—Helwa... Helwa, réveillez-vous !
Quelqu'un frappait à la porte mais Helwa était si bien endormie, le lit était si confortable et les draps étaient d'une douceur... mais d'une douceur ! Elle pensa un moment être morte tant tout cela paraissait irréel. Jamais elle n'avait eu un tel confort chez elle.
Elle ignora les appels :
—Helwa si vous ne me donnez pas un signe de vie, je rentre dans votre chambre.
L'interpelée émergea lentement du sommeil, fronçant les sourcils. Jamais son grand-père ne parlait d'une voix aussi enjouée et pleine de malice. Il ne la vouvoyait pas non plus. Quelque chose ne tournait pas rond. Ce n'est qu'en ouvrant les yeux, avisant la fenêtre où le voile blanc se balançait doucement, que tout lui revint en mémoire.
La peur d'arriver en retard à son premier entraînement la fit bondir du lit :
—Je suis levée ! S'écria-t-elle.
—Bien. Je vous attends alors, répondit la voix du Prince Elrohir à travers la porte.
La jeune fille se prépara rapidement en passant par la salle de bain et enfila une tenue bien plus confortable que la robe d'hier soir faite pour l'entraînement que quelqu'un avait posé dans sa chambre. Helwa n'aimait pas beaucoup l'idée que quelqu'un soit rentré dans sa chambre pendant qu'elle dormait mais elle apprécia de trouver de l'eau chaude dans son bain. Qu'Almiel ne soit pas là non plus pour « l'aider » était également appréciable. La jeune fille l'avait croisée hier dans la cité et lui avait demandée de ne plus venir l'assister dans la salle de bain. Helwa savait se laver seule quand même !
Elle avait posé délicatement la robe de la Princesse Arwen sur une chaise avant d'aller se coucher et passerait sûrement la rendre à sa propriétaire plus tard dans l'après-midi. Helwa piocha dans la corbeille de fruit sur la table et ouvrit la porte, l'excitation et l'appréhension lui nouant le ventre :
—Bonjour Helwa, la salua le Prince Elrohir, Avez-vous bien dormi ?
—Oui très bien, merci beaucoup.
Malgré le fait qu'elle s'était couchée tard la veille, la jeune fille ne se sentait pas fatiguée. Ils commencèrent à marcher vers l'aire d'entraînement. Le prince s'inquiéta de ne pas la voir manger beaucoup avant autant d'exercices mais Helwa le rassura : elle ne mangeait jamais énormément le matin et elle se rattraperait ce midi, qu'il en soit certain et rassuré.
Il lui expliqua qu'elle pouvait venir manger avec eux, sa famille, le midi comme le soir et même le matin, si elle se levait plus tôt car tous avaient déjà pris leur petit-déjeuner à cette heure. Il ajouta consciencieusement que cela ne serait pas aussi conventionnel que la veille. Pas de robe obligée. Il lui assura également que si elle ne le souhaitait pas, cela ne froisserait personne et qu'Almiel lui amènerait un repas qu'elle pourrait déguster tranquillement dans sa chambre.
Helwa fut ravie d'entendre cela et bien qu'elle n'apprécie guère déjeuner avec de la compagnie, elle décida qu'elle ferait un repas avec la famille royale tous les deux ou trois jours pour les remercier de tous ce qu'ils avaient fait pour elle.
Soudain, alors qu'elle avançait machinalement, elle se cogna contre le prince qui s'était brusquement arrêté au milieu au seuil de la bibliothèque qu'ils devaient traverser. Il regardait fixement devant lui, semblant fasciné, n'ayant même pas remarqué qu'Helwa lui était rentrée dedans. La jeune fille suivit alors son regard et découvrit qu'il fixait une Elfe. Et quelle Elfe !
Helwa fut un instant, elle-aussi, fascinée par cette femme. Ses longs cheveux blonds accrochaient les rayons matinaux du soleil, l'auréolant d'une douce lumière dorée. Grande et élancée, sa vaporeuse robe verte flottait à chacun de ses mouvements alors qu'elle déambulait activement dans la bibliothèque, une mine concentrée et une pile de livres dans les bras. Puis elle quitta la pièce et le charme fut rompu :
—Elrohir ? Qui est-elle ?
—Elle se nomme Elenwë. Cela signifie « l'étoilée », répondit-il sa voix teintée de soupir, ses yeux fixant encore la porte par laquelle la jeune femme avait disparu.
—Elle le porte bien. J'ai eu l'impression que la lumière du ciel était sur elle, commenta Helwa pour meubler le silence dans lequel le prince les plongeait tous deux par son mutisme.
—N'est-ce pas ? ... Vanima Elenwë... soupira-t-il.
Helwa sursauta imperceptiblement à ces mots et garda ses questions pour plus tard. Elle incita le prince à reprendre sa route tout en discutant :
—Excusez-moi Prince Elrohir mais seriez-vous épris d'elle ?
Il se tourna vers elle et l'air de profonde détresse qu'Helwa entraperçu dans ses yeux la bouleversa :
—Cela se voit-il à ce point ?
Bien que sa question fût amusante au vu de sa réaction un instant plus tôt et dont il ne semblait pas se rendre compte, Helwa resta très sérieuse car elle sentit que cela comptait beaucoup pour lui :
—Je ne suis pas une experte en la matière mais cela m'a semblée évident. Vous semblez fasciné par cette femme. Qui est-elle ?
—L'assistante d'Ardamir. Elenwë l'aide dans la bibliothèque à ranger les livres, les amener à certaines personnes ou à en prendre soin pour les plus précieux. Elenwë est amoureuse des livres. La poésie la fascine. Elle peut s'extasier devant quelques vers pendant des heures et en faire comprendre toute la profondeur et la beauté. Elle est plus jeune que moi de deux-cents ans. Elle rivalise d'intelligence avec Elladan. D'ailleurs elle discute souvent avec lui quand il passe dans la bibliothèque. Quand ils se rencontrent il se forme une sorte de connivence intellectuelle entre eux et plus rien n'existe autour d'eux...
Quand il mentionna le Prince Elladan, Helwa ne put s'empêcher de penser que cette femme semblait être son pendant féminin. Elle ressentit également toute l'amertume dans les paroles du prince, semblant regretter à cet instant de pas plus ressembler à son frère :
—Elle ne sait même pas que j'existe soupira-t-il, bien sûr elle me connait car je suis prince mais je suis à l'opposé de tout ce qu'elle aime. Je n'ai aucune chance avec elle.
—Votre frère le sait-il ?
—Non ! Personne ne doit le savoir. Je préfère que tout cela meurt dans l'œuf que d'être ridiculisé en apprenant qu'Elenwë préfère mon frère ou même quelqu'un d'autre...
Soudain le prince n'avait plus rien de la boule d'énergie malicieuse qu'Helwa connaissait depuis deux jours. Il semblait triste, désespérément pragmatique sur la situation et surtout terrifié d'avoir le cœur brisé. Helwa le trouva émouvant et elle fut surprise de voir que même un prince Elfe aussi confiant et talentueux que lui pouvait autant douter de lui-même.
Elle tenta d'imaginer le Prince Elladan en compagnie de cette femme et dût reconnaître que l'image était belle. Les deux Elfes semblaient avoir la même attirance pour les livres et le savoir et devaient partager de longs débats intellectuels.
Pourtant elle souhaitait aussi que le Prince Elrohir soit heureux et à son avis il avait aussi ses chances. Il était charmant, drôle, sensible, elle l'avait remarqué hier durant leur session d'astronomie improvisée, et bel homme il fallait le dire, comme son frère d'ailleurs. Les cheveux bruns n'étaient pas répandus chez les Elfes, Helwa l'avait remarqué la veille. Cela lui donnait un côté exotique indiscutable :
—Ne désespérez pas comme cela, protesta Helwa gentiment, Vous pourriez essayer de l'aborder. Parfois ce ne sont pas les personnes qui se ressemblent le plus qui finissent amoureuses l'une de l'autre.
—Ne parlons plus de cela pour le moment, s'il vous plaît. Nous arrivons.
Helwa respecta la volonté du prince et se tût. En effet l'aire d'entraînement était en vue et toute proche. Le prince n'avait pas retrouvé son sourire mais la tristesse dans ses yeux avait disparu. Personne n'aurait pu deviner ce qui devait se dérouler dans son esprit à cet instant. L'idée qu'il souffre en silence était désagréable à Helwa mais elle connaissait bien ce sentiment. S'il ne voulait rien dire elle attendrait qu'il veuille se confier et si ce n'était pas avec elle, elle n'en prendrait pas offense. Après tout, elle n'était pas proche de lui et ce qui importait était qu'il se sente mieux peu importe à qui il se confiait.
Helwa distingua le Prince Elladan au milieu des autres Elfes, s'échauffant avec des épées dans de petits mouvements pour chauffer ses muscles. Il n'était pas en armure, simplement en tenue d'entraînement comme elle mais ses cheveux bruns se détachaient dans la masse.
Il y avait une dizaine d'autres personnes. Des apprentis pour la plupart et également des guerriers voulant s'entraîner pour conserver leur technique ou l'améliorer plus encore, comme les princes, par exemple. Helwa repéra facilement à quel groupe appartenait chacune des personnes en observant l'aisance dont chacun faisait preuve dans ses mouvements :
Le Seigneur Glorfindel les repéra sur le sentier et un sourire éclaira son visage :
—Ah ma nouvelle disciple ! S'écria-t-il, Je me réjouis de pouvoir commencer votre initiation.
Helwa s'inclina devant lui pour le saluer :
—Tout comme je me réjouis de commencer mon apprentissage à vos côtés Seigneur Glorfindel.
Le général fit signe au Prince Elrohir de commencer à s'échauffer et celui-ci partit pour plusieurs tours de piste à un rythme soutenu puis l'Elfe se tourna vers Helwa :
—Jeune fille, dorénavant appelez-moi Glorfindel. Si nous devons nous voir tous les jours cela sera préférable.
—Bien Glorfindel.
—Vous vous doutez bien que je ne vais pas commencer tout de suite à vous faire manier une arme. Il faut d'abord vous endurcir musculairement parlant, dit-il en avisant les membres longilignes de la jeune fille, Vos entraînements consisteront d'abord en un renforcement physique et une augmentation de votre endurance, un assouplissement puis nous passerons au combat rapproché puis aux armes. Cela vous convient-il ?
—Oui bien sûr.
Helwa était amusée que le Seigneur Glorfindel pense qu'elle n'avait pas de muscles. Elle en avait, ils étaient juste bien cachés. Après s'être entraînée toute son enfance sans s'en rendre compte elle avait gagné une certaine puissance musculaire mais sa minceur morphologique qui la faisait ressembler à une grande asperge les empêchait de prendre du volume.
Mais peut-être n'était-ce pas encore assez. Ses capacités n'étaient peut-être pas à la hauteur. De toute manière Helwa obéirait à ce qu'on lui ordonnerait de faire et supporterait sans rien dire. C'était une opportunité trop belle pour s'en plaindre. De plus elle appréciait beaucoup l'exercice :
—Ce sera long et je suis exigeant, l'avertit le général.
Helwa hocha la tête en signe de compréhension :
—Bien, prenez la suite d'Elrohir. Vous vous arrêterez quand je vous ferais signe. Aujourd'hui on renforce les jambes. Et je veux un rythme soutenu.
Helwa partit immédiatement courir sur le bord de la piste à un rythme rapide comme lorsqu'elle courrait dans la forêt. Pas aussi vite que lorsque le Seigneur Glorfindel l'avait poursuivie mais rapide tout de même. Elle savait qu'elle pouvait tenir ce rythme longtemps.
Helwa rattrapa rapidement le Prince Elrohir qui courrait un peu moins rapidement qu'elle depuis quelques minutes. Il ne montrait aucun signe de fatigue comme si cela était aussi simple que de respirer et Helwa partageait ce sentiment.
Quand elle fut à sa hauteur et voyant qu'il n'avait aucun mal à se caler sur son rythme elle se permit de lui poser LA question qui lui brûlait les lèvres depuis que le prince avait parlé en elfique ce matin :
—Elrohir, que signifie le mot vanima ? Vous l'avez prononcé tout à l'heure en parlant d'Elenwë.
Encore une fois Helwa avait prononcé le nom du prince sans réfléchir. Elle alternait entre son titre et son prénom ce qui lui donnait l'impression d'osciller sur un fil mais elle appréciait de plus en plus cette marque de proximité entre eux. Cependant la crainte de toujours manquer de respect persistait, bien que la demande de l'appeler par son prénom émane du prince lui-même :
—C'est un mot qui désigne une très belle personne, sans défaut, parfaite. Il n'est utilisé que pour désigner des Elfes ou des Humains.
Helwa ne put s'empêcher de rougir brusquement et ce n'était pas l'exercice qui en était à l'origine et le prince le devina très vite :
—Quelqu'un aurait-il utilisé ce qualificatif à votre égard ? Demanda-t-il amusé par la situation.
Helwa hésita. Devait-elle lui dire ?
—Votre frère, souffla-t-elle gênée, le soir où il m'a raccompagnée.
Le prince sembla soudain ennuyé et Helwa fronça les sourcils :
—Cela pose-t-il problème ? S'enquit-elle.
—Pour vous oui, répondit-il d'un ton légèrement sombre, mais je ne sais comment vous l'expliquer sans vous offenser ni vous mettre dans l'embarras...
—Dites toujours, affirma Helwa, l'hésitation et la mesure du prince l'angoissant.
Son acolyte de course resta silencieux un moment, instaurant un silence pesant et rendant Helwa plus anxieuse encore :
—Voyez-vous, commença-t-il en évitant son regard, ce genre de remarque dénote normalement l'intérêt d'une personne pour une autre comme moi à l'égard d'Elenwë. Vous avez donc peut-être, je dis bien peut-être, pensé que mon frère pouvait être attiré par votre personne. Mais ce n'est pas le cas et ce n'est en aucune manière dirigé contre vous en particulier. Elladan est comment dire un... séducteur, un charmeur. Il aime faire la cour aux femmes pour... s'amuser je crois mais ne va jamais plus loin. Cela s'apparente à un jeu pour lui. Je suis le seul au courant qu'il s'amuse de voir ses conquêtes tombées sous son charme puis tomber de haut en apprenant que rien n'était sérieux... Je n'ai jamais bien compris l'intérêt de faire cela et je l'ai déjà prévenu que cela lui porterait préjudice un jour ou l'autre. J'espère que je ne vous offense pas par mes paroles.
Helwa secoua la tête :
—Non, non ne vous inquiétez pas. C'est louable de votre part de me prévenir. Cependant je n'avais en aucun cas pensé que votre frère puisse me trouver... intéressante, répondit Helwa
Le prince hocha la tête et la laissa seule car le Seigneur Glorfindel l'avait appelé pour qu'il continue à s'entraîner, au milieu du terrain cette fois.
Helwa resta donc seule, continuant à courir autour de la grande piste. Elle tentait de réfléchir objectivement aux informations que le Prince Elrohir venait de lui donner.
Elle n'avait jamais pensé que le Prince Elladan puisse la trouver réellement belle ou être attiré par sa personne mais tous les moments où elle avait eu l'étrange impression qu'il lui faisait la cour lui revinrent en mémoire. En y repensant du point de vue que venait de lui exposer le Prince Elrohir, Helwa vit rapidement de quoi il voulait parler. Il y avait toujours cette étincelle dans son regard qui laissait apercevoir à qui savait quoi chercher qu'il s'amusait et que tout était un jeu.
Helwa repensa à ses mots au dîner, la veille : « Je ne le fais pas par politesse mais bien parce que je le pense ». Il avait eu l'air sincère... Mais Helwa ne pouvait pas remettre en doute les paroles de son frère. Le Prince Elrohir avait eu l'air si soucieux de ne pas la blesser. Non, Helwa le croyait et cela signifiait que le Prince Elladan, lui, était un menteur et un manipulateur de surcroît.
Elle se sentit déçue. Pas tant de savoir que ses compliments n'étaient pas sincères car elle ne les avait jamais acceptés, sachant très bien ce qu'elle était, mais surtout parce qu'elle n'aurait jamais soupçonné le prince de pouvoir se conduire ainsi. Elle avait commencé à l'apprécier et surtout elle le respectait, voyant en lui son sérieux et son intelligence. Mais apparemment il n'était pas que cela. Elle trouvait dommage de gâcher autant de potentiel intellectuel pour une si petite chose que des jeux de séduction.
Dans le même temps, elle ne pouvait pas trop médire sur son compte ni le juger car c'était quand même lui qui lui avait permis de rester ici. Il ne fallait pas l'oublier. Pourtant Helwa ne trouva cela que plus dommage. Il avait tant fait pour obtenir son respect...
Helwa savait qu'elle ne pourrait pas en faire abstraction désormais mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne pourrait plus discuter avec lui. Il lui faudrait juste ignorer son jeu. Elle trouvait cela cruel. Pourquoi lui infliger cela ? Était-ce une manière de lui rappeler qu'elle ne serait jamais à sa hauteur ? Et son intérêt pour elle, sa culture, était-ce véritablement intellectuel ou cela faisait-il parti de tout cela ? Helwa se sentit perdue. Elle ne s'attendait pas à cela en se levant ce matin.
Elle repensa à la manie qu'avait le prince de la fixer intensément la plupart du temps, la mettant extrêmement mal à l'aise. S'il voulait réellement la séduire pour s'amuser ce n'était pas une très bonne technique car cela donnait simplement envie à Helwa de le fuir. Ou alors il prenait plaisir à la mettre mal à l'aise. De plus ce jeu de séduction était fortement incongru vu qu'Helwa n'était pas du tout le genre de personne que le prince pourrait trouver réellement « intéressante » tant physiquement qu'intellectuellement et elle était trop jeune. Le jeu ne devait en avoir que moins de saveur n'est-ce pas ? Alors elle ne comprenait pas l'intérêt. L'attrait de la nouveauté peut-être ? Helwa commençait à avoir mal à la tête à réfléchir autant.
La jeune fille se força à se concentrer sur ses pas à mesure qu'elle foulait le terrain. Elle avait accéléré son rythme sans s'en rendre compte. Elle avait besoin de se défouler.
Helwa avait l'habitude des moqueries mais celles-ci étaient cruelles car détournées. Normalement ceux de son village étaient directs et violents avec elle. Cette fois-ci on la prenait sur un terrain sur lequel elle n'avait pas encore pris ses marques. Elle ne remercierait jamais assez le Prince Elrohir pour ses conseils. Il lui avait évitée beaucoup de souffrances inutiles.
Alors qu'elle courrait, elle sentit les regards intrigués des Elfes s'entraînant au centre de l'aire. Apparemment ils n'avaient pas été mis au courant du pourquoi de sa présence ici. Helwa se sentit un peu mal à l'aise alors qu'ils la jugeaient très certainement sur sa manière de courir. Peut-être n'était-elle pas assez rapide ?
Pourtant le Seigneur Glorfindel ne lui avait encore fait aucune remarque et elle savait qu'il l'observait du coin de l'œil. Elle se força donc à rentrer dans sa bulle et à ne s'occuper de rien sauf de placer un pied devant l'autre.
Le Seigneur Glorfindel la fit courir deux bonnes heures à ce rythme. Helwa avait rapidement compris qu'il continuerait à la faire courir tant qu'elle ne montrerait pas de signe de fatigue pour déterminer à combien se situait sa limite.
Quand elle avait commencé à se sentir réellement fatiguée, à avoir mal aux jambes, chaud et surtout envie de ralentir, il lui demanda de continuer pour lui apprendre à dépasser sa limite. Et Helwa ne s'arrêta pas avant qu'il lui fasse signe de s'approcher. A ce moment tout ce qu'elle désirait était son lit. Elle n'avait jamais couru à un rythme aussi soutenu aussi longtemps. Helwa commençait à comprendre ce qu'il avait voulu dire par « long et exigeant ».
Il la prit à part, alors que les autres personnes présentes continuaient leur différentes activités (tir à l'arc, combat rapproché ou à l'épée), et lui fit effectuer une série d'étirements qui mirent à rude épreuve la souplesse qu'elle possédait déjà. Il ne cherchait pas à la faire rester sur ses acquis mais à les dépasser. Il lui demanda d'effectuer ces étirements à la fin de chaque entraînement et de tenter d'aller toujours plus loin.
Helwa était déjà souple mais si elle devait continuer comme cela chaque jour, elle allait devenir une véritable contorsionniste et pourrait rentrer dans un coffre !
Quand elle eut terminé, il en était de même pour les autres et le Prince Elrohir vint la retrouver alors qu'elle allait retourner à sa chambre, se changer et prendre un bain :
—Alors comment vous sentez-vous ?
—Fatiguée. Mais l'exercice me fait toujours du bien. Cela aère l'esprit.
—C'est vrai. Mangerez-vous avec nous ce midi ? S'enquit-il joyeusement.
Helwa avisa son frère arriver vers eux. Elle n'avait aucune envie de discuter aujourd'hui avec lui. Elle devait d'abord digérer ce qu'elle avait appris ce matin :
—Non désolé. Je vais aller me changer et déjeuner dans ma chambre. Je dois étudier avec le Seigneur Ardamir dans une heure.
—Je demande que l'on vous envoie quelque chose alors, fit-il attentionné.
Helwa le remercia chaleureusement et quitta le terrain sans plus s'attarder, au moment où le Prince Elladan arrivait à leur hauteur.
