Bonsoir ! Un peu en retard sur ce chapitre à cause de problèmes de connexion u.u
Je suis présentement en vacances et malheureusement ma 4G a le mauvais goût de lâcher au plus mauvais moment :(
Aussi, je n'ai pas d'internet sur mon ordinateur, ce qui explique que je ne puisse pas répondre aux reviews/MPs (la version mobile de ffnet est juste un enfer ToT)...
Je tiens enfin à m'excuser si la mise en page est approximative (notamment au niveau des sauts de ligne), j'utilise l'application ffnet. Si elle est parfaite pour lire, son traitement de texte est un véritable casse-tête !
Bref, ceci dit, j'espère que ce chapitre vous plaira.
Bonne lecture !
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
CHAPITRE 12
Röseln, Maison inquisitoriale, le lendemain soir...
- Bon, Albior, vous vous souvenez de votre mission ?
L'ange hocha la tête, dissimulant de son mieux ses émotions. Aphrodite voulait sa mort ; c'était si évident que cela en devenait grossier. Allons, il y avait tout de même des moyens plus délicats de mettre quelqu'un au placard... Vraiment, Geheimbourg leur avait envoyé une sacrée plaie à la tête de la Maison inquisitoriale. Sa prédécesseuse, Mayura, avait été arrogante et froide, certes, mais au moins n'avait-elle jamais pris de décision inique et, surtout, elle n'avait jamais envoyé personne remplir une mission bidon et suicidaire. Faire sortir un espion et un daemon du QG de la Furrysistance... N'importe quoi ! Ne serait-ce que parce que l'existence de ce fameux quartier général était sujette à caution. D'après Albior, il n'existait pas, les daemons avaient subi de trop grosses pertes pour reformer autre chose que des bandes isolées.
Cependant, ses convictions importaient peu. Aphrodite avait parlé, s'était défaussé d'un "je sais que cela paraît absurde, mais, les ordres viennent d'en haut" trop satisfait pour être honnête, et le voilà avec quelques anges, sur le point de partir.
- N'oubliez pas, insistait Aphrodite. On exige de vous le plus grand secret et la plus grande discrétion. Obéissez à notre taupe lorsque vous la trouverez ; elle vous montrera comme preuve un des sceaux de notre cheffe, Dame Saori. Et lorsque vous serez de retour, ne parlez à personne ici, mais venez me faire votre rapport directement. Est-ce clair ?
- Absolument, répondit Albior pour sa troupe.
- Et vous n'abandonnez pas les chevaux ! Vous en aurez besoin, vous comprenez ?
- Nous ne faillirons pas, confirma l'ange, un peu pompeux.
- J'espère bien, renifla le maître de Röseln avec un petit air dédaigneux. À présent, filez !
Albior étira ses ailes, les agita pour les détendre, puis se souleva d'une puissante poussée dans les airs, avec l'impression désagréable d'avoir été congédié comme un enfant importun. Shun, Nachi et Ichi le suivirent, pendant que Ban et Geki montaient les deux chevaux qui leur serviraient à ramener leurs cibles. Des gosses. De la chair à canon. Vraiment, cette mission était bidon, ou alors Aphrodite déconnait complètement. Envoyer un baby-sitter et ses cinq novices récupérer un espion envoyé par Geheimbourg, porteur du sceau de Saori elle-même... c'était absurde. Le vétéran soupira. Lorsqu'Aphrodite était arrivé à Röseln, il avait entendu des rumeurs, comme quoi son arrivée ici était due à des difficultés personnelles. Oh, pas un placard, pas tout à fait, mais l'ange avait besoin de repos dans une région tranquille qui soit suffisamment prestigieuse pour lui permettre de revenir à Geheimbourg à l'avenir. Visiblement, ces rumeurs avaient un fond de vérité.
- Bon, les garçons, lança-t-il à ses maigres troupes lorsqu'ils se furent assez éloignés de la forteresse, je ne vais pas vous cacher que cette mission va être... difficile. Ce qu'on va faire, c'est avant tout survivre. N'en faites pas trop. Au pire, on échoue. Ce sera moche pour notre carrière, mais toujours mieux que de crever bêtement. Clair ?
Après un instant de flottement, les jeunes anges acquiescèrent. Shun semblait le plus dubitatif. Albior se faisait un souci particulier pour lui : il l'entraînait personnellement depuis des années. Le gamin était persévérant bien qu'un peu faible. Il ne ressemblait pas à l'idéal qu'on se faisait d'un inquisiteur, s'illustrant avant tout par ses connaissances en médecine et son sens de la stratégie qui lui permettait de triompher par la ruse plutôt que par la force brute. Toutefois, il était doté d'un fort caractère et d'un sens aigu du devoir... "Ne pas en faire trop" pour une mission allait être compliqué pour lui, moralement parlant.
- Shun, lui souffla-t-il en se rapprochant de lui.
- Hmm ?
- Je suis sérieux. N'en fais pas trop. Pense d'abord à toi.
Il baissa encore la voix afin que les quatre autres, qu'il connaissait moins, ne l'entendent pas :
- Cette mission est une punition d'Aphrodite. J'ai fait une erreur bête, et il se venge. Au début, il voulait m'envoyer seul face à une bande de daemons.
- ... Vous pensez qu'il n'y a pas d'espion à aller chercher ?
- Je n'en sais rien. C'est possible. Ou alors il y a un vrai espion, mais dans ce cas il est étrange de nous envoyer nous : cinq bleus, et un vétéran... pas très brillant, soyons lucides. On n'est pas taillé pour une mission pareille, et Aphrodite devrait le savoir. Surtout après m'avoir pris en défaut...
Albior ricana :
- J'ai laissé échapper la gamine inconnue qui lui avait amené un courrier de Geheimbourg. C'était stupide, mais voilà, je n'y avais pas pensé sur le coup. Franchement, j'étais tellement embarrassé face à lui... Je pensais m'en être bien tiré mais... Enfin bref, ce que je veux dire, c'est que cette mission ne vaut pas le coup de se mettre en danger.
Shun soupira, contrarié.
- Si tout le monde raisonnait comme ça...
- Sauf que tout le monde ne raisonne pas comme ça tout le temps, le coupa Albior d'un ton sec. D'habitude, nous prenons nos missions au sérieux. Mais là ? N'importe qui verrait qu'il y a quelque chose de bizarre. On va quand même essayer, précisa-t-il pour adoucir son élève.
- Ne pas essayer serait de la désertion ! s'exclama Shun.
- Shhh, le fit taire le vétéran. Moins fort ! Tu risques de nous mettre dans la merde, à crier partout à la désertion !
Le jeune ange serra les dents. Albior soupira :
- Tout ce que je demande, en tant que chef de cette mission, c'est que tu ne tentes pas l'impossible. Ton sens du devoir t'honore, mais là, maintenant, on n'en a pas besoin. Tu es encore un gamin, alors n'en fais pas trop.
- Mais...
- Est-ce que c'est clair ?
Shun laissa échapper un assentiment à contre-cœur et Albior s'éloigna, mettant fin à leur conciliabule. Ils se rapprochaient doucement de la localisation indiquée par Aphrodite. Heureusement le terrain n'était pas trop accidenté, permettant aux chevaux de s'y aventurer sans problème et sans trop les ralentir. Apparemment, le quartier général de la Furrysistance se situait dans une vieille parfumerie désaffectée depuis plusieurs décennies. Aujourd'hui, la production de parfums s'était délocalisée au Nord. Les meilleures senteurs venaient des collines situées au pied des montagnes traçant la frontière avec les contrées glacées inoccupées par les anges. Röseln avait perdu son statut de leader. Röseln n'était plus à la pointe de grand chose ces dernières années, de toute façon... À part les attaques de daemons, rien ne s'y passait.
- C'est ici que la Furrysistance s'est réfugiée ? demanda Geki d'un air incrédule lorsqu'ils arrivèrent en vue du vieux bâtiment.
- Si près de chez nous, siffla Ichi. Comment a-t-on pu les manquer ?
- Je ne sais pas, leur répondit Albior. Et on s'en fout. L'important, c'est de trouver notre espion et son daemon, et de les ramener sains et saufs à la Maison. Le reste... ça les regarde, indiqua-t-il d'un ton définitif en pointant un doigt vers le ciel pour désigner leur hiérarchie.
Les jeunes acquiescèrent.
- Comment on va s'y prendre ? s'inquiéta Ban. On n'a aucun moyen de communiquer avec l'espion...
Albior soupira. Bon, ce n'était peut-être pas plus mal que son élève et ses bonnes idées soient de la partie.
- Shun, demanda-t-il, si tu voulais sortir discrètement, à pieds uniquement, de cette bâtisse, comment tu t'y prendrais ?
Le novice secoua la tête :
- Je n'ai aucun moyen de le savoir sans connaître le plan du bâtiment. Le mieux, ce ne serait pas de se séparer et de patrouiller autour, en attendant que quelqu'un en sorte ?
- Je suppose, confirma Albior avec une grimace déçue. Shun, tu restes à garder les chevaux. Dissimule-toi et ne bouge pas. Vous autres, poursuivit-il en ignorant le hoquet outragé de son élève, envolez-vous discrètement et observez l'endroit. Si vous trouvez l'espion, utilisez ces sifflets.
Il leur distribua de petits sifflets argentés.
- Ce sont de vieux trucs, mais ils marchent très bien, j'ai vérifié dans l'après-midi. Ils émettent un son semblable au chant de l'engoulevent...
Il souffla dans l'un doucement pour leur faire entendre.
- Je veux que vous me fassiez trois "cris" de trente secondes chacun, espacés de deux secondes, si vous tombez sur l'espion. Allez-y fort, d'accord ? L'engoulevent est un oiseau nocturne, qu'on trouve effectivement dans le coin ; cependant, il est assez rare et normalement, son cri dure plusieurs minutes. Mais ce sont des détails qui n'alerteront pas les daemons... seulement vous. D'accord ?
Hochements de tête généraux.
- Si vous entendez le sifflet, vous retournez immédiatement vers Shun et les chevaux, qui resteront ici, sans bouger, continua Albior avec un regard insistant et menaçant en direction de son élève.
Celui-ci acquiesça, morose. Le vétéran sourit, un peu rassuré.
- Quand nous serons rassemblés, nous partirons le plus vite possible. Si vous vous égarez seuls, si vous ne nous retrouvez pas, par exemple parce que nous avons dû partir sans vous car vous tardiez trop, ne paniquez pas et rentrez à la Maison. Surtout, faites preuve de prudence.
Il les regarda tour à tour. Ils avaient l'air déterminé, presque enthousiastes. Bordel, ça allait être chaud. Il retint un soupir.
- Bon, annonça-t-il en frappant dans ses mains, on y va !
OoOoOoOoO
- Aaargh, déclama Eaque d'un air dramatique lorsque Rune pénétra dans sa chambre.
- Oh, pitié, soupira l'ange. On n'a pas beaucoup de temps. Officiellement, Minos m'a envoyé te transmettre un message, mais je t'ai trouvé souffrant...
- C'est donc une indigestion qui va me tuer ? Je comprends mieux pourquoi il y avait mon plat préféré au dîner de ce soir... Et vu comme je me suis baffré...
Rune secoua la tête :
- L'indigestion, c'est ce que je suis chargé de rapporter à Minos ; l'idée c'est de montrer que tu étais vivant quand je t'ai vu. Mal en point mais vivant. Ensuite, je pose ce joli petit mécanisme dans ta chambre, après t'avoir assommé.
- Et ensuite ?
- La chambre explose, et toi avec.
- Ah oui. C'est radical.
- Nécessaire pour qu'on ne recherche pas ton corps et que tu puisses t'enfuir en toute discrétion.
- Certes. Et... le reste du bâtiment ?
Grimace.
- Disons qu'il est bon que tes appartements soient relativement isolés. Cependant, on ne peut pas exclure des victimes collatérales...
- Heureusement que Pandore a déménagé loin de mes pénates, marmonna le panthère.
- Oui, en parlant d'elle...
- Qu'est-ce que tu veux à ma sœur ?
- Moi, rien. Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller la voir ?
- Je ne sais pas, soupira Eaque avec agacement. Et ce ne sont pas tes affaires, ajouta-t-il d'un air buté.
Un instant, Rune regretta d'avoir jeté son dévolu sur le daemon au caractère difficile. Pandore aurait peut-être été plus malléable... Il écarta l'idée. Elle aurait été plus facilement transportable inconsciente, mais pour le reste... Elle ne se serait jamais laissée convaincre. Il n'y avait guère que Minos pour avoir une véritable emprise sur elle, au fond.
- Et toi ? demanda soudainement Eaque, interrompant ses pensées.
- Quoi, et moi ?
- Tu vas faire quoi ?
- Normalement, je devais retourner dormir chez Minos. Jusqu'à l'explosion, la panique, etc. Mais je vais faire... une petite erreur de manipulation.
- Minos n'y croira jamais, asséna le panthère.
Rune haussa les épaules :
- Oui, c'est probable qu'il n'y croit pas... au début. Mais quelle autre explication y aurait-il ? Personne ne m'a grillé comme espion, personne ne me soupçonne et ne m'a jamais soupçonné... et Minos me fait plus confiance qu'à quiconque. Une erreur de ma part sera incroyable, mais il n'y aura aucun scénario alternatif.
Eaque hocha la tête. L'ange avait raison. Le griffon lui faisait tellement confiance. Ah, l'amour... qu'est-ce que ça ne vous faisait pas faire !
- Ça va le détruire.
- Ma "mort" ?
- Oui.
Rune eut un rire bref et amer :
- Toujours moins que ma trahison. Au mieux, il pourrait même trouver un exécutoire dans la colère et m'en vouloir d'avoir usé d'une méthode aussi stupide. J'ai suggéré le menu de ce soir, alors je pense qu'il s'attend à ce que je t'aies empoisonné.
- Donc, pour lui, tu es actuellement en train de vérifier que je suis bien agonisant ?
- Oui. En même temps, tu es une cible facile : dès qu'il y a du saumon sur la table, tu manges le plat à toi tout seul.
- Mince, ce serait terrible si quelqu'un empoisonnait le saumon.
L'ange hocha la tête, souriant :
- Exactement ! En plus, il y a tellement de circulation dans les cuisines que personne ne pourra dire avec certitude qui a amené le poison.
- Un plan parfait...
Eaque ricana et ajouta :
- Quand je pense que Minos t'attend dans ses draps froids... Il ferait mieux d'allumer la cheminée, le pauvre !
- Oui, le pauvre, répéta Rune, le regard soudainement perdu dans le vague.
Le panthère fut surpris de ne pas entendre d'ironie dans la voix de l'ange, mais préféra ne pas relever. Il sentait instinctivement que poser des questions, même innocemment, ne lui attirerait que des ennuis. Il resta donc silencieux jusqu'à ce que son complice revienne à lui, frappant soudainement dans ses mains.
- On ferait mieux de se presser, lâcha-t-il. Sinon Minos risque de penser sérieusement qu'il y a un problème et d'envoyer quelqu'un... ou pire, de venir voir lui-même. Il est bon qu'il soit inquiet, ça expliquera le recours à la bombe mais...
- Tu feras quoi ? ne put se retenir de l'interrompre Eaque.
- Hein ?
- Si Minos vient. Tu feras quoi ? répéta le daemon d'un ton très sérieux.
Rune le fixa quelques secondes, bouche entrouverte, souffle coupé, comme aux abois. Puis son visage se tordit en un masque rageur et il siffla :
- Ce ne sont pas tes affaires, sale chien !
- Je suis un félin, je te prie.
- La ferme.
Eaque leva les yeux au ciel. Ce qu'il pouvait être soupe-au-lait !
- Calme-toi, fit-il, légèrement enjôleur. Après tout, ce n'est pas de ta faute si tu es tombé am...
Le coup au ventre lui prit par surprise. Il se plia en deux en grognant, se retenant de crier :
- Espèce d'enfoiré !
- La. Ferme. Je ne veux plus entendre un seul mot sortir de ta bouche. Ou alors je risque de me barrer après t'avoir crevé.
Le panthère acquiesça. Ne pas contrarier Rune. Message reçu. L'ange sourit avec satisfaction puis parcourut la chambre du regard.
- Si tu as des trucs légers à prendre, c'est le moment, indiqua-t-il. Tout sera détruit.
Eaque récupéra en silence quelques affaires. Les plus importantes d'abord : un petit portrait de ses parents, un de sa sœur, un médaillon qui avait appartenu à sa mère, et puis son écharpe préférée. Il enfila rapidement ses bottes, attrapa son sac le plus solide. Il ajouta à ses bagages quelques habits de rechange.
- Tu vas pas prendre toute ta chambre non plus ! s'exclama Rune.
La nonchalance du panthère le rendait nerveux. Le daemon lui donnait l'impression de partir en vacances. Il ferma lentement son sac, enroula son écharpe autour de son cou, sembla réfléchir, rouvrit son sac pour y ajouter une peluche. Rune laissa échapper un soupir excédé. Finalement Eaque se tourna vers lui, sans un mot.
- Enfin !
Le regard que le panthère lui renvoya semblait ricaner. Même silencieux et apparemment obéissant, il trouvait le moyen de lui taper sur les nerfs et de le défier. Bordel, il aurait peut-être vraiment dû choisir Pandore. Si seulement il n'était pas trop tard pour reculer...
- On y va, dit-il en chassant cette dernière pensée. On n'a plus le temps. On va passer par l'extérieur. On est au deuxième étage, mais on devrait pouvoir descendre la façade.
Eaque leva la main pour demander la parole, arborant un sourire insolent. Rune souffla et hocha la tête.
- On risque de se faire voir, non ?
- Non. Parce qu'un feu accidentel va se déclencher dans les cuisines, de l'autre côté du bâtiment.
- Un feu... "accidentel".
Rune soutint son regard :
- Cela arrive régulièrement, des feux qui se déclenchent dans des cuisines.
- Certes. Et quand commencera ce feu providentiel ? interrogea Eaque avec une ironie mordante.
- Dans moins d'une minute.
Des cris d'alarme retentirent, suivie d'une agitation dans la cour.
- Quelle ponctualité, apprécia le daemon.
- N'est-ce pas ? Qualité angélique.
Rune mit en place la petite bombe prévue pour la chambre et enclencha le mécanisme. Eaque s'approcha, fasciné :
- Je n'ai jamais vu ce genre de truc...
- Pas touche ! Secret de l'Inquisition.
- T'oublies un peu vite que j'ai signé pour en faire partie.
- À titre de poche de sang sur pattes, pas à titre d'inquisiteur. Dépêchons-nous !
Le panthère haussa un sourcil :
- Tu sais, Rune, si j'avais été plus susceptible, ce genre de propos m'aurait convaincu de ne pas te suivre. Tu devrais faire gaffe, la diplomatie c'est une qualité importante pour un espion.
- Promis, je ferais attention à l'avenir, répondit Rune d'une voix suave. Maintenant, on bouge, acheva-t-il d'un ton catégorique. On n'a pas tant de temps que ça.
Eaque haussa les épaules et attrapa son sac. Après un dernier regard à sa chambre, il passa par la fenêtre et commença à descendre la façade à la suite de Rune. Il savait qu'il venait de faire un choix crucial pour la suite de son existence. Quant à savoir si c'était un coup de génie ou une bourde monumentale... seul le temps le dirait.
OoOoOoOoO
Rune et Eaque s'éloignèrent en courant de l'ancienne parfumerie, la chambre explosant dans leur sillage. Cela avait été si facile de tout quitter. Par miracle, personne ne les avait vus. Icare était avec eux. L'ancien secrétaire de Minos avala sa salive et le goût amer qui l'emplissait, se concentrant sur la suite. Il avait fait parvenir une lettre à la Maison de Röseln, réclamant des renforts et des chevaux. On n'aurait pas osé contrevenir à ses ordres, n'est-ce pas... ?
- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? souffla Eaque.
- On cherche. Des anges doivent nous récupérer, mais...
- Nous ne pouvons pas communiquer. Merde.
- Je ne te le fais pas dire.
- Bah, la distance entre notre quartier général et la Maison inquisitoriale n'est pas si grande.
- Certes.
Ils continuèrent en silence, privilégiant les endroits à découvert. Le panthère n'était pas très à l'aise, étant habitué à les éviter. C'était bien la première fois qu'il voulait être repéré depuis le ciel ! Soudain, un battement d'ailes leur fit lever les yeux. Un jeune ange se tenait à quelques pas d'eux, l'air hésitant :
- Vous... heu...
Rune fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'un bleu foutait ici ?
- Tu as été envoyé par la Maison ? interrogea-t-il un peu rudement.
- Heu... oui. On m'a dit que vous auriez, heu... quelque chose ?
Cela aurait dû être un ordre, mais cela sonnait comme une question. L'ange sans ailes retint une imprécation et sortit rapidement son sceau d'une petite besace.
- En effet, indiqua-t-il.
- Woah ! C'est un vrai !
- Dépêchons-nous de partir, s'impatienta Rune.
Le novice acquiesça, puis son regard accrocha celui d'Eaque. Il déglutit :
- Hmm, c'est le...
- Le daemon, oui, confirma le panthère avec nonchalance. Salut, petit poulet !
- Eaque.
Rune le fusilla du regard :
- Tu arrêtes ces conneries tout de suite.
- Très bien, très bien.
Le panthère-garou s'absorba dans la contemplation du paysage, essayant de dissimuler sa nervosité et de détendre ses mains qui se crispaient sans cesse sur son sac. Rune soupira. Deux boules de stress l'entouraient... quelle misère.
- Bon, heu, commença le novice. Je vais indiquer que je vous ai trouvés.
L'ange hocha la tête d'un air absent pendant que le jeune soufflait dans son sifflet par trois fois. Ensuite, il y eut un moment de flottement.
- Et bien ? demanda Rune. Guide-nous !
Le novice hocha la tête frénétiquement et faillit s'envoler.
- À pied ! interrompit l'espion.
- O... oui ! Mince !
Il s'élança en avant, bientôt suivi par les deux complices. Il leur fallut vingt bonnes minutes pour rejoindre l'endroit où les attendaient Shun et les chevaux. Le reste de la petite troupe était déjà là, évidemment. Rune se dirigea aussitôt vers le plus âgé des anges :
- Qu'est-ce que c'est que ça ? siffla-t-il, les yeux lançant des éclairs.
- Hein ?
- Je peux savoir qui a eu la merveilleuse idée d'employer des gosses pour cette mission absolument cruciale ? Heureusement que j'avais distrait ces imbéciles de daemons, ç'aurait été un désastre sinon ! Vous croyez que ce sont des bêtes stupides qui ne surveillent jamais les alentours ?
- Ce sont les ordres du seigneur Aphrodite, se défendit Albior. Je n'ai pas eu voix au chapitre.
Rune fronça le nez :
- Je n'ai aucun mal à le croire. Et bien, il faudra que j'aie deux ou trois mots avec... le seigneur Aphrodite, à mon arrivée. En attendant, en route ! Et partez devant avec ces gamins. Qu'ils rentrent au plus vite à la Maison avant qu'il leur arrive une bricole. Le daemon et moi-même sommes parfaitement aptes à nous défendre. Allez, allez, passe-moi donc ces chevaux...
L'ange chassa ainsi tout le monde, jusqu'à se retrouver seul avec Eaque. Un jeune novice aux cheveux verts se retourna une dernière fois, rechignant à partir, mais Rune lui décocha un regard noir, le dissuadant de s'attarder.
- Cet imbécile patenté d'Aphrodite, maugréa l'espion. Non mais je rêve ! Cinq bleus et un nigaud ! C'est pas possible !
Il monta en selle puis se tourna vers Eaque :
- Et bien ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux faire le trajet sous forme daemon ?
Le panthère secoua la tête en souriant :
- Et mon sac ? mes vêtements ? Franchement, je n'ai aucune envie de les perdre et de me retrouver à poil dans une Maison inquisitoriale. Il me semble que je suis déjà assez vulnérable et dénué de dignité comme ça.
Rune laissa échapper un rire bref :
- Ce n'est pas faux.
- Simplement, reprit Eaque, je me demandais... Vous attribuez toujours aussi mal les missions, à l'Inquisition ?
L'ange eut un geste agacé :
- Bien sûr que non ! Nous avons aussi notre lot de gens incompétents. Cela me navre que ce soit ta première impression sur l'Inquisition...
- Oh, j'ai déjà eu l'occasion de vous croiser...
Le regard d'Eaque s'assombrit :
- Si la première impression que j'ai eu de l'Inquisition était mauvaise, ce n'était pas "mauvais" au sens de "ridicule", si cela peut te rassurer.
La remarque n'attendait pas de réponse, et Rune n'en donna pas, se contentant de lancer son cheval en avant. Ils n'étaient pas loin du but, mais mieux valait ne pas traîner. Derrière eux, dans l'ancienne parfumerie en train de brûler, régnait la plus grande des confusions. Ce ne fut que le lendemain que l'on réalisa véritablement quelle partie des étages d'habitation était partie en fumée... et quelles personnes manquaient à l'appel.
