Bonjour à tous ! Je vous présente une nouvelle histoire qui me trottait dans la tête depuis quelques temps.

C'est une fanfic plutôt sombre, voire malsaine, qui met en scène un Drago Malefoy qui n'est pas vraiment ressorti indemne de la guerre contre Voldemort... entre malédiction, addictions et obsessions, ses retrouvailles avec Harry pourraient-elles le sortir de cet enfer, ou n'est-ce que le début des ennuis ? C'est du Drarry, mais pas vraiment du Drarry mignon...

Pour les biens de la production de cette histoire, Lavande Brown est bien l'une des victimes de la guerre (c'est le cas dans le film mais il me semble que dans les livres elle s'en sort).

Je vais essayer de poster plus régulièrement que mes autres fics, j'ai déjà une petite avance dans les chapitres qui me permettra de tenir au moins jusqu'à 2021.

Bonne lecture !


PARTIE 1. LE CHOIX

- DRAGO -

CHAPITRE 1. Le Purgatoire

Mon pied entre en contact avec une surface molle, gluante, et une désagréable sensation d'humidité se répand le long de ma chaussette. Par Merlin, qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? Je me baisse et constate (tout en jurant sur tous mes ancêtres) que j'ai écrasé… un jaune d'oeuf.

Or, il n'y a qu'une seule personne dans les environs qui soit assez cinglée pour disséminer du jaune d'oeuf sur la moquette marron de l'arrière-boutique du Purgatoire.

– PATIL ! hurlé-je en cherchant ma baguette magique dans les replis de ma cape. PARVATI PATIL !

L'intéressée pointe le bout de son nez dans l'embrasure de la porte qui mène à la boutique que nous partageons. Les pierres bariolées qu'elle porte en pendentif tintinnabulent lorsqu'elle baisse la tête pour constater les dégâts, et sa longue queue-de-cheval aussi noire et luisante que du jais voltige alors qu'elle la secoue pour signifier son agacement.

– Drago Malefoy, tu viens de ruiner mon expérience ! me dit-elle en sortant sa propre baguette pour nettoyer son bordel.

– Quelle expérience ? Tu essaies de faire cuire des omelettes sur la moquette, maintenant ? grogné-je en vérifiant qu'il ne reste plus aucune substance visqueuse sur mon pied.

– Bien sûr que non, je ne suis pas aussi bête que toi, rétorque-t-elle d'un air excédé. Je pratiquais de l'oomancie.

– De l'ooman… quoi ?!

– De la Divination par les oeufs. C'était un art très prisé, dans l'Antiquité.

Ça me fait une belle jambe.

– Et tu étais obligée de faire ça par terre ?

– Je ne voulais pas que l'environnement interfère avec ma prédiction, m'explique-t-elle avec un sérieux presque inquiétant. Si je les avais mis dans une poêle, les bordures auraient limité la propagation de l'oeuf et l'auraient déformé.

Une bonne dizaine de remarques narquoises me chatouillent la langue, mais je les ravale. Je n'ai pas envie de me disputer avec Parvati – pas ce matin, alors que je viens de passer une nuit affreuse, à lutter contre une douleur sourde qui tambourinait derrière mon oeil droit. Cela doit se lire sur mon front, car le visage de la jeune femme s'adoucit. Elle s'approche de moi et pose une main encombrée de bagues scintillantes sur mon bras. Je me raidis à ce contact, me retenant de me dégager de l'étreinte de ses doigts.

– Tu te sens mieux ? Tu n'avais pas l'air dans ton assiette, hier soir.

– Je me porte comme un charme, mens-je. Il y a eu beaucoup de clients, avant mon arrivée ?

– Pas vraiment.

Comme pour la contredire, la clochette du Purgatoire retentit. Nous échangeons un regard, puis quittons l'arrière-boutique pour revenir dans le magasin que nous partageons, aux présentoirs encombré de chaudrons, de fioles et d'artefacts divinatoires plus obscurs les uns que les autres.

Au départ, l'idée de m'associer à une bonimenteuse – pardon : à une diseuse de bonnes aventures – ne m'enchantait pas vraiment. Mais si je n'avais pas concédé à ce sacrifice, mon entreprise aurait coulé aussi sûrement que ce balourd de Hagrid dans le lac de Poudlard. J'avais beau travailler jour et nuit, mes potions me rapportaient tout juste de quoi payer mon loyer. Cela faisait bien longtemps que la fortune de ma famille avait été engloutie : entre les réparations à financer, les funérailles de ma mère et mon investissement dans une boutique de potions… l'or avait filé entre mes doigts, et il ne me restait plus qu'un peu de poussière incrustée sous les ongles. Alors j'ai été contraint de ravaler ma fierté et de chercher quelqu'un avec qui m'associer – quelqu'un ayant une réputation bien moins scandaleuse que la mienne. Il me fallait la perle rare, dont l'intégrité ne serait jamais remise en question, si possible un ou une sorcière ayant combattu les Mangemorts lors de la guerre contre Voldemort.

Parvati Patil était la dernière personne à laquelle je m'attendais. Je ne connaissais même pas son prénom, je savais seulement que nous étions à Poudlard la même année, qu'elle avait été répartie à Gryffondor et qu'elle avait accompagné Potter au bal de Noël, en quatrième année. J'avais ressenti une curieuse sensation dans le creux du ventre en constatant qu'il s'était dégoté une fille, et même une jolie fille, pour l'accompagner à ce bal ridicule. Si j'avais su que je retrouverai cette fille, des années plus tard, pour parler business… Elle voulait ouvrir sa boutique d'art divinatoire mais avait trop peur de se lancer seule. Elle aurait pu, pourtant. Elle attire les clients comme un pot de miel attire les mouches. Comment lui en vouloir ? Elle est aimable, bavarde, charmante. Et contrairement à moi, elle n'a pas la Marque des Ténèbres gravée sur l'avant-bras.

J'ai compris, bien plus tard, qu'elle était hantée par ses propres fantômes, et qu'elle ne supportait pas la solitude : ses fantômes la dévoraient alors, pourchassant chaque miette de bonheur qui sommeillait elle. Je suis son rempart contre cette solitude, aussi ironique que cela puisse être : elle n'aurait pas pu trouver pire bouclier que moi. Mais elle ne me voit pas comme un ancien Mangemort, un être indigne de confiance qui mérite l'opprobre éternelle ; pour elle, je ne suis qu'un crétin arrogant qu'elle aimait voir se chamailler avec ses camarades du temps de Poudlard.

Je l'observe papillonner autour de notre nouveau client, lui montrant un pendule qui pourrait l'aider à retrouver son chat perdu. Je me retiens de lui faire remarquer qu'il s'est probablement fait dévorer par un renard errant. Je m'occupe uniquement de la partie « potions » de notre boutique, et ne doit pas me mêler de ses affaires. Je m'éloigne d'elle et m'approche d'un chaudron dans lequel bouillonne la potion du jour. Une Potion d'Aiguise-Méninges. Selon Parvati, je devrais plutôt miser sur les philtres d'amour, bien plus prisés par les jeunes sorciers et sorcières, mais je me refuse à en commercialiser. Leur pouvoir est trop puissant. Trop effrayant. Ce n'est pas d'une fiole de poison qu'est né Voldemort…

Alors que je me penche par-dessus les flancs cuivrés de mon chaudron, une nouvelle migraine me taillade l'oeil. Je m'éloigne des volutes de fumée, enfonce mon visage contre mes poings dans l'espoir d'apaiser la douleur. J'ai l'impression que la lumière de la boutique est aveuglante et chaque son, même infime, nourrit ma douleur. Parvati prend congé du client et bientôt, son ombre m'enveloppe, ses yeux inquiets cherchent à établir un contact avec les miens.

– Drago ?

– Ça va, murmuré-je. Ne t'en fais pas pour moi, va plutôt t'occuper de tes oeufs et de tes feuilles de thé.

Elle m'ignore et inspecte mon visage. L'inquiétude borde ses longs cils noirs.

– Tu saignes…

J'effleure mon visage et constate qu'effectivement, mon nez pisse le sang. Le liquide pourpre qui dévale mes phalanges est envoûtant, et sans Parvati, j'aurais pu le contempler de longues minutes. Mais la jeune femme me force à me redresser et à lever le menton pour endiguer le saignement.

– Ne bouge pas, me dit-elle du même ton que si j'étais un petit animal à soigner, peut-être un chaton.

Un chaton, moi. Quelle connerie. J'ai envie de rire, mais Parvati m'interrompt d'un claquement de langue impatient.

– Arrête de remuer, Malefoy.

Elle nettoie le sang avec sa baguette magique, puis essaie de me fourrer un truc blanc dans le nez.

– C'est bon, ça s'est arrêté, protesté-je en la repoussant, mais elle insiste. Nom d'un pagne gluant de troll, je n'arriverai jamais à respirer avec ce machin dans la narine.

– Ce « machin » s'appelle un coton, Drago Malefoy.

– Et je te dis que je n'en ai pas besoin, rétorqué-je en le retirant de ma narine obstruée.

Elle croise les bras et adopte un air sévère, qui crispe ses traits harmonieux. Malgré son teint mat et ses cheveux noirs, elle ressemble soudainement à cette vieille chouette mal plumée de Minerva McGonagall. C'est bien la dernière personne que j'ai envie de voir. Je détourne les yeux.

– C'est la troisième fois que ça t'arrive depuis le début de la semaine. Il faut que tu ailles consulter.

– On a déjà eu cette conversation mille fois. Je gère, Patil, alors mêle-toi de tes affaires au lieu de fourrer ton nez dans les miennes.

– Si tu continues comme ça, tu vas finir à Sainte-Mangouste.

– Tant mieux pour toi, tu pourras revendre ma part du magasin à quelqu'un de plus intéressant que moi. Et de plus beau, bien que cela puisse être difficile.

Elle lève les yeux au ciel, mais ne parvient pas à réprimer un petit sourire.

– Cette conversation n'est pas finie, me dit-elle en me tournant le dos pour retourner à ses bricoles divinatoires.

Je soupire. Parfois, je regrette amèrement notre association.

D'autre fois, je me demande ce que je ferai sans elle.

OOO

Nous fermons à dix-neuf heures. Bien que nous logeons tous les deux dans les appartements qui surplombent la boutique, je préfère m'éclipser dans les rues de l'Allée des Embrumes plutôt que rejoindre ma chambre. Parvati ne me retient pas, elle a d'autres hippogriffes à fouetter.

Notre boutique se situe à la frontière entre le Chemin de Traverse et l'Allée des Embrumes. D'un côté, la lumière ; de l'autre, l'obscurité. Nous l'avons donc tout naturellement baptisée Le Purgatoire. Ni Paradis ni Enfer, mais un entre-deux où se côtoient alambics et boules de cristal, magasin aussi bien spécialisé dans les Potions que la Divination.

Plus je m'enfonce dans les Embrumes, et plus l'air semble se raréfier.

Pourtant, les lieux avaient changé, après la guerre. Beaucoup de commerces illégaux avaient cessé, et pendant un temps, le quartier était presque aussi sûr que les couloirs de Poudlard (si l'on fait abstraction des Basilics et des criminels en liberté). Mais peu à peu, les mauvaises habitudes ont repris, sans que les Aurors cherchent à les juguler. Il faut bien laisser libre court à une petite part d'illégalité, pour ne pas donner l'impression de vivre dans un pays trop despotique.

Au fond d'une artère baignée d'une pénombre bleutée, je la trouve. Beaucoup de personnes sont persuadées qu'elle est ma petite amie, mais les choses sont bien plus terre-à-terre entre nous. Je lui donne de l'argent, et Astoria Greengrass me fournit la seringue dont j'ai besoin. Je pourrais me préparer la potion qu'elle contient moi-même, mais je refuse d'abriter quoi que ce soit d'illégal dans ma boutique. Je dois bien ça à Parvati. Astoria, qui dirige une boutique concurrente du Purgatoire avec l'aide de sa soeur (et de la fortune léguée par leurs parents, des Sangs-Purs qui ont su garder une neutralité parfaite pendant la guerre), ne nourrit pas les mêmes scrupules et n'hésite pas à vendre toutes sortes de potions dangereuses.

– Tu pourrais faire ça ailleurs, dit-elle en me voyant remonter ma manche et faire glisser l'aiguille sous ma peau.

– Détends-toi, personne ne nous regarde.

En effet, les vitres de sa boutique sont recouvertes de velours noir, opaque. Les lumières artificielles qui flottent sous le plafond éclaboussent le visage d'Astoria d'un halo argenté, lui conférant un air mystique qui s'éteindra avec les rayons du soleil. En vérité, Astoria n'a rien de mystique : elle est aussi pâle et vide que moi, et probablement aussi fracassée.

Nous aurions dû nous fiancer, elle et moi, en raison de contrats passés entre nos familles, mais la fin de la guerre nous a offert la liberté de refuser. Alors que la drogue se répand dans mes veines, je me surprends à rêver de ce futur duquel nous nous sommes détournés, elle et moi. Que serions-nous devenus ? Un couple uni, insouciant, amoureux ? Des parents heureux, d'un fils que nous aurions prénommé Scorpius ? Pff, la bonne blague… j'aurais fait un père affreux, et je ne suis pas certain qu'une mère dealeuse de potions aurait été l'exemple à suivre pour lui.

La mixture qu'elle m'a concocté est un savant mélange de potion d'amnésie, d'élixir de paix et de philtre d'euphorie. Au départ, je prenais moi-même de généreuses doses de ces potions pour me calmer, mais il s'est vite avéré que leur effet était trop limité. Trop doux. Tout juste bon pour chasser les angoisses et les insomnies légères, or les miennes sont trop profondes pour être chassées d'une gorgée de potion. Mais préparées ensemble, et directement injectées dans le sang, c'est autre chose… Je ne vais pas mentir : au début, j'ai essayé de préparer moi-même ce mélange, mais il ne valait pas celui d'Astoria. Puis Parvati s'est installée avec moi, ayant toujours un oeil sur mon activité, et Astoria est devenue ma seule échappatoire.

– A demain soir, Drago, me dit-elle avec un sourire carnassier.

– A demain soir, Astoria.

Je quitte mon ancienne fiancée potentielle et retourne chez moi. Le chemin du retour est plus agréable, la potion bat dans mes veines, emportant avec elle souvenirs et sentiments qui pourraient empoisonner mon coeur. Elle apaise également ma migraine, pourtant une pointe de douleur est toujours tapie dans ma tête. Je me demande parfois si elle est réelle.

Lorsque j'entre dans ma chambre, une très mauvaise surprise m'y attend.

Parvati est assise sur mon lit, et tient entre ses mains le carnet que je range précieusement dans ma table de nuit pour que personne ne puisse le trouver. Mais j'avais oublié à quel point les Gryffondor pouvaient être de sales petites fouineurs…

– Depuis quand est-ce que tu fais ça ? me demande-t-elle sans préambule, en tournant les pages de mon carnet.

Il contient des dizaines d'articles de presse. Ils concernent tous une seule et même personne, dont les photographies remuent en silence sous les gros titres. Des cheveux noirs ébouriffés, des lunettes ridicules, des yeux brillants… et cette estafilade sur le front, cet éclair qui hante mes cauchemars…

Parvati a de la chance que la potion d'Astoria irrigue mon organisme. Je devrais être furieux, lui hurler de dégager de ma chambre. Elle n'avait pas à trouver ça ! C'est personnel, intime. Est-ce que je fouille dans son placard à sous-vêtements, moi ? Mais la drogue déploie une douce torpeur dans mes veines, qui brouille mes pensées et paralyse ma langue, étouffant toute colère dans l'oeuf. Lorsque la voix de Parvati s'élève à nouveau, elle est feutrée, on dirait qu'elle a du satin sur les lèvres.

– Drago ?

Je réagis enfin.

– Si j'avais rangé ce carnet dans un tiroir fermé à clef, c'était peut-être pour que tu n'ailles pas mettre ton nez dedans, dis-je en lui prenant l'objet des mains.

– Je n'ai pas fait exprès, tu avais oublié de le refermer et j'ai vu un truc dépasser, alors… euh…

– Alors tu t'es encore mêlée de ce qui ne te regarde pas.

– Je fais bien de m'en mêler ! proteste-t-elle en rougissant. Ce truc est vraiment flippant, Drago ! On dirait un trophée de tueur en série !

Elle a soudainement l'air effrayé.

– Tu ne projettes pas de tuer Harry, n'est-ce pas ?

– Bien sûr que non, soupiré-je en rangeant le carnet à sa place. Je me renseigne sur lui, c'est tout. Par… par curiosité.

– Par curiosité ? Mais… mais pourquoi ?

– Je ne sais pas. Pourquoi est-ce que tu gardes des photographies de Lavande Brown dans TA table de chevet ?

Elle se tait, et ses yeux marron se mettent à briller. Je n'aurais pas dû lui dire ça, mais les mots m'ont échappé. A travers la brume qui obscurcit mon esprit, une pointe de culpabilité me transperce le coeur.

– Je suis désolé, marmonné-je. Je ne voulais pas… désolé.

Elle ne me répond pas.

– Je n'aurais pas dû parler d'elle.

Elle baisse les yeux.

– N'en parlons plus, murmure-t-elle tristement.

– D'accord.

Son attention se reporte sur ma table de chevet, et je comprends qu'elle repense à mon carnet. Je devine immédiatement la question qui lui brûle les lèvres.

– Parvati, je… je ne sais vraiment pas pourquoi je fais ça. C'est plus fort que moi. Je… je pense souvent à lui.

Elle accueille ces paroles en écarquillant légèrement les yeux, mais elle ne fait aucun commentaire. Elle est trop curieuse pour m'interrompre.

– Je ne l'ai plus revu depuis mon audience au Ministère, expliqué-je lentement. J'avais été convoqué sans savoir pourquoi, et j'étais persuadé qu'on allait me jeter à Azkaban, comme mon père. A la place, on m'a dit que j'étais libre ; Harry Potter est venu en personne me rendre ma baguette magique. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a remercié de l'avoir sauvé. De l'avoir sauvé ! Alors que je n'ai rien fait, absolument rien fait…

Parvati secoue la tête pour me contredire, mais je reprends, plus fort :

– Je n'ai rien fait, lorsque ces Rafleurs l'ont amené au Manoir et qu'on m'a demandé de l'identifier. J'aurais pu le sauver à ce moment là, mais je n'ai pas eu le cran de le faire… j'ai vu sa meilleure amie se faire torturer sous mon nez, et je n'ai rien fait ! Et puis il y a eu Crabbe et le Feudeymon, et encore une fois, je n'ai rien fait. C'est lui qui m'a sauvé, alors que rien ne l'y obligeait… Puis lorsque V-Voldemort est revenu de la Forêt Interdite avec son corps, quand j'ai cru qu'il était mort… Dès que je ferme les yeux, je repense à ce moment… dès que j'essaie de dormir…

Les souvenirs se brouillent, à cause de la potion d'Astoria qui continue de se répandre sous mon épiderme. Si je me l'injecte, c'est aussi pour oublier ce moment, ce moment précis où j'ai senti le sol se dérober sous mes pieds, mon souffle mourir dans mes poumons, et où j'ai malgré tout obéi à Voldemort…

Je sens quelque chose d'humide couler sur mes lèvres, l'espace d'un instant je crois que ce sont des larmes mais le cri de Parvati me détrompe.

– Ton nez… !

Elle secoue sa baguette et fait léviter jusqu'à nous un mouchoir, qu'elle presse contre mon visage. Je la laisse faire. Je n'ai pas la force de la repousser.

– Ce n'est pas en cultivant une obsession pour Harry Potter que la situation va s'arranger. Au contraire, me dit-elle en tamponnant délicatement mon nez.

Lorsque le sang s'est tari, elle nettoie ce qu'il en reste d'un coup de baguette magique. Elle a l'air pensive. Je lui suis reconnaissant, malgré moi, de m'écouter.

Après un instant de réflexion, elle désigne ma table de chevet, ce qui fait carillonner ses bagues alourdies de pierres.

-Ce n'est pas sain, Drago. Si tu es autant obsédé par Harry, tu devrais aller lui parler, au lieu d'espionner sa vie en cachette.

– Pour lui dire quoi ? Salut, ça fait huit ans qu'on ne s'est pas vu, comment tu vas ? J'ai appris que tes meilleurs amis s'étaient mariés et s'attèlent maintenant à pondre une ribambelle de belettes rousses, pendant que ta copine s'est tirée avec un joueur de Quidditch, ce n'est pas trop dur à vivre ?

– Tu devais t'arrêter à : « comment tu vas ? », me conseille-t-elle avec un léger sourire.

Elle reprend quasi immédiatement son sérieux. Le silence nous enveloppe, tandis que les souvenirs teintés de culpabilité virevoltent autour de nous.

Tout à coup, Parvati fouille dans la poche de sa robe. Elle en ressort un petit morceau de papier froissé, qu'elle me tend d'un air solennel.

– Si je suis venue dans ta chambre, ce n'était pas pour parler de Harry, mais pour te donner ça.

– Qu'est-ce que c'est ?

– C'est l'adresse d'un Médicomage qui est installé à quelques rues de là, côté Chemin de Traverse, le Dr Singer. Je me suis renseignée et c'est le meilleur du coin. Il pourrait t'aider, pour tes migraines et tes saignements de nez.

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dis-je aussitôt.

– Il faut que tu le voies, Drago ! Tes douleurs, ton nez… ce n'est pas normal, tu le sais autant que moi. Tu dois faire quelque chose avant que ça n'empire.

Je froisse le papier et le fourre dans ma poche. Je n'ai aucune envie de lui rendre visite, mais Parvati est plus têtue qu'une mule. Elle me fixe, et ses yeux me font l'effet d'une sonde enfoncée dans mon corps de façon très peu confortable.

– Promets-moi que tu iras le voir.

Je reste silencieux, mais elle insiste.

– Si tu n'y vas pas, je prendrai ton carnet secret et le montrerai à Harry.

– Tu n'oserais pas.

– Tu crois ça ?!

Sa bouche forme une moue butée digne d'une ancienne Lionne.

Par Merlin. Elle est sincère.