : j'ai beau ne pas aimer Saori dans le manga (en même temps c'est un perso pas si développé que ça et, je sais pas, Kurumada ne la rend pas vraiment sympathique...), j'aime bien la rendre plus sage/raisonnable dans les fics. Bon, y en a probablement eu quelques unes où j'en faisais une idiote (un vrai gâchis de personnage... j'étais jeune ado ToT), mais jsp, les dernières Saori que j'ai écrites avaient un peu de classe o/ je suis content que cette Saori te plaise, en tout cas ! Merci pour ta review et tes compliments 3

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La Geste du Licorne-garou

CHAPITRE 10

Jabu et Camus regardèrent Seiya s'éloigner en silence. Finalement, le brun disparut entre deux arbres, les laissant seuls. Le daemon soupira, puis se tourna vers l'ange :

- Et maintenant ? demanda-t-il simplement.

Camus le regarda avec un rictus étrange, entre compassion, pitié, hébétude.

- Je ne sais pas. Qu'est-ce que tu fais encore ici ?

Jabu baissa la tête. Il ne s'était pas enfui, et il comprenait que Camus trouve cela étonnant. Dans sa tête, c'était très clair, mais bon.

- Je vous aime bien, avoua-t-il.

La phrase lui parut stupide dès qu'il la prononça. Déjà, depuis quand un daemon "aimait bien" des anges ? surtout des inquisiteurs ? Vraiment, c'était la pire explication qu'il pouvait trouver - même si c'était totalement vrai.

- Ah, répondit Camus d'un ton plat.

Le licorne-garou grimaça :

- Je sais que dit comme ça, c'est un peu incongru, mais j'ai vraiment rien d'autre à dire. Si je suis encore ici, à poil, alors que je pourrais être en train de galoper tranquillement, c'est parce que je vous aime bien. Et que pour l'instant vous n'avez pas trop l'air de me vouloir du mal.

Il fit une pause, puis ajouta :

- Vous saviez déjà que j'étais un daemon. Depuis quand ?
- Seiya a surpris ta conversation avec Kanon, à Röseln.

Jabu fronça les sourcils :

- Et Aphrodite n'a pas insisté pour avoir ma tête ? Il n'a jamais pu me sentir...

Camus resta silencieux, préférant ne pas révéler que seuls lui, Milo, Seiya et Kanon étaient au courant. Le licorne-garou n'avait pas l'air méchant, mais s'il réalisait que toute l'Inquisition en dehors de leur petit groupe le considérait encore comme un ange, il pourrait avoir l'idée de tous les tuer pour préserver son secret. C'était improbable, mais Camus ne pouvait pas ignorer cette possibilité. Mieux valait que Jabu croie à un miracle et parte du principe qu'Aphrodite était au courant. Le daemon soupira, comprenant qu'on ne lui en dirait pas plus.

- Je n'étais vraiment pas fait pour être espion, marmonna-t-il.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Le licorne lui jeta un regard en coin. Inutile de révéler qu'Aiolia aussi l'avait percé à jour. Et puis, cela pouvait mettre le lion-garou en danger.

- Rien de particulier, répondit-il finalement. Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ?

Camus soupira sans rien dire.

- Camus, insista Jabu. Je veux savoir ce qui va m'arriver. Je sais que j'ai l'air minable, mais j'ai encore des ressources et je ne compte pas exactement me laisser tuer. Je voudrais vous faire confiance, parce que je vous aime bien et que si je pars je serais à nouveau seul, mais...
- Et si on en discutait avec les autres ? interrompit l'ange.
- Je ne suis pas sûr que Seiya ait envie de discuter de quoi que ce soit me concernant, répliqua Jabu.
- Il n'a pas un caractère facile, hein... murmura Camus.
- Oh non, il est très sympa. À part qu'il nous déteste. Je me demande bien pourquoi, d'ailleurs.

L'ange haussa les épaules :

- Ce n'est pas à moi de te dire ça. Tu lui poseras la question directement.
- Comme s'il y avait la moindre chance qu'il me réponde...

Camus s'approcha de Jabu et lui tendit la main pour l'aider à se lever. Le daemon s'exécuta avec difficulté, les jambes un peu engourdies. Il avait mangé un peu sous sa forme chevaline, et la transformation était moins violente que pendant les nuits de pleine lune, mais elle secouait tout de même un peu. Il fit quelques pas pour se réhabituer à la sensation d'avoir des pieds, deux fois moins de pattes et encore moins de muscles. Après quelques minutes, il se tourna vers l'inquisiteur :

- Allons-y, lança-t-il, bravache.

En silence, ils prirent le chemin du campement.

OoOoOoOoO

Röseln, QG de la Furrysistance, la même nuit...

Rune profita de ce que tout le monde dormait pour se glisser hors du lit et des bras de Minos. Sa missive devait être parvenue à Aphrodite à présent - et Geheimbourg serait bientôt également au courant, si ce n'était pas déjà le cas. Tout était prêt, il ne manquait à son plan plus que l'acteur principal. Un jeune premier arrogant et insupportable qui lui donnerait du fil à retordre et pouvait tout faire échouer - si près du but, ce serait rageant. Il lui était déjà fort désagréable de devoir quitter Minos, alors si en plus il ne réussissait pas à atteindre son objectif... Eaque DEVAIT coopérer. Et il coopérerait, se promit l'ange en arrivant devant la porte de la chambre du panthère-garou. Sans prendre le temps de frapper, il entra.

Le daemon dormait profondément, seul comme toujours. Il se retournait de temps en temps, marmonnant un peu dans son sommeil. Il ne réagit pas à l'entrée de Rune, qui sourit avec mépris. Par Icare, il n'était guère étonnant que la prise de Geheimbourg ait été si facile ! Dès que les daemons se sentaient en sécurité quelque part, leur attention se relâchait. C'était si naïf. Rune s'approcha doucement du lit, puis referma brutalement sa main sur le cou d'Eaque, enfonçant ses ongles dans la peau tendre. Les yeux du panthère s'ouvrirent grand, écarquillés, éclairés par une lueur de panique. Sa respiration était sifflante à cause de la pression qu'exerçait l'ange sur sa gorge.

- Bonsoir, Eaque, dit le secrétaire tranquillement. Je te remercie de m'accorder cette entrevue.

Le panthère attrapa un poignard qu'il planta sans hésiter dans l'avant-bras de Rune, probablement pour lui faire lâcher prise. Finalement, il n'était pas si naïf que ça. Dommage que l'ange ait été entraîné pour faire face à ce genre de situation. Sans se départir de son calme, il se força à respirer profondément et retira sans hésitation la lame, laissant le sang couler. Il posa le couteau au bas du lit, inatteignable, puis attrapa la seconde main d'Eaque.

- J'allais te conseiller de ne pas tenter ce genre d'entourloupes, déplora l'ange. Mais comme d'habitude, tu réfléchis avant d'agir... C'est peut-être pour ça que Minos veut ta mort.

Les yeux du panthère-garou n'exprimèrent rien. Il bougea les lèvres, cherchant à parler, et découvrit que ce n'était pas évident quand on vous compressait la gorge. Rune desserra sa poigne avec un petit air contrit, en précisant :

- Sous réserve que tu ne hurles pas, ce serait fort inconvenant.
- Si...

Eaque se racla la gorge.

- Si c'est Minos qui t'envoie pour me tuer, non seulement il aura pris ses précautions pour rendre mes cris inutiles, mais en plus tu ne m'aurais pas laissé l'occasion de parler... ou même de me réveiller. Qu'est-ce que tu veux, Rune ? Je croyais que tu lui étais loyal, alors pourquoi tu cherches à faire capoter ses plans machiavéliques ?
- Tu n'as pas l'air très étonné d'apprendre que Minos veut se débarrasser de toi.

Le panthère-garou ricana :

- Si cet enfoiré a pu faire tuer son cher Rhadamanthe, alors mes jours sont comptés. Il veut se débarrasser de nous pour récupérer le pouvoir.

Eaque secoua la tête.

- Capitaine d'un vaisseau en perdition, persuadé qu'il pourra triompher de la tempête... Cela lui ressemble bien. Et il pourrait même y arriver. Mais pour ça, il doit être seul maître à bord. Je suppose qu'après moi, ce sera Myu et Pharaoh. Ces deux-là ont trop d'aura et d'influence au sein de la Furrysistance.

Rune resta silencieux. Minos n'avait pas évoqué ces noms pour l'instant - et il n'aurait probablement pas l'occasion de les évoquer avec lui. Tout serait fini d'ici peu.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Rune ? lui demanda Eaque.
- Dis-moi, préféra lancer l'ange, est-ce que tu veux vivre ? Et plus important, est-ce que tu veux retrouver ton père ?
- ... Il est vivant ? interrogea simplement le panthère-garou.

L'espoir incrédule qui transparaissait dans la voix du daemon parvint à surprendre Rune. Pendant toutes les années qu'il avait passées à la Furrysistance, il avait pu observer Eaque et en était arrivé à la conclusion que le panthère était absolument convaincu, envers et contre tout, que son père était en vie, quelque part, attendant d'être retrouvé.

- Tu n'en étais pas persuadé ? demanda Rune.
- Non.

Eaque rit tristement.

- Au contraire. Le connaissant, s'il vivait, il se serait déjà manifesté. Mais personne n'aurait accepté mon obstination et mes extravagances si j'avais avoué que ce que je recherchais, c'était son cadavre.

Il se tut quelques instants, puis :

- Où est mon père, Rune ?
- Entre nos mains.
- "Nos" mains ?
- Celles de l'Inquisition.

Eaque ouvrit la bouche, la referma.

- Je suppose que c'était la seule possibilité, à part la mort, finit-il par dire. Mais depuis quand l'Inquisition emploie-t-elle des daemons ?
- Oh, cela commence à faire quelques décennies. C'est très anecdotique et exceptionnel, cependant. Actuellement, je crois que nous n'avons qu'un lion-garou parmi nous. Et bientôt, si tu acceptes, toi.
- Ah ! Je vois que vous faites dans le fauve, plaisanta le daemon. Et toi, tu es quoi ? Je sais que tu es du genre... pudique, mais vu qu'on va collaborer, tu peux au moins me le dire !
- Pas forcément des fauves, ne put s'empêcher de corriger Rune. Il y a quelques années, nous avions un lapin, mais...

L'ange grimaça et renonça à finir sa phrase. Changer de sujet.

- Mais moi, je ne suis pas un daemon, indiqua-t-il plutôt. Je suis un ange.
- Sans ailes ?
- Un accident. Elles étaient inutilisables, alors...
- Tchack tchack tchack, chantonna Eaque.
- C'est ça, grogna Rune. Et je serais toi, j'éviterais de refaire ce genre de bouffonnerie devant moi.
- Très bien, très bien. Passons aux choses sérieuses, alors, répliqua Eaque en se levant.

L'ange se tendit, prêt à attaquer, mais le panthère-garou ne semblait pas le moins du monde agressif. Il se dirigea vers une armoire, l'ouvrit et en sortit un kit de premiers soins.

- Pour ton bras, indiqua-t-il. Assieds-toi sur le lit et explique-moi tout pendant que je te rafistole.

Ils s'installèrent sur le matelas. Rune était méfiant, mais Eaque s'avéra être un médecin assez délicat et soigneux.

- Et bien ? demanda le daemon, visiblement pressé d'en savoir plus.
- Hadès est un véritable cauchemar pour l'Inquisition depuis Geheimbourg, commença Rune.

Il avait préparé son petit discours de longue date. Et il savait que présenter Hadès comme un véritable problème pour les anges ferait plaisir à Eaque. Et vu le sourire du panthère, cela ne manqua pas.

- Aujourd'hui, nous le maintenons dans le coma. Mais juste avant que nous l'abattions, il est parvenu à nous lancer une malédiction.
- Quel genre de malédiction ? interrompit le daemon. Mon père n'était... n'est pas un empailletteur, pourtant.
- Je ne parle pas de l'empaillettement. Je parle d'une sorte de peste.

Eaque haussa un sourcil :

- Il vous a contaminé avec ses germes ? Tu comptes me jouer le couplet de la saleté et du manque d'hygiène des daemons ?

Rune lui lança un regard noir :

- Absolument pas. Ton peuple manque clairement de raffinement...
- Je me demande qui nous empêche de vivre en paix et nous force à nous terrer dans des trous boueux et discrets, glissa Eaque.
- ... mais ce n'est pas de ça que je parle, continua l'ange en ignorant la pique. Je parle d'une peste magique. Une vraie malédiction.

Silence.

- Ça existe ?
- Ton père n'était pas n'importe quel daemon. Il descend d'une vieille, très vieille lignée. Il était totalement différent de toi, de ta sœur ou même des daemons possédant l'empaillettement comme Minos.
- Minos peut empailletter ?! s'exclama Eaque. Et ça l'aurait fait tant chier que ça de nous le dire ?
- Il a toujours été discret sur son pouvoir. C'est son joker.
- Ok. Et toi, comment tu sais ? Non, laisse-moi deviner. Confidence sur l'oreiller, hein ?
- Minos et moi sommes proches.
- Bien sûr. Raison pour laquelle tu es ici pour me parler de trahison. Car c'est de cela qu'il s'agit, n'est-ce pas ?

Rune resta silencieux. Eaque termina de soigner sa plaie au bras, puis riva ses yeux aux siens :

- Donc, mon père a envoyé une peste sur les anges, avant d'être attrapé et mis dans le coma. Quel rapport avec moi ?
- Malgré tous nos efforts, cette peste se répand. C'est une maladie très contagieuse. En fait, elle évoque l'empaillettement, puisque ses victimes tombent en paillettes.

Eaque secoua la tête :

- L'empaillettement n'est pas contagieux. En plus, la personne qui empaillette doit se tenir près de sa victime et la connaître.
- Vraiment ? demanda Rune, soudainement intéressé.

Les anges ne connaissaient pas grand chose sur l'empaillettement. Bien sûr, des suppositions existaient. Par exemple, l'idée que les daemons devaient être près de leurs victimes pour les empailletter. Mais tout cela restait très vague. Et, à son grand dépit, Rune n'était pas parvenu à rassembler beaucoup d'informations pendant ses années à la Furrysistance. Chaque daemon qu'il rencontrait, Minos compris, semblait savoir comment l'empaillettement fonctionnait, mais se refusait aux confidences. C'était comme un tabou. Rune n'avait pas eu d'autre choix que de faire croire qu'il savait parfaitement ce qu'était l'empaillettement.

- Parlons d'abord de ce que tu es venu me proposer, Rune, contra Eaque. Ensuite, on verra si je t'en dis plus.
- ... Très bien. Nous ne parvenons pas à contenir la peste d'Hadès. Nous arrivons à peine à cacher son existence à notre peuple - histoire d'éviter la panique. Sauf que, tu vois, nous avons fait une découverte intéressante.
- Ah oui ?
- Nous avons réveillé Hadès. Il nous a indiqué que seul le sang d'une personne de sa famille, à l'exception du sien, pouvait guérir les victimes de sa peste - en en annulant les symptômes, en quelque sorte. Et il a aussi précisé, avec beaucoup de plaisir, que si nous le tuions, toutes les personnes infectées mourraient instantanément.
- D'accord. Donc tu veux que je donne mon sang pour sauver des anges, c'est ça ?
- C'est ça. Et je me suis infiltré dans la Furrysistance pour trouver les enfants d'Hadès.

Eaque ricana.

- Et pourquoi je ferais ça, exactement ? Vous ne pouvez pas tuer mon père, j'ai donc tout le temps du monde pour le retrouver.
- Alors qu'il est soigneusement gardé par l'Inquisition ? que tu es en passe de devoir choisir entre quitter la Furrysistance ou te faire assassiner par Minos ? Alors que, de toute façon, la Furrysistance est tout juste bonne à attaquer un petit groupe d'anges en patrouille ou des villages isolés ?

Silence.

- Si tu acceptes de nous venir en aide, reprit Rune, nous envisagerons de réveiller ton père. Nous ne le relâcherons pas, bien sûr, nous devons faire en sorte qu'il ne représente plus une menace pour nous. Toutefois nous pourrions, disons, faire un effort et vous permettre de vivre tranquillement, tous les deux, sous bonne garde.
- Et qu'est-ce qui me dit que vous n'allez pas tout bêtement me jeter dans un cachot et me saigner comme un goret ?
- Rien. Tu dois malheureusement me faire confiance. Et évidemment, tu peux aussi t'enfuir de la Furrysistance et reconstruire ta vie loin de tout ça.
- Tu ferais quoi, à ma place ?

Rune le regarda, surpris :

- Tu veux dire... si je devais me jeter dans ce qui ressemble un peu trop à un piège mortel, si je devais conclure un pacte extrêmement risqué, dans l'espoir de revoir un être cher ?
- L'être le plus cher, corrigea Eaque.
- J'accepterais, lâcha l'ange. Mais, ricana-t-il, hélas pour moi, je n'aurais jamais l'opportunité de faire ce choix.

Le panthère-garou resta silencieux quelques instants, puis annonça :

- J'accepte. Comment allons-nous faire ?

OoOoOoOoO

Dans la campagne, entre Röseln et Geheimbourg, pendant cette même nuit, nuit vraiment agitée pour tout le monde...

Le silence tomba comme une chape de plomb sur leur groupe lorsque Camus et Jabu émergèrent de la forêt. La conversation animée, dont ils avaient entendu des bribes en s'approchant, s'évanouit aussitôt. Seiya se plongea dans la contemplation d'un point indéterminé, loin du daemon. Kanon et Milo se tournèrent vers les nouveaux arrivants, le premier arborant un sourire qui se voulait rassurant.

- Franchement, lança Jabu d'un air plus détendu qu'il ne l'était véritablement, vous allez me faire regretter d'être resté.
- Franchement, répondit Kanon sur le même ton, tu devrais regretter et te mettre à courir.
- Haha. Pas faux.

Le licorne-garou soupira et s'assit à côté de l'ange. Il ramena ses genoux contre sa poitrine et les entoura de ses bras. Il s'absorba dans la contemplation du feu, puis cligna des yeux, semblant revenir au présent.

- Maintenant que nous sommes avec les autres, Camus, je vais reposer ma question : qu'est-ce que vous comptez faire de moi ?
- D'abord, on voulait te sortir discrètement de Röseln. Enfin, Camus voulait te sortir de Röseln, et Seiya et moi on a suivi. J'étais un peu plus enthousiaste, indiqua Milo.
- Me faire sortir discrètement de... répéta Jabu.

Ses yeux s'écarquillèrent.

- Vous n'avez rien dit à Aphrodite ?

Camus grogna de contrariété. Au temps pour ses précautions ! Milo avait visiblement décidé de jouer la carte de la franchise.

- En effet, intervint-il donc avec réticence. J'ai décidé de prendre la responsabilité de t'emmener hors de la Maison inquisitoriale... sans prévenir Aphrodite.
- C'est vrai que Seiya a dit que c'était toi qui avais tenu à me sortir de Röseln... Je n'avais pas tilté, sur le coup.
- Oui, et je tiens à préciser que moi, j'ai fait mon devoir et tenté de prévenir Aphrodite.

Jabu déglutit, mal à l'aise.

- Merci, Camus, finit-il par dire, sans réagir aux propos de Seiya. Je pense que tu m'as sauvé la peau. Et donc... vous êtes les seules personnes à savoir que je suis un daemon ?
- Oui, confirma Milo. Du coup si tu veux poursuivre ta mission d'infiltration, tu peux toujours nous éliminer et raconter un combat terrible contre des daemons, et tu n'as rien pu faire, et quel malheur tout le monde est mort !

Silence.

- Je n'ai pas l'intention de vous tuer, protesta Jabu. Je l'ai dit à Camus, je suis resté après les avoir aidés à se débarrasser de la meute parce que je vous aime bien. Mais forcément, je me demande ce que vous comptiez faire.

Milo jeta un regard interrogateur à Camus. Son amant avait pris autoritairement la direction de leur groupe, sans daigner informer qui que ce soit de ses plans. Pour sa part, Milo était tiraillé entre l'affection qu'il ressentait pour Jabu et son devoir d'inquisiteur. Le jeune daemon s'était infiltré clandestinement, en se faisant passer pour un ange, impossible de l'intégrer à l'Inquisition comme cela avait été difficilement accepté pour Aiolia. Son mensonge sur sa nature était inexplicable - donc suspect, et un daemon suspect ne ferait pas long feu dans l'Inquisition, on le soupçonnerait directement d'appartenir à la Furrysistance. Soupçons que partageait Milo, s'il était honnête.

- Je n'avais pas de plan particulier, avoua alors Camus.

Milo écarquilla les yeux de surprise et Seiya lâcha une exclamation outragée.

- Je suppose que je vous dois quelques explications... Quand Seiya m'a dit ce que Jabu était, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour réagir. Aphrodite était déjà au bout du couloir. J'étais... bouleversé, je considérais Jabu comme mon protégé, et Marine l'adore, alors un mensonge pareil... J'ai fait taire Seiya parce que je voulais gagner du temps - je connais Aphrodite, il serait entré dans une rage noire s'il avait su.

Camus fit une pause, soupira.

- Ensuite, Seiya m'a rapporté la conversation entre Jabu et Kanon. Il avait déjà donné le nom de Kanon, d'ailleurs, donc je sentais venir le truc. Là, la situation s'est encore compliquée. Non seulement on avait un daemon infiltré dans nos rangs - et bien infiltré, avec ça - , mais en plus notre prisonnier avait réalisé son identité et offert de l'aider. Si Aphrodite apprenait ça, ni Jabu, ni Kanon ne seraient sortis vivants de Röseln. Alors...
- Tu as voulu sauver Kanon, compléta Jabu.

L'ange ne répondit pas.

- Ensuite, reprit le daemon, on s'est dépêché de filer hors de la ville, et nous voilà.
- Exactement, conclut Camus.
- C'est bien beau tout ça, intervint Milo, mais qu'est-ce qu'on fait ? Parce qu'après cette fuite, précisément, nous sommes tous coupables de trahison.
- Encore une fois, je n'ai fait qu'obéir aux ordres, grogna Seiya.
- Correction, à des ordres manifestement illicites auxquels tu aurais dû t'opposer à tout prix, grinça Kanon. J'ai été quelques temps dans l'Inquisition. Si tu voulais te décharger de toute responsabilité, tu aurais dû essayer de tuer Jabu ou de t'échapper pour prévenir Aphrodite, et on aurait dû devoir te sortir attaché ou inconscient de Röseln. Tu es complice autant que Milo, donc arrête avec les grands airs, gamin !
- Kanon, n'envenime pas les choses, le sermonna Camus en retenant le brun d'un regard noir.

Le prisonnier haussa les épaules et se composa un air de profond désintérêt. Jabu se mordit la lèvre, puis se jeta à l'eau :

- Puisque vous ne savez pas quoi faire, est-ce que je peux donner mon avis ?

Kanon pouffa :

- J'aime bien cette attitude, moi ! Vas-y.

Camus souffla, agacé, puis répéta :

- Vas-y Jabu.

Seiya secoua la tête avec désapprobation. Laisser un daemon décider de son sort... n'importe quoi.

- Je ne veux pas retourner à Geheimbourg, se lança Jabu. C'est vrai que j'ai été envoyé par la Furrysistance...

Milo eut une grimace. Camus n'avait pas le temps de lui en parler de vive voix, mais il s'en était douté. Cela restait tout de même... douloureux. Et compliquait d'autant plus la situation.

- ... mais je n'ai jamais eu le temps de leur envoyer la moindre information...

Jabu décida en un éclair de passer sous silence l'intervention du jumeau de Kanon.

- ... ni de recevoir de leur part la moindre instruction, en vérité. C'était une mission suicide, en fait - mais l'appât pour me convaincre de l'accomplir était très... trop bien choisi. Aujourd'hui, la Furrysistance doit me croire mort. Je regrette vraiment d'avoir coopéré avec elle, alors tout ce que je veux, c'est disparaître. Dans l'idéal, on fait un bout de route ensemble, et puis on se sépare avant Geheimbourg.
- Tu proposes à des inquisiteurs de voyager avec toi ? répéta Milo, incrédule.
- Honnêtement, répondit Jabu en esquissant un mince sourire, j'espérais plutôt le proposer à des amis.

N'en pouvant plus, Seiya se mit sur ses pieds et boitilla vers Jabu. Il l'attrapa par l'épaule, le secouant.

- Mais tu te fous de ma gueule ?! cria-t-il. "Des amis" ?! Tu te fous de ma gueule ?!
- Seiya ! s'exclama Milo.

Camus les sépara, éloignant l'ange. Milo se leva à son tour et alla voir Seiya qui s'agitait, furieux et blessé.

- Jabu, ça va ? lui demanda Kanon.

Le daemon hocha la tête.

- Je suppose que c'est un non, marmonna-t-il, les yeux dans le vague.
- Tu ne supposes rien du tout, intervint un Camus excédé.

À l'écart, Seiya se calmait doucement, écoutant Milo. Camus soupira, la fatigue de la journée et du combat revenant brusquement le frapper. Il s'assit lourdement au sol et annonça :

- Tout le monde dort, maintenant. Enfin, on mange, on vérifie les blessures des uns et des autres, et puis on dort. Pour le reste, on verra demain. La situation est claire à présent, mais nous sommes tous trop épuisés pour prendre de bonnes décisions et surtout, trouver des solutions satisfaisantes. Et c'est un ordre, donc exécution !