Première installation
— Répète encore, demanda Will le regard fixé au plafond, du début s'il te plaît.
Nico souffla en regardant son petit-ami du coin de l'œil. Ce dernier avait passé tout le week-end angoissé à cause d'une quête qu'on lui avait proposé. Il était persuadé que c'était un piège et ne parvenait pas à en convaincre son bien-aimé − qui ne serait bientôt qu'un passager de Charon.
— Antéros m'a chargé de trouver et tuer le monstre acéphale de la guerre. Je n'ai pas de limite de temps, je n'aurais qu'à lui apporter ses restes et à nous le répulseur.
Will grimaça et passa une main nerveuse sur sa figure épuisée.
— Peut-être qu'il t'envoie à la mort. Peut-être que c'est un piège.
Nico le fit taire d'un baiser autoritaire. Cela ne dura qu'une fraction de seconde mais Will était assez en colère pour ne pas se remettre à parler de suite.
— Ça n'a aucune importance à mes yeux. Si je n'ai qu'une minuscule chance de vivre ici avec toi, je la saisirai. Voilà tout.
Will resta silencieux, aussi reconnaissant qu'inquiet. Il était bien conscient qu'il n'était guère pratique pour Nico de le rejoindre uniquement de temps en temps ; davantage les mettait tous les deux en danger. Mais le savoir en pleine traque au monstre sur la demande d'un dieu de seconde zone, ce n'était guère plus rassurant. Ils commençaient à être vieux pour des demi-dieux mais Will avait encore l'intention de bien profiter de la vie.
— S'il te plaît ne meurs pas, glissa-t-il pitoyablement sans oser le regarder. Je suis un horrible compositeur, je ne pourrais pas écrire de superbes ballades pour te permettre de passer à postérité. Tout ce que j'arriverais à faire ce serait mourir le jour de ma remise de diplôme comme un véritable crétin fini.
Nico resta silencieux à ses côtés, le laissant dériver sur ses histoires de label et d'interprète. Il était pas si courant que son petit-ami soit dans un tel état de nervosité mais quand cela arrivait, il n'avait pas d'autre solution que lui apporter son calme. Ou son corps, de temps en temps.
De toute façon, il savait que Will le laisserait partir. Comme lui, il rêvait d'une vie paisible ici à Boston et de pouvoir construire quelque chose là où il vivait. Ni l'un ni l'autre n'avait envie de s'enfermer à la Nouvelle Rome et le répulseur leur aurait offert cette liberté. Il s'agissait simplement d'un précieux artefact qui permettait de repousser les monstres d'une zone. Parfait pour ce qu'ils voulaient en faire.
Malgré sa fatigue extrême, le fils d'Apollon se redressa vivement et lui proposa de faire une sortie ensemble avant que ce soit l'heure du grand départ. En l'entendant parler ainsi, Nico se demanda si son compagnon n'aurait pas fait de drôles de rêves pour être si pessimiste vis-à-vis de sa quête à venir. Peu importe, s'il se sentait de taille pour en parler il le ferait. Sinon, il refusait catégoriquement de lui arracher les vers du nez quitte à le faire souffrir au passage.
Ils sortirent ensemble pour profiter de l'air frais et restèrent bien quarante minutes à regarder des amateurs jouer au hockey sur glace. Ils s'y investirent complètement chantant même la chanson des supporters avec ces derniers. La tension n'était pas complètement oubliée mais au moins, ils passaient un bon moment − au cas où.
Sur le chemin du retour, Will le convainquit sans difficulté de prendre quelques détours. Ils cheminèrent côte à côte, en silence. Quand le jeune Solace reprit la parole, ce fut d'une voix tendue :
— Peut-être que tu pourrais travailler en équipe, même si tu n'aimes pas ça. Après tout ça fait longtemps que tu n'as pas vu Reyna, Jason ou Percy.
Que son petit-copain jaloux ose nommer la bête noire était plutôt révélateur de l'état de tension dans lequel il se trouvait.
— Tu la sens si mal que ça cette quête ?
Will haussa les épaules, répugnant visiblement à dire quoi que ce soit.
— Très bien, je n'irai pas seul, promit Nico d'un air concerné. Une vraie quête à trois pour tes beaux yeux.
Will émit une douce grimace devant la formulation mais hocha la tête avec satisfaction.
— Est-ce que tu accepterais de m'accompagner ?
Un OS pour la 124e Nuit du Fof avec comme thème « Acéphale » et comme contrainte : glisser une chanson.
