encore un jour où j'ai capilotracté les thèmes :'D
j'adore lire des body swap au, mais spoiler : je ne sais pas les écrire, c'est trop prise de tête– celui-ci est relativement simple à comprendre j'espère malgré tout :')

sinon c'est déjà l'avant-dernier jour, ça passe toujours terriblement vite.
(les relectures ne me manqueront pas par contre)

j'espère qu'il vous plaira et je vous souhaite une excellente lecture :)


WORLD :: BORDER :: BODY SWAP AU!


Lorsque Kôtarô ouvrit un œil, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Il n'était pas quelqu'un de très matinal, contrairement à Keiji qui se réveillait toujours avant lui, frais et disponible, aussi c'était déjà inhabituel qu'il réalise quelque chose moins de dix secondes après avoir ouvert les yeux ― mais ce sentiment d'étrangeté se prolongea un long moment.

Pour mettre des mots un peu plus précis dessus : il ne se sentait pas très bien. Comme s'il couvait un rhume ou quelque chose de similaire. Il avait un début de mal de crâne, pas encore dérangeant mais ennuyeux, et il se sentait un peu lourd. Pas lourd comme quand il avait trop mangé la veille parce que Keiji avait cuisiné pour six, mais juste lourd, comme s'il se trouvait dans un corps étranger.

Il se redressa vaguement pour essayer de dissiper cette étrange impression, et balaya sa chambre du regard. Enfin, sa chambre… Il remarqua après quelques secondes qu'il ne reconnaissait pas ces murs pâles et ce bureau ordonné, ni même le fauteuil océan qui ornait un coin près de la fenêtre. Il se souvint néanmoins, encore un petit instant ensuite, qu'il avait passé la nuit chez Keiji. Tout était donc normal, c'était pour cela qu'il n'était pas dans sa chambre familière et que ses sœurs n'étaient pas encore venues le réveiller en hurlant comme elles savaient si bien le faire.

Il passa une main dans ses cheveux, et marqua un temps d'arrêt. Il savait très bien que ses pointes ne tenaient pas la nuit et qu'il se réveillait systématiquement avec les cheveux en bataille ― une coiffure qu'appréciait énormément son petit ami, contrairement à lui qui préférait ses caractéristiques pointes ― mais il ne put s'empêcher de remarquer que, en plus d'être emmêlés, ses cheveux semblaient plus courts. Il les palpa un bref instant, avant de repousser cette pensée dans son esprit. Il devait juste être fatigué.

Il se tourna ensuite vers son petit ami pour l'observer ― il avait rarement l'occasion de voir l'expression paisible que revêtait le jeune homme quand il était endormi, et cela lui manquait. Il faillit néanmoins pousser un cri de surprise lorsqu'il se tourna du côté où il sentait quelqu'un s'accrocher à lui ― et il remarqua par la même occasion, trop tard, qu'ils étaient inversés contrairement à d'habitude. Ce n'était pas Akaashi qu'il voyait à côté de lui, mais lui-même.

Le capitaine de Fukurôdani observa ― s'observa quelques secondes. Etait-il encore en train de rêver ? C'était l'explication la plus logique, après tout, il ne pouvait pas s'observer lui-même de la sorte. Il se pinça, en vain. Peut-être Keiji lui jouait-il un mauvais tour ? Avait-il mis un miroir ? Mais non, l'autre n'était pas réveillé et ne bougeait pas en même temps que lui.

Désemparé, Kôtarô finit par se demander : s'il se voyait lui, mais qu'il se sentait en même temps dans un corps, était-il dédoublé ? Il observa ses mains et ses vêtements avec curiosité. Celles-ci étaient légèrement plus grandes que d'habitude, et plus abîmées sur le bout des doigts, comme les mains d'un passeur. Il portait réellement un t-shirt bleu marine que Bokuto connaissait bien : c'était celui d'Akaashi.

Les cheveux plus courts, les mains plus grandes et abîmées, le t-shirt d'Akaashi… Le capitaine de Fukurôdani en tira les conclusions au moment même où son petit ami ― enfin, il le supposait bien sûr… ― se réveillait et posait un regard ensommeillé sur lui. Ils se fixèrent un bref instant dans le blanc des yeux, puis les yeux de Keiji ― enfin, ses yeux à lui puisque Bokuto se voyait tout simplement ― s'écarquillèrent.

L'exclamation qui s'échappa ensuite de ses lèvres résuma bien leur état de pensée partagé :

« Hein ? »


« C'est la meilleure blague que j'ai jamais entendue. »

Le commentaire de Konoha fut approuvé par des hochements de tête du reste de l'équipe, tandis que Kôtarô et Keiji soupiraient de concert. Tous leurs coéquipiers et amis semblaient partagés entre une furieuse envie de rire et une volonté de vérifier si leur capitaine et leur vice-capitaine avaient réellement échangé de corps par on-ne-savait quelle sorcellerie.

« Ce n'est pas une blague, soupira Keiji-Bokuto ― ce devait être perturbant pour tout le monde de le voir aussi sérieux, Kôtarô lui-même était perturbé par cette vision. On ne vous mène pas en bateau.

Comment ç'a pu arriver ? reprit Sarukui. Je n'ai jamais entendu parler d'une telle chose.

Sans doute parce que personne n'est assez fou pour croire ça, rétorqua Washio.

Sauf nous, visiblement, acheva Konoha. Vous avez de la chance qu'on vous fasse assez confiance pour vous croire hein.

C'est normal, se rengorgea Kôtarô, vous faites confiance à votre capitaine.

On sait surtout qu'Akaashi n'aurait jamais accepté de faire cette blague avec toi. Si ça avait été le capitaine de Nekoma passe encore, mais lui…

Parlant de Kuroo, intervint de nouveau Keiji, on a un match contre Nekoma cet après-midi. »

Il y eut un léger silence après sa déclaration, pendant lequel seul le grincement de la porte du gymnase malmenée par le vent fort de l'extérieur lui répondit. Puis, les joueurs de Fukurôdani commencèrent à échanger des regards un peu plus sérieux. Ils étaient à la fin des vacances d'été, les cours recommençaient bientôt, et c'était le dernier moment pour organiser des matchs d'entraînement. Ils avaient déjà affronté Nekoma lors du camp au début de l'été, mais ils avaient décidé d'un commun accord avec Kuroo de refaire un match avant la fin des congés pour se préparer un peu plus aux sélections pour les nationales. Bokuto ne refusait jamais une occasion d'affronter Kuroo ― et bien évidemment de gagner et puis, son ami était très motivé par le retour en puissance de Karasuno, c'était encore plus plaisant de jouer contre lui.

Malheureusement, le timing était plutôt mauvais désormais.

« On pourrait leur expliquer la situation, poursuivit Keiji, et reporter le match, mais…

Non, rétorqua son petit ami en intervenant soudainement. On ne peut pas reporter. » Tous les regards de ses coéquipiers se tournèrent vers lui.

« Pardon ? lâcha Akaashi ― c'était vraiment très perturbant de s'observer soi-même, songea Bokuto.

C'est la dernière occasion avant la rentrée pour les affronter. Et vous connaissez tous Kuroo. Si on reporte, il le comptera comme une victoire. » Il adorait son « bro », mais il savait très bien que celui-ci était plus retors que n'importe qui quand il s'agissait de gagner contre Fukurôdani, chose qu'il aspirait à faire depuis longtemps. Cela ne le satisferait pas autant qu'une vraie victoire, mais nul doute qu'il serait ravi de s'en vanter malgré tout.

« On ne peut pas jouer dans ces conditions, fit remarquer Sarukui. Enfin, nous on peut, mais Akaashi et toi vous n'êtes pas vraiment dans de bonnes dispositions pour ça…

Même si vous gardez vos positions, vous n'êtes pas habitués à bouger avec le corps de l'autre, opina Washio. Je ne pense pas que Bokuto, tu sois capable de frapper aussi bien les balles avec le corps d'Akaashi. Et vice-versa pour les passes. » Keiji opina silencieusement en observant son petit ami. Celui-ci pouvait lire dans ses yeux une demande claire ― laisse tomber, cela vaut mieux, on va juste se ridiculiser ainsi. Mais Kôtarô n'était pas de cet avis pour une fois, et, s'il cédait à peu près tout le temps aux demandes de son petit ami, il avait bien l'intention de ne pas abandonner ça.

« On va jouer, répéta-t-il. On a toute la matinée pour se préparer.

Toute une matinée ne suffira pas, lâcha Konoha. Akaashi est physiquement plus petit et faible que toi. Avec toute mon affection bien sûr, ajouta-t-il pour le principal concerné, qui balaya la remarque d'un geste de la main.

Il a raison. Tu ne pourras pas frapper de balles aussi puissantes avec mon corps.

Non, mais toi tu le feras ! rétorqua le jeune homme aux cheveux bicolores, triomphal.

Tu… » Keiji chercha ses mots un instant. « Tu comptes jouer à mon poste de passeur ? »

Un nouveau silence emplit le gymnase, cette fois rompu après quelques secondes par l'arrivée des coachs, qui s'étonnèrent de ne pas voir le terrain déjà prêt pour une fois. Toute l'équipe se tourna vers Bokuto-dans-le-corps-de-Keiji, qui lui fit signe à Keiji-dans-le-corps-de-Bokuto de dire quelque chose. Son petit ami lui envoya un nouveau regard traduisible par Tu comptes même jouer la comédie devant les coachs ? auquel le jeune capitaine répondit par l'affirmative.

Ils l'avaient dit à leur équipe, alors ils pouvaient en soi en toucher un mot à leurs coachs. Mais Kôtarô était certain d'une chose : s'ils l'apprenaient, les coachs annuleraient le match. Ce qu'il ne voulait pas ― il voulait jouer et gagner contre Kuroo. Une matinée serait suffisante pour qu'il se familiarise avec les gestes de passeurs, cela ne devait pas être si compliqué après tout ? Et il avait confiance en Keiji, il était certain qu'il saurait attaquer comme un pro.

Tout irait bien face à Nekoma ― il en savait la certitude absolue. Certitude que, malheureusement, tout le monde ne semblait pas partager…


Au bout d'un set, qui se termina par une victoire écrasante de Nekoma avec 25 à 19, il fallut arriver à l'évidence : la stratégie infaillible de Bokuto avait du plomb dans l'aile. Il avait pourtant eu le sentiment que c'était une bonne idée et que cela fonctionnait bien : ses passes n'étaient pas si hasardeuses, même Akaashi avait reconnu qu'il y avait « un bon début », et Keiji arrivait à peu près à atteindre ses hauteurs en sautant.

Néanmoins, si cela fonctionnait en entraînement, cela marchait beaucoup moins bien face à une équipe adverse qui ignorait tout de leur condition catastrophique. Surtout que Nekoma était particulièrement agaçante, car leur organisation de défense presque parfaite empêchait de nombreuses balles de tomber de leur côté. Fukurôdani, eux, déstabilisés par le changement qui s'était opéré entre les deux clés de voûte de leur équipe, avait plus de difficulté à tenir le choc.

Mais, leur équipe avait une caractéristique principale : elle était habituée aux changements et aux imprévus. Kôtarô savait qu'il pouvait compter sur ses coéquipiers en toutes circonstances : ils s'adaptaient à la moindre situation, et savaient toujours s'en sortir, même sans lui ― cela en devenait presque agaçant. C'étaient ainsi qu'ils parvenaient à tenir un minimum le choc face à leurs adversaires ― et Bokuto comptait bien gagner ainsi, même si cela semblait mal parti.

Le sourire suffisant de Kuroo le motivait. Il savait que s'ils perdaient, le capitaine à la coupe de coq allait lui en parler pendant des années. Et il n'exagérait même pas. Il tenait donc à entraîner ses coéquipiers sur ce chemin de la victoire, certes difficile, mais très satisfaisant une fois leur objectif accompli.

Il fut néanmoins stoppé net dans ses ambitions lorsqu'Akaashi rata une énième balle ― où peut-être était-ce lui qui avait mal lancé ? C'était difficile de maîtriser la direction de la balle, plus qu'il ne le pensait… ― et se tourna vers lui, lui lançant un regard encore une fois simple à déchiffrer : il en avait assez de ses bêtises. Avant que quiconque n'ait le temps d'esquisser un geste ou de prononcer un mot, le capitaine provisoire de Fukurôdani poussa un long, très long soupir avant de… ne rien faire.

Littéralement. Il resta les bras ballants sur le terrain, alors que le jeu continuait pourtant ― Nekoma en profitait pour marquer tandis que Konoha et lui essayaient en vain de bloquer ce fichu central mille fois trop grand. Quelle mouche le piquait ?

« Tu crois que 'kaashi est vexé ? murmura-t-il à l'oreille de Konoha alors qu'ils s'éloignaient du filet pour reprendre leurs positions.

Je pense surtout qu'il te parodie dans tes meilleurs moments. »

Le jeune homme laissa Bokuto méditer sur cette réponse énigmatique ― de quoi parlait-il ? Il lui fallut quelques points supplémentaires ― qui n'allèrent pas tous à Nekoma, tout de même, ils parvenaient à se débrouiller ― pour comprendre que Keiji faisait peut-être une imitation de ses moments de doute, quand il avait l'impression de ne servir à rien sur le terrain. En tout cas, cela y ressemblait ― finalement, son petit ami était réellement investi dans son rôle !

Kôtarô savait qu'il n'était pas facile à vivre quand il perdait sa motivation ― il s'en rendait d'autant plus compte maintenant qu'il avait sous les yeux son attitude confuse ― mais il savait aussi qu'Akaashi était toujours le meilleur quand il s'agissait de le réconforter. A chaque fois, il trouvait le bon mot pour lui faire regagner sa confiance ― c'était une des multiples raisons pour lesquelles Bokuto adorait son petit ami.

Il essaya de se creuser les méninges quelques instants ― il n'avait aucune habitude d'être celui qui trouvait les bons mots, et surtout, son petit ami ne boudait pas nécessairement pour une vraie raison… A part peut-être sa lassitude quant à cette situation. Alors, dans toute sa splendeur bokutoesque, le capitaine décida de ne pas trop se prendre la tête et de faire la chose la plus évidente quand il s'agissait d'aider son petit ami : il attrapa sa main et l'entraîna dans un immense câlin.

La grande perche de Nekoma en oublia même de faire son service tant tous semblèrent surpris par son geste soudain.

Kôtarô lui, ne s'en souciait guère malgré les protestations à moitié étouffées de Keiji, et maintint fermement son éteinte jusqu'à ce que les coachs lui crient dessus en lui rappelant qu'ils n'étaient pas supposés faire ça au beau milieu d'un match. Kôtarô poussa néanmoins le vice jusqu'à embrasser son petit ami désormais pleinement regonflé à bloc en énergie, sous les huées moqueuses de tous leurs coéquipiers.

(Il s'excuserait plus tard pour la réputation de son petit ami auprès de Nekoma.)

(De toute manière, ils remportèrent le match ― de justesse, certes, mais tout de même ― avec le capitaine et le vice-capitaine pleins d'énergie ― ce qui compensait leur jeu désastreux. Et le lendemain matin, tout était redevenu comme avant, comme si au fond, tout n'avait été qu'une frontière floue entre le rêve et la réalité…)