Drago était de dos et faisait face à l'état lamentable de la salle des potions, les mains dans les poches, sans piper mot.
Hermione se retrouvait dans un état d'extrême gêne. C'était par sa faute qu'ils se retrouvaient tous les deux punis pendant le reste de leur année, elle avait perdu la raison pendant un instant et maintenant, elle le regretterait amèrement le long de sa cinquième année, devant se retrouver seule avec son pire ennemi. Mais le pire actuellement, était que son ennemi de toujours, qui se retrouvait puni pour le reste l'année par la faute d'une sang-de-bourbe, restait silencieux. Et ne daignait même pas lui lancer un regard réprobateur, il ne disait rien. Ne semblait en aucun cas énervé.
Et pourtant Merlin sait que Drago Malefoy était constitué différemment des êtres humains normaux : son corps était constitué à 70% de rage, dont au moins 40% réservé seulement pour le trio de Gryffondor. Jamais Hermione n'avait été dans la même pièce qu'un Drago calme, ne daignant même pas l'insulter ou la provoquer. Et c'était pire que tout ce qu'elle avait put imaginer. C'était la pire punition que Drago ait pu lui faire : ne rien dire.
Soudain, (elle pensait être dans un cauchemar à ce stade) Drago Malefoy commença à rassembler les tabourets éparpillés au sol, et les déposer dans un coin pour libérer le passage. Lorsqu'il eut finit, il empoigna un balai donné par Rusard. Hermione était abasourdie. Elle n'osait pas bouger, et se dit un instant qu'elle était peut-être devenue invisible de honte, car dans ce cas cela aurait expliqué le silence du blond. Mais il se tourna vers elle, deux balais dans les mains. Elle n'était donc pas invisible.
- Bon Granger, tu t'y mets ? Demanda-t-il en lui lançant le balai qu'elle rattrapa avec stupeur.
- Euh oui... Oui, désolée.. Balbutia-t-elle.
Et ils passèrent un temps inconnu qui semblait pour Hermione être des heures, à nettoyer la salle sans aucune aide magique. L'ambiance dans la classe était horriblement tendue, du moins, du point de vue d'Hermione, car Drago semblait étrangement calme. Même si Hermione remarquait du coin de l'oeil qu'il n'avait parfois aucune idée de comment faire pour ramasser tel ou tel objet sans sa baguette. Ce fut la première fois depuis le début de leur scolarité que Miss Granger et Mr. Malefoy avaient, entre guillemets, travaillés en équipe. Et ils travaillèrent en réalité extrêmement vite.
Pendant ce qui semblait être la troisième heure de retenue pour la brune, ils avaient approximativement terminé et la pièce était méconnaissable, les tabourets et les tables étaient à leurs place et le sol brillait à nouveau, ce qui d'ailleurs n'avait jamais été le cas depuis cinq années qu'ils étaient ici.
Drago n'était plus qu'en chemise, ce qui était aussi le cas d'Hermione, car c'était un exercice très physique et Malefoy semblait en nage. Ils ne leurs restait plus qu'à ramasser les bouts de verres et à ranger les objets de nettoyages. Hermione s'occupait de ranger tandis que Drago se dirigeait vers la pile de bouts de verres brisés.
Enfin, elle espérait que l'heure finirait rapidement quand ils auraient finit, car rester avec Drago Malefoy en ayant un travail à faire était une chose mais rester avec Drago dans un état d'esprit inconnu et étrange, dans une pièce fermée, sans aucune distraction était autre chose.
- AIE ! S'écria Drago dans un juron.
Hermione se retourna pour retrouver Drago penché sur la pile jonchant le sol, tenant sa main fermement. Elle était en sang. Il en coulait de petites gouttes sur le verre brisé.
Elle se hâta vers lui, lui fit ouvrir la main : sa paume était ouverte et des morceaux de verres étaient enfoncés dans la plaie. Il se rendit vite compte qu'il n'avait pas sa baguette, et que Hermione non plus.
La porte était close et elle ne se rouvrira pas avant la fin de l'heure. Elle ne pouvait ni l'emmener chez Madame Pomfresh ni utiliser sa baguette, il fallait qu'elle fasse quelque chose.
Elle regarda autour d'elle, elle n'avait pas de quoi ni le temps nécessaire pour réaliser une potion pour les blessures. Et elle remarqua dans la précipitation, que même là, Drago Malefoy ne semblait montrer aucune rage. Bien sûr, il avait la tête de quelqu'un qui a mal, mais contrairement à d'habitude, contrairement aux nombreuses fois où il s'était retrouvé à l'infirmerie pour blessures minimes, en clamant qu'il allait mourir et que son père en entendra parler, cette fois il n'avait pas prononcé un mot. Ne pouvait-il donc pas lui crier dessus ?!
- Qu'est ce que je fais Malfoy ? Cria-t-elle en panique
- J'en sais rien moi, Granger ! C'est toi qui es née dans une famille moldue ! Cria-t-il en tant que réponse.
Son cœur fit un bond, l'idée « naître dans une famille moldue » n'avait jamais été prononcé par la bouche de Malefoy que par « Sang-de-Bourbe », ce commentaire n'était pas un compliment mais il sonnait mieux. Un idée lui traversa l'esprit aussi vite qu'un éclair, elle pensa à voix haute :
- Mais oui bien sûr ! Fais attention à ne pas trop appuyer tu risquerais d'enfoncer le verre plus profondément, conseilla-t-elle. Attends !
- Merci, j'y avais pas pensé Granger, j'étais entrain de les enfoncer un par un dans ma main.
Elle ne l'écoutait même pas, se relevant et accourant déjà vers le bureau tout propre de Rogue. Les ustensiles avaient été remis à leurs place par Hermione, et elle se disait bien qu'en rangeant elle avait aperçut une petite pince. Elle l'a prit, et dans son champ de vision elle remarqua une grosse fiole surpenamment intact avec une étiquette « alcool 90° » servant certainement à désinfecter les ustensiles, parfait. Elle l'a prit aussi et accourut vers un tabouret au fond de la classe où était posé sa robe de sorcière. Elle arracha un long morceau, et se redirigea vers le Serpentard tenant toujours sa propre main ensanglantée, assit à même le sol. Elle s'agenouilla face à lui, prit sa main dans la sienne, le blond eut un petit mouvement de recule, mais elle n'avait pas le temps pour les stupides règles instaurées entre ennemis commun. Par contre, elle n'osait pas vraiment lui faire face, être concentrée sur la main ensanglantée sans le regarder était un meilleur plan.
- … Ça va faire mal Malefoy, je vais pas m'excuser, mais prépare toi.
- Comment ça tu vas pa-... BORDEL GRANGER, s'écria-t-il, récitant tous les gros mots qu'ils connaissait par ordre alphabétique.
Elle n'avait pas vraiment attendu qu'il se prépare et avait retiré le plus gros bout d'un coup sec, du sang coulait plus abondamment encore maintenant. La peur lui tordait les entrailles et elle n'arrivait plus à réfléchir calmement et les cris du Serpentard ne l'aidaient pas vraiment.
- Ferme la Malefoy ! Cria-t-elle, au bord des larmes. Un silence s'était soudain installé dans la classe.
- Granger, calmes toi. Ça va le faire. Dit-il d'une voix soudainement un peu plus calme.
Elle n'osait toujours pas relever la tête vers le blond, pourtant ses mots semblaient un peu la calmer, elle prit une grande inspiration, et la vision de la main de Malefoy sembla soudain moins floue. Elle attrapa la fiole d'alcool à 90°.
- Prêt ? Demanda-t-elle.
Il prit le morceau du pan de sa robe qu'elle avait arraché et le plaça dans sa bouche, puis il articula un grognement qui voulait certainement dire « Prêt. ». Plusieurs douloureuses minutes plus tard, Hermione avait terminé d'enlever tous les bouts de verres et avait fait un bandage approximatif avec le tissus autour de la main de Drago Malefoy.
- Ça suffira jusqu'à ce que tu ailles à l'infirmerie.
Mais la porte de la classe n'avait pas l'air d'avoir envie de s'ouvrir pour l'instant. Elle prit alors son courage à deux mains et releva la tête vers le Serpentard. Tous deux étaient toujours assit à même le sol dans un coin de la salle de potions. Et Hermione tenait toujours la main bandée de Drago dans la sienne. Il ne semblait toujours pas furieux, il semblait même calme malgré son visage et ses yeux rougit par la douleur.
- Ecoutes Malefoy, je... Je suis désolée de ce qui s'est passé, tu n'aurais pas dû être mêlé à ça. Je m'excuse que tu sois collé avec moi, à la place de Parkinson. Il faut être adulte maintenant, et voilà... Je ne pensais pas un jour m'excuser auprès de toi. Mais pour une fois, que ce soit toi ou n'importe qui, je me dois de te demander pardon...
Elle releva les yeux vers le blond, s'attendant à ce qu'enfin il s'en prenne à elle elle l'aurait mérité. Mais rien. Il ne prononça pas un mot.
Pourquoi ne lui criait-il pas dessus ?! Hermione ne put s'empêcher de se dire que c'était forcément de mauvaise augure, qu'il lui ferait payer tout ça le double du prix pour le reste de l'année. Tout était de sa faute, et pourtant elle n'avait reçu aucune remontrance de la part du Serpentard, lui si imbu de lui-même, si expressif et rancunier d'habitude. Elle l'avait fait mettre en retenu, pour une année entière, qui plus est, avec elle, qu'il détestait amèrement. Elle l'avait même fait terriblement souffrir car par sa faute il s'était blessé et n'avait pas pu sortir de la salle. Et il n'avait rien dit. Un sentiment de peur reprit possession d'elle. « Sil vous plais rendez moi le Drago que je connais ! » était la seule pensée qui lui traversais l'esprit depuis qu'ils avaient été punis dans cette classe. L'anxiété montait de plus en plus dans le corps d'Hermione Granger, passant du bas de son ventre à un sorte de boule de stress dans sa gorge. Elle plaça sa deuxième mains sur le bandage artisanal du blond, l'encerclant comme si elle tenait un objet fragile, cher à son cœur.
Elle se pencha, pour poser son front contre ses propres mains sur les genoux de son ennemi. Comme pour se cacher de son regard, dans une sorte de supplication. Elle ne put alors retenir ces mots, qu'elle n'aurait jamais pensé sortir de sa bouche un jour :
- CRIES MOI DESSUS BON SANG ! S'écria-t-elle, toujours penchée sur les genoux du blond. Cries moi dessus Malefoy, je t'en supplie ! Pourquoi tu es si calmes ? Pourquoi ! Ça fait cinq ans ! Cinq ans que tu me détestes, sans que je ne t'ai jamais rien fait ! Et maintenant, j'ai fais quelque chose d'horrible, je t'ai entraîné avec moi là dedans alors que tu n'as rien fais... Énerves toi contre moi s'il te plais ! Tous mes amis s'en prennent à moi en ce moment, pourquoi toi, Malefoy, tu ne le fais pas... ? Moques toi de moi, dis quelque chose, peu importe ce que c'est !
Ça y est, elle avait prononcé ces mots... Elle le regrettait déjà. Elle en était sûre, il se moquerait d'elle pour le reste de ses jours. Elle n'osait plus bouger d'un pouce, toujours penchée dans une sorte de grande révérence, comme si elle priait un dieu, s'agrippant comme le seul espoir qu'il lui restait à la main blessée de son ennemi. La tête posée contre ses mains qui encerclaient la blessure Drago (qui n'avait pas vraiment arrêté de saigner depuis). Elle fermait les yeux, cachant son visage dans cette étrange révérence en attendant qu'il daigne dire un mot. Mais contrairement à tout ce qu'elle avait put imaginer, elle sentit la main libre de Malefoy se poser sur l'arrière de sa tête, d'un geste doux. À ce contact, elle releva doucement la tête, et le Serpentard se défit d'un mouvement lent et précautionneux de la poigne d'Hermione. Il se releva doucement, sans vraiment jamais la regarder directement, lui lâcha la main. Il ajouta dans un souffle « Très bien ». Puis il se dirigea vers la porte, qui était maintenant entre-ouverte.
Hermione le regardait partir, stupéfaite, jusqu'à ce que le blond ait atteint le seuil de la porte. Releva sa main bandée pour qu'Hermione puisse la voire, sans se retourner il prononça ce simple mot, presque dans un murmure inaudible qui sembla résonner longtemps dans la pièce après son départ, flottant au dessus d'elle : « Merci »
