67ème jour de Lairë (28 août), de l'an 1931
Cela faisait dix jours qu'Helwa était partie. Elle marchait sur la route toute la journée, grignotait en chemin puis se détournait de la route pour s'enfoncer dans la forêt et trouver un coin tranquille pour dormir, souvent dans les arbres. Elle savait qu'elle arriverait très bientôt. Elle avait passé le premier pont au-dessus du Fontgrège, le premier affluent du fleuve Grisfleur. La Bruinen en était le deuxième plus à l'est.
Au matin du dixième jour, elle traversa le pont au-dessus de la Bruinen. La route devenant de moins en moins claire, elle la quitta par mégarde et Helwa se retrouva bientôt au milieu d'une immense plaine vallonnée, jonchée de gros rochers. Au loin, elle pouvait apercevoir les monts brumeux. Elle continua dans cette direction en traversant la plaine. Elle ne savait pas où, ni quoi chercher. A quoi pouvait donc bien ressembler l'entrée d'une cité elfique ?
Malgré ses dix-sept ans, Helwa adorait grimper sur tout ce qui se prêtait à cette activité. Elle ne put pas résister à la tentation de grimper sur ces immenses rochers parfois en sautant de l'un à l'autre quand ils étaient plutôt rapprochés, quitte à perdre du temps. Vers midi, elle se trouvait bien enfoncée dans la plaine, ayant complètement perdue la grande route de l'Est mais elle n'en avait cure car elle s'amusait comme jamais.
Helwa grimpa sur le flanc d'un rocher d'une hauteur moyenne. Quand elle fut en haut et qu'elle put voir l'autre flanc du rocher, elle fut extrêmement surprise et faillit perdre l'équilibre.
Le rocher était en fait très fin sur le haut et l'autre côté faisait office de pente pour atterrir dans une grotte souterraine. Il faisait très sombre à l'intérieur et elle voulut y voir plus clair. Elle se pencha donc un peu plus en avant et tomba. Helwa glissa heureusement sans blessure le long du rocher, ne récoltant que quelques égratignures. Elle tomba par terre dans un bruit mat et toussa car la poussière de la terre lui rentra dans le nez. Elle se retourna et regarda le haut de la grotte en pestant :
—Par Eärendil ! J'aurais jamais dû faire ça. J'vais avoir énormément de mal à remonter ça.
Stupide que tu es ! Tu es coincée !
Quand elle était seule ou entourée de personnes de sa condition sociale, Helwa avait tendance à grignoter les mots comme n'importe quel paysan. Elle n'avait pas non plus un vocabulaire très étendu. Les seuls mots plus élaborés qu'elle connaissait venaient des quelques livres qu'elle avait pu lire chez leur voisine.
Helwa regarda autour d'elle et distingua un peu mieux la grotte. Elle était assez haute pour qu'elle s'y tienne debout. Elle s'enfonçait vers le fond et Helwa pouvait y percevoir un rai de lumière. En tendant l'oreille, elle s'aperçut qu'un bruit sourd arrivait à ses oreilles, faible mais audible. Il venait du fond de la grotte et non de l'ouverture, à sa grande surprise :
—Mais quel est donc ce bruit ? murmura Helwa pour elle-même en s'avançant vers le fond de la grotte.
La jeune fille s'approcha lentement, intriguée mais sur ses gardes et découvrit que la grotte bifurquait vers la droite et devenait une sorte de passage, comme un long couloir. Elle s'y engagea, des frissons d'excitation la parcourant. Le couloir était étroit mais elle pouvait s'y déplacer sans trop de difficultés vu qu'elle était très fine. Quand elle leva les yeux, elle vit que le haut du passage n'était pas fermé. Il s'ouvrait sur une faille assez fine d'où on voyait le ciel. La lumière venait donc de cette ouverture.
L'idée de rebrousser chemin ne lui traversa pas l'esprit une seule seconde. Enfin elle découvrait quelque chose de réellement excitant. Peut-être qu'elle tomberait sur des Trolls ? Ou un antre de Gobelins ? Elle frissonna à l'évocation de créatures que la plupart des personnes qu'elle connaissait pensaient légendaires. Elle y croyait dur comme fer et elle ne n'aurait pour rien au monde voulut se retrouver face à l'une d'elles.
Elle marchait depuis un long moment dans ce couloir sinueux, coincée entre les deux parois de la faille, quand elle déboucha sur un petit escalier de pierre. Ce qu'elle vit devant elle la subjugua :
—Par Eärendil ! Pincez-moi je rêve ! Souffla-t-elle à voix haute sans s'en rendre compte.
En contre-bas de son promontoire rocheux se trouvait une très grande vallée traversée par des cascades et des rivières. Elle était entourée par la faille rocheuse qui s'était élargie pour baigner de lumière ce magnifique endroit.
Une cité, comme tout droit sortie d'un rêve, s'étendait de la paroi opposée à elle jusqu'à plus loin dans la vallée, traversée par les nombreuses cascades qui coulaient de la roche. Toute la cité était faite de mausolées ciselés d'entrelacs, de dômes sculptés, d'arcs de voûte plus impressionnants les uns que les autres. Helwa pouvait deviner au loin de grandes et impressionnantes statues. Tout était blanc et rayonnant de lumière comme si le soleil lui-même s'était arrêté pour séjourner dans la cité. Tout semblait en harmonie parfaite avec la nature, comme si la ville elle-même était le fruit de la création de la terre.
« Fondcombe... Je crois que je n'ai rien vu d'aussi beau...Pensa-t-elle impressionnée ».
Elle se pinça même deux fois pour être sûre de ce qu'elle voyait.
Le bruit qui l'avait guidée n'était autre que celui de la plus imposante des cascades qui se déversait en torrent au fond de la vallée depuis le fond de la faille où elle se trouvait.
Helwa avait déjà entendue des récits sur les citées elfiques, notamment Fondcombe grâce au voyageur qui disait s'y être rendu mais jamais elle n'aurait cru qu'elle serait aussi... Elle ne trouvait pas de mots pour la décrire car elle était incroyable. Elle le sentait, au fond de son être et de son cœur. Helwa pensa un instant à un sortilège elfique pour embrouiller les visiteurs indésirables puis secoua la tête. Après tout, si ce sortilège lui permettait de contempler une telle beauté, elle ne disait pas non.
Déjà elle s'était mise en marche et descendait le petit escalier assez raide qui descendait vers la cité, bien décidée à découvrir tout ce qu'elle pourrait. La seule chose importante était de ne pas se faire prendre. Elle ne voulait pas se faire embrouiller l'esprit. Certains disaient que les Elfes pouvaient vous effacer totalement la mémoire. Helwa frissonna en songeant à cette possibilité.
En bas, elle suivi un chemin longeant la cité et qui se trouvait de l'autre côté d'une rivière tumultueuse. Elle vit plus loin que le seul moyen d'entrer était de prendre le pont. Ce dernier débouchait sur une petite cour ronde. Deux statues guerrières se dressaient à l'entrée. Il n'y avait personne pour la surveiller. C'était plus en hauteur sur des escaliers que deux gardes elfiques bloquaient le passage.
Helwa traversa rapidement le pont en faisant très attention à ne pas se faire remarquer. Puis, elle se cacha derrière la statue à sa droite. Elle observa les deux Elfes dans leur armure dorée. Ils l'impressionnèrent par leur posture raide et intransigeante mais plus fortement par leur visage. Leurs traits étaient parfaits, fins et équilibrés, comme si un dieu s'était penché sur eux pour les sculpter de sa main. Ils étaient si beaux qu'Helwa ne douta pas un seul instant qu'ils fussent bénis par Eru Ilúvatar lui-même.
En tournant la tête vers le bas à droite, Helwa vit qu'elle pourrait s'accrocher à la rive pourtant assez abrupte et atteindre des bâtiments juste derrière. Cela lui permettrait d'entrer sans que les gardes ne la remarquent. Seulement sauter sur la pente de la rive pour y grimper était une chose mais réussir à s'y accrocher en était une autre. En effet la pente était presque dénudée d'accroche. Helwa allait devoir planter ses doigts dans la terre à condition qu'elle en ait le temps avant de tomber dans le ravin.
Pour la première fois de sa vie Helwa n'était pas sûre de réussir son saut. Il n'y avait qu'à regarder le ravin en contre bas pour se décourager. L'eau était tumultueuse et la rivière contenait de nombreux rochers pointant hors de l'eau qui la tueraient si elle avait le malheur de tomber.
Helwa inspira fortement et sauta sur la pente. Elle sentit ses pieds glisser sur la terre et elle paniqua. Par un heureux réflexe, elle enfonça profondément ses doigts dans la terre et se hissa douloureusement à la force de ses bras jusqu'en haut de la rive. Ne voyant personne, elle s'engagea dans un péristyle surmonté de colonnades faisant face à la rive et se dirigea vers l'aile droite de la cité.
Helwa se déplaçait en silence, s'arrêtant à chaque carrefour pour vérifier que la voie était libre. Elle s'étonna du silence qui régnait dans la cité. Mais au lieu de l'apaiser, cela la rendit plus nerveuse qu'elle ne l'était déjà car elle avait l'impression que chacun de ses pas résonnait sur le sol. Elle monta une série de marche, et alors qu'elle allait tourner, elle entendit des voix derrière elle et elle se figea, un long frisson lui parcourant toute la colonne vertébrale.
Le Seigneur Glorfindel revenait des écuries en compagnie du lieutenant Ethilion après avoir laissé ses soldats à leurs occupations.
Glorfindel était un seigneur d'Imladris [1], le commandant de ses forces armées, un conseiller très proche de la famille royale et un ami du Seigneur Elrond. Ethilion était, lui, un lieutenant respecté. Ils revenaient tout deux d'une patrouille de surveillance sur la plaine, à l'est, entre Imladris et les monts brumeux. Même en temps de paix ils tenaient à effectuer des patrouilles pour surveiller plus loin les frontières de Fondcombe. Les Orcs n'étaient jamais loin, tout comme les mercenaires.
Ils marchaient dans le péristyle le long de la berge, dans l'aile Est, quand ils tournèrent à droite. Là, le Seigneur Glorfindel aperçut quelqu'un en haut des marches. Il crut d'abord à un Elfe mais ses yeux perçants virent que ses vêtements étaient bien trop grossiers pour appartenir à leur peuple et qu'il n'était pas coiffé comme eux. Ses cheveux presque rasés le surprirent. Ethilion l'avait également vu. Que faisait donc un Homme à Imladris ?
Le Seigneur Elrond ne l'avait averti d'aucune arrivée d'Humain. Cet Homme était forcément un étranger qui n'avait rien à faire ici. Mais comment avait-il réussi à passer les gardes à l'entrée ? Ils étaient pourtant vigilants. Il faudrait qu'il ait une petite discussion avec eux.
Le Seigneur Glorfindel apostropha l'homme en langue commune alors qu'il allait tourner dans un autre couloir à gauche :
—Qui êtes-vous ? Au nom du Seigneur Elrond, déclinez votre identité et la raison de votre présence en ces lieux !
L'interpellé se figea puis se retourna pour les regarder et le général elfe découvrit avec stupeur que celui qu'il pensait être un homme était en réalité une femme.
Ce temps de surprise lui fit prendre du retard quand l'inconnue se mit à courir. Malgré sa grande célérité elfique il n'arrivait pas à totalement la rattraper car elle courait aussi vite qu'eux.
Elle bifurquait dans les couloirs, traversait les salles vides sans savoir où elle allait, telle une biche traquée. Il le voyait à ses mouvements de têtes affolés. Ethilion le talonnait de près. Puis au détour d'un couloir, le Seigneur Glorfindel s'arrêta net. Il n'y avait plus personne. Ethilion faillit lui rentrer dedans mais il l'esquiva de justesse :
—Où est-elle passée ? demanda-t-il en elfique.
Ethilion avait lui aussi noté que leur étranger était en réalité une étrangère.
Le Seigneur Glorfindel était frustré et se sentait légèrement humilié. Personne ne l'avait jamais battu à la course. Il était quand même le commandant d'Imladris et un tueur de Balrog ! Bien sûr l'inconnue avait une grande avance mais il était normalement en mesure de la combler. Cette jeune fille était vraiment rapide :
—Mon ami, laisse cela, déclara Ethilion en posant une main sur son épaule. En rien tu n'as perdu de ta valeur face à cette humaine. Tu restes toujours un des meilleurs combattants que le monde connaisse.
L'intéressé sourit doucement. Son ami savait toujours ce qu'il pensait et arrivait toujours à écarter ses doutes. Pourtant il n'oublia pas ses obligations de général :
—Nous l'avons peut-être perdue mais elle est toujours à Imladris. Renforce la surveillance aux sorties de la cité. Je ne veux pas qu'elle puisse partir tant que je ne saurais pas ce qu'elle fait ici. Préviens également tous les Elfes que tu croises d'être vigilant. Décris-la-leur. Elle n'a pas l'air dangereuse mais notre rôle est de surveiller les entrées à Imladris et celle-ci est clandestine. Quant à moi, je vais prévenir le Seigneur Elrond.
Ethilion approuva la décision de son ami et supérieur et chacun partit de son côté.
Elle avait cru ne jamais pouvoir échapper à ces Elfes qui semblaient être des soldats. Tous les couloirs étaient ouverts, soit sur des salles où pouvaient se trouver d'autres Elfes soit sur l'extérieur. Aucun endroit pour se cacher donc. Helwa avait bien pensé à sortir dehors mais elle pensait avoir plus de chance de trouver une cachette à l'intérieur. Heureusement pour elle, Helwa n'avait pas croisé beaucoup d'Elfes, juste un ou deux qu'elle avait bousculé dans un couloir sans se poser plus de questions.
Tout semblait ne pas vouloir qu'elle échappe à ces Elfes quand elle avait soudain tourné dans une aile semblant plus intimiste. Helwa avait accéléré en tournant dans un autre couloir où se trouvaient quelques portes. Elle avait essayé avec la première. Fermée. La deuxième était en revanche bien ouverte. Helwa s'était engouffrée dedans sans hésitation. Tant pis s'il y avait des Elfes à l'intérieur, il fallait le tenter. Elle ne pourrait pas courir aussi vite plus longtemps.
Il n'y avait personne dans la pièce. Au bout d'un certain temps où elle n'entendit personne dans le couloir, elle se détendit. Elle s'autorisa à regarder la pièce dans laquelle elle se trouvait.
Helwa avait couru longtemps et cette course-poursuite devait l'avoir amenée dans une aile privée car elle se trouvait dans une chambre. Elle était grande, luxueuse et conçue pour deux personnes car il y avait deux grands lits dans la pièce. Tout le mobilier était en bois et travaillé finement avec des enluminures. Sur le côté une haute fenêtre menant à un grand balcon baignait la pièce de lumière. Il n'y avait que de simples voiles de lin blanc devant la fenêtre et ils bougeaient lentement au rythme de la brise.
Helwa n'aurait su dire si les propriétaires étaient des femmes ou des hommes à première vue. Elle nota simplement que tout était parfaitement rangé. Les lits étaient faits et rien ne traînait au sol.
Sur sa gauche elle aperçut deux portes en bois. Elle hésita d'abord à les ouvrir craignant de retomber sur des Elfes, puis son impétuosité reprit le dessus et elle choisit la porte de droite. C'était une salle de bain.
Elle s'avança vers le miroir. Ses joues étaient rouges et elle était un peu sale car elle ne s'était pas vraiment lavée depuis quelques jours. Se baigner dans un cour d'eau ne faisait pas véritablement office de bain. Elle sentit les savons et se laissa transporter par leur douce fragrance. Tout était si parfait et doux qu'elle se sentit presque comme dans un rêve, la course-poursuite loin dans son esprit.
Helwa ressortit et ouvrit la deuxième porte. C'était une penderie. Elle était maintenant sûre qu'elle se trouvait dans une chambre masculine car le placard regorgeait de pantalons de lin, de tuniques et autres habits caractéristiques des hommes. Il y avait aussi de longues bottes fines et montantes en cuir. Elle sentit que la matière des vêtements était plus douce que celle fabriquée chez elle. Helwa avait l'impression qu'elle lui coulait entre les doigts. C'était très agréable. Elle aimait déjà tout de cette cité, sauf peut-être se faire poursuivre par deux Elfes vraiment rapides.
Ils avaient certainement informé des gardes et elle allait devoir redoubler de vigilance pour ne pas se faire prendre. D'ailleurs il ne fallait pas qu'elle s'attarde ainsi dans cette chambre. Ses occupants pourraient revenir.
Une idée lui traversa l'esprit. Elle allait s'habiller comme une Elfe pour passer plus inaperçue. Elle ferait moins « tâche » dans le paysage. Elle prit un pantalon vert et une tunique blanche et se changea sans aucune gêne. Helwa ne portait jamais de robe. Elle trouvait cela bien trop encombrant, comme les cheveux longs d'ailleurs.
Elle réfléchit un instant à un endroit où cacher son sac et ses vêtements puis décida de les fourrer sous un des lits, bien au fond. Ces nouveaux vêtements lui allaient bien et étaient beaucoup plus confortables que les anciens alors elle les garderait. Elle reviendrait peut-être chercher les anciens si elle le pouvait.
Helwa garda néanmoins sa cape qui pouvait être un atout de plus pour passer inaperçue même si elle doutait que les Elfes avaient pour habitude de se balader capuche rabattue sur la tête dans les couloirs de leur propre cité.
Helwa se regarda dans le grand miroir de la salle de bain. Sous la tunique on ne voyait pas sa poitrine. Elle n'en avait pas beaucoup et elle la bandait et l'aplatissait toujours de toute manière. Sinon comment courir sans se faire mal ?
La tunique lui allait bien mais elle était trop grande. Les manches lui tombaient sur les mains et elle nageait un peu dedans. Les Elfes de cette chambre devaient être assez grand vu qu'elle-même était déjà une grande personne. Son grand-père l'appelait parfois « Le haricot » parce qu'elle était grande et longiligne. Helwa n'avait pas beaucoup de formes et ça l'arrangeait bien. C'était bien plus pratique pour ses activités de plein air.
Seul son visage était vraiment celui d'une femme. D'après son grand-père, elle avait des traits fins et gracieux ainsi que des yeux gris très atypiques et très beaux mais qu'elle ne mettait pas en valeur à traîner autant dehors. Helwa trouvait, elle, que cela lui durcissait le regard. Son grand-père ajoutait toujours que si elle prenait un peu de poids et gagnait quelques formes, tous les hommes se retourneraient sur son passage et que la marier serait beaucoup plus simple. Helwa, elle, faisait bien peu de cas de son apparence. Elle ne l'aimait pas et personne ne daignait poser les yeux sur elle alors pourquoi y ferait-elle attention ? Et si en plus cela la sauvait pour le moment du mariage, autant en profiter un maximum. Pourtant elle savait que son grand-père avait l'intention de la marier très bientôt. Il en parlait de plus en plus souvent. A cette pensée, Helwa frissonna de dégoût.
Seul ses cheveux bruns pourraient la trahir ici. Elle avait remarqué que même les hommes les portaient longs. Donc difficile de passer inaperçue avec des cheveux aussi courts.
Helwa n'allait pas rester ici toute la journée. Elle voulait visiter tout ce qu'elle pouvait. Elle ouvrit la porte doucement, glissa sa tête au-dehors et regarda des deux côtés pour vérifier qu'elle était seule. Elle ne savait pas du tout où elle allait mais elle se laissait guider par son instinct.
Au détour d'un couloir, elle faillit tomber nez à nez avec deux Elfes. Elle se cacha à l'angle et les vit continuer leur chemin. C'était un homme et une femme. Ils parlaient une langue inconnue, sûrement la langue elfique et elle ne comprit pas ce qu'ils se disaient mais elle trouva le son de la langue très chantant et doux.
Après avoir déambulée dans des couloirs et traversée en catimini de superbes salles, elle découvrit une magnifique pièce, très haute sur deux étages, les murs tapissés de livres. Le deuxième étage était en fait une sorte de grand balcon qui faisait le tour de la pièce, sûrement pour pouvoir atteindre les livres les plus hauts.
Ses yeux s'ouvrirent d'émerveillement. C'était sûrement la grande bibliothèque dont le voyageur avait parlé. Il avait raconté que tous les livres du monde s'y trouvaient, en originales ou copies. Le centre du savoir du monde. Helwa n'avait jamais vu autant de livres dans un même endroit.
Sur sa droite, dans un renfoncement créé par le balcon au-dessus, une grande peinture était accrochée derrière une statue. Helwa s'en approcha, intriguée. Elle représentait un Homme à terre, en armure, brandissant une épée brisée contre une créature de forme humaine, deux fois plus grande que lui, portant un haut masque de fer. Les couleurs étaient sombres et de nombreux nuages noirs assombrissaient le ciel du tableau. Helwa crut distinguer une scène de bataille en arrière-plan.
Intimidée par le tableau, elle s'approcha et effleura la peinture comme pour essayer de s'en imprégner et de comprendre sa signification. Elle était magnifique, imposante et effrayante à la fois.
« Le travail d'un grand artiste, pensa-t-elle fascinée ».
En face du tableau, juste derrière elle, se trouvait une statue d'Elfe femme souriante, tenant un grand socle en offrande. Des morceaux d'épée brisée posés sur un tissu y reposaient.
Helwa comprit que l'épée brisée du tableau se trouvait devant elle. Elle pensa que celle-ci devait vraiment être d'une grande importance pour être ainsi affichée. Peut-être avait-elle été ensorcelé par la créature géante du tableau ? Helwa recula à cette pensée et continua son exploration.
Elle parcouru tout le rez-de-chaussée de la pièce en s'assurant qu'il n'y avait personne. Elle admira toutes les couvertures des livres se tenant sur les étagères. Certaines étaient si vieilles qu'elles semblaient reposer sur ces étagères depuis des siècles ! D'autres étaient si précieuses qu'elles étaient ciselées de fils d'or pur.
Quand Helwa eut fait le tour, elle monta à l'étage. La pièce était encore plus belle vue d'en haut.
Par miracle elle trouva une section de livres écrits dans la langue commune qu'elle connaissait et pouvait lire. Tous ceux qu'elle avait vu en bas étaient écrits dans une langue et un alphabet inconnu et qui devaient être celui de la langue elfique.
Helwa choisit un ouvrage s'intitulant : Histoire de La Terre du Milieu. Elle prit en parallèle un livre de cartes géographiques. Elle les prit sous son bras et fit le tour du balcon. Elle avait remarqué un coin sombre au fond du deuxième étage où les livres étaient poussiéreux, certains cadenassés et peu utilisés. L'endroit ne devait pas être trop fréquenté.
Helwa se tassa dans un recoin entre deux parties de la grande bibliothèque. Celle-ci se séparait un moment pour laisser libre une petite fenêtre qui éclairait faiblement ce coin de l'étage. Helwa avait trouvé une très bonne cachette et allait pouvoir lire tranquillement.
Quand elle ouvrit le livre de cartes, elle resta stupéfaite. Les cartes étaient si belles ! Le papier était un peu jauni mais les cartes étaient d'une extrême finesse et ornées d'enluminures et de multiples dessins. Helwa caressa les pages du livre avec admiration. Elle n'avait eu que très peu de livres chez elle et ils étaient tous abîmés et de mauvaise qualité.
Elle tomba sur une carte détaillée de sa région. Helwa laissa traîner son doigt sur Bree puis le fit continuer jusqu'à Fondcombe. Puis elle tourna les autres pages avec avidité pour enfin savoir à quoi ressemblait vraiment la Terre du Milieu. Helwa découvrit avec enchantement tous les autres royaumes elfiques : Le Lindon qui s'étendait derrière les montagnes bleues au nord sur les côtes Ouest, celui de Vertbois-le-Grand au nord-est des monts brumeux et le royaume de la Lothlórien qui s'étendait également sur les flancs des monts brumeux un peu plus au sud que Vertbois-le-Grand.
Oh non les Elfes n'étaient pas une légende et les Nains encore moins ! Il y avait également des cartes sur les royaumes nains. Dans l'autre partie du livre, elle découvrit avec stupeur des cartes qui montraient des terres à l'ouest des montagnes bleues, englouties depuis plusieurs millénaires.
Elle connaissait vaguement l'existence d'un grand changement qui aurait bouleversé la géographie du monde car son grand-père lui racontait des histoires, mais jamais elle n'aurait soupçonné l'ampleur du territoire englouti.
Helwa s'attaqua ensuite avec enthousiasme à l'Histoire de la Terre du Milieu. Le livre était conséquent mais cela ne la découragea pas. Elle était si heureuse de pouvoir avoir enfin des réponses précises à toutes ses questions. Heureusement elle lisait facilement ce qui lui permettait d'aller assez vite.
Les heures s'égrenèrent rapidement et dès que quelqu'un faisait irruption dans la bibliothèque, Helwa cessait toute activité et retenait presque son souffle. Par bonheur, personne n'était encore monté jusqu'à sa cachette.
Elle n'avait pas encore fini le long chapitre sur le premier âge de la Terre du Milieu que la nuit était tombée et elle avait de plus en plus de mal à y voir clair. C'était assez compliqué à comprendre. Il y avait beaucoup de protagonistes, d'actions dans des lieux différents et surtout beaucoup de batailles. Helwa avait l'impression que l'histoire du monde se résumait presque en un mot : la guerre.
Quand elle arriva au deuxième âge, elle luttait pour ne pas fermer les yeux. La journée avait été riche en émotions et Helwa faisait travailler son cerveau et sa mémoire depuis plusieurs heures et elle fatiguait. Au bout du compte, elle s'assoupit sans même s'en rendre compte, le livre toujours ouvert sur ses genoux.
[1] Imladris est le nom donné par les Elfes à la cité de Fondcombe.
