Après avoir dévoré littéralement son repas dans sa chambre tant l'entraînement l'avait éreintée, Helwa prit un bain bien mérité et très attendu. Elle se détendit un moment dans l'eau chaude. Pourtant les paroles du Prince Elrohir au sujet de son frère n'arrivait pas à quitter son esprit.
Si le Prince Elladan continuait son jeu de cour à son égard, devait-elle lui dire qu'elle savait tout ou devait-elle simplement l'ignorer ? Tout dévoiler accuserait à coup sûr le Prince Elrohir, le seul à le savoir, et mettrait en péril l'amitié entre les deux frères. Il n'en était pas question ! Helwa n'avait plus qu'à se taire et ne jamais croire un seul des compliments qu'il pourrait lui faire. Peut-être s'arrêterait-il au bout d'un moment en voyant que cela ne prenait pas ?
Elle avait pensé un court instant à rentrer dans son jeu mais cela n'avait duré qu'un infime instant. Helwa n'avait clairement aucune notion dans ce domaine. Ayant été une solitaire toute sa vie, elle ignorait tout des jeux de séduction et du sentiment amoureux. Si elle tentait de le prendre à son propre jeu malsain elle avait perdu d'avance. Surtout que le prince était un très bon comédien et maniait très bien les mots. Il semblait sincère dans les paroles qu'il lui avait adressée la veille et sans l'intervention du Prince Elrohir, Helwa aurait presque pu le prendre au sérieux. Presque... Heureusement la petite voix était là pour la protéger de toute désillusion.
La jeune fille pensa que cette histoire allait sûrement lui faire enfin apprécier cette petite voix vivant en elle depuis qu'elle était enfant. Helwa l'avait toujours détestée d'inlassablement lui rappeler la réalité en face mais peut-être que dans ce contexte cela lui serait bénéfique.
La jeune fille sortit de l'eau dans une grimace. Les douleurs musculaires étaient déjà bien présentes. Et dire que cela allait devenir son quotidien ! Peut-être s'atténueraient-elles avec le temps ? Cependant Helwa ne soupira pas ni ne regretta pas une fois sa décision. Le Seigneur Glorfindel avait l'air satisfait de sa personne aujourd'hui et même si, comme le Prince Elrohir lui avait annoncée, il était exigeant, Helwa sentait qu'il était également juste et qu'il savait reconnaitre un effort quand il en voyait un.
Propre et habillée, Helwa trouva son chemin jusqu'à la bibliothèque. Elle repéra facilement son nouveau précepteur, assis à une table, l'attendant, du parchemin, de l'encre et une plume à ses côtés.
Le cours se déroula facilement pour Helwa. Pendant plus de quatre heures il lui enseigna avec une grande patience l'alphabet sindarin, totalement différent du sien, tout en lui apprenant des mots de première utilité pour communiquer. Il les prononçait, elle les répétait puis devait les écrire sans faire de fautes grâce aux règles d'orthographe qu'il lui avait énoncée.
N'ayant presque jamais écrit mais connaissant le principe grâce à la lecture, Helwa eut du mal à prendre en main la plume et à tracer des lettres correctes tant les tengwar elfiques possédaient de déliés. Cependant elle y mit beaucoup d'application et fit de son mieux même si la plume crissait parfois sur le papier, faisant grimacer le Seigneur Ardamir.
Après les muscles, ce fut son cerveau qui travailla jusqu'à la migraine. Pourtant Helwa ne se plaignit pas tant tout ce qu'elle apprenait était stimulant et elle faisait preuve d'une concentration et d'une vivacité d'esprit exemplaire. Le Seigneur Ardamir semblait ravi et Helwa l'était encore plus. Elle avait trouvé l'Elfe un peu antipathique au dîner et elle découvrit que malgré son éternel sérieux, il savait sourire, encourager et avait un certain sens de l'humour qu'Helwa ne comprenait pas toujours cependant.
Quand son précepteur la relâcha enfin il devait être près de dix-sept heures et Helwa décida d'aller se balader prendre l'air au-dehors, s'aérer l'esprit. En marchant elle pensa par un enchaînement de pensées farfelues à ses affaires, laissées dans la chambre des deux princes. Elle désira les récupérer. Après tout elle aimait bien son vieux sac et il était préférable qu'ils ne les découvrent pas, si ce n'était déjà pas le cas.
Helwa tenta donc de trouver son chemin jusqu'à leur chambre et elle mit du temps avant de reconnaître la porte de la pièce où elle s'était réfugiée le premier jour. Elle frappa nerveusement à la porte. Personne ne lui répondit. Elle inspira profondément et ouvrit doucement la porte et passa la tête dans la pièce. Effectivement il n'y avait personne.
La jeune fille rentra, toujours silencieusement, et se pencha pour attraper ses affaires sous le lit où elle les avait laissées. Par un miracle des Valar elles y étaient encore. Personne n'y avait touchées. La jeune fille remercia les Valar dans un murmure en se retournant. Elle faillit alors pousser un cri de surprise tellement elle eut soudainement peur. Dans l'encadrure de la porte se tenait le Prince Elladan, les bras croisés. Il l'observait, silencieux.
Helwa ne savait pas quoi dire pour se justifier de se trouver dans sa chambre sans autorisation, ses affaires dans les bras :
—Si... Si je vous demandais de ne pas poser de questions, de me laisser partir et de ne jamais en parler, le feriez-vous ? Demanda-t-elle, le regard à terre avec même un léger sourire désabusé aux lèvres, tentant cette question dans un dernier espoir.
—Qu'avez-vous à me donner en échange de mon silence ?
Helwa releva les yeux, surprise par la réponse. Le ton était sérieux mais les yeux du prince ne pouvaient pas cacher son amusement. Après les paroles de son frère ce matin, Helwa était méfiante mais à ce moment de malaise extrême, elle se sentait encline à accepter beaucoup de choses :
—Je ne possède rien, déclara-t-elle prudemment.
—Je vous propose un marché alors : je ne dirais rien sur ceci et ne poserais aucune question sur ce sujet mais en échange vous devrez répondre à toutes les autres questions que je pourrais avoir.
Helwa fronça les sourcils. Elle n'appréciait pas la tournure que prenaient les évènements. Mais la divulgation de ce moment pourrait la faire renvoyer. Pourtant d'un autre côté si le prince lui posait des questions auxquelles elle n'avait pas envie de répondre, elle serait coincée car un marché était un marché :
—Cela ressemble à du chantage d'informations.
Elle tenta la voie de la culpabilité. Helwa n'avait aucune carte en main à ce moment-là et elle le savait. Le Prince Elladan était intelligent (malheureusement pour elle en cet instant !) et il savait ce qu'il faisait :
—Le silence d'une personne ne s'achète pas gratuitement Helwa. Jamais.
—Je pensais que vous auriez assez d'affection pour ma personne pour accepter ma proposition.
Peut-être que le prendre à son propre jeu marcherait ? Oui mais elle lui faisait croire que son petit manège marchait et qu'elle croyait que le prince avait des sentiments pour elle. Oh que tout cela était compliqué !
—J'en ai mais j'ai remarqué votre... réticence à parler de vous alors je m'assure de pouvoir avoir des réponses à l'avenir. C'est aussi simple que cela.
—Et la notion d'intimité, de jardin secret ? Répliqua Helwa commençant à être légèrement remontée et tentant de garder son sang-froid, Tout cela ne vous parle donc pas ?
—Je n'ai pas l'intention d'abuser de ce marché. Simplement je me garde une assurance si jamais une question me venait à l'esprit. C'est juste cela.
Helwa sentit qu'il ne lui disait pas toute la vérité mais qu'elle n'allait pas tarder à la comprendre :
—Bon très bien, accepta-t-elle à regret.
Elle passa devant lui pour repartir à sa chambre quand le prince l'attrapa par le bras, ce qui la fit tressaillir :
—Je n'ai pas dit que je n'avais pas de questions pour vous maintenant, murmura-t-il d'un ton amusé par son empressement à partir.
Ah la voilà la raison de ce marché ! Son interrogation devait être délicate pour qu'il ait peur qu'elle ne lui réponde pas. Helwa se dégagea et attendit la question :
—J'ai eu la désagréable impression, continua-t-il, que vous m'avez évitée, fuit serait plus pertinent d'ailleurs, ce matin après l'entraînement. Pourquoi ? Ais-je fait ou dit quelque chose qui vous aurait offensée ?
Helwa se mordit la lèvre. Il lui tendait littéralement une perche et l'envie de lui énoncer ses quatre vérités la démangeait furieusement surtout après qu'il lui ait fait passer un tel marché. Cependant l'image des deux jumeaux séparés à cause d'elle lui vint à l'esprit et la dissuada de la pertinence d'une telle entreprise. Elle préféra jouer l'innocence :
—Oh je suis sincèrement désolé si vous avez pensé que je fuyais votre compagnie prince, fit-elle de sa voix la plus contrite, Vous m'en voyez désolé. J'étais simplement fatiguée et j'aspirais à rentrer au plus vite à ma chambre. Je n'avais pas pensé une seule seconde que vous pourriez le prendre ainsi. Veuillez m'excuser.
Elle pria les Valar de pardonner son mensonge et surtout de faire en sorte que le prince la croit. Helwa le fixa droit dans les yeux pour accentuer la confiance du prince en ses propos. Elle le vit froncer les sourcils, puis réfléchir et enfin acquiescer à son plus grand soulagement :
—Bien. Cependant si à l'avenir vous aviez quelque chose à me dire, n'hésitez pas. Cela me chagrinerait de vous savoir triste ou blessé par ma faute.
Helwa résista à la tentation de lever aux yeux au ciel. En fait elle ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer. Le Prince Elladan jouait très bien à son jeu et sans son frère, Helwa n'aurait pas fait long feu. Au fond d'elle, la jeune fille aurait aimé que ses paroles ne soient pas un jeu et qu'il les pense vraiment. Cela aurait été plus gratifiant et réconfortant.
Ce marché passé, Helwa se fit la réflexion, en revenant à sa chambre, que les prochaines années allaient vraiment être compliquées, sur ce sujet en tout cas.
