Bonjour à tous !

Il est venu le temps non pas des cathédrales, mais du chapitre 2, qui annonce la couleur pour la suite ! Je rappelle que c'est une fiction très sombre, où il y a, il faut l'avouer, plus de Hurt que de Comfort x)

Bonne lecture :)


CHAPITRE 2. Le Médicomage

Il y a des peintures de fleurs et d'hippogriffes couleur pastel sur les murs, mais ils ne parviennent pas à adoucir le parfum de désinfectant qui se déploie dans la salle d'attente du cabinet. Cette odeur aseptisée me dérange, j'ai l'impression qu'elle accroît la douleur qui bat contre ma tempe droite. Le secrétaire du Médicomage recommandé par Parvati m'observe d'un air suspicieux derrière ses lunettes rectangulaires. Une plume mordorée s'agite devant lui. Elle est si longue qu'elle lui chatouille le menton.

– Il y a une disponibilité de rendez-vous le vingt septembre, à huit heures du matin, propose-t-il en parcourant un livret qui doit être l'agenda du Médicomage.

Je fais rapidement le calcul. Les clients sont rares à une heure aussi matinale. Au pire, si quelqu'un désire acheter une potion, Parvati pourra toujours s'en occuper : je prends soin d'étiqueter chaque fiole pour que l'inventaire soit plus facile à effectuer. Elle n'aura qu'à les lire.

Je hoche la tête.

– Allons-y pour le vingt septembre.

– A quel nom dois-je vous inscrire, Monsieur ?

– Malefoy.

Le changement de physionomie qui s'opère chez mon interlocuteur est impressionnant. Toute couleur quitte son visage, hormis quelques touches de verdâtres qui s'attardent sur ses bajoues. On dirait qu'un fantôme vient de le traverser, répandant une onde glacée dans ses veines.

J'ai l'habitude de susciter ce genre de réaction, mais ce n'est jamais agréable d'avoir l'impression d'être un pestiféré. A une autre époque, mon nom engendrait courbettes, flatteries et autre hypocrisies enrubannées de velours. Et moi, je m'en gargarisais comme un coq dominant son poulailler, persuadé que ce serait éternel… Quel imbécile ai-je pu être.

– M-Malefoy, répète le secrétaire d'une voix blanche. Êt-êtes vous certain q-que ce soit une bonne idée de prendre rendez-vous ici ?

Je hausse soigneusement un sourcil, ainsi que Père m'a appris à le faire.

– Vous comprenez, n-nous ne pouvons pas nous permettre de ternir la réputation du Dr Singer… Nous préférons privilégier un certain… standing...

Il se ratatine sur son siège, évitant soigneusement mon regard. Le message est clair : je ne mérite même pas que l'on me regarde en face.

Une chaleur désagréable fourmille sous ma peau. Je suis en colère, mais un autre sentiment domine, un sentiment gluant, répugnant, qui me donne la nausée. De la honte… une honte corrosive, une honte à laquelle j'essaie désespérément d'échapper… J'ai envie de fuir, de disparaître entre deux tableaux d'hippogriffes roses. Non sans horreur, je m'aperçois que mes poings serrés se sont mis à trembler.

Il me faut convoquer tout mon sang-froid pour répondre à cet homme, avec une indifférence feinte :

– Laissez tomber, je trouverai quelqu'un d'autre.

Il rougit, bafouille, sans parvenir à dissimuler son soulagement. Sa lâcheté me dégoûte, mais pas autant que la mienne.

– Au revoir.

Je tourne les talons, quitte l'ambiance suffocante du cabinet. Désolé, Parvati, ce sera pour une autre fois.

OOO

Alors que je m'engage dans une rue brumeuse qui mène au Purgatoire, ma migraine se réveille. Elle gagne rapidement du terrain, mitraille mon crâne, me force à m'arrêter pour reprendre mon souffle. Ma respiration est erratique, mon coeur bat trop vite. Nom d'une goule, qu'est-ce qu'il m'arrive ?

– On dirait que ça ne va pas fort, Monsieur Malefoy.

Une silhouette encapuchonnée se détache des ombres de l'Allée des Embrumes pour me rejoindre. Ses contours sont flous, brouillés par les larmes de douleur qui perlent à mes cils.

– Laissez-moi vous aider, propose-t-il en me soutenant.

J'aimerais le repousser, mais je n'en ai pas la force. Il doit le savoir, puisqu'il m'entraîne sans difficulté entre deux habitations à moitié effondrées, maintenant une poigne d'acier sur mon bras. Je n'ai aucune idée de ce qu'il me veut, mais je n'arrive pas à éprouver la moindre appréhension. La douleur chasse toute terreur.

Il me fait entrer dans une bâtisse délabrée, où règne une obscurité poisseuse. D'un mouvement de baguette, il allume une rangée de bougies. Leurs mèches vacillantes illuminent une pièce ronde tapissée d'étagère. Celles-ci sont garnies de récipients transparents qui laissent entrapercevoir des curiosités peu ragoûtantes : cervelles de rats, yeux de crapauds, pattes de lapins… suis-je chez un apothicaire ? Les chaudrons d'étain empilés dans un recoin de la pièce me confortent dans cette idée. Pourtant, mon « hôte » porte une blouse blanche, semblable à celles dont s'attifent les Médicomages de Sainte-Mangouste…

Il m'aide à m'asseoir sur un fauteuil élimé, qui semble avoir servi à aiguiser les griffes de tous les chats errants du quartier. Ses mains frôlent mes poches, devinent les contours d'une seringue.

– Qu'est-ce que vous faîtes ?

Il s'empare de la seringue, encore pleine d'une des potions d'Astoria. Ses yeux rougeoient à la lueur des bougies.

– Ne me touchez pas, protesté-je faiblement.

Il m'ignore et remonte ma manche, dévoilant ma peau piquetée de minuscules taches noires. Il se sert d'une vieille lanière en cuir en guise de garrot, et l'aiguille s'infiltre dans ma chair.

– Ça va apaiser votre douleur, me dit-il d'une voix douce, caressante.

Il a raison. La potion se diffuse sous ma peau et emmaillote la douleur sous une épaisse couche de velours. Les larmes se tarissent, ma vue se précise et je peux enfin observer mon curieux interlocuteur.

Il est plus jeune que ce que j'imaginais. Il doit avoir à peu près vingt-cinq ans, comme moi. Ses cheveux sont bruns, ses yeux d'un bleu envoûtant. Ses traits sont réguliers, son sourire est rassurant. Lorsqu'il se penche vers moi, je m'attends presque à percevoir les effluves d'un parfum citronné, semblable à ceux que portent les dandys qui fréquentent le Purgatoire en adressant des oeillades à Parvati, mais il sent la même odeur poussiéreuse que la bâtisse dans laquelle il m'a emmené.

– Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? demandé-je faiblement en massant mon bras. Comment saviez-vous…

Je désigne la seringue vide. Il comprend ce que je veux dire.

– Je vous observe depuis quelques temps, Monsieur Malefoy. J'ai appris à connaître certaines de vos… habitudes.

– Vous m'espionnez ?

Il se contente d'esquisser un sourire félin.

Je comprends pourquoi Parvati s'est effrayée, lorsqu'elle est tombée sur mon carnet consacré à Harry Potter. Avoir un « admirateur secret » est plus dérangeant qu'on ne pourrait le croire. J'espère qu'il ne collectionne pas les articles sur ma personne, car ils doivent former un bien triste tableau : lorsque ma liberté s'est ébruitée, certains médias s'en sont donnés à coeur joie pour me dépeindre comme un criminel dangereux qu'il faudrait surveiller, si possible avec des chaînes et des menottes. Heureusement que les journalistes se sont lassés de moi depuis longtemps.

– Qui êtes-vous ? répété-je en m'efforçant de ne trahir aucune appréhension.

– Je m'appelle Victor Anderson. Je suis Médicomage.

Cela explique la blouse blanche, mais pas le reste. Je me dévisse le cou pour observer les étagères où luisent d'étranges flacons.

– C'est votre cabinet, ici ? Vous devriez songer à refaire la décoration, si vous espérez attirer des clients.

– Pas exactement.

Il passe la langue sur ses lèvres, tel un serpent face à sa proie. Je me redresse pour lui montrer qu'il ne me fait pas peur.

– Nous sommes dans mon laboratoire. C'est ici que je fais mes expériences.

– Et j'en suis une ? Une expérience ?

Il me sourit.

– Non, bien sûr que non. Je vous ai amené ici à cause de ça.

Il prend mon bras et remonte de nouveau ma manche. Un bref instant, je crois qu'il va désigner les piqûres qui éclaboussent ma peau, mais son index s'arrête à deux centimètres de ma Marque. La mort de Voldemort ne l'a pas effacée, alors qu'à la première défaite du Seigneur des Ténèbres, elle s'était complètement évaporée du bras de ses Mangemorts. Elle continue de se déployer sur ma peau, avec ses ignobles yeux vides et son serpent qui ondule sournoisement jusqu'à mon poignet. Victor Anderson l'effleure avec une délicatesse qui confine à la tendresse, et je réprime un frisson.

– J'étais interne à Sainte-Mangouste jusqu'à l'année dernière. J'étais promis à une brillante carrière, m'explique le Dr Anderson en suivant les contours de la Marque du bout des doigts. J'ai toujours été très curieux. Trop, d'après mes supérieurs. Je m'intéressais à des arts secrets, des arts interdits. Comment comprendre comment fonctionnent les maléfices, si l'on ne se plonge pas corps et âme dans l'étude de la magie qui les crée ? C'est ce que je leur disais, mais je voyais bien qu'ils me prenaient pour un fou.

– Vous étudiiez la magie noire ? comprends-je dans un souffle.

– Je ne me contentais pas de l'étudier : je la pratiquais. Cela n'a pas plu à la Directrice de Sainte-Mangouste. Lorsqu'elle l'a découvert, elle est devenue verte de rage, mais elle ne pouvait pas me renvoyer sans qu'une enquête ne soit diligentée et qu'on ne découvre qu'elle m'avait laissé faire, sans se rendre compte de rien. Elle m'a donc proposé un marché : soit je quittais Sainte-Mangouste sans faire de vague et elle gardait le secret, soit elle prévenait l'Ordre des Guérisseurs, des poursuites disciplinaires seraient engagées contre nous deux et je risquais d'être définitivement radié de ma profession.

– Le choix n'a pas dû être très compliqué.

– En effet. J'ai rassemblé mes affaires et je me suis installé ici, où j'ai pu donner libre court à ma passion. Un maléfice, en particulier, a retenu mon attention. Un maléfice terrible, inventé par l'un des plus puissants sorciers du siècle, capable de graver dans la chair de ses serviteurs une marque destinée à les rallier à lui…

Ma Marque brûle sous la pulpe de ses doigts. Je retire vivement mon bras. Les yeux du Dr Anderson brillent, ses joues se sont enflammées, il me fait soudainement penser à un autre garçon trop passionné, trop obstiné, dont l'impulsivité lui a plus d'une fois joué des tours…

– J'ai longuement étudié la Marque des Ténèbres. Pourquoi a-t-elle disparue lorsque le Seigneur des Ténèbres a perdu contre Harry Potter en 1981, alors qu'elle est restée très nette sur les bras de ses Mangemorts après sa défaite en 1998 ? Et mes recherches m'ont conduites à une conclusion qui vous concerne directement, Drago Malefoy.

Je cille, interloqué. Cet homme est fou à lier. Je devrais le repousser, transplaner, retrouver la chaleur confortable et douillette du Purgatoir au lieu d'écouter ses divagations invraisemblables.

Je reste cependant immobile, cloué par son regard flamboyant.

– Lorsque l'on s'engage à servir le Seigneur des Ténèbres, c'est pour la vie. Il ne voulait certainement pas que sa mort libère ceux qui avaient ployé le genou devant lui, ainsi que cela avait été le cas après sa première défaite. Il a voulu graver son pouvoir dans la chair de ses serviteurs, leur imposer ses volontés, même après sa mort.

J'ai chaud, tout à coup. Beaucoup trop chaud. Derrière mes yeux, la douleur menace de se réveiller, battant doucement au rythme de mon coeur.

– Qu'est-ce que vous voulez dire ?

– Les Mangemorts qui l'ont rejoint après sa renaissance se sont vu offrir une Marque différente. Une Marque qui se nourrit des desseins de Voldemort, indépendamment de sa mort. Si vous ne contentez pas ces desseins…

Je baisse les yeux sur cet horrible maléfice. Je n'ai pas envie d'entendre la fin de sa phrase, malheureusement le Dr Anderson refuse de m'épargner la vérité.

– Elle répand son poison dans vos veines et se nourrit de votre énergie vitale. Cela commence par des migraines, des saignements de nez… puis les douleurs s'intensifient, l'infection se diffuse dans tout votre corps, touche vos organes un à un, vous défaillez… et vous mourez.

J'ai l'impression qu'un troll vient d'abattre son gourdin sur ma nuque. Je dois être dans un cauchemar… c'est forcément un cauchemar.

– Qu'est-ce que je suis censé faire ? murmuré-je.

Ma voix vient de loin, très loin. Je ne suis même pas sûr que c'est moi qui ai parlé. Le Dr Anderson me répond, de sa voix veloutée :

– Nourrir la Marque du Seigneur des Ténèbres, avant qu'elle ne vous dévore jusqu'à l'os.

– Comment ? En devenant le prochain Mage Noir qui terrorisera la Grande-Bretagne ? En asseyant ma domination sur les nés Moldus et les Sang-Mêlés, sur ceux qui n'attendent qu'un seul faux pas de ma part pour m'enfermer à Azkaban ?

Cette perspective est si saugrenue que j'en rirai presque. Ou en pleurerai, j'hésite encore. Ma tête est coincée dans un brouillard opaque, mon corps ne sait que ressentir. Le Dr Anderson poursuit, implacable :

– Le Seigneur des Ténèbres avait une façon toute particulière de régner, de se repaître de la victoire…

– Je ne vous le fais pas dire.

– Il régnait par la terreur. Par le sang de ses ennemis.

Le sang de ses ennemis… Je pense immédiatement à Harry Potter et mes entrailles se glacent. Le Dr Anderson s'empresse d'ajouter :

– Maintenant qu'il est mort, je ne pense pas que sa Marque fasse la différence entre ses amis et ses ennemis. Elle a simplement soif de sang.

– Vous voulez que je me tartine le bras de sang frais, c'est ça ? m'esclaffé-je sans joie.

Il sourit. On dirait qu'il ronronne de satisfaction, le salaud.

Je devine ses paroles avant qu'il ne les prononce, pourtant elles m'écorchent tout autant le coeur que la raison.

– Seule la mort pourrait apaiser votre Marque. Tuez, Drago Malefoy. Tuez, ou mourez.

OOO

Je ne le ferai pas. Hors de question que j'obéisse à ce dingue. Je ne suis pas un meurtrier ! J'ai commis des erreurs, j'ai menti, triché, trahi ; mais je ne suis pas un meurtrier. Je serre les poings si fort que mes ongles lacèrent ma peau, la parsèment de demi-lunes rouge vif. Je ne suis pas un meurtrier. J'ai changé, j'ai laissé mon âme de Mangemort derrière moi. Elle est morte le jour où Harry m'a pris ma baguette. Je ne suis pas un meurtrier.

J'ai mal au crâne, aux poumons, au coeur. Je vais exploser, et personne ne retrouvera jamais mes morceaux. C'est un mauvais rêve… Merlin, faîtes que ce soit un mauvais rêve. J'ai envie de vomir, de crier, de pleurer.

Je ne sais même plus où je suis. J'ai quitté le « laboratoire » de Victor Anderson dans un état second, une mélasse noire et épaisse à la place du cerveau. Il fait froid, quelques gouttes de pluie s'écrasent sur mon visage. Je mords mon poing, y étouffe un hurlement de rage. C'est tellement injuste… pourquoi moi ? Qu'ai-je fait pour que le destin s'acharne ainsi contre moi ? J'ai essayé, pourtant, je promets que j'ai essayé de devenir quelqu'un de bien ! Putain, qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour qu'on me foute la paix ? Il faut que je meurs, c'est ça ? Que je m'efface de cette terre qui m'est inexorablement hostile ?

J'ai envie de me griffer, de me frapper. Du sang coule sur mon visage, mon foutu nez a décidé de refaire des siennes. Je ne l'essuie pas, je laisse le liquide noir s'engouffrer dans ma bouche. Avec un peu de chance, je vais réussir à m'étouffer avec mon propre sang, ce serait une belle mort. Malheureusement, mon corps s'acharne, il veut vivre et il me force à recracher des fleurs sanglantes sur le bitume glacé de l'Allée des Embrumes. Je m'essuie le visage, le nettoie avec un sortilège. Il ne parvient pas à chasser l'odeur métallique du sang, qui me donne la nausée.

Il faut que je parte de là.

Mes pas me guident mécaniquement au Purgatoire, fermé à cette heure-ci. De l'autre côté de la vitre, enveloppée d'une délicate lumière tamisée, Parvati range ses boules de cristal. Ses cheveux noirs sont lâchés, ils ruissellent jusqu'à sa taille. Elle dégage une telle douceur, une telle tranquillité que c'en est douloureux de la regarder. Comment fait-elle pour supporter de vivre avec une telle erreur de la nature que moi ? La perte de Lavande Brown l'a vraiment ravagée, pour qu'elle veuille rester avec moi envers et contre tous.

On forme un beau duo de pantins brisés, elle et moi. Son coeur bat pour une fille morte, et le mien est anesthésié. Il bat dans un corps vide, un corps qui me trahit, qui réclame que je devienne celui auquel j'ai essayé d'échapper…

Je fais volte-face et repart dans les ténèbres de l'Allée des Embrumes, incapable d'affronter Parvati. Mon bras m'élance. J'ai demandé au Dr Anderson si le trancher changerait quelque chose, mais il a réfuté cette hypothèse d'un geste de la main. « C'est trop tard, Monsieur Malefoy. Le poison est déjà dans vos veines ».

Le poison…

J'ai besoin d'une potion d'Astoria.