Bonsoir bonsoir !
Oui, il s'agit bien d'un second prologue - et pas d'une erreur bizarre de publication. Enfin, "second". Il y en aura peut-être un troisième. Je ne sais pas si "prologue" est encore un terme bien approprié vu ce que j'ai l'intention de faire de ces "prologues". "Tartiflette" aurait probablement autant de pertinence. "Journal" convient probablement mieux. J'avais pas prévu de refaire un passage de ce genre (à part pour l'épilogue, éventuellement), mais je ne sais pas. J'ai pas mal réfléchi à mon synopsis (et aussi à mon manque de synopsis), et ça m'a paru le bon moment pour le faire. L'histoire et les personnages avaient besoin d'un break après les chapitres 11 et 12 qui concluaient différents arcs narratifs (c'est le moment où je prie de ne pas avoir oublié d'arc narratif laissé en suspens ToT).
J'espère que ce chapitre un peu particulier vous plaira, et on se retrouve après une ellipse, dans quelques semaines, pour le chapitre 13 o/
Je voulais également remercier Sha-Sei et Athena pour leurs reviews (en anon). Merci pour vos compliments et vos encouragements, je suis heureux que cette histoire et son univers vous plaisent o/
Bonne lecture !
OoOoOoOoO
La Geste du Licorne-garou
PROLOGUE 2
Il était temps que nous nous retrouvions, n'est-ce pas ? Tant de chemin a été parcouru, tant de personnes extraordinaires évoquées... Je vous avais promis une histoire intéressante, je crois. Je mets un point d'honneur à tenir mes promesses. Je n'en fais pas beaucoup, alors c'est bien la moindre des choses.
J'admets avoir quelques difficultés à rassembler mes idées. Je dois l'avouer : je ne suis pas très doué pour écrire une histoire, surtout la mienne ! Ma mémoire me joue des tours, les mots me fuient - et c'est affolant, le peu de témoins encore en vie pour parler des événements qui m'échappent ou auxquels je n'ai pas assisté. Je pense m'être tout de même bien débrouillé sur ce point. Il faut dire que j'ai voyagé loin...
Cela faisait longtemps que je n'avais pas quitté ma petite maison. J'ai retrouvé les routes, les gens, les bourgs et toutes ces choses qui font le charme du voyage - par exemple, la pluie qui s'infiltre jusque dans les sous-vêtements. J'ai retrouvé le réflexe de retirer mon manteau en présence d'anges, de porter des hauts révélant mon dos. Ça aussi, cela faisait longtemps. Pas que je cache mes cicatrices. Simplement, ce n'est pas la même façon de les mettre en valeur, pas les mêmes enjeux.
Bref, un long travail de recherche - plusieurs dizaines de jours de marche ! - a été nécessaire, en particulier pour la suite de ce récit. J'en disparais d'ailleurs quelque peu. Ma discrétion naturelle, surprenante pour un animal de ma taille, m'a conduit à me tenir en retrait pour quelques temps. Cela ne m'a pas déplu ; je l'ai déjà dit, j'aime ma tranquillité, et si un jour on me proposait de remonter le temps pour éviter de me faire attraper par la panthère-garou, il me serait difficile de refuser - alors même que j'ai tant gagné des ennuis dans lesquels elle m'a fourré !
Je m'aperçois à ce stade que j'ai oublié de vous parler d'un phénomène qui risque de devenir important. Enfin, personnellement, je m'en fiche un peu, ça ne m'a jamais trop concerné - et, par bonheur, les quelques anges dont j'étais proche n'ont jamais vraiment eu à s'en inquiéter non plus. Cependant, en relisant mes notes éparses - les gros cahiers mal reliés, remplis de ratures et de tâches d'encre, que je vous conseille d'ignorer... si je ne les ai pas jetés au feu au moment de votre visite - , je m'aperçois qu'il s'agit d'un élément à l'importance croissante dans mon histoire. En effet, il a été le moteur de beaucoup de choses, qui m'ont affectées par la suite, directement ou indirectement.
Je vais donc vous parler de la peste d'Hadès. Je vous en conjure, évitez d'en parler autour de vous. Tout cela doit rester entre nous. La plupart des gens, anges comme daemons, ne comprendront d'ailleurs pas à quoi vous faites référence - et vous n'avez pas forcément envie d'attirer l'attention de personnes qui connaissent la peste.
Il s'agit d'un des plus grands secrets, un des plus grands échecs de l'Inquisition. Et, d'une certaine manière, c'est la plus grande victoire d'une Furrysistance qui poursuivrait l'anéantissement des anges. Il s'agit d'une sorte de maladie créée par Hadès lui-même, le panthère-garou ayant fondé la Furrysistance. Son dernier coup de poker après la défaite de Geheimbourg. La raison pour laquelle l'Inquisition le captura et, au lieu d'achever les rebelles via l'exécution publique et spectaculaire de leur chef, préféra le garder en lieu sûr - vivant.
Je n'ai jamais vu de cas de peste. Je sais qu'elle n'affecte que les anges. Je sais qu'elle évoque un peu l'empaillettement - en plus lent et douloureux toutefois. Je sais que l'Inquisition s'est battue - et se bat encore - pour dissimuler les traces de la peste : quarantaines, enterrements massifs et secrets, voire exécutions, rien n'est trop fort, rien n'est trop disproportionné. La peste est la nouvelle Furrysistance. C'est d'ailleurs peut-être pour cela que les restes de l'ancienne Furrysistance ont pu jouir d'une certaine tranquillité : ils n'étaient plus la priorité de l'Inquisition. Lorsqu'on s'efforce d'éviter la propagation d'une maladie mortelle hautement contagieuse, et de surcroît lorsqu'on tente d'oblitérer complètement son existence, peu importe quelques rebelles exsangues qui hantent les campagnes.
Dans tous les cas, on doit admettre que l'Inquisition s'est plutôt bien débrouillée. Saori, sa cheffe, a su prendre les bonnes décisions - ou s'entourer de personnes aptes à les prendre. En ce qui me concerne, je crois que cette ange contrôlait presque totalement l'Inquisition. Bien entendu, une personne seule ne saurait se tenir au courant dans le détail de tout ce qui se passait au sein de ce tentaculaire système militaire et administratif, mais Saori en savait suffisamment et n'était certainement pas manipulée. Je connais des gens qui me contrediraient avec véhémence sur ce point, évoquant la figure de Shion, son étrange Premier Secrétaire, omniprésent et intrusif, qui filtrait le courrier avec autant de facilité que les rapports. Il me semble, à moi, que ce filtre n'avait lieu qu'avec la complaisance de Saori elle-même. Elle tolérait ces cachotteries - tout en se renseignant par d'autres voies.
Mais de tels débats ne sont pas de très bon goût, en plus d'être souvent stériles. Que savons-nous, au fond ? À moins de nous glisser par quelque magie dans l'esprit de Saori, nous avons bien peu de chance de pouvoir fournir une réponse objectivement, catégoriquement vraie. Vous jugerez donc par vous-même, en lisant ce que j'ai pu, ce que d'autres ont pu écrire. Je parle de lire, car je doute que vous rencontriez jamais Saori, ce qui est fort dommage. Je me rappelle de sa voix - elle avait une façon de vous parler qui vous enveloppait, vous subjuguait. Une grande dame, c'est tout ce que je peux dire. Le reste... je le garde.
Et cessons là cette digression sur Saori. Je me perds, encore et encore. Vous n'avez pas idée du nombre de brouillons illisibles ayant précédé certaines parties de mon récit - et, je vous en prie, ne regardez pas mes vieux papiers. Il est possible que je ne les ai pas tous brûlés. Revenons plutôt à cette histoire de peste d'Hadès. L'Inquisition, comme je le disais, s'est bien débrouillée pour gérer ce problème, parvenant à le contenir à quelques patelins des collines du Levant autour de Geheimbourg - la ville-même ayant été épargnée grâce à la destruction de quelques quartiers par des "bandes de daemons vengeresses" - , et à quelques zones au sud des collines, dans lesquelles le secret était bien gardé via une démultiplication des patrouilles inquisitoriales.
Je peux vous garantir que la sécurité dans ce coin était fort bien garantie ! Les honnêtes anges adoraient, se sentaient en sécurité et se félicitaient qu'on n'ait pas vu de daemons dans le coin depuis des décennies. La légende populaire affirmait que, même dans ses plus grandes heures, la Furrysistance n'était pas parvenue à y accrocher ses sales griffes. Et la légende populaire n'a pas tort. Les daemons ont essayé de s'implanter au sud-est pendant des années, en vain ; mais la peste, elle, a trouvé un chemin. Apparemment, les échanges économiques étaient nombreux le long du littoral à l'est, des collines du Levant à la pointe de l'Orque blanche, tout au sud. Et qui dit échanges économiques, dit échanges de gens. Et, visiblement, de maladies magiques.
Ces échanges ont bien évidemment cessé rapidement. Le littoral a été converti par l'Inquisition en une zone protégée, entièrement surveillée, à laquelle personne n'avait accès. Quelques produits étaient exportés quand même, des produits régionaux emblématiques, essentiellement pour donner une impression de normalité. Des inspections draconiennes permettaient de garantir la sécurité à l'intérieur du pays - malgré cela, quelques bourgs étaient à leur tour devenus des "zones protégées" suite à des accidents. Je ne sais pas trop ce qui se passait dans ces lieux : restait-il des anges en vie ? ou alors n'était-ce que des zones vides, dans lesquelles on ne mettait plus les pieds et où on laissait pourrir les corps ? Je suppose que puisque le littoral continuait certaines exportations et importations, il devait rester des gens. Mais je n'en sais pas plus.
Lorsque j'ai voyagé dans la région, je suis resté du côté de Saarcassel. Le temps était beau, l'Amperl fraîche. J'étais heureux malgré la solitude qui me pesait, surtout le soir lorsque je m'endormais seul. Je me suis un peu déplacé dans la campagne, toujours prudemment, dos révélé. Je me suis heurté à des patrouilles d'anges m'ordonnant de rebrousser chemin. "Zone protégée." Les gens du coin expliquaient qu'il s'agissait de mesures de sécurité, pour lutter contre des poches de résistance daemonique. "C'est grâce à cela qu'on n'a pas vu l'ombre des oreilles de ces corniauds depuis au moins... vingt ans ! Il n'y a guère que la vieille Myrthra pour se souvenir de sa rencontre avec un chien galeux qui se transformait en un type tout aussi galeux."
Ici, par rapport au reste du pays, en particulier le nord, on se moque beaucoup plus facilement des daemons. Certes, ce sont des créatures menaçantes, d'une cruauté proverbiale, mais cette dangerosité n'est plus autant une source de crainte. Ce n'est pas à Heinstein ou Altbourg qu'on entendrait des histoires sur des daemons traînant la patte, maigres et sales, avec des puces - ou encore des ricanements sur des daemons avec une forme bestiale ridicule ou peu menaçante : "Imaginez, des grenouilles-garous !" Personnellement, je préférais me frotter à des daemons avec d'honnêtes crocs et griffes qu'au poison de certaines grenouilles, mais je suppose que les batraciens sont effectivement moins impressionnants. Le fait que je sois moi-même généreusement pourvu de dents et de griffes, en plus de ma stature et de l'épaisseur de mon cuir, doit aussi peser dans la balance. Je me remets mieux d'une balafre que d'une intoxication - une imprudente poêlée de champignons me l'a prouvé à plusieurs reprises.
Voyez ? Je me perds encore. Je voulais vous parler de la peste, et voilà que je m'épanche sur la façon dont les anges de la région de Saarcassel considère les daemons ! Le sujet est intéressant, mais tout de même... Pour revenir à nos moutons pestiférés, la région n'était pas trop affectée par le drame qui se déroulait dans les zones protégées. Moi-même, j'étais insouciant et ignorant. Je profitais, comme les anges, de la vie. Je m'efforçais d'oublier ce que j'avais laissé derrière moi, lorsque j'avais dit au revoir à Camus, Milo et Seiya. J'étais parti comme un voleur, pendant la nuit. Je crois que Seiya était éveillé. Je crois qu'il savait. Il m'a toujours compris, d'une manière ou d'une autre. Je n'ai jamais aimé les adieux ; j'ai donc préféré disparaître.
Bref, la peste ne posait pas problème au sud-est. En fait, à part ses victimes, les seules personnes qui s'en préoccupaient, c'étaient les anges de l'Inquisition. Et encore, uniquement une petite fraction, concentrée dans les collines du Levant, à la recherche d'un remède, d'une solution définitive au problème. C'est donc au nord, à Geheimbourg plus précisément, que les choses ont commencé à bouger. Amusant, n'est-ce pas, comme on en revient toujours à Geheimbourg ?
Tout a commencé avec le retour d'un espion - et non, ce n'était pas moi. Il ne revenait pas seul. Il revenait avec une solution à la peste. Évidemment, rien ne s'est passé comme prévu. En même temps, on aurait pu, on aurait dû s'en douter. Aucun plan n'est infaillible - ou plutôt : les gens, même brillants, échafaudent généralement des plans complètement stupides. Le plus impressionnant, c'est quand ils marchent, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit. Mais pas cette fois. C'est avec une certaine fascination que j'ai peu à peu appris, compris le détail de ce qui s'était passé. Moi, je n'étais clairement pas en position d'y comprendre quoi que ce soit. Mon histoire personnelle se déroulait en parallèle.
J'ai eu la tentation, en préparant la suite de ce récit, de juste passer sous silence cette histoire de peste. De parler d'abord de moi, des baignades dans l'Amperl, des tavernes et des jolies rues de Saarcassel, de la campagne du sud-est, ses champs et ses forêts pleines de vie. De vous parler de ce qui a mis fin à mes vacances, de ce qui m'a poussé à retourner barboter dans une mer d'ennuis - et de ce que j'y ai gagné. Après réflexion, j'ai décidé d'évoquer tout de même la peste. J'ai commencé à écrire avec des intentions purement narcissiques et autobiographiques. C'était il y a plusieurs mois. J'aimerais à présent me faire chroniqueur de mon temps. Nous verrons bien ce qui en ressortira.
