Premiers rapprochements
Will feuilleta le livre de Nietzsche. Il était toujours curieux de voir les grands écrits traduits, encore plus en grec ancien. Passant les pages, le jeune Solace chercha le passage qui avait marqué son enfance. Du fait de son jeune âge, il n'avait pas compris grand chose au philosophe allemand. Et certainement que le peu qu'il avait retenu était déformé par les souvenirs et le manque de recul sur ce texte.
Un bruit le sortit de ses pensées ; Nico revenait de sa douche. Il avait les cheveux mouillés sous sa serviette et était plutôt séduisant. Grenre carrément. Il portait un débardeur noir plutôt que le tee-shirt de la Colonie.
Nico attrapa un sweet-shirt qu'il enfila et s'assit sur le bout du lit. Il se pencha pour lire la couverture du bouquin.
— T'es un mordu de philo ?
— Pas du tout, sourit Will sans gêne. Ma mère avait la même édition alors j'ai voulu fouiller.
Les lèvres de Nico s'étirèrent lentement. Celle du bas était un peu plus proéminente, plus rose aussi. Will pensa qu'il devenait doucement mais sûrement obsédé par le corps de son petit-ami.
— Tu l'as lu ? Moi j'ai presque rien compris, s'il n'était pas aussi bien annoté j'aurais juste abandonné.
— Tu m'étonnes quand j'étais jeune, je comprenais même pas une phrase sur deux. Mais j'ai trouvé dingue son idée d'éternel retour, j'y ai souvent pensé.
— Le fait qu'on est sensé construire sa vie de façon à accepter de la vivre encore et encore pour l'éternité ? Je croyais que c'était une nouvelle idée de supplice pour mon père.
Will éclata de rire, il reconnaissait bien maintenant les traits d'esprit aigre doux de son amoureux.
— Alors il n'y a aucune chance que tu veuilles ça ?
— Et bien il y a deux situations. La première tu as tous tes souvenirs et dans ce cas-là plus aucune évolution ne t'est permis. Tu peux juste régresser mais pas progresser. La seconde où tu es effacé et dans ce cas-là aucun intérêt.
— Tu es si pragmatique, soupira Will avec ce large sourire contagieux. Il faut plutôt voir ça comme une expérience de l'esprit, une façon d'être exigeant moralement avec soi même.
Très sérieux, Nico envisagea la question sous cet angle :
— J'ai pas l'impression que ça assure une quelconque moralité. Tu peux être satisfait de ta vie sans être une bonne personne, c'est même plus facile.
Will hocha la tête.
— J'ai dû encore pigé son truc à côté.
Le fils d'Hadès s'approcha, prit la chaise de bureau pour s'asseoir en face de lui. Devant son air surpris, il lui prit le livre des mains et le lança sans façon sur le bureau. Ses mains vinrent à ses joues et il se pencha pour l'embrasser.
Même si Will ne voulait pas que ce soit l'objet de ses visites, les baisers de Nico auraient valu le coût même s'il avait dû traversé le pays de long en large. Sans doute pour cela qu'il y pensait toujours un peu.
Ses doigts calleux attiraient sa tête vers lui, il semblait tellement savoir ce qu'il voulait. Il n'avait rien d'un ado perdu dans le mauvais siècle ou terrorisé par le poids du monde. Pas auprès de lui.
Chaque chaud baiser, chaque caresse quelque peu rêche, en appelait une multitude d'autres. Will avait bien une alerte dans sa tête. Un truc qui disait que Nico n'avait pas vécu les mêmes expériences que lui,et que lui-même n'avait jamais couché avec un mec donc ce n'était peut-être pas la peine de foncer tête baissée comme un lycéen trop impatient.
Ces réflexions ne l'empêchaient pas de plonger pour chaque baiser. Il était sensible à cette tension exponentielle, elle semblait ne jamais pouvoir redescendre. Se rendant compte du chemin de ses pensées, Will s'écarta vivement et chercha les deux yeux fuligineux de son petit-ami.
— Pas au dessous de la ceinture pour l'instant.
Les traits absorbés et concentrés de Nico ne trahissaient rien.
— OK.
Ils foncèrent d'autant plus l'un sur l'autre sans penser à même respirer.
Défi : Nuit du Fof
Thème : Récursif
