Lorsqu'elle franchit la porte menant à l'aire d'entraînement, Harlethil, un autre capitaine de la cité l'aborda, un air de sérieux gravé sur ses traits. Nwalmendil le connaissait plutôt bien. Elle avait partagé plusieurs missions avec lui dans la campagne du Sud pour repousser des ennemis et elle appréciait son sens de la stratégie et son professionnalisme. Elle craignit que son sérieux ne fût en rapport avec son débordement de la veille :
—Capitaine Nwalmendil, j'ai rassemblé vos troupes sur la grande place avec les autres, déclara-t-il, Il va falloir leur expliquer les ordres puis nous partirons sur l'heure.
L'intéressée cligna des yeux plusieurs fois et fronça les sourcils, signe de son incompréhension totale :
—N'êtes-vous donc pas au courant des ordres royaux ? Pourtant j'ai eu ouïe dire que le Général Eärnil était avec vous ce matin...
—Je... Oui mais il ne m'a rien dit. Que se passe-t-il Capitaine Harlethil ?
Ce dernier lui fit signe de le suivre tout en lui expliquant la situation :
—A l'aube, deux hérauts sont arrivés. L'un venait du Sud-Ouest et l'autre du Nord-Est. C'est un miracle que tous deux soient arrivés dans le même temps. Ils venaient prévenir le roi que les Haradrims et les Chariotiers ont dépassé les frontières et envahissent les régions alentours.
—Combien sont-ils ? S'exclama Nwalmendil alarmée.
Une telle invasion ne s'était jamais produite. Cela ne présageait rien de bon pour le royaume :
—Assez pour que le roi décrète un état de guerre. Il a décidé de se rendre au nord-est avec son fils Artamir et la moitié des troupes de la cité. Là-bas il recevra l'aide des Eothed et des contrées de l'Est.
—Et pour les Haradrims ? Va-t-il les confronter ? Ces troupes sont puissantes et souvent nombreuses. Rappelez-vous les difficultés que nous avons eu à repousser leurs raids.
—Le roi Ondoher a décidé d'envoyer le Général Eärnil gérer la situation. Nous faisons tous les deux parties de cette mission, capitaine. Des soldats du Sud et des régions gondoriennes de l'Ouest se rallieront à nous. Le Gondor doit se rassembler.
Nwalmendil pesta intérieurement de se retrouver dans l'armée du Sud en compagnie du Général Eärnil. En cet instant, sa compagnie ne la tentait guère. Une inquiétude la prit également à l'annonce d'une guerre ouverte avec les Chariotiers et les Haradrims. Jusqu'ici l'armée gondorienne n'avait fait que repousser des raids. Était-elle seulement prête à affronter une armée déterminée à envahir le Gondor ?
—La stabilité du Gondor est menacée, dit-elle tout haut en réfléchissant.
—Elle l'était déjà depuis plusieurs années, rétorqua le Capitaine Harlethil.
—Oui bien sûr. Cependant une guerre ouverte implique une victoire et une défaite complète pour l'un des deux camps. Imaginez que le roi soit tué, cela serait très fâcheux.
—Rappelez-vous capitaine, le roi a deux fils et même si le Prince Artamir venait à rendre son dernier souffle lors de cette bataille, le Prince Faramir reste à Minas Anor dans le cas où il serait amené, en tant que dernier descendant, à prendre la succession du trône.
Elle acquiesça. Il ne fallait pas partir défaitiste. Le Gondor était le royaume humain le plus puissant de la Terre du Milieu. Il devait ramener la victoire.
Les préparatifs furent vite faits et l'armée de Minas Anor quitta la cité le matin même, se séparant : l'une vers le Nord sous la bannière du roi Ondoher, et l'autre vers le Sud sous l'étendard du Général Eärnil.
Sur son cheval, Nwalmendil pensa que cette guerre serait peut-être la dernière chose qu'elle ferait dans sa vie. C'est avec cette pensée qu'elle talonna son cheval vers le Sud, vers la victoire et la gloire, elle l'espérait pour le royaume et ses habitants.
