Bonjour tout le monde !
Quelques mots pour vous dire que je n'ai pas disparu, malgré l'énorme attente entre le dernier chapitre et celui-ci ! Mais j'ai commencé un nouveau travail il y a quelques mois, et ce n'est pas toujours évident de le concilier avec l'écriture. Mais je compte bien continuer mes fictions !
Bonne lecture, et petit rappel du rating M, spécialement pour ce chapitre, aussi soft qu'il me paraisse !
CHAPITRE 9. Vivre
Victor Anderson nettoie consciencieusement le sang qui éclabousse mon visage. Ses gestes sont doux, précautionneux. Ses mains sont froides, ses longs doigts fins m'évoquent des araignées qui tisseraient une toile invisible sur mon visage.
— Je ne peux pas faire ça, lui dis-je pour la centième fois. Je ne peux pas tuer. Il doit y avoir un autre moyen. S'il vous plaît…
Mes suppliques sont misérables. Pathétiques. Pourtant, lorsque le Dr Anderson plonge ses yeux clairs dans les miens, je n'y lis aucune pitié. Il m'écoute patiemment, se faisant doux comme un agneau — mais son sourire cruel ne me trompe pas : cet agneau-là n'est qu'une façade destinée à dissimuler des crocs de loup.
— Buvez cela, Monsieur Malefoy, murmure-t-il en glissant une décoction brûlante entre mes mains. Vous irez mieux après.
— Qu'est-ce que c'est ?
— C'est pour vous aider à vous calmer.
J'observe le liquide noir, fumant, dont l'odeur âcre me rappelle celle du foin.
— Ce ne sont que des plantes, m'assure-t-il. Elles sont utilisées en médecine moldue. Elles ne vous feront aucun mal.
J'en doute, mais j'avale docilement le breuvage. Au point où j'en suis…
Il n'a presque aucun goût, j'ai l'impression de boire de l'eau chaude. Le Dr Anderson me sourit d'un air affable et s'assied face à moi, sur un tabouret rongé aux mites. Il porte toujours sa robe de Médicomage, d'un blanc immaculé qui contraste avec son antre poussiéreux.
— Réfléchissez bien, Drago. La vie est une chose précieuse. Au nom de quoi voulez-vous la voir cesser ? Au nom de la morale ? Ce monde en est dépourvu, vous êtes le mieux placé pour le savoir.
— Je ne peux pas devenir un meurtrier. Je ne peux pas devenir comme lui !
Comme Voldemort — prononcer son nom à voix haute est au-dessus de mes forces. Le Dr Anderson semble le comprendre, puisqu'il hoche la tête sans poser de question. Il laisse le silence nous envelopper, essuyant avec délicatesse les dernières gouttes de sang qui constellent ma joue. Lorsqu'il ouvre de nouveau la bouche, son ton est plus onctueux que jamais :
— Vous n'êtes pas obligé de devenir comme le Seigneur des Ténèbres. Au contraire… cette malédiction pourrait être l'occasion rêvée de réparer ses erreurs. D'illuminer un peu le monde ravagé dans lequel il nous a laissés.
— Et comment suis-je censé faire ça ?
— Sa mort n'aura pas été un point final à la bassesse humaine. Des hommes, des femmes continuent de se proclamer supérieurs, de torturer, de tuer.
Il se penche vers moi. Ses yeux brillent, on pourrait croire qu'il est fiévreux — pourtant ses mains, nouées autour de mes poignets, sont aussi glacées qu'un courant d'air. Cet homme a l'air cinglé, mais ses paroles m'intriguent. Je hausse les sourcils, mon interrogation muette doit se lire sur mon visage : comment suis-je censé réparer les erreurs de Voldemort en devenant un meurtrier ?
— Ces hommes, ces femmes… vous êtes le mieux placé pour les arrêter. Vous en connaissez même quelques-uns, n'est-ce pas ? Tous ces sbires de Voldemort que personne n'a réussi à arrêter, ou qui ont réussi à passer entre les mailles du filet…
— Et les Aurors, alors ? rétorqué-je en pensant immédiatement à Harry et aux piles de dossiers amassées dans sa chambre.
— Les Aurors font de leur mieux, mais ils ont les mains liées. Ils doivent obéir à une procédure stricte, ils ne peuvent pas les arrêter comme ça leur chante, et quand bien même ils parviennent à leur mettre le grappin dessus… un petit séjour à Azkaban changera-t-il vraiment leur comportement ?
— Vous êtes en train de me dire que…
— … Vous pouvez les arrêter.
Un sourire tendre, confiant, se dessine sur son visage.
— Vous pouvez les tuer.
— Vous êtes complètement fou !
Je me redresse d'un bond, choqué par sa proposition. Il ne cille pas, il ne recule pas sous le poids de ma colère. On dirait qu'il sait… il sait qu'aussi tordus qu'ils soient, ses mots résonnent quelque part en moi. Faire la justice moi-même… pallier l'inaction des Mangemorts, arrêter les sorciers qui se servent de leur magie à des fins pernicieuses…
— Vous avez déjà du sang sur les mains, Drago, et vous le savez. C'est l'occasion pour vous de le laver.
— Avec plus de sang ?
— Avec le sang de ceux qui le méritent. Vous avez le pouvoir de rendre ce monde meilleur. Le pouvoir de vivre dans ce monde meilleur. N'est-ce pas ce que vous désirez, au plus profond de vous ?
L'enfoiré. Il sait trouver les mots justes, les mots qui m'atteignent en plein coeur. Réparer mes erreurs, réparer les passé, et surtout : vivre… les derniers jours repassent dans mon esprit, avec leur lot de peurs, d'espoirs et de lumière. Astoria qui m'étreint à la sortie de la salle d'audience ; Parvati qui m'accorde l'esquisse d'un sourire… et Harry, dans ce bar, qui se confie à moi, se penche vers mon visage, plonge ses yeux dans les miens… Je serre les poings, je ne sais plus ce que je ressens, l'adrénaline et la terreur se livrent un combat sans merci dans ma poitrine. Mes pensées s'affolent, tout comme mon pouls.
— Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? murmuré-je dans le vide.
— Il n'y a que vous qui pouvez trouver la réponse.
OOO
J'attends le lendemain pour transplaner sur le pallier de la maison de Harry. Son cottage est assez rustique ; un soleil de cuivre se répand sur ses pierres beiges. Une partie de la façade disparaît sous un feu d'artifices de feuilles et de fleurs aux teintes acidulées. Le contraste avec mon appartement, sinistre et gris, est saisissant.
J'ai à peine le temps de frapper que déjà, il ouvre la petite porte en bois. Il a l'air débraillé, il doit sortir de la douche puisque ses cheveux sont encore humides ; leurs pointes bouclées battent ses joues. Ses yeux s'écarquillent de surprise.
— Drago ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Je plonge mes yeux dans les siens et repense à ces derniers jours, ces derniers mois, ces dernières années durant lesquels mon monde s'est peu à peu mis à graviter autour de lui, autour de mes rêves de retrouvailles, de mes cauchemars et de mes obsessions.
— Drago ? répète-t-il, indécis. Tu te sens bien ?
Il faut que je sache. Il faut que je sache si tout cela en vaut la peine. J'aimerais le lui dire, mais les mots meurent sur mes lèvres, et je reste planté sur le pas de sa porte comme le dernier des crétins. Après de longues secondes passées à se dévisager, il finit par s'effacer, m'invitant à entrer.
— Viens…
L'esprit encombré de questions, j'obtempère. Il m'emmène dans une jolie cuisine ensoleillée. Un bouquet de fleurs trône sur la nappe à carreaux jaunes, des casseroles en cuivre sont suspendues aux murs et des herbes aromatiques embaument l'atmosphère. Harry me tend un verre d'eau, que j'ignore.
— Tu veux parler de ce qui s'est passé hier ? finit-il par me demander avec son habituelle absence de tact.
Je secoue la tête. La détresse envahit son regard, il ne comprend pas ce que je suis venu faire chez lui. Pourtant, la raison est limpide, Harry… Toi. C'est toi, que je suis venu chercher.
Je ne sais pas comment le lui dire, alors j'agis. Je prends, sans demander la permission, comme le gamin capricieux que le monde entier imagine que je suis. Mes doigts harponnent son bras, l'attirent vers moi, et l'espace d'un battement de cils ses lèvres effleurent les miennes.
L'espace d'un battement de coeur, je ne ressens plus l'angoisse, le manque de drogue ou la résignation glacée qui m'ont accompagné au cours des derniers jours. Je ne ressens plus rien, rien d'autre que la chaleur des lèvres de Harry sur les miennes, et le monde pourrait brûler sous mes pieds que je n'en aurais rien à foutre.
Ça ne dure pas. Il s'écarte vivement de moi, les yeux emplis d'incompréhension. Il faut dire que mon silence ne lui facilite pas la tâche.
— P-pourquoi ? bafouille-t-il en inspectant mon visage comme si la réponse était inscrite sur mon front.
— Parce que je… je…
La vérité s'échappe alors de moi, avec une limpidité désarmante.
— Parce que j'ai besoin de toi, Potter.
Un voile s'est posé sur mes yeux, mes oreilles, je ne suis plus qu'un être à vif, tremblant de la crainte d'être repoussé et de l'espoir dingue de voir mes désirs se concrétiser. Je suis un funambule en équilibre sur un fil, et un seul mot de Harry pourrait me faire basculer ou m'envoler. Les ténèbres, ou la lumière…
Harry semble hésiter, puis sa main se pose doucement sur ma joue, m'empêchant de détourner le regard. Ses yeux fouillent les miens, y cherchent des réponses aux questions qui doivent tourbillonner dans son esprit.
— Tu as pris quelque chose ? murmure-t-il.
— Non.
— Tu es sûr ? Tes pupilles sont dilatées.
— Oui, dis-je fermement.
Il semble rassuré. Ses yeux continuent de se plonger dans les miens, et un mince sourire éclos sur ses lèvres.
— Alors c'est moi qui te fais cet effet là ?
Foutu Potter. Incapable de comprendre à quel point je suis sérieux. Toujours dans le jeu, dans la provocation… Et moi qui y saute à pieds joints, comme le dernier des crétins…
— Tais-toi, soufflé-je, amenuisant les centimètres qui séparent nos visages. Pour une fois dans ta vie, Potter : tais-toi.
— Je ne sais pas si je pour-…
Ma bouche s'écrase sur la sienne, plus durement qu'auparavant, comme pour le punir de parler. Durant quelques instants, nous restons ainsi, unis par cet étrange baiser qui n'a rien de romantique.
Nous finissons par nous séparer, et un son curieux s'échappe de ses lèvres. Il me faut plusieurs secondes pour comprendre qu'il rit, cet enfoiré. Et il ne fait pas semblant : il rit aux éclats, d'un rire qui écorche singulièrement mon honneur.
— Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? m'enquiers-je d'un ton glacé.
Il ne répond pas, mais son hilarité redouble, ses yeux pétillent d'une malice dont la cause m'échappe totalement.
— C'est bon ? Tu as bientôt fini de te foutre de ma gueule ?
Il rit encore quelques instants, puis remarque que je suis contrarié et cesse de ricaner bêtement, sans toutefois se départir de son sourire.
— Ce n'est pas de toi que je ris, Drago. C'est de la situation. Imagine les gros titres que ça ferait. Malefoy et Potter… qui aurait pu parier dessus, hormis quelques cinglés du Chicaneur ?
Il attrape mon bras, m'empêche de me dérober.
— Je suis heureux que tu sois venu, ajoute-t-il doucement. Et je suis désolé d'avoir ri. Je te promets que je ne me moquerai jamais de toi.
Et cette fois-ci c'est lui qui m'embrasse.
J'ai l'impression que quelque chose se débloque en moi. Qu'un rouage qui n'était pas là vient de se matérialiser dans mon corps, un rouage aussi essentiel à ma survie que les battements erratiques de mon coeur. Soudainement, je m'accroche à lui, je presse mon corps contre le sien avec un certain désespoir, car à cet instant Harry incarne tout ce qui me raccroche à la vie. Les sensations pulsent dans mon corps, je voudrais fondre contre sa peau et que ce moment ne cesse jamais.
Nos soufflent s'affolent et lorsque nos lèvres se séparent, c'est sa gorge que j'embrasse, là où la peau est la plus brûlante, là où son pouls s'affole sous la pression de mes lèvres. Il parvint à murmurer, la voix soudainement étranglée :
— Tu es sûr que…
— Oui.
Fermement, ses mains saisissent mon visage en coupe, inspectent à nouveau mes yeux probablement fiévreux.
— Je ne veux pas que tu le regrettes, ou que…
— Je suis assez grand pour savoir ce que je fais, et ce dont j'ai envie.
Mon front se pose contre le sien, l'espace de quelques battements de coeur chaotiques.
— C'est peut-être la plus mauvaise idée que j'ai jamais eue dans ma vie. Mais j'ai envie de toi.
Alors il m'étreint et m'entraîne, avec une certaine fermeté, hors de la cuisine. Durant tout le trajet qui mène à sa chambre, nous ne cessons pas de nous embrasser, nous toucher, comme si nous en avions besoin pour réaliser que nous ne sommes pas dans un rêve. Entre deux baisers, il murmure mon prénom, et cela suffit à attiser le désir qui bat dans mes veines.
— Drago, Drago, Drago…
Il ferme la porte de la chambre derrière nous et déjà, mes doigts cherchent sa ceinture, bataillent pour en faire glisser la boucle. Il semble hésiter, mais se fend d'un soupir lorsque ma main s'aventure sous son pantalon.
— Dis-moi que tu n'en as pas envie, et j'arrête tout, Potter, murmuré-je contre sa peau chaude, sa peau épicée de son habituel parfum d'agrumes et de café.
Il demeure silencieux, et le désir qui pulse sous ma peau devient de plus en plus sourd, de plus en plus viscéral, presque animal… Je le veux, plus que je n'ai jamais voulu quelqu'un. Mes dents se referment sur ses lèvres, lui arrachant un gémissement.
— Tu es à moi, Potter, murmuré-je, ce qui le fais rire — il ne me prendra décidément jamais au sérieux.
Mes caresses se font plus appuyées, je suis bien décidé à lui arracher de nouveaux gémissements. Il soupire, nos baisers s'accélèrent et nous nous retrouvons sur son lit. Il m'écrase aussitôt sous son poids, plongeant son regard malicieux dans le mien. Par pure provocation, et je cherche à le faire basculer — en vain. Il me maintient d'une pression de fer et me déshabille rapidement, juste ce qu'il faut — la patience n'a jamais été son fort, et ça tombe bien, je n'ai pas spécialement envie d'un long effeuillage chargé de tension sexuelle. Je veux juste le sentir en moi, juste savoir que tout ceci est réel et en vaut la peine…
Son corps épouse la forme du mien et mon esprit s'éparpille dans un long souffle chaud. Ses mains ne cessent jamais de parcourir mon corps et ses yeux ne me quittent pas, ils restent obstinément plongés dans les miens. Dans un gémissement rauque, son corps s'encastre dans le mien, il est là, en moi, et je ne suis plus que sensations à fleur de peau, plaisir et douleur se heurtant alors qu'il exécute de lents, larges mouvements, avec une virtuosité que je ne lui soupçonnais pas.
Je serai incapable de dire combien de temps dure notre étreinte. Je sais simplement que le plaisir m'envahit par vagues délicieuses, que chacun de ses coups de reins, soldé par un grognement étouffé, fait défaillir ma raison, jusqu'à ce que mon esprit ne soit plus qu'une toile blanche, où ne résonne qu'un seul mot d'ordre : abandonner. Abandonner mes pensées, abandonner ma lucidité, abandonner mes principes, et me laisser envahir par la certitude que ce que nous faisons restera longtemps gravé dans mes pensées et dans mon corps. Mon corps qui est le premier à s'incliner, dans un spasme brûlant et délicieux, bientôt suivi par celui de Harry…
Il entrelace ses doigts contre les miens et je les contemple, encore abasourdi par ce qu'il vient de se passer.
Merlin, que venons-nous de faire ?
Une erreur ?…
OOO
Harry dort. Après notre étreinte, il m'a proposé de rester, et j'ai été incapable de refuser. Incapable de fuir, alors qu'il en était encore temps. Incapable de reculer…
Et maintenant il dort, le visage niché près du mien, inconscient de ce que je compte faire. Inconscient de ce qu'il vient d'accueillir sous son toit.
Je fais volte face et, profitant de son sommeil, fouille dans le tiroir de son bureau. Il ne me faut pas longtemps pour dénicher le dossier de Nestor Selwyn, le sorcier qu'il traque depuis plusieurs semaines. Je parcours brièvement l'épaisse liasse de parchemins ; ainsi que je l'espérais, sa femme, soumise au Véritasérum, a livré son adresse à Harry. Il a prévu d'emmener une escouade d'Aurors lui rendre visite au lever du soleil.
Il n'en aura pas besoin.
Je range le dossier, attrape ma baguette et transplane, laissant Harry derrière moi.
