un truc que j'adore, c'est créer des univers alternatifs sur un coup de tête juste parce que j'ai une idée subite qui me traverse l'esprit. c'est exactement l'histoire de ce texte (et c'est un miracle qu'il ne soit pas le plus long vu mon absence de contrôle totale sur les UA-)
le thème 'aptitudes' n'est franchement pas évident dans ce texte, mais il y figure selon mes notes alors je l'ai laissé :')
et je présente mes excuses à tous les scientifiques qui se sentiront offensés par ma définition minimaliste des éclipses.
bonne lecture !
ECLIPSE :: APTITUDES :: REINCARNATION AU!
Les Humains avaient ce diction que Terre lui avait une fois raconté : l'Enfer est pavé de bonnes intentions.
Pour être honnête, malgré ses explications, Soleil n'était pas certain de l'avoir bien compris. De manière générale, les Humains lui échappaient. Ils avaient une multitude de croyances, différentes selon les endroits où ils vivaient, et il avait souvent du mal à les retenir et à comprendre ce qui, concrètement, les distinguait les une des autres. Il avait déjà des difficultés à retenir les noms et les visages de tout le Système Solaire, alors les croyances humaines…
Néanmoins, même s'il était absolument certain qu'il faisait un mauvais usage de ce diction, il avait le sentiment puissant que cette petite phrase toute bête pouvait définir l'entièreté de la situation dans laquelle il se trouvait. Alors qu'il avançait dans un couloir lumineux, où tout le monde souriait et semblait heureux, il ne pouvait pas s'empêcher de penser que rien de tout cela n'inspirait réellement confiance par conséquent, il avait l'impression d'être dans la situation de cette expression étrange. Peut-être était-ce bien l'Enfer qui l'attendait, derrière tous ces beaux sourires…
(Terre disait toujours qu'il manquait de second degré et était de fait incapable de comprendre les dictons. Peut-être avait-elle raison, mais dans ce cas, pourquoi les humains faisaient-ils des choses aussi détournées ? Ne pouvaient-ils pas dire les choses simplement ?)
Alors qu'il commençait sérieusement à songer qu'il valait peut-être mieux qu'il fasse demi-tour, Soleil croisa son regard dans une glace. Il n'était même pas surpris qu'il y en ait dans ce couloir lumineux, mais il ne s'attendait tellement pas à voir son reflet subitement qu'il marqua un temps d'arrêt devant. Ses yeux dorés brillaient de la caractéristique couleur de son revêtement extérieur, le rendant aisément identifiable aux yeux de tous comme Soleil. Même si, comme disait souvent Neptune, sa coupe de cheveux en pointe et ses cheveux bicolores le rendaient déjà assez aisément reconnaissable.
(Le fait que leurs apparences collaient à leurs astres était la chose que Soleil aimait le plus dans leur situation. Cela lui sauvait souvent la mise lorsqu'il se retrouvait alpagué par des hommes et femmes qu'il ne reconnaissait pas.)
Il finit par se détacher du reflet et par pousser la première porte à côté. Une seule personne y était installée, plongée dans la contemplation d'un livre très probablement ramené par Terre de chez elle ― elle adorait leur montrer tout ce que les humains créaient, et puisqu'elle était la seule planète à être habitée au sein de leur Système, elle ne souffrait pas d'énormément de concurrence sur ce point. Lorsque l'individu leva la tête, Soleil croisa ses orbes foncées ennuyées et reconnut ses cheveux blonds courts. Io. Encore une fois, ils se retrouvaient sur le même chemin, par le plus grand des hasards.
« Io ! Comment tu vas ? Je ne t'ai pas vu l'année dernière.
― C'était volontaire, Soleil. Si je reste ici, c'est pour ne pas avoir à discuter avec tout le monde. » Soleil roula des yeux ; Io n'avait pas changé d'un pouce ― ou d'un iota, s'il osait faire un trait d'humour ― depuis qu'ils se connaissaient.
« On ne se voit qu'une fois par an. Tu pourrais faire un effort.
― Non. Toi et Mars êtes insupportables. » Le jeune homme aux cheveux en pointe afficha une mine faussement blessée, avant de changer le sujet :
« Tu sais où est Saturne ? Mars m'a dit qu'il traînait souvent dans le coin, mais il ne sait pas dans quelle pièce précisément.
― Qu'est-ce que tu peux bien vouloir à Saturne ? » Soleil resta silencieux, et Io finit par reprendre : « Cherche dans les plus grandes salles. Vu le nombre de satellites qu'il a, il choisit toujours des grandes pièces pour se reposer vu qu'ils le suivent souvent. »
Si cela avait concerné quelqu'un d'autre, Soleil aurait plaint le concerné d'avoir aussi peu d'intimité mais on parlait ici de Saturne, et tout le monde savait que l'astre aux anneaux adorait toute l'attention qu'il recevait grâce à ses multiples satellites. Il ne se lassait pas de se trouver entouré d'eux, disait-on, parce qu'il se sentait important. Soleil avait rarement interagi avec lui, mais Deimos lui avait conseillé d'aller le voir compte tenu de son problème, expliquant que Saturne était l'expert incontesté de ce type de situations.
Il remercia finalement Io, qui ne l'écoutait déjà plus et s'était replongé dans sa lecture, avant de partir à la recherche d'une grande salle. Il venait rarement dans ce coin de leur domaine de réunion ils n'étaient après tout présents que pendant une journée humaine chaque année humaine, ce qui était bien insuffisant à son goût pour saluer tout le monde et tout explorer. Seuls les astres les plus introvertis se terraient dans ce couloir, même s'il y avait des exceptions qui venaient simplement se reposer après avoir trop conversé avec leurs camarades.
Avisant une grande porte annonçant une salle occupée avec plus de vingt places à l'intérieur, Soleil l'ouvrit d'un geste brusque, et la referma aussi vite qu'il ne l'avait ouverte après avoir découvert Saturne et une de ses lunes en train de s'embrasser. C'était la première fois qu'il était témoin de ce genre de choses ― soudainement, il comprenait mieux pourquoi Saturne avait disparu de la salle de réunion.
« Soleil ! » La voix enjouée de la planète lui parvint depuis l'intérieur, et il rouvrit la porte pour tomber nez à nez avec celui qu'il était venu chercher. « Quel plaisir de te voir ! »
Saturne plissa son nez constellé de tâches de rousseurs ― certains disaient que chacune représentait un de ses satellites, puisque c'était l'explication la plus cohérente au fait qu'il en possédait des claires alors même qu'il était brun ― et pencha la tête en le dévisageant. Les anneaux qui tournoyaient autour de ses cheveux clairs suivirent le mouvement, tandis que l'individu à ses cotés détournait le regard, les joues encore d'un rouge largement visible malgré son teint hâlé.
« Je ne voulais pas vous interrompre. » Le sourire de Saturne s'agrandit.
« On aura tout le loisir de reprendre plus tard, ne t'en fais pas. » Son acolyte marmonna quelque chose d'inaudible pour Soleil qui agrandit le sourire de Saturne, mais il reprit comme si de rien n'était : « Alors, qu'est-ce qui t'amène ?
― Deimos m'a dit que… » Il s'interrompit, aussi bien parce qu'il ne savait pas comment formuler sa requête que parce que le sourire de Saturne s'était changé en une moue agacée quand il avait mentionné Deimos. Il reprit malgré tout en faisait semblant de n'avoir rien remarqué : « Que tu avais tous tes souvenirs d'avant. » Cette fois-ci, la mine de Saturne se changea en un visage surpris, et il échangea un regard avec la lune à côté de lui. Soleil essayait de deviner de qui il s'agissait, mais les lunes ayant une aura et des caractéristiques moins marquées qu'eux, c'était moins aisé. D'autant plus s'il était comme Mars et que la partie de son corps avec les caractéristiques était masquée.
« Iwa-chan, tu peux nous laisser ? » Saturne se tourna vers son compagnon, qui s'était de toute manière déjà levé pour partir et laisser les deux astres majeurs seuls. Saturne l'observa ensuite avec un sérieux inhabituel pour lui. « Tu penses faire partie des amoureux éperdus ? »
Les amoureux éperdus. Ils se distinguaient des héros dépourvus de cape, deux grandes catégories qui définissaient leur système. S'ils étaient les matérialisations physiques des esprits des astres qui le peuplaient, ils étaient aussi d'anciens humains. Autrefois, ils avaient vécu sur Terre ― et y étaient morts. On leur avait néanmoins offert une seconde chance ― soit parce qu'ils faisaient partie des rares humains à avoir rencontré leur âme sœur, soit parce qu'ils avaient accompli des choses extraordinaires. Mais, puisqu'ils oubliaient tout de leur vie précédente, ils ne savaient jamais dans quelle catégorie ils entraient, à moins de retrouver leur âme sœur, réincarnée au même titre qu'eux ― si celle-ci existait. Et cela n'était pas souvent simple, puisque leurs souvenirs étaient une page blanche. Ils ne revenaient progressivement que lorsque deux âmes sœurs se croisaient dans leur petit monde céleste.
« Je pense. » confirma-t-il. Saturne se pencha vers lui d'un air conspirateur.
« Qui donc ?
― Lune. »
Les sourcils de son interlocuteur montèrent si haut qu'ils disparurent presque sous ses épis bruns. Dans leur jargon, ils parlaient fréquemment des lunes, les astres qui tournaient autour des planètes et qui, selon la hiérarchie du système, leur étaient inférieurs. Mais il y en avait une légèrement au-dessus des autres, qui portait le nom qui les désignait tous : Lune. Seul et unique satellite de Terre.
« Le nouveau ? »
La nouvelle chance qui leur était octroyée de vivre n'était pas une promesse d'éternité, malgré ce qu'on pouvait penser. Les enveloppes humaines n'étaient pas faites pour supporter le poids entier de planètes ou de lunes en elles, et elles finissaient souvent par dépérir. Mais il ne fallait absolument pas que l'esprit de la planète disparaisse, sinon celle-ci s'effondrerait à son tour. Ainsi, quand une enveloppe atteignait le bout de son existence, on lui en trouvait une nouvelle et on inculquait à son esprit tout ce qu'il avait à savoir. Soleil s'était éveillé trente années humaines auparavant, et avait connu une Lune qui avait désormais disparu, quatre années humaines plus tôt.
« Oui. Depuis sa première arrivée, j'ai un étrange sentiment de déjà-vu. Et j'ai récupéré un souvenir, quelques temps plus tôt. » Saturne sourit.
« Je sais que ce petit est très mignon, alors cela ne m'étonne pas, mais pourquoi diable s'est-il amouraché de toi ?
― Je me pose la même question pour ton âme sœur, si tu veux tout savoir. » rétorqua Soleil. Saturne ne releva absolument pas sa pique ― injustifiée d'ailleurs, puisque Saturne était effectivement aussi beau que ne le disaient ses lunes éperdument fans de lui.
« Je sais que je suis juste irrésistible. Mais pour en venir à ton problème… Vous en avez parlé ?
― Pas vraiment. Il est… Difficile à aborder ? Toujours en retrait des autres, un peu comme Io. » Saturne le regarda comme s'il était complètement stupide.
« Vous avez littéralement été ensemble dans votre ancienne vie. Et vous êtes âmes sœurs. De quoi as-tu peur au juste ? »
Soleil ne répondit pas. Il ne savait pas comment expliquer précisément ce qu'il ressentait c'était juste une inquiétude. Et s'il se trompait ? Et si Lune n'avait aucun souvenir de lui ? Il ne supporterait pas un refus catégorique. Il savait qu'il avait mis trop d'espoir en une simple intuition dès le début, mais le souvenir l'avait frappé si fort qu'il avait la quasi-conviction qu'il ne se trompait pas.
« J'ai juste peur que lui ne se souvienne de rien, marmonna-t-il. Et puis… » Il hésita quelques instants cela n'échappa pas à Saturne, qui darda sur lui un regard inquisiteur.
« Et puis ? » Soleil se gratta le crâne en soupirant.
« Le souvenir… Il n'était pas spécialement agréable. Je veux dire, je sais que c'est rare d'atterrir ici et d'avoir eu une existence paisible, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi… Violent ? » Saturne fronça les sourcils quelques secondes, avant de reprendre, sur un ton plus doux :
« Qu'as-tu vu ? » Soleil évita son regard quelques instants, avant de répondre :
« Ma mort. Et lui aussi l'a vue, à l'époque. »
Il n'était pas rare que deux âmes sœurs ne meurent pas en même temps. Après tout, si leurs vies étaient intrinsèquement liées, il n'en allait pas de même pour leurs morts, bien au contraire. Rien dans leur destin ne leur indiquait qu'ils périraient ensemble, au même moment ― et cela arrivait parfois, mais même eux n'étaient pas à l'abri de la séparation qui attendait chaque couple vieillissant.
Même quand ils retrouvaient leurs souvenirs, tous les amoureux éperdus ne savaient pas nécessairement si oui ou non ils étaient morts ensemble. Le processus de récupération était hasardeux et très différent entre chaque personne. Il ne se déclenchait que lorsqu'on croisait le regard de l'ancien être aimé, et ce n'était pas systématique Soleil avait attendu quatre ans avant d'avoir son premier souvenir. Mars, lui, n'en avait pas eu un seul avant six ans ― mais il avait fait le premier pas avant de l'avoir, parce que Mars était Mars, un idiot qui ne réfléchissait pas toujours avant d'agir ―et peut-être était il mal placé pour le critiquer. D'une certaine manière, Soleil l'admirait ― lui-même avait hésité, mais il avait été trop tétanisé par Lune pour faire quoi que ce soit. Sans doute Mars n'était pas autant influencé par Neptune que lui ― il pouvait le comprendre, Neptune était toujours de mauvaise humeur, mais pas très effrayant.
Cette réunion était sa première occasion de parler à Lune, d'essayer de savoir si l'astre avait reçu un souvenir aussi. S'il ne la saisissait pas, il lui faudrait attendre une année humaine entière pour le revoir ― c'était court pour eux, qui avaient de nombreuses dizaines d'années devant eux, mais pas assez pour pouvoir être attendue sans rien dire. Et si, contrairement à Mars et Neptune, il pouvait apercevoir Lune sur son orbite, il n'avait pas spécialement envie de lui dire ce qu'il avait à dire en criant d'un bout à l'autre du système, alors que Mercure, Venus, Terre et Mars se feraient un plaisir d'écouter.
(Il aimait bien Venus, apparemment une héroïne sans cape qui était toujours adorable avec tout le monde, et savait qu'elle serait plus que ravie d'assister à cette conversation. Il en allait sans doute de même pour Terre, qui se trouvait dans la même situation quant à Mars, ils étaient bons amis. Mais Mercure et lui se connaissaient à peine, et il n'avait pas spécialement envie qu'il entende sa conversation. Certes, le jeune homme taciturne aux cheveux noirs semblait à peine se soucier d'eux, même au cours des réunions, mais, étant le plus proche de Soleil, il ne manquerait sans doute rien de la confession.)
Malgré cette conscience aiguë de l'urgence, il ne parvenait pas à se pousser à aller vers Lune. Il avait quitté la salle de repos de Saturne, laissant sa lune reprendre sa place à ses côtés, et se trouvait présentement dans un coin rempli d'astres qui discutaient tranquillement. L'horloge humaine indiquait que la journée de célébrations touchait à son terme. Soleil voyait que Lune était seul, son regard olive passant tranquillement de l'un à l'autre des convives, alors que son aura pâle ressortait dans la pénombre qui entourait leur petit havre de paix. Mais ses jambes semblaient faites de plomb, et il avait beaucoup de mal à esquisser le moindre mouvement.
« Tu fais pitié, assis là tout seul à le dévisager. » Neptune surgit à ses côtés sans crier gare. Ses cheveux décolorés lui tombaient sur les épaules ― et comme toujours, Soleil était perturbé par leurs reflets bleutés alors même qu'ils étaient blonds et bruns.
« Je ne sais pas quoi lui dire. » L'autre haussa les épaules.
« Que tu te souviens de vous ?
― Mais, et s'il ne se souvient pas ? » Soleil avait l'impression d'avoir eu cette conversation au moins trois fois depuis le début de la journée. Tous ses interlocuteurs jusque-là n'avaient pas voulu contester ses craintes. Neptune était d'un autre avis.
« S'il ne se souvient pas, tu auras juste l'air ridicule. » Avant que Soleil ne lui répondre quoi que ce soit, il prit une profonde inspiration, poussa l'étoile la plus imposante du système solaire dans la direction de Lune et cria :
« Eh, Lune ! »
Le susnommé tourna immédiatement son attention dans leur direction et en un éclair, Neptune n'était plus à ses côtés, disparu il ne savait où ― pour aller retrouver cet idiot de Mars, sans doute. Lune se dirigea vers lui sans prêter attention à ses états d'âme qui devaient de toute manière être invisibles, avant de le saluer.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-il ensuite. Il semblait si sincèrement inquiet que, pendant un instant, Soleil eut envie de le serrer dans ses bras. Il l'avait toujours trouvé extrêmement mignon, et son souvenir avait exacerbé cette idée.
« Oh, euh, je… Ça va ? » Lune le dévisagea avec un air un peu perplexe, avant d'opiner.
« Je suis content d'avoir pu voir tout le monde. Il n'y a pas de nouvelles têtes, alors je commence à tous vous retenir. » Lune était en effet leur plus nouvelle recrue ― depuis la disparition de sa prédécesseuse, personne d'autre ne s'était effacé.
« Tant mieux ! » Soleil lui sourit, avant de prendre une profonde inspiration. « Il fallait que je te demande quelque chose. » Il jeta un petit coup d'œil aux personnes aux alentours pour s'assurer que personne ne les espionnait, avant de continuer. « Est-ce que tu euh… Est-ce que tu as des souvenirs qui te sont revenus ? »
Il appréhendait la réponse, et pas qu'une seule en réalité. Il avait peur que Lune lui répondre que non, il n'avait rien vu, il avait peur qu'il lui réponde que oui mais qu'il n'y apparaissait pas, et il avait peur qu'il lui réponde positivement qu'il avait vu la même chose que lui. Les souvenirs récupérés n'étaient pas toujours les mêmes selon les âmes sœurs. Soleil espérait légèrement que Lune n'avait pas eu le même que le sien ― mais il faisait en même temps partie de leur histoire. Après une seconde de battement, Lune opina doucement, avant d'esquisser un petit sourire que Soleil ne lui avait jamais vu.
« J'en ai vu un. Il y a quelques semaines. » Soleil cligna des yeux.
« Oh, et, euh…
― Tu étais dedans. » Sans même pouvoir se contrôler, Soleil sentit un léger rougissement le gagner. La réponse était sortie si spontanément qu'elle l'avait pris au dépourvu, lui qui avait appréhendé plusieurs fois une négation.
« Toi aussi. Enfin, euh, tu étais dans le mien. » Lune opina de nouveau.
« C'est bon signe. Je ne suis pas vraiment surpris, pour être honnête.
― Tu l'avais senti aussi ? Quand on s'est rencontrés ? » A sa grande surprise, son interlocuteur fut parcouru d'un rire.
« Surtout parce que toi et Mars n'êtes pas discrets quand vous observez les gens en parlant. »
Il désigna en même temps d'un geste bref de la main un petit buisson derrière eux, duquel dépassait une mèche de cheveux perchée à la verticale. Cette coupe de cheveux aussi ridicule ne pouvait appartenir qu'à une seule personne.
« Mars, dégage ! » laissa-t-il échapper en agitant le poing dans la direction de son ami dissimulé.
« Il était temps que tu te décides, imbécile ! » lui rétorqua la voix de son ami alors que le buisson se mettait à bouger pour reculer. Neptune apparut également, lui adressant un vague signe de la main avant d'entraîner son âme sœur plus loin.
« Vous manquez de discrétion, appuya Lune en reprenant ce qu'il disait, alors ce n'est pas difficile de se douter de quelque chose. Et puis, j'ai reçu les enseignements de la précédente Lune. C'était une amoureuse éperdue aussi.
― Oui, avec Triton non ? » Le regard de Soleil balaya les participants autour d'eux, sans repérer le satellite au crâne rasé. On ne le voyait plus beaucoup depuis la disparition de la précédente Lune. Perdre son âme sœur une seconde fois devait être incroyablement douloureux.
« Oui. Elle m'a transmis quelques indications, pour savoir repérer la personne.
― Elle a toujours été prévoyante. »
Il gardait de très bons souvenirs de la précédente Lune. Elle était réservée, comme son successeur, mais aussi amicale et toujours de bon conseil. Alors qu'il ouvrait la bouche pour dire quelque chose, un assourdissant bruit de cor retentit et les fit sursauter.
La réunion touchait à sa fin.
Dans l'enchaînement, leurs corps commencèrent à briller légèrement et à se dissiper. On ne leur laissait pas le choix de revenir sur leurs corps rocheux. C'était inévitable. Lune et Soleil échangèrent un regard quelque peu désemparé. Ils avaient tant de choses encore à se dire. Mais il ne leur restait plus que quelques secondes ― et puis ce serait à remettre à l'année suivante.
« J'aurais voulu qu'on ait plus de temps, lâcha Soleil avant de s'interrompre ― ces mots étaient…
― Tu ne vas pas me faire le même coup deux fois. »
A sa grande surprise, Lune saisit sa main et la serra fort. Soleil avait sa confirmation ― ils avaient vu le même souvenir. Ces quelques mots étaient ceux qu'il avait prononcés à Lune avant de mourir, quand ils étaient encore humains. Avant que son corps ne se soit vidé de son sang, après la balle qu'il avait pris pour le protéger lorsqu'un fou avait commencé à tirer sur tout le monde.
« Tu n'as jamais remarqué ? reprit Lune. Nos trajectoires se croisent. Je gravite autour de Terre, mais parfois…
― Tu es dans mon axe. » Il avait déjà remarqué ― par moments, Lune était juste en face de lui, devant Terre. Les humains avaient un nom pour ça ― une éclipse, s'il se souvenait bien.
« Ouvre les yeux ce jour-là. » lui indiqua finalement son interlocuteur. « Je t'attendrai, Kôtarô Bokuto. » Son nom n'avait pas été prononcé depuis si longtemps qu'il eut un instant d'hésitation. Ses derniers mots avant de réintégrer son corps rocheux flottèrent néanmoins dans l'air.
« Moi aussi, Keiji Akaashi. »
