La visite fut, comme prévu, longue. Ils traversèrent Fondcombe du Nord au Sud et d'Est en Ouest, marchant pendant plusieurs heures jusqu'au milieu de l'après-midi. Le Prince Elladan l'emmena visiter tous les différents jardins, marcher sur de petits ponts au-dessus de ruisseaux ou encore se promener aux abords de la forêt bordant le côté Ouest de la cité. Il l'amena aux pieds des immenses cascades de la vallée puis lui fit visiter les forges elfiques, les maisons de guérison, l'aire d'entraînement, et tout l'intérieur de la cité, dans les couloirs, les salles et les patios.

Helwa n'avait jamais rien vu d'aussi beau. Tout était nouveau. Les forges la fascinèrent. La façon dont le métal se transformait entre les mains expertes des forgerons elfiques pour devenir de magnifiques objets ou des lames affutées et parfaitement équilibrées était impressionnant. Les cascades la subjuguèrent car elle n'en avait jamais vu auparavant et elle s'émerveilla de la finesse de la décoration elfique en marchant dans les couloirs de la cité.

Pourtant le soir approchant à grand pas (il était déjà plus de quinze heures), l'angoisse d'Helwa augmentait, ne l'ayant pas quittée de la journée et elle commença à moins parler et à intérioriser ses réactions. Helwa regardait toujours aussi attentivement autour d'elle mais se renfermait sur elle-même, délaissant son guide qui le remarqua :

—Vous êtes bien silencieuse depuis quelques temps. Seriez-vous fatiguée ? Vous pouvez me demander à tout moment de vous ramener à votre chambre.

Surprise de sa sollicitude, Helwa sortit de ses pensées angoissantes :

—Oh non, pas du tout prince ! Tout va bien. Je suis désolé de vous inquiéter. Où nous rendons-nous maintenant ?

—A un lac en contre-bas d'une des cascades. Mon frère et ma sœur s'y rendent souvent en fin d'après-midi. Nous aurons peut-être la chance de les y rejoindre, si vous le voulez bien sûr.

—Avec plaisir Prince Elladan.

—Elladan. Juste Elladan s'il vous plaît.

—Oui bien sûr. Veuillez m'excusez.

—Il n'y a pas de mal, répondit-il toujours aussi attentionné, Tout ce changement doit être très déstabilisant pour vous n'est-ce pas ?

—Ce n'est pas le monde où je suis censée me trouver. Je n'appartiens pas à votre milieu privilégié, fit remarquer Helwa, morose.

Le Prince la fixait maintenant avec intérêt :

—Mais vous le pourriez, cependant, affirma-t-il avec un grand sérieux.

Le prince joyeux de faire visiter sa cité à une étrangère disparut en un clin d'œil pour laisser place à un homme érudit, sage et réfléchi :

—Je ne vois pas comment, répliqua Helwa avec une pointe d'ironie, je suis née paysanne et pauvre, je connais ma place et elle n'est pas ici même si je le désire ardemment.

—Dites-moi : qu'est-ce qui différencie un prince d'un simple paysan si ce n'est son éducation ? Demanda très sérieusement le Prince Elladan, La position sociale n'est jamais fixée et unique. Le savoir permet d'évoluer et de grandir. Tout est une question de volonté à mon avis. Comme vous l'avez si bien dit dans le bureau de mon père : « le savoir est la meilleure arme pour aborder le monde ». Très belle phrase d'ailleurs, si je peux me permettre. Vous l'avez sûrement convaincu avec ces quelques mots.

Helwa réfléchit un moment, cherchant d'autres points de différence mais chacun d'eux se rapportaient effectivement à l'éducation. Vaincue, elle hocha la tête. Cependant elle pensait toujours impensable de voir sa présence au dîner de ce soir :

—De mon humble point de vue, continua le prince, je pense sincèrement que vous avez les capacités pour obtenir une éducation digne de ce nom, même si comme vous dites « nous ne nous connaissons que depuis une journée ». Vous me semblez mature, vive, intelligente et curieuse. Etant un homme de savoir, je pense qu'il serait regrettable de laisser passer la chance de développer vos capacités et de satisfaire votre curiosité. Il n'est pas de pire méchanceté que de laisser une personne dans l'ignorance à mon avis.

Encore une fois, comme toujours au moindre compliment, les joues d'Helwa s'empourprèrent et elle trouva soudainement que le paysage à côté d'elle était passionnant. On ne lui avait jamais fait autant d'éloges en si peu de temps, surtout sur son intellect. C'était l'inverse normalement. Helwa avait beaucoup de mal à s'imaginer tel qu'il la décrivait.

Faible, stupide, sans aucun intérêt.

La petite voix l'empêchait de toute manière de se faire trop d'espoir et la remettait toujours à sa place. Aucun doute pour elle d'oublier ce qu'elle était réellement. Pour une fois Helwa l'aurait remerciée. Depuis hier, trop d'éloges lui étaient faites et elle avait failli y croire. La désillusion aurait été brutale :

—Serait-ce pour cette raison que vous avez fait cette proposition à votre père ?

—Bien sûr ! S'exclama le prince. Et pour tout vous dire, j'apprécierais, quand vous vous serez installée ici, que vous me parliez de vous, de votre culture et de vos croyances aussi. Je souhaite en savoir plus sur votre peuple. Les livres ne sont pas toujours aussi exhaustifs que l'on pourrait le croire.

—Hum... je ne suis pas sûre d'être la mieux qualifiée pour vous renseigner et je ne vois pas en quoi vous parler de moi vous éclairera.

Helwa s'était raidie dès que le prince avait prononcé ces mots. Parler d'elle ? Non sûrement pas !

—Simplement parce que je désire mieux vous connaître. Ne pensez pas que je n'ai pas remarqué avec quelle dextérité vous avez évité de me parler de votre famille ce matin.

—Pourquoi parler de vous semble-t-il si difficile ? Demanda alors le prince Elladan d'un ton plus doux.

Cette fois, Helwa fixait ses pieds, plus mal à l'aise que jamais, plus encore qu'au moment où son grand-père lui avait fait rencontrer « un prétendant » un après-midi. La question ne pourrait cependant pas être évité par une pirouette cette fois-ci :

—Ce que je ressens n'intéresse pas les autres, c'est tout, murmura-t-elle.

—C'est important de se confier, déclara le prince d'un ton docte, cela permet d'établir un lien de confiance et surtout de soulager son âme de tourments parfois trop lourds à porter seul.

Helwa s'imprégna des paroles du prince en fermant les yeux. Un de ses rêves d'enfant avait été d'avoir un confident, un ami à qui elle aurait pu faire confiance et raconter tous ses doutes, ses peurs, ses joies sans peur d'être rejetée. Combien de fois avait-elle rêvée d'une présence à ses côtés quand elle partait seule en forêt avec qui partager ses aventures ?

Avec le temps, Helwa avait renoncé à ce rêve de petite fille et avait simplement appris à ne pas s'écouter. Elle avait apprivoisé la solitude et l'appréciait presque désormais. Et puis la petite voix était comme une amie. Elle était là depuis si longtemps maintenant.

Pourtant les paroles du prince réveillèrent ce désir enfoui au fond d'elle et sans qu'elle ne puisse le retenir, une vague de tristesse et d'impuissance la submergèrent totalement lui faisant monter les larmes aux yeux. Helwa ferma précipitamment les yeux pour les retenir et ne pas pleurer devant le prince. Sa tristesse ne sembla passer inaperçue cependant :

—Auriez-vous quelques tourments que vous auriez gardés pour vous tout à l'heure ? demanda alors le prince suspicieux.

Helwa soupira. Peut-être que si elle lui expliquait pour ce soir, il la laisserait tranquille ? C'était à tenter. Le pire était qu'au fond d'elle, Helwa brûlait de déverser tout ce qu'elle avait sur le cœur à la première personne qui lui proposerait mais quelque chose en elle la retenait. L'habitude sûrement et la peur d'être jugée également. Pendant de nombreuses années, elle avait espéré que quelqu'un, son grand-père en particulier, lui pose une telle question. Elle n'était jamais venue alors Helwa n'avait jamais rien dit :

—Le... Le dîner de ce soir m'inquiète un peu, avoua-t-elle à regret, je... ne connais pas vos us et coutumes alors je suis... enfin j'ai peur de faire une erreur et que votre père regrette sa décision et la retire. Je... Je vais faire tâche parmi vous. Ce n'est pas ma place.

—Je comprends mieux votre revirement d'humeur à la suite de votre entretien avec mon père. Vous sembliez plus renfermée sur vous-même.

Il s'arrêta alors face à elle et Helwa suivit le mouvement, étonnée. Elle leva les yeux vers lui et rencontra son regard. Elle ne put le lire. Il lui semblait voir une pointe d'amusement, du sérieux, de la sollicitude et ce quelque chose d'indescriptible qui la faisait rougir comme une enfant à chaque fois :

—Helwa, je crois que vous n'avez pas bien saisi toutes les implications de la proposition de mon père. Si vous restez ici vous serez désormais sous sa protection et vous pourrez rester ici autant de temps que vous le désirez. Vous êtes ce qu'on pourrait appeler sa « pupille » maintenant. C'est un statut que l'on accorde peu car il se présente peu d'occasion mais cela implique de vous éduquer comme une Elfe, au combat comme à l'Histoire, la Géographie, la Botanique et bien sûr notre langue et de nombreuses autres disciplines. Comprenez-vous ?

Helwa acquiesça, pas vraiment sûre de savoir où le prince voulait en venir :

—Vous possédez un statut privilégié désormais. Vous n'êtes pas noble mais vous avez tout à fait votre place à notre table surtout si l'invitation émane de mon père lui-même. Il est parfaitement conscient que vous pouvez faire des erreurs de protocole et c'est votre nouveau précepteur Ardamir, que vous rencontrerez demain qui vous apprendra à les corriger.

—Considérez votre vie ici comme un nouveau départ, une nouvelle naissance, continua-t-il, Faites table rase de votre passé et acceptez de vivre en notre compagnie. Il ne vous est pas interdit non plus de choisir un métier comme ceux que vous avez pu voir aujourd'hui.

Helwa ne répondit rien. Plus le Prince Elladan clarifiait sa situation plus elle se sentait dans un rêve et ressentait l'envie de se pincer pour se rassurer que son imaginaire ne lui jouait pas des tours :

—Rassurée ? S'enquit le prince malicieusement, sentant sûrement sa confusion.

—Oui un peu. Je pense que je ne vous remercierais jamais assez n'est-ce pas ? Pour ce matin je veux dire.

—Non. Oubliez cela. Inutile de me remercier éternellement. J'ai simplement fait ce que je pensais être juste.

—Merci quand même, souffla Helwa.

—Et pour en revenir à notre conversation d'il y a quelques instants, je ne vais pas vous poser des questions sur votre intimité si vous ne le voulez pas. Mais par exemple j'aimerais savoir si des cheveux aussi courts sont courant chez vous ? Je ne pense pas que cela soit trop envahissant comme interrogation n'est-ce pas ?

Helwa acquiesça, amusée que tous les Elfes soient intrigués par ses cheveux :

—A cela je peux vous répondre. Cela ne me dérange pas. Cette longueur n'est absolument pas courante chez moi et même très mal vue mais elle était très pratique pour mes activités en extérieur.

—Pensez-vous les garder ainsi maintenant que vous demeurez ici ?

—Je n'en sais rien, répondit sincèrement la jeune fille qui n'avait absolument pas réfléchie à la question.

Helwa ne remarqua qu'ils étaient arrivés que lorsque le Prince Elladan le lui fit remarquer. Elle leva la tête et découvrit un magnifique lac, alimenté par une des cascades de la vallée. Au bord, elle distingua deux personnes. Elle crut reconnaitre le Prince Elrohir, accompagné d'une femme. Helwa supposa que ce devait être la sœur que le Prince Elladan avait mentionnée plus tôt.

Les deux se baignaient dans le lac, s'arrosant mutuellement. Le Prince Elrohir ne portait qu'un sous-pantalon fin et la jeune femme une longue robe blanche légère. Ils ne remarquèrent Helwa et son guide que lorsque ces derniers se rapprochèrent du bord de l'eau :

—Ah mon frère ! S'exclama joyeusement le Prince Elrohir, Je ne pensais pas te revoir avant le dîner et je désespérais de se faire rencontrer Helwa Isil et Arwen. Elle n'a de cesse de me le demander depuis ce matin !

Il se releva dans l'eau et salua Helwa en s'inclinant légèrement. Helwa l'imita tout de suite en accompagnant son geste d'un « Bonjour Prince Elrohir » du plus poliment qu'elle put, les yeux baissés. En effet la jeune fille était extrêmement gênée par la semi-nudité de l'Elfe qui dévoilait tout son torse. Elle n'avait jamais vu aucun homme sans vêtement et cette vision la gêna affreusement :

—Elrohir, je devais lui faire visiter la cité car, vois-tu, grâce à mon brillant intellect, répliqua-t-il moqueusement avec un clin d'œil, Helwa est la nouvelle « pupille » de père.

Les deux autres Elfes, connaissant bien les implications d'une telle situation, la félicitèrent, ce qui fit rougir Helwa plus encore si cela était possible. La femme Elfe sortit alors de l'eau, se dirigea vers elle et déclara d'une voix douce et cristalline :

—Je suppose que nous allons nous rencontrer souvent alors. Dans ces conditions permettez-moi de me présenter. Je me nomme Arwen Undomiel, unique fille et troisième enfant du Seigneur Elrond. Je suis enchantée de vous rencontrer.

Helwa prit le temps de détailler la jeune femme, qui était magnifique. Elle rayonnait tout simplement d'une lumière qui semblait divine. Elle ressemblait à ses frères pour ses longs cheveux d'ébène mais tenait de sa mère pour la légère ondulation de ces derniers. Ses yeux bleus étaient des morceaux du ciel lui-même et son visage parfait, pâle et fin, n'avait pour Helwa, pas d'égale sur cette terre.

La sœur des princes était plus grande qu'elle, svelte et toute en grâce. Elle l'incarnait, la respirait par tous les pores de sa peau, si bien qu'Helwa en resta muette pendant un moment ne sachant pas quoi dire, sous le charme. Quand elle sortit de sa trance, la seule chose qu'elle pût dire fut :

—Vous ressemblez à une étoile...

La princesse eut un petit rire très doux et ses joues rosirent légèrement :

—Merci c'est très gentil.

Undomiel signifie « Etoile du soir », expliqua le Prince Elladan, ce n'est donc pas une mauvaise description. Voulez-vous retourner à la cité ou rester ici ? Demanda-t-il à Helwa.

Avant que cette dernière n'ait pu répondre, le Prince Elrohir protesta depuis le lac, toujours dans l'eau :

—Ah non Elladan ! Tu as déjà assez accaparé Helwa Isil pour aujourd'hui. Laisse là donc tranquille. Arwen et moi avions dans l'intention de rester encore une petite heure puis de rentrer. Profitez-en avec nous !

Le Prince Elladan chercha le regard d'Helwa qui acquiesça. L'endroit lui plaisait et elle voulait en profiter un peu avant de rentrer. Ayant son approbation le Prince Elladan commença à se déshabiller de la même manière que son frère et de rejoindre sa fratrie dans le lac. Helwa détourna aussitôt la tête ce qui n'échappa pas aux Elfes présents :

—Etes-vous gênée par la nudité de mes frères ? S'enquit doucement la Princesse Arwen toujours à ses côtés.

—Disons que chez moi, les femmes ne sont pas censées voir des hommes dénudés, répondit Helwa prudemment ayant peur de mettre en danger sa vertu.

Elle avait été élevée dans le respect de celle-ci et même si elle ne voulait pas du mariage, toute cette notion de pudeur et d'honneur était profondément ancrée en elle :

—La plupart des Elfes sont également très pudiques vous savez Helwa, répliqua le Prince Elladan, rentré dans l'eau, Mais mon frère et moi sommes des guerriers et la notion de pudeur et d'intimité n'existe pas en mission. Ce n'est pas un problème si vous nous voyez ainsi. Personne n'ira vous le reprocher.

Helwa acquiesça mais fixa la surface de l'eau au loin plutôt que de croiser leur regard et surtout leur corps :

—Vous partez en mission ?

—Bien sûr, s'exclama le Prince Elrohir, coupant son frère qui avait ouvert la bouche pour répondre, De temps en temps il nous faut aller débarrasser les frontières d'Orques, de mercenaires et autres créatures avec qui nous n'avons pas beaucoup d'affinités, plaisanta-t-il.

—Ne venez-vous pas vous baigner avec nous ? Proposa la Princesse Arwen.

—Hum... Non merci. Je vais vous regarder, déclina Helwa en allant s'assoir sur un rocher au bord de l'eau.

Elle profita du soleil de fin de journée, observant par moment le trio nageant dans l'eau claire du lac, se chamaillant comme des enfants parfois, lui donnant le sourire. Personne ne lui posa de questions et elle savoura ce moment de semi-solitude pour se ressourcer et tenter d'assimiler tout ce qui lui était arrivée dans cette journée. Helwa se doutait que sa vie venait de changer radicalement mais elle n'arrivait pas à encore saisir toutes les implications de sa situation. Cela viendrait sûrement avec le temps.

Au bout d'une heure, comme prévu, tout le monde sortit de l'eau et sécha un petit temps au soleil puis se rhabilla :

—Je vous ai assez longtemps délaissée, déclara le Prince Elladan en enfilant sa tunique.

—Oh cela ne me dérange pas d'être seule.

—De toute façon nous avons un dîner ce soir, rétorqua le Prince Elrohir, et nous devons nous préparer alors nous devons rentrer. Notre père a invité tous ses amis et conseillers. D'ailleurs je me demande pourquoi... fit-il pour lui-même.

—Sur ce point je peux t'éclairer mon frère comme toujours, déclara le Prince Elladan d'un ton fier et amusé. Helwa est invitée ce soir. Ce sera une occasion pour elle de rencontrer Glorfindel, Ardamir et Lindir.

A ces mots la Princesse Arwen s'égailla :

—Oh c'est merveilleux ! Pourrais-je venir vous aider à vous préparer ? Un tel dîner nécessite une robe et une préparation ! Il faut que vous fassiez bonne impression, s'exclama-t-elle, Oh je vois déjà ce que vous pourriez porter !

Alors qu'elle continuait à s'extasier, tournant autour d'Helwa pour l'observer sous toutes les coutures dans une excitation toute mesurée dû à son rang, son frère Elladan intervint, sentant que la situation faisait ressurgir l'angoisse de la jeune femme :

—Arwen, peut-être devrais-tu attendre la réponse d'Helwa avant de commencer à l'habiller ?

La princesse redevint alors très sérieuse et polie, toute excitation oubliée, une expression contrite au visage :

—Oh pardonnez mon impolitesse, je ne voulais pas vous offenser. Je suis en revanche à votre disposition pour toute aide que vous pourriez souhaiter.

—Arwen adore s'occuper des autres, renchérit le Prince Elrohir amusé, sa suivante est sa première victime.

Helwa ne dit rien, déstabilisée qu'on lui demande son avis et qu'on ne lui impose pas une décision comme on l'avait toujours fait. Pire encore ! On lui demandait pardon ! Décidément beaucoup de choses allaient changer ici :

—Je... Je serais ravie que vous m'aidiez Princesse Arwen. Je ne connais rien au protocole et je serais très heureuse de ne pas faire d'erreurs.

—Je viendrais vous voir une heure avant le dîner alors, déclara cette dernière satisfaite, Ne vous préoccupez de rien, je m'occupe de tout. Et vous pouvez m'appeler Arwen mais si vous préférez rester distante, les femmes adultes portent le nom de « Dame » ici.

—Merci je m'en souviendrais Dame Arwen.

Helwa commença à marcher pour retourner à sa chambre quand le Prince Elladan la retint :

—Voulez-vous que je vous raccompagne jusqu'à votre chambre ?

—Non merci. Je vais me débrouiller seule.

—Je me permets d'insister. Notre cité est tortueuse. Il serait malencontreux que vous vous égariez.

—Je me permets également d'insister Prince Elladan. Je désire être seule un moment et rentrer par mes propres moyens.

—A votre guise, déclara le Prince, abandonnant la partie, son éducation l'empêchant d'insister plus et de forcer une femme.

Helwa partit donc seule vers la cité pour retourner à sa chambre. Elle croisa plusieurs Elfes qui la regardèrent étrangement mais la plupart vaquaient à leurs occupations sans lui prêter attention. Helwa apprécia ce moment à sa juste valeur, profitant au maximum d'être enfin seule.

Cependant quand elle arriva à l'intérieur de la cité, elle regretta alors d'avoir quitté la fratrie royale qui aurait pu lui indiquer le chemin de sa chambre. Helwa avait surestimé ses capacités dans cet immense dédale de couloirs et de salles. Elle essaya tout de même de s'orienter d'elle-même mais la jeune fille était véritablement perdue. Helwa ne savait pas où elle se trouvait. Pourtant elle avait plusieurs cartes dans sa manche et hors de question pour elle de donner raison au Prince Elladan. Question de fierté par Manwë !

Alors quand une jeune femme Elfe tenant du linge dans ses bras passa devant elle, elle n'hésita que quelques secondes et l'accosta :

—Bonjour... Je cherche l'aile des invités. Je me suis perdue et je dois retourner à ma chambre. Pouvez-vous m'aider ?

L'Elfe la regarda sans aucune animosité ni dédain, au grand soulagement d'Helwa, et lui sourit :

—Bonjour ! Bien sûr que je vais vous aider. Je ne vais pas vous laissez là quand même ! Venez. Vous vous nommez Helwa Isil c'est ça ?

—Oui mais comment...

—On parle beaucoup de vous depuis ce matin. Les nouvelles vont vite ici. Il est rare que le Seigneur Elrond accorde sa protection à un étranger. Cela ne s'était pas produit depuis plusieurs décennies. Et vous êtes la plus jeune à ce jour.

Helwa resta silencieuse, imaginant déjà tout ce qui pouvait se dire sur elle. Au bout de quelques instants l'Elfe réengagea la conversation :

—Savez-vous que votre nom est elfique ?

—Oui. Quelqu'un me la déjà traduit. Et vous quel est votre nom ?

—Je m'appelle Earwën, cela signifie « jeune fille de la mer » en quenya.

—C'est très joli. Mais nous ne sommes pas au bord de la mer ici. C'est étrange que vous vous nommiez ainsi...

Earwën lui sourit et rit doucement :

—Je ne suis pas née ici mais aux Havres Gris sur les bords du Golfe de Lune dans le royaume du Lindon qui donne sur la mer de l'Ouest.

—Je comprends mieux alors. Merci.

—Pas de problème, lui répondit la jeune femme.

Cette dernière s'arrêta alors et lui dit :

—Voici le couloir où doit se trouver votre chambre. Je vous laisse la retrouver car je ne peux pas me détourner plus longtemps de mes activités. Ce fut un plaisir de vous rencontrer.

Ces Elfes étaient vraiment d'une politesse extrême. Helwa doutait que sa conversation soit réellement appréciée mais la politesse elfique était agréable :

—Je vous remercie infiniment Dame Earwën. Je ne sais comment vous remercier. Ce fut également un plaisir de discuter avec vous.

Helwa s'avança dans le couloir dès que l'Elfe fut partie et elle retrouva facilement sa chambre. Elle entra avec soulagement dans sa chambre. La jeune fille trouva sur une table une corbeille de fruits et elle se rendit compte qu'elle mourait de faim car elle n'avait rien mangé de la journée. Helwa prit plusieurs fruits et les mangea avec délectation. Cependant elle n'eut pas le courage d'ouvrir la penderie et d'essayer de trouver une robe qui lui conviendrait. Elle s'écroula sur son lit et tomba dans un sommeil léger en attendant la Princesse Arwen, fatiguée de sa journée qui était loin d'être terminée.