4ème jour de Coirë (8 mars) de l'an 1944

Elladan tourna la page de l'ouvrage qu'il lisait distraitement. Assis dans son fauteuil, à côté de la grande fenêtre de sa chambre, il écoutait les bruits du dehors. L'hiver était passé et le temps de Coirë « la Reverdie » était venu. Les oiseaux revenaient s'installer dans les arbres, les feuilles et les bourgeons pointaient le bout de leur nez et le temps devenait plus doux, propice à de longues balades en extérieur.

Une année de plus allait se terminer, une autre allait commencer et Elladan serait toujours seul. Du coin de l'œil, il regarda en contre-bas, au-dehors. De là, il pouvait apercevoir la roseraie. Il n'y avait pas mis les pieds depuis huit ans maintenant. C'était le lieu de leur première discussion au grand jour. Il L'avait trouvée si rayonnante, si lumineuse, si jeune, ainsi assise au milieu des fleurs. Elle était différente, une fleur exotique et pétillante au milieu de celles si lisses qu'étaient les Elfes. Parfois il lui semblait L'apercevoir de loin, assise sur ce banc, mais ce n'était toujours qu'un autre de ses pairs qui venait prendre Sa place et son cœur se serrait l'espace d'une seconde en le réalisant.

Elladan se demanda si son frère était avec Elenwë à ce moment-ci. Le prince était très heureux pour son frère qui avait fini par concrétiser sa relation avec la jeune bibliothécaire et également son amie mais il était aussi envieux du bonheur de son jumeau. Il ne le jalousait pas mais il ne supportait pas de les voir ensemble. Les voir se regarder et se noyer l'un dans l'autre, les regarder se tenir la main, les observer rire ensemble ; tout cela était trop pour Elladan. Heureusement Elrohir le savait et il ne lui parlait jamais de son amour pour la jeune Elfe et Elenwë n'abordait pas le sujet non plus. Tout comme ils ne parlaient plus d'Elle depuis quelques années également. Tous faisaient comme si Elle n'était jamais venue et n'avait jamais vécu cinq années à Fondcombe car tous savaient désormais le chagrin qui emplissait le cœur de leur prince à l'entente de Son nom.

En effet Elladan n'avait toujours pas terminé son deuil. Il n'avait toujours pas tourné la page. Cependant personne ne le jugeait pour cela car si les années n'étaient que des battements de cils pour les Elfes, il en était de même pour leurs chagrins et leurs peines, qui mettaient de longues décennies parfois même des siècles avant de s'apaiser et le prince était loin d'avoir trouvé la paix.

Lorsqu'Elladan s'était réveillé ce matin de Yavië et qu'il avait réalisé qu'il était seul, le prince avait été déçu mais pas alarmé. Il savait que son amante serait timide le lendemain et aurait sûrement du mal à affronter ce qui s'était passé. Il avait prévu de prendre son temps et de faire en sorte qu'ils parlent tous les deux de cette nuit. Elladan n'avait pas beaucoup dormi car l'aube venait tout juste de se terminer. Il était resté un temps dans Son lit, à respirer Son odeur et à se remémorer les instants de la veille, un sourire apaisé sur les lèvres. Ce ne fut que lorsqu'Elrohir eut jaillit dans la chambre qu'Elladan s'était alarmé. Son frère était clairement inquiet et son instinct lui avait soufflé que quelque chose n'allait pas.

Cependant Elladan n'avait pas eu le temps de demander quoique ce soit car au moment où son jumeau l'avait découvert, nu comme un ver dans Son lit, ses traits avaient tourné de l'inquiétude à la fureur. Elladan connaissait bien les emportements violents de son frère mais il n'en avait jamais fait les frais auparavant. Voir un tel regard tourné vers lui l'avait déstabilisé et il n'avait rien pu dire. Son frère s'était soudain mis à lui crier dessus, presque lui hurler qu'il comprenait enfin de quoi il retournait, que tout était sa faute et qu'il ne comprenait pas ce qui lui avait pris. Elladan, encore très peu réveillé à cet instant, n'avait absolument rien comprit et avait prié son frère de s'expliquer. Lorsque ce dernier lui avait annoncé qu'Elle était partie, qu'Elle avait assommé Glorfindel et qu'Elle semblait littéralement terrifiée, une pierre était tombée dans l'estomac d'Elladan. Il s'était senti trahi et profondément blessé. Il avait bien tenté d'expliquer la situation à son jumeau mais ce dernier avait coupé court à sa tentative. Ce dernier n'avait aucune connaissance de ses sentiments pour Elle et d'après Ses dires de la veille, Elrohir avait plutôt une mauvaise image de lui auprès des femmes.

Le prince laissa ses pensées dériver vers les souvenirs de cet houleux échange :

—Alors c'est toi ! Tout ça c'est ta faute Elladan ? Mais qu'est-ce qui t'a pris par les Valar ? Pourquoi as-tu fait ça ?

—Mais que me reproches-tu mon frère ? De quoi parles-tu ?

—De quoi je parle ? Mais je te parle d'Helwa espèce d'idiot ! Elle est partie à l'aube et a assommé Glorfindel ! Elle était terrifiée. Et tout ça, c'est à cause de toi ! Je n'en reviens pas ! Valar ! Tu as couché avec elle ? Mais qu'est-ce qui t'a pris ?

—Elrohir... Helwa est... partie ?

—Oui elle est partie Elladan ! Et elle avait l'air de vouloir quitter définitivement la cité d'après les dires de Glorfindel. Je me demandais ce qui lui était arrivée pour qu'elle en vienne à une telle décision mais je crois que je n'ai même pas besoin d'explications...

—Je... ce n'est pas ce que tu crois mon frère. Laisse-moi t'expliquer !

—Non Elladan ! Nous devons d'abord la retrouver et la ramener à Fondcombe. Je t'écouterais en chemin si vraiment il y a des choses à expliquer parce que figure-toi que tout me semble clair comme de l'eau de roche !

—Non ! Je t'assure que tu fais erreur.

—Et bien j'espère que tes actions ne nous porteront pas tous préjudice...

Après cela les deux hommes s'étaient précipités au-dehors pour tenter de La rattraper. Glorfindel les avait accompagnés, inquiet pour la jeune femme. Ce dernier ne lui en voulait pas de l'avoir frappée. Il voulait simplement comprendre les motivations de ses actes.

C'est ainsi que pendant deux semaines, les trois hommes avaient cherché la jeune femme sans relâche, traçant sa piste le long des montagnes. Cependant ils avaient dû se rendre à l'évidence après des jours de recherches infructueuses : Elle ne voulait pas être retrouvée et mettait tout en œuvre pour les embrouiller.

Elladan aurait voulu continuer et il l'aurait fait pendant encore des mois si Glorfindel ne l'avait pas forcé à faire demi-tour, lui intimant d'agir avec raison. Il pourrait continuer à chercher après si cela lui faisait plaisir mais les deux princes devaient d'abord discuter avec leur père de toute cette histoire. Elladan avait finalement accepté de rentrer, dévasté et devant supportant les reproches de son frère, lui aussi profondément affecté par la situation. Dans la précipitation et l'urgence de ces dernières semaines, les deux frères n'avaient pas eu le temps de s'expliquer et Elrohir avait rejeté la faute sur Elladan pendant tout ce temps.

Encore une fois, le prince laissa les souvenirs se rappeler à sa mémoire :

—Elladan, cela ne sert à rien. Comprenez qu'il serait plus sage de rentrer à Imladris pour parler à votre père. Il a le droit à des explications comme nous tous...

—Glorfindel nous ne pouvons pas nous arrêter maintenant ! Il est clair que sa piste descend encore vers le sud ! Si nous lui laissons prendre encore plus d'avance, elle va nous échapper et nous ne pourrons plus la rattraper. Elle pourrait aller n'importe où ! Il faut continuer ! Je vous en prie...

—Elladan cela fait deux semaines que nous essayons de la rattraper mais vous voyez aussi bien que moi que son avance est considérable et augmente chaque jour. Cela ne servirait à rien de continuer. Soyez raisonnable. Nous pourrons la retrouver en temps voulu lorsque nous aurons mis tout cela au clair.

—Ne vous fatiguez pas Glorfindel, tout cela est déjà suffisamment clair !

—Elrohir je t'ai déjà dit que tu te fourvoyais sur mon compte ! Tout cela n'est pas ce que tu penses !

—Alors prouve moi que tu n'as rien avoir là-dedans et je te croirais ! C'est ta faute et je le sais ! Il n'y a rien de plus à dire. J'ai toujours su que ta relation avec Helwa était bizarre et pas toujours agréable mais jamais je n'aurais pensé que tu l'aurais forcé à partager ta couche mon frère !

—Je ne l'ai pas forcée Elrohir ! Je n'aurais jamais fait une chose pareille ! Je ne comprends même pas comment tu peux penser cela ! Elle était aussi consentante que moi et je ne sais pas pourquoi elle s'est enfuie. Je ne comprends pas... mais je ne peux pas abandonner... pas maintenant...

—Elladan, je pense que les récents évènements nécessitent quelques éclaircissements et je vous assure qu'il serait bon pour nous tous de regagner notre cité pour reposer nos corps et nos esprits afin de pouvoir aborder cette situation à tête reposée.

—Puisqu'il le faut Glorfindel...

Lors de leur arrivée, leur père les avait immédiatement fait convoquer, eux, Glorfindel, Maître Ardamir, Lindir, Arwen et leur mère pour que toute cette affaire soit tirée au clair. Tous avaient alors eu vent du fait qu'Elladan se trouvait dans la chambre de la jeune femme au moment de Son départ, nu comme au jour de sa naissance, et tous attendaient des explications. Elladan, au centre de tous les regards, déjà grandement éprouvé psychologiquement, ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise de toute sa vie. Le grand manipulateur des mots d'Imladris avait soudainement perdu toute sa superbe. Il avait néanmoins commencé à expliquer le déroulement de cette fameuse nuit. Il leur raconta donc la découverte de leur sentiments respectifs sans expliciter leurs relations charnelles même si tous dans la salle l'avaient compris sans difficulté. Quand il se fut tût, de nombreuses réactions avaient surgi : la compassion ou la surprise par exemple, mais la plus dure qu'Elladan eut à supporter fut la colère de son frère.

À la suite de cela, leur père avait autorisé ceux qui le souhaitaient à reprendre les recherches pendant une durée de six mois. Si Elle n'était pas revenue ou retrouvée pendant ce temps alors il faudrait la laisser tranquille et ne plus s'acharner. Les deux frères étaient donc partis chacun de leur côté et avait cherché sans relâche à travers différents royaumes... mais sans succès. Elle n'était nulle part en vue et Elle n'avait laissé aucun indice pouvant indiquer sa position.

Elladan était rentré à Fondcombe mais n'avait jamais vraiment cessé de chercher. A chaque voyage diplomatique, chaque occasion qui lui était donnée, il tentait de La retrouver. Il questionnait des habitants, cherchait une piste, un indice, n'importe quoi. Un espoir persistait en lui : celui de La voir un jour revenir et se jeter dans ses bras. Alors il L'enlacerait, L'embrasserait et profiterait de chaque moment avec Elle, s'assurant qu'Elle ne le quitte plus jamais. Cependant pour l'instant, Elle n'était jamais rentrée en huit ans et l'espoir déclinait lentement en lui.

Elladan était resté longtemps seul après qu'Elle fut partie. Il en avait en partie besoin car de nombreux sentiments s'entrechoquaient en lui et il était devenu une boule d'émotions, à fleur de peau, lui toujours si flegmatique et stoïque. Cependant le prince n'avait pas simplement perdu son amante, il avait également perdu son frère. En effet Elrohir, lui aussi profondément affecté par Son départ et tenant Elladan pour responsable malgré ses explications, avait radicalement pris ses distances avec son jumeau, ne lui parlant plus et refusant même de dormir dans la même chambre que lui. Ce dernier point avait été vite résolu car Elladan passait toutes ses nuits et même certaines parties de ses journées dans Sa chambre. Il avait formellement interdit à quiconque de toucher à quelque chose à l'intérieur et la chambre était toujours telle qu'elle était avant Son départ.

L'éloignement de son frère n'avait pas aidé Elladan à se relever de cette épreuve. Il avait toujours été habitué à vivre avec son frère, à ce qu'ils se soutiennent mutuellement et le jour où il avait le plus besoin de lui, Elrohir le rejetait. Mais Elladan comprenait. Lui aussi avait perdu sa meilleure amie et c'était une épreuve. Elladan aurait seulement voulu que son frère soit là pour le soutenir dans certains moments difficiles. Son éloignement avait blessé Elladan et il entretenait tout de même une certaine colère à cet égard.

La jeune femme avait été la fourche de la longue route de vie commune des deux frères : Elrohir avait choisi l'amitié et Elladan l'amour. Mais finalement ces deux routes s'étaient rejointes au même endroit. Quelle ironie !

Heureusement depuis deux ans et grâce à l'aide d'Elenwë, Elrohir avait réussi à revenir vers son frère et à comprendre son point de vue sur la situation. Il avait même reconnu que ce n'était pas la faute d'Elladan si Elle était partie :

—Que viens-tu faire ici Elrohir ?

—Je crois que nous devons parler Elladan.

—Je crois pourtant savoir que tu ne peux pas supporter ma présence à tes côtés « mon frère ». Alors que me vaut ton inestimable présence ici ?

—Elladan je... je suis désolé d'accord ? Elenwë m'a ouvert les yeux. J'ai compris que toi aussi tu devais souffrir. Moi-même, je ne pourrais pas supporter de perdre Elenwë alors je suppose que tu dois traverser une dure épreuve.

—Effectivement... Je te remercie de ta considération. Dommage qu'il t'ait fallu cinq années pour te rendre compte que tu n'étais pas le seul à avoir beaucoup perdu et à n'avoir eu aucune prise sur les évènements.

—Elladan écoute, je sais que j'ai été un idiot borné mais j'étais aveuglé par ma colère. Cependant je suis là désormais et j'aimerais t'aider à aller mieux. Elenwë m'a raconté à quel point tu n'allais pas bien et je n'aurais pas dû te laisser seul ainsi...

—M'aider ? Après m'avoir répété encore et encore que j'étais l'unique fautif d'une chose sur laquelle je n'ai eu aucune prise ? M'aider ? Est-ce parce que les récits d'Elenwë t'ont inspiré de la pitié mon frère ?

—Non je n'ai pas pitié de toi Elladan. Je souffre de te savoir autant en détresse et j'ai compris que tu n'étais sûrement pas fautif dans toute cette histoire et je suis désolé de m'être montré si vindicatif à ton égard mon frère. Cependant pourquoi me repousses-tu ainsi ? Elenwë m'avait assuré que mon éloignement t'avait profondément blessé et que tu avais besoin de moi. Je ne comprends pas. Je suis là maintenant. J'ai ouvert les yeux et je voudrais réparer mes erreurs.

—La peine se transforme parfois en colère mon frère.

—Je sais. Je l'ai expérimenté. Cependant je refuse qu'Helwa soit l'instrument de notre séparation. Nous...

—Ne prononce pas son nom !

—Oh Elladan... Tu lui en veux à elle plus qu'à moi n'est-ce pas ?

—Je... Je ne sais plus comment faire... quoi ressentir, tout est... confus et je sais que je ne devrais pas lui en vouloir autant, pourtant...

—Si c'est normal Elladan. Ta colère est légitime.

—Non ! Tu ne comprends pas... Elle m'abandonné alors que nous... tout était si idyllique et tout a explosé à cause d'elle... de moi... je ne sais plus...

—Eh ! Eh ! Calme-toi mon frère. Tout va bien, nous allons traverser cela ensemble d'accord ? Je te promets de ne plus jamais te laisser tomber.

Retrouver une bonne relation avec son frère avait aidé Elladan à remonter la pente mais il était encore loin d'être redevenu celui qu'il était auparavant. Le prince n'aurait jamais assez d'une vie pour remercier Elenwë, sa précieuse amie. Cette dernière n'avait jamais pris parti pour l'un des deux frères. Elle avait tenté de les aider comme elle le pouvait sans jamais blâmer personne. Bien sûr elle-aussi avait perdu une amie mais elle n'était pas aussi proche d'Elle que l'étaient les deux frères. C'était grâce à son aide, sa patience et sa diplomatie qu'Elrohir était finalement revenu vers lui et Elladan avait arrêté de compter les nombreuses fois où la bibliothécaire l'avait retrouvé apathique sur Son lit et qu'elle était restée avec lui jusqu'à ce qu'il se reprenne.

Le prince avait dû passer à travers de nombreux mauvais jours où Son absence se faisait trop forte. Elle lui manquait tellement. Pendant longtemps, Elladan s'était senti coupable de Son départ et il avait retourné chacun de ses mots prononcés cette nuit-là pour trouver son erreur, ce qui l'avait tant terrifiée. C'était finalement sa mère qui avait compris après qu'ils en aient tous deux discuté. Quand elle lui avait suggéré qu'Elle s'était peut-être sentie coupable de lui retirer son immortalité, Elladan était tombé des nues. Mais il ne pouvait nier que cela était sûrement la bonne raison. Après cela le prince avait été en colère contre lui-même mais également contre Elle. Ce qu'il avait dit ce soir-là était censé lui prouver la profondeur de ses sentiments et tout ce qu'Elle avait trouvé à lui répondre avait été la fuite. Le prince s'était senti profondément trahi et blessé. Il avait pensé que cette nuit qu'ils avaient partagé les avait liés et que leur bonheur commun allait enfin pouvoir commencer. Elladan savait qu'Elle ne réfléchissait pas toujours de la même manière que les autres mais jamais il n'aurait pu imaginer que sa remarque pourrait provoquer une telle réaction.

Cependant cette colère s'était désormais estompée pour ne laisser que la souffrance, le manque et le vide. Il n'était pas aussi proche d'Elle qu'Elrohir à l'époque. Il ne parlait pas autant avec Elle que lui mais il aimait La regarder à la dérobée, essayer d'entamer une conversation intellectuelle avec Elle ou simplement passer du temps avec Elle par l'intermédiaire de son frère. Mais désormais il n'y avait que le vide, un néant où le prince se perdait. Il tentait d'occuper ses journées avec de l'exercice et des lectures mais chaque lieu, chaque activité était imprégnée de Sa présence et Elladan avait du mal à le supporter. Il espérait que sa peine s'éteindrait rapidement en son cœur pour ne conserver que Son souvenir et qu'il lui soit enfin agréable de penser à Elle. Il rêvait souvent d'Elle et il se sentait heureux dans ces moments-là mais ce n'était que pour se réveiller le matin, plus déprimé encore que d'habitude en se rendant compte que Sa présence auprès de lui n'était que chimères.

Perdu dans la contemplation de la roseraie, Elladan sursauta quand son frère débarqua brusquement dans leur chambre. Il semblait essoufflé et le prince fronça les sourcils. Que signifiait tant d'agitation ?

—Elladan ! Viens vite ! Un héraut du Gondor est arrivé à Fondcombe, un jeune garçon. Il te demande.

—Du Gondor ? Nous n'avons pas eu de contacts avec eux depuis très longtemps. Pourquoi me demander moi et pas notre père ?

—Il prétend être ici à la demande... d'Helwa, Elladan. Il me semble judicieux que tu le rencontre.

Le cœur d'Elladan manqua un battement. A Sa demande ? Allait-Elle enfin revenir ? Allait-Elle bien ? Il resta un long moment silencieux, son cœur battant à une vitesse folle, l'adrénaline coulant dans ses veines :

—Elladan ? Viens. Ne le faisons pas attendre.

—Oui... Oui tu as raison mon frère.

Le prince se leva tel un automate et suivit son frère dans les couloirs, trop occupé à imaginer Son retour et à ce que ce gondorien avait à lui dire. Se trouvait-Elle depuis tout ce temps dans le grand royaume du Sud ? Comment cet Homme La connaissait-il ? Était-il juste un simple messager ? Le prince porta machinalement la main à son cou, là où aurait dû se trouver son pendentif et où il ne rencontra que du vide. Elladan avait pris l'habitude de sentir l'absence du bijou, celle-ci faisant écho à celle qu'Elle avait laissé dans son cœur.

Arrivés devant le salon de réception de leur père, Elrohir posa la main sur l'épaule d'Elladan et le força à le regarder dans les yeux :

—Est-ce que tout va bien mon frère ?

—Oui, ne t'inquiète pas, je suis juste un peu anxieux, répondit l'interpellé en inspirant profondément.

—Veux-tu que je vienne avec toi ou que je reste ici ? S'enquit Elrohir, Après tout cet Homme n'a demandé que toi...

—Non viens mon frère. Tu as autant le droit que moi d'entendre ce que cet Homme a à nous dire.

—Bien. Alors allons rencontrer cet étranger providentiel, sourit Elrohir pour détendre son frère.