67ème jour de Lairë (28 août), de l'an 1931
Ce furent les rayons du soleil et un bruit à la porte qui tirèrent Helwa du sommeil. Elle se redressa lentement sur le lit, se souvenant lentement où elle se trouvait.
Le bruit à la porte se fit entendre une fois encore. Quelqu'un frappait, manifestement :
—Vous pouvez entrer, marmonna-t-elle encore endormie.
Helwa se sentait encore cotonneuse. A regarder par la fenêtre, il était encore tôt. Elle n'avait donc pas dû dormir beaucoup avec toutes les émotions de la nuit. Elle était encore habillée de ses vêtements. Tous ses membres lui semblaient engourdis et certains légèrement douloureux, dû à sa position inconfortable dans la bibliothèque.
La veille, elle n'avait pas pris la peine de regarder la chambre que lui avait assigné le Prince Elladan mais elle était très belle et il y régnait cette même sensation rassurante qui régnait dans toute la cité elfique. Et ce n'était qu'une chambre pour les invités ! Elle n'osait imaginer la chambre royale de la dame Celebrian et du Seigneur Elrond.
Une femme Elfe rentra dans sa chambre. Elle tenait un plateau de nourriture et des serviettes de bain. Helwa la trouva très belle. Toutes les Elfes avaient apparemment un très beau visage, très fin et parfait, accompagné d'une grâce dans chacun de leurs mouvements.
Helwa ne voulut même pas penser à quoi elle devait ressembler tant la comparaison avec cette femme serait douloureuse :
—Bonjour, on m'a chargée de vous apporter votre petit-déjeuner et de préparer votre bain. Je me nomme Almiel, s'exclama-t-elle gaiement en souriant.
Almiel était grande et ressemblait à une femme adulte. Mais Helwa savait désormais qu'elle devait être bien plus vieille. Elle paraissait très gentille et très douce. Helwa lui sourit timidement en retour :
—Je m'appelle Helwa Isil. Je suis enchantée de vous rencontrer. Est-ce que votre prénom a une signification particulière ? Demanda-t-elle toujours curieuse.
—Je suis également très heureuse de vous rencontrer Helwa Isil. Mon prénom signifie « Félicité » en quenya et le vôtre signifie « lune bleue » au cas où vous ne le sauriez pas, expliqua la jeune femme en posant son plateau sur le lit, Mangez si vous voulez pendant que je prépare votre bain.
Helwa le remercia et Almiel se dirigea ensuite vers la salle de bain, laissant Helwa seule dans la chambre. Elle prit un fruit et le mangea, l'esprit ailleurs.
Son prénom était elfique. Était-ce pour cela que les Elfes s'étaient tous regardés, étonnés, quand elle avait décliné son identité la veille ? Parce que son nom était elfique ?
Helwa s'étira comme un chat, sur toute la longueur du lit. Elle avait vraiment bien dormi. Les lits elfiques étaient d'une douceur comme elle n'en avait jamais connu. Elle se sentait heureuse à cet instant. Son prénom n'était pas banal, il faisait partie de la culture elfique. Comment et pourquoi ? Elle n'en savait rien en revanche.
Helwa continua de manger avec appétit. Elle ne s'en était pas rendue compte hier mais elle avait vraiment faim. Elle avait mangé pour la dernière fois à midi, la veille. D'accord, elle ne mangeait pas beaucoup chez elle car il n'y avait pas profusion de nourriture mais quand même, son ventre commençait à réellement crier famine.
Au bout d'un moment, Almiel réapparue, toujours aussi souriante :
—Votre bain est prêt. Si vous voulez bien venir...
Helwa se leva du lit et se rendit dans la salle de bain devenue une étuve. Almiel avait fait chauffer de l'eau dans une baignoire et de la vapeur se formait déjà dans la pièce.
Quand elle passa devant le grand miroir, son reflet lui indiqua clairement qu'elle avait besoin de se laver entièrement. Son visage était un peu noirci par la caverne et sa chute, ses cheveux semblaient vraiment sales et elle ne parlerait pas de ses ongles noirs de terre. Elle ne devait pas sentir la rose non plus.
Tu fais honte à voir ! Comment as-tu pu discuter avec ces princes ? Tu es dégoutante comme d'habitude.
Helwa se désespérait elle-même et la petite voix semblait être agacée. Son grand-père lui répétait souvent que si elle voulait se marier, elle devrait être un tant soit peu plus féminine, qu'elle devait faire plus attention à son apparence.
Heureusement que je ne veux pas me marier, lui répondait alors Helwa en rigolant. Au moins comme ça je suis protégée.
C'est avec cette pensée qu'Helwa répondait à son grand-père que les hommes ne l'intéresseraient jamais et qu'elle préférait rester seule à parcourir le monde et le découvrir. Pourtant à cet instant elle aurait bien voulu échanger son apparence avec quelque chose de plus présentable.
Helwa attendit qu'Almiel sorte de la pièce pour se déshabiller et se laver mais cette dernière ne semblait pas vouloir sortir. Au contraire elle semblait vouloir rester :
—Heu... Vous restez ? Demanda-t-elle à Almiel, gênée.
—Oui, je suis à votre service. Pour que vous profitiez pleinement de votre bain, c'est moi qui m'en occupe. Détendez-vous et ne vous occupez de rien, lui répondit-elle pour la rassurer, voyant Helwa reculer et commencer à paniquer.
Helwa n'aimait pas, non détestait, l'idée de devoir se mettre nue devant une étrangère et de se faire laver par quelqu'un d'autre qu'elle. Comment quelqu'un pouvait avoir envie de poser les mains sur elle ? Elle s'étonna en revanche de la réception elfique. S'ils servaient ainsi une simple paysanne, comment traitaient-ils les invités de marque ?
—Mais... je suis sale... et je ne voudrais pas que... vous vous salissiez vous aussi, protesta-t-elle d'une petite voix.
—Ne vous inquiétez pas pour ça, sourit l'Elfe, j'ai vu des hommes rentrés d'une activité, bien plus sales que vous.
Helwa fut choquée, ses joues s'empourprant soudainement :
—Vous vous êtes occupée d'hommes ?
—Vous savez je m'occupe de beaucoup de personnes dans la cité et vous n'avez pas être gênée, la rassura Almiel, je ne juge jamais le corps des autres et ce que je vois dans cette salle de bain, restera dans cette salle de bain, si cela peut vous permettre de vous détendre.
Helwa plongea son regard dans celui d'Almiel pour juger de sa sincérité et fut rassurée de voir qu'elle semblait très sérieuse.
Elle se débarrassa des vêtements qu'elle avait emprunté la veille au Prince Elladan ou Elrohir, tout en lui lançant des regards furtifs pour jauger de ses réactions. Elle ne put s'empêcher de rougir de gêne. Helwa avait beau ne pas faire attention à son apparence et son physique, elle n'aimait pas son corps pour autant et rebutait à le montrer à qui que ce soit.
Helwa garda les bras croisés sur sa poitrine comme pour se protéger. Almiel la rassurait un peu mais ce n'était quand même pas un exercice facile que de se dévoiler à quelqu'un. Et dire qu'elle avait eu à sa charge des hommes. Helwa n'osait tenter de se mettre à sa place. Quelle gêne cela avait dû être ! Mais peut-être qu'ici la pudeur était moindre que chez elle ou simplement que les femmes et les hommes se mélangeaient plus facilement.
Almiel l'invita d'un geste de la main à entrer dans l'eau chaude. Helwa y entra doucement et le contact avec l'eau chaude la fit soupirer de délectation malgré la tension constante qui l'habitait. La jeune femme commença par laver ses cheveux en les massant doucement. Au départ Helwa se sentait tendue sous ses doigts mais Almiel était très douée et elle commença à se détendre et à apprécier :
—Est-ce courant de se couper les cheveux si courts chez vous ? Demanda Almiel très intéressée par la coiffure atypique d'Helwa.
—Non pas du tout, c'est plutôt le contraire. C'est juste que je trouve ça plus pratique.
Almiel ne répondit rien, concentrée sur ce qu'elle faisait mais par la suite elle répondit avec enthousiaste aux questions de la jeune fille. Lorsqu'Helwa lui demanda qu'elle était son rôle ici, Almiel expliqua qu'elle aimait passionnément s'occuper des autres. Alors elle était assignée aux invités, à leur bien-être. Quand elle avait du temps, elle le passait également aux maisons de guérison pour aider les guérisseurs.
Quand Helwa fut propre de la tête aux pieds, elle sortit de l'eau presque avec regret. Elle se sécha pendant qu'Almiel lui choisissait une tenue dans la chambre. Helwa se sentait propre et récurée des orteils jusqu'aux bouts des ongles. C'était très agréable et le parfum floral du savon restait sur sa peau et montait à son nez à chaque mouvement. Elle se promit de se laver plus souvent à l'avenir. Helwa n'avait jamais rechigné à se laver mais chez elle l'eau n'était pas aussi chaude et plutôt glacée alors elle préférait se laver en vitesse. C'était également nouveau pour elle d'avoir quelqu'un pour s'occuper d'elle.
Helwa passa ses mains dans ses cheveux pour les sécher. Vu qu'ils étaient très courts ils séchaient très vite et se coiffaient tout seuls ce qu'elle appréciait tout particulièrement.
Ensuite, la jeune fille rejoignit Almiel dans la chambre, une serviette enroulée tout autour d'elle. Cette dernière avait posé plusieurs robes sur le lit pour qu'Helwa fasse son choix. La jeune fille paniqua :
—Heu... Almiel...
—Oui ? Répondit-elle en se retournant.
—Auriez-vous ... autre chose... que des robes... pour m'habiller ?
Surprise par la demande, Almiel leva les sourcils :
—Vous êtes bien la première femme à me demander cela, fit-elle en rigolant doucement.
La réaction, pourtant sans méchanceté d'Almiel, mit Helwa encore plus mal à l'aise et elle baissa les yeux.
Tu serais affreuse dans ces robes. Ça ne t'irait pas du tout. Tu n'as aucune grâce de toute façon. La féminité n'est pas pour toi.
Helwa repoussa la petite voix, même si elle ne pouvait jamais ignorer ses paroles. Attristée de savoir que cette dernière avait raison, elle baissa les yeux vers les robes sur le lit. Oh elles étaient vraiment ravissantes et le tissu semblait doux et d'une texture inégalable mais ce n'était tout simplement pas pour elle :
—Hum... Je... Heu... Je préfère les pantalons, tenta-t-elle pour se justifier.
—Voyons ce que je peux trouver dans cette penderie alors.
Ce n'était pas un mensonge. Helwa ne se sentait pas elle-même dans une robe et elle avait l'impression que tout le monde pouvait voir à quel point cela ne lui allait pas et à quel point elle n'avait aucune grâce dans ses mouvements dans un tel accoutrement.
Almiel réussit à dénicher une tenue composée d'un pantalon vert, d'une tunique vert clair et de bottes de cuir souple montante aux mollets. Encore une fois Helwa ne pouvait que constater la qualité des vêtements elfiques quand elle les enfila. Elle sortit ensuite de sa chambre après avoir remercié une énième fois Almiel. Elle avait envie de prendre l'air.
