Bonsoir ! Encore un chapitre un peu en retard, mais bon vous avez l'habitude... Au moins je suis à jour de mes reviews et MPs, on peut pas tout avoir ToT
Bref. Encore un chapitre "transitif", comprenez que l'action avance mais y a pas d'énormes progrès. Je prends mon temps, j'avoue (et le temps s'étiiiiiire... ça fait trois ou quatre chapitres que je passe à détailler les mêmes 24 ou 48 heures, et c'est pas juste parce que ce sont des chapitres un peu plus courts qu'au début, promis !).
J'espère en tout cas que ça vous plaira !
Réponse à la review anon :
ShaSei : encore merci pour cette review enthousiaste et ces compliments ! Ils me font très plaisir... Normalement, Seiya se calme un peu dans ce chapitre - fallait juste qu'il se remette du choc... Au plaisir de te recroiser dans les reviews 3
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La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 11
Röseln, QG de la Furrysistance, le lendemain...
Après le départ de Rune, Eaque ne put se rendormir. Le jour n'allait pas tarder à se lever, pourtant. Il serait crevé le lendemain - alors qu'une réunion était prévue avec Minos. Il y reverrait son petit vicieux de secrétaire, d'ailleurs. Il faudrait jouer la comédie. Il sentait qu'il s'amuserait beaucoup. Pour la énième fois, il se retourna dans son lit. Il venait de prendre une décision terrible, si terrible qu'il avait encore peine à s'en rendre compte. Il abandonnait ce qu'il avait toujours connu, son foyer, sa sœur, et même cet enfoiré de Minos qui était encore ce qui se rapprochait le plus d'un "ami", tout ça au nom d'un espoir fou. Retrouver son père.
Après le massacre de Geheimbourg et la disparition d'Hadès, il avait pris les rênes de la Furrysistance avec Rhadamanthe et Minos. Leur trio s'était négocié sans trop de problèmes, imposé sans trop de heurts. Ils avaient toujours été les étoiles montantes de l'organisation, grandes gueules, autoritaires, confiants en eux, charismatiques. Il se tourna de l'autre côté, regardant non plus le mur, mais le reste de sa chambre. Leur entente ne pouvait pas durer ; cinq ans, c'était déjà énorme. Ils étaient trop différents. Rhadamanthe voulait protéger leur peuple, Minos voulait le pouvoir et se battre. Quant à lui... il voulait son père. Il était resté un gosse. Pendant ce temps, Pandore avait grandi, était devenue insupportable. Elle allait de l'avant. Mais il lui montrerait que s'accrocher au souvenir de leur père ne l'avait pas mené nulle part. Au contraire. Il ne savait pas encore comment il s'y prendrait, mais il sortirait son père des griffes de l'Inquisition.
- Minos doit penser qu'une personne seule est plus efficace pour commander, marmonna-t-il pour lui-même. Sur ce point, on est d'accord. Simplement, il se trompe quand il estime être celui dont la Furrysistance a besoin.
Oui, il ramènerait Hadès. Il retrouverait son père, et la Furrysistance retrouverait son chef. Il était plus que temps que la régence qu'il avait exercée avec ses camarades prenne fin. Eaque se redressa dans son lit et s'étira. Dehors, le ciel s'éclaircissait. Un peu de lumière filtrait à travers ses rideaux. Il ne dormirait plus ; autant se lever. Il s'extirpa hors du drap, fit quelques pas. La réunion avec Minos était en milieu de mâtinée, il avait le temps d'aller se balader. Un instant, il songea à aller s'entraîner dans la cour ou dans une des salles dédiées, avant de renoncer : il n'y allait jamais, d'habitude. Et mieux valait ne pas changer ses habitudes, Minos devait déjà le surveiller. Quel salaud, quand même.
Il s'habilla rapidement et sortit. Il marcha d'abord au hasard, avant de réaliser que ses pas le menaient droit vers la chambre de sa sœur. Lui qui voulait éviter de changer ses habitudes... Apparemment, la perspective de son départ le rendait sentimental. C'était d'un ridicule !
Pourtant, il ne rebroussa pas chemin, au contraire. Rune lui avait dit que les choses étaient "imminentes". Il était en conflit avec Pandore depuis quelques années, mais il ne voulait pas disparaître sans lui avoir parlé une dernière fois. Il se demanda comment elle se sentirait en apprenant sa "mort" : elle s'était alliée à Minos, mais le griffon lui avait-il parlé de son projet d'assassinat ? serait-elle triste ? ou jouerait-elle la comédie ? Autant de questions qui risquaient de rester sans réponse pour un bon moment. Voire pour toujours. Eaque avait conscience de s'engager dans un plan stupidement dangereux... qui en valait la peine : on parlait de son père, après tout. Il était prêt à tout. Soudainement, il regretta que Rhadamanthe ne soit plus ; le corgi avait toujours admiré Hadès, il lui serait certainement venu en aide. Eaque était seul, à présent. Seul, devant la porte de Pandore. Il frappa.
- Oui ? répondit une voix impatiente.
- C'est moi, indiqua-t-il simplement.
En entendant cette voix, Pandore se figea. Bordel, il était déjà réveillé ? Il était encore tôt... Et que fichait-il devant sa chambre ?
- Pandore ? insista son frère.
Elle alla ouvrir la porte et le considéra d'un air dubitatif. Il avait l'air crevé, comme s'il n'avait rien dormi de la nuit. Ha ! Il serait frais, à la réunion de ce matin !
- Tu es tombé du lit ? demanda-t-elle d'un ton sec. Qu'est-ce que tu veux ?
Il esquissa un sourire... étrange. Il fallut à la panthère quelques instants pour comprendre pourquoi : il n'avait pas l'air de se moquer. Il souriait juste, presque tendrement.
- On peut dire ça, répondit-il. Et je voulais juste... te parler.
Elle croisa les bras devant sa poitrine, sur la défensive. Qu'est-ce qui lui prenait, ce matin ?
- Me parler... de quoi ?
- De rien en particulier. Écoute, Pandore, je sais qu'on n'a pas eu les meilleures relations ces derniers temps, et...
- C'est un euphémisme, glissa-t-elle avec amertume.
Leurs relations n'avaient pas été les meilleures au point qu'elle envisage actuellement sans sourciller de le faire tuer. Et apprendre que Minos validait son plan ne l'avait pas émue plus que ça. Eaque eut un sourire triste.
- Tu as raison. Je corrige. On ne peut plus se supporter ces derniers temps, et je sais que c'est en partie de ma faute. Parce que je suis... trop obsédé par Père, trop égoïste, trop superficiel, trop négligeant, que je ne m'implique pas assez, dans notre relation comme dans la Furrysistance... La liste est longue.
Pandore haussa les sourcils. Quel était le but de cet auto-apitoiement, exactement ? Bon, c'était bien - mais un peu tard - qu'Eaque commence à réaliser ses problèmes, mais quel était son objectif ?
- Je sais que tu t'es rapprochée de Minos.
La panthère-garou se figea, subitement tendue. Pourquoi parler de Minos ? Pourquoi parler de son association avec le griffon ? Est-ce qu'il savait quelque chose ? Est-ce que Minos lui avait parlé ? Est-ce qu'il était venu la tuer ?
- C'est vrai que tu lui ressembles. Vous croyez encore à la Furrysistance. Vous voulez vous battre. Poursuivre l'œuvre de Père. Même sans lui. Ni moi ni Rhadamanthe n'avons jamais voulu ça. Je ne te comprends pas Pandore, je n'ai pas cette... hargne. Mais je dois dire que je vous admire. Toi et Minos. Mais surtout toi.
Eaque s'interrompit.
- Ce que j'essaie de te dire, Pandore, c'est que même si on n'a plus grand chose en commun, je suis fier de la daemon que tu es devenue.
Il leva la main, comme pour la toucher, maladroit, puis renonça. Il n'était plus assez proche d'elle pour se permettre ce genre de familiarité. Et il n'était même pas sûr que Pandore ait bien pris son petit discours. Après tout, celui-ci sortait de nulle part... Vraiment, c'était à peine suspect. Lorsqu'il serait "mort", elle n'aurait pas à réfléchir beaucoup pour comprendre qu'il avait été au courant de ce qui l'attendait.
Et en effet, cela aurait été le cas si Pandore n'avait pas été aussi désarçonnée par les mots d'Eaque. Elle ne cherchait plus depuis longtemps l'approbation de son frère, mais savoir qu'il était fier d'elle... Bizarrement, cela réussissait encore à lui faire plaisir. En même temps, un pincement douloureux lui serrait le cœur. Eaque allait mourir. Il était fier de son association avec Minos, de son implication dans la Furrysistance. Et il allait mourir, précisément au nom de ses ambitions. Un instant, la pensée l'effleura que ce petit discours ressemblait fort à un discours d'adieu, comme si son frère savait quelque chose - puis elle l'écarta. Eaque ne savait rien. Il était trop déconnecté de la Furrysistance, trop indifférent, pour réaliser les projets de Minos ou pour envisager que sa petite vie pourrait être impacté.
Non, il avait probablement fait comme d'habitude : il s'était levé ce matin et, par hasard, impulsivement, il s'était dit qu'il devait venir la voir, pour lui parler, pour la bouleverser. Eaque n'était pas du genre à faire des plans pendant des heures. Il agissait spontanément, sans prévoir, parfois sans réfléchir. Ce matin, c'était pareil. Il avait soudainement décidé qu'il était temps de faire un pas vers elle. Et de son côté, elle complotait pour le tuer.
- Et bien, et bien ! les interrompit une voix froide, faussement enjouée. C'est rare de vous voir ensemble...
Rune. Pandore se tourna vers le secrétaire, retenant une pulsion qui la poussait à se placer entre lui et son frère. L'amant de Minos faisait rarement étalage de ses talents de guerrier, mais la daemon n'avait aucun mal à deviner qu'il pouvait être létal s'il le voulait... et qu'il se chargeait probablement d'accomplir les sales besognes de Minos. C'était probablement à lui que le griffon avait confié la mission d'éliminer Eaque.
Un instant, elle craint qu'il ne le fasse maintenant. Sous ses yeux. Il lui faudrait demeurer immobile. Son frère aurait le temps de la voir sans réaction, de comprendre. Ce serait atroce.
- Rune, saluait le panthère d'un air enjoué. Bien dormi ?
Le secrétaire leva les yeux au ciel. Il n'avait jamais apprécié Eaque ; il adorerait certainement le tuer. Est-ce qu'elle parviendrait à ne pas intervenir ? Faites que Rune choisisse un autre moment pour passer à l'action...
- Fort bien, rétorqua le secrétaire d'un ton sec qui ne prêtait pas à discussion. Pandore, j'ai un message de la part de Minos.
- Et qu'est-ce que mon homologue veut dire à ma sœur ? interrogea Eaque.
Rune lui lança un long regard :
- C'est un message... privé.
- Oh, vraiment ?
La tension montait dans le couloir. Pandore déglutit. Elle devait intervenir avant que quelque chose de mauvais n'arrive.
- Entre, Rune, s'empressa-t-elle donc. Eaque, ajouta-t-elle, je suis désolée, mais nous allons devoir parler plus tard.
Son frère la fixa quelques instants, puis fixa Rune. Il sembla hésiter, puis ses traits se détendirent. Il sourit - un sourire un peu vide - et hocha la tête :
- Bon, et bien, je suppose qu'on se reverra à la réunion... À plus tard !
- Oui, oui, répondit Pandore. À plus tard.
Elle entraîna Rune dans sa chambre. La porte claqua. Eaque resta planté devant quelques secondes. Il se sentait très con. Enfin, il avait pu dire à Pandore ce qu'il avait sur le cœur. C'était déjà ça de pris. Et il ne devrait pas s'étonner qu'elle réagisse aussi peu à sa confession. Leur relation était complètement brisée. Il le savait. Sa "mort" n'arrangerait d'ailleurs rien, qu'il revienne ou pas. Il le savait. N'empêche, ça faisait mal.
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- Bon, qu'est-ce que tu veux ? demanda sèchement Pandore.
- Je l'ai dit, j'ai un message de la part de Minos.
Silence. Enfin, la panthère se tourna vers lui, l'air excédé. De son côté, Rune restait impassible, dissimulant son agacement. Qu'est-ce qui avait pris Eaque ? Pourquoi était-il accouru vers sa sœur, juste après avoir accepté de collaborer avec lui ? L'ange ne craignait pas qu'il ait des regrets ; le daemon voulait trop retrouver son père. En revanche, si sa brusque envie de s'amender auprès de Pandore attirait l'attention... Peut-être que la daemon ne verrait là qu'une énième lubie impulsive d'Eaque, mais Minos pourrait être différent, en déduire que le panthère préparait quelque chose. Rune devrait lui dire deux mots, à l'occasion.
- Et bien ? lança Pandore. Ce message ?
C'était dommage qu'il quitte si tôt la Furrysistance... Il n'aurait pas eu l'opportunité de s'occuper de l'arrogante panthère. Celle-ci se permettait de ces familiarités, depuis que Minos semblait lui faire confiance... Rune serra les dents. Demain soir, il serait parti. Normalement, Aphrodite aurait préparé quelques anges pour leur venir en aide, à lui et à Eaque. Et si le Premier inquisiteur de Röseln n'avait pas fait son travail... Bah, Rune se débrouillerait. Dans tous les cas, lui et le daemon seraient à Geheimbourg d'ici quelques jours. Enfin à la maison.
- Rune ? interrogea de nouveau la panthère.
- Oui, pardon. J'étais... dans mes pensées.
Elle eut un sourire pincé. Rune le lui retourna.
- Le message de Minos, poursuivit-il, est le suivant : "Notre affaire aura lieu demain soir."
- Notre affaire ? répéta-t-elle en plissant les yeux, visiblement perplexe. Quelle... Oh. Bien sûr. Cette affaire... "familiale", bien sûr.
Elle hocha la tête. Une expression étrange, que Rune ne parvint pas à déchiffrer, passa sur son visage.
- Bien sûr, répéta-t-elle une fois de plus. Notre affaire... Pour demain soir ?
- Oui.
- Et... il n'a rien dit d'autre ?
- Non, rien d'autre à transmettre.
- Très bien. Tu peux y aller.
Rune haussa un sourcil. Alors comme ça, elle le congédiait ? Pour qui se prenait-elle ? Un instant, il songea à lui rappeler sa place - la petite sœur d'un daemon qu'on s'apprêtait à exécuter, qui était réduite à courtiser l'assassin de son frère pour assurer sa place dans la Furrysistance - , mais il laissa tomber. Il serait parti le lendemain soir. Et ce serait à elle de gérer la colère de Minos. Il pouvait bien l'épargner, pour le moment.
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Dans la campagne, entre Röseln et Geheimbourg, pendant l'aube...
Jabu n'avait pas beaucoup dormi. Il n'était pas le seul : Seiya était resté obstinément éveillé, assis bien droit, raide comme la justice, à le fixer. Toute la nuit. Le licorne s'était amusé à imaginer son ancien ami le couver du regard toute la nuit, dans ses fantasmes les plus niais, mais la réalité dénaturait complètement cette fiction. Le regard de Seiya était brûlant, oui, mais de haine. Jabu préférait l'éviter. Il avait aussi réfléchi à la suite. Camus avait ordonné à tout le monde de se coucher et de dormir - on discuterait de la situation le lendemain, à tête reposée. Deux têtes de mule au moins seraient épuisées, mais tant pis.
Quelque part à la fin de la nuit, Jabu avait regretté d'avoir fait autant confiance aux anges. Il avait pensé à s'enfuir, encore. Chaque fois qu'il choisissait de rester, le destin lui offrait l'opportunité de revoir sa résolution. Il avait choisi d'aider Seiya et Camus, ne le regrettait pas. Il avait choisi de ne pas se barrer juste après, ne le regrettait pas. Il avait choisi, tout le reste de la nuit, à chaque instant, de leur faire confiance et de rester. Maintenant le jour se levait et il devait continuer à rester sur place, allongé inconfortablement, sans dormir. Il attendait que les autres se réveillent, probablement.
Des pas, derrière lui. On s'approche, mais pas trop près. La sensation d'un regard pesant sur lui s'intensifie. Seiya.
- Pourquoi tu restes ?
- Pourquoi tu m'as pas encore tué ?
Ouais bon, lui donner des idées n'était peut-être pas sa meilleure initiative de la journée. Mais la question méritait d'être posée, non ? Après tout, même si les trois autres l'aimaient bien, ils n'iraient pas jusqu'à venger son meurtre. Et ils comprendraient Seiya.
- Parce que je t'aime bien, abruti.
- Eh, c'est pas parce que je suis un daemon que tu peux me traiter d'abruti* ! se rebiffa Jabu en se retournant, se retrouvant brutalement face à Seiya.
L'ange haussa un sourcil :
- C'est ça que tu retiens dans ma phrase ? Vous les daemons...
- Eh ! Tu...
Jabu s'interrompit. "Parce que je t'aime bien, abruti." Oh merde. Wow.
- C'est vrai ?
Seiya le regarda d'un air excédé :
- Non, j'adore blaguer avec un daemon et lui dire que je l'aime bien !
Jabu le fixa quelques instants, et l'ange souffla bruyamment :
- Bien sûr que oui, c'est vrai ! Abruti de daemon.
- Eh !
Silence. Embarrassé, embarrassant. Inconfortable.
- Bon, reprit Seiya. Pourquoi tu restes ?
- Si je dis que c'est parce que je t'aime bien ?
- Ha ha ha. Écoute, je sais que c'est difficile à croire vu mon comportement d'hier soir, mais je me fous pas de toi. Enfin, t'as dû le remarquer. D'habitude, je suis plutôt sauvage. Pas du genre à me lier avec les gens. Marine est une exception. Elle est exceptionnelle. Et puis il y a toi. Donc c'est vrai, je t'aime bien. Je me moque pas, donc c'est pas sympa d'esquiver ma question en imitant ma réponse.
Jabu se sentit un peu honteux. Bon, il n'avait pas voulu se moquer - il était même plutôt sincère - , mais il devait admettre qu'il y avait une petite pointe de sarcasme dans sa réponse. L'affirmation de Seiya était sortie de nulle part, tellement étrange qu'il avait eu du mal à y croire.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il. C'est juste... Je suppose que t'avoir entendu cracher sur nous tout ce temps m'a rendu un peu... méfiant.
Le brun esquissa un sourire figé. Ah. Oui. C'est vrai. Et il ne s'était pas privé. De toute façon, son antipathie pour les daemons était connue, il en faisait trop souvent étalage. En plus, à chaque fois qu'il voyait Jabu, il se souvenait de ses ailes arrachées par des daemons et... Son humeur s'assombrit soudainement. Il avait menti sur ça aussi.
- C'est quoi, tes cicatrices ? Tes "ailes" ? ajouta-t-il en mimant les guillemets. C'est pas des daemons, hein ?
Jabu le fixa quelques secondes d'un air un peu coupable.
- Pour répondre à ta première question, je reste vraiment parce que je t'aime bien. Et pas juste toi, Camus, Milo et Kanon aussi. Et c'est sincère aussi. Pour mes cicatrices...
Il hésita. Il ne rechignait pas à en parler avec les autres daemons, mais avec des anges... Ces cicatrices et leur origine, c'était son ticket pour une vie tranquille.
- C'est quoi, tes cicatrices ? répéta Seiya.
L'ange voulait des réponses. Et, estima Jabu, il méritait de les avoir.
- Paradoxalement, elles ont bien été infligées par un daemon.
- Sérieusement.
- Je suis sérieux. C'est moi.
Seiya le regarda d'un air perplexe, qui devint rapidement énervé :
- Si tu ne veux pas me dire d'où elles viennent, tu peux le faire directement, au lieu de débiter des conneries.
- Ce ne sont pas des conneries. C'est moi, l'auteur de ces cicatrices. J'étais très souple, quand j'étais gosse ! s'exclama Jabu.
Il avait voulu faire une blague, mais sa voix montée dans les aigus vacillait, tremblait. Ce n'était pas drôle, c'était pathétique.
- Hum, pardon de vous interrompre, tous les deux, mais j'ai entendu juste la fin de votre conversation et... Jabu, tu t'es fait de fausses cicatrices d'ailes arrachées ?
Les deux se retournèrent d'un bloc vers un Kanon qui venait de se réveiller. Le jour était pleinement levé, à présent. Milo et Camus commençaient à émerger aussi.
- Jabu ? demanda à nouveau l'ange prisonnier.
- Heu... oui. J'avais bien compris que sans ailes, je ne m'attirerais que des ennuis. Et puis, une fois... j'ai assisté à un massacre d'une ange. Une bande de daemons. Très violente, je m'en méfiais. L'un lui a arraché les ailes. Elle est morte peu après. Le corps a été laissé juste là, donc j'ai eu le temps de voir à quoi ça ressemblait. Ensuite... J'étais très souple, j'avais bonne mémoire, j'avais aussi pu récupérer quelques lames... et ma mère adoptive a aidé. Elle ne comprenait pas tout, mais me faisait confiance. Pour elle, j'étais grand.
- Ta mère adoptive ?
- Une ourse. Une vraie. Apparemment, ça ne la gênait pas d'élever un poulain qui se transforme en bipède. Elle m'avait trouvé sous forme licorne.
Seiya s'écarta, un peu mal à l'aise. Quel genre de personne irait s'infliger un truc pareil ? Les cicatrices de Jabu étaient larges, inégales, d'une couleur et d'une texture étranges. Cela avait dû faire mal.
- Et, demanda Kanon avec une légère hésitation, tu as dit que "pour elle, tu étais grand"... ?
- Oui. Dix ans, c'est déjà l'âge adulte pour un ours.
- Dix ans ? s'exclama Seiya, incrédule.
- Oui. J'ai grandi vite, on va dire. Même si je ne sais pas si m'infliger ça est une preuve de maturité ? Je ne regrette pas, mais c'était vraiment stupide, au fond. Inutilement dangereux et douloureux. Sauf que je me sentais acculé. Je ne voulais pas rejoindre les daemons, je rêvais de pouvoir me balader tranquille sur les routes, de visiter les villages. La forêt... c'était pas un endroit pour moi.
Le silence retomba de nouveau. À quelques mètres d'eux, Camus et Milo finissaient de se réveiller. Camus s'étira, étouffa un bâillement, pendant que son amant se tournait vers eux :
- Bah alors, on complote ?
- Non, grogna Seiya. On attend que tout le monde soit debout.
- Toi, t'as pas l'air d'avoir dormi...
Camus se retourna brusquement, agacé :
- Par Icare, Seiya ! J'avais dit de dormir ! On a de la marche à faire, aujourd'hui !
- Bah ! Toi et moi, on a encore quelques coupures de la nuit dernière... Et de toute façon, on va devoir mettre au point quelques petits trucs avant de partir.
- Quels "petits trucs" ?
- Puisque Jabu ne veut pas retourner à Geheimbourg, on va devoir décider où il nous quitte. Ce serait bien de lui éviter de se barrer dans un coin trop dangereux ou isolé, non ?
Jabu jeta un regard incrédule à Seiya. Milo sourit. Kanon laissa échapper un sifflement :
- Et bien ! C'est ce que j'appelle un changement d'idée...
- Franchement, contra Milo, c'est plutôt ce que j'appellerais "quelques heures pour se calmer, réfléchir, et arrêter de dire n'importe quoi". Bon retour parmi nous, Seiya ! Hier, t'étais vraiment terrible, tu sais ?
Le brun grogna. D'accord, il s'était énervé un peu vite et un peu intensément la veille, mais sa colère avait été parfaitement sincère. Pas très contrôlée, mais sincère. Et elle était toujours là. C'est juste qu'elle avait cessé d'étouffer le reste - et notamment ses souvenirs avec Jabu, ce petit nouveau souriant et enthousiaste qui plaisait aux chevaux, y compris à ce vieux grincheux de Pervigot. Du coup, il était un peu moins cruel. Mais c'était tout. L'idée que Jabu était un daemon lui retournait toujours l'estomac, même si il le prenait un peu mieux. Il se raccrochait simplement à l'idée que d'ici quelques jours, il serait de retour à Geheimbourg... et ne reverrait jamais le daemon. Celui-ci resterait un vague souvenir - le seul daemon un peu acceptable et sympathique de la création, la fois où il avait trahi l'Inquisition, une raison de peut-être moins s'en prendre à Aiolia, un peu de compréhension envers Marine puisqu'il savait maintenant qu'on pouvait s'attacher à un daemon.
- Bon, commença Camus en se levant, lissant sa longue chevelure. Seiya a raison. On va y aller doucement - et on doit discuter du problème Jabu. Où est-ce que tu voudrais partir ? acheva-t-il en se tournant vers le licorne.
- Dans l'idéal, pas trop loin d'une ville. J'avais pensé à Saarcassel, c'est au sud du Gué du Passereau... et c'est là qu'on allait traverser l'Amperl, non ?
- Oui. Mais Saarcassel n'est pas tout près du Gué.
- Je pensais bifurquer sur la ville avant le Gué, pour éviter les patrouilles d'anges notamment.
- Hum.
Milo sortit une carte, la déplia. Il montra un point à l'est de Röseln :
- On est par là, à l'ouest de Saarcassel et du Gué. Le mieux ce serait que tu partes... dans ce coin. C'est assez vide, on est trop loin du Gué pour qu'il y ait des patrouilles. Il y a bien quelques villages, mais tu sauras passer inaperçu, précisa l'ange avec un clin d'œil.
- Sans problème, sourit Jabu. Et du coup, cet endroit, on devrait l'atteindre quand ?
- Oulà ! Bonne question. Toi et Kanon êtes à cheval, nous on vole... Cela dépend de si Seiya et Camus peuvent voler, mais dans tous les cas on sera un peu ralenti. Deux ou trois jours, je dirais ? Et ensuite, il nous faudra encore cinq ou six jours pour atteindre Geheimbourg. Moins si Seiya et Camus sont de nouveau en pleine forme, et qu'on laisse les chevaux au Gué pour y aller tous les quatre en volant.
Jabu réfléchit, puis hocha la tête :
- Ça me semble un bon plan.
De son côté, Seiya resta de marbre. Deux ou trois jours. Puis Jabu disparaîtrait. Saarcassel. Il était rarement allé dans cette région. D'habitude, ses missions étaient plus au nord. Le licorne resterait-il longtemps dans le sud ? Impossible de le dire. Ils ne se reverraient probablement pas.
- Si tout le monde est d'accord, conclut Camus, on fait comme ça. Maintenant, on mange et, Seiya ?
Le brun releva la tête, surpris en train de se distraire :
- On doit vérifier l'état de nos ailes, viens avec moi !
Il acquiesça. Deux ou trois jours. Ce serait long. Et affreusement court.
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NOTE :
*La blague marche mieux quand on connaît la définition du verbe abrutir, ie "devenir comme une bête brute".
