En marchant dans les couloirs, Helwa soupira de désespoir en réalisant qu'elle ne savait toujours pas où aller pour rentrer dans sa chambre. Il allait devenir impératif qu'elle se repère dans la cité. Il n'y avait plus personne dans les couloirs à cette heure et Helwa ne retournerait pas dans la salle de dîner pour déranger les convives. De plus ce serait admettre indirectement au Prince Elladan qu'elle n'avait pas pu rentrer cet après-midi et cela non plus il n'en était pas question. On s'était trop moqué d'elle plus jeune. Elle ne laisserait plus d'occasion.
Sans solution pour le moment, Helwa déambula dans les couloirs totalement silencieux à cette heure. Elle arriva bientôt dehors. Le péristyle sous lequel elle marchait longeait un ruisseau entouré de végétations. La lune projetait des reflets argentés sur les feuilles et l'eau, rendant le lieu irréel et hors du temps. Helwa avisa un sentier menant à un tout petit pont de pierre sans balustrade au-dessus du ruisseau. Helwa s'y engagea et s'assit sur le pont, les jambes pendantes dans le vide, ses pieds touchant presque l'eau.
Appuyée sur ses bras, légèrement penchée en arrière, elle observait la voûte étoilée au-dessus d'elle et écoutait le doux murmure de l'eau et les bruits de la nuit. Elle se sentait bien. Après tous les évènements de la journée et même de la veille, Helwa était vidée et aussi un peu perdue. Tout son monde et ses repères s'écroulaient. La jeune fille n'aimait pas particulièrement le monde dans lequel elle vivait mais c'était le seul qu'elle connaissait. Elle qui rêvait d'inconnu et d'aventures, maintenant que sa vie changeait du tout au tout, elle était excitée de sauter le pas mais également effrayée. L'avenir dans cette cité elfique avait une odeur de bonheur et de paix mais parfois même les meilleurs choses pouvaient faire peur.
Helwa savait qu'il lui fallait oublier son passé ainsi que les peurs et les angoisses qui y étaient liées. Pourtant même si elle faisait des efforts pour ne pas penser et agir comme elle le faisait auparavant, il lui restait des réflexes et des pensées qui ne la quitteraient peut-être jamais.
Helwa remercia tout de même les Valar de toute la ferveur dont elle pouvait faire preuve, de lui accorder la chance d'un nouveau départ et pas n'importe lequel !
Soudain elle sentit une présence non loin d'elle, sur le sentier. Elle n'entendait presque aucun bruit mais l'habitude de la forêt lui avait apprise à se fier à son instinct. Helwa se tendit mais ne se leva pas. Elle se convainquit qu'il ne pouvait pas y avoir de réel danger dans la vallée :
—Qui est-là ? Demanda-t-elle d'une voix claire.
Un Elfe apparu au bord du pont, semblant lui aussi surpris de trouver quelqu'un à cet endroit :
—Helwa ?
Grâce à la lumière de la lune, l'interpelée reconnue le Prince Elrohir :
—Je vous prie de me pardonner, continua-t-il en se rapprochant, il n'était pas dans mes intentions de vous faire peur. Je ne pensais simplement pas trouver quelqu'un ici, à cette heure.
Helwa fit un mouvement pour se relever :
—Je suis désolé prince. Je vais vous laisser la place si vous désirez profiter de ce magnifique endroit.
—Non ! Non ! Ne partez pas. Il y a largement de la place pour deux personnes. Restez Helwa Isil.
—Juste Helwa s'il vous plaît.
Il s'assit à côté d'elle, acquiesçant à sa demande :
—Et vous avez trouvé cet endroit tout comme moi auparavant. Vous avez autant le droit que moi d'y rester.
—Venez-vous souvent ici ?
—Oui. C'est un endroit légèrement en retrait et j'apprécie la tranquillité de temps à autre. Mais vous, vous n'êtes finalement pas rentrée dans votre chambre ?
Helwa rougit furieusement et remercia l'obscurité de la nuit de cacher sa gêne :
—Je... J'ai... Enfin en marchant dans les couloirs, les étoiles m'ont attirée dehors. Elles sont si brillantes ici ! J'ai voulu les admirer.
Les deux levèrent les yeux vers les points lumineux dans le ciel :
—C'est vrai qu'elles sont magnifiques, approuva le Prince Elrohir, le regard rêveur, C'est grâce à l'anneau que porte mon père : Vilya. C'est un anneau magique qui fait briller plus fort les étoiles au-dessus de notre cité car il est relié à l'élément de l'air.
Très intéressée par l'histoire, Helwa continua sur ce sujet, balançant ses jambes dans le vide, enthousiaste. Les récits de magie n'avaient toujours été que des légendes pour elle :
—Et comment a-t-il obtenu cet anneau magique ?
Le prince sourit en sentant l'intérêt de son interlocutrice :
—C'est une longue histoire qu'Ardamir vous contera bien mieux que moi. Pour simplifier disons que le roi des Noldor, Gil-Galad, un ami de mon père, lui a confié cet anneau pour le cacher de la convoitise de leur ennemi, il y a environ deux mille ans de cela. Cette période était une période de troubles et de guerres et les anneaux de pouvoir étaient au centre des conflits.
—Parce qu'il y a d'autres anneaux magiques comme celui de votre père ? S'exclama Helwa.
—Bien sûr, vingt en tout. La plupart sont perdus. Un Elfe nommé Celebrimbor a forgé, au second âge, neuf anneaux pour les seigneurs Hommes, sept pour les seigneurs Nains et trois pour les seigneurs Elfes de l'époque à savoir Gil-Galad, Galadriel et Cirdan le Charpentier. Une Puissance maléfique nommé Sauron les a tous corrompus sauf les trois anneaux des Elfes que Celebrimbor a pu cacher. Sauron a ensuite créé un anneau pour gouverner tous ceux qu'il avait corrompu.
Les yeux toujours perdus dans l'immensité du ciel, fascinée par l'histoire, Helwa murmura :
—Que lui est-il arrivé à cet Elfe, Celebrimbor ?
—Il est mort. Sauron, furieux de ne pas détenir les anneaux elfiques, a mené ses armées contre la guilde des forgerons que Celebrimbor dirigeait et les a pratiquement tous massacrés. Il est même allé jusqu'à utiliser le corps de Celebrimbor comme bannière pour ses armées lorsqu'il a ensuite attaqué les légions elfiques.
Helwa frissonna :
—Quelle barbarie... Comment peut-on se comporter de manière si affreuse ?
—Je ne sais pas... Je pense que le mal n'a pas de limite. Il tenait à exprimer sa puissance et sa victoire.
Ils restèrent tous deux silencieux après cela pendant un certain temps. Helwa appréciait la présence du Prince Elrohir. Elle était différente de celle que générait son frère. Helwa se sentait calme. Elle n'était pas tendue et impressionnée comme une petite fille. Sûrement parce qu'il n'avait le même regard perçant que son frère :
—Il y en a tant, déclara-t-elle soudain, désignant les étoiles, On m'a racontée quand j'étais plus jeune que c'était Varda, la reine des cieux, qui les avait créées et qui les avait placées au-dessus de nous pour nous éclairer et nous protéger des ténèbres. Est-ce vrai ?
—Ça l'est. Varda a créé les étoiles à partir de la rosée de Telperion, un des deux arbres qui éclairaient autrefois les Terres Immortelles, en Valinor. Elle les a placées dans le ciel pour annoncer l'éveil des premiers Elfes. Elle en avait déjà créé quelques-unes au commencement des temps pour illuminer le ciel. Les étoiles furent ce que mes ancêtres virent en premier en s'éveillant et depuis nous aimons tout particulièrement les étoiles et Varda, la reine des cieux, « Elbereth Gilthoniel » dans notre langue.
Le prince se rapprocha d'Helwa, leva la main devant ses yeux et pointa certains lumineux du ciel successivement pour que la jeune fille puisse savoir de quoi il parlait :
—La plus brillante, là-bas, continua-t-il, est l'étoile d'Earëndil. Elle redonne courage et espérance à ceux qui la contemplent.
—Earëndil est une étoile ? S'exclama Helwa interloquée, Mais je croyais que c'était un marin ! Votre frère m'a confirmée qu'il était l'un de vos ancêtres...
—Cela est vrai mais à la suite de sa victoire contre l'énorme dragon Ancalagon, son vaisseau Vingilot fut béni par les Valar et il vogue désormais dans le ciel, Earëndil à son bord, un Silmaril sur le front. Une légende dit même que les enfants naissant sous sa lumière seront d'excellents navigateurs, déclara le prince joyeusement.
—Un Silmaril ? questionna Helwa toujours avide d'en savoir plus.
—Ce sont de magnifiques joyaux créés par le plus grand orfèvre de mon peuple : Fëanor. Dedans s'y reflète la lumière des deux arbres, Telperion et Laurelin, la lumière la plus pure. Il en existait trois et ils sont maintenant tous hors de portée et cela est mieux ainsi. Ils ont apporté plus de malheur que de bonheur dans leur sillage...
Il reprit alors son cours d'astronomie improvisé, grisé par le regard fasciné qu'Helwa portait dans ses yeux alors qu'il lui désignait certaines étoiles les unes après les autres. Elle n'aurait jamais imaginé que les étoiles portaient des noms :
—Ici se trouve Elemmirë. Cela signifie « Joyau d'étoile ». Celle qui brille d'un éclat rouge se nomme Carnil. C'est « l'étoile rouge ». Et là-bas vous pouvez apercevoir Alcarinquë, « la Glorieuse » et à côté Lumbar, « la Nébuleuse ». A droite, l'étoile brillant d'une lumière bleutée porte le nom de Luinil « l'étoile bleue ». Une autre ici, brille également d'un éclat bleu : Helluin qui signifie « Bleu glacial ». Cette étoile a été créée par Varda au moment de l'éveil des Elfes. Là, vous avez Nénar, « l'Humide », et enfin Borgil « l'étoile chaude ».
—Les noms elfiques sont si beaux. Votre langue est vraiment magnifique.
—Ces noms-ci sont en quenya. Ardamir vous apprendra d'abord à parler le sindarin qui est une langue assez proche du quenya. Mais il vous enseignera sûrement le quenya ensuite, pour étudier les poèmes ou la littérature en général.
—Ces neuf étoiles sont donc les seules à porter un nom ?
—Oh non ! Ce ne sont que des étoiles isolées que je vous ai montré là. Varda a également créé des constellations d'étoiles ! Voyez-vous cet amas de sept étoiles, au Nord ? Demanda-t-il en pointant une nouvelle fois les cieux.
Helwa acquiesça silencieusement, suivant des yeux son doigt lui désignant les sept étoiles :
—C'est Valacirca, « la Faucille des Valar ». Cette constellation était placée, à l'origine, près de la forteresse de Morgoth, Utumno, comme un avertissement afin de lui rappeler que les Valar ne l'avaient pas oublié et qu'ils reviendraient le défier tôt ou tard.
—Je n'aurais jamais imaginé que les étoiles puissent avoir une telle histoire. Je les regardais tous les soirs sans même le soupçonner.
—Mais même sans savoir vous saviez apprécier leur beauté et c'est ce qui compte le plus, lui rétorqua gentiment le prince.
—Là est Menelmacar avec sa ceinture argentée, continua-t-il, « le Bretteur des cieux ». Varda la créa pour annoncer à tous les Enfants d'Ilúvatar, Valar, Maiar, Elfes et Hommes, l'ultime bataille de la fin des temps.
—Mais Borgil en fait partie non ? J'ai l'impression que je la vois dans le coin...
—Effectivement. Vous avez de très bons yeux. Borgil fait partie de cette constellation.
—Elrohir, toutes les constellations sont-elles des prédictions ?
Helwa s'étonna d'avoir appelé le prince par son prénom. Cela lui était venu naturellement et elle ne s'était pas posée de questions. Le Prince Elrohir était si naturel, détendu et différent de son frère. Elle était fascinée par le Prince Elladan, sa prestance, son intelligence, son sérieux, mais elle se sentait en confiance avec son frère :
—Non. Voyez-vous les étoiles ayant la forme des ailes d'un papillon ? Eh bien cette constellation a pour nom Wilwarin qui signifie « papillon ». Nous n'avons pas fait dans l'originalité cette fois-ci, déclara-t-il en riant, Là-bas est Anarrima « la Bordure de soleil » parce qu'elle se trouve très proche des portes du levant à l'Est. Et à l'Ouest se trouve une constellation appelée Soronumë « l'Aigle de l'Ouest ». La trouvez-vous ?
Helwa resta un long moment silencieuse sous le regard gai et bienveillant du prince, cherchant ladite constellation. Elle cherchait toutes les formes qui pourrait lui rappeler un oiseau. Helwa n'avait jamais vu d'aigle. II n'en passait pas chez elle ou très peu, cependant elle savait que c'était un grand oiseau. Ce jeu l'amusait beaucoup :
—Ne serait-ce pas celle-ci là-bas ? Demanda-t-elle enthousiaste, On dirait un oiseau qui déploie ses ailes...
—C'est bien celle-ci, sourit le prince, Bravo ! La dernière est un peu plus difficile à trouver. Je vais vous la montrer.
Il lui désigna une constellation ressemblant à un être humain avec des bras et des jambes, semblant courir dans le ciel :
—Celle-ci se nomme Telumendil « l'Amoureux de la voûte céleste » parce que les quatre étoiles créant un carré au centre, forment une clé de voûte.
—Qu'est-ce qu'une clé de voûte ?
—Une clé de voûte est un élément architectural qui permet de construire des coupoles et des plafonds arrondis. C'est assez compliqué mais c'est ce qui va équilibrer le tout et faire que rien ne va s'écrouler en somme.
Helwa hocha la tête. Il y avait tant de choses qu'elle ignorait totalement et auquel elle n'aurait jamais réfléchi si elle n'était pas arrivée ici. Elle avait appris tellement de choses en moins de deux jours ! Et elle ne souhaitait pas s'arrêter là. Helwa avait hâte de commencer ses cours avec le Seigneur Ardamir :
—Qu'avez-vous pensé du dîner ? S'enquit alors le prince.
—Je pensais à l'instant que j'avais hâte d'apprendre tout ce que le Seigneur Ardamir a à m'apprendre. Tout comme pour le Seigneur Glorfindel d'ailleurs.
Helwa eut envie de lui demander ce qu'avait pensé les autres convives d'elles mais se retint. Ce n'était pas très intéressant :
—Sans vouloir vous offenser je rencontre peu de femmes désireuses d'apprendre le langage des armes. Mais cela nous donnera plus de temps en votre compagnie, mon frère et moi.
—J'ai beaucoup apprise par moi-même, vous savez, quand je partais dans la forêt. J'ai toujours vécu dans cet état d'esprit de défense pour me protéger. Et aujourd'hui j'ai la possibilité d'apprendre l'art du maniement des armes et des techniques de combat alors je me réjouis car je vais enfin pouvoir mettre des règles et de la technique dans ce que j'ai déjà apprise.
Le Prince Elrohir resta un moment silencieux, semblant réfléchir. Puis soudain il sauta sur ses pieds, l'air extatique ayant l'air d'avoir eu l'idée la plus brillante de l'année :
—Helwa cela vous dirait-il d'essayer le tir à l'arc ?
L'interpelée fronça les sourcils :
—Dans le noir ? Comme ça ? Mais je n'y connais rien !
—C'est le moment d'apprendre alors, lui répondit le Prince Elrohir en lui tendant la main en souriant pour qu'elle se lève.
Helwa hésita puis l'accepta et se releva. Le prince la guida alors à travers des couloirs puis au-dehors vers l'aire d'entraînement où Helwa avait observé des soldats s'entraîner lors de sa visite de la cité. Malgré son inquiétude, se faufiler en pleine nuit dans la cité lui procurait la grisante sensation de l'aventure et de l'interdit :
—Avons-nous seulement le droit ? Souffla-t-elle.
Le prince haussa les épaules, désinvolte et amusé :
—Rien ne stipule le contraire.
—Ais-je le droit de toucher une arme sans la surveillance du Seigneur Glorfindel ?
Helwa ne voulait pas commettre l'erreur de se faire renvoyer chez elle :
—Toujours rien à ce sujet, rie-t-il. Mais ne vous inquiétez donc pas ainsi ! J'ai fait pire avec mon frère et nous sommes toujours vivants !
—Je sais, il m'a raconté ce matin certaines des idées que vous avez eues. Il a dit que vous étiez le plus turbulent de vous deux.
—C'est vrai. J'ai toujours aimé m'amuser et bouger. Je ne tiens pas en place contrairement à lui. Il peut rester des heures à lire un livre. Je ne sais pas comment il fait.
Helwa, elle, le savait par expérience.
L'aire était largement illuminée par la lune et on distinguait très clairement les alentours. Ils allèrent chercher deux arcs et des flèches ainsi qu'une cible dans un bâtiment que le Prince Elladan lui avait désignée comme l'armurerie le matin même :
—Est-ce votre arc ? Demanda Helwa en voyant le Prince Elrohir choisir un arc dans un coin à part.
—Oui, répondit-il l'air fier, Mes parents me l'ont offert lors de mon cinq centième anniversaire. Il vient du royaume de Lothlórien. C'est un arc des Galadrims, les meilleurs archers de toute la Terre du Milieu. Leurs arcs sont incroyables ! D'une puissance de tir inégalable, légers, précis, faciles à manier et d'une résistance à toute épreuve !
—Est-ce votre discipline préférée ? Demanda Helwa en avisant les yeux brillants du prince.
—Effectivement. Voilà un domaine où mon frère n'a jamais pu me battre, fit-il avec un sourire qui assurait à Helwa qu'il n'y avait aucune animosité ni compétition entre les deux frères, Lui qui est toujours si brillant ne parvient pas à être aussi précis que moi. De manière générale, au combat je suis meilleur que lui.
—N'a-t-il pas affirmé vous battre aux lames et au poignard tout à l'heure ? Se moqua la jeune fille.
—Balivernes ! Vous vous en rendrez vite compte.
Le Prince Elrohir lui sourit malicieusement et lui fit un clin d'œil, ce qui la fit rire. Elle se sentait bien. Était-ce à cela que ressemblait un ami ? Elle l'espérait parce que ce sentiment était très agréable. Elle n'imaginait pas devenir ami avec le prince mais peut-être qu'elle rencontrerait d'autres Elfes plus tard.
Ils allèrent placer la cible et se placèrent à environ sept mètres :
—C'est loin quand même, commenta Helwa avisant la cible.
Malgré la distance elle pouvait quand même voir le centre de la cible et elle se concentra avant même d'avoir encoché la moindre flèche :
—Et encore, plaisanta son acolyte, Ce n'est rien ! Glorfindel nous fait tirer à plus de 30 mètres.
—Mais comment...
—Les Elfes ont une vue plus perçante que celle des Hommes ou des Nains. Nous pouvons voir très très loin, plus d'une vingtaine de kilomètres. Nous avons également une ouïe plus développée.
Il montra d'abord à Helwa comment tenir son arc et encocher sa flèche. Quand elle essaya, il dû reprendre sa position de nombreuses fois :
—Détendez-vous, lui intima-t-il, vous ne semblez pas très à l'aise.
—C'est la robe, expliqua Helwa, je ne veux pas l'abîmer en faisant un faux mouvement. Je ne suis pas habituée.
—Je vous proposerais bien de l'enlever mais je ne suis pas sûre que vous acceptiez, la taquina-t-il.
—Je pensais les Elfes plus respectueux, répliqua Helwa sur le même ton.
—Je suis le seul aussi dévergondé ne vous inquiétez pas. La plupart sont prudes et polis et se contentent de regarder les femmes amoureusement de loin en chantant des complaintes d'amour.
—Ne serait-ce pas une description un peu exagérée ?
—Si beaucoup, mais certains sont vraiment ainsi.
Et Helwa ne pouvait que le croire. En visitant la cité elle avait rencontré des Elfes qui lui avaient semblé aussi précieux qu'une femme pouvait l'être.
Elle avait encoché sa flèche mais attendit, voulant se concentrer pour faire le meilleur tir possible. Cependant un commentaire lui échappa quand le Prince Elrohir s'approcha et remonta doucement son coude arrière :
—Encore ! Mais combien de fois m'avez-vous reprise ?
—Une bonne dizaine de fois mais c'est normal, c'est la première fois. Au moins c'est moi qui vous corrige et non Glorfindel.
—Pourquoi ? Sa patience est-elle limitée ?
—Oh non ! Et heureusement ! car il est encore plus exigeant que moi ou n'importe qui d'autre. Chaque chose doit être au millimètre près.
—Je ne sais pas si je serais à la hauteur...
—Mais si voyons et vous ne pouvez rêver meilleure formation. Il a quand même tué un Balrog ! Tout le monde ne peut pas se targuer d'un tel exploit.
—Hum... Puis-je tirer maintenant ? Demanda Helwa, légèrement impatiente.
—Oui mais prenez votre temps.
Helwa visa, respira, fixa le centre de la cible avec une détermination farouche, et elle lâcha la corde. La flèche partit en ligne droite se loger non pas au centre comme elle l'avait espéré mais légèrement à sa droite. La jeune fille se sentit un peu déçue :
—Pas mal pour une première fois. Vraiment c'est bien.
Le Prince Elrohir lui sourit et encocha lui aussi une flèche. Il tira presque au même moment comme si viser ne lui était pas utile. Helwa écarquilla les yeux car la flèche venait de se loger en plein milieu du centre.
Il surprit son regard et rit doucement :
—J'ai plus de sept cents ans d'entraînement Helwa. Dites-vous que cette distance c'est aussi facile que de respirer pour moi maintenant.
Helwa tira une autre flèche qui se rapprocha du milieu et elle sourit franchement. Elle avait vraiment l'air dans son élément.
Après qu'il l'eut laissée tirer quelques flèches tout en surveillant sa position, il se plaça pour tirer :
—Hors de question, protesta Helwa en souriant, Vous avez sept cents ans d'avance sur moi. Si vous vous entraînez encore je n'arriverais jamais à vous rattraper.
—Allez dire cela à Glorfindel, rit le prince, il nous fait nous entraîner tous les matins.
Pour la provoquer il tira une flèche à la vitesse de l'éclair de telle sorte qu'Helwa ne puisse pas l'en empêcher. La flèche alla se loger une fois de plus en plein centre. La jeune fille se tourna vers lui les bras croisés, une moue désapprobatrice sur le visage qui les fit tous deux rire. Puis le Prince Elrohir décida qu'il leur fallait rentrer car Helwa devait dormir :
—Mais je ne suis pas fatiguée. J'aimerais continuer à m'entraîner, contra-t-elle comme une petite fille.
Son compagnon secoua la tête :
—Non Helwa. Vous devez dormir car demain je vous rappelle que vous vous entraînez avec Glorfindel le matin et que vous étudiez avec Ardamir l'après-midi. Vos journées vont être chargées dorénavant.
Helwa admit qu'il avait sûrement raison et ils retournèrent à l'intérieur. Helwa fit en sorte que le prince la guide jusqu'à sa chambre. Ils se saluèrent et le prince lui promit de venir la chercher le lendemain pour qu'elle ne soit pas en retard.
[Pour information, les noms des constellations sont avérés tout comme certaines de leur signification. Pour tous les mots elfiques et leur traduction , j'ajoute que j'utilise également l'ouvrage Le Haut-Elfique pour les débutants, d'Edouard Kloczko qui est très complets et fiable. ]
