Helwa déambulait dans les couloirs sans vraiment savoir où elle allait. Elle avait décidé de visiter un peu la cité vue qu'elle n'était plus « activement recherchée ».

La jeune fille avait aussi pensé à s'enfuir par où elle était venue le plus rapidement possible mais quelque chose l'avait retenue. Sa conscience l'avait titillée. Avait-elle vraiment envie de retourner d'où elle venait ? Helwa s'était mordu la lèvre, fortement indécise. Elle n'avait aucune envie de retourner dans son village où tout lui donnait immédiatement envie de s'enfuir à nouveau.

Pourtant il y avait cette notion de devoir qui la rattachait à son grand-père sans qu'elle ne comprenne comment s'en débarrasser. Elle ne voulait pas se marier ! Elle ne voulait pas rester dans une maison avec des enfants toute sa vie ! Elle ne voulait pas reprendre ses terres ! Maudite soit la culpabilité qui l'habitait ! Celle-ci s'étiolait doucement au fil du temps mais Helwa sentait parfois le poids de la culpabilité peser sur elle comme un reproche latent et cela la rongeait.

La jeune fille avait donc décidé de profiter de cet endroit jusqu'à ce qu'on la renvoie chez elle. Car c'était ce qui aller arriver n'est-ce pas ? Ils n'allaient pas garder une fille comme elle dans leur cité parfaite. Et, Helwa pouvait se promener l'esprit tranquille désormais. Elle était rassurée. Les Elfes n'embrouillaient pas les esprits d'après le Prince Elladan.

Malgré le fait qu'il était tôt, Helwa croisa plusieurs Elfes qui s'affairaient déjà à leurs occupations. Ils la dévisageaient à chaque fois ce qui mit Helwa assez mal à l'aise. Elle se sentait comme une tâche criarde sur un magnifique tissu immaculé. Elle chercha rapidement un endroit où être seule pour pouvoir se soustraire à ces lourds regards.

Helwa arriva au-dehors dans un magnifique jardin peuplé par des dizaines d'espèces de fleurs, principalement des roses de différentes couleurs. Elle marcha lentement dans les allées de cette magnifique roseraie puis s'assit sur un banc de pierre en respirant l'odeur des fleurs. En cette fin d'été, les journées étaient encore douces et ensoleillées. Helwa aimait passionnément l'été. Il faisait chaud, le soleil se levait tôt, se couchait tard et elle pouvait rester plus longtemps dehors, loin de ses responsabilités.

Helwa s'était attendue à du bruit dans les couloirs de la cité sous l'agitation matinale de toutes ces personnes affairées à leurs tâches et activités mais les Elfes étaient un peuple silencieux. Cependant cela ne la surprenait pas plus que cela. Un soir, un voyageur s'était targué d'avoir passé plusieurs jours en la compagnie d'Elfes et il avait fait l'exposé de ses découvertes sur leur caractère :

« Si un jour vous avez le privilège d'en rencontrer, sachez que les Elfes sont toujours très gracieux. Ils sont d'une grande prestance qui peut aussi ressembler à un grand orgueil drapé dans de la dignité, avait-il alors expliqué. Ils font attention à ne jamais perdre le contrôle de leurs émotions. Ils sont peu démonstratifs et sont souvent bien élevés et discrets, calmes et réfléchis. On ne surprend pas un Elfe car il vous sentira toujours arriver grâce à ses sens aiguisés. Grâce à cela ils sont de très bons chasseurs car extrêmement silencieux. »

Il avait ensuite enchaîné sur les Nains. Helwa trouvait que le voyageur n'avait pas tort. De ce qu'elle en avait vu, les Elfes semblaient être des êtres calmes, silencieux et réfléchis. Même elle, très agitée et anxieuse, se sentait quelque peu plus calme dans cette cité. Helwa réfléchissait également beaucoup plus à ses paroles pour bien les prononcer et s'exprimer clairement.

Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, la jeune fille se sentit observée. Elle tourna la tête vers sa droite et vit un des deux princes non loin d'elle, s'approchant dans le plus grand des silences. Quand il fut à sa hauteur, il la salua en s'inclinant légèrement tandis qu'Helwa se leva de son banc et l'imita :

—Bien le Bonjour Helwa Isil.

—Bonjour prin... Elladan... Et hum... appelez-moi Helwa s'il vous plaît. Ce sera plus simple.

—Avec plaisir Helwa, fit-il avec un sourire. Je constate que la lumière du jour vous sied aussi bien que celle de la lune.

Ses paroles, lancées avec désinvolture, firent rougir Helwa jusqu'aux oreilles. Personne n'avait jamais osé lui faire un tel compliment. Elle ne savait pas comment le prendre. Était-il simplement poli ? Se moquait-il d'elle ?

D'un geste il l'invita à marcher à ses côtés dans les allées de la roseraie :

—Je pensais vous surprendre, avoua-t-il, Peu de personnes peuvent échapper à notre discrétion.

—Simple question d'entraînement, je suppose, répliqua Helwa modeste, Je me suis beaucoup entraînée en forêt.

—Vous chassez ? S'exclama le Prince Elladan surpris.

Cette fois-ci Helwa affronta son regard presque avec défi :

—Oui. Depuis six ans déjà. J'ai appris seule.

—Vous appréciez donc cette discipline ? Supposa-t-il naturellement.

—Je chasse pour survivre prince. Nous n'avons pas tous la chance de naître noble.

Helwa avait parlé distinctement, sans aucune agressivité, simplement pour mettre les choses au clair. Le prince acquiesça tranquillement :

—Bien sûr, je comprends. Mais vos parents ne travaillent-ils pas pour gagner leur vie ?

Helwa passa nerveusement une main dans ses cheveux. Elle n'avait pas vraiment envie d'étaler sa vie familiale, compliquée de son point de vue, devant un parfait inconnu rencontré la veille :

—Mes... Mes parents sont morts quand j'avais deux ans. Une maladie apparemment.

Helwa avait essayé de paraître neutre et détachée mais elle avait dû paraître mal à l'aise. Malgré le fait qu'elle affirmait à qui voulait bien l'entendre qu'elle se fichait qu'ils soient décédés, ne pas avoir connu ses parents lui manquaient. C'était comme un vide et elle s'y était simplement habituée. Elle aurait bien aimé les connaître pour savoir si elle leur ressemblait un peu. Peut-être se serait-elle sentie moins seule et moins différente ?

Son grand-père lui parlait très peu d'eux et Helwa avait rapidement compris qu'il valait mieux ne pas poser de questions :

—Vous êtes donc orpheline.

Ça n'était pas une question. Pas pour le Prince Elladan. Juste une simple remarque. Pourtant Helwa y réfléchit en silence. Était-elle orpheline ? Elle avait son grand-père qui l'avait élevée comme sa fille mais était-elle rattachée lui comme un enfant à ses parents ? L'avait-il vraiment comme un père ?

—Ce... Ce n'est pas... vraiment cela. C'est un peu plus compliqué, répondit-elle.

—Je suis tout ouïe, déclara-t-il en lui souriant.

Helwa rougit violemment et détourna le regard pour fixer une fleur sur le côté, perturbée par ses paroles. Il voulait l'écouter raconter sa vie ? Lui ? Il devait avoir bien mieux à faire que l'écouter elle, parce qu'elle était ...

Pathétique, ennuyeuse, sans intérêt.

—Je... je ne suis pas sûre que cela soit très intéressant prince, et je ne vous connais que depuis moins d'une journée. Je crois que cela serait un peu... inapproprié.

Extrêmement gênée, Helwa avait laissé la phrase mourir sur ses lèvres, murmurant ses derniers mots. Dès que l'attention était centrée sur elle, Helwa se recroquevillait comme une huître et depuis hier soir beaucoup trop de personnes s'étaient souciées de sa petite personne. Helwa avait l'habitude de passer des jours entiers sans aucun contact humain, cachée dans la forêt. Elle se comparait à un animal sauvage, libre, indépendant, mais aussi solitaire et parfois agressif :

—Vous ne me connaissez peut-être pas depuis très longtemps mais c'est la deuxième fois que vous vous retrouvez en ma compagnie en moins d'une journée. Je prends cela comme un signe des Valar.

Helwa fut surprise par sa réaction. Elle s'attendait à ce que le prince soit offusqué par sa rebuffade mais il semblait au contraire s'en amuser. Rassurée et enhardie, elle continua sur la même lancée et décida de s'amuser elle-aussi :

—Vous en êtes le seul responsable Prince Elladan. C'est vous qui êtes venu à moi.

—Cela en valait la peine, croyez-moi. Et appelez-moi Elladan, je vous en prie. Comme je vous l'ai dit hier je préfère cela à mon titre.

Helwa rougit au compliment à peine dissimulé qui lui était fait. Si elle n'avait pas des dizaines de raisons de penser le contraire, elle serait encline à croire que le Prince Elladan lui faisait du charme. Mais comme cela était impossible, elle s'interrogeait sur la raison de ce comportement.

Bien que le prince l'ait mise de nombreuses fois mal à l'aise, consciemment ou non, Helwa ne pouvait nier qu'elle appréciait de se promener en sa compagnie surtout dans un si bel endroit. L'Elfe dégageait une telle assurance et un tel calme qu'Helwa se sentait elle-aussi apaisée à marcher à ses côtés :

—Pour tout vous dire je suis venu à vous car je vous cherchais depuis un moment, l'informa le Prince Elladan. Je suis passé à votre chambre ce matin mais Almiel m'a informé que vous veniez de partir.

—Vous connaissez Almiel ?

—Oui bien sûr, elle s'est occupée de moi et d'Elrohir quand nous étions plus jeunes.

—Elle... elle est plus âgée que vous ?

Toute cette histoire d'immortalité et de jeunesse éternelle embrouillait Helwa. Cela allait à l'encontre de toute logique et de tout ce qu'elle pensait savoir :

—Oui. Je suis loin d'être le vieil Elfe de la cité vous savez. De nombreux Elfes le sont bien plus. Mon maître d'armes par exemple est revenu en Terre du Milieu après avoir été tué par un Balrog et être allé sur les Terres Immortelles.

—Qu'est-ce qu'un Balrog ? S'enquit Helwa, toujours avide de connaissances.

—Une ancienne créature de l'ombre, un Maia du feu. Leur nom signifie « Démon de puissance » dans notre langue et se dit Valaraukar. Ils ont la forme d'immenses démons de feu entourés d'ombre, armés d'une épée enflammée et d'un fouet de feu. Morgoth les a détournés de leur mission première et les a corrompus. Il en a fait des fléaux que toutes les races de cette terre craignent plus que tout. Il est extrêmement dur de les tuer. Mon maître d'armes est l'un des rares à avoir réussi.

Helwa frissonna à la description d'une telle créature de ténèbres :

—Où se trouvent-ils ? Pouvons-nous en rencontrer dans cette région ?

—Il n'en existait que sept et presque tous ont été tués durant la guerre de la Grande Colère, il y a très longtemps, par les invincibles légions des Valar. On dit qu'un ou deux se seraient cachés profondément dans les entrailles de la terre mais cela fait des millénaires que personne n'en a entendu parler et cela est plus une légende qu'une réalité maintenant.

Après cela, Helwa resta silencieuse un moment, tentant d'imaginer une telle créature semblant tout droit sortir d'un conte pour faire peur aux enfants. Pourtant elle savait qu'elle pouvait faire confiance au prince. Les Elfes en savaient beaucoup plus que les Hommes, sûrement grâce à leur immortalité qui leur permettait de conserver un savoir très ancien.

Puis la raison de la présence du prince à ses côtés lui revint en mémoire :

—Pourquoi me cherchiez-vous ? Le Seigneur Elrond me demande-t-il ? Demanda-t-elle soudain inquiète.

—Oui, mon père a demandé à vous voir et je suis chargé de vous emmener jusqu'à son bureau. Cependant il restait du temps et je voulais vous faire visiter la cité. Mais vous avez réussi à trouver un des plus endroits.

—Tout est beau ici. Nous aurions pu nous promener n'importe où.

—J'avoue ne jamais avoir vu de cité humaine mais on dit que Minas Anor [1], la cité blanche en Gondor est magnifique.

Ils continuèrent à marcher un moment dans les allées en silence. Helwa savoura ce qu'elle pensait être ses derniers instants dans cette cité avant d'être renvoyée tout droit chez elle. Puis sa fascination pour les magnifiques fleurs qui l'entouraient et le cadre idyllique de la cité s'estompa quelque peu et Helwa se surprit à observer le Prince Elladan à la dérobée, par des coups d'œil furtifs.

Si les femmes Elfes étaient belles et gracieuses, les hommes étaient grands, droits et également très beaux de visage. Helwa arrêta rapidement de le regarder, se sentant comme une petite fille ayant peur de se faire prendre sur le fait et reconcentra son attention sur le ciel. C'est en le contemplant qu'Helwa se souvint alors d'une question qu'elle s'était posée dans sa chambre :

—Pr... Elladan, Almiel m'a appris que mon prénom était elfique et qu'il signifiait... « lune bleue ».

L'interpellé lui sourit :

—Effectivement. Helwa pour bleue et Isil pour la lune. Ces mots appartiennent au quenya, une des nombreuses langues elfiques. Mon peuple, les Noldor, la parlent couramment. Elle est très utilisée en littérature.

Comment ses parents avaient-ils pu connaître des mots de cette langue ? Helwa n'y comprenait vraiment rien :

—Est-ce pour cela que vous aviez tous l'air surpris, hier, lorsque j'ai décliné mon identité ?

—Oui. Ce n'est pas courant de rencontrer une humaine portant un prénom en quenya.

—Comment expliquez-vous cela ?

Le prince haussa les épaules, désinvolte :

—Et bien je suppose que vos parents ont dû avoir des rapports avec des Elfes avant votre naissance.

Helwa resta sceptique quant à cette réponse. Elle connaissait sa condition et il lui semblait très peu probable que ses parents aient rencontré des Elfes :

—Pourquoi « lune bleue » ? Cela a-t-il une signification particulière ?

—C'est une nuit particulière qui survient une ou deux fois par an. Rána se teinte d'une magnifique couleur bleue.

Rána ?

—Oh excusez-moi ! Mes habitudes ont repris le dessus. Mon peuple nomme la lune Rána l'Indocile car le trajet de la lune dans le ciel est chaotique. Le soleil lui se nomme Vása le cœur de flammes, qui éveille et consume.

—C'est très beau, murmura Helwa en acquiesçant.

Elle appréciait la vision poétique que les Elfes semblaient avoir du monde. Cela lui changeait du pragmatisme humain qu'elle connaissait.

Helwa se rendit compte qu'ils étaient sortis des jardins pour retourner dans la cité et qu'elle avait suivi le prince sans s'en rendre compte. Une boule se noua dans son ventre quand ils s'arrêtèrent devant une grande porte en bois décorée de métal. Le prince s'avança et posa la main sur la poignée en se retournant vers Helwa :

—J'ai à parler à mon père avant que vous n'entriez. Attendez ici je vous prie, fit-il très poliment.

—Bien sûr, répondit Helwa plus nerveusement qu'elle ne l'aurait voulu.

Quand son interlocuteur eut refermé la porte, l'angoisse d'Helwa augmenta d'un cran et elle commença à se balancer sur ses jambes et à se tordre un peu les mains. Lorsque le Prince Elladan revint, Helwa fut à la fois soulagée de voir un visage souriant et plus inquiète encore alors que l'entretien se tenait littéralement à ses pieds. Elle tenta du mieux qu'elle put de cacher sa nervosité et son inquiétude pour se donner une contenance.

Le prince semblait toujours aussi calme et gai même s'il affichait une mine sérieuse de circonstance. Helwa entra dans la pièce et à sa grande surprise il la suivit également. Helwa aurait préféré être seule, étrangement le fait qu'il assiste à l'entretien la mettait légèrement mal à l'aise.

En entrant, Helwa fut émerveillée par la multitude de grandes fenêtres en enfilade qui laissaient rentrer la lumière du soleil et les bruit du dehors. La pièce était grande, haute de plafond et une imposante bibliothèque de bois couvrait tout le mur opposé aux fenêtres.

Son regard se posa alors sur les deux personnes en grande discussion, se tenant debout devant un grand bureau où de nombreux parchemins étaient minutieusement empilés. Elle reconnut le Seigneur Elrond mais pas l'Elfe qui se tenait dos à elle. Il était grand, avec des cheveux longs, fins et blonds comme les blés. Son armure, bien que légère accentuait sa carrure et le rendait plus impressionnant encore, même vu de dos.

Le Prince Elladan s'était placé en retrait près de la porte. Il ne devait pas avoir l'intention d'apporter son concours à la discussion. Lorsque le Seigneur Elrond la remarqua, il stoppa sa discussion et se détacha de son précédent interlocuteur :

—Ah Helwa Isil ! Je vous attendais. Je parlais justement de vous avec Glorfindel.

Helwa se courba légèrement pour saluer le seigneur de la cité. Il lui fit signe de s'approcher mais à peine avait-elle fait un pas qu'elle reconnut l'Elfe nommé Glorfindel qui s'était retourné vers elle. Helwa se raidit instantanément. Il était l'un des deux Elfes qui l'avaient prise en chasse dans les couloirs la veille :

—Helwa Isil ne vous inquiétez pas, déclara le Seigneur Elrond, le Seigneur Glorfindel ne va pas vous poursuivre dans nos couloirs une nouvelle fois. Alors approchez-vous car j'ai à vous parler.

Contrainte la jeune fille s'approcha, tout en gardant un œil sur l'Elfe :

—Jeune fille, je vous avoue que je m'apprêtais, il y a quelques minutes, à vous renvoyer chez vous dans votre village sans plus de cérémonie étant donné que vous vous êtes introduite dans notre cité de la plus illégale des façons.

Helwa avala difficilement sa salive et suivait le Seigneur Elrond des yeux alors qu'il se déplaçait lentement dans la pièce, sa longue robe pourpre miroitant sous le soleil. Il parlait calmement, d'une voix posée, mais inspirait une autorité indiscutable :

—Cependant certaines informations qui m'ont été données peu de temps avant votre arrivée m'ont fait reconsidérer cette option.

Interloquée par ses paroles, Helwa tourna vivement la tête vers le Prince Elladan derrière elle qui lui fit un clin d'œil et lui lança un sourire amusé qui laissait penser qu'il en savait beaucoup plus qu'elle sur cette affaire. Helwa fronça les sourcils mais ne dit rien, se contentant de recentrer son attention sur le Seigneur Elrond qui reprit la parole :

—Mais avant de me décider je souhaiterais vous poser quelques questions et je vous demande d'y répondre sincèrement.

—Tout ce que vous voudrez Seigneur Elrond, répondit le plus affablement possible Helwa.

Ce dernier acquiesça :

—J'ai appris par mon fils que vous étiez orpheline. Vous n'avez donc pas d'attaches dans votre village ? Des amis ou d'autres proches ?

A ces mots, Helwa ne put s'empêcher de se retourner et de lancer un regard noir au prince qui ne cilla même pas. De quel droit exposait-il sa vie privée ainsi ?

Ensuite Helwa réfléchit à la question. Evidemment elle avait son grand-père mais elle ne se sentait plus en accord avec lui depuis très longtemps. Elle ne ressentait plus rien pour lui à part beaucoup de colère et était tiraillée par un sentiment de devoir dont elle voulait se débarrasser pour se sentir enfin libre. Avoir une attache signifiait être attaché à quelqu'un non ? Eh bien Helwa réfléchit un instant et la réponse fut rapidement trouvée. Elle n'avait personne, n'était attachée à personne et ne souhaitait que s'émanciper d'un entourage qui l'avait fait souffrir toute son enfance :

—Non je n'ai personne. Je passe la plupart de mon temps en vadrouille dans la forêt seigneur, répondit-elle d'une voix posée.

Enoncer ce fait à voix haute fut moins dur qu'elle ne l'aurait imaginé :

—Oui j'ai entendu parler de cela. Vous savez chasser c'est cela ? Quelle arme utilisez-vous ?

Helwa se permit de le regarder en haussant un sourcil, mi-étonnée mi-amusée par la question. Pensait-il vraiment qu'elle avait le loisir de choisir une arme, même d'en posséder une ?

—Mon corps et un petit couteau. Je ne possède aucune arme seigneur. Je n'en ai pas les moyens.

Le Seigneur Elrond ne s'offusqua pas de la remarque légèrement ironique sur sa condition et continua :

—Vous semblez animer d'une grande curiosité jeune fille et vous savez lire. Qu'avez-vous envie de connaître ?

Helwa fronça les sourcils. Toutes ces questions semblaient ne pas avoir de lien entre elles et Helwa ne voyait pas à quoi elles pourraient bien servir :

—Tout ce que je pourrais apprendre je suppose, fit-elle dubitative. Tout m'intéresse et comme je ne sais pas beaucoup de choses, de nombreuses connaissances me sont encore inconnues. Je crois que le savoir est la meilleure arme pour aborder le monde. Malheureusement pour moi mon arme est encore minuscule, ajouta-t-elle en souriant légèrement en imaginant la taille du savoir elfique qui devait avoir la taille d'un arsenal !

Le Seigneur Elrond se tourna alors vers le Seigneur Glorfindel qui jusqu'alors n'avait pas prononcé le moindre mot et s'était contenté d'observer :

—Qu'en penses-tu ? Lui demanda le Seigneur Elrond, Penses-tu que cela en vaille la peine ?

Helwa croisa les bras sur sa poitrine, mal à l'aise et offusquée qu'ils parlent d'elle comme si elle n'était pas dans la pièce à quelques mètres d'eux :

—Elle a du potentiel et je pourrais commencer sans problème avec elle. Pas aujourd'hui car je suis occupé mais demain avec les autres. Je suis sûr qu'Ardamir sera ravi de prendre en charge son éducation. Il s'ennuie énormément en ce moment. Il n'a que la bibliothèque et les papiers officiels pour s'occuper.

Helwa se retourna vers le Prince Elladan, complètement perdue, se demandant ce qui allait se passer en ce qui la concernait. Son sourire amusé toujours sur les lèvres, il lui fit signe d'attendre encore un peu, ce qui agaça légèrement la jeune fille. N'avait-elle pas déjà assez attendu ?

—Helwa Isil, ma proposition est donc la suivante, déclara le Seigneur Elrond après s'être détourné du Seigneur Glorfindel, je vous accorde ma protection pour que vous résidiez ici pour apprendre à vous battre et pour vous donner une éducation. Le Seigneur Glorfindel a accepté de vous prendre comme élève et le Seigneur Ardamir sera votre précepteur. Vous devrez faire preuve d'assiduité cependant et respecter les lois de ma cité ou sinon je me verrais dans l'obligation de revoir mon serment.

Helwa n'en cru pas ses oreilles. On lui proposait d'apprendre à combattre et de lui enseigner. Elle résista à la tentation de se pincer pour se persuader qu'elle ne rêvait pas. Le Seigneur Elrond avait l'air extrêmement sérieux et attendait une réponse :

—Seigneur Elrond c'est un honneur immense que vous me faites aujourd'hui et je vous en serais à jamais reconnaissante. Je tâcherais de m'en montrer digne et de ne pas décevoir le Seigneur Glorfindel ni le Seigneur Ardamir.

—Remerciez plutôt mon fils. C'est lui qui m'a soumis cette idée. Je n'y aurais pas songé sans son concours dans cette affaire.

Helwa fit volte-face et vit le Prince Elladan s'incliner légèrement vers elle :

—A votre service...

Helwa n'y croyait pas. Elle n'osait même pas envisager tout ce que cette proposition représentait. Vivre ici, entourée de personnes savantes et parfaites, loin de chez elle et de tout ce qu'elle avait toujours détesté. Elle aurait voulu laisser son excitation s'exprimer mais elle se contint devant les personnes présentes dans la salle :

—Ah oui, j'oubliais, ajouta le Seigneur Elrond, Vous êtes conviée ce soir à notre table. Mes fils vous indiqueront l'heure et l'endroit. Je vous souhaite une bonne journée.

—Je vous en remercie, bonne journée à vous aussi seigneur, répondit Helwa.

Cette dernière annonce transforma l'excitation d'Helwa en angoisse. Elle ne se voyait pas du tout dîner en présence des seigneurs de cette cité. Ce n'était pas sa place. Elle n'avait aucune éducation et allait se ridiculiser. Faire un seul faux pas, c'était dire adieu à la proposition du Seigneur Elrond assurément et Helwa ne doutait pas qu'elle en ferait, des erreurs. Comment pouvait-elle mériter une telle place ? Elle n'était rien.

Cependant Helwa ne dit rien, ne montra rien et recula dans la salle jusqu'à la porte, ignorant son soudain mal de ventre et l'angoisse dans sa gorge. Quand elle avisa le Prince Elladan derrière elle, la suivant pour la rattraper, elle jura intérieurement. Ne pouvait-elle pas être tranquille juste quelques minutes le temps d'évacuer son stress ?

Heureusement pour elle, il ne posa aucune question et la laissa penser à son problème, se contentant de marcher à ses côtés en silence. Helwa n'osait pas lui dire qu'elle aurait voulu être seule. Il était prince et il venait de faire beaucoup pour elle en quelques heures à peine.

Seul problème, il suivait Helwa et Helwa ne savait pas du tout où elle allait. Elle marchait juste et elle se perdrait s'il ne reprenait pas les rennes bientôt.

Alors qu'elle commençait à se demander comment aborder la conversation, ce fut lui qui lui adressa la parole en premier :

—Puisque vous restez désormais, il serait grand temps que vous visitiez toute la cité qu'en pensez-vous ?

—Oui bien sûr, si cela ne vous dérange pas. Je ne veux pas prendre le dessus sur vos occupations.

—Vous ne le faites pas, sourit-il, si je vous le propose c'est bien que cela ne me dérange pas, non ? Suivez-moi. Nous en avons pour quelques heures.

Helwa le suivit de bonne grâce, espérant que cela lui changerait les idées.


[1] Minas Anor est le nom de Minas Tirith à cette époque du troisième âge. Elle ne prendra ce nom qu'en l'an 2002.