ce texte là semble incroyablement court comparé au précédent 💀
petite anecdote (in)intéressante : sur les six textes postés jusqu'à présent, celui-ci inclus, deux seuls font moins de 3 000 mots et sont écrits au présent.
leur troisième point commun ? ils sont très angst.

et si le jour deux se finissait bien, je ne peux plus rien promettre pour celui-ci...
ce texte est un hanahaki au, qui, je le rappelle pour les personnes qui ne seraient pas familière avec le thème, traite d'une maladie fictive qui fait pousser des fleurs dans les poumons de la personne malade, et est déclenchée par un amour non réciproque.

que du bonheur pas vrai ? :) j'espère qu'il satisfaira les amateurs de textes tristes autant que ceux qui en sont un peu moins friands, et je vous souhaite une excellente lecture !


SUNSET / SUNRISE :: HANAHAKI AU


La première fois que Kôtarô voit un tournesol, il a six ans et ne peut s'empêcher d'être fasciné par cette fleur. Elle est si grande, si colorée ― son jaune vif le captive plus qu'aucune autre couleur ne l'a jamais fait ― et surtout, surtout, si passionnée. Elle se tourne vers le soleil dès qu'il pointe le bout de son nez, et Kôtarô trouve cela fascinant.

Ces tournesols, il les voit dans le champ derrière le jardin de ses grands-parents, et c'est sa grand-mère qui lui explique tendrement leur signification. Elle n'est pas très recherchée tu sais. Ils se tournent vers le soleil, alors ils s'y apparentent finalement. C'est une fleur chaleureuse. Le petit garçon est d'accord ― ce jaune brillant dégage une chaleur inexpliquée. Est-ce qu'ils stockent la lumière du soleil pour la renvoyer ensuite ? Sa grand-mère rit à cette hypothèse. Bien sûr que non mon ange. C'est une illusion de ton cerveau.

Même après le décès de ses grands-parents, Kôtarô y reviendra fréquemment. Qu'il soit heureux ou triste, nostalgique ou profondément résolu, il aime revenir sur ce lieu qui est empreint de signification. Il aime chercher des tournesols dans les endroits qu'il visite, et surtout dans les boutiques de fleurs devant lesquelles il passe pour aller au lycée. Il n'a jamais d'argent pour en acheter ― de toute façon, il ne saurait pas à qui les offrir. Il n'est pas du genre à offrir des fleurs sans que cela ne signifie quelque chose derrière ― est-il seulement possible d'offrir des fleurs sans arrière-pensée ? Après tout, elles sont elles-mêmes chargées de significations. On les utilise pour traduire l'amour, l'affection, le recueillement, la compassion et toute autre sorte d'émotions positives. Mais on ne les utilise pas simplement juste comme ça.

Kôtarô adore les tournesols, même si cela surprend les gens parce que avec ta carrure et ton profil de joueur de volley-ball, on t'imagine comme une brute sans cervelle ! La remarque n'est pas méchante, il cite là Kuroo, qui lui a dit cela une fois, après une sortie effectuée tous les deux au cours de laquelle Kôtarô l'a accompagné chez un fleuriste pour qu'il achète des fleurs pour la famille de Kenma. Ils ont quinze ans, viennent à peine de se rencontrer, et pourtant, un lien se crée déjà alors que Kuroo a besoin de conseils pour aider son meilleur ami qui vient de perdre une tante éloignée.

(Pour être honnête, Bokuto ne s'y connaît pas si bien en fleurs, en tout cas pas assez pour vraiment l'aider à choisir des fleurs selon les significations adaptées. Il n'a d'yeux que pour les tournesols et, en fin de compte, c'est le vendeur, un jeune homme souriant aux cheveux argentés sans doute un peu trop jeune pour être un simple employé et qui doit probablement aider sa famille, qui indiquera à Kuroo les meilleures fleurs pour le recueillement.)

De cette aventure surprenante naîtra une amitié plus profonde qu'on aurait pu l'imaginer, parce que même s'ils sont rivaux, Kôtarô aime bien traîner avec Kuroo. Le jeune homme de Nekoma est drôle, mesquin mais pas méchant au fond, et il n'hésite pas à le suivre là où plusieurs personnes reculeraient, voire fuiraient. Toutes les idées un peu idiotes de Bokuto, le central les suit sans hésiter ― au grand malheur de leurs deux passeurs qui redoublent d'efforts pour les arrêter avant qu'ils ne tombent sur la police et qui, souvent, finissent par les abandonner. Si Bokuto et Kuroo ont développé une amitié qu'on pourrait qualifier d'insolite, c'est aussi le cas d'Akaashi et Kenma, qui les suivent en traînant des pieds quand ils les embarquent dans leurs idées idiotes et qui restent tous les deux à converser quand ils veulent se désolidariser.

Après tout, quand leurs deux aînés partiront, ils seront les nouveaux capitaines, alors c'est sans doute de bon augure s'ils s'entendent bien. Enfin, Bokuto ne sait pas exactement si Kenma sera le futur capitaine de Nekoma ― connaissant le jeune homme, il va probablement refuser une telle responsabilité, mais il sait aussi que Kuroo insistera jusqu'au bout pour lui confier ce rôle à lui, et non à ce Yamamoto impulsif. Akaashi, lui, n'aura pas le choix : il est déjà son vice-capitaine, et il est de toute manière le seul deuxième année de leur équipe. La casquette de capitaine, il l'endossera peu importe ses envies.

Il est comme ça de toute manière, Akaashi. Kôtarô l'a remarqué rapidement ― il n'est pas bavard, mais ce n'est pas par réelle timidité. C'est plus qu'il n'a rien à dire, et qu'il n'aime pas parler pour ne rien signifier. Meubler les silences par des histoires ou des anecdotes, très peu pour lui. Il préfère rester silencieux, et Bokuto trouve cela intéressant. Lui n'est pas du tout pareil ― il fuit les silences, et s'il faut les meubler, on peut compter sur lui. Il est celui qui trouve toujours un nouveau sujet de conversation, celui qui fait revivre les groupes désertés, celui qui a toujours quelque chose à raconter. Akaashi, lui, est celui qui écoute, celui qui ne dit rien mais mémorise tout, celui qui ne répond que par quelques mots et ne fait de longues phrases que quand il a quelque chose qu'il juge intéressant à dire.

D'une certaine façon, comme le dit Konoha, ils font bien la paire.

C'est peut-être pour ça ― ou peut-être simplement parce qu'il n'est pas aussi simplet que certains aiment le dire ― qu'il n'est pas surpris le jour où un gerbera s'échappe de sa gorge. C'est la première fois que cela arrive, et il ne s'y attend pas réellement. Mais, au fond de lui, il se doute déjà de la réponse à la question Que m'arrive-t-il ? Il sait ce que signifie cracher des fleurs. Et il ne lui faut pas longtemps pour découvrir que la signification du gerbera, c'est un amour profond.

Kôtarô sait très bien ce qu'est la maladie d'Hanahaki. Il en a entendu maintes et maintes fois parler ― quand les sentiments d'une personne deviennent trop forts pour être contenus, et qu'aucun équilibre n'existe, ceux-ci prennent la forme d'une fleur qui grandit dans les poumons. Et plus les sentiments prennent de l'ampleur, plus cette fleur se multiplie, encore et encore, jusqu'à étouffer celui qui les a vues se développer.

Lorsque la maladie a été identifiée pour la première fois, on l'a considérée comme une maladie amoureuse. Les gens développaient des fleurs dont la signification était proche de l'amour parce qu'ils aimaient trop profondément une personne qui, elle, ne partageait pas ces sentiments ― d'où l'absence d'équilibre. Aujourd'hui, on sait qu'il existe d'autres occasions, plus rares, au cours desquelles on peut développer la maladie. Vraisemblablement, Kôtarô appartient à la catégorie initiale, alors il suppose que ce n'est pas la peine de trop s'en faire sur ces nouvelles formes méconnues, associées à la haine ou au désespoir.

Il sait très bien qu'il est malade parce qu'il aime Keiji, mais que lui ne l'aime pas en retour. Le déséquilibre est né, et sans doute ne disparaîtra-t-il pas. Kôtarô n'a aucune intention de lui dire le mal qui l'affecte, parce qu'il ne veut pas qu'Akaashi sache qu'il est responsable. Il ne l'est pas vraiment d'ailleurs, personne ne l'est. On ne peut pas forcer les sentiments de quelqu'un ― et tant pis s'il a aimé un peu trop Akaashi et qu'il se retrouve condamné. Ce n'est pas la faute du passeur.

Alors Kôtarô ne dit rien, et souffre ― tousse ― en silence. Chaque gerbera qui tombe dans sa paume scelle son destin, mais il n'a pas l'intention de le fuir. Peu importe à quel point son cœur le serre, peu importe à quel point la douleur est de plus en plus forte. Kôtarô sait ― il le voit dans les yeux de son ami ― qu'il n'a que de l'admiration pour lui. Pas une once d'amour. Et personne n'est responsable ― on ne peut décider de ce genre de sentiments.

Il ne veut pas accéder au seul traitement qu'il existe ― non seulement celui-ci effacera tout souvenir d'Akaashi de son cerveau et son cœur, mais en plus il a des effets secondaires, selon les personnes. Incapacité totale d'aimer de nouveau, voire perte totale de toutes les émotions liées à l'amour et l'affection ― et Bokuto le refuse. Il a toujours vécu en vivant pleinement ses émotions, depuis qu'il a vu ces tournesols vifs un jour, et il n'acceptera pas une nouvelle vie où il ne ressent rien. Cinquante pourcents de chance d'être touché par ces effets, c'est beaucoup, trop même pour qu'il saute le pas.

Alors il enferme dans les fleurs qui s'échappent de sa gorge les mots fatidiques ― Akaashi, je t'aime et je vais en mourir ― et il prétend que tout va bien.

Il devrait savoir que son passeur n'est pas si dupe.

« Bokuto ! »

Six mois ont passé depuis que le premier gerbera est tombé. Kôtarô est assis devant une plage, celle proche des champs de tournesols qu'il allait voir avec ses grands-parents. Il est encore tôt, six heures du matin, et le soleil se lève. Il n'en revient pas d'entendre une voix appeler son nom à cette heure, alors qu'il est dans un endroit que personne d'autre que sa famille le connaît. Mais il ne rêve pas ― Akaashi est bien devant lui, le souffle court comme s'il a couru de toutes ses forces jusqu'ici, les yeux cernés comme s'il n'a pas dormi depuis qu'ils se sont vus la veille, au cours de l'entraînement de l'après-midi que Bokuto a quitté un peu plus tôt après avoir été pris de vertiges.

« Oh, salut Akaashi ! » répond-il à son ami comme si tout était normal ― jusqu'au bout, il le fera. « Tu es matinal.

Bokuto, répète le jeune homme en s'arrêtant devant lui.

C'est ma mère qui t'a dit que j'étais là ? Je ne crois pas t'avoir déjà parlé de ce champ. Il est beau, hein ? J'adore venir ici.

Bokuto. C'est vrai ? »

Le capitaine pose un regard sur son passeur avant de lui sourire de façon rassurante. Malheureusement, une quinte de toux violente le prend et le fait tomber sur ses genoux, alors qu'une pluie de gerbera et de sang s'échappe de sa bouche pour recouvrir le sol devant eux. Akaashi les fixe et son air impénétrable a laissé la place à une horreur froide.

« Je suis…, commence-t-il, mais Bokuto le coupe en se redressant.

Ne t'excuse pas. Ce n'est pas ta faute.

Mais pourtant tu…

Regarde ! » Bokuto lève un pouce en l'air ― en espérant qu'on ne remarque pas trop ses tremblements. « Je vais bien, OK ? Ne t'en fais pas pour moi.

Pourquoi ne pas choisir l'opération ? Il est encore temps. » Kôtarô n'en est pas si sûr vu comme il se sent de plus en plus mal, mais ce ne sera de toute façon jamais envisageable pour lui.

« Je ne veux pas t'oublier. Je ne veux pas prendre le risque de ne plus jamais aimer.

Mais tu serais en vie ! » La voix d'Akaashi a des accents désespérés qu'il ne lui a jamais entendus.

« Non. » Il sourit légèrement. « Pas si je suis capable de regarder ce magnifique champ de tournesols sans rien ressentir. »

Il sait que beaucoup ne comprendront pas son choix ― aujourd'hui, les morts dues à la maladie d'Hanahaki sont de plus en plus rares, car le traitement plaît à beaucoup de gens. Et peu importent les risques de ne plus aimer, quand bien même ils ont des chances de se réaliser. Ils veulent vivre, et Kôtarô ne les blâme pas pour ça. Lui a simplement d'autres aspirations.

Il se rapproche d'Akaashi et pose une main sur la sienne, comme pour le rassurer. L'autre ressemble à un enfant perdu, et il ne l'a jamais vu ainsi ― c'est étrange, et son cœur se serre quand il réalise qu'il est adorable de la sorte et que Kôtarô est juste terriblement amoureux de lui. Une nouvelle gerbe de fleurs tombe sur le sol à cette pensée, et le jeune homme sent ses forces lui échapper. Il se force néanmoins à regarder son passeur et à déclarer fermement :

« Ne t'en fais pas. Je suis résistant. Je ne suis pas venu ici pour mourir tu sais. » Mensonge. « Juste pour revoir ces tournesols. » Vérité. « Donc, je vais bien. » Mensonge. « Retourne chez toi ou au lycée. Je vais rater l'entraînement de la matinée, mais je serais là ce soir. » Akaashi le regarde fixement, avant de murmurer :

« Tu me le promets ? » Kôtarô hoche la tête.

« Promis. Je serais là. »

Mensonge. Ce sera son ultime mensonge, et la seule promesse à Akaashi qu'il ne tiendra pas. Dès que le jeune homme sera parti, il se rassoira sur le sol de la plage et attendra. Le regard ancré sur les tournesols et non dans la mer derrière lui, il attendra que le temps s'écoule.

Le moment venu, il posera la tête sur le sable et fermera les yeux. L'image d'Akaashi dansera sur sa rétine une dernière fois.

Et le soleil se couchera.