Sauvetage efficace

Lam sentit le froid l'envahir, malgré les plusieurs couches de vêtements, malgré son allure rythmé. Elle n'aimait plus être seule, en tout cas pas comme ça. Ça l'effrayait de plus en plus.

Avec le temps, elle en avait essayé des endroits différents. Les banlieues residentielles. Où elle se faisait le plus souvent chasser sous la menace d'une batte de baseball. Mais une fois, elle s'était réveillée avec un pervers en face d'elle.

Les quarties abandonnés où elle avait peur de tomber malade en s'asseyant par terre. Ou de ne jamais se relever à cause de l'odeur de pisse. Mais le passage regulier des flics n'était bon ni pour son sommeil, ni pour sa sécurité.

Et finalement, elle préférait encore les grandes rues commerciales. Des rues nettoyées, peu utilisées la nuit et les vendeurs faisaient attention à bien vous virer avant l'arrivée des clients.

Bien sûr c'était une sensation de sécurité très relative. Ça équivalait à ne pas se prendre le froid de face. Mais c'était mieux que rien. Et aujourd'hui, mieux que rien n'était pas suffisant.

Elle venait de s'appercevoir que Nico ou Will avait glissé un téléphone portable prépayé dans son sac. Dans le répertoire il y avait leur deux numéro plus le numéro de la police et ceux de quelques associations d'aide de jeunes en fugue. Ça la fit sourire. Ça l'étonnait que des types qui veuillent autant l'aider l'aide à fuguer de chez eux mais c'était sympa. Elle trouva même une pochette avec cent dollar.

Peut-être qu'ils savaient ce que c'était d'être seul dans la rue.

— Qui voilà ? T'es mignonne, viens finir la soirée avec nous !

Lam releva vivement la tête. Quatre gars, plus de vingt ans, ivres après une soirée à boire vu leur état. Elle se redressa. Elle n'était pas encerclée, elle pouvait s'enfuir.

— C'est non, répondit-elle avec aplomb en s'éloignant d'eux.

Elle partit d'un pas vif. Continuer sur la grande voie ou bifuquer ? Il n'y avait pas âme qui vive dans les deux cas. Elle choisit de bifurquer dans l'espoir qu'ils continuent leur chemin sans s'occuper d'elle. Mais ils la suivirent.

— Fais pas ta timide, viens. Je t'offre un verre, tiens.

Elle jeta un regard derrière elle ; merde, il avançait plus vite que prévu. Elle essaya de les faire partir alors qu'elle attrapait son nouveau portable. Elle venait de cliquer sur le nom de Will qu'une énorme paluche atterit sur elle et faucha son seul moyen de communication. Merde.

— Pourquoi tu veux appeler un ami ? On est bien là.

— Je suis pas seule, reprit-elle. Nico est avec moi.

Ils s'immobilisèrent un instant, regardant les alentours mais comme il n'y avait rien et que leur proie était toujours sur la défensive, ils sourirent en vainqueur. Lam savait qu'elle ne courrait jamais assez vite. Et même avec la peur qui lui tordait les boyauts, elle avait surtout envie de disparaître.

Elle se disait que c'était pour ça qu'elle ne vit pas comment était apparu Nico. Avant elle était seule et d'un coup il était là à empêcher qu'un quidam pose la main sur elle.

— C'est très mal de terrorriser les passants, les informa-t-il.

— Dégage, c'est notre amie !

Lam voulait dire que non, que c'était faux, mais elle était réduite à la mutité, dépassée par les évènements. Nico bloqua un pathétique coup de poings et fit lourdement tomber son adversaire.

— Va chier ! T'es qui d'abord ?

— La mort.

Les oppresseurs s'aglutinèrent autour de Nico mais il n'eut aucun mal à les mettre tous au tapis. Quand ils se relevèrent, il les prévint :

— Le prochain qui m'attaque finit la nuit à l'hôpital.

Ils partirent.

Nico se tourna alors vers elle et déposa une main sur son épaule.

— On va rentrer pour l'instant. Demain on verra ce que tu veux faire.

Lam suivit le mouvement et se retrouva plus rapidement qu'elle ne le crut à l'appartement des garçons. Elle retrouva le canapé, la couette et l'oreiller qu'elle avait quitté trois heures plus tôt. Et s'endormit extunuée.

Dans la nuit, elle sourit en se rappelant que Nico s'était présenté comme « la mort ». Peut-être qu'il avait un sens de l'humour finalement.