Je voulais m'excuser pour le retard de publication… je n'ai pas eu, ni pris le temps d'écrire ces derniers temps. Mes publications seront sûrement très irrégulières…Sinon…Ce quatrième OS n'est pas inspiré d'un épisode en particulier mais plutôt d'une seule phrase, prononcée par la Cailleah dans l'épisode The Darkest Hour- Part 1 (SE4E1) : « [Emrys] is your destiny and he is your doom », soit pour les non-anglophones « Emrys est ton destin et il est aussi ta perte ». Cette petite phrase s'adresse à Morgane, juste après qu'elle ait ouvert le voile qui sépare le monde des vivants et des morts et pour moi, elle ne signifie pas seulement que le sort de Morgane est celui de The Diamond of the Day (SE5E13). Le OS prend donc place entre la saison 4 et la saison 5 et les canons ne seront pas forcément respectés.

Bonne lecture à tous !

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Titre : Destins enlacés

Pairing : Mergana

Résumé : Parfois, le destin nous réserve des surprises. Et parfois, les mots ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être. comme les ennemis.

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« Tu as raison d'avoir peur, Morgane, car celui qu'on nomme Emrys marche dans ton ombre. Il est ton destin mais il est aussi ta perte.

Morgane s'apprêtait à répondre quelque chose mais la Cailleah disparut avant qu'elle ne puisse entrouvrir les lèvres, dans un cri d'horreur, celui du Dorocha qu'elle avait lâché sur Terre.

Lentement, la jeune Prêtresse se remit sur ses pieds. Son regard tomba sur la tombe au centre des ruines de l'Ile Fortunée. Le cadavre de Morgause avait disparu.

Elle était à nouveau seule.

Maintenant qu'elle entrevoyait ce qu'elle venait de provoquer, l'ancienne pupille du roi avait peur.

Beaucoup trop peur.

Elle savait que le Dorocha pourrait l'aider à récupérer son trône.

Mais comment l'arrêter une fois cela fait ?

Et comment régner, maintenant qu'elle était seule ?

Et qui était cet Emrys ?

Comment pourrait-il être sa perte à elle, elle, qui fût une Grande Prêtresse de l'Ancienne Religion ?

Cela signifiait-il qu'il était du côté d'Arthur ?

Et que signifiait cet avertissement ?

Qu'est-ce que « destin » voulait-il dire ?

Morgane voyait le futur, le destin ne devrait pas lui être si flou et pourtant, pourtant, elle ne parvenait à comprendre ce que signifiait les mots qu'elle venait d'entendre ?

Qui est Emrys ?

-Qui es-tu ? lança Morgane, à la cantonade, désespérée, sa voix ricochant contre les murs de pierres délabrés.

Le Dorocha cria au loin, comme annonçant son sort funeste.

Son sort à elle.

Emrys la tuerait-elle ?

Aucune lame mortelle ne peut me tuer.

La Cailleah se trompait.

Emrys ne serait sa perte.

-Il ne le sera pas dans le sens que tu envisages, Morgane…

-Alors comment ?! s'écria la jeune femme d'une voix cassée.

-Ton destin et celui d'Emrys sont intimement liés car tu es la Dernière Grande Prêtresse de l'Ancienne Religion et il est le Plus Grand Sorcier à Avoir Foulé Cette Terre. Vous êtes destinés à faire de ce monde un monde meilleur mais seule l'aide du Roi qui Fut et qui Sera vous est providentielle.

-Je ne comprends pas.

-Le destin d'Emrys est d'aider ce roi à unifier les Terres d'Albion mais sans toi, il ne réussira pas, Morgane, car la Terre n'existe que grâce au Feu, à l'Eau et à l'Air et si l'un des piliers disparaît, alors le monde s'écroule.

La voix faiblissait, Morgane le sentait.

-Attendez ! Je ne comprends pas ! En quoi cela me concerne-t-il ?

-Albion ne peut naître sans Emrys, Morgane… penses-y… »

Il y'eut un nouveau cri et Morgane se retrouva à nouveau seule.

Mais qui était Emrys ?

*

« Ilvabien ?

-Jenaijamaisvuquelqu'undaussifroid.

Merlin papillonna des paupières, l'impression d'avoir enfourné la tête dans un étau qui l'empêchait de penser.

-Regardez ! Je crois qu'il se réveille.

La lumière l'empêcha d'ouvrir les yeux. L'avait-on mis sous les rayons du soleil ? Merlin positionna une main contre ses yeux, le temps de s'habituer à la lumière.

-Comment te sens-tu ? demanda Gaius.

-J'ai l'impression d'avoir des plumes dans la tête, mais sinon… sinon ça va.

Il se redressa tant bien que mal et regarda autour de lui. Il y'avait Lancelot et Mordred, et Gaius.

-L'avez… l'avez-vous vue ?

-Qui ça ? interrogea Lancelot.

-Une femme… tout en noir, le regard si triste… il faisait si froid quand elle est apparue…

Merlin jeta un regard à chacun de ses interlocuteurs.

-Elle t'appelait…

Ses yeux se figèrent sur Mordred.

-Elle t'appelait, n'est-ce pas ?

Merlin acquiesça.

-J'ai peur que cela ne présage rien de bon, ajouta le jeune chevalier.

-Moi non plus, Mordred. Moi non plus.

-De quoi parlez-vous ? fit soudain Lancelot, l'air de ne rien y comprendre.

-Oh… euh…

Merlin échangea une œillade avec Mordred. Il était le seul à savoir que Mordred était magicien. Arthur avait l'air d'avoir complètement oublié qu'il avait sauvé un jeune druide nommé Mordred il y'a cinq ou six ans de cela. Même Gaius ne semblait pas avoir fait le rapprochement, à croire que Merlin était la seule personne observatrice à Camelot.

-De la Cailleah, répondit Gaius.

-De la quoi ? répéta Merlin.

-La Cailleah, la Gardienne du Monde Spirituel. Que vous l'ayez tous deux vue ne présage rien de bon, vous avez raison.

Lancelot suivait l'échange, l'air de faire un gros effort de concentration. Il savait qu'il lui manquait un morceau de l'histoire pour tout comprendre mais il ne parvenait pas à savoir quoi.

-Quand j'étais enfant, on m'a dit que lorsque la Cailleah apparaissait, cela signifiait que le Voile entre les deux Mondes avait été déchiré, murmura Mordred.

Merlin sentit ses poils s'hérissaient.

-Morgane… siffla-t-il. Un an qu'elle ne donnait plus de signe de vie…

-… on dirait bien qu'on l'a retrouvée, acheva Mordred.

Merlin acquiesça et s'apprêtait à dire quelque chose quand un cri strident retentit. D'un même mouvement, Mordred et lui avaient porté leurs deux mains à leurs oreilles.

-Qu'y a-t-il ? demanda Gaius.

Les deux sorciers se fixèrent.

-Un cri… commença l'aîné.

-Strident…

-Coupant comme une lame…

-On aurait dit que… que…

-… le monde se divisait et que…

-… toute la douleur du monde s'exprimait, d'un coup, acheva le plus jeune.

Merlin hocha vivement la tête.

-J'ai bien peur que Morgane ait libéré le Dorocha, Merlin. »

*

« Nous sommes les derniers survivants, Sire. Tous les autres… ils sont à l'agonie, nous ignorons quoi faire…

Arthur se frotta le menton, pensif. Un couple de fermiers étaient arrivés ce matin dans la citadelle et avaient demandé audience auprès du roi, seulement le roi était incapable d'écouter leurs problèmes et encore moins de régner, ainsi, c'était à Arthur qu'ils s'adressaient. Ils décrivaient un étrange phénomène, comme une épidémie. Les villageois étaient frappés d'un mal qui les rendait aussi blancs que des morts et ralentissaient leur rythme cardiaque jusqu'à la mort.

-Nous avons besoin d'un médecin… acheva l'homme en se jetant à genoux.

-Relevez-vous, relevez-vous.

L'homme obéit.

-Gaius, avez-vous une idée de ce que cela signifie ? interrogea le prince.

Le vieux médecin affichait une moue dubitative.

-Je ne peux hélas rien affirmer sans avoir vu un des malades, Sire.

-Mais vous avez une suggestion ? Gaius…

-Il pourrait s'agir de magie noire, Sire, mais je ne peux l'affirmer avec certitude.

Arthur se laissa tomber dans le trône.

-Et je ne peux vous dépêcher aussi loin, en premier lieu pour votre santé et en second lieu car ma sœur pourrait frapper n'importe quand et Camelot a besoin de vous.

-De grâce, Monseigneur, implora la femme, aidez-nous. Aidez-nous.

-J'aimerai pouvoir le faire… murmura le jeune homme.

Comment son père avait-il pu supporter cela ? Être impuissant face au malheur de ses sujets ? Arthur passa une main dans ses cheveux.

-Vous avez entendu le prince, fit Aggravain, à sa droite. Camelot ne peut rien pour vous.

-Si je puis me permettre, reprit Gaius, Merlin est à mes côtés depuis plus de sept ans, Sire, il sait assez de choses sur la médecine pour pouvoir se rendre dans ce village à ma place.

Arthur jeta un œil sur son serviteur.

-Vous en êtes certain ?

-On ne peut plus, Sire.

-Alors, Merlin… eh bien… approche.

Arthur se sentait quelque peu démuni. Pour pouvoir nommer son valet médecin suppléant, il faudrait qu'il soit roi, seulement, son père vivant, il n'était que prince héritier. Mais jamais Uther ne serait en mesure de le faire aujourd'hui, et s'il l'avait été, Arthur doutait qu'il l'eût fait. Il se souvenait de cet échange, il y'a presque huit ans, quand Uther avait demandé à Merlin s'il était atteint d'afflictions mentales et que ce dernier avait répondu que probablement, oui. Arthur eut un rictus amusé.

Lorsque son valet s'approcha, il demanda à ce qu'on lui apporte une épée de cérémonie, le plus vite possible. Les villageois s'étaient retirés sur le côté. Le prince échangea un regard avec son meilleur ami. Il n'aurait su dire pourquoi, mais une sorte de fierté l'envahissait alors qu'il s'apprêtait à le nommer. Cette fierté grandit dans son cœur quand on déposa l'épée de cérémonie entre ses mains.

-A genoux, ordonna Arthur, d'une voix forte.

Merlin se laissa tomber sur le sol, inclina la tête vers le sol. Arthur, lui, la main étonnement tremblante déposa l'épée sur l'épaule du jeune homme. Il jeta un regard alentour. A côté de Gaius, Mordred et Lancelot fixaient Merlin, l'air aussi fier que lui. Arthur ressentit un drôle de pincement au cœur. Il semblait que son valet avait des amis plus proches que lui-même. Le prince secoua la tête et déclara :

-Par les pouvoirs qui me sont conférés, je te nomme, Merlin Myrddin, Médecin de la Cour.

Merlin releva la tête, lui sourit et hocha la tête, comme pour le remercier. Lorsqu'il se releva, Arthur le saisit par sa veste.

-Ne crois pas que tu es libéré de tes fonctions auprès de moi, Merlin.

Cela sonnait comme une menace, Arthur le savait mais il savait aussi que Merlin lisait entre ses mots. Ce dernier le regarda étrangement.

-Ce n'est pas mon intention, murmura le jeune homme. Je suis heureux d'être votre serviteur. Jusqu'à ma mort.

Arthur le lâcha et le regarda s'éloigner, dans un état second. Qu'est-ce que ces mots signifiaient ? C'est également dans un état hébété qu'il fixa son valet se faire féliciter par Mordred et Lancelot.

-Sire ?

La voix d'Aggravain le ramena à la réalité.

-Excusez-moi. Merlin… as-tu besoin d'hommes ?

-Je crois que deux ou trois de vos chevaliers devraient suffire.

-Je me porte volontaire, déclara immédiatement Lancelot.

-Je serais de la partie, intervint Gauvain.

-Moi aussi, fit Mordred.

-Mordred… vous êtes encore jeune… une telle mission, pour votre première…

*Myrddin est l'un des autres noms de Merlin dans la légende arthurienne (les anciens écrits). Comme notre Merlin n'a pas de nom de famille, eh bien je m'en suis inspiré pour lui en donner un !

Le chevalier se jeta aux pieds du roi.

-Je ne m'y opposerai pas si vous ne m'en pensez pas digne, Sire, mais c'est une requête qui me tient à cœur.

-Eh bien…

Arthur cherchait le regard de Merlin. Celui-ci acquiesça.

-Relevez-vous, Mordred. Et soyez prêt pour l'horaire que vous donnera Merlin.

-Merci, Sire ! Merci !

Arthur sourit. Le jeune homme lui rappelait bien souvent sa propre jeunesse. Qu'elle fût loin… c'était un temps où Morgane et lui étaient encore proches, un temps de paix et d'amour.

-La séance est levée.

Tous firent la révérence et s'apprêtèrent à sortir.

-Merlin ? Je peux te parler une minute. Seul à seul, ajouta-t-il en fixant son oncle.

Le tout nouveau médecin revint sur ses pas tandis qu'Aggravain quittait la pièce.

-Fermez les portes, je vous prie.

Arthur regarda son valet s'approcher.

-Qu'y a-t-il, Sire ?

-Je voulais… je voulais te demander de veiller sur Mordred. Il est jeune et avec peu d'expérience.

-Pourquoi l'avoir accepté si vous craignez tant qu'il…

-J'ai foi en son talent, Merlin. Mais il est un peu comme moi quand j'avais son âge… et je sais comment il pourrait réagir.

Merlin hocha la tête en s'inclinant.

-Je le protégerai. Mordred est comme un jeune frère pour moi.

-Il l'est pour nous tous.

-Il ne lui arrivera rien, je vous en fais le serment.

-Inutile, Merlin. Je sais que tu le feras.

Le jeune homme sourit et se retourna. Alors qu'il allait quitter la pièce, Arthur appela :

-Merlin ?

Le nouveau médecin se retourna.

-Oui ?

-Fais attention.

Il lui adressa un sourire encourageant et sortit.

*

-S'il s'agit bien de ce que je pense, Merlin, tu es le seul à pouvoir leur venir en aide.

-Le Dorocha ?

Le vieux médecin acquiesça.

-Comment le combattre ?

-Dans les légendes anciennes, on dit que le Dorocha est l'esprit des morts délivrés par une Grande Prêtresse. La nuit de Samain, si une vie est prise, le Voile se déchire et d'après les légendes, seule une autre vie peut rappeler le Dorocha.

-Y'a-t-il un moyen de le tenir à distance ?

-Il me semble que le feu l'effraie.

Merlin hocha la tête, enfila sa besace. Il s'apprêtait à partir quand Gaius l'appela.

-Prends ceci.

Le jeune homme resta un instant pantois.

-Mais… il s'agit de votre trousse…

-Et tu en auras grandement besoin. Je sais que tu en prendras soin, Merlin.

-Merci, Gaius.

-Fais attention, mon garçon. Les forces occultes auxquelles tu t'attaques sont puissantes.

-Je ferai attention, Gaius. Je vous le promets. »

Puis il quitta la pièce, le regard du vieil homme le suivant encore longtemps après qu'il eût refermé la porte.

*

Morgane regarda passer la petite troupe de Camelot. C'est bien. Ils vont droit au Dorocha. Et mon frère y viendra vite.

Devant elle, Merlin, deux des villageois, Lancelot, Gauvain et Mordred, chevauchant à l'envers, trottaient vers leur mort.

« Mais que faites-vous au juste, Messire ? demanda soudain le villageois.

-Je chevauche à l'envers, répondit le jeune chevalier.

-C'est une tradition, expliqua Lancelot.

-Nous l'avons tous fait durant notre première mission, continua Gauvain.

Morgane se souvenait du jour où Arthur était parti pour sa première mission, la tête face à la croupe de son cheval et qu'il était revenu dans la même position, seulement, il était tombé en descendant ce qui lui avait valu les quolibets de la jeune fille pendant au moins un mois. Morgane sourit mais sa bonne humeur s'effaça vite. C'était un temps de paix et d'amour, un temps où ils étaient sur le même front.

Un temps où Emrys, qui qu'il fût, ne la menaçait pas.

*

La tête au creux de sa paume, Arthur réfléchissait. Ses doigts tapaient nerveusement le bois de son bureau et quoi qu'il fît, il lui était impossible de se concentrer sur le gros volume en face de lui. Il avait comme la vague impression que tout ne se passerait pas comme prévu. Il avait la vague impression que quelque chose dans la mission de Merlin tournerait mal et il ne savait si cela concernerait son valet ou le jeune Mordred. Arthur soupira au même moment que la porte s'ouvrit. Guenièvre y entra discrètement et referma la porte derrière elle. Arthur ne dit rien et la laissa passer dans son dos, enrouler ses bras autour de ses épaules.

« Vous vous faites bien trop de souci, Arthur. Tout ira bien.

-Comment peux-tu en être si sûre ?

-J'ai foi en Merlin, répondit-elle comme si c'était la chose la plus évidente du monde.

-Vraiment ?

-Vous lui accordez bien moins de crédit qu'il n'en mérite. Il fait des choses dont vous n'avez pas idée et cela sans jamais rien demander. Il a de nombreux talents, vous savez.

Arthur leva les yeux vers la jeune femme, intrigué et un peu jaloux qu'elle fasse tant de compliments au jeune valet.

-Depuis quand es-tu aussi prodigue de compliments à son égard.

-Mais depuis toujours, Sire.

Elle déposa un baiser sur son front.

-Quoi qu'il en soit, vous ne devriez pas vous inquiéter. Merlin sait ce qu'il fait. »

Elle allait repartir quand il saisit sa main, l'attira à lui et l'embrassa tendrement. Lorsqu'ils se séparèrent, elle lui sourit et quitta la pièce.

*

Ils arrivèrent au village deux jours plus tard. Merlin avait déjà mis pied à terre et lança :

-Où sont les malades ?

-Dans la grange, répondit l'homme. Mary, montre-lui.

-As-tu besoin de mon aide ? souffla Mordred à l'oreille de Merlin.

-Pas pour l'instant, merci, Mordred. Mais si vous pouviez chercher traces de vie avec Lancelot et Gauvain…

Le jeune chevalier hocha la tête puis rejoignit les deux autres. Merlin, lui, suivit Mary dans la grange. Lorsqu'elle le fit entrer, des dizaines de corps étaient allongés sur le sol. Le jeune magicien frissonna. Il faisait si froid ici…

-Laissez-moi.

-Mais…

-J'ai besoin d'être seul pour travailler.

Il se tourna vers Mary, le regard déterminé. En voyant sa mine inquiète, il s'adoucit, posa une main sur son épaule et murmura :

-Je vous dirai tout après. C'est promis.

-Très… très bien.

Elle s'inclina gauchement et sortit de la grange, en fermant la porte. Merlin s'agenouilla près des malades. Ils avaient la peau d'une blancheur maladive et froide comme la glace. Leurs yeux restaient grands ouverts, dans une expression de terreur. Merlin posa deux doigts dans la nuque de l'un d'entre eux. Rien. Il réitéra le geste sur les autres mais ils étaient tous morts. Sauf un. Son cœur battait faiblement. C'était un jeune garçon d'une dizaine d'années. Merlin posa une main sur le front de l'enfant puis murmura quelques mots. Ses yeux virèrent à l'or. Mais rien ne se passa. Alors il trouva une couverture, enveloppa le garçonnet dedans et sortit, en le serrant contre lui.

-Alors ? interrogea Mary.

-C'est le seul survivant. Mais son pouls est faible.

-Pouvez-vous faire quelque chose.

Merlin secoua la tête.

-Je crains ne pouvoir faire quoi que ce soit pour lui, si ce n'est lui éviter la souffrance. J'ai bien peur qu'il ne survive pas. Je suis désolé.

Mary tendit les bras. Merlin y déposa l'enfant puis murmura :

-Installez-le confortablement et donnez-lui ceci.

Le jeune médecin sortit une potion de la trousse de Gaius.

-Et couvrez-le.

Puis il s'approcha des chevaliers qui s'avançaient vers lui. Il murmura, pour que seul Mordred puisse l'entendre :

-J'ignore quoi faire, mes pouvoirs ne sont d'aucune utilité. Cet enfant va mourir dans les heures qui suivent.

-S'il y'a bien quelqu'un qui peut empêcher cela, c'est toi, Emrys.

Merlin secoua la tête.

-Je crains que cette fois-ci, je ne sois pas à la hauteur. Avez-vous trouvé quelque chose ? ajouta-t-il à voix haute tandis que les deux autres chevaliers s'approchaient.

-Rien, hormis ceci.

Gauvain lui tendit un morceau de tissu noir. Merlin l'examina, le porta à son nez.

-C'est Morgane.

-Pardon ?

-Je… reconnais son odeur, marmonna le sorcier.

Même après tout ce temps… songea-t-il.

-Merlin… fit soudain Mordred.

L'air devenait froid, très froid et un cri commençait à retentir. Le vent soufflait soudain très fort. Les chevaliers dégainèrent, se mirent en posture défensive autour du médecin. Merlin recula, attrapa un morceau de bois et l'enflamma d'un regard puis il rejoignit les trois autres.

-Qu'est-ce que c'est ? interrogea Gauvain. Il fait très froid, d'un coup.

-C'est le Dorocha, répondit Merlin. Et je crois qu'aucun d'entre nous ne peut le voir…

Le cri devenait de plus en plus puissant. Les quatre hommes se resserrèrent.

-Merlin, il est tout proche… murmura Mordred.

-Je sais…

Leurs têtes se touchaient presque.

-Je le sens…

Alors que le cri devenait assourdissant, Mordred s'élança en avant et Merlin put entrapercevoir une silhouette blanche quand il sauta en l'air.

-MORDRED ! » hurla le magicien.

*

Arthur s'éveilla en sursaut, en nage. Il avait un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment. Il rejeta ses couvertures en arrière et se leva. Marcher l'aiderait à calmer les battements frénétiques de son cœur. En silence, le jeune prince passa son épée à son flanc et sortit de sa chambre, pieds nus. Le château était silencieux et à chaque fois que ses pieds rencontraient le marbre des escaliers, un petit ploc se faisait entendre. Arthur saisit une torche contre le mur et sortit. Il passa devant les gardes, qui, le reconnaissant, le laissèrent faire. Ce n'était pas lui qui marchait mais son corps qui le guidait et ses pieds semblaient l'emmener vers la forêt. Arthur continuait de marcher, l'esprit vide et il ne se reconnecta avec le présent que lorsqu'une silhouette vêtue de noir se matérialisa devant lui. Prudent, le jeune homme posa une main sur la garde de son épée.

« Qui êtes-vous ?

-Peu importe qui je suis, Arthur Pendragon, l'important, c'est ce que je suis venu te dire.

Arthur fronça les sourcils.

-Comment savez-vous qui je suis ?

-Bon nombre d'entre les miens savent l'identité du Roi Qui Fut et Qui Sera.

Comment un regard pouvait-il porter tant de tristesse et de sagesse à la fois ?

-Je ne comprends pas.

Sa main n'avait pas quitté son arme et Arthur était prêt à dégainer à tout moment.

-Ton arme ne te servira à rien, face à moi, jeune roi.

-Je ne suis pas roi.

L'inconnue éclata d'un rire sans joie.

-Convaincs-t'en si cela te sait gré, Arthur Pendragon, mais écoute seulement ce message.

Arthur l'invita à parler d'un signe de tête.

-Albion n'est rien sans son Roi mais lui n'est rien sans Emrys. Prends garde aux interprétations de ta chair car elle pourrait trouver ta perte. Veille bien au plomb car si tu le façonnes, il deviendra or mais prends garde à ne pas le laisser fondre, car il finira dans les flammes de la colère.

Avant qu'Arthur n'ait pu dire quoi que ce soit, l'inconnue avait disparu, le laissant seul dans la forêt.

*

« Sbehpan chaiah toùhman, dontamchn puysichia suùlohm mavhrar…

Mordred ouvrit subitement les yeux. Lorsqu'il reconnut le visage penché au-dessus de lui, il dégaina son épée… qui vola quelques pieds derrière lui. Morgane lui sourit.

-Voyons, Mordred, aurais-tu oublié comment utiliser tes pouvoirs magiques ?

Le jeune homme resta muet. Il se contenta de fixer la jeune femme. Elle avait changé. Ses cheveux noirs étaient plus longs mais plus désordonnés. Les couleurs pastel qu'elle portait à la cour avaient été remplacées par des guenilles noires, celles-là même que Merlin avait reconnues comme siennes quelques temps plus tôt.

-Où est Merlin ? interrogea le jeune druide.

-Il ne nous embêtera pas là, Mordred. Je t'ai récupéré en provoquant une petite intempérie. Il ignore où tu te trouves.

-Que me voulez-vous ? murmura le jeune chevalier, tentant de masquer sa peur.

-Ce n'est pas à toi qui m'intéresse. Lorsque tu m'auras donné ce que tu souhaites, je te laisserai partir.

-Pourquoi me soigniez-vous ?

-Pour obtenir mes réponses, répliqua froidement la jeune femme.

Quelles réponses ? Que puis-je lui apporter ?

-On m'a dit qu'un homme était ma perte, je veux seulement savoir de qui il s'agit.

-Et en quoi pourrais-je vous être utile dans cette entreprise, Morgane ?

-C'est un grand sorcier. Le plus grand de tous les temps, paraît-il. Tu as grandi chez les druides, Mordred, je ne l'ai pas oublié. Tu as sûrement entendu parler d'Emrys.

Mordred se figea. Morgane esquissa un sourire.

-Qui est-il ? susurra-t-elle.

-Même si je le savais, je ne vous en dirai rien.

-Oh, tu l'ignores… Vraiment ?

Elle scruta son regard. Mordred le soutint, tant bien que mal. Jamais je ne te trahirai, Emrys. Jamais.

-Non, tu le sais, cependant, tu refuses de me le dire… pourquoi ?

Le jeune chevalier resta muet.

-Voyons Mordred, ne sommes-nous pas amis ? Rends-moi ce service, veux-tu ?

-Tuez-moi si vous le voulez, mais jamais vous ne saurez qui est Emrys.

-Oh, quelle loyauté indéfectible… Voyons si tu tiendras toujours ce discours lorsque le Nathair te mordra la peau.

-Ça ne sera pas aujourd'hui, Morgane.

Mordred tourna la tête vers le son de la voix de Merlin. Il venait de surgir de derrière les arbres.

-Toujours là au mauvais moment, Merlin. Je me demande comment tu fais.

L'autre se contenta de sourire.

-Relâchez-le, dit-il.

-Tu n'es qu'un simple serviteur, tu ne peux me donner d'ordre.

-Et vous vous n'êtes rien, Morgane. Vous ne pouvez non plus.

Les yeux de la sorcière luirent de colère.

-Comment oses-tu me parler ainsi ?

Elle s'était mise debout. Mordred recula doucement, essayant de récupérer son épée. D'un murmure, il attira l'arme à lui. Puis il se releva. Merlin et Morgane se fixaient, en chiens de faïence. Finalement, elle fit un signe de tête et son regard vira à l'or liquide, Mordred réagit au quart de tour. Il contra le sort et la jeune femme se retrouva projetée en arrière. Ensuite, il rejoignit Merlin et tous deux s'enfuirent dans la forêt.

*

Lorsqu'ils revinrent au village, ils étaient tous deux essoufflés. Gauvain et Lancelot s'étaient précipités vers eux.

-Tout va bien ? demandèrent les deux chevaliers.

Merlin acquiesça. Son regard se tourna vers Mordred.

-Elle t'a soigné ? interrogea-t-il entre deux respirations saccadées.

-Oui. Pour mieux me torturer, je suppose.

-Que voulait-elle ?

-Trouver Emrys.

Ils échangèrent un regard grave.

-Qui est Emrys ? demanda Gauvain.

-Peu importe, balaya Merlin d'un geste de la main. Te souviens-tu des mots qu'elle a prononcés ? murmura-t-il pour que seul Mordred l'entende.

-Je… je crois.

-Viens avec moi.

Et sans plus de cérémonie, il planta Lancelot et Gauvain et entraîna Mordred dans la petite maison où se trouvait l'enfant malade. Lorsque Mary les vit entrer, elle s'éclipsa avec un regard inquiet vers le garçonnet. Merlin prit son pouls.

-Vit-il encore ?

Il hocha la tête.

-Te sens-tu capable de répéter le sort ?

Le jeune chevalier acquiesça. Merlin lui céda sa place au chevet de l'enfant et il posa une main sur son front, ferma les yeux puis dit à mi-voix :

-Sbehpan chaiah toùhman, dontamchn puysichia suùlohm mavhrar…

A l'instant où il achevait sa phrase, la poitrine de l'enfant se souleva d'un coup. Mordred tourna la tête vers Merlin.

-Tu as réussi, dit ce dernier.

Le chevalier sourit et se releva. Lorsqu'il passa devant son aîné, celui-ci lui ébouriffa les cheveux. Ils ressortirent de la maison ensemble.

-J'ai une bonne nouvelle, dit Merlin. Il est tiré d'affaire. Demain matin, il devrait reprendre connaissance.

-C'est un miracle ! s'exclama Mary.

Et elle serra Merlin dans ses bras puis repartit.

-C'est à toi qu'elle devrait sa gratitude, murmura le magicien.

-Pour une fois, Merlin, c'est à toi que l'on est reconnaissant.

-Mais ce n'est pas moi qui l'ai sauvé.

Mordred posa une main sur l'épaule du sorcier, plongea son regard dans le sien.

-Tu as fait tant de choses pour Camelot, Merlin. Plus qu'à aucun autre, je suis heureux que ce soit à toi qu'on attribue le mérite d'une de mes actions. »

*

Trois jours plus tard, le petit groupe était rentré à Camelot. Arthur était si soulagé qu'il tint à les accueillir lui-même. Guenièvre se glissa dans son dos.

« Je vous l'avais dit.

Il lui sourit. Merlin descendit de cheval, imité par les autres chevaliers. Ils confièrent leurs chevaux aux garçons d'écurie. Le nouveau médecin s'approcha du prince. Gaius les rejoignit.

-Ils étaient presque tous morts, Sire. Nous n'avons pu sauver qu'un enfant.

-C'est déjà bien, Merlin. Qu'est-ce qui a provoqué cela ?

-Gaius avait vu juste. C'est la magie.

-Viens.

Il entraîna son valet et le vieux médecin à sa suite. Il intima aux trois chevaliers qui accompagnaient le jeune physicien de les rejoindre et ils s'enfermèrent dans les appartements du prince.

-Sais-tu de quel type de magie il s'agit ?

Merlin acquiesça.

-Lors de la nuit de Samain, le Voile entre le Monde Spirituel et le nôtre a été déchiré, libérant le Dorocha.

-Le Dorocha ?

-L'esprit des morts, Arthur.

-Morgane ?

-Morgane, confirma Merlin.

-Gaius ?

-Le seul moyen de l'empêcher de sévir est de refermer le Voile.

-Comment ?

-Pour l'ouvrir, une vie a dû être prise, pour le refermer…

-Il faudra en prendre une autre, acheva Merlin.

-Prépare les chevaux, nous partons sur le champ.

-Arthur…

-Pas d'histoire, Merlin, nous n'avons pas le temps. Je vais rassembler les chevaliers. Au fait, Gaius… où devons-nous aller ?

-Sur l'Ile Fortunée, Sire.

-Bien.

Et sur ce, il sortit.

-Que projette-t-il de faire ? demanda Mordred.

-De donner sa vie pour refermer le Voile.

-Camelot a besoin de lui, plus que de quiconque, fit Gauvain.

-Je sais.

Merlin se tourna vers les trois chevaliers.

-C'est pourquoi je prendrai sa place. »

*

« … Je venais prendre congé, Père, commença Arthur en se plaçant face à Uther. La magie sévit encore et menace Camelot. Alors je vais faire comme vous l'auriez fait. Je vais donner ma vie pour elle. Adieu, Père.

Arthur se releva et se dirigea dehors. Les chevaux et tous ses chevaliers de confiance, et Merlin, l'attendaient. Il monta sur son destrier et donna le départ.

Il serait fier de mourir pour Camelot.

*

Ils atteignirent les abords de l'Ile Fortunée dans la nuit. Arthur jetait des coups d'œil à Merlin de temps à autre, inquiet. Son valet n'avait décroché un mot depuis leur départ. Le jeune prince rapprocha sa monture de celle du jeune homme.

« Que t'arrive-t-il, Merlin ? Tu es bien calme ?

-Comment pouvez-vous aller au-devant d'une mort certaine, Arthur ?

-C'est mon devoir.

-Il y'a une différence entre devoir et suicide, Arthur.

-Si je ne le fais pas, le Voile restera ouvert et lorsque le Dorocha aura tué tout le monde, que se passera-t-il ? Crois-moi, c'est mieux ainsi.

-Vous n'êtes pas obligé de vous sacrifier…

-Et qui le fera, alors ?

Merlin lui lança un drôle de regard.

-Non, Merlin. Ça n'est pas ton devoir.

-Mais il s'agit peut-être de ma destinée.

-Que sais-tu des destins, Merlin ? Comment peux-tu savoir ce que cela implique ?

-L'impression d'être conditionné, de ne pas pouvoir maîtriser les rênes de sa vie. C'est parfois très lourd à porter et on ne peut en parler à qui que ce soit. Personne ne comprend vraiment.

Il tourna la tête vers le prince. Celui-ci le fixait, intrigué.

-J'ai lu un bon livre.

Arthur leva les yeux au ciel mais redevint vite sérieux.

-Il y'a autre chose, Merlin. Je le sens.

Le sorcier fit de son mieux pour rester impassible.

-Je n'arrive pas à savoir quoi.

*

Cachée derrière les arbres, Morgane médita les paroles de Merlin. C'était donc cela avoir un destin ? Alors si Emrys était son destin… si la Terre avait besoin des trois éléments…

Elle recula, choquée.

Devait-elle s'allier à Emrys ? N'était-ce pas ensemble qu'ils pourraient unifier Albion ? Qu'ils auraient leur place dans le royaume ?

Et ce serait peut-être ensemble qu'ils reprendraient le trône à Arthur ?

Bientôt, alors… bientôt…

*

Torches à la main, serrés les uns contre les autres, ils avançaient doucement dans les ruines de l'Ile Fortunée. Merlin ferma les yeux quand le cri retentit encore une fois et il sentit Mordred se raidir sur sa droite. Ils échangèrent une œillade. Merlin raffermit sa prise sur la torche, la brandit devant lui. Le cri devint plus puissant, l'air se refroidit. Avant qu'on n'ait pu faire quoi que ce soit, il s'était jeté sur le Dorocha.

*

-Merlin, Merlin, tu m'entends…

Mais le jeune homme restait flegmatique entre ses mains, sourd à ses secousses.

-Il faut le ramener à Gaius, fit Lancelot. Lui seul pourra le soigner. Et vite.

Arthur hocha la tête, inquiet comme il ne l'avait pas été depuis longtemps.

-Je m'en occupe, déclara Mordred.

-Alors partez immédiatement.

Il resta un long moment à fixer la silhouette du chevalier qui s'éloignait, Merlin appuyé contre lui.

Puis il se retourna.

Il était temps d'en finir avant que le Dorocha ne lui prenne tous ceux qu'il aimait.

Résolu, le prince s'avança. Finalement, suivi de ses chevaliers, il arriva devant une sorte de tombe où s'élevait une sorte de tissu noir qui renvoyait un froid polaire sur eux. Devant lui, l'inconnue qui lui avait offert une énigme regardait une silhouette s'avançait vers le Voile.

-Père ! hurla Arthur.

Uther se tourna à demi vers son fils. Il lui sourit tendrement.

-Je te dois au moins cela, mon fils. Tu seras un grand roi.

-Père, non !

Mais alors qu'il se jetait en avant, une force indescriptible l'empêcha d'avancer.

-Ton tour n'est pas venu, grand roi. Il te reste encore beaucoup à accomplir avant cela.

Arthur tourna un regard haineux vers l'inconnue mais il ne pouvait lui crier sa rage.

-N'oublie pas… le jeune druide a besoin de toi et tu as besoin de lui…

Et elle disparut. Au même instant, la barrière qui empêchait Arthur de se déplacer s'effaça. Mais c'était trop tard. Uther avait déjà été happé par le Voile.

-NOOOOOON ! hurla Arthur.

Il tomba à genoux.

-Pitié, non… père…

Les larmes affluaient à ses yeux, elles roulaient sur ses joues, tel un flot intarissable.

-Non… non…

Une main se posa sur son épaule. Arthur leva la tête, croisa le regard de Léon.

-Camelot a besoin de vous, Sire.

Le jeune prince essuya ses yeux, se composa une mine neutre et se releva. Léon déposa son épée sur l'épaule d'Arthur. Bientôt, les autres chevaliers l'imitaient.

-Nous te jurons allégeance, à toi, Arthur Pendragon, roi de Camelot.

*

Merlin se réveilla, allongé dans l'herbe.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

-Tu as sauté dans le Dorocha, fit la voix de Mordred.

-Où est Arthur ?

-Sur l'Ile Fortunée.

Merlin s'était levé d'un bond.

-Doucement, tu viens d'échapper à la mort.

-Quelque chose a changé.

L'ex-druide acquiesça.

-Le Voile a été refermé.

-Non… non…

Avant que Mordred n'ait pu demander ce qui tracassait tant son ami, celui-ci s'élançait vers l'Ile. Ni une, ni deux, Mordred le suivit.

Ils ne cessèrent de courir que lorsqu'ils arrivèrent devant l'Ile d'où l'ensemble des chevaliers sortaient. Arthur laissa tomber son épée en voyant Merlin et il se précipita vers lui. Oubliant les convenances, il l'attira dans une longue étreinte.

-J'avais cru t'avoir perdu aussi… murmura le prince.

-Et moi je vous croyais mort…

-Pourquoi donc ?

-Le Voile a été refermé.

-Comment…

-Peu importe…

Merlin se dégagea de l'embrassade d'Arthur et examina son visage. Ses yeux étaient rougis, ses joues gardaient des traces de larmes.

-Arthur ?

-Mon père nous a devancés. Il a donné sa vie pour Camelot. C'était mon devoir… il est mort par ma faute…

-Arthur.

La voix sèche du valet fit relever la tête du prince.

-Il l'a fait de son plein gré. Ce n'est pas votre faute.

-Merlin, je…

-Vous l'avez sauvé, en vérité. En lui disant ce que vous prévoyez de faire, Arthur, vous l'avez réveillé de sa longue agonie. Il est mort en ressentant et c'est le plus important.

-Qu'est-ce que tu racontes ?

-Ce n'est pas pour Camelot qu'il a donné sa vie, mais pour vous, Arthur.

-Je…

Merlin lui sourit.

-Il a raison, Sire, intervint Léon. Camelot ne comptait plus pour Uther. Il ne voulait simplement pas vous perdre comme il a perdu Morgane.

Arthur esquissa un sourire à son tour.

-Rentrons à Camelot.

-Vous n'en aurez pas le temps.

Ils se tournèrent d'un coup. Morgane leur souriait, d'un sourire sans joie.

-Jamais je n'aurais imaginé cela. Uther mourant pour vous, Arthur…

Ses yeux virèrent à l'or. Pourtant, le sort ne l'atteignit jamais. Morgane cherchait visiblement le sorcier qui avait empêché cela. Elle semblait à la fois effrayée et hors d'elle.

-Emrys… murmura-t-elle.

Emrys ? songea Arthur. Ce n'est pas le nom de mon allié ? celui dont m'a parlé l'inconnue…

-Où te caches-tu, Emrys ? As-tu peur ?

-Sire… allons-y… fit Mordred, elle ne s'intéresse plus à nous.

Comme en transe, Arthur suivit le jeune chevalier dans la forêt tandis que la voix de Morgane continuait de retentir.

-Tu n'as pas à avoir peur, Emrys, nous sommes destinés à nous unir pour l'égalité, pour notre liberté ! Pourquoi protèges-tu, Arthur ? C'est lui qui nous empêche de l'obtenir pourtant !

La voix de Morgane disparut aux oreilles d'Arthur au moment où il se mit à courir.

*

-Montre-toi je t'en conjure, Emrys !

-Je suis là.

Morgane dévisagea le vieillard qui se tenait en face d'elle. Il y'avait quelque chose dans son regard… quelque chose qu'elle connaissait mais ne parvenait pas à reconnaître. Lui aussi l'observait.

-On m'a dit que tu étais mon destin mais aussi ma perte.

-On m'a dit que tu étais l'ombre dans ma lumière, la haine dans mon amour.

Morgane s'approcha de lui. Vraiment, pourquoi ses yeux lui semblaient-il si familiers ?

-Pourquoi protèges-tu, Arthur ?

-Parce qu'il est mon destin.

-Co… comment cela ?

-Au même titre que je suis le tien. L'avenir d'Albion dépend de sa survie.

-Il… il est le Roi Qui Fut et Qui Sera ?

Emrys acquiesça, l'air grave.

-C'est impossible ! s'écria Morgane. Il va gouverner comme son père, dans son royaume, nous n'aurons jamais notre place ! Tu te trompes !

-Il vous appelle encore sa sœur, vous savez.

-Qu…

-Il vous regrette et regrette toutes ces années passées ensemble. Votre haine à son égard lui fait mal.

Le vieux sorcier commença à tourner autour d'elle.

-Peu importe ce que vous êtes, Morgane, il vous aime comme la sœur que vous êtes.

Le vieil homme se détourna et commença à partir.

-J'espère vous avoir fait changer d'avis à son sujet, murmura-t-il en s'arrêtant. Je me sens responsable de ce que vous êtes devenue.

Puis il reprit sa route.

-Comment savez-vous tout cela ?

Il lui adressa un dernier regard pour seule réponse.

*

Arthur s'arrêta de courir, les mains sur les genoux. Puis il compta ses hommes.

-Où est Merlin ? demanda Mordred alors qu'Arthur se posait la même question.

-Oh non…

Sans hésiter, le jeune prince fit demi-tour. Il courut un long moment avant de tomber sur son valet, adossé à un arbre, l'air épuisé. En boule à ses pieds, il y'avait un vêtement rouge.

-Merlin, il faut vraiment que tu songes à te mettre à l'endurance !

-Vous êtes revenu pour me chercher.

-Je voulais m'assurer que tu ne nous faisais pas suivre.

-Vous vous inquiétez pour moi ?

Arthur leva les yeux au ciel.

-Très bien, je m'inquiétai pour toi car tu es le seul ami que j'ai et je ne supporterai pas de te perdre.

-Vraiment ?

-Viens, rentrons maintenant. »

*

Morgane resta pantoise un long moment. Pourquoi Emrys se sentirait-il coupable de ce qu'elle était devenue ? Ils ne se connaissaient guère, si ?

Et puis si Morgane avait sombré, c'était parce que celui qu'elle croyait son dernier ami à Camelot et qu'elle aimait profondément l'avait trahie. C'était lui qui était responsable de sa descente en enfer.

Il avait été le seul à l'avoir accepté telle qu'elle était…

Et il l'avait trahie…

Il avait essayé de la tuer…

De l'empoisonner…

C'était Merlin qui était responsable de ce qu'elle était devenue.

La vérité la frappa d'un coup.

Ce regard…

Il lui semblait le connaître parce qu'elle l'avait observé des jours durant, parce qu'elle l'avait croisé des années durant, parce qu'elle avait tenté de le graver dans sa mémoire jusqu'à la fin des temps.

Elle le connaissait parce que Merlin était Emrys.

*

Quelques années plus tard… *

Arthur ne s'était jamais battu ainsi, avec tant de vigueur, de conviction, d'espoir, de… Il s'arrêta net. Un éclair magistral venait de pulvériser les cinq soldats qu'il affrontait seul. Il se tourna, pour affronter les autres mais le même éclair élimina les autres guerriers. Perplexe, le roi leva son regard. Un vieil homme en robe rouge se tenait en haut de la crête, un bâton en main. Leurs regards se croisèrent et Arthur eut l'intuition qu'il connaissait ce regard. D'une façon ou d'une autre. Son bâton émit à nlouveau un éclair et les soldats tombèrent, raides morts.

Qui pouvait bien l'aider face aux Saxons qui avaient envahi son pays ? *

Emrys.

Ça ne pouvait être que lui… Un seul sorcier au monde pouvait vouloir l'aider, un seul sorcier au monde pouvait déployer tant de puissance.

-Pour l'amour de Camelot ! hurla Arthur.

Et il se relança dans la bataille avec rage, imité par ses chevaliers. Le sorcier continuait à jeter ses éclairs. Finalement, lorsque l'armée de Saxons battit en retraite, il descendit du rocher. Un chevalier de Camelot leva un bras, dans une vaine tentative d'appeler à l'aide. Arthur se précipita vers lui mais il venait de rendre l'âme. Des pas. Dans son dos. Arthur attendit. Se leva et empêcha son adversaire de le tuer. Puis il se figea. Mordred. Le druide le fixait aussi.

-Pourquoi Mordred ? demanda Arthur. Pourquoi ?

-Vous ne m'avez guère laissé le choix.

Arthur ne comprenait le sens des mots de l'inconnue que maintenant. Mordred était le plomb qu'il aurait dû façonner pour devenir or. Mais il avait échoué. En refusant de gracier, Kara, cette jeune fille qui semblait avoir eu beaucoup de valeur pour lui, Arthur avait fait fondre le plomb, l'avait laissé couler dans les flammes de la haine. Et il ignorait ce qui en résulterait.

-On a toujours le choix.

Arthur se tourna vers le son de la voix de Merlin.

-Où étais-tu passé ?! s'écria le roi.

-Peu importe.

Il semblait au jeune roi qu'une silhouette se tenait dans le dos de son valet. Mordred fixait le jeune homme, l'œil hagard.

-On a toujours le choix. Sauf lorsque le destin s'en mêle. J'en sais quelque chose, Mordred. Tu le sais aussi. Tu sais tout de moi. J'avais confiance en toi. Je t'ai toujours tout confié. Pourquoi, Mordred ? Pourquoi m'as-tu trahi ? Pourquoi nous as-tu trahis ?

-Ce n'est pas moi qui nous aie trahis, Merlin. C'est toi. En cessant de me faire confiance. En me regardant comme un étranger, comme un suspect, comme… un ennemi.

-Je sais que j'ai eu tort, Mordred. Je paye une nouvelle fois le prix de mon erreur.

-Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Arthur, au milieu de cet échange qu'il ne comprenait pas.

-Je pensais que Kilgharrah avait raison, que ce qu'il me disait était vrai mais il ne servait que lui, j'aurais dû m'en rendre compte avant. J'ai commis une erreur avec Morgane. Je l'ai commis à nouveau avec toi. Je suis désolé, Mordred. Je suis tellement désolé.

Arthur le vit s'avancer, il vit Morgane dans son dos, cette silhouette qu'il dissimulait, il le vit se mettre à genoux devant Mordred. Le druide fixait Merlin, perdu.

-Je t'aimais, Merlin. Plus que tu ne le crois, plus que tu ne le conçois et surtout pas de la même manière que toi. En me traitant ainsi, tu m'as brisé. En trahissant ma confiance, en livrant Kara… tu m'as brisé. Elle était la seule à m'avoir aimé comme je t'aimais…

Les larmes commençaient à rouler sur les joues du druide.

-Pardonne-moi, Mordred… pardonne-moi…

Merlin sentait les siennes monter à ses joues.

-Mordred.

L'ex-chevalier fixa Morgane.

-Ne fais pas la même erreur que moi. Ne laisse pas la haine envahir ton cœur. Tu peux encore changer. J'ai changé. Merlin…

Elle jeta un regard au jeune homme toujours à genoux. Mordred n'eut besoin de guère plus pour comprendre. Son cœur se serra, il eut l'impression qu'on lui meurtrissait encore plus.

-Merlin m'a montré que me dresser contre mon frère ne m'apporterait que le mal. La douleur. Et même s'il m'a profondément blessée, je lui ai pardonné et jusqu'alors…

-Tu m'as aidé, la coupa Merlin. Chaque fois que j'ai eu besoin de ton aide, tu as agi dans l'ombre, tu m'as aidé à accomplir mon destin.

-Parce que c'est le mien, répliqua Morgane, avec un doux sourire.

Derrière, Arthur suivait l'échange, sans comprendre.

-La chute d'Aggravain…

Merlin tourna la tête vers Arthur.

-C'était elle. Elle vous a fait croire qu'il était de son côté, qu'il trahissait de son côté mais en vérité, elle ne m'a que facilité la tâche de le tuer.

-L'accord avec Odin, intervint Morgane, ce n'était qu'une des machinations de Merlin afin d'y venir.

Elle se tourna à nouveau vers Mordred.

-Tu peux encore changer, Mordred. Fais le bon choix, je t'en conjure.

Le jeune homme baissa les yeux, fixa Merlin.

-Lè… lève-toi, bégaya-t-il.

Merlin obéit. Mordred le prit soudainement dans ses bras. Quelque chose brilla entre ses doigts. Morgane réagit aussi vite qu'elle le put. Ses yeux virèrent à l'or et l'épée de Mordred lui vola des mains. Merlin se soustrait aux bras de l'ex-druide tandis que Morgane le rejoignit. Le jeune magicien dégaina un poignard et l'envoya vers le deux autres. Sans réfléchir, Morgane se jeta devant Merlin pour le contraindre à se baisser. Elle sentit la lame pénétrer sa peau au moment où ils tombaient à terre. Elle sentit que Merlin contre elle, se redressait.

-Non ! entendit-elle. Non…

Morgane saisit la main du magicien.

-Regarde-moi, s'il te plaît, Merlin…

Le jeune homme tourna un regard embué de larmes vers elle. Elle lui sourit.

-Tu vois… elle avait raison…

-Tais-toi, je t'en conjure… murmura le sorcier. Tu perds tes forces.

-… la Cailleah… tu causeras bien ma perte en fin de compte.

-Je ne laisserai pas ça arriver !

-Merlin…

La main de la jeune femme caressa doucement les cheveux du jeune homme.

-Je suis heureuse que cela se termine ainsi…

Elle lui sourit encore.

-Je t'aime, Merlin…

Son visage fut la dernière chose qu'elle vit.

-Non… non…

Merlin se laissa tomber contre elle, au bord du désespoir. C'était impossible, impossible, Morgane ne pouvait pas être morte…

-Non… gémit-il.

Il se redressa. Son regard devint or et il hurla sa douleur.

-NON !

Sa magie se libéra, se dirigea vers Mordred qui s'effondra sur le sol, pulvérisé.

Les larmes continuaient d'inonder les joues du magicien.

-Non, Morgane…

Sourd aux appels d'Arthur derrière lui, sourd au monde qui l'entouraient, Merlin effleura les lèvres de la jeune femme, comme pour l'aimer une dernière fois.

Une main se posa sur son épaule. Il releva la tête. Arthur lui souriait, les larmes aux yeux.

-Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit…

-Je…

-Ne dis rien. Tu m'expliqueras plus tard.

Et Arthur s'agenouilla près de son ami, l'attira à lui pour une étreinte réconfortante et pendant quelques minutes, leur silence veillait sur la sœur et l'amante perdue.

La douleur était moins difficile lorsqu'ils étaient deux à la partager.

Ils seraient toujours deux.

C'était comme une évidence à présent.

Si leurs quatre destins étaient tous liés, alors ceux de Merlin et d'Arthur l'étaient encore plus.

Deux faces d'une même pièce.

Et celle-ci continuerait d'exister encore longtemps.

Pour toutes celles qui était perdues aujourd'hui.

Dites-moi en commentaire si cela vous plairait que je développe cette partie dans une fic complète.

Une autre référence à la légende Arthurienne.